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Full text of "Assyrie Chretienne [Vol. II]"

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J.  M.  FIEY,  O.P. 


o 


ASSYRIE  CHRETIENNE 

CONTRIBUTION  A  L’ETUDE  DE  L’HISTOIRE  ET  DE  LA  GfiOGRAPHIE 

EGCLfiSIASTIQUES  ET  MONASTIQUES 
DU  NORD  DE  LTRAQ. 


VOLUME  II 


IMPRIMERIE  CATHOLIQUE 
BEYROUTH 


ex  Itbns 

53ett)  fflarbutljo  ILibrarv 

nhono  Edward  C.  Mathews  Jr  ( 


CORRIGENDA 


(VOLUME  I) 


p.  9,  n.  4 
p.  31, 1.  7 

p.  64  [26] 


p.  95,  §  3, 1.  3. 
p.  95,  §  3, 1.  7. 
p.  100,  n°  2,  1.  3 
p.  108  avant  [5J 


p.  1 19,  n.  1 
p.  124,  1.  1 

p.  169,  fin  §  3 
p.  200,  dern.  1. 
p.  211,  no  [1],  1.5 

p.  222,  §2, 1.1 

p.  232,  dansle§  [3] 

p.  235,  §2,  1.3 
p.  242,  1.  9 
p.  242 
p.  243,  1.3 
p.  243,  n.  2 
p.  260,  §4 


An  lieu  de : 


Lire : 


Elie  VII  Elie  VIII 

supprimer  la  phrase :  plusieurs  manuscrits  dc  son  couvcnt 

font  dc  R.  Hormizd  un  martyr. 
SargIs  (Serge)  aj outer :  Entre  a  Page  de  dix  ans  au 
couvent  de  R.  Bar  ‘Eta  l’annde  meme  de  la  mort  de 
celui-ci  (611-612),  il  devint  mdtropolite  d’Adiabene 
en  661  et  dota  son  couvent  d’origine  de  terres,  de 
vigncs  et  d’un  moulin  [Hist,  of  Bar  Idta,  II,  I, 
p.  256-257). 

Elie  VII  Elie  VIII 

Kotsanes  Qudsanes 

au  VIe-VIIe  siecle  au  VIIIe  siecle 

ajouter :  [4a]  Mar  Hudahwi,  milieu  du  \TIIIe 

siecle.  Fait  Joseph  Hazzaya  supdrieur  de  Margana 

( L.C. ,  n°  126). 

supprimer :  au  synode  de  Jean  V  bar  Abgar  (1000-101 1 
supprimer  tout  le  paragraphe  commengant  par  : 
Or,  Yusif  dtait  n 6. 

1907  1807 

Makklha  II  Makkiha  Ier 

Iso‘yaw  II  Iso‘yaw  Ier 

Au  VIIe  siecle  Au  VIID  siecle 

supprimer:  « Frere  du  patriarche  Thdodose»...  et 
puis  «  mdtropolite...  »,  jusqu’a  la  fin  du  paragraphe. 
1830  1850 


supprimer :  la  foret  du  monastere...  jusqu’a  B.  ‘Aw d. 
supprimer  la  note  (7)  avec  rdfdrcnce  a  Bk.  II,  p.  673. 
supprimer :  aide  par  le  supdrieur  Paul. 
supprimer :  Bk.  II,  p.  648. 
chammas  pretre 


ASSYRIE  CHR  ETIENNE 


RECHERCHES 

PUBLICS  SOUS  LA  DIRECTION  DE 

L'INSTITUT  DE  LETTRES  ORIENTALES  DE  BEYROUTH 

Tome  XXIII 


J.  M.  FIEY,  O.P. 


ASSYRIE  CHRETIENNE 

CONTRIBUTION  A  L’fiTUDE  DE  L’HISTOIRE  ET  DE  LA  GfiOGRAPHIE 

ECCLfiS  I  ASTI  QUES  ET  MONASTIQUES 
DU  NORD  DE  L’lRAQ. 


VOLUME  II 


IMPRIMERIE  CATHOLIQUE 
BEYROUTH 


DANS  LA  MfiME  COLLECTION 


I.  M.  Chebli,  Fakhreddine  II  Maan,  prince  du  Liban  (1572-1635). 

II.  A.  Bogolioubsky,  Notice  sur  les  batailles  livrees  a  Vennemi  a  partir  du  leT  juin  1770. 

III.  A.  N.  Nader,  Le  systlme  philosophique  des  Mu'tazila  (premiers  penseurs  de  V Islam). 

IV.  M.  Tallon,  Livre  des  Lettres  (Girk  T’/t’oc).  Documents  armeniens  du  Ve  siecle. 

V.  H.  Fleisch,  L' Arabe  classique.  Esquisse  d'une  structure  linguistique. 

VI.  A.  Nader,  Le  Livre  du  triomphe  et  de  la  refutation  d'Ibn  al-Rawandi  Vheretique ,  par 
Abu  al-Husayn  al-Khayyat,  le  multazil. 

VII.  P.  Nwyia,  Les  Lettres  de  direction  spirituelle  d'Ibn  ‘ Abbdd  de  Ronda  (ar-Rasail 
as-sugra) . 

VIII.  F.  Jabre,  La  notion  de  la  mctrifa  chez  Ghazali. 

IX.  W.  Kutsch,  Tabit  ibn  Qurra's  Arabische  Gbersetzung  der  ’ApiQpnrjToo)  ElaaycoY^ 
des  Nikomachos  von  Gerasa. 

X.  A.  Fattal,  Le  statut  legal  des  non-musulmans  en  pays  d' Islam. 

XI.  I. -A.  Khalife,  Le  Sifa ’  -us-sa'il  litahzlb-il-masa'il  d'Ibn  Haldun. 

XII.  J.  M.  Fiey,  Mossoul  chretienne. 

XIII.  W.  Kutsch  &  S.  Marrow,  al-Farabi's  Commentary  on  Aristotle's  ITepC  'Eppnr)veia<; 
(de  interpretations) . 

XIV.  M.  Bouyges  &  M.  Allard,  Essai  de  chronologie  des  oeuvres  d'al-Ghazali. 

XV.  M.  de  Fenoyl,  Le  Sane  tor al  copte. 

XVI.  H.  Fleisch,  Traite  de  philologie  arabe.  Vol.  I. 

XVII.  P.  Nwyia,  Ibn  ‘ Abbdd  de  Ronda  (1332-1390). 

XVIII.  A.  Tamer  &  I. -A.  Khalife,  Le  Kitdb  al-haft  wa-l-azillat  d'al-Mufaddal  ibn 
‘ Umar  al-Qafl. 

XIX.  Osman  Yahya,  Le  Kitdb  hatm  al-awliya ’  d'al-Tirmidi. 

XX.  M.  Allard  &  G.  Troupeau,  L'Epitre  sur  l' Unite  et  la  Trinite}  le  Traite  sur  /’ in¬ 
tellect  et  le  Fragment  sur  Vame  de  Muhyi  al-Din  al-Iffahani. 

XXI.  S.  Abou,  Enquetes  sur  les  langues  en  usage  au  Liban. 

XXII.  J.  M.  Fiey,  Assyrie  chretienne.  Vol.  I. 

XXIII.  J.  M.  Fley,  Assyrie  chretienne.  Vol.  II. 

XXIV.  P.  Khoury,  Paul  d’Antioche,  eveque  melkite  de  Sidon  (XIIe  s.). 

XXV.  J.  J.  Houben,  Le  Kitdb  al-majmu ‘  fi'l-muhit  bi'l-taklxf  de  ‘ Abd  al-Jabbdr. 

XXVI.  S.  de  Beaurecueil,  Khwddja  ‘ Abdullah  An$dri  ( 1006-1089) . 

XXVII.  J.  Mecerian,  Expedition  archeologique  dans  V Antiochene  occidentale.  L'Eglise 
armeno -georgienae  de  Saint-Thomas. 

A  PARAlTRE 

XXVIII.  M.  Allard,  La  doctrine  des  attributs  divins  dans  VaParisme. 

XXIX.  W.  Kutsch  &  Kh.  Georr,  Texte  arabe  du  grand  commentaire  de  la  Physique 
d'Aristote ,  par  Abu  ‘All  b.  as-Samh.  Vol.  I. 


troisiEme  partie 


BA  NUHADRA 


XII 

LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 

1.  —  Les  avatars  des  dioceses  de  la  plaine  de  Ninive 

Ba  Nuhadra!  Nom  prestigieux,  qui  faisait  briller  de  fiertd  les  yeux 
des  chr^tiens  de  la  grande  figlise  Syrienne  Orientale  au  ddbut  du 
Ve  siecle! 

La  vaste  province  fertile,  couvrant  toute  cette  entitd  naturelle  qu’est 
la  plaine  de  Ninive,  dtait  un  des  plus  beaux  fleurons  de  la  couronne 
de  Mada'in. 

Hdlas,  encore  un  peu  de  temps,  et  elle  sera  lacdrde  en  plusieurs 
lambeaux  par  un  des  plus  tragiques  ddchirements  de  l’histoire  de  la 
chrdtientd  orientale.  Un  peu  plus  encore,  et  rdparpillement  s’accentuera, 
pour  se  terminer  par  le  quasi-andantissement. 

C’est  cette  histoire  dont  je  voudrais  prdciser  ici  les  contours.  Selon 
la  methode  habituellement  suivie,  les  faits  tres  connus  et  bien  dtablis  ne 
seront  rappeles  que  rapidement,  a  titre  de  points  de  repere;  par  contre 
on  s’arretera  sur  un  certain  nombre  de  ddtails  historiques  et  gdogra- 
phiques  dont  la  mise  au  point  pourra,  je  Tespere,  servir  a  d’autres 
pour  dessiner  la  grande  fresque  heroique  et  tragique  de  V  histoire  de 
rfiglise  d’lraq. 


Rech.  23  —  21 


322 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


A  travers  les  avatars  dcs  dioceses  de  la  plaine  de  Ninive,  essayons 
de  suivre,  etape  par  etape,  l’ineluctable  et  navrant  morcellement  du 
grand  Ba  Nuhadra  (1). 

La  grande  province 

Le  nom  de  Ba  Nuhadra,  ou  Bet  Nuhadran,  vocalise  aussi  Bet  Nu- 
hadre  (2),  signifiait  probablement  «les  Marches»  (3),  a  cause  de  la 
proximity  de  la  province  qu'il  designait  de  la  frontiere  entre  Perses 
et  Romains. 

La  denomination  s’appliquait  a  une  entite  geographique  bien  deter¬ 
mine,  a  savoir  la  Plaine  de  Ninive,  situee  entre  le  desert  mesopotamien 
et  la  montagne  kurde.  Ses  limites  primitives  etaient:  a  l’ouest,  le  Tigre, 
qui  la  s^parait  du  Bet  ‘Arabaye;  au  sud,  le  Grand  Zab,  dont  l’autre 
rive  etait  occupee  par  l’Adiabene.  Au  sud-est  et  a  Test,  en  remontant 
du  sud  au  nord,  le  Hazir,  puis  le  Gomel,  la  divisaient  de  Marga;  du 
nord-est  au  nord  la  plaine  est  bordee  par  Bare  continu  de  la  chaine 
montagneuse  connue  aujourd’hui  sous  le  nom  de  Gabal  ‘Ain  Sifni,  al 
Gabal  al  Abiad,  et  Gabal  Behair.  Cette  chaine  est  appelee  par  les  au¬ 
teurs  anciens,  «la  montagne  du  Ba  Nuhadra». 

Dans  sa  partie  sud-est,  la  plaine  est  striee  de  trois  plissements  de 
moindre  importance,  a  peu  pres  paralleles  au  Tigre,  appeles  aujourd’hui 
les  Monts  de  Ba‘slqa,  de  ‘Ain  as  Safra,  et  le  Maqlub.  Ce  dernier  est 
le  seul  a  atteindre  environ  mille  metres. 

Ces  limites  primitives  sont  attestees,  par  exemple,  par  les  localisa¬ 
tions  donnees  par  Iso‘dnah  de  Basrah,  qui  ecrit  au  IXe  siecle  mais  reflete 
une  g^ographie  plus  ancienne.  II  dnumere  quinze  couvents  du  Ba 


(1)  Ce  chapitre  a  deja  paru  dans  la  revue  V Orient  Syrien ,  de  Paris  (VI/ 1961, 
p.  353-384).  La  decouverte  ulterieure  des  Diptyques  de  Karamlaiss  m’a  amen£  a 
reviser  les  listes  episcopales  qui  le  terminaient. 

(2)  Ref.  in  Barsauma,  cit.  p.  117-118,  n°  21. 

(3)  Du  pahlavi  «nuhadar»,  «marquis».  D’apres  Pognon,  Inscriptions  Semitiques , 
p.  29-30.  Markwart,  dans  Eransahr,  interprete  le  nom  par  le  persan  Neu  Hatra 
(p.  22-23). 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


323 


Nuhadra,  echclonnds  du  Maqlub  au  nord  de  Zaho  ( 1 ) .  Les  memos  lim  ites 
sont  confirmees  par  V Histoire  de  R.  Bar  ‘ Eta  (2),  lequel  doit,  au  VIe 
siecle,  pour  aller  du  B.  ‘Arabayd  a  Marga,  apres  avoir  passd  le  Tigre, 
traverser  «tout  le  Ba  Nuhadra»,  et  rien  d’autre  (3). 

Si  meme  Ton  ne  compte  pas  dans  le  Ba  Nuhadra  la  petite  plaine 
du  Sindi,  au  nord  et  au  sud  du  Habur,  a  Test  de  Zaho  (4),  la  province 
a  encore  140  kilometres  de  long,  de  la  gorge  de  Zaho  au  confluent  du 
Grand  Zab  et  du  Tigre,  et  une  largeur  moyenne  de  40  kilometres  en¬ 
viron,  du  Tigre  au  pied  de  la  montagne  (5). 

L’histoire  paldo-chrdtienne  de  la  region  est  dvidemment  un  peu 
brumeuse.  D’apres  le  Liber  Tunis  (6),  Addai,  Tun  des  70  disciples,  vint 
d’fidesse  a  Mossoul,  envoyd  en  Orient  par  S.  Thomas  lui-meme.  II  y  fut 
suivi  par  son  disciple  Mari,  en  30  apres  l’Ascension.  Plus  loin  on  voit 
qu’un  certain  Ahha  se  joignit  a  eux. 


(1)  Le  plus  septentrional  est  celui  de  R.  Mar  Atqen  (n°  120  et  126). 

(2)  T.  II,  I,  p.  191. 

(3)  L’enthousiasme  dont  nous  avons  vu  Timoth^e  I  (780-823)  faire  preuve  en 
parlant  du  «vaste  et  fertile»  Ba  Nuhadra,  faisant  paraitre  par  comparaison  la  grande 
Marga  «dtriqude  et  resserr£e»  (Lettre  XXVIII,  CSCO,  75/31,  p.  103),  ne  peut  se  jus- 
tifier  qu’en  reference  a  ce  grand  Ba  Nuhadra  du  ddbut,  et  non  au  petit  Ba  Nuhadra 
de  son  temps.  De  plus  on  remarquera  que  le  Nuhadra  des  reves  de  Timoth6e  a  une 
frontiere  commune  avec  Marga,  puisqu’un  village  demande  a  passer  de  l’un  a  l’autre. 
La  conjoncture  ne  peut  se  verifier  qu’au  B.  Rustaqa  dont  on  parlera  plus  loin. 

(4)  Budge,  suivant  Hoffmann  (p.  209-216),  lui  donne  comme  extreme  pointe 
nord:  Halmun,  sur  la  rive  gauche  du  Habur  ( Bk .  II,  p.  Ill,  n.  2  et  Hist,  of  Bar 
Idta ,  II,  I,  p.  233,  n.)  ou  naquit  Sahdona  (Bk.  II,  p.  Ill,  et  L.C. ,  n°  128),  a  iden¬ 
tifier  avec  celui  de  Badger  ( Nestorians ,  t.  II,  p.  394)  et  de  Layard  ( Nineveh ,  1. 1,  p.  224), 
qui  se  trouve  a  environ  10  km.  a  l’O./S.O.  d’AsIta,  soit  a  une  trentaine  de  kilometres 
au  N.  de  ‘Amadla. 

(5)  Les  limites:  Tigre,  Habur,  Tur  ‘Abdln  et  Singar,  donn^es  par  Chabot  ( Syn . 
Or.,  table,  p.  669,  avec  r£f.  a  Hoffmann,  208-216  et  Markwart,  22)  suivi  par  DHGE , 
VI 1 1/1935,  col.  1236,  s.v.  Beth  Nuhadra ,  ne  semblent  pas  toutes  exactes,  surtout  les 
deux  dernieres. 

(6)  Mari,  lat.  p.  2. 


324 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


De  la  meme  tradition  se  fait  l’Echo  ‘AwdIso‘  de  Nisibe  (1),  qui  dit 
que  «la  Perse  et  TAssyrie...  jusqu’au  pays  de  Gog  et  Magog,  ont  EtE 
Evangelises  par  Aggai,  le  fabricant  de  soie,  disciple  de  l’apotre  Addai». 
Rien  d’Etonnant  qu’une  telle  concentration  apostolique  ait  assurE 
Pevangelisation  du  pays  des  le  premier  siecle,  du  moins  si  Ton  en  croit 
la  legende. 

Ge  qui  est  sur,  c’est  que  le  diocese  du  Ba  Nuhadra  existait  dEja, 
peut-etre  depuis  longtemps,  quand  le  synode  de  Seleucie,  sous  le  catho- 
licos  Isaac,  en  410,  organisa  l’Eglise  Syrienne  Orientale,  et  rangea  ce 
diocese  parmi  les  suffragants  d’Erbil  (2).  L’Eveque  de  ce  temps,  le 
premier  connu,  s’appelait  Isaac  (3). 

Ou  se  trouvait  le  centre  administratif  du  Ba  Nuhadra,  siege  normal 
de  son  Eveque?  Tres  probablement  a  un  point  situe  sur  la  Route  du  Roi, 
et  a  distance  a  peu  pres  Egale  des  limites  nord  et  sud  de  la  province. 
Si  l’on  se  souvient  que  la  grande  route  sassanide  longeait  a  peu  pres  la 
«montagne  du  Ba  Nuhadra»,  le  milieu  du  trajet  se  trouve  presque  exac- 
tement  au  site  appelE  actuellement  Tell  Hisaf,  a  six  kilometres  d’Alqos. 
Le  nom  ancien  de  la  localite  aurait  etE  Tell  Has,  et  c’est  justement  la 
que  la  lEgende  situe  le  premier  siege  Episcopal.  L’histoire  de  Daniel  le 
MEdecin  (4)  dans  laquelle  se  trouve  ce  dEtail  est  une  des  plus  invrai- 
semblables  (et  ce  n’est  pas  peu  dire)  du  cycle  hagiographique ;  ne  se 
pourrait-il  pas  cependant  qu’un  dEtail  authentique  ait  EtE  gardE,  celui 
de  la  localisation  du  premier  siege  Episcopal  du  nord  de  l’lraq?  Seule 
la  fouille  du  tell  pourrait  peut-etre  rEpondre  a  la  question. 


(1)  Epitome  Can.  Apost.  (Mai,  X,  pars.  I),  p.  8. 

(2)  Syn.  Or p.  272  et  617. 

(3)  La  tradition  chretienne  appelle  Zey‘a  (moderne:  Zeyia)  le  premier  Eveque 
de  Ma‘alta,  a  qui  l’eglise  du  lieu  est  encore  dediee. 

(4)  Legende  de  Mar  Daniel,  en  chaldeen  dans  A.M.S. ,  III,  p.  481-510:  en 
arabe  in  Suhada ’,  II,  p.  175.  Le  nom  de  Miles  donn6  au  premier  titulaire  semble  plus 
sujet  a  caution. 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


325 


Premiere  division 

Rapidement  la  presence  d’un  second  centre  se  dessine  a  cotd  du 
premier.  De  prime  abord,  il  semble  que,  malgrd  la  persdcution,  les  con¬ 
versions  s’dtaient  tellement  multiplies  qu’un  seul  dveque  ne  sufFisait  plus 
a  administrer  toute  la  province.  Le  premier  dveque  de  Ninive,  Ahudem- 
meh,  apparait  en  554.  Qu’il  y  ait  bien  eu  des  lors  deux  dveques  diffd- 
rents,  Tun  pour  le  Ba  Nuhadra  et  l’autre  pour  Ninive,  est  dvident  en 
l’annde  585,  ou  Mar  Gawsiso*  de  Ba  Nuhadra  signe  les  Actes  du  synode 
dTs5‘yaw  I  (1)  en  meme  temps  que  Mar  Awa  de  Ninive. 

Pourquoi  Ninive  fut-elle  choisie  comme  centre  d’un  nouveau  dio¬ 
cese?  II  semble  qu’un  groupement  chrdtien  se  soit  cristallisd  sur  Tun  des 
tells  ddsertds  de  la  vieille  citd,  peut-etre  a  cause  de  la  presence,  des  le 
IVe  siecle  (?),  du  couvent  de  Jonas.  En  meme  temps,  sur  l’autre  rive 
du  «fleuve  paradisiaque»,  a  l’endroit  ou  dtait  jadis  la  «citadelle  de  l’autre 
cotd»  qui  ddfendait  Ninive  vers  l’ouest,  le  village  de  Naw  Ardaslr  se 
ddveloppait  et,  vers  570,  Iso‘yaw  bar  Qusrd  y  batissait  k  son  tour  un 
monastere.  Deja  done  avant  la  conquete  musulmane  qui  consacrera  la 
suprdmatie  de  ce  que  les  Arabes  nommeront  Mossoul  (al  Mawsil),  s’es- 
quissait  le  processus  qui  va  rapprocher  de  l’axe  du  Tigre  la  vie  de  la 
rdgion,  ddveloppement  dont  Tun  des  efTets  sera  l’abandon  de  la  Route 
du  Roi,  sassanide  et  kurde,  pour  la  route  du  Tigre,  qui  deviendra  bientot 
entierement  arabe. 

Quant  aux  territoires  des  deux  dvechds  qui  se  partageaient,  au  milieu 
du  VIe  siecle,  le  grand  Ba  Nuhadra,  la  gdographie  semble  indiquer  que 
Ninive  devait  avoir  sous  sa  juridiction  le  sud  et  Test,  alors  que  du  Ba 
Nuhadra  ddpendaient  le  nord  et  l’ouest,  e’est-a-dire  le  petit  Ba  Nuhadra. 

Faut-il,  a  Ninive  et  au  Ba  Nuhadra,  ajouter  un  troisieme  dvechd, 
celui  de  Ma‘alta?  Ma‘alta  dtant  situde  pres  de  Dehok,  dans  la  troude 
du  Cabal  al  Abiad  qui  mene  vers  kAmadIa,  ne  semble  pas  devoir  etre 
distingude  du  petit  Ba  Nuhadra,  dont  elle  fait  gdographiquement  partie. 


(1)  Syn.  Or.,  p.  423. 


326 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


C’est  d’ailleurs  un  fait  certain  que  deux  eveques  de  la  fin  du  Xe  siecle, 
cAwdiso‘  (963)  et  Yahwalaha  (jusque  995)  seront  appeles  eveques  de 
Ma‘alta  et  du  Ba  Nuhadra.  Meme  quand  le  nom  de  Ma‘alta  est  employe 
seul,  il  ne  semble  done  pas  qu’il  designe  un  eveche  distinct  de  celui  de 
Ba  Nuhadra,  du  moins  dans  1’acception  desormais  limitee  du  terme. 

Cependant,  il  ne  faut  pas  oublier  qual  existe  un  autre  Ma‘alta, 
celui-ci  clairement  jumele  a  Hnita  dans  la  premiere  moitie  du  VIIIe 
siecle,  ce  qui  le  situe  defmitivement  en  Adiabene  du  Nord,  et  done  loin 
du  Ba  Nuhadra.  On  a  vu  plus  haut  quels  eveques  pouvaient  probable- 
ment  etre  attribues  a  chacun  des  deux  Ma‘alta.  Si,  comme  on  peut  le 
supposer,  Yazdapnah  de  Ma‘alta  en  554  est  le  meme  que  Ton  retrouve 
a  Ninive  en  576,  cela  ne  peut  etre  qu’une  «promotion»  et  indiquerait 
que,  des  cette  date,  le  diocese  de  Ninive  dtait  devenu  plus  important 
que  celui  du  Ba  Nuhadra. 

Inutile  de  rappeler  ici  que,  avec  la  conquete  arabe  de  637,  le  centre 
de  gravite  de  la  region  de  Ninive  passera  vite  de  l’autre  cote  du  Tigre, 
ou  le  couvent  d’Isocyaw  bar  Qusrd  hebergera  bientot  le  nouvel  eveche. 
Je  dis  bien  «eveche»,  et  non  pas  «palais  du  metropolite»,  car,  quoi  qu’il 
en  soit  des  anachronismes  de  certains  annalistes,  tels  que  (Amr  et  Mari, 
Mossoul  est  loin  encore  d’etre  devenue  metropole  et  c’est  de  l’Adiabene, 
capitale  Erbil,  qu’elle  dependra  jusqu’au  IXe  siecle  (1). 

Mais  nous  avons  parle  jusqu’ici  comme  si  la  grande  province  etait 
restee  intacte  jusqu’a  ce  debut  du  VIIe  siecle  que  nous  avons  d^ja 
effleurd,  et  comme  si  la  prosperity  et  le  developpement  de  sa  chr^tient^, 
alors  nestorienne,  n’avait  connu  aucune  ombre. 

Helas,  il  en  etait  tout  autrement.  En  plus  de  la  persecution  sassa- 
nide,  vivace  jusqu’a  la  fin  du  regime,  et  des  graves  problemes  poses  par 
la  propagation,  surtout  parmi  les  moines,  de  l’heresie  messalienne, 


(1)  D’apres  le  P.  Samuel  Giamil  {Gen.  Rel. ,  p.  541,  n.  2)  le  siege  de  Mossoul 


aurait  et 6  uni  a  celui  d’Adiabene  jusqu’au  milieu  du  VIIe  siecle.  C’est  sous  Iso‘yaw  III 


qu’il  aurait  ete  s6par6  (?). 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


327 


l’figl  ise  du  catholicos  de  l’Orient  courait  un  plus  grand  danger.  Peut- 
etre  meme  la  meilleure  organisation  de  la  lutte  contre  ce  nouveau 
danger  fut-elle  la  cause  principale  de  la  creation  du  diocese  de  Ninive  (1) 
et  du  premier  demembrement  de  la  grande  province. 

Les  «Orthodoxes» 

On  ne  nous  en  avait  encore  rien  dit,  mais  le  danger  devait  etre 
sdrieux  pour  que,  en  484/485,  le  mdtropolite  nestorien  de  Nisibe,  le 
sinistre  Barsaume,  commengat  une  sanglante  randonnde  a  travers 
l’Eglise  de  Perse.  Si  Ton  en  juge  par  les  chiffres  des  victimes  de  la  re¬ 
pression,  l’hdrdsie  (je  parle  de  son  point  de  vue)  qu’il  combattait  par  le 
glaive  sassanide,  devait  s’etre  repandue  ddja  de  fagon  critique.  On  a 
trouve  exagdrd  le  chiffre  de  7000  victimes  donnd  par  Bar  Hebraeus;  mais 
si  Ton  songe  que  le  mdtropolite  d’Adiabene  lui-meme  dtait  incrimind,  on 
devine  combien  largement  la  reaction  devait  s’etre  dtendue  au  petit 
peuple. 

Que  le  mdtropolite  accusd  se  soit  enfui  vers  le  couvent  de  Kuhta, 
au  pied  de  Gabal  Maqlub,  oil  il  retrouve  un  personnage  du  nom  de  Bar 
Sahda,  dont  la  tradition  jacobite  fait  un  eveque  de  Ninive  (?),  indique 
clairement  que,  des  cette  dpoque,  les  moines  de  la  «Montagne  des  Mil- 
liers»  avaient  deja  ddsertd  le  camp  nestorien,  si  du  moins  ils  lui  avaient 
jamais  appartenu.  C’est  un  nouveau  centre,  plus  tard  monophysite,  qui 
s’esquisse  dans  le  Ba  Nuhadra. 

Je  dis  bien,  «plus  tard  monophysite»,  car  a-t-on  ddja  le  droit  de 
parler  de  monophysisme  a  propos  de  toutes  les  victimes  de  Barsaume? 
L’heresie  existait  ddja  et  avait  dtd  condamnde  a  Chalcddoine  en  451; 
mais  n’est-ce  pas  une  simplification  excessive,  due  aux  auteurs  jacobites 
postdrieurs,  de  conclure  que,  par  leur  refus  de  l’hdrdsie  nestorienne,  ces 
chretiens  soient  devenus  du  meme  coup  monophysites  ? 


(1)  Comme  ce  sera,  un  siecle  plus  tard,  la  raison  avoude  de  la  crdation  du 
diocese  de  Hadita. 


328 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Quand,  a  la  fin  du  Ve  siecle,  le  propagandiste  monophysite  Simdon 
de  B.  Arsam  parcourra  l’empire  perse  (1),  beaucoup  lui  affirmeront 
«etre  etrangers  a  la  foi  nestorienne»,  mais  ils  ne  disent  pas  qu’ils  parta- 
gent  ses  croyances  monophysites.  J’aurais  done  tendance  a  penser  que 
le  mouvement  auquel  tenterent  de  mettre  fin  les  dragonnades  de  Bar- 
saume  dtait  en  rdalitd  le  refus,  par  une  large  portion  de  l’figlise  de  Perse, 
de  l’hdrdsie  nestorienne,  enseignee  par  les  anciens  eleves  de  l’ficole 
d’Edesse,  devenus  dveques  en  ce  pays.  Parmi  les  persdeutds  de  la  fin  du 
Ve  siecle,  il  y  a  d’authentiques  monophysites,  les  repudiations  du  synode 
d’Acace  (2)  le  prouvent,  mais  il  y  a  aussi  de  vrais  «orthodoxes»,  dans 
un  sens  plus  exact  que  celui  ou  le  mot  est  employ^  aujourd’hui  par  les 
Jacobites.  Que  la  reaction  les  ait  fait  glisser  progressivement  dans  l’he- 
rdsie  contraire,  peut-etre  deja  au  temps  de  Simeon,  et  certainement  au 
temps  de  Jacques  Baradde,  cela  ne  fait  pas  de  doute,  mais  il  faudrait  etre 
prudent  quant  a  la  date  ou  Ton  commence  a  parler  de  monophysisme 
en  Perse. 

Officiellement,  la  reunion  de  «ceux  de  la  region  d’Ator»,  comme 
dit  Michel  le  Syrien,  au  patriarcat  monophysite  d’Antioche,  n’aura  lieu 
qu’en  629  (3).  La  «sdparation»  anterieure  est  attribute  a  la  crainte  des 
Perses  et  a  la  difficult^  des  voyages,  qui  les  empechaient  de  monter  au 
siege  patriarcal  pour  en  recevoir  la  consecration  episcopale ;  mais  en  fait, 
depuis  424,  toute  l’figlise  de  Perse  dtait  pratiquement  independante  et 
avait  oublie  le  chemin  d’Antioche;  ce  n’est  que  bien  apres  leur  refus 
de  communion  avec  Ctesiphon  nestorien,  en  484/485,  que  les  centres 
«orthodoxes»  de  Perse  recommencerent  a  se  tourner  vers  Antioche. 


(1)  B.O.,  II,  p.  409-410. 

(2)  Cf.  Syn.  Or p.  302:  «Personne  ne  doit  oser  introduire  le  melange,  la  com- 
mixtion  ou  la  confusion  entre  les  diversites  de  ces  deux  natures. »  —  Le  synode  de 
Joseph,  en  554,  aura  une  phrase  du  meme  genre  ( ibid .,  p.  355).  Il  faudra  attendre 
Iso‘yaw  I,  en  585  ( ibid .,  p.  396  et  454),  pour  trouver  une  condamnation  nominale  des 
Eutych£ens. 

(3)  M.S.,  II,  p.  414-417. 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


329 


Pour  le  moment,  en  486,  le  synode  d’Acace  consolide  canonique- 
ment  les  tristes  gains  de  la  repression  (1).  La  constitution  spdciale  don- 
nee  a  l’Adiabene  est  gendralis^e,  et  les  dveques  «fideles»  la  signent. 
L’absence  parmi  ces  souscriptions  de  la  signature  du  mdtropolite  d’Adia- 
bene  ne  peut  pas  ne  pas  etre  remarqude;  on  a  vu  qu’elle  n’dtait  pas 
fortuite. 

La  reaction  n’est  pas  dtouffde  pour  autant.  Vers  540,  done  cinquante 
ans  plus  tard,  le  foyer  du  Gabal  Maqlub  se  ranime.  D’apres  la  tradition 
jacobite,  le  metropolite  armenien  Christophore,  passant  par  la,  aurait 
trouve  quelques  moines  «niches  comme  des  colombes  dans  les  anfrac- 
tuosites  du  rocher»  et  aurait  sacre  Tun  d’eux  dveque.  Le  titre  donne  a 
cet  eveque,  nomme  Garmai,  de  «metropolite  de  Mar  Matta,  d’Ator  et 
de  Ninive»  semble  un  peu  une  anticipation.  Du  moins  un  «recit  trouve 
dans  le  couvent  de  Mar  Matta»  et  reproduit  par  Michel  le  Syrien  (2), 
donne-t-il  une  liste  d'dveques  qui,  s’ordonnant  les  uns  les  autres,  vont 
faire  la  soudure  avec  le  debut  du  VIIe  siecle. 

Entre-temps,  en  559,  Jacques  Baradee  conferait  a  Ahudemmeh, 
eveque  de  Takrlt,  le  titre  de  metropolite  d’Orient.  (On  ne  dit  pas  encore 
maphrien.) 

Cette  nomination  pose  bien  des  questions,  dont  la  moindre  est  de 
savoir  si  vraiment  le  grand  lutteur  qui  donna  son  nom  a  la  secte  jacobite 
vint  lui-meme  dans  l’empire  perse  (3),  ou  effectua  de  loin  cette  designa¬ 
tion?  Mais  surtout,  comment  se  fait-il  que  Takrlt,  la  seule  cite  qui  est 
dite  avoir  ete  assez  puissante  pour  resister  a  Barsaume,  ait  du  attendre 
la  venue  de  Jacques  Baradee  pour  etre  «convertie»,  et  qu’elle  ait  du 


(1)  Je  ne  sais  par  quelle  lugubre  ironie  un  auteur  chaldeen  moderne  ose  parler 
de  «victoire  des  doctrines  nestoriennes» !  ( al  Kanlsat  ul  Kalddmya  fi  t  tdrih ,  par  A.  S. 
Shawriz,  Mossoul,  sans  date  (vers  1930),  p.  26). 

(2)  M.S.,  II,  p.  417  et  B.H.,  Hist.  Eccl. ,  II,  col.  85.  —  Cp.  les  reserves  du  P. 
Peeters  a  propos  de  Kares  de  Singar  a  la  meme  epoque,  in  La  passion  arabe  de  S.  ‘ Abdul 
Masih,  in  Anal.  Boll.,  XLIV/1926,  p.  284-285. 

(3)  Comme  le  voudrait  par  exemple  la  Chronique  de  Seert  (II,  50)  ou  Mari  (lat. 
39)  qui  le  fait  s’enfuir  de  Takrlt,  sous  Acace  (485-495). 


330 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


patienter  jusqu’en  559  pour  avoir  un  eveque?  Michel  le  Syrien  dit  clai- 
rement  (1)  que,  de  l’expedition  punitive  de  Barsaume  a  l’institution  de 
Garma'i  a  Mar  Matta,  done  de  485  a  540,  le  siege  de  l’Orient  demeura 
«sans  directions  La  communaute  invaincue  de  Takrit  n’avait-elle  done 
pas  de  chef?  Et  pourquoi  n’en  demanda-t-elle  pas  un  a  Christophore, 
ou  a  Garma'i?  II  y  a  beaucoup  de  mystere  autour  de  la  naissance  du 
siege  de  Takrit,  qui  apparait  dans  l’histoirea  une  periode  indument  tar¬ 
dive,  et  est  dofe  immediatement  d’un  metropolite.  La  promotion  eclair 
d’Ahudemmeh  est  bien  attribute  par  Jean  d’Asie  (2)  a  la  brillante  vic- 
toire  de  l’eveque  sur  les  Nestoriens,  dans  une  conference  contradictoire 
tenue  devant  Chosroes  I,  mais  la  preeminence  donnee  au  siege  semble 
indiquer  plus  qu’une  preference  de  personne;  ne  marquerait-elle  pas 
aussi  une  certaine  mefiance  vis-a-vis  des  moins  orthodoxes  de  Mar  Matta  ? 

Les  Jacobites 

Mais  revenons  au  Ba  Nuhadra  et  a  Ninive.  La  paix  accord^e  par 
Chosroes  I  aux  «orthodoxes»,  au  milieu  du  VIe  siecle,  leur  permit  d’in- 
tensifier  leur  propagande.  Le  Maqlub  passe  progressivement  entre  leurs 
mains,  et  des  570  ils  se  sentent  assez  forts  pour  battre  impunement  plu- 
sieurs  fois  le  moine  nestorien  Iso‘yaw  bar  Qusrd  et  le  forcer  a  quitter 
les  lieux. 

C’est  alors  que  semble  apparaitre,  a  cote  de  Ninive,  dont  feveque 
reside  a  Mar  Matta,  un  deuxieme  eveche  «orthodoxe»,  qui  s’appelle  lui 
aussi  eveche  du  Ba  Nuhadra  (3).  Le  premier  titulaire  parait  bien  avoir 
ete  le  fameux  proselyte  Zakai,  moine  de  Mar  Matta.  C’est  lui  qui  va 

(1)  M.S.,  III,  p.  29. 

(2)  Cite  par  Nau,  in  Hist,  de  Mar  Ahoudemmeh ,  p.  9. 

(3)  Feu  le  savant  patriarche  jacobite  Mgr  Barsaume  mentionne  un  certain 
Sulaiman,  eveque  «orthodoxe»  du  Ba  Nuhadra  des  424;  malheureusement  il  ne  donne 
pas  sa  reference  {Rev.  Pair.  Syr.,  III/1936,  p.  195).  II  ne  semble  pas  que  le  Grand  Ba 
Nuhadra  jacobite  ait  the  divise  en  Ninive  (Mar  Matta)  et  petit  Bahadra  avant  Zakai, 
car  hauteur  de  la  vie  de  Maru ta  (p.  66)  met  non  seulement  Baqaq  et  Baiban  en  Ba 
Nuhadra,  mais  aussi  Bartelli. 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


331 


conduire  l’oflfensive  jacobite  qui  bientot  coupera  en  deux  le  grand  Ba 
Nuhadra  nestorien,  sans  prdjuger  des  avances  sdrieuses  dans  les  districts 
voisins,  notamment  Marga.  Zakai  aurait  sidgd  de  593  a  605  (1).  Desor- 
mais,  et  malgre  les  mesures  de  salut  public  ddcrdtees  par  le  synode  de 
Sawrisoc,  en  596,  la  partie  etait  deja  perdue  pour  le  camp  nestorien: 
la  division  de  la  chrdtientd  d’Assyrie  allait  se  consommer. 

Le  coup  final  fut  dvidemment  portd  par  la  defection  retentissante 
du  mddecin  nestorien  Gabriel  de  Singar  qui,  Henri  VIII  avant  la  lettre, 
concevra  d’un  refus  de  divorce  et  d’une  excommunication,  une  haine 
mortelle  pour  l’Eglise  qui  ne  s’etait  pas  plide  aux  caprices  de  ses  passions. 
On  sait  comment,  usant  de  son  influence  toute  puissante  sur  Chosroes  II, 
l’archiatre,  rallid  aux  Jacobites,  fera  tout  ce  qui  sera  en  son  pouvoir  pour 
favoriser  sa  secte  d’dlection  et  persdcuter  ses  anciens  coreligionnaires. 
La  grande  bataille  se  livra  entre  609  et  628,  c’est-a-dire  de  la  mort  du 
catholicos  Grdgoire  I  a  celle  de  Chosroes  Parvviz. 

Au-dessus  de  la  confusion  de  la  melde,  quelques  grandes  figures 
nestoriennes  Emergent,  qui  essaient  de  dominer  la  situation:  c’est  le  co- 
losse  Yonadab,  mdtropolite  d’Adiabene,  qui  empechera  les  hdrdtiques  de 
prendre  pied  entre  les  deux  Zab  (il  crdera  specialement  a  cet  effet  le 
diocese  de  Hadlta  en  595)  et  essaiera  meme,  vers  612,  d’arracher  Mar 
Matta  aux  seides  du  rendgat.  C’est  le  jeune  et  brillant  Isocyaw  de  Haz- 
za  (2),  alors  dveque  de  Ninive,  qui  refuse  (provisoirement)  une  position 
plus  honorable  car,  dit-il,  il  ne  peut  abandonner  la  lutte  qu’il  mene  pour 
sauver  son  diocese  des  «ddmons  qui  se  sont  rebellds  sur  le  Mont  Alpap». 
C’est  le  moine  Bar  ‘£ta,  mort  en  611  qui,  de  son  couvent  de  Marga  a 
la  pointe  sud-est  du  Maqlub,  fait  frapper  par  la  colere  divine  les  villages 


(1)  En  fait  les  atermoiements  de  Maruta  pour  accepter  sa  succession  dureront 
encore  a  l’arrivde  des  Romains  en  627.  Zakai  avait  du  mourir  vers  625  (Hist,  de 
Maruta ,  p.  72  s.). 

(2)  Litterae  Isoyahb  Pat.,  Ill ,  dd.  R.  Duval,  CSCO ,  1955,  surtout  n°  39,  p.  65; 
n°  44,  p.  81;  n°  13,  p.  155;  n°  17,  p.  164;  n°  50,  p.  97;  n°  24,  p.  45;  n°  43,  p.  76;  n° 
48,  p.  93. 


332 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


transfuges.  Ce  sont  tant  d’autres,  dont  Thistoire  a  malheureusement 
oublie  les  noms. 

Helas!  ni  la  diplomatic  et  les  influences  que  fait  jouer  le  m^tropolite, 
ni  les  lettres  d’adjuration  qu’envoie  l’eveque  et  les  excommunications 
qufll  fulmine,  ni  les  chatiments  infliges  par  le  thaumaturge,  ne  peuvent 
arreter  le  raz  de  maree. 

Les  autorites  civiles  locales  sont  soudoyees  par  les  deux  partis  a  leur 
tour,  les  soldats  du  roi  interviennent  pour  Gabriel,  et  les  gardes  d’Adia- 
bene  pour  Yonadab,  les  eleves  des  ecoles  religieuses  sont  mobilises  pour 
bafouer  et  trainer  de  village  en  village  un  propagandiste  trop  audacieux, 
le  pauvre  Nana,  disciple  de  Zakai;  rien  n’y  fait,  la  nouvelle  doctrine 
s’infiltre  partout,  meme  dans  les  prisons  sassanides  ou  les  futurs  martyrs 
attendent  la  mort.  A  part  quelques  villages  (B.  Gurbaq,  Karamlaiss,  B. 
Zawayd,  B.  Bore),  tous  les  environs  de  Ninive  deviennent  jacobites.  Les 
gens  de  Bet  Bar  Telli  et  ceux  de  B.  Daniel  (Badana),  gagnes  au  mono- 
physisme,  s’emparent  du  couvent  de  Mar  Adona,  avant  meme  la  mort 
de  Bar  ‘£ta;  B.  Hudaida  (Qaraqos)  voit  un  de  ses  «renegats»,  avant 
615,  p^netrer  dans  la  cellule  ou  Mar  Is5‘sawran  est  emprisonne,  etreus- 
sir,  par  ses  arguments  sp^cieux,  a  brouiller  les  idees  du  saint  homme. 

Quand  la  bataille  de  Ninive  livrera  la  region  aux  Romains  d’Hera- 
clius,  en  627,  les  Jacobites  auront  occupe  tout  le  sud  de  la  province  du 
Ba  Nuhadra,  en  un  vaste  croissant  partant,  au  sud,  du  couvent  de  Mar 
Behnam;  montant  vers  Qaraqos  et  Bartelli,  faisant  par  le  Maqlub  sa 
liaison  avec  leur  nouveau  diocese  de  Marga  sur  le  Hazir  et  le  Gomel, 
s’incurvant  ensuite  vers  la  region  de  ‘Ain  Sifni,  passant  a  six  kilometres 
seulement  au  sud-est  d’Alqos,  a  B.  Bani  (Baiban)  ou  ils  avaient  installe 
une  ecole,  puis  s’inflechissant  vers  fhorizontale,  venant  couper  la  route 
moderne  Mossoul-Zaho  a  B.  Qoqi  (Baqaq),  oil  ils  avaient  egalement  une 
ecole,  a  trois  kilometres  au  sud  de  laquelle  se  trouvait  le  couvent  de  fun 
de  leurs  stylites,  Mar  Miha’il  (Dair  Astun),  et  a  sept  kilometres  au  nord 
duquel  se  trouvait  le  grand  couvent-txole  de  Nardos  (Dair  Gundi), 
bientot  siege  de  leur  eveque  du  Ba  Nuhadra;  rejoignant  enfin  le  Tigre 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


333 


au  couvent  de  Samuel  le  Montagnard  (au  nord  de  ‘Arayr),  en  face  du 
couvent  de  «S.  Serge  sur  le  Mont  Aride»  (ad  Dair  al  Mu'allaq,  sur  le 
Gabal  Butman)  par  ou  se  faisait  la  jonction  avec  le  B.  ‘Arabayd  jacobite, 
lui-meme  prolongd  vers  l’ouest  par  le  Gabal  Singar,  dgalement  conquis. 

U organisation  du  vainqueur 

Le  monophysisme  victorieux  pouvait  desormais  organiser  le  terrain 
arrachd  de  haute  lutte  a  l’enncmi.  Cela  ne  tarda  pas  et,  des  629,  le 
patriarche  Athanase  notifiait  aux  moines  de  Mar  Matta  (1):  «Mar 
Maruta  a  dtd  ordonne  pour  Takrlt.  Afin  qu’il  n’y  ait  qu’un  seul  chef 
pour  les  dveques  d’Ator,  du  B.  ‘Arabayd  et  des  differents  lieux  du 
B.  Parsayd...  nous  avons  institue  Mar  Maruta  de  Takrit  chef  et  directeur 
general  de  tous  les  dveques  sus-nommes,  de  leurs  regions  et  de  leurs  pro¬ 
vinces,  de  maniere  qu’il  soit  pour  tous  notre  reprdsentant,  notre  lieute¬ 
nant  et  comme  notre  vicaire.» 

Ainsi  etait  institud  le  premier  catholicos,  tete  d’une  lignee  qui  durera 
jusqu’en  1859;  ainsi  dtait  humilie  pour  la  premiere  fois  l’eveque  de  Mar 
Matta  et  de  Ninive,  reconnu  cependant  nominalement  comme  metro- 
polite  d’Ator  (2).  Ainsi  commengait  une  rivalitd,  qui  ne  cessera  vdri- 
tablement  qu’a  la  fin  du  XIIIe  siecle,  entre  les  maphriens  et  les  m^tro- 
polites  de  Mar  Matta,  rivalitd  qui  se  refidtera  dans  les  alldgeances  des 
villages  des  environs  du  couvent  et,  a  Mossoul  meme,  dans  les  querelles 
de  lutrin  entre  les  Matteens  et  les  dmigrds  Takritains  (3). 

Ce  qui  nous  intdresse  plus  directement  ici  c’est  forganisation  du 
Ba  Nuhadra  jacobite,  comprenant  «tous  les  dveques  de  votre  rdgion 
d’Ator».  En  fait  ce  pluriel,  dgalement  attestd  dans  plusieurs  autres  textes, 
semble  couvrir  deux  choses:  d’abord,  de  fallots  personnages  rdsidant 
au  couvent,  ou  dans  les  autres  couvents  de  la  diete,  et  dotds  du  titre 


(1)  M.S.,  II,  p.  416. 

(2)  «L’dveque  qui  aura  dtd  rdgulierement  dtabli  pour  votre  couvent  sera  1’ar- 
cheveque  et  le  m<§tropolite  de  tous  les  dveques  de  votre  rdgion  d’Ator. » 

(3)  Cf.  Mossoul  Chretienne.  Sur  Takrit  voir  Orient  Syrien,  VI 1 1/1963,  p.  289-342. 


334 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


d’eveques,  sans  dioceses  bien  determines  (1),  maisil  recouvre  certainement 
aussi  de  vrais  dioceses,  dependant  du  metropolite  de  Mar  Matta.  Parmi 
ceux-ci,  seul  le  diocese  de  Ba  Nuhadra  est  identifie.  En  629,  son  eveque 
s’appelait  Daniel  (2).  Apres  lui,  quatre  eveques  seulement  sont  connus 
qui  portent  le  titre,  le  dernier  date  de  1284. 

Comme  nous  l’avons  fait  pour  le  diocese  nestorien,  nous  devons  ici 
nous  poser  la  question:  le  diocese  jacobite  du  Ba  Nuhadra  et  celui  de 
Ma‘alta,  mentionne  par  Bar  Hebraeus  (3),  sont-ils  a  distinguer,  ou 
ne  forment-ils  qu’un  seul  et  meme  diocese?  Je  crois  bien  qu’il  ne  faut 
pas  les  distinguer,  et  que  Ma‘alta  et  Nuhadra  ne  sont  que  deux  noms 
interchangeables  du  meme  diocese. 

C’est  d’abord  la  geographic  qui  parle:  le  secteur  jacobite  qui  coupe 
en  son  milieu  le  Ba  Nuhadra  nestorien  comprend  une  partie  du  district 
de  Ma‘alta. 

On  verra  que  le  siege  de  Feveque  se  trouvait  pres  de  Faida  (B.  Ma- 
lud  ?).  II  eut  done  ete  plus  exact  de  donner  au  diocese  jacobite  le  nom 
de  Ma‘alta;  mais  on  comprend  que  les  historiens,  souvent  un  tantinet 
chauvins,  aient  prefere  employer  le  titre  un  peu  pretentieux  de  Ba  Nu¬ 
hadra,  qui  sonne  comme  un  nom  de  victoire.  C’en  etait  une  en  effet, 
puisque  les  Jacobites  avaient  reussi  a  dechirer  en  deux  la  grande  pro¬ 
vince  antique. 

De  plus,  on  remarquera  que  seule  la  liste  de  Bar  Hebraeus  parle 
de  Ma‘alta,  au  troisieme  rang  des  eveches  soumis  au  catholicos.  Les 
autres  listes  paralleles  et  egalement  posterieures,  celles  des  auteurs  nes- 
toriens,  l’anonyme  de  la  Chronique  de  Seert  (4)  et  les  compilateurs  du 


(1)  Par  exemple  en  752,  F6veque  Jean  (liste  de  Mgr  Barsaume,  n°  9)  assiste 
au  synode  «d£plorable»  de  Telia  et  souscrit  pour  lui-meme  et  «pour  les  eveques  Joseph, 
Jean  et  Zacharie,  de  mon  monastere»  (Honigmann,  cit.  p.  102);  ( Lisan ,  III/ 1 95 1 , 
p.  121);  ( al  LuHu\  cit.  p.  317). 

(2)  Le  Q.,  n°  I;  B,0.,  II,  n°  IX  ( Dissertatio ,  p.  103)  et  p.  416  et  419. 

(3)  II,  p.  123. 

(4)  II,  p.  223. 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


335 


Liber  Tunis  (1)  mettent  a  ce  meme  rang  le  Ba  Nuhadra.  Bar  Hebraeus, 
qui  ne  veut  rien  oublier,  fait  un  rappel  du  Ba  Nuhadra  au  neuvieme 
rang,  quand  il  a  fini  la  liste  commune  de  huit  noms.  En  fait,  il  semble 
bien  que  nous  ayons  affaire  a  un  doublet:  ici  aussi  le  Ba  Nuhadra  et 
Ma‘alta  sont  identiques,  et  c’est  pourquoi  on  ne  connait  au  pretendu 
diocese  distinct  de  Ma‘alta  aucun  titulaire  jacobite  (2). 

Le  regroupement  du  vaincu 

Quelle  etait  alors  la  situation  territoriale  du  vaincu  nestorien, 
spolie  et  mutile?  Le  grand  Ba  Nuhadra  a  6t6  dcarteld  en  trois  parties, 
isoldes  les  unes  des  autres. 

La  partie  nord,  qui  ddsormais  portera  le  titre  ddchu,  sera  connue 
des  gdographes  arabes  sous  la  forme  contractee  de  Bahudra  ou  Baha- 
dra  (3).  Son  dveche  sera  peut-etre  a  Ma‘alta  de  Dehok,  dont  il  porte  ega- 
lement  le  nom.  Sa  frontiere  sud  est  a  peu  pres  formde  par  le  plisscment 
secondaire,  oriente  est-ouest,  qui  rejoint  le  Tigre  en  coupant  la  route 
moderne  Mossoul-Zaho  au-dessous  du  village  de  Faida.  Il  semble  cepen- 
dant,  d’apres  la  position  en  Ma'alta  donnee  a  Ba  ‘Adrd  par  le  Synodicon 
Orientale  (4),  qu’une  poche  situde  au  pied  de  la  montagne  et  comprenant 
quelques  villages,  dont  Alqos,  coupes  de  Ninive  par  le  croissant  jacobite, 
ait  6te  encore  rattachde  au  diocese  de  Ma‘alta,  dont  la  frontiere  se  trouve 
ainsi  reportee  entre  Ba  £Adr6  et  Berestek.  Ce  dernier  village  appartenait 
au  B.  Rustaqa  dont  nous  allons  parler  dans  un  instant. 

Le  district  meridional,  qui  ne  s’etend  plus  vers  Test  que  jusqu’a 
Karamlaiss,  comprend  Ninive  et  Mossoul,  ou  le  patriarche  Iso‘yaw  III 


(1)  Mari,  lat.  p.  54. 

(2)  Le  Q.,  O.C.,  II,  col.  1587-1588,  d’apres  B.O. ,  II,  n°  IX  ( Dissertatio ,  p.  91) 
et  p.  419.  —  Voir  aussi  les  listes  de  M.S.  (Ill,  p.  450  s.).  —  Mgr  Barsaume  ne  se  pro¬ 
nonce  pas  contre  l’identification;  il  dit  seulement:  «Ma‘alta:  son  £veque  est  mentionnd 
pendant  le  dernier  tiers  du  Ve  siecle»  ( Apergu ,  p.  195). 

(3)  R6f.  dans  Canard,  Hamdanides ,  I,  p.  114-115,  avec  reserve  cependant  sur 
«al  Mughita»,  qui  est  Ma‘alta  du  Zab  et  n’a  rien  a  voir  avec  le  Bahadra. 

(4)  B.O.,  III,  I,  p.  391,  et  III,  II,  p.  178. 


336 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pourra  encore  retarder  la  construction  d’une  dglise  jacobite  en  657/ 
658  (1) ;  puis  il  remonte  jusqu’a  Tell  Esqof,  suivant  la  ligne  des  villages 
encore  aujourd’hui  chaldeens,  Tell  Kaif,  Batnaya,  Baqofa  et  Tell  Esqof. 

Un  troisieme  lambeau  s’est  trouve  isole  derriere  le  Maqlub,  a  Test 
de  ‘Ain  Sifni;  c’est  le  district  appeld  B.  Rustaqa  qui,  coupe  de  ses  bases, 
sera  rattache  administrativement  a  Marga. 

L’eveche  nestorien  de  Ma‘alta  et  de  Bahadra  continuera  a  avoir 
des  eveques  au  moins  jusqu’au  XIIIe  siecle.  Le  dernier  connu  est 
Malklso1 2 3 4,  en  1266. 

Le  diocese  de  Ninive-Mossoul  etait  promis  a  un  avenir  plus  brillant. 
D’abord  soumis  au  metropolite  d’Erbil,  il  deviendra  lui-meme  metro- 
pole  entre  823  et  828,  Erbil  passant  alors  au  rang  de  suffragant.  Meme 
quand  Erbil,  ayant  regagne  un  peu  de  son  ancienne  splendeur,  rede- 
viendra  metropole,  entre  1176  et  1188,  Mossoul  gardera  cependant  son 
titre,  si  bien  que  Ton  aura  deux  metropoles  nestoriennes  pour  le  nord 
de  l’lraq. 

Faut-il  situer  dans  la  region  de  Ninive  le  diocese  nestorien  de 
Taimana,  qui  n’a  pas  encore  dte  localise?  On  le  trouve  mentionne  a 
trois  reprises  assez  espacees.  D’abord  en  790,  ou  son  eveque  s’appelle 
Moise  (2),  sans  autre  precision.  La  deuxieme  mention  est  contenue 
dans  un  manuscrit  de  la  Bibliotheque  Nationale  de  Paris  (3)  que  l’abbe 
F.  Nau  date  des  environs  de  900.  En  fait  il  faut  placer  ce  manuscrit  avant 
823-828,  puisque  le  diocese  de  Ba  Nuhadra  y  est  encore  soumis  a  Erbil. 
On  ne  peut  done  savoir  si  le  Jean  de  Taimana  qui  y  est  mentionnd  avait 
son  diocese  en  Ba  Nuhadra  ou  en  Adiabene.  Enfin,  Taimana  figure, 
d’apres  ‘Awdis5c  de  Nisibe  (4),  dans  la  liste  des  eveches  soumis  au  me¬ 
tropolite  d’Erbil,  Hazza,  Ator  et  Mossoul  (?).  Comme  on  estime  d’ha- 
bitude  que  cette  liste  reflete  la  situation  telle  qu’elle  etait  du  temps  de 


(1)  Cf.  Mossoul  Chretienne,  s.v.  Eglise  «ad  latrinas». 

(2)  Syn.  Or.,  p.  608,  n.  3. 

(3)  Notices  des  Mss.  Syr.,  cit.,  ROC,  2e  serie,  VI/1911,  p.  271-323. 

(4)  Cit£  in  Syn.  Or.,  p.  619. 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


337 


1’auteur,  on  peut  supposer  que  le  diocese  de  Taimana  existait  encore 
au  XI Ve  siecle. 

Le  meme  nom  se  retrouve  dans  la  ldgende  du  moine  Miha’Il,  «l’egal 
des  anges»  (1).  C’est  dans  «la  terre  de  Taiman»  que  celui-ci  batit  son 
couvent.  Ce  couvent  existe  toujours;  le  pays  de  Taiman  est  done  situ£ 
sur  la  rive  ouest  du  Tigre,  immddiatement  au  nord  de  Mossoul.  Quant 
a  son  nom  il  peut  vouloir  dire  simplement  «le  pays  du  Sud»,  peut-etre 
par  rapport  au  grand  Ba  Nuhadra,  ou  encore  comporter  une  reference 
a  une  tribu  arabe,  originaire  du  Ydmen  (2)  qui,  comme  plusieurs  autres 
venant  de  la  meme  rdgion,  se  serait  installee  dans  le  district. 

Cependant,  une  variante  du  meme  nom  se  retrouve  un  peu  plus  bas 
sur  l’autre  rive,  done  cette  fois  en  Ba  Nuhadra:  la  premiere  dtape  des 
caravanes  se  dirigeant  de  Mossoul  vers  le  sud  dtait  la  locality  des  Ban! 
Taiman,  a  mi-route  entre  Mossoul  et  Hadita  du  Tigre  (3),  une  dis¬ 
tance  de  sept  parasanges  la  sdparant  de  chacune  de  ces  deux  villes.  II 
n’y  a  plus  aujourd’hui  de  localite  de  ce  nom.  D’apres  la  distance  on  peut 
l’identifier  avec  les  ruines  voisines  du  hameau  actuel  de  Tuwagna  (ou 
Tuwagna).  On  voit  la-bas,  a  cotd  de  la  route  de  Guwair,  a  l’ouest,  un 
grand  champ  de  decombres  formant  un  carr6  d’a  peu  pres  cinq  cents 
metres  de  cotd  et  offrant  le  meme  aspect  que  les  ruines  des  bourgs  m 6- 
didvaux  de  Guhaina,  Dola‘iya,  ou  Balad.  La  localite  a  certainement 
connu  une  prosp6rit£  supdrieure  aux  villages  de  pisd  environnants, 
car  ici  les  maisons  dtaient  baties  en  pierres  et  en  gass.  Tuwagna  se 
trouve  a  mi-distance  entre  Mossoul  et  Guwair  sur  le  Zab.  II  n’est  pas 
6tonnant  que  le  nom  arabe  ancien  ait  disparu,  car  les  peuplades  les  plus 


(1)  V.g.  en  arabe  dans  Suhadd’,  p.  115. 

(2)  V.g.  Bk.  II,  p.  656  et  n.  3;  id.,  Mai,  X,  p.  141.  —  La  Pchitta  porte  «la 
reine  de  Taiman»  en  Mt.  XII,  42,  pour  notre  «reine  du  Sud». 

(3)  Ibn  Hurdadbah,  al  Masalik ,  £d.  de  Goeje,  p.  67  et  163.  Dans  le  texte 
de  la  Geographia  Nubiensis  (6h  non  pagin^e,  Rome  1592)  Idrisi  met  le  lieu  a  mi- 
chemin  entre  Hadita  et  Takrit.  Dans  la  Charta  Rogeriana  (1154)  le  nom  est  £crit  en 
longueur,  a  Test  du  Tigre,  au  sud  de  Ninive.  Cf.  Konrad  Miller,  Mappae  Arabicae, 
Stuttgart,  1926. 


Rech.  23  —  22 


338 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


diverses  ont  habits  le  district  depuis  le  moyen  age,  notamment  les  Tur¬ 
comans,  et  Tun  dcs  villages  voisins  s’appelle  «Qara  Quyunli  Sufli». 

Si  c’est  ici  qu’il  faut  placer  le  diocese  de  Taiman,  il  correspondrait, 
comme  son  nom  l’indique,  a  la  partie  sud  du  diocese  de  Ninive,  qui 
aurait  alors  eu  un  eveque  special  (?).  Bordant  le  Tigre  et  la  route  arabe, 
cette  region  etait  tres  prospere  au  IXe  siecle,  au  moment  oil  Ton  trouve 
des  ^veques  de  Taimana,  mais  Ton  n’a  aucun  renseignement  sur  sa 
chretiente. 

De  toutes  fa^ons  F  appellation  est  tardive  et  implique  peut-etre  une 
nuance  de  flatterie  vis-a-vis  des  Arabes.  Peut-etre  n’est-elle  qu’un  doublet 
qui  cache  un  nom  plus  «chretien»,  Ninive  par  exemple?  En  effet,  on  ne 
peut  pas  ne  pas  remarquer  que  le  nom  de  Ninive  ne  figure  pas  dans  les 
listes  ou  P on  rencontre  Taimana;  Ton  ne  possede  malheureusement  pas 
de  liste  qui  puisse  servir  de  terme  de  comparaison  avec  la  nomenclature 
du  Codex  354.  Risquer  une  hypothese  en  la  matiere  serait  done  pre¬ 
mature. 

La  decheance  de  Mar  Matt  a 

Le  temps  des  luttes  entre  fractions  chretiennes  rivales  est  desormais 
passe.  Dans  les  brassages  de  populations  qui  se  succedent  au  cours  des 
siecles  (et  dans  quel  siecle  ce  pays  n’en  a-t-il  pas  connu?)  la  chretiente 
de  plus  en  plus  reduite  oublie  ses  querelles  fratricides.  On  ira  meme 
jusqu’a  voir  une  eglise  nestorienne  se  batir,  en  767,  a  Takrit,  la  forteresse 
jacobite,  en  echange  bien  sur  d’autres  bons  procedes. 

Ndanmoins,  au  coeur  de  V  Eglise  Syrienne  Occidental,  la  rivalite 
entre  Takrit  et  Mar  Matta,  rivalite  aussi  ancienne  que  l’institution  du 
catholicos,  va  entrer  dans  sa  derniere  crise.  Voyant  Takrit  amoindrie  par 
les  vicissitudes  des  temps,  et  le  diocese  de  Ninive  florissant  (1),  le  maph- 
rien  Ignace  Lazare  veut  remanier  son  dparchie  et  se  soumettre  directe- 
ment  Ninive,  qu’il  doit  par  consequent  enlever  a  l’eveque  de  Mar  Matta. 


(1)  M.S.,  III,  p.  307. 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


339 


II  choisit  bien  son  moment:  en  1152,  le  mdtropolite  de  Ninive  est  mort, 
le  maphrien  refuse  de  lui  designer  un  successeur.  La  solution  dtait  tres 
flatteuse  pour  la  ville  de  Mossoul,  mais  chargde  de  menaces  pour  le  futur 
eveque  de  Mar  Matta;  elle  ne  souriait  guere  non  plus  aux  Takrltains, 
qui  craignaient  que  leur  ville  ne  perdissc  encore  de  son  importance  en 
laissant  partir  son  maphrien. 

Takrlt  eut  deux  fois  gain  de  cause  auprcs  du  patriarche  Athanase, 
mais  Lazare  tint  bon  et  ne  sacra  toujours  pas  de  mdtropolite  pour  le 
siege  vacant.  Son  obstination  finit  par  l’emporter  et  le  synode  de  1155 
sanctionna  la  reorganisation.  C’dtait  l’arret  de  mort  de  Takrlt,  que  les 
maphriens  auront  quittde  avant  la  fin  du  siecle;  c’dtait  aussi  le  debut 
du  ddclin  de  Mar  Matta,  soumis  entierement  ddsormais  a  la  discretion 
du  maphrien. 

II  semble  cependant  que  le  patriarche,  qui  avait  approuve  a  regret 
la  decision  du  maphrien,  ait  voulu  donner  comme  un  «prix  de  conso- 
lation»  a  l’dveque  de  Mar  Matta,  spolid  de  sa  juridiction  sur  Mossoul. 
On  est  bien  tentd  de  penser  que  ce  fut  des  cette  date  que  fut  adjoint  au 
titre  de  Mar  Matta  celui  d’Adherbaidjan.  On  recrdait  ainsi  un  vieux 
diocese  historique  datant  de  l’epoque  de  Maruta  (1),  mais  bien  dddord 
depuis.  Surtout  on  dloignait  de  Ninive  le  maitre  dvince,  remplacd  dans 
son  couvent  par  un  pale  supdrieur.  La  situation  dut  engendrer  quclque 
rancune,  et  aussi  quelque  honte,  car  le  premier  dveque,  Timothde,  en 
1166,  se  contente  de  signer  «dveque  d’Adherbaidjan)).  II  faudra  attendre 
1232,  avec  Sdvere  Ya‘qub  de  Bartelli,  pour  que  l’dveque  du  grand  cou¬ 
vent  ddchu  ose  signer  de  son  titre  complet  «£veque  de  Mar  Matta 
(qui  a  ses  yeux  reste  primordial)  et  d’Adherbaidjan»  (2). 

(1)  Celui -ci  avait  crdd  un  diocese  pour  les  Edessdniens  ddportds  par  les  Perses 
en  609. 

(2)  Ceci  resout  le  pseudo  probleme  pos6  par  Honigmann  ( Barsaurna ,  p.  98,  n.  7) 
a  la  suite  de  Baumstark  (6^r.  Lit.),  p.  329.  La  confusion  £tait  n^e  du  catalogue  de 
Wright  des  Mss.  de  Cambridge  (Add.  2887.37)  qui  mentionnait  un  dveque  du  couvent 
de  Mar  Matta  en  Adherbaidjan.  Ce  couvent  fantome  a  dd:ja  ^td  portd  sur  la  carte, 
excellente  par  ailleurs,  de  F.  Van  der  Meer,  des  Eglises  du  royaurne  des  Perses ,  dans 


340 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Faut-il  distinguer  a  cette  epoque  deux  £vech£s  jacobites,  Tun 
d’Adherbaidjan  et  l’autre  de  Tabriz  (1)?  II  semble  que  non,  et  rien 
dans  la  chronologie  des  eveques  ne  s’oppose  a  Identification.  Cette 
solution  repondrait  aussi  a  la  question  posee  par  Honigmann  (2) :  Ou 
dtait  le  siege  de  l’eveque?  II  semble  que  l’on  puisse  repondre:  a  cette 
epoque,  il  6ts.it  a  Tabriz  (3). 

Le  jumelage,  un  peu  bancal,  de  Mar  Matta  et  de  Tabriz,  semble 
avoir  dure  jusqu’a  la  fin  du  XIIIe  siecle,  au  moment  ou  un  maphrien, 
Barsaume,  passera  cinq  ans  a  Tabriz  et  a  Maraga,  de  1293  a  1298,  et 
en  profitera  probablement  pour  rattacher  directement  le  diocese  a  son 
eparchie  (4).  D’ailleurs,  les  grands  seigneurs  de  Mar  Matta  s’etaient 
habitues  a  vivre  a  l’ombre  du  maphrien,  et  au  role  inferieur  que  cela 
signifiait  pour  eux;  le  contemporain  de  Barsaume,  l’eveque  Iwanis  de 
Mar  Matta,  cohabita  pacifiquement  avec  le  maphrien;  il  se  contenta  de 
cultiver  son  jardin  et  de  batir  quelques  chambres,  une  tache  qui  deviendra 
traditionnellement  celle  de  ses  successeurs  (5). 

Les  dioceses  recents 

Le  processus  d’emiettement  continuera  encore  dans  la  suite.  Au 
XVIe  siecle,  le  celebre  couvent  de  Mar  Behnam  devint  a  son  tour  le 


V Atlas  de  V antiquite  chretienne ,  ed.  fr.,  Paris -Bruxelles  1960,  carte  n°  36.  La  table  des 
matieres  du  meme  ouvrage  (p.  196)  est  Sgalement  a  corriger,  qui  met  «Mar  Mattai'» 
cette  fois  en  Adiabene. 

(1)  Comme  le  voudrait  le  Lisdn  al  masriq ,  1 1 1/ 1 950,  p.  25,  n.  6  et  7,  qui  parle 
du  diocese  d’Adherbaidjan,  dont  le  centre  etait  a  Tabriz  et  dont  «l’histoire  a  mentionn£ 
certains  eveques»,  et  du  diocese  de  Tabriz,  qui  aurait  et6  separe  comme  diocese  special 
peu  avant  le  XIIIe  siecle. 

(2)  P.  112,  n.  3,  oil  il  suggere  Ardabil. 

(3)  Il  semble  qu’il  y  ait  eu  aussi  un  eveque  a  Urmi,  pres  du  lac  de  Van,  v.g. 
Ignace,  vers  1190  ( Lisdn ,  III/1951,  p.  224).  A  la  meme  Epoque,  le  siege  nestorien  de 
la  meme  region  dependait  egalement  de  l’Adiab^ne-Assyrie.  Plus  tard  tout  le  monde 
semble  s’etre  transports  a  Maraga. 

(4)  A  ce  moment  l’Adherbaidjan  dSpend  du  patriarcat  jacobite  de  Sis  (Honig¬ 
mann,  p.  175,  d’apres  B.H.,  I,  col.  793-797. 

(5)  Voir  en  appendice  a  ce  chapitre  la  liste  episcopale  revisee  du  n°  17  au  n°  21. 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


341 


centre  d’un  diocese,  appeld  Diocese  de  Mar  Behnam  et  de  Qara- 
qos  (1).  Le  premier  dveque  en  fut  Iwanls  Iso1 2 3 4  de  Qaraqos,  qui  siegea  de 
1566  a  1576.  On  trouvera  dans  la  prdcieuse  histoire  arabe  du  couvent, 
dcrite  par  Mgr  Ephrem  Abdal  (2),  une  liste  de  six  noms  d’dveques, 
dont  le  dernier  meurt  en  1777. 

Nous  arrivons  alors  a  la  pdriode  moderne,  a  laquelle  appartient  le 
seul  dveque  catholique  ayant  portd  le  titre  de  Mar  Behnam  et  Qaraqos, 
Mgr  Bisara  Ahtal  (Cyrille  Behnam),  sacr d  en  1790. 

Quand  les  Jacobites  reprirent  le  couvent  en  1798,  ils  y  remirent  un 
Eveque,  bien  qu’on  ne  connaisse  plus  de  noms.  L’eveque  anonyme  de 
1809  sera  sacrd  patriarche  intrus  par  le  maphrien  Basile  Bisara  (3), 
avant  d’etre  tud  en  1818.  On  ne  sait  s’il  avait  etd  remplacd  a  Mar  Beh¬ 
nam,  dont  les  moines  furent  dispersds  en  1820. 

II  faudrait  encore  mentionner  ici  le  diocese  chaldden  catholique  de 
Zaho,  hdritier  du  petit  Ba  Niihadra  et  de  Ma‘alta  de  Dehok.  Ce  diocese 
eut  peut-etre  ddja  des  dveques  catholiques  des  le  XYIe  siecle,  mais  ne 
fut  converti  ddfinitivement  qu’a  la  fin  du  XVIIIe  siecle  (4).  II  fut  drigd 
en  diocese  independant  en  1850,  et  son  premier  dveque  fut  Mgr  Em¬ 
manuel  Asmar  (1859-1875). 

Ainsi  se  termine  l’histoire  des  dioceses  de  la  plaine  de  Ninive.  On 
pourrait  dvidemment  traiter  le  sujet  comme  une  sdrie  de  remaniements 
administratifs,  se  traduisant  en  statistiques  et  en  listes  dpiscopales.  Je 
crois  qu’il  est  plus  exact  de  le  voir  comme  la  dissection  progressive  d’un 
etre  vivant,  et  quand  cet  etre  est  cher,  le  coeur  saigne  a  la  pensde  de  son 
malheur.  Hdlas,  cela  aura  dtd  le  tragique  destin  de  ffiglise  historique 
d’lraq  de  ne  pas  connaitre  des  remaniements  traduisant  le  ddveloppement 
et  la  vie,  mais  des  ddmembrements  trahissant  les  divisions  et  la  mort. 

(1)  Apergu ,  p.  198. 

(2)  Al  Lu'lu'  an  nadid ,  Mossoul  1951,  p.  94. 

(3)  Mgr  Armalet,  Les  Catholicos  d' Orient  et  les  maphriens  Jacobites ,  dans  al  Machriq 
(Beyrouth)  a  partir  de  XXII/ 1924.  Ici  notice  du  maphrien  n°  101. 

(4)  D’apres  LEglise  Chaldeenne  Catholique ,  p.  70-72,  par  Mgr  Tfinkdji,  1913 
(et  Ann.  Pontiff  1914). 


342 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Le  renouveau  dont  nous  sommes  temoins  dans  les  Egiises  Chal- 
deenne  et  Syrienne  Catholiques  contemporaines,  est  en  train  de  riparer 
les  effets  seculaires  de  cette  loi  de  disintegration  ineluctable  qui  est  celle 
des  sarments  separes  du  cep.  Pour  aider  a  ce  renouveau  a  ete  organise 
en  1961  le  diocese  chaldeen  d’Alqos,  comprenant  les  anciens  districts  de 
Ba  ‘  Adre  et  B.  Rustaq.  Le  premier  eveque  en  est  S.E.  Mgr  Albahad  Sana. 

2.  —  Listes  episcopales 

N.B. :  Les  numeros  n’indiquent  pas  forc^ment  la  succession  immediate. 

Eveques  nestoriens  du  Ba  Nuhadra  et  Ma‘alta 

References : 

Syn.  Or.,  table  p.  669. 

Le  Quien,  O.C.,  II,  col.  1221-1222. 

D.H.G.E. ,  VIII/ 1 936,  col.  1236,  s.v.  Beth  Nuhadra.  —  Ce  dernier 
article,  de  M.  le  Chanoine  A.  Van  Lantschoot,  donne  une  liste  qu’il  n’y 
a  guere  lieu  de  changer.  Je  me  contente  de  la  reproduire  ici  a  peu  pres 
exactement. 

[1]  Isaac,  en  410  (Syn.  Or.,  p.  272  et  617). 

[2]  Salomon  ou  Samuel,  en  497  (Syn.  Or.,  p.  310,  311,  315) 
(p.  621  Chabot  note  que  la  variante  «parait  imputable  a  l’inadvertance 
des  copistes »). 

[2a]  (?)  Yazdepnah,  554  (le  meme  eveque  de  Ninive  en  576?, 

Syn.  or.,  p.  366,  368). 

[3]  Gawsisoc,  en  585  (Syn.  Or.,  p.  423).  II  y  a  un  eveque  de 
Ma‘alta  du  Zab  au  meme  synode,  et  aussi  un  eveque  de  Ninive. 

[4]  Jean,  en  605  (Syn.  Or.,  p.  478).  II  y  a  un  eveque  de  Macalta 
du  Zab  au  meme  synode. 

[4a]  cAwd!so‘  (Histoire  of ...  R.  Hormizd,  p.  80)  vers  640. 

[5]  Isaac  (L.C.,  n°  139  et  140),  fin  du  VIIe  s. 

[6]  Nestorus,  sacre  en  790  (Syn.  Or.,  p.  608,  n.  3). 

[7]  BrihIso‘,  debut  du  IXe  siecle  (cod.  354,  B.N.,  Paris;  R.O.C., 
1911,  p.  271-323). 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


343 


[8]  £AwdIso£  bar  ‘Aqre,  ev.  de  Ma'alta  et  Nuhadra,  961-962/3 
(Mari,  lat.  p.  88;  B.O. ,  II,  p.  442,  453;  III,  n,  p.  769;  Le  Q.,  Nuhadra , 
n°  1;  Vie  de  R.  Tusif  Busnaya,  p.  28,  29,  55;  D.H.G.E. ,  XIV/1960,  col. 
1274). 

[9]  Yahwalaha  devient  en  995  nfetropolite  de  Nisibe  (Le  Q.  lui 
donne  le  n°  IV  de  Ma'alta;  £lie  de  Nisibe,  Op.  Chron .,  C.S.C.0 .  63*, 
p.  107,  l’appelle  eveque  de  Nuhadra). 

[10]  Elie  bar  Sinaya,  1002-1008,  devient  alors  metropolite  de  Ni¬ 
sibe,  meurt  en  1046?  ( D.H.G.E .,  XV/ 1961,  col.  192-194,  s.v.  Elie  de 
Nisibe ,  n°  29,  par  A.  Van  Roey,  avec  references). 

[10a]  Yahwalaha  (?)  devient  metropolite  de  Mossoul  en  1062/ 
1063  (Mari,  lat.  p.  110;  B.O. ,  II,  p.  447;  Le  Q.,  n°  V). 

[11]  Moi'se,  en  1111  (]\4ari,  lat.  p.  129;  Le  C]L,  J\uhadra ,  n®  ii). 

[12]  X,  en  1134  (Mari,  lat.  p.  131;  Le  Q.,  Nuhadra ,  n°  III). 

[13]  Yahwalaha  (?)  avant  1190  ( B.O. ,  II,  p.  453  et  487;  Le  Q., 
n°  IV). 

[14]  SAWRisoc,  avant  1222  ( B.O. ,  II,  453;  III,  n,  p.  769;  Le  Q., 
n°  V). 

[15]  Iso'yaw,  en  1257  ( B.O. ,  II,  p.  455;  Le  Q.,  n°  VI).  Mari  lui 
donne  son  titre  arabe  de  Bahadra. 

[16]  Malkiso4,  en  1265  ( B.O. ,  II,  p.  456).  Comme  cAwdis5‘  de 
Ma‘alta  assiste  avec  lui  au  meme  sacre  (de  Denha  I),  on  peut  penser 
que  ce  dernier  etait  eveque  de  Ma£alta  du  Zab. 

£veques  nestoriens  de  Ninive/Mossoul  (jusqu’a  ce  que  la  ville 
devienne  metropole,  entre  823  et  828). 

References : 

Le  Quien,  O.C.,  II,  Ninive,  col.  1223-1226;  Mossoul ,  col.  1216-1220. 

Synodicon  Orientale ,  p.  678. 

Le  manuscrit  du  Paradis  d' Eden  de  Karamlaiss  compte,  dans  ses 
Diptyques,  a  la  suite  de  la  liste  des  metropolites  d’Assyrie,  une  liste  de 
trente-cinq  noms  seulement,  au  debut  de  laquelle  on  reconnait  des 
eveques  de  Ninive. 


344 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Deux  courtes  series  d’eveques,  par  ordre  chronologique,  apparais- 
sent  dans  la  liturgie  nestorienne  au  deuxieme  vendredi  d’ete  et  le  ven- 
dredi  suivant.  Les  manuscrits  qui  portent  cette  commdmoraison  sont  des 
evangeliaires : 

a)  Le  premier,  de  R.  Hormizd,  probablement  date  de  1074,  est 
actuellement  au  British  Museum  (cod.  CCXLVI,  Add.  17.923,  Cat . 
Wright,  t.  I,  p.  182  s.,  n°  104  et  107). 

b)  Deux  autres,  du  Patriarcat  Chaldeen  (cod.  A.S.  13  et  14;  Mgr 
Bidawid,  124  et  125),  dates  du  XIIe  siecle. 

c)  Un  quatrieme  du  British  Museum,  «selon  l’usage  de  B.  ‘Awe», 
date  de  1206/7  (cod.  CCXLVIII,  Egerton  681,  Cat .  Wright,  1. 1,  p.  190 
s.,  n°  91  et  93). 

d)  Le  cod.  Berlin  14  (evangeliaire  du  XI Ve  siecle)  ne  comporte  que 
la  seule  liste  du  3e  vendredi  d’ete  (fob  153  a,  Cat.  Sachau,  I,  p.  29). 
Ici  l’ordre  est  different,  et  on  ajoute  un  Burz  Iso‘  (?). 

D’apres  ces  differentes  sources,  voici  comment  l’on  peut  peut-etre 
reconstituer  la  liste  des  eveques  nestoriens  de  Ninive-Mossoul,  jusqu’a 
ce  que  la  ville  devienne  metropole,  entre  823  et  828  semble-t-il.  Les 
numeros  d’ordre  correspondent  a  la  liste  des  Diptyques  de  Karamlaiss. 

Bar  Sahde  (?) 

Faut-il  retenir  ce  nom  qui,  d’apres  les  sources  jacobites,  serait  celui 
de  Peveque  de  Ninive  martyrise  par  Barsaume  de  Nisibe  en  484/5,  a 
cause  de  ses  tendances  «orthodoxes»?  Si  la  liste  d’eveque  de  Ninive 
fournie  par  les  Diptyques  de  Karamlaiss  est  aussi  exacte  que  ceile  qu’ils 
donnent  des  metropolites  d’Assyrie,  on  ne  peut  s’empecher  de  remarquer 
que  le  premier  nom  commun  aux  deux  listes,  celui  d’Iso‘yaw,  qui  fut 
d’abord  dveque  de  Ninive  puis  metropolite  d’Assyrie,  tient  le  24e  rang 
dans  la  liste  d’Erbil,  alors  qu’il  est  le  6e  de  la  s£rie  de  Ninive.  Ceci  semble 
indiquer  que  la  creation  du  siege  de  Ninive  fut  de  beaucoup  posterieure 
a  celle  du  siege  d’Adiabene.  II  semble  qu’il  n’y  ait  pas  eu  d’eveques  de 
Ninive  avant  Ahudemmeh,  c’est-a-dire  vers  le  milieu  du  VIe  siecle. 

[i]  Ahudemmeh  (Evangeliaire,  2e  vendredi  d’dte)  siegeait  en  554 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


345 


Syn.  Or.,  p.  366).  La  plupart  des  manuscrits  liturgiques  r^petent  deux 
fois  ce  nom.  Y  eut-il  deux  eveques  du  meme  nom  fun  apres  l’autre,  ou 
a-t-on  affaire  seulement  a  un  doublet  reiter£,  du  a  une  faute  de  copiste? 
Les  Diptyques  ne  le  mentionnent  qu’une  fois. 

[2]  Muse  (Moise)  (Lvangdliaire,  2e  vendredi  dYtd). 

[3]  Yazdpanah  (Lvangeliaire,  id.).  Atteste  en  576  (Syn.  Or.,  p. 
368).  C’est  probablement  lYveque  du  jeune  de  Ninive,  au  temps  du 
patriarche  fizdchiel,  570-581  ( B.O. ,  II,  p.  413;  Le  Q.,  Ninive,  n°  III). 
Cependant  la  tradition  de  Mossoul  appelle  l’eveque  du  jeune  Mar  Zdy‘a. 
Yazdpanah  peut  avoir  ete  dveque  de  Ma‘alta  en  554  (Syn.  Or.,  p.  366). 
Sur  sapenible  chute  etsa  penitence,  cL  Hist.of ...  Bar  Idta,  II,  i,  p.  212-214. 

[4]  Mar  Awa,  en  585  (Syn.  Or.,  p.  423,  ou  Ton  voit  ^galement 
un  £veque  de  Ma‘alta  assister  au  meme  synode).  C’est  probablement  de 
cet  eveque  que  lYvangtdiaire  de  R.  Hormizd  datd  de  1074  et  celui  de 
1188  font  la  commdmoraison  individuellement  au  17  ddcembre.  Ceci 
expliquerait  son  absence  des  listes  liturgiques  collectives.  Un  temps 
prisonnier  des  Grecs,  Awa  fut  libdrd  lors  de  la  paix,  a  l’hiver  589-590. 
Cf.  Hist,  of ...  Bar  Idta,  II,  i,  p.  224. 

[5]  Mar!  (ou  Mara),  mort  avant  628  (Thomas  de  Marga,  lib. 

II,  cp.  4;  B.O. ,  II,  p.  188,  420;  III,  i,  p.  475;  Le  Q.,  Ninive,  n°  V; 
fivangdliaire,  2e  vendredi  d’dtd).  Cet  dveque  est  le  prdddcesseur  dTsocyaw. 
L’ordre  de  Le  Quien  est  done  a  rdtablir:  III,  V,  VI,  IV,  VII,  etc. 

[6]  I§ocyaw,  avant  628,  avant  637  (fivangdliaire,  2e  vendredi 
dYt£;  Th.  de  Marga,  lib.  II,  cp.  4,  11,  12,  etc.;  B.O. ,  II,  p.  188,  420; 

III,  i,  p.  475;  Mari,  lat.  p.  55;  Budge,  Bk.  I,  p.  lxxxvi).  ‘Amr  (ar.  p.  56) 
le  fait  dveque  de  Ninive  puis  mdtropolite  de  Mossoul,  ce  qui  est  un  ana- 
chronisme  double  d’une  erreur,  car  le  siege  de  Mossoul  n’apparait  qu’a- 
pres  la  conquete  arabe  et  ne  devient  mdtropolitain  que  beaucoup  plus 
tard  (Le  Q.,  Ninive,  n°  VI;  Mossoul,  n°  I).  Voir  aussi  ses  lettres,  dont 
la  chronologie  semble  un  peu  bouleversde. 

Georges  de  Kafra  ne  semble  pas  avoir  en  fait  dveque  de 
Ninive,  comme  le  voudrait  ‘Amr  (ar.  p.  57)  suivi  par  Assemani  (B.O. , 


346 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


II,  p.  421  et  Le  a.  Mossoul,  n°  II)  et  certains  modernes.  Le  texte,  plus 
serieux,  de  Thomas  de  Marga  (. Bk .  II,  p.  179-186)  montre  que,  s’il  fut 
bien  a  Ninive  avec  son  maitre  Is6‘yaw,  il  accompagna  egalement  celui- 
ci  a  Erbil. 

Mar  ‘Emmeh  n’est  pas  mentionne  dans  les  Diplyques ,  peut-etre 
parce  qu’il  avait  une  commemoraison  speciale  avec  d’autres  patriarches, 
le  troisieme  dimanche  de  l’Annonciation  (calendrier  nestorien  du  Ma¬ 
labar).  Avant  d’etre  patriarche,  il  etait  sur  le  siege  de  Ninive  au  moment 
de  la  conquete  arabe  (637)  et  jusqu’en  644  (ou  647  ?)  (cf.  Mari,  lat. 
p.  55;  B.O. ,  II,  p.  420;  III,  i,  p.  615;  Le  Q,.,  Ninive ,  n°  IV). 

[7]  SawrIso‘  ( Diptyques ). 

[8]  SembaiteH  (Evangeliaire,  3e  vendredi  d’ete). 

[9]  KlilIs5‘  ( ibid .). 

Le  codex  du  Patriarcat  Chaldeen  A.S.  13  (Mgr  Bidawid,  n°  124) 
ajoute  ici  Sawrlso4,  range  par  les  Diptyques  au  n°  7. 

[10]  Suhalalaha  (Evangeliaire). 

Italaha  (?)  n’est  pas  mentionne  par  les  Diptyques.  En  realite,  si 
vraiment  le  correspondant  a  qui  Severe  Saboht  ( f  667 )  envoie  sa  lettre 
sur  le  Peri  Hermeneias  est  un  eveque  de  Ninive  (comme  le  nomment 
la  plupart  des  manuscrits  et  comme  le  pense  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  246, 
alors  que  Chabot  en  fait  un  «pretre  de  Mossoul»,  Lit.  Syr.,  p.  83),  c’est 
probablement  ici  qu’il  faudrait  le  placer. 

Les  trois  eveques  suivants  ne  figurent  pas  dans  les  Diptyques.  Ce 
sont  : 

[10a]  Moise,  qui  assiste  a  la  mort  d’lso^aw,  en  650  (ou  658) 

( B.O. ,  II,  p.  188,  420;  III,  i,  p.  475;  Le  CL,  Ninive,  n«  VII). 

[10b]  Isaac  de  Ninive,  entre  658  et  680.  Il  siege  six  mois  puis 
abdique  (cf.  Chabot,  Lit.  Syr.,  p.  104).  Le  Quien  le  nomme  n°  II  de 
Ninive  et  le  situe  vers  500  (?)  avec  reference  a  B.O. ,  I,  p.  207,  alors  que 
la-meme,  Assemani  le  mettait  deja  «apres»  500. 

[10c]  Simeon,  probablement  depuis  695,  au  retour  de  Hnaniso£ 
(cAmr,  ar.  p.  60;  Bk.  II,  p.  236).  Devient  metropolite  d’Erbil  en  714 
(Le  Q,.,  Mossoul,  n°  III,  anonyme). 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


347 


[11]  Ephrem  (Bk.  II,  p.  237;  B.O. ,  III,  i,  p.  478).  Le  Q.  ( Ninive , 
n°  VIII)  en  fait  le  successeur  de  Moise  (?).  En  fait,  il  batit  Teglise  de 
B.  B5re,  consacree  par  le  metropolite  Jean  d’Adiabene,  done  entre  714 
et  721. 

[12]  Narsai,  cite  uniquement  par  les  Diptyques. 

Maran  ‘Emmeh  (?).  Le  Q.  ( Mossoul ,  n°  IV)  le  fait  dveque  de  Mos- 
soul,  avec  reference  a  Thomas  de  Marga  (lib.  Ill,  cp.  4),  oil  Ton  voit 
seulement  (Bk.  II,  p.  312-313)  que  ce  personnage  devint  mdtropolite 
d’Erbil  apres  Ahha,  done  entre  754  et  773. 

[13]  Abraham,  prdddeesseur  dTso‘yaw  de  Marga,  done  mort  entre 
741  et  754  (Le  CE,  Ninive ,  n°  IX).  Les  Diptyques  intervertissent  Pordre 
d’Abraham  et  dTs5‘sawran,  et  omettent  Iso‘yaw. 

[13a]  Iso‘yaw  de  Marga,  saerd  par  Ahha,  done  entre  741  et  754. 
Devint  metropolite  d’Ator  en  780,  a  l’avenement  de  Timothde  (Th.  de  M., 
lib.  II,  cp.  3;  B.O. ,  III,  i,  p.  480;  Le  Q.,  Ninive ,  n°  X;  Mossoul ,  n°  V). 

[14]  Iso4sawran  Bar  Mamai,  seconde  moitie  du  \TIIe  siecle  (Th. 
de  Marga,  lib.  VI,  cp.  15;  Bk.  II,  p.  648;  B.O. ,  III,  i,  p.  300). 

[15]  Maran  Zha,  a  qui  Timothee  dcrit,  done  avant  823  ( Epis - 
tulae,  C.S.C.O. ,  p.  96;  Th.  de  M.,  lib.  IV,  cp.  18;  B.O.,  II,  p.  494-495; 
Le  Q,.,  Ninive ,  n°  XII). 

[16]  Hnaniso4,  nommd  par  Timothde  ( Epistulae ,  C.S.C.O.,  p.  90). 

Sous  le  patriarcat  dTso4  bar  Nun  (823-828),  le  centre  de  rdparchie 

d’Adiabene-Assyrie  fut  transfer^  a  Mossoul.  Que  reprdsentent  done  les 
19  noms  qui  restent  encore  apres  les  dveques  de  Ninive-Mossoul  ?  Pour 
le  meme  laps  de  temps,  e’est-a-dire  jusqu’a  la  date  de  la  reprise  par 
Mossoul  seule  du  titre  de  metropole;  entre  1 1 76  et  1 188,  la  liste  d’Assyrie 
comporte  16  noms  (n°  36  a  51  inclus). 

A-t-on  dans  les  19  numeros  suivants  les  noms  des  dveques  de  Ninive- 
Mossoul  qui  auraient  sidge  dans  la  meme  ville  que  le  mdtropolite  d'Ator- 
Adiabene?  Peut-etre  est-ce  a  ce  moment  que  le  batiment  qui  logera 
plus  tard  le  «patriarcat»,  pres  de  l’dglise  de  Meskinta,  rempla^a  ou 
doubla  la  vieille  residence  episcopate  de  Mar  Isa‘ya? 


348 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Ou  bien  les  Diptyques  se  sont-ils  contentes  de  mettre  a  la  queue 
leu  leu  des  bribes  de  listes  episcopates  de  differents  sieges?  Apres  tout, 
ccla  n’est  pas  impossible,  car  le  texte  ne  dit  pas  qu’il  donne  uniquement 
les  listes  de  Ninive,  ou  de  quelque  diocese  determine,  mais  seulement 
qu’il  recommande  a  nos  prieres  des  eveques  «de  notre  pays». 

Et  d’ailleurs,  comment  cette  liste  fut-elle  redigee?  A  part  pour  les 
sieges  privileges,  pour  lesquels  l’auteur  des  Diptyques  semble  avoir  dis¬ 
pose  de  listes  traditionnelles,  il  dut  faire  comme  nous  et  etudier  son 
Synodicon  et  son  Liber  Tunis.  J’avoue  done  mon  ignorance  quant  a  la 
localisation  des  noms  des  eveques  suivants.  Je  les  donne  a  la  file,  tels 
qu’on  les  trouve  dans  les  Diptyques ,  souhaitant  qu’un  confrere  plus 
heureux  puisse  dechiffrer  ces  hieroglyphes. 

[17]  Quriaqos 

[18]  Husalaha  (Miserere  Deus) 

[19]  HabbIwa 

[20]  Yohannan 

[21]  Maroos 

[22]  Iso£zha 

[23]  £AwdIso£ 

[24]  Yohannan  (l’edition  de  Qalaita  met  cet  eveque  immediate- 
ment  apres  20). 


[25] 

Abraham 

[26] 

Yohannan 

[27] 

Quriaqos 

[28] 

Guorguis 

[29] 

£Awdiso£ 

[30] 

Makkiha 

[31] 

HnanIso£ 

• 

[32] 

Abraham 

[33] 

Nestorus 

[34] 

I  so ‘yaw 

[35] 

Hnaniso£ 

* 

LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


349 


Pour  retrouver  la  suite  des  dveques  de  Mossoul,  il  faut  se  reporter, 
dans  les  Diptyques ,  a  la  fin  de  la  liste  d’Assyrie.  On  trouve  les  noms  des 
mdtropolites  de  Mossoul  seule.  Comme  le  mdtropolite  n’a  plus  ddsormais 
de  juridiction  que  sur  la  ville,  il  semble  que  l’dvechd  local,  s’il  avait 
subsists,  ait  dt d  maintenant  supprimd. 

Sur  les  huit  noms  de  mdtropolites  que  mentionnent  encore  les  Dip¬ 
tyques ,  les  trois  premiers  sont  attestds  par  ailleurs. 

(Les  numeros  d’ordre  sont  ceux  de  la  liste  des  mdtropolites  d’As¬ 
syrie  dans  les  Diptyques :) 

[52]  Joseph,  en  1188  et  1222  (‘Amr,  ar.  p.  116;  B.O. ,  II,  p.  453; 
Le  Q.,  n°  23).  Mossoul  aurait  dtd  separde  d’Erbil  apres  TIttos  (1176) 
(cf.  B.O.,  III,  H,  p.  721,  et  aussi  Evangdliaire  Patr.  Chald.,  cod.  A.S.  13, 
Mgr  Bidawid,  n°  124). 

[53]  ‘Awdiso‘,  en  1257  (‘Amr,  ar.  p.  120;  B.O.,  II,  p.  455;  Le  Q., 
n°  24).  C’est  pour  lui  que  Yohannan  ibn  Zo‘bi  ecrit  le  Tissu  bien  agence. 

[54]  5im‘un,  en  1265  et  1266  (‘Amr,  ar.  p.  121;  B.O. ,  II,  p.  455- 
456;  Le  Q.,  n°  26). 

[55]  Gawriel 

[56]  GuiwarguIs 

[57]  HnanIso‘ 

[58]  Abraham 

[59]  ElIya 

Ici  se  terminent  les  listes  des  Diptyques ,  allant  probablement  j  usque 
vers  1364.  Les  renseignements  postdrieurs  a  cette  date  sont  trop  frag- 
mentaires  pour  fournir  une  liste  suivie. 

EvEQUES  ET  METROPOLITES  «ORTHODOXES»  PUIS  JACOBITES  DE  MaR 

Matta  et  Ninive-Mossoul 

References : 

B.O. ,  II  (ou  Dissertatio ,  ddition  de  1730),  n°  IX,  p.  99-100  et  102, 
s.v.  Mosul ,  ou  Monasterium  S.  Matthaei. 

Le  Quien,  O.C.,  II,  col.  1559-1564,  Ecclesia  Mosul. 


350 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Feu  Mgr  Barsaume,  patriarche  jacobite,  donne  une  liste  de  38  noms, 
du  debut  a  1935,  dans  Apercu  sur  V  histoire  de  la  communaute  syrienne  en  Iraq , 
en  arabe,  dans  la  Revue  Patriarcale  Syrienne  (Couvent  de  St-Marc,  Jeru¬ 
salem),  1 1 1/ 1 936,  p.  223-224,  dont  j’ai  garde  la  numerotation. 

Commentaire  en  arabe,  anonyme,  du  en  fait  a  S.E.  Mgr  Paulos 
Behnam,  alors  archeveque  syrien  orthodoxe  de  Mossoul,  sur  les  21  pre¬ 
miers  numeros  de  la  liste  precedente.  Revue  Lisdn  al-Masriq ,  Mossoul, 
11/1950,  a  partir  de  la  p.  348). 

En  1961,  S.S.  Mgr  Ignace  Ya‘qub  III,  patriarche  syrien  orthodoxe, 
a  repris  ces  listes  et  complete  les  details  dans  son  histoire  arabe  du  cou¬ 
vent  de  Mar  Matta,  intitulee  Dafaqat  at  tlb.  La  liste  generale,  avec  une 
numerotation  un  peu  difTerente  de  celle  de  Mgr  Barsaume  est  donnee 
p.  206-207;  les  details:  p.  62-64  (n°  1-10),  appendice  p.  231-232  (n°  11, 
12,  13),  p.  73-74  14,  15,  16),  p.  105-106  (n°  17-23),  p.  119-128 

(n°  24-37),  p.  143-148  (n<>  38-41). 

Renseignements  disperses  dans  la  grande  histoire  des  catholicos  nes- 
toriens  et  des  maphriens  syriens  (en  arabe)  de  Mgr  I.  Armalet,  dans 
le  Machriq ,  Beyrouth,  a  partir  de  1924.  Repris  plus  tard  en  ouvrage  sous 
le  titre  de  Anba  az-zaman.  (Dans  les  listes  je  m’y  refererai  par  le  sigle  A 
suivi  du  numero  du  maphrien.) 

Feu  Mgr  Paul  Hindo  s’est  largement  inspire  de  ce  dernier  travail 
dans  sa  compilation  rapide,  Primats  d' Orients  ou  Catholicos  nestoriens  et  Ala - 
phriens  syriens,  Rome,  Sacree  Congregation  Orientale,  Codification,  1936. 

Ire  serie:  Eveques  de  Mar  Matta  et  de  Ninive-Mossoul: 

[1]  Bar  Sohdo,  eveque  de  Ninive  (?),  tue  par  Barsaume  de  Ni- 
sibe  en  484/485  (M.S.,  II,  p.  417,  438-439;  B.O. ,  II,  p.  403;  Diss ., 
p.  100;  Lisdn ,  11/1950,  p.  348-351;  D.H.G.E. ,  VI/1932,  col.  943). 

[2]  Garmai,  544  (M.S.,  II,  p.  417;  Hist.  Eccl. ,  II,  col.  85;  B.O., 
II,  p.  411;  Le  Q.,  n°  I;  Honigmann,  p.  94). 

[3]  Tubana  (d’apres  B.H.  Hist.  Eccl.,  II,  col.  102)  ou  Mari  (d’apres 
M.S.,  II,  p.  417)  —  (B.O.,  II,  p.  414;  Diss.,  p.  100;  s.v.  Tobias;  id.  Le 

n°  II). 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


351 


[4]  [5]  [6]  Is6‘zha,  Sohdo,  Sim‘un  (M.S.,  II,  p.  417;  Diss.,  p. 
100;  B.O.,  II,  p.  414;  Le  Q.,  n«  III,  IV,  V). 

[7]  Christophore,  en  628/629  (M.S.,  II,  p.  416-417;  B.H.  in 
B.O. ,  II,  p.  414;  Diss.,  p.  100;  Honigmann,  p.  95;  Lisan ,  11/1950,  p.  388- 
390;  Le  Q.,  n«  VI). 

Moise,  au  temps  de  Mar  ‘Emmeh  (644-47  ou  647-50)  ( Chron .  An. 
ad  annum  846 pertinens ,  C.S.C.O. ,  vol.  4,  t.  4,  versio  J.  B.  Ciiabot  ( Chronica 
Minora). 

[8]  Jean  le  Vieillard,  685  ( B.O. ,  II,  p.  429-430;  Diss.,  p.  100 
et  162;  Le  Q,.,  n°  VII;  A.,  n°  39;  B.H.,  II,  col.  144;  Mgr  Barsaume, 
Lit.  Syr.  (en  arabe),  2e  dd.,  p.  362-363;  Lisan,  11/1950,  p.  390-392). 

L’intrus  anonyme,  sacre  a  la  place  du  precedent  (Le  Q.,  n°  VIII; 
B.O. ,  II,  p.  429-430  et  463). 

L’intrus  Bacchus,  avant  750  (M.S.,  II,  p.  508,  512). 

[9]  Jean  II,  752  (M.S.,  II,  p.  516;  Lit.  Syr.,  ar.  p.  317;  Lisan, 
III/ 1 95 1 ,  p.  121;  Honigmann,  p.  102). 

£lie,  6v.  de  Singar  (et  Mossoul?)  present  au  synode  de  Mabbug 
en  758  (Denys,  p.  212-213;  Honigmann,  p.  102  et  162). 

[10]  Daniel,  817,  a  qui  le  titre  de  mtkropolite  est  confirm^  (et 
non  pas  confdrd,  comme  dit  Honigmann,  p.  162)  (M.S.,  III,  p.  29,  32; 
B.H.,  I,  col.  343;  B.O.,  II,  p.  341-343;  Le  Q.,  n°  IX;  Lisan,  III/ 1 95 1 , 
p.  121-124).  Remarquer  (M.S.,  III,  p.  32  et  39)  la  mention  des  dveques 
mattdens. 

[11]  Cyriaque,  834  (M.S.,  III,  p.  85;  B.O. ,  II,  p.  347;  Lisan, 
III/ 1 95 1 ,  p.  124-125). 

X,  872.  Ordonne  illdgitimement  deux  £vequcs  ( B.O. ,  II,  p.  439). 
Moise  bar  Kipha,  f  903,  porte  le  titre  de  Mossoul,  v.g.  in  ms.  de 
1539  (de  Charfet,  Cat.  Armalet,  p.  204);  ( B.O. ,  II,  p.  219;  Honigmann, 

p.  162). 

Bar  Nasiha,  intrus  vers  890  (B.H.,  II,  col.  216;  Le  Q.,  n°  XI;  B.O., 
II,  p.  440). 

[12]  Christophore  II  (Serge),  914  [Lisan,  I II/ 1951,  p.  126). 


352 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


[13]  Timothee  Sogdi,  1075-1120  ( B.O. ,  II,  p.  448-449;  Le  Q,., 
no  XII;  Lisdn ,  111/1951,  p.  221-222). 

Zachee,  intrus  vers  1112  (B.H.,  II,  col.  324;  B.O. ,  II,  p.  449;  Le 
a,  n°  XIII). 

[14]  Bar  Kutela,  1142  (B.H.,  II,  col.  324-326;  Z?.0.,  II,  p.  449; 
Le  Q.,  n°  XIV;  D.H.G.E. ,  VI/1932,  col.  669,  par  le  Chan.  Van  Lant- 
schoot;  Lisdn ,  III/ 1 95 1 ,  p.  222-223). 

(1155:  Fusion  Mossoul-Takrit) 

ip  serie:  Eveques  de  Mar  Matta  et  Adherbaidjan 

[15]  X,  1153  {Lisdn,  III/1951,  p.  223)  (?). 

Timothee,  «ev.  d’Adherbaidjan»  en  1166  (M.S.,  III,  p.  480). 

[16]  SalIba,  1189-1212  {Lisdn,  III/1951,  p.  224). 

[17]  Severe  Jacques  Sabo,  1232-1241  {B.O.,  II,  p.  237,  455; 
Diss.,  p.  100;  Lit.  Syr.,  ar.  p.  501-504;  mss.  Cambridge,  Cat.  Wright, 
p.  425,  Add.  1997  d. ;  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  311-312;  Graf,  p.  269; 
etc.  Lisdn,  III/ 1 95 1 ,  p.  224-230). 

[17a]  Gregoire  Jean,  apres  1241,  avant  1266.  £v.  de  Mar  Matta 
et  Adherbaidjan  {Lit.  Syr.,  ar.  p.  505-506;  Lisdn,  III/ 1 95 1 ,  p.  338). 

[17b]  Jean  (Denha,  bar  Hamza),  1266  {B.O.,  II,  p.  231-233). 

[17c]  Severe  (Josue),  automne  1266  ( B.O. ,  II,  p.  231-233). 

[18]  Ignace  de  Bartelli,  1269  {Lit.  Syr.,  ar.  p.  505;  Lisdn,  III/ 
1951,  p.  338). 

[19]  Severe  Is6‘  (Jita),  1269-1271/2  {Lisdn,  III/1951,  p.  340-341). 

[19a]  Basile,  ev.  de  Tabriz,  f  1271/2  (B.H.,  II,  col.  443-445; 

B.O.,  II,  p.  253). 

[19b]  Severe,  £v.  de  Mar  Matta,  Adherbaidjan,  Tabriz,  1271/ 
2-1277  {B.O.,  II,  p.  253;  Lisdn,  III/1951,  p.  340-341,  bloqu£  avec  son 
homonyme  precedent). 

[19c]  Denys  (Joseph),  ev.  de  Tabriz,  1277-1290  (meme  r£f.,  et 
Hindo,  p.  91,  a  propos  de  ses  velleites  d'union.  Cependant,  ne  pas  en 
faire  le  successeur  de  Basile,  en  1271). 

Basile  Ibrahim:  Mgr  Barsaume  lui  donne  le  n°  20,  et  Lisdn  le  fait 


LE  DEMEMBREMENT  DU  BA  NUHADRA 


353 


singer  de  1278  a  1290.  Or,  il  dtait  certainement  dveque  de  B.  Taksur  et 
B.  Saida  (cf.  plus  haut  P  explication  de  ce  double  titre)  mais  on  ne  dit 
pas  qu’il  ait  ete  en  plus  dveque  de  Mar  Matta  et  d’Adherbaidjan  (B.H., 
II,  col.  447;  Lisan,  III/1951,  p.  341-342;  Honigmann,  p.  168). 

[21]  IwanIs,  1290  [Lisan,  III/1951,  p.  342). 

Avec  cet  £veque  se  terminent  les  articles  de  Lisan.  Dans  la  liste  de 
Mgr  Barsaume  il  y  a  maintenant  (entre  21  et  22)  une  lacune  jusqu’a 
1665.  Le  meme  vide  se  retrouve  dans  les  listes  de  Mgr  Ignace  Ya‘qub. 

Le  Quien  donne  pour  cette  periode  deux  noms,  empruntes  par  l’in- 
termediaire  d’Assdmani  au  continuateur  de  Bar  Hebraeus: 

Georges,  f  1495  ( B.O. ,  II,  p.  462;  Diss.,  p.  100;  Le  Q.,  n°  XVI). 

f/riENNE  de  Ba  Sabrina,  1495  (mcmes  references;  Le  Q.,  n°  XVII). 

Puis  la  liste  desevequesde  Mar  Matta  reprend  aun°22  (pour  Mgr  Bar¬ 
saume,  n°  24  pour  Mgr  Ignace  Ya‘qub).  Nos  lecteurs  pourront  s’y  rdfdrer. 

fivEqUES  JACOBITES  DU  BA  NuHADRA  ET  DE  Ma‘aLTA 

References : 

B.O.,  II,  n°  IX  (ou  Dissertatio ,  p.  103-104),  s.v.  Nuhadra. 

Meme  liste  dans  Le  Quien,  O.C.,  II,  col.  1591-1592,  et  D.H.G.E. , 
VI II/ 1936,  s.v.  Beth  Nuhadra. 

Honigmann,  Barsauma ,  cit.  p.  117  (n°  21)  et  118. 

Mgr  Barsaume,  Apergu ,  cit.  p.  195. 

(Sulaiman,  en  424  ?  —  Apergu). 

[1]  Zakai,  593-605  ( Apergu ). 

[2]  Daniel,  630  ( B.O. ,  II,  et  Diss.,  p.  103;  II,  p.  419;  Le  Q.,  n°  1). 

[3]  Jonas  f  773  (Denys,  trad.  p.  59;  B.O.,  II,  p.  Ill,  115;  Diss., 
p.  103;  Le  Q.,  n°  II). 

[4]  Jean,  1166  (M.S.,  III,  p.  480;  Honigmann,  p.  117,  n°  21). 

[5]  Athanase,  1265-1279  (B.H.,  II,  col.  422,  450;  B.O.,  II,  p. 
249-255;  Diss.,  p.  103-104;  Le  Q.,  n°  III). 

[6]  Jean  Job,  1284  (B.H.,  II,  col.  462;  B.O.,  II,  p.  260;  Diss.,  p. 
104;  Le  Q.,  n°  IX;  Apergu,  p.  195). 


Rech.  23  —  23 


XIII 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


Apres  cette  etude  du  cadre  historique  et  geographique  general, 
nous  pouvons  maintenant  essayer  de  donner  quelques  details  sur  les  loca- 
lites  et  les  monasteres  dans  lesquels  ont  vecu  et  ont  lutte  les  acteurs  des 
drames  que  nous  venons  d’evoquer. 

Nous  etudierons  d’abord  les  villages  de  Ninive,  repartis  pour  plus 
de  clarte  entre:  villages  encore  chaldeens,  villages  encore  syriens  ou  jaco- 
bites,  et  villages  anciennement  chretiens.  Quelques  villages  d’occupation 
chretienne  recente  sont  laisses  en  dehors  comme  n’ayant  pas  d’interet 
pour  1’histoire  chretienne  ancienne. 

Dans  les  chapitres  suivants  on  etudiera  les  couvents  de  Ninive,  puis 
les  villages  chretiens  d’hier  et  d’aujourd’hui  du  Bahadra  et  les  couvents 
de  cette  region.  Notre  investigation  s’arretera  au  defile  de  Zaho,  car  la 
vallee  du  Habur  et  les  montagnes  du  nord  sont  hors  de  notre  portee. 

Ce  travail  etait  deja  redige  quand  parut  le  repertoire  alphabetique 
arabe  de  M.  Guorguls  ‘Awwad,  directeur  de  la  Bibliotheque  du  Musee 
de  l’lraq;  le  titre  de  cette  etude  a  ete  traduit  par  Historical  and  Geographical 
Researches  in  the  Region  East  of  Mosul  (1).  En  meme  temps  nous  parvenait 
Eouvrage  arabe  de  S.S.  Mgr  Ignace  Yacqub  III,  Patriarche  des  Syriens 
Orthodoxes,  intitule  Dafaqat  at  tib ,  sur  1’ histoire  du  couvent  de  Mar 
Matta  (2).  Je  ne  citerai  ces  travaux  que  lorsqu’ils  m’auront  apporte 
quelque  chose  de  nouveau. 


(1)  Sumer  (Baghdad),  XVII/1961,  p.  43-99.  Cite  sous  le  sigle:  Researches. 

(2)  Zahl6,  1961,  229  p.  (sigle:  Dafaqat). 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


355 


1.  —  Tell  Kaif 

A  tout  seigneur,  tout  honneur!  Tell  Kaif,  situd  a  quinze  kilometres 
au  nord  de  Mossoul,  est  le  plus  grand  village  chaldden,  totalisant  environ 
7307  habitants  (1),  sans  compter  les  tres  importantes  colonies  de  Tell 
Kaifiens  de  Bagdad,  Basrah,  Amara,  Kut,  al  Ahwaz,  etc.,  et  les  groupes 
nombreux  emigrds  en  Amerique,  surtout  a  Detroit. 

Ce  village  cn  efTet  se  distingue  par  findustrioskd  de  ses  habitants. 
Pour  faire  vivre  une  famille  que  le  labcur  des  champs  (2)  ne  suffit  pas 
a  nourrir,  les  jeunes  gens  n’hesitent  pas  a  chercher  du  travail  loin  du 
village.  Non  contents  du  gagne  petit  du  colporteur  rural,  plusieurs  sont 
devenus  propridtaires  de  super -markets  aux  E  tats- Unis.  A  Bagdad,  ils  ont 
pratiquement  monopolisd  Tindustrie  hoteliere  oil  ils  occupent  tous  les 
degres  de  Techelle,  du  petit  boy  jusqu’au  propridtaire  millionnaire.  A  la 
fin  du  siecle  dernier  les  marins  des  vapeurs,  tant  turcs  qu’anglais,  faisant 
le  trajet  entre  Bagdad  et  Basrah,  etaient  recrutds  dans  ce  village,  oil  il 
n’y  a  pourtant  pas  une  goutte  d'eau;  et  ils  s’acquittaient  si  bien  de  cette 
tache  qu'un  Britannique  leur  rendait  cet  hommage  (3) :  «Ce  sont  des 
hommes  excellents,  calmes,  ordonnes,  des  travailleurs  acharnds.  Ils  font 
les  epissures  et  les  travaux  de  voilure  aussi  bien  que  des  marins  anglais. » 

Rien  d’dtonnant  done  qu’on  leur  trouve  parfois  une  pointe  de  fiertd 
nationale,  si  bien  traduite  dans  ce  colophon  de  1812  (4),  dcrit  «in  urbe 
beata ,  benedicta ,  orthodoxa  fide  illustri,  praedicatione  Paulina  valida,  probis  jus- 
tis que plena , praeclaris  et  praestantibus  abundant i,  Tell  Kaif  ,  urbe  Jonae prophetae». 

Nous  possddons  sur  l’histoire  de  Tell  Kaif  une  brochure  de  127  pages 
(la  langue  arabe  est  volontiers  prolixe),  due  a  un  journaliste  Tell  Kaifien 

(1)  Les  chiffres  de  population  sont  ceux  du  recensement  officiel  de  1957.  — 
A  Tell  Kaif,  le  clerge  a  recensd  900  families  chald^ennes  en  1961. 

(2)  Le  village  tout  entier  appartenait  jadis  en  waqf  a  la  mosqu^e  de  NabI  Gorgls 
de  Mossoul,  cf.  Muniat  al  Udaba\  de  YasIn  al  ‘Omar!  (1744),  £d.  Sa‘Id  ad  D£wah6I, 
Mossoul,  1955,  p.  139.  —  Rich,  Residence ,  II,  p.  104,  le  fait  par  erreur  waqf  de  NabI 
Yunis. 

(3)  Chermside,  en  1883,  citd  dans  Baghdad  Gazetter,  1889/1915,  p.  55. 

(4)  Cod.  Rich  7151,  au  B.M.,  Cat.  Rosen  Forshall,  1838,  n°  VII. 


356 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  Bagdad,  M.  Yusif  Gammo.  La  brochure  est  intitulee  modestement: 
Les  Vestiges  de  Ninive ,  ou  Histoire  de  Tell  Kaif  { 1);  elle  n’apporte  guere 
dYldments  historiques,  mais  est  precieuse  pour  la  description  des  lieux 
et  des  coutumes. 

II  ne  semble  pas  que  la  penurie  d’eau  ait  joue  un  role  important 
dans  1’exode  des  Tell  Kaifiens.  Avant  qu’une  pompe  amene  l’eau  du 
Tigre,  en  1941,  de  nombreux  puits  et  citernes  avaient  ete  creuses.  Le 
plus  grand  est  appele  Blr  Benno,  il  a  une  circonference  de  500  pieds  et 
une  profondeur  de  50  couclees  (2).  Deux  autres  sont  appeles  hota  (le 
grand  trou),  Tun  «le  grand»  et  l’autre  (3)  «l’etroit»;  ces  trois  citernes 
sont  situees  au  nord  du  Tell,  a  une  distance  d’environ  300  metres  (4). 

Malgre  les  dizaines  de  puits,  le  probleme  de  l’eau  a  quand  meme 
causd  aux  ediles  de  Tell  Kaif  une  certaine  preoccupation,  dont  on  trouve 
le  reflet  dans  une  legende  yezidie  sur  l’origine  de  l’aqueduc  de  Gerwan: 
Le  «roi»  de  Tell  Kaif  avait  une  Rile,  et  cette  Rile  avait  deux  soupirants. 
Pour  les  departager,  le  roi  leur  demanda  de  faire  quelque  chose  de  mer- 
veilleux  pour  l’irrigation  de  sa  ville.  Le  premier  fit  un  grand  aqueduc* 
Le  second,  apres  etre  reste  inactif,  acheta,  quelque  temps  avant  le  jour 
du  jugement,  un  grand  nombre  de  pieces  de  toile,  qu’il  etendit  sur  le 
desert.  Le  roi  crut  que  c’etait  un  lac,  et  lui  donna  sa  fille;  celle-ci  d’ail- 
leurs  prefdrait  ce  dernier,  dit  une  variante,  et  aurait  elle-meme  suggere 
la  ruse  (5). 

Le  village  doit  son  nom  chaldeen  «Tell  Kepe»,  ou  «Bet  Tell  Kepe», 


(1)  Bagdad  1937.  Lui  aussi  consacre  plusieurs  pages  a  louer  les  qualities  (ind£- 
niables!)  des  habitants  du  village,  avec  quand  meme  un  petit  paragraphe  sur  leurs 
defauts.  Je  le  citerai  dans  ce  chapitre  sous  le  sigle:  G.  —  Voir  le  compte  rendu  de  ce 
livre  par  Mgr  Sayech  dans  An  Nagm ,  IX/1937,  p.  275-277. 

(2)  G.,  p.  19-20.  L’eau  semble  etre  partout  a  une  profondeur  de  32  a  33  coud^es. 

(3)  Celle-ci  a  ete  bouchee  recemment. 

(4)  Les  legendes  sur  ces  citernes  ont  et£  recueillies  par  Mgr  Sayegh,  Machriq , 
Beyrouth,  1923,  p.  414-428. 

(5)  L6gende  cit£e  par  Th.  Jakobsen  et  S.  Lloyd,  dans  Sennacherib’s  Aqueduct  at 
Jerwan,  The  University  of  Chicago  Oriental  Institute  Publications ,  vol.  XXIV,  1935,  p.  28. 


LES  VILLAGES  CHALDliENS  DE  NINIVE 


357 


le  tell  des  pierres  (1),  au  grand  tell  archdologique  qui  lui  servait  jadis 
de  limite  et  aupres  duquel  les  vieux  quartiers  sont  batis  (2).  Ce  tell, 
haut  de  60  pieds,  recouvrirait  «une  citadelle  dcs  Assyriens»  (3).  D’ou 
M.  Gammo  fait  de  Tell  Kaif  un  faubourg  de  Ninive,  le  seul  qui  soit 
reste  habits ;  si  bien,  dit  hauteur,  que  Phistoire  de  Ninive  devrait  s’ap- 
peler  Phistoire  de  Tell  Kaif,  celle-ci  en  etant  la  seule  heritiere  legi¬ 
time  (4). 

Malhcureusement,  le  cimetiere  du  village  occupe  tout  le  tell,  en 
interdisant  Pexploration  aux  archeologues  (5),  et  le  nom  ancien  de  la 
localite  est  inconnu. 

La  conspiration  du  silence  se  continue  avec  Xdnophon,  qui  semble 
bien  avoir  livre  bataille  non  loin  de  la  (6)  mais  ne  nomme  pas  les 
«riches  villages»  ou  Parm^e  put  se  ravitailler. 


(1)  Cf.  dans  les  auteurs,  notamment  Mgr  Sayegii,  cit . ,  et  B£chir  Francis  et 
Guorguis  ‘Awwad,  Notes  historiques  sur  V origiiie  des  noms  geographiques  iraquiens,  dans 
Sumer ,  VI 1 1/1952,  p.  258.  Researches  rejette  a  juste  titre  Interpretation  de  J.  Bonomi 
{Nineveh  and  its  Palaces ,  Londres  1952,  p.  96)  en  «colline  de  la  jouissance». 

(2)  Le  Catalogue  des  Mss.  du  B.M.  de  Rosen-Forshall  meprend  pour  des  noms 
de  quartiers  ce  qui  est  en  realite  des  noms  de  families  de  Tell  Kaif.  Cf.  table,  s.v. 
B.  Phaloth,  B.  Shamo,  B.  Candu. 

(3)  Place,  Ninive  et  VAssyrie ,  t.  II,  p.  165,  s’etait  content^  de  dire:  «L’emi- 
nence  artificielle  est  assez  peu  considerable))  (Sayegh,  Nagm ,  IX,  p.  275,  encore  trans¬ 
forme  par  Researches ,  p.  67,  lui  fait  dire:  Son  tell  est  artificial !)  «et  comme  elle  est 
occupee  par  le  cimetiere,  j’ai  evite  d’y  creuser  des  tranchees.  Je  me  suis  borne  a  recueillir 
les  debris  de  poterie  qu’on  avait  decouvert  en  crcusant  des  tombes.)) 

(4)  G.,  p.  8. 

(5)  Seul  un  puits  y  a  ete  retrouve  vers  1886,  en  creusant  une  tombe  (art.  de 
Khouri  Gibra’Il  Quriaqoza  dans  la  revue  Nasrat  al  Ahad,  Bagdad,  X/1931,  p.  640-645. 

(6)  Cf.  Ainsworth,  cite  dans  G.,  p.  14,  et  aussi  YAnahasc ,  traduction  et  com- 
mentaire  militaire  du  colonel  A.  Boucher,  Paris  1913,  ch.  IV,  v.  13  s.  —  On  peut 
remarquer  d’ailleurs  que  le  nom  de  «Mespulai»  donne  a  Ninive,  nom  qui  vent  dire 
simplement  «les  ruines)),  n’est  pas  tres  edairant.  Les  remarques  du  P.  Peeters  {Recher- 
ches  d'histoire  et  de  philologie  orientales,  t.  I,  p.  51)  sur  l’exactitude  de  la  geographic  de 
Xenophon  ont  toujours  leur  valeur.  —  Ni  le  sens  du  nom  «Mespulai»,  ni  sa  position 
ne  permettent  d’y  voir  Mossoul. 


358 


ASSYRIE  CI1RETIENNE 


Mgr  Sayegh  (1)  pla^ait  la  premiere  mention  de  Tell  Kaif  au  VIIe 
siecle.  En  fait,  elle  se  trouve  dans  un  poeme  attribuc  a  Is61 2 3 4 5yaw  bar 
Mqaddarn,  metropolite  d’Erbil  au  XVe  siecle.  Lc  fait  cite  est  un  miracle 
plus  que  douteux  attribue  bien  tardivement  a  R.  Hormizd,  probablement 
pour  attirer  a  son  couvent  la  bienveillance  des  maitres  arabes  (2).  La 
mention  du  village  ou  serait  morl  Saibln  (ou  Saiban),  fils  du  conquerant 
de  Mossoul  (en  637)  ‘Ataba  ibn  Farqad  lui-meme,  pourrait  tres  bien 
etre  un  anachronisme  introduit  par  E auteur  du  poeme  pour  faire 
«couleur  locale». 

Faute  de  precision  sur  les  sources  et  sur  Tevenement  lui-meme,  l’af- 
firmation  de  Gammo  (3)  comme  quoi  il  a  trouve  mention  du  village 
dans  «un  poeme  arameen  conserve  a  la  bibliotheque  du  couvent  de 
Notre-Dame  a  Alqos»,  et  relatant  le  passage  a  Tell  Kaif  d’un  moine 
«chretien»,  en  route  d’Alqbs  vers  Mossoul,  au  IXe  siecle,  n’a  guere  plus 
de  valeur;  Mgr  Sayegh  l’avait  deja  remarque. 

Plus  serieuse  est  la  reference  au  village,  simple  allusion,  contenue 
dans  V Histoire  de  Mossoul  inedite  du  Qadi  Abu  Zakariya  al  Azdi,  ecrite 
en  749  (4). 

Rich  signale  avoir  achete  a  Tell  Kaif  un  Nouveau  Testament  sur 
parchemin  qui  aurait  ete  date  de  601  des  Grecs,  soit  290  de  notre  ere  (5). 
En  fait,  cette  affirmation  peu  probable  est  inverifiable,  car  le  volume,  «le 
plus  ancien  qu’il  ait  jamais  vu»,  ne  figure  pas  dans  la  liste  des  livres  que 


(1)  An  Nagm ,  IX/1937,  p.  276. 

(2)  Le  procede  est  dans  la  meme  ligne  que  les  lettres  de  protection  soi-disant 
accordees  par  Mahomet  aux  chr^tiens  de  plusieurs  villes,  ou  le  camouflage  de  Mar 
Behnam  en  Hidr. 

(3)  P.  15. 

(4)  Researches,  p.  67 ;  ms.  chez  Mgr  Sayegh,  copies  chez  MM.  Sa‘Id  ad  Dewahgl 
et  G.  ‘Awwad. 

(5)  Residence,  II,  p.  104.  —  II  n’y  a  pas  lieu  de  retenir  le  «plus  ancien  manuscrit 
de  Tell  Kaif»,  date  par  Researches  (p.  67  et  n.  175)  de  1076  G.  soit  765  de  notre  £re, 
avec  r£f.  au  Catalogue  de  Berlin  (cod.  67).  Le  recours  au  texte  dudit  catalogue  montre 
que,  d’apres  Sachau,  le  volume  est  en  fait  probablement  de  1776  =  1465. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


359 


la  veuve  de  Rich  legua  au  British  Museum  (1),  ni  dans  le  catalogue 
des  manuscrits  du  fonds  Rich  dresse  par  Rosen -Forshall. 

II  faut  attendee  1508  pour  retrouver  mention  de  Tell  Kaif,  a  foc- 
casion  de  son  pillage  par  les  Mongols  de  Bar  Yak  (2).  En  1562,  il 
se  cache  derriere  le  nom  de  Cheptian,  dans  la  liste  de  ses  dioceses  que 
£Awdiso£  IV  Marun  presente  a  Pie  IV  (3).  Le  patriarche  fait  de  notre 
village  le  siege  d’un  «metropolite»,  dont  auraient  ddpendu  les  «eveques» 
d’Alqos  et  de  Karamlaiss.  II  semble  bien  en  eflet  qu  il  y  ait  eu,  a  une 
epoque  indeterminee,  un  eveque  dans  chacun  de  ces  villages  chalddens. 
La  tradition  en  a  garde  confusement  le  souvenir,  de  meme  que  celui 
du  nombre  de  seize  pretres  qu’aurait  compte  le  village  a  un  certain 
moment.  De  toutes  fagons,  Tell  Kaif  ne  garda  pas  longtemps  son  titre 
de  metropole,  et  on  ne  connait  le  nom  d’aucun  de  ses  metropolites. 

Vers  1585,  le  pretre  Husaba  de  Tell  Kaif  est  cite  par  feveque  de 
Sidon  comme  etant  fun  des  personnages  les  plus  «lettrds»  de  la  nation 
nestorienne  (4). 

En  1664,  le  clergd  de  Tell  Kaif  a  a  sa  tete  le  pretre  Yusif,  ddcord 
du  titre  de  «docteur»  (malpana),  puis  un  autre  pretre  Yusif  «qankaya» 
(cure).  Avec  «le  reste  des  pretres  de  Tell  Kaif»  ils  font  exdcuter  a  Alq5s, 
par  le  pretre  £Awdiso£,  fils  du  pretre  Hormizd,  his  du  pretre  Isra’il,  un 
Gazza  qui  existe  encore  (5). 

Une  lettre,  dat^e  du  2  janvier  1654  et  dcrite  par  un  Carme,  le  P. 
Denys  de  la  Couronne  dYpines  (6),  explique  ce  que  cache  P expres¬ 
sion  «le  reste  des  pretres  de  Tell  Kaif»,  et  ce  que  le  bon  Pere  considere 
comme  un  «abus»  criant:  il  y  avait  alors  a  Tell  Kaif  plus  de  cinquante 


(1)  Residence ,  II,  p.  306-312,  Appendix  III. 

(2)  Terzi,  Siria  Sacra ,  cit.  p.  31 1,  et  P.  Samuel  Giamil,  Genuinae  Relationes ,  p.  64. 

(3)  A.  Scher,  in  J.A.,  XV/1910,  p.  120-123,  colophon  de  1509. 

(4)  Genuinae ,  p.  122;  Beltrami,  L'Eglise  Chaldeenne  au  siecle  de  /’ union,  p.  87; 
Mgr  S.  Bello,  An  Nagm ,  X/1938,  p.  175. 

(5)  Bibliotheque  de  T.K.,  n°  10  (42  X  28  cm.). 

(6)  A  Chronicle  of  the  Carmelites  in  Persia ,  London,  Eyre  and  Spottiswoode, 
2  vol.,  1939;  ici  vol.  I,  p.  391. 


360 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pretres,  et  certains  dtaient  tres  pauvres.  Du  fait  qu’il  n’y  avait  pas  de 
difference  de  costume  entre  les  laics  et  les  pretres,  plusieurs  de  ces  derniers 
auraient  pu  etre  pris  pour  des  «vachers». 

Le  P.  Denys  rencontra  aussi  le  pretre  Joseph,  «homme  de  quelque 
credit  et  reputation  parmi  eux»,  dont  il  essaya  d’utiliser  les  bons  senti¬ 
ments  apparents  vis-a-vis  de  bunion  pour  tenter  d’y  amener  le  pa- 
triarche  Elie  IX  Simon,  alors  refugie  a  Tell  Kaif,  apres  les  attaques 
des  Kurdes  contre  Alqos  en  1653. 

Ce  pretre  Yusif  est  probablement  le  meme  que  Yusif  fils  de  Gamal 
ad  Din  de  Tell  Kaif,  qui  figure  dans  les  Litteratures  Syriaques  (1)  pour 
ses  poemes  religieux.  Un  manuscrit  de  notre  bibliotheque  contient  quatre 
pieces  de  lui,  dont  une  mdebranuta ,  ou  Economie,  qui  resume  lfevangile 
en  2832  vers  de  8  syllabes  repartis  en  708  strophes  (2).  Cette  piece 
est  datee  de  1662. 

Tell  Kaif  fut  un  des  premiers  villages  nestoriens  a  revenir  a  l’unife 
catholique  et  donna  a  la  nation  chaldeenne  un  ecrivain  fecond,  son  second 
patriarche:  Joseph  II.  M.  Gammo  raconte  d’une  fagon  touchante  la 
«vocation»  de  Sleiman  Ma‘ruf,  fils  de  tisserand  (3).  Ne  a.  Tell  Kaif  en 
1667,  chammas  a  14  ans,  pretre  a  22  ans,  eveque  de  Diarbekir  a  24  ans, 
patriarche  a  28  ans,  en  1695  (4),  Joseph  II  semble  avoir  ete  un  homme 
meticuleux.  En  arabe,  sa  petite  dcriture,  fine  et  serree,  apprise  aupres  de 


(1)  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  335,  Pappelle  Joseph  Gemdani,  avec  reference  a 
une  publication  par  Sachau,  en  1896,  dans  les  Comptes  rendus  des  seances  de  VAcademie 
des  Sciences  de  Berlin. 

(2)  Recueil  de  complaintes,  ms.  de  Mar  Yaqo,  date  de  1879,  Economie ,  p.  1  a  141, 
et  trois  memre ,  p.  141  a  234;  cp.  Cod.  45  de  Mardin  {Cat.  A.  Scher).  Texte  dans 
Die  neu-aramaischen  Handschriften  der  Koniglichen  Bibliothek  zu  Berlin,  par  M.  Lidzbarski, 
vol.  1,  Weimar  1896,  p.  346-385.  Traduction  par  Aramia  Samir,  ibid.  vol.  2.  1897, 
p.  283-316. 

(3)  P.  58. 

(4)  B.O.,  III,  I,  p.  603-608;  cod.  Cambridge,  Cat.  Wright,  p.  857:  Vie  et 
oeuvres  de  Joseph  II  par  lui-meme;  P.  Goormaghtigh,  Anal.  S.O.P.,  1895,  p.  275;  Mgr 
Tfinkdji,  cit.  p.  11.,  et  S.  Giamil,  Genuinae,  p.  207-312. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


361 


maitres  musulmans,  a  la  precision  et  la  rdgularitd  d’un  texte  imprimd  (1). 
II  n’dtait  pas  aisement  satisfait  d’un  travail,  et  la  science  dcs  autres  trouve 
difficilement  grace  a  sesyeux  (2).  Laou  il  se  trouve  a  son  aise,  c’estquand 
ilreleve  les  heresies  contenues  dans  les  livres  liturgiques  nestoriens  et  dans 
les  oeuvres  de  Warda,  Hamls,  etc.  Les  puristes  dc  la  liturgie  chalddenne 
peuvent  bien  reprocher  quelques  exces  a  sa  rdforme  liturgique,  et  Assd- 
mani,  tout  en  avouant  que  son  Speculum  Tersum  a  opere  des  conversions 
parmi  les  Nestoriens,  a  beau  critiquer  la  logique  de  ses  arguments, 
cependant  l’actif  et  savant  «Joseph  de  Tell  Kaif,  qui  devint  plus  tard 
patriarche  des  Chalddens»,  le  «docteur  vdridique  et  philosophe  spiri- 
tuel»,  bien  que  mort  en  1713,  a  46  ans,  laisse  une  oeuvre  qui  lui  mdrite 
une  place  dans  la  litterature  syriaque.  Son  ouvrage  le  plus  connu,  le 
Liber  Magnetis,  figure  dans  toutes  les  bibliotheques  chalddennes;  a  elle 
seule  la  bibliotheque  de  Notre-Dame  des  Moissons  en  possede  sept 
copies  (3) ! 

II  serait  peut-etre  un  peu  rapide  de  dire  que  tout  le  village  dtait 
converti  a  la  mort  de  Joseph  II,  puisque  Ton  voit  encore  en  1717/1718 
un  pretre  de  Tell  Kaif,  nomme  Kanun  (4),  venir  a  Jerusalem  pour  y 
remettre  en  dtat  les  affaires  de  la  communautd  nestorienne.  II  en  profi- 
tera  pour  dresser  le  catalogue  des  manuscrits  de  fancien  couvent  nes- 
torien  de  la  ville  (5). 

(1)  V.g.  sa  note  dans  l’dvang^liaire  (Cod.  Patr.  Chald.,  n°  1210,  Cat.  Mgr 
Bidawid)  de  Mar  Ellya,  qu’il  fit  rendre  a  ce  couvent. 

(2)  Voir  ses  remarques  a  propos  du  vocabulaire  arabe-syriaque-turc  de  Qas 
Hidr  (Cod.  Mardin,  75,  Cat.  A.  Scher)  et  la  preface  a  la  traduction  de  l’examen  de 
conscience  en  1692,  ou  il  critique  la  connaissance  du  chaldden  de  feu  Ya‘qub  Benjamin, 
ancien  eleve  de  Rome  (ms.  Dehok,  n°  64  et  96). 

(3)  Cf.  table  du  Cat.  Vostf..  Le  livre  a  £t6  £dit6  a  Ernaculam,  en  Inde,  en  1910. 
—  Ses  autres  titres  incluent  Le  livre  du  miroir  pur ,  Le  livre  de  la  lampe  brillante ,  etc. 
Cf.  egalement  Baumstark,  Sir.  Lit.,  p.  330  et  n.  4.  et  G.  Graf,  Gesch.  der  Christ. 
Arab.  Lit.,  t.  4  (1951)  p.  100-104. 

(4)  Le  nom  n’est  pas  rare  a  Tell  Kaif.  Un  chammas  Gabriel,  fils  de  Kanun, 
de  la  famille  Kandu,  achete  un  psautier  pour  ses  fils  Matta  et  Thomas  (B.M.  Cat. 
R.F.,  p.  15,  c.  1,  cod.  XII,  Rich  7156). 

(5)  Edit£  par  Rucker  en  1931,  cf.  R.B. ,  1932,  p.  318. 


362 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Le  6  janvier  1719,  plusicurs  Tell  Kaihens:  les  pretres  Meho  et 
Ayyar  (1),  le  chammas  Hanna,  et  Ellya  fils  du  pretre  Thomas,  signent 
avec  le  pretre  Heeler  de  Mossoul  leur  acte  d’abjuration  du  nestoria- 
nisme  (2). 

En  1 729,  des  gens  de  Tell  Kaif  signent  la  delegation  constituant 
Jacques  fils  de  ‘Abdi,  de  Mardin,  leur  procureur  a  Constantinople  pour 
defendre  les  droits  du  patriarche  chaldeen  «orthodoxe»  (Joseph  III) 
contre  son  emule  le  patriarche  nestorien  (3).  En  fin  1767  encore,  Mgr 
Ballyet  ne  denombre  a  Tell  Kaif  que  150  families  catholiques,  avec  deux 
pretres,  sur  un  total  de  500  families  (4). 

On  ne  sait  quand  se  termina  la  conversion  de  Tell  Kaif  ;  certaine- 
ment  avant  la  fin  du  XVIIIe  siecle,  puisqu’en  1820  Rich  pouvait 
ecrire  (5) :  «Depuis  plus  de  vingt  cinq  ans  il  n’y  a  plus  de  Nestoriens 
en  de^a  d’Amadia,  et  meme  un  peu  au  dela.» 

Helas,  les  penibles  evenements  qui  attristerent  la  nation  chaldeenne 
a  la  hn  du  patriarcat  de  Mgr  Joseph  VI  Audo  (1848-1878)  eurent  leurs 
repercussions  a  Tell  Kaif,  oil  le  village  connut  plus  de  dix  ans  de  divisions 
et  de  troubles.  Les  partisans  du  patriarche  etaient  les  plus  nombreux; 
ils  avaient  pour  chefQas  Quriaqos,  de  la  famille  Hanna  al  Hakim,  pretre 
de  lVglise  de  Mar  Quriaqos,  et  disposaient  de  toutes  les  eglises  du  village. 
Les  partisans  de  «la  Bulle»  en  etaient  rdduits  a  celebrer  leurs  offices 
dans  l’actuelle  maison  du  sacristain,  qui  servit  pendant  un  temps  d’an- 
nexe  a  fecole  des  Soeurs  Dominicaines,  et  oil  42  fillettes  perirent  noyees 
dans  la  tragique  inondation  du  ler  avril  1949  (6). 

(1)  Le  pretre  Ayyar  fils  de  ‘Abdal  figure  encore  dans  un  colophon  de  1743 
(Missel  n°  63  de  T.K.). 

(2)  Document  cit£  par  le  P.  Voste,  Qas  Kheder  de  Mossoul ,  Or.  Chris.  Per., 
X/1944,  p.  77,  n.  1. 

(3)  Genuinae,  p.  345-346. 

(4)  In  A  Chronicle  of  the  Carmelite  in  Persia ,  cit.,  vol.  II,  p.  1262. 

(5)  Residence ,  II,  p.  104. 

(6)  Deux  complaintes  en  soureth  furent  composees,  Tune  par  le  chammas 
Yusif  Rais  d’Alqos,  et  l’autre  par  le  chammas  Potros  Garmo  de  Tell  Kaif.  Cette 
derniere  a  £t£  imprimee  a  Mossoul  (Impr.  Chald.  an  Nagm)  en  1949. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


363 


En  revanche  ils  avaient  pour  chef  le  Khouri  Potros  Kattiila,  litur- 
giste  fameux  et  le  plus  grand  predicateur  de  tous  les  temps  a  Tell  Kaif  (1). 

L’affaire  n’avait  cependant  pas  que  des  cotes  tragiques,  et  Phumour 
de  Tell  Kaif  prouvait  bien,  dans  les  noms  qu’il  donnait  aux  deux  frac¬ 
tions  rivales,  qu’ils  avaient  confiance  en  leur  reconciliation  finale.  Les 
«partisans  de  la  Bulle»  etaient  appeles  les  Bollaye.  Comme  bolla  est  aussi 
le  nom  donne  a  la  panicule  du  roseau,  l’autre  parti  fut  appeld  les  Bar- 
daye,  le  bardi  etant  la  tige  du  roseau,  qui  sert  a  fabriquer  les  nattes. 

Sur  cette  crise  vint  s’en  greffer  une  nouvelle,  heureusement  de 
courte  durde.  Joseph  \T  Audo  avait  sacre,  le  25  juillet  1875,  pour  le 
diocese  de  Zaho,  le  moine  Quriaqos  Goga,  qui  prit  le  nom  de  Georges. 
En  1876-1877,  cet  eveque,  ainsi  que  son  collcgue  de  ‘Amadia,  se 
rebella  contre  Pautoritd  patriarcale.  II  poussa  foutrecuidance  jusqu'a 
venir  s’installer  dans  le  diocese  meme  du  patriarche,  dans  son  village 
natal  de  Tell  Kaif,  ou  il  usurpa  l’autoritd  episcopate.  En  face  de  son 
entetement  dans  la  rebellion,  le  patriarche  le  suspendit,  en  meme  temps 
que  cinq  pretres  de  Tell  Kaif,  ses  complices.  Quand  le  rebelle,  loin  de 
tenir  compte  des  sanctions,  pretendit  meme  s’arroger  l’autoritd  patriar¬ 
cale,  le  pauvre  Joseph  VI  demanda  faide  du  St-Siege  (2). 

Sur  finjonction  de  Pie  IX,  les  rdvoltds  se  soumirent  bientot  (3). 
Bar  Goga  fut  transfer^  a  ‘Amadia  en  1879,  d'ou  il  demissionna  en  1892. 
L’annee  suivante  il  devenait  administrateur  patriarcal  du  diocese  de 
Sena,  en  Perse,  ou  il  mourut  le  18  janvier  1911  (4). 

Nous  rencontrerons  plus  loin  un  autre  Eveque  de  Sena,  qui  fera 
egalement  des  sejours  a  Tell  Kaif  a  peu  pres  vers  la  meme  epoque.  Ceci 


(1)  G.,  p.  55  et  59.  —  Le  fol.  82  d’un  ms.  de  Cambridge  (Add.  2814,  Cat. 
Wright,  p.  656)  qui  parlait  des  troubles  de  Tell  Kaif  en  1879,  et  d^crivait  comment 
«Tell  Kaif  a  err£  et  abandonne  son  pasteur  16gitime»,  a  £td  arrach6  du  volume. 

(2)  Sa  lettre  du  20  avril  1877  (Gen.  Rel.,  p.  431-432)  donne  les  details  de 
l’affaire. 

(3)  Ibid.,  p.  431,  n.  2. 

(4)  Tfinkdji,  cit.  p.  53,  67,  70  (avec  photo  p.  53). 


364 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


a  un  peu  brouill^  les  traditions  populaires  a  propos  d’«al  mutran  as 
Sinawi». 

Quant  a  l’effervescence  pour  ou  contre  «la  Bulle»,  il  ne  semble  pas 
que  la  mort  de  Mgr  Audo  y  ait  mis  fin  a  Tell  Kaif  puisque,  lors  du  pas¬ 
sage  de  Budge,  le  ler  decembre  1890,  le  parti  «nestorien»  (c’est  ainsi 
quul  les  appelle)  en  profita  pour  lui  confier  une  petition  a  1’adresse  du 
Dr  Benson,  archeveque  de  Canterbury,  demandant  sa  protection  contre 
les  missionnaires  «romains»  et  les  Americains  (1).  Le  Dr  Benson  regu 
la  supplique  en  mai  1891,  mais  ne  semble  pas  y  avoir  donne  suite. 

Concernant  l’histoire  civile  de  Tell  Kaif,  une  seule  date  est  connue, 

V 

c'est  celle  de  1743,  ou  les  Persans  de  Nadir  Sah,  incapables  de  prendre 
Mossoul,  se  consolerent  en  pillant  et  brulant  les  villages  environnants, 
parmi  lesquels  celui-ci  est  expressement  nomme  (2). 

Parmi  les  tres  nombreux  manuscrits  copies  dans  ce  village  ou  ayant 
appartenu  a  Tune  de  ses  eglises  entre  le  XVIIe  et  le  XXe  siecle,  et  ac- 
tuellement  disperses  dans  les  bibliotheques  du  monde,  le  plus  ancien 
(apres  ceux  deja  cites)  date  de  1648  (3).  Mais  c’est  probablement  d’ici 
que  provient  le  tres  precieux  manuscrit  de  P Opus  Chronologicum  d’Elie 
de  Nisibe  qui  se  trouve  actuellement  au  British  Museum  (4).  Je  crois 
que  c’est  a  cet  ouvrage  que  Rich  fait  allusion  quand  il  note,  a  la  date 


(1)  Sir  E.  A.  Wallis  Budge,  By  Nile  and  Tigris ,  1920,  t.  II,  p.  247. 

(2)  V.g.  dans  le  poeme  du  Sayid  Fathallah  al  Qadri,  en  appendice  a  l’edition 
de  Muniat  al  Udaba’,  cit.  p.  260. 

(3)  Researches  d^nombre  33  mss.  a  N.-D.  des  Moissons,  5  a  ‘Aqra,  4  a  Kerkouk, 
12  a  Berlin,  7  a  Cambridge,  3  a  Paris,  2  a  Leningrad.  On  pourrait  probablement  en 
trouver  d’autres,  notamment  au  Vatican,  oil  le  plus  ancien  semble  dater  de  1659  (Cod. 
Vat.  Syr.,  LXIV,  Cat.  Assemani,  t.  II,  1758). 

(4)  Cod.  Rich  7197.  D’apres  Rosen  Forshall  il  etait  peut-etre  autographe 
(Cat.  1838,  n°  LVI).  F.  W.  Brooks,  qui  avait  partage  cette  opinion,  n'ose  plus  l’a- 
vancer  par  la  suite  (Pref.  a  trad.,  CSCO,  63*,  p.  IV).  Dans  sa  traduction  frangaise 
contemporaine  de  l’^dition  du  CSCO  ( Bibl .  Hautes  Etudes ,  Paris  1910),  L.  J.  Delaporte 
est  de  l’avis  que,  s’il  n’est  pas  l’archetype,  le  volume  du  B.M.  a  du  moins  «ete  ecrit 
sous  la  direction  du  metropolite»  par  un  de  ses  secretaires  ( Chronographie  de  Alar  Elie  bar 
Sinaya,  Introduction ,  p.  IV-V). 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


365 


du  23  decembre  1820  (1):  «On  m’a  apportd  ce  matin  un  tres  vieux 
manuscrit  sur  vdlin,  en  chaldden  et  en  arabe,  contenant  dcs  tables  chro- 
nologiques.  Ils  m’ont  dit  qu’ils  ne  voulaient  pas  vendre  ce  livre  parce 
qu’il  etait  ecrit  de  la  main  d’un  saint...  J’espere  arriver  a  lcs  convaincre 
de  s’en  separer.»  On  se  doute  de  quels  moyens  de  persuasion  Rich  se 
servit  pour  obtenir  le  volume,  mais  il  serait  interessant  de  savoir  comment 
celui-ci  est  arrive  a  Tell  Kaif  qui  n’est  pas  nommd  directement  dans  les 
colophons  posterieurs,  mais  a  qui  le  rattachent  les  mentions  de  l’eglise 
de  Mar  Quriaqos,  du  patriarche  Joseph  II  et  du  pretre  Ayyar. 

II  reste  encore  a  l’eglise  du  Sacre-Coeur  une  bibliotheque  d’environ 
70  manuscrits,  la  plupart  purement  liturgiques,  dont  le  plus  ancien  (2) 
date  de  1586  (3). 

Dans  la  premiere  moitid  du  XYIIIe  siecle,  un  sacristain,  le  cham- 
mas  Yalda,  et  son  fils,  le  pretre  Gabriel,  font  effectuer  pour  leur  dglise 
de  Mar  Quriaqos  plusieurs  volumes,  dont  un  livre  d'Epitres  dat 6  de 
1723  (4),  qui  contient  un  colophon  interessant  sur  les  ravages  commis 
a  Urmi  par  les  Banu  Pustadar  (les  Balbusnayd),  et  montre  comment 
le  patriarche  Elie  XII  Denha  organisa  le  rachat  des  femmes  et  des  lilies 
qui  avaient  dtd  enlevdes.  Quant  a  la  copie  du  Livre  des  Superieurs  que 
le  meme  pretre  et  son  pere  procurerent  a  leur  dglise  en  1738  (5),  on  y 


(1)  Narrative ,  II,  p.  105. 

(2)  Evang&iaire  n°  32  (23  X  36  cm.)  £crit  a  Gazarta  par  le  pr.  ‘Ataya,  fils  du 
pr.  Farag  Maqdassi,  fils  de  ch.  Marqos  d’AlqoS,  pour  l’^glise  de  Mar  Quriaqos  de  Tell 
Kaif.  Le  meme  copiste  a  encore  a  Tell  Kaif  un  6vangdliaire  (n°  58)  et  un  recueil  d’Abu 
Halim,  dates  de  1587  et  1590. 

(3)  Je  dois  a  la  permission  du  cur£,  M.  l’abb£  Raphael  Kanuna,  et  a  l’aide  de 
MM.  les  abb6s  Thomas  Hannuna  et  Lucien  Gamll  d’avoir  pu  d^pouiller  cette 
bibliotheque. 

(4)  N°  43  (35  X  31  cm.)  ecrit  a  Alqos  par  le  pr.  Guorguls,  fils  du  pr.  Israel, 
fils  du  pr.  Hormizd,  fils  du  pr.  Israel. 

(5)  N°  42  (23  X  16  cm.)  ecrit  a  Tell  H£s,  par  un  copiste  inconnu.  —  On  trouve 
encore  en  1751,  Mariam,  fille  du  pr.  Daoud  (Epistolier  n°  29,  45  X  31  cm.),  £crit  a 
Alqos  pour  le  m^tropolite  Iso‘yavv,  fils  du  pr.  Awraha,  fils  du  pr.  Husaba,  frere  du 
patriarche  Ellya;  et  en  1773,  Elfeyi,  fille  de  Yagmur  de  Tell  Kaif  (Epitres,  n°  24,  37  x 


366 


assyrie  chretienne 


trouvc  la  mention  de  Tune  de  ces  genereuses  donatrices  a  qui  les  dglises 
ont  toujours  ete  si  redevables.  C’est  «la  croyante  Sahzo,  611e  de  Gum‘a», 
qui  couvrit  la  moitie  des  frais  de  l’ouvrage  (1). 

Les  livres  de  Tell  Kaifont  ete  l’objet  d’une  numerotation,  sans  ordre 
determine,  mise  en  chiffres  arabes  sur  les  etiquettes  chaldeennes  collees 
au  dos  des  volumes.  L’auteur  de  ce  travail,  effectue  aux  environs  de 
1950,  est  le  chammas  Yusif  Bogi. 

De  l’aveu  meme  du  classihcateur,  c’est  tout  a  fait  par  hasard  que 
le  numero  1  a  ete  donne  au  volume  qui  devait  etre  jadis  le  plus  precieux 
de  la  collection,  un  Gazza  de  1744,  qui  devait  contenir  un  colophon 
historique  sur  les  ravages  effectues  par  les  troupes  de  Nadir  Sah,  l’annee 
precedente  (2).  On  voudrait  bien  penser  que  ce  fut  par  accident  que 
ces  feuillets  sont  tombes  du  manuscrit.  Les  protagonistes  du  drame  sont 
connus  par  un  missel  de  1743  (3).  Ce  sont:  le  pretre  Quriaqos,  fils  du 
pretre  ‘AwdIsoc,  le  pretre  Ayyar,  fils  de  ‘Abdal,  et  le  chef  et  chammas 
SimTm,  fils  du  feu  GunYa,  mais  on  ignore  le  role  qu’ils  jouerent  dans  la 
tragedie  de  la  meme  annee. 

Un  recueil  de  Turgame  sur  l’Evangile  contient  des  pieces  relative- 
mont  rares:  maiamer  de  Narsai  pour  expliquer  la  messe  et  le  bapteme, 
explication  des  mysteres  de  Yohannan  ibn  Zo‘bi,  etc.  (4). 

Enfin,  des  feuillets  detaches  appartiennent  peut-etre  a  des  volumes 
plus  anciens:  un  vieux  Gazza,  un  hymnaire  des  Ba‘uta  et  autres  occa¬ 
sions,  un  evangeliaire  sur  peau  de  gazelle,  en  partie  brule,  et  meme  un 
lexique  syrien.  Seule  une  page  d’un  Livre  des  Centuries  d’filie  d’Anbar 
est  datee  de  1699  et  due  au  calame  du  pretre  Yalda,  fils  du  pretre  Daniel, 
d’Alqos. 


26  cm.,  copie  a  Alqos  par  le  pr.  Homo,  fils  du  pr.  Hanna,  fils  du  pr.  Homo,  fils  du 
pr.  Daniel). 

(1)  A  Chronicle  of  the  Carmelites  in  Persia,  cit.  vol.  I,  p.  391. 

(2)  31  X  20  cm. 

(3)  N°  63  (22  X  33  cm.),  ecrit  a  Alqos  par  le  pr.  Hanna,  fils  du  pr.  Homo. 

(4)  N°  39  (16  X  22  cm.),  sans  debut  ni  fin  (XVIIIe  s.  ?). 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


367 


Combien  y  avait-il  d’eglises  a  Tell  Kaif?  Les  informations  donnees 
par  les  voyageurs  du  siecle  dernier  varient  considdrablement.  Rich  (1) 
vit,  en  1820,  sept  egliscs  en  mines  et  une  debout.  V.  Cuinet,  en  1891  (2) 
n’en  signale  que  deux,  et  Sachau  (3)  cite  nommdmcnt  les  dglises  de 
St-Cyriaque  et  de  Notre-Dame.  En  1923,  Mgr  S.  Sayegh  (4)  men- 
tionne  cinq  dglises  anciennes  et  une  grande  neuve. 

La  plus  cdlebre  de  ces  dglises  est  dvidcmment  celle  de  Mar  Quriaqos. 
A  l’origine,  cette  dglise  dtait  petite  et  n’avait  que  30  couddes  de  long  sur 
15  de  large  et  12  de  liaut  (5).  Restaurde  et  agrandie  vers  1851,  la  nou- 
velle  batisse  ne  dura  pas  60  ans  et  fut  ddtruite  par  ordre  du  patriarche 
Emmanuel  II  Thomas.  Sur  les  plans  du  Khouri  ‘Abd  ul  Aliad  Micmar 
Basi  de  Mossoul,  une  construction  ambitieuse  fut  commencde  en  1912, 
qui  devait  couter  200.000  roupies  et  ne  se  termina  qu’apres  20  ans  de 
travail,  seulement  interrompu  par  la  guerre.  La  nouvelle  dglise  avec  ses 
trois  nefs  et  ses  quarante  colonnes  dtait,  le  jour  de  sa  consecration,  le  8 
septembre  1931  (6),  la  plus  grande  dTraq,  avant  que  Qaraqos  n’en 
batisse  une  qui  aurait  quelques  centimetres  de  plus  en  longueur. 

La  nouvelle  dglise  a  etd  mise  sous  le  vocable  du  Sacre-Coeur.  Ainsi 
a  ete  rompue  une  tradition  seculaire,  dont  se  font  l’echo  tant  de 
manuscrits  dcrits  pour  «le  couvent  de  l’enfant  S.  Cyriaque»  (7),  «pres 
du  monastere  du  petit  enfant  Cyriaque»  (8),  «sous  le  toit  du  saint 
monastere  de  S.  Cyriaque,  le  petit  enfant»  (9)  et  «le  martyr 


(1)  Cit.  p.  103. 

(2)  La  Turquie  d’Asie ,  t.  II,  p.  819.  II  attribue  a  Tell  Kaif  5.000  habitants. 

(3)  Reise  in  Syrien ,  p.  359,  d’apres  lequel  le  village  contenait  700  maisons. 

(4)  Alachriq,  cit.  ou  la  population  atteint  10.500  amcs. 

(5)  Apergu  sur  Vhistoire  de  la  nouvelle  eglise  du  Sacre-Coeur  a  Tell  Kaif,  par  le  Chore- 
veque  Gabriel  Quriaqoza,  dans  Nasrat  al  Ahad  (Bagdad),  X/1931,  p.  640-645. 

(6)  Ibid .,  p.  665-668. 

(7)  Ms.  de  1703  (cod.  Vat.  CLXXXV,  Cat.  Assemani,  1 1 1/1 759).  On  remar- 
quera  que  les  colophons  parlent  alternativement  de  couvent  et  d’^glise. 

(8)  Mss.  de  1820,  cod.  Rich  7150,  B.M.,  n°  VI,  Cat.  Rosen  Forsiiall. 

(9)  Ms.  de  1816,  ibid.,  7149,  n»  V. 


368 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


triomphant»  (1),  ou  meme  simplernent  «a  Tell  Kaif,  village  de  S. 
Cyriaque  le  petit  enfant  et  de  sa  mere  Juliette»  (2).  S.  Cyriaque  ne 
garde  que  le  patronage  de  la  nef  nord  de  la  grande  eglise  du  Sacre- 
Cceur. 

Deux  autres  eglises  occupent  les  autres  cotes  de  la  cour  a  droite  de 
laquelle  se  trouve  la  grande  eglise  moderne.  C’est,  en  face  de  l’entree, 
P  eglise  des  SS.  Pierre  et  Paul  et,  a  gauche,  celle  de  Ste  Marie  «lTm- 
maculee».  Cette  derniere  a  ete  egalement  entierement  rebatie  et  rien 
ne  subsiste  de  «l’ancienne»  eglise  du  meme  nom  qui,  selon  la  tradition, 
dtait  plus  grande  que  le  batiment  actuel. 

L’eglise  des  SS.  Pierre  et  Paul,  a  trois  nefs,  longue  de  40  couddes, 
large  de  20  et  haute  de  33,  est  aussi  de  restauration  recente  (1876).  Elle 
contient  deux  tableaux  assez  grossiers,  mais  quand  meme  interessants  a 
cause  de  la  rarete  de  ce  mode  d’expression  artistique  dans  notre 
region  (3).  Le  premier  tableau,  accroche  dans  le  coin  a  droite,  pres  des 
portes  des  autels,  represente  S.  Etienne  qu’on  lapide.  Sur  la  facade  des 
autels,  a  droite,  se  trouve  un  S.  Jean-Baptiste  aile  et  tenant  a  la  main  un 
papier  avec  une  inscription  arabe  (Isai'e  XL, 3)  et  la  date:  1889  (4). 

Mar  Yusif  est  le  patron  de  l’autre  eglise  du  village,  eglise  recente 
construite  en  meme  temps  que  celle  du  Sacre-Coeur,  et  dont  les  dimen¬ 
sions  sont  de  40  coudees  de  long,  sur  10  de  large  et  20  de  haut.  Elle  couta 
2.000  qurus.  Dans  la  cour  se  trouve  le  petit  «mausolee»  qui  fournit 
l’occasion  de  l’edification  de  l’dglise  (5). 

Mart  Smuni,  c’est-a-dire  la  Mere  des  Macchabees,  possede  un  autel 
sous  une  galerie,  qu’on  ne  peut  appeler  ni  eglise  ni  chapelle.  Deux  pierres 


(1)  Ms.  de  1812,  ibid.,  7151,  n°  VII. 

(2)  Ms.  de  1896,  cod.  336,  B.N.  Paris,  Cat.  Nau  (ROC,  VI/1911,  p.  271-323) 
ou  Cambridge,  Add.  2822,  Cat.  Wright,  p.  703,  date  de  1883. 

(3)  Mossoul  Chretienne ,  p.  109. 

(4)  Une  copie  de  V Hexameron,  du  moine  Emmanuel  du  Couvent  Sup^rieur, 
est  ecrite  a  peu  pres  a  la  meme  epoque  (1894)  a  l’eglise  de  Ste-Marie,  Pierre  et  Paul, 
et  de  St-Cyriaque.  Cod.  6027  du  Patriarcat  Chaldeen,  Cat.  Mgr  Bidawid. 

(5)  Pelerinage  le  6e  dimanche  cle  careme  et  le  19  mars. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


369 


sculptdes  de  trois  croix  chacune  sont  encastrdes,  Tune  dans  le  mur  de 
gauche  de  la  cour,  1’autre  dans  le  devant  de  l’autel.  Le  sanctuaire  serait 
le  plus  ancien  de  Tell  Kaif,  et  a  donnd  son  nom  a  un  quartier  du 
village  (1). 

En  bordure  du  village,  a  fouest,  un  lieu  de  pelerinage  dedie  a 
«Mar  Yohannan»  (S.  Jean  Baptiste?)  a  6t 6  remplace  par  une  grande 
salle,  ou  I’ on  a  mis  recemment  un  autel. 

Hors  du  village,  il  y  a  toute  une  sdrie  de  «coupoles»,  ou  se  cdl d- 
braient,  jadis  plus  que  de  nos  jours,  les  commemoraisons  des  saints  pa¬ 
trons.  On  les  appelle:  Mar  Daniel,  a  un  kilometre  au  sud-ouest  (2), 
Bull  Sada  (3),  ‘Arblni  (4)  a  deux  kilometres  au  nord-ouest,  a  gauche 
du  chemin  entre  Tell  Kaif  et  Batnaya  (5),  et  une  seconde  Mart  Smu- 
ni  (6),  a  un  kilometres  vers  Test,  sur  le  chemin  de  Tell  Yamta. 

Ce  dernier  lieudit  qui,  comme  son  nom  l’indique,  comporte  un  tell 
et  une  mare,  est  situe  a  trois  quarts  d’heure  de  marche  de  Tell  Kaif,  non 
loin  du  cours  d’eau  appeH  al  Hosar  (7).  Sur  la  colline  il  y  a  quelques 
vestiges  de  constructions,  ou  la  ddcouverte  d’une  croix  fit  jadis  penser 
a  certains  que  Ton  se  trouve  en  face  des  mines  d’une  eglise?  Il  y  a  la- 
bas  une  source. 

Le  nom  du  village  voisin,  al  Qa’im  (8),  en  soureth  Qaima,  peut 


(1)  Pelerinage  le  4e  dimanche  de  careme  et  le  ler  mardi  de  mars. 

(2)  Probablement  le  m^decin;  cf.  A.M.S. ,  III,  p.  481  et  $uhada\  II,  p.  175. 
Pelerinage  le  2e  dimanche  de  Careme. 

(3)  Pour  «Buhra  Sahda»,  le  martyr  ain6,  c’est-a-dire  S.  Etienne;  pelerinage  le 
3e  dimanche  de  Careme. 

(4)  C’est-a-dire  les  Quarante  Martyrs  (?) 

(5)  Une  autre  explication  du  nom  serait  fournie  par  un  ensemble  monastique 
de  40  cellules  avec  puits  et  village  voisin  (G.,  p.  19). 

(6)  Chaque  dimanche  de  careme  connaissait  une  fete  de  ce  genre,  pour  alleger 
le  poids  du  jeune.  C’etait,  dans  l’ordre  a  partir  du  2e  dimanche:  Daniel,  Bull  Sada, 
Mart  Smuni,  Mar  Awraha  de  Batnaya  et  Mar  Yusif. 

(7)  Researches ,  p.  75. 

(8)  Note  de  M.  G.  ‘Awwad  dans  son  Edition  du  Sabusti  (p.  197,  n.  2)  avec 
reference  a  Habib  Zayat. 


Rech.  23  —  24 


370 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


dgalement  faire  penser  au  clocher  d’un  couvent  ou  a  une  tour  de  stylite. 
Aujourd’hui,  la  localite  est  peuplee  de  Sabak  (1). 

On  trouve  encore  les  mines  d’un  autre  village  chretien  a  l’ouest  du 
hameau  de  Seif  ad  Din,  lui-meme  situd  a  4  kilometres  a  l’ouest  de  Tell 
Kaif.  II  s’agit  de  la  locality  dite  Mar  ‘Agla  (ou  Mar  ‘Agl)  oil  les  murs 
de  la  grande  eglise  atteignent  encore  la  taille  d’un  homme.  On  a  trouve 
dans  ces  mines  un  sceau  en  cuivre,  ovale,  et  ne  paraissant  pas  tres  ancien. 
II  porte  le  nom  du  «Vieillard  Simeon»,  et  Ton  s’en  sert  aujourd’hui 
pour  timbrer  les  cierges  le  jour  de  la  fete  de  la  Presentation  (2). 

La  liste  des  personnalites  chaldeennes,  ecclesiastiques  et  civiles,  ori¬ 
ginates  de  Tell  Kaif,  serait  trop  longue  a  dresser.  On  ne  peut  cependant 
pas  passer  sous  silence  le  nom  du  P.  Samuel  Giamil  (1847-1917),  superieur 
general  des  moines  chaldeens,  historien  fameux,  restaurateur  zele  de  la 
bibliotheque  du  couvent  de  N.-D.  des  Moissons  (3). 

Parmi  les  dveques  (4),  la  figure  la  plus  pathetique  est  certainement 
celle  de  SinTun  Tektek  Singari.  Ancien  moine  de  R.  Hormizd,  il  avait 
etd  ordonne  pretre  sous  le  nom  de  Hieronymos,  et  envoyd  a  Sdna,  en 
Perse.  Ses  succes  du  debut  lui  valurent  d’etre  sacre  eveque  de  cette  ville 
en  1853.  Mais  les  malentendus  ne  tarderent  pas  a  se  faire  jour  et,  bientot 
lasse,  le  pauvre  prelat  abandonna  son  siege  pour  revenir  a  son  couvent 
en  1864.  Ni  les  supplications  de  ses  diocesains  penitents,  ni  les  menaces 
du  patriarche  Joseph  VI  Audo  ne  purent  faire  revenir  l’eveque  sur  sa 
decision.  Son  insoumission  lui  valut  d’etre  reduit  au  rang  extdrieur  de 
simple  pretre  et  d’etre  envoyd  comme  curd  a  Baqofa,  ou  il  resta  deux  ans. 
La  restauration  de  la  porte  de  l’autel  de  l’eglise  de  ce  village,  en  1868, 


(1)  Sur  cette  secte,  cf.  As  Sabak  de  M.  Ahmad  Hamad  as  Sarraf,  Bagdad  1954. 

(2)  G.,  p.  17.  —  L’usage  de  marquer  des  cierges  de  la  Chandeleur  d’un  sceau 
grav6  d’une  croix,  d’une  image  pieuse,  ou  simplement  du  nom  «Sim‘un  Sawa»,  a  cours 
dans  beaucoup  d’eglises  chaldeennes,  bien  qu’il  ne  soit  pas  a  proprement  parler 
liturgique. 

(3)  An  Nagm,  III/1931,  p.  10-18. 

(4)  Dont  G.  donne  la  liste  p.  59. 


LES  VILLACES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


371 


porte  temoignage  de  son  zele  pour  la  maison  de  Dieu.  Apres  six  ans 
passes  hors  de  son  diocese  (1),  il  finit  par  y  retourner.  Quand  Page  et 
les  infirmites,  notamment  la  cdcitd  qui  le  frappa  en  1882,  l’obligerent  une 
fois  de  plus  a  quitter  son  siege,  cette  fois  avec  la  permission  de  son  pa- 
triarche,  il  revint  en  son  couvent,  puis  a  Tell  Kaif,  oil  Ton  se  souvient 
encore  du  vieil  eveque  «sinawi»  qui  disait  son  chapelet  a  longueur  de 
journdes,  assis  dans  les  aires  et  entourd  de  petits  enfants  qui  priaient  avec 
lui.  Apres  de  nouvelles  pdrdgrinations,  qui  le  menerent  a  Mossoul,  puis 
au  couvent  de  Mar  Cuorguls,  c’est  la  qu  il  mourut,  le  10  septembre 
1885,  apres  trente-cinq  ans  d’un  dpiscopat  mouvementd.  Sa  imputation 
de  saintete  s’est  perpetude  jusqu’a  nos  jours,  et  les  habitants  de  Tell  Kaif 
conduisent  encore  leurs  malades  dormir  sur  sa  tombe,  dans  l’eglise  su- 
pdrieure  du  couvent  (2). 

L’oncle  de  l’dveque  Sim‘un  est  le  celebre  poete  Thomas  Tektek, 
mort  en  1860.  Il  s’appelle  dgalement  Thomas  Singari,  eu  dgard  au  lieu 
d’origine  de  sa  famille,  ou  Thomas  Tektek  de  Bdt  Qasa.  On  a  garde  de 
lui  plusieurs  poemes  en  chaldden  vulgaire  (soureth  (3),  dont  quatre 
sur  la  penitence,  un  sur  les  Peres  du  ddsert,  un  sur  Adam  et  Eve,  un  sur 
l’enfer  et  un  sur  le  pillage  d’Alqds  en  1832  (4). 

Parmi  les  femmes  cdlebres  originates  de  Tell  Kaif,  il  faut  citer  la 
podtesse  Henna  (ou  Hand)  an  Nablya  (la  prophdtesse)  (5).  Bien  que 
ne  sachant  ni  lire  ni  dcrire,  «elle  rdussit  assez  bien»,  au  tdmoignage  du 
P.  Rhdtord,  qui  s’y  connaissait,  et  faisait  «preuve  destruction  religieuse 


(1)  Sa  presence  est  attestde  a  Tell  Kaif  en  1870,  ou  un  grand  Warda  liturgique 
(n°  44)  est  restaurd  «de  son  temps». 

(2)  Un  travail  arabe  inddit  du  chammas  ‘Aziz  Potros  sur  les  dveques  chalddens 
m’a  permis  de  debrouiller  l’dcheveau  compliqud  de  cette  vie  malheureuse  et  de  cor- 
riger  ce  que  dit  Mgr  Tfinkdji,  cit.  p.  67. 

(3)  Cod.  333  de  N.-D.  des  Moissons.  Une  collection  de  7  pieces  de  cet  auteur 
se  trouve  dans  le  recueil  manuscrit  intituld  Livre  d'homelies ,  dcrit  par  le  pr.  Ishaq  Gaddo 
d’Alqos  en  1899,  et  conservd  dans  sa  famille  a  Karamlaiss. 

(4)  Cod.  Berlin  121,  fol.  45  a  a  49  a;  Cat.  Sachau,  I,  p.  419. 

(5)  G.,  p.  62. 


372 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


et  d’originalite  dans  sa  redactions  Le  fonds  Mar  Yaqo  de  notre  biblio- 
theque  possede  une  copie  de  la  durekta  qu’elle  composa  sur  le  Oupta  (ou 
sun),  un  insecte  qui  ravagea  les  recoltes  de  Tell  Kaif  en  1911  (1). 

Mais  la  personnalite  la  plus  coloree  est  sans  conteste  la  «princesse» 
Tell  Kaifienne,  Marie  Tlierese  Asmar,  «la  plus  celebre  des  femmes  de 
son  temps»  (2),  emule  de  Semiramis,  que  l’Europe  entiere  appellera 
<da  princesse  babylonienne».  Nee  a  Tell  Kaif  en  1804  (elle-meme  avoue 
1806),  elle  comment  ses  voyages  par  un  sejour  a  Beit  ad  Din,  au  Liban, 
oil  elle  devint  «premiere  dame  d’honneur»  de  la  femme  de  l’Emir  Be- 
chir,  ce  qui  lui  permettra  plus  tard  de  se  dire  «fille  adoptive »  de  ce 
«grand  prince  du  Liban ». 

Deux  des  dossiers  (3)  de  documents  d’Inventaire,  recueillis  apres 
sa  mort  par  Me  Ducloux,  notaire  a  Paris,  contiennent  certains  papiers 
qui  permettent  de  retracer  une  partie  de  la  carriere  de  cette  aventuriere, 
le  plus  important  de  ces  dossiers  etant  le  Cote  Cinquieme,  qui  contient 
des  «papiers  relatifs  a  la  famille  de  la  princesse  Asmar». 

Passee  en  Europe,  elle  va  d’abord  a  Rome.  Nous  pouvons  la  pren¬ 
dre  en  filature  le  15  avril  1834,  quand  elle  sort  d’un  couvent,  malheu- 
reusement  non  identifie,  qui  l’avait  hebergee  quelque  temps,  et  dont  la 
Mere  abbesse  la  gratifie  d’un  certificat  attestant  sa  «sagesse»  et  sa 
«vertu».  Elle  songe  alors  a  entrer  comme  religieuse  au  monastere  de 
St-Laurent  de  Rome,  et  regoit  a  cet  effet  une  dot  de  Gregoire  XVI  (23 
nov.  1834).  Elle  commence  des  lors  a  batir  sa  personnalite  d’emprunt 
de  l’avenir,  elle  est  deja  «une  noble  de  Ninive,  de  nation  chaldeenne, 
d’une  famille  catholique  des  plus  anciennes  de  ces  pays...  restee  sans  pa¬ 
rents  par  la  desolation  de  la  peste  et  privee  de  moyens  de  subsistance 
d’apres  la  legislation  turque».  Ce  qu’elle  ne  dit  pas  c’est  que  son  pere 
s’appelait  simplement  le  pretre  Potros  Asmar. 


(1)  Recueil  de  complaintes,  cahier  II,  p.  114  b. 

(2)  G.,  p.  62,  66. 

(3)  Cote  4  et  5,  de  17  et  21  pieces,  aux  archives  de  la  Mission  Dominicaine 
de  Mossoul. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


373 


Quand  elle  se  rend  a  Livourne,  en  1836,  elle  trouve  moyen  de  se 
faire  recommander  a  feveque  par  le  cardinal  Mezzofondi,  et  commence 
a  collectionner  les  papiers  a  en-tete  qui  lui  permettront  de  monter  son 
bluff  colossal.  Cependant  elle  n’est  toujours  alors  que  Marie  Therese  de 
Ninive.  On  ne  parle  plus  de  couvent  et  cette  «vertueuse  dame  de  Ninive» 
est,  d’apres  le  cardinal,  «rdsolue  a  se  livrer  entierement  a  Education 
catholique  des  jeunes  filles  de  l'Orient». 

Le  9  janvier  1837,  les  chaldeens  de  Rome,  le  pretre  Miha’il  Agostln 
Ufi  et  le  Signor  Thomas  d'Alqos,  obtiennent  du  cardinal  Odescalchi, 
vicaire  general  du  pape,  la  permission  de  recueillir  des  fonds  pour  le 
couvent  de  Rabban  Hormizd,  qui  commen^ait  a  se  relever  de  l’attaque 
de  1832.  Comme  leurs  occupations  empechaient  ces  messieurs  de  faire 
eux-memes  la  quete,  c’est  la  «noble  dame  Marie  Therese  Asmar,  niece 
de  farcheveque  de  Diarbekir»,  qu’ils  deleguent  a  cet  effet. 

Elle  est  a  Paris  en  avril  1838,  et  s’empresse  de  faire  traduire  en  fran- 
<^ais  et  legaliser  sa  collection  de  papiers.  Mais  c’est  au  moment  de  son 
arrivde  en  Angleterre,  en  1840,  que  la  transformation  s’opere.  Elle  se 
pr^sente  comme  «la  princesse  babylonienne,  fille  de  l'emir  ‘Abdallah 
d’Asmar».  Tout  le  monde  «en  fait  grand  cas»,  elle  est  regue  partout, 
non  seulement  par  S.M.  la  reine  douairiere,  qui  lui  attribue  une  gratifi¬ 
cation  annuelle  de  50  livres,  mais  aussi  par  de  nombreuses  personnes 
«de  la  noblesse  et  du  commun». 

Elle  fait  dditer,  en  1844  et  1845,  ses  Alemoires,  en  deux  volumes  de 
760  pages,  et  ses  Propheties  et  Lamentations ,  ou  Une  voix  de  /’ Orient.  A  foc- 
casion  de  traductions  et  d’ddition  de  ces  ouvrages,  elle  a  maille  apartir 
avec  les  tribunaux  britanniques.  Jeremiah  Campion  et  Augustus  Goddes 
Liancourt  Eaccusent  de  ne  pas  leur  avoir  payd  leur  du,  et  ddnoncent  sa 
«basse  ingratitude  et  son  manque  de  bonne  foi». 

Ni  les  cris  indignds  de  la  bonne  dame,  ni  toutes  les  personnalitds 
qu’elle  mit  en  mouvement  (secretaire  du  British  Museum,  secretaire  de 
la  Societe  Asiatique,  etc.)  pour  discuter  la  valeur  des  traductions,  n’em- 
pecherent  la  justice  de  Sa  Majestd  Victoria  de  la  condamner  au 


374 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


payement  des  dettes  et  dcs  frais  de  proces.  II  scmble  qu’elle  ait  dte  insol - 
vable,  car  toutes  ses  possessions,  vetements,  livres  et  meme  objets  de 
toilette,  furent  saisis,  y  compris  des  livres  appartenant  a  l’ambassadeur  de 
France,  au  due  de  la  Rochefoucauld,  a  la  Church  Missionary  Society, 
etc.  Sa  protestation  outragee  est  signee  «D’Asmar»,  et  en  arabe,  Amira 
Asmar.  On  etait  alors  en  1846. 

Malade  et  probablement  un  peu  defaite,  la  pauvre  princesse  dis- 
parait  pour  quelque  temps  de  la  scene  londonienne.  Le  consulat  britan- 
nique  de  Paris  signale,  le  9  janvier  1847,  qu’elle  vit  dans  cette  ville. 

Bientot  elle  est  revenue  en  Angleterre,  ou  elle  a  repris  sa  place  dans 
la  socidte.  Le  vicomte  G.  Palmerston  lui  ecrit  de  Carlton  Garden,  le  4 
aout  1850:  «Ma  chere  Amira,  j’ai  vu  l’ambassadeur  turc  et  j’ai  eu  une 
longue  conversation  avec  lui  a  votre  sujet.  II  vous  a  reconnu  pour  la 
fille  du  feu  Emir  ‘Abdallah  Asmar,  et  pour  fille  adoptive  de  P£mir 
Bechir,  et  il  a  done  dit  naturellement  que  vous  aviez  droit  a  la  position 
et  au  titre  que  vous  reclamez...» 

La  meme  annee,  Marie  Therese  reclame  un  autre  titre,  et  l’obtient. 
Apres  dix  ans  de  sejour  a  Londres  elle  est  naturalisee  britannique,  le 
17  octobre  1850.  Bien  qu’une  main  anonyme  ait  fait  remarquer  au 
crayon,  au  dos  de  la  demande,  qu’elle  ne  declarait  pas  son  intention  de 
vouloir  resider  en  Angleterre,  la  lettre  du  Baronet  Sir  George  Grey 
obtint  la  faveur  demandee:  «la  princesse  Marie  Therese  d’Assyrie», 
agee  de  44  ans  et  celibataire,  devient  citoyenne  britannique. 

Y  avait-il  cependant  encore  quelques  contestations  et  quelques 
doutes  sur  sa  noblesse?  L’entreprenante  dame  ne  se  laisse  pas  abattre 
et  commence  a  rassembler  ses  lettres  de  creance.  Quand  on  voit  ces 
pauvres  papiers,  on  se  demande  comment  une  supercherie  aussi  grossiere 
a  pu  rencontrer  tant  de  credulite?  Ils  se  bornent  a  trois  lettres  en  arabe, 
dument  traduites  en  fran^ais  et  en  anglais,  et  legalisees  par  toutes  sortes 
d’autorites,  mais  dont  le  nombre  de  cachets  et  de  signatures  ne  peut 
masquer  le  vide: 

La  premiere  piece  est  dcrite  a  Londres  le  7  aout  1851  et  signee  du 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


375 


«cure  Gabriel  Dgdbara,  de  Damas,  vicaire  de  l’archeveque  de  Seida». 
Le  pretre,  ailleurs  appele  archidiacre,  y  certifie  que  la  princesse  Marie 
Therese  Asmar,  est  «d’une  tres  ancienne  et  illustre  famille  qui  remonte 
aux  siecles  les  plus  reculds...  Sa  famille  a  donnd  a  EEglise  tous  les  pa- 
triarches  et  les  ecclesiastiques  les  plus  distinguds.  Son  oncle  est  Mgr 
Basile  Asmar,  archeveque  de  Diarbekir»  (de  1828  a  1842). 

La  deuxieme  lettre  emane  de  «Georges  Joseph  Kiat  (Hayat?), 
chaldeen,  secretaire  et  drogman  du  Patriarche  Cyriaque  (Syrien?) 
d’Alep».  II  atteste  que  la  famille  de  la  princesse  est,  «selon  la  tradition, 
issue  de  la  race  d’Abraham  et  du  roi  et  prophete  David,  et  la  plus  an¬ 
cienne  et  la  plus  noble  famille  d’Assyrie...  dont  le  nom  est  v6n6r6  par 
nous  de  pere  en  fils». 

Le  troisieme  document  a  pour  auteur  un  certain  Joseph,  pretre 
maronite  libanais,  professeur  de  langues  orientales  et  occidentals,  an- 
cien  eleve  de  la  Propagande.  II  y  dit:  «J’atteste  et  declare  que  la  prin¬ 
cesse  Marie  Therese  d’Assyrie  est  fille  de  Pdmir  ‘Abdallah  Asmar  et  fille 
adoptive  de  Edmir  Bechir,  et  proche  parente  de  Kir  Basile  Asmar,  arche¬ 
veque  de  Diarbekir.» 

Un  nommd  «Joseph  de  Mossoul»  declare  simplement  avoir  pris 
connaissance  des  attestations  susdites,  dont  il  affirme  la  verite,  declarant 
authentiques  les  signatures  apposdes  au  bas.  Fait  a  Londres,  le  17  aout 
1851. 

Le  traducteur  a  Londres  (17  fevrier  1852)  est  John  Shakespeare, 
bibliothdcaire  de  la  Royal  Asiatic  Society,  et  a  Paris  (12  mai  1853) 
Desgranges  aine,  secretaire  interprete  de  l'empereur. 

On  comprend  qu’un  certain  D.  McCarthy,  demeurant  a  Paris,  ait 
pu  dire,  le  27  fdvrier  1853:  «Madame.  J’ai  examind  avec  soin  les  docu¬ 
ments  que  vous  m’avez  envoy^s  comme  dmanant  des  autorites  les  plus 
elevdes  et  les  plus  respectables.  Je  pense  qu’ils  dtablissent  parfaitement 
les  droits  au  rang  et  a  la  position  dans  la  soci£t£  que  vous  rdclamez...» 

En  hn  1852 -debut  1853,  la  princesse  dtait  en  efTet  passde  en  France, 
ou  elle  ne  perdit  pas  de  temps  avant  de  faire  ldgaliser  ses  titres.  Tous 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


les  cachets  dtaient  apposes  le  13  mai.  Le  17  du  meme  mois,  la  citoyenne 
britannique  se  fait  delivrer  par  l’ambassadeur  de  Turquie  pres  de  S.M. 
l’Empereur  des  Frangais,  M.  Vely,  un  laisser-passer  ottoman.  «Madame 
Marie  Therese  Asmar,  princesse  d’Assyrie»,  doit  se  rendre  «en  Suisse, 
Italie  et  les  Etats  d’Autriche».  II  nous  faut  l’abandonner  la,  car  nos 
documents  ne  vont  pas  plus  loin.  Peut-etre  pourra-t-on  completer  un 
jour  ce  roman,  si  Ton  retrouve  les  cotes  suivantes  de  Ale  Ducloux,  no- 
taire  a  Paris.  Dans  tous  ses  voyages,  dit  M.  Gammo,  elle  porta  la  renom- 
mee  de  Tell  Kaif,  «l’Athenes  de  la  Alesopotamie». 

Marie  Therese  Asmar  mourut  a  Paris  vers  1870,  agee  d’environ  64 
ans.  Elle  leguait  a  son  village  natal  une  partie  de  sa  fortune.  Cet  argent, 
se  montant  a  5.500  qurus,  servit  a  restaurer  1’eglise  des  SS.  Pierre  et 
Paul,  ou  son  corps  embaume  fut  transports.  L’eglise  fut  edihee  en  1876 
et,  avec  la  permission  du  patriarche  Joseph  VI  Audo,  le  village  com- 
pleta  les  depenses  (1). 

2.  —  Batnaya 

A  cinq  kilometres  au  nord  de  Tell  Kaif  se  trouve  le  village  chal- 
deen  de  Batnaya,  dont  la  population  atteint  3104  habitants.  La  plupart 
de  ceux-ci  ont  un  type  special,  de  peau  et  de  cheveux  clairs,  qui  pourrait 
quelquefois  les  faire  prendre  pour  des  Europeens.  Les  yeux  bleus  n’y 
sont  pas  rares,  souvent  un  peu  voiles  par  des  restes  de  trachome  et  par 
firritation  produite  par  les  poussieres  de  roseaux  secs  utilises  pour  la 
confection  des  nattes.  Ge  travail  etait  en  effet  findustrie  locale  de  Bat¬ 
naya  et  tous,  grands  et  petits,  y  consacraient  le  temps  libre  laisse  par  les 
travaux  des  champs.  II  n’y  a  pas  tellement  longtemps  que  les  filles  du 
village  n’acceptaient  de  venir  a  l’ecole  que  si  elles  pouvaient  continuer 
a  tisser  leurs  nattes  tout  en  ecoutant  la  le^on.  Jadis,  les  roseaux  etaient 
recoltes  dans  le  Hosar,  qui  passe  a  six  kilometres  a  Test;  la  multiplication 
des  noria  d’arrosage  ayant  amoindri  le  cours  de  la  petite  riviere,  les 

(1)  Colophon  de  Hudra  de  Tell  Kaif,  n°  31,  de  1678,  et  note  du  Choreveque 
Narses  Sayegiiian  a  Particle  du  JVasrat  al  ahad,  cit£  plus  haut. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NIN1VE 


377 


roseaux  ont  egalement  diminud,  et  on  doit  les  importer  d’ailleurs,  voire 
meme  d’au-dela  de  Kerkouk. 

Le  nom  du  village  est  explique  de  deux  fa^ons  par  la  tradition 
locale.  Soit  B.  Tetnaye,  le  «pays  de  ceux  qui  ont  des  taies»,  par  allusion 
aux  maladies  des  yeux  causdes  par  le  travail  des  nattes;  soit  B.  Tnana, 
qui  veut  dire:  le  lieu  du  zele  (1). 

II  semble  que  le  nom  ancien  ait  dte  diffdrent.  Au  VIIe  siecle  on 
Tappelait  «le  village  des  Medes»  (Bdt  Madayd),  ce  qui  rejoint  la  tra¬ 
dition  que  le  village  ait  dte  peupld  de  «Ydzidis»  jusqu’a  sa  conversion, 
et  explique  aussi  le  type  de  ses  habitants  (2). 

Le  convertisseur  du  village  fut  le  moine  Abraham  (Awraha)  qui 
etablit  son  couvent  non  loin  de  la,  et  y  gagna  le  nom  de  Awraha  d'Bet 
Madayd,  plus  tard  contractd  en  Abraham  le  Mede,  d’ou  il  n'y  aura 
qu’un  pas  pour  en  faire  un  Kurde  Babbek  (3).  Quant  a  ses  dates,  quel- 
ques  auteurs  (4),  suivant  ‘Amr,  Font  placd  sous  Iso‘yaw  I  d'Arzun  (582- 
595),  alors  qu’en  fait  il  dtait  contemporain  d’Iso‘yaw  II  (628-644/6). 

D’autres  confusions  ont  eu  leur  origine  dans  l’existence  de  plusieurs 
localites  du  meme  nom,  dont  Tune,  appelee  aussi  Sarug,  est  cdlebre  dans 
l’histoire  jacobite  (5). 

(1)  Ges  traditions  m’ont  ete  communiqu^es  notammcnt  par  M.  FAbbe  Hanna 
‘Awdls,  de  ce  village.  —  Gf.  Researches ,  p.  51-52. 

(2)  B.  Madaye  est  attest^  dans  le  titre  d’une  lettre  inedite  du  catholicos  Iso‘yaw  II 
(cf.  Ortiz  de  Urbina,  Pair.  Syr.,  p.  137  avec  references,  et  Synddos ,  ms.  de  N.-D.  des 
Moissons,  cod.  A.S.,  90;  Voste,  GLXIX,  p.  255-265)  et  dans  L'histoire  de  B.  Qoqa  (p. 
255).  Il  deviendra  Ba  Mazai  dans  ‘Amr  (ar.  p.  49)  et  meme  Bamada,  d’apres  une 
variante  du  meme  (p.  129).  Il  ne  faut  pas  confondre  ce  «village  des  Medes»  avec  la 
grande  «region  des  Medes»  egalement  appefee  B.  Madaye,  l’ancienne  Medie,  c’est-a- 
dire  les  environs  de  Hamadan,  en  Iran,  ou  il  y  avait  un  eveche  nestorien.  Gf.  Or., 
table  p.  669. 

(3)  Supposition  (donnee  comme  telle)  recueillie  par  Rich  dans  Residence ,  1836, 
t.  II,  p.  103  n. 

(4)  V.g.  Mgr  Sayegh,  Machriq  1923,  p.  420. 

(5)  Bien  distingue  par  Mgr  Sayegh,  cit.  Par  contre  Cuinet  ( Turquie  d'Asie,  II, 
p.  829)  semble  penser  a  Batnaya  jacobite  quand  il  dit  que  «en  Pan  700  de  Fere  chre- 
tienne,  Batnaya  avait  un  eveque.  Cf.  Honigmann,  Pair.  Jac.,  p.  145-146. 


378 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


L’histoire  de  Batnaya,  de  sa  conversion  a  nos  jours,  est  inconnue. 
Le  village  fut  bride  en  meme  temps  que  les  localites  environnantes  par 
les  Persans  de  Nadir  Sah  en  1743.  II  etait  deja,  au  moins  en  partie, 
catholique  a  cette  epoque  puisque,  des  1729,  des  gens  de  Batnaya  s’unis- 
sent  aux  «Ninivites»  et  aux  habitants  de  Tell  Kaif  et  d’Alqos  pour  nom- 
mer  un  representant  qui  defendrait  leurs  interets  a  Constantinople,  en 
face  du  procureur  du  patriarche  nestorien  (1).  En  fin  1767,  les  200  fa¬ 
milies  du  village  etaient  toutes  catholiques,  avec  leur  eglise  (2). 

Au  XIXe  siecle,  le  chiffre  de  la  population  semble  avoir  ete  de 
beaucoup  inferieur  a  ce  qu’il  etait  en  1961.  Badger,  en  1852,  y  denombre 
60  families  (3),  ce  qui  correspond  a  peu  pres  au  chiffre  de  50  maisons 
donne  par  Ainsworth  en  1857  (4).  L’abbe  Martin  monte  jusqu’a  900 
habitants  en  1867  (5),  ce  qui  fait  au  maximum  le  tiers  de  la  population 
actuelle. 

L’eglise  la  plus  ancienne  de  Batnaya  semble  etre  cede  de  Mar  Qu- 
riaqos.  J’ai  pu  encore  la  voir  dans  son  etat  primitif,  avant  qu’elle  ne  soit 
detruite  et  reconstruite  en  1944.  L’ancienne  eglise  avait  trois  nefs.  La 
porte  du  maitre-autel  avait  ete  restauree  par  le  patriarche  Audo.  La 
porte  du  baptistere,  a  double  linteau,  paraissait  plus  ancienne,  peut- 
etre  datait-elle  de  la  restauration  de  1744,  Le  seuil  de  cette  porte  etait 
constitue  par  une  pierre,  probablement  tombale,  ancienne,  dont  quel- 
ques  lettres  seulement  apparaissaient  au-dessus  du  sol.  Malgre  ma 
demande,  appuyee  par  feu  Mgr  Katcho,  la  pierre  et  toutes  les  autres 
furent  mises  en  pieces  lors  de  la  demolition.  La  nef  latdrale  gauche, 
opposee  au  baptistere,  etait  placee  sous  le  vocable  de  Ste  Barbara. 

Un  seul  manuscrit  de  cette  eglise,  appeUe  ici  «couvent»,  nous  est 


(1)  Gen.  Rel.,  p.  345-346. 

(2)  In  A  Chronicle  of  the  Carmelites  in  Persia ,  cit.,  vol.  II,  p.  1262. 

(3)  Nestorians,  I,  p.  174. 

(4)  A  Personal  Narrative  of  the  Euphrates  Expedition ,  vol.  II,  p.  536. 

(5)  Chaldee,  cite  par  Researches. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


379 


parvenu.  II  est  date  de  1474  et  est  conservd  a  la  Bibliotheque  patriar- 
cale  (1). 

De  Fautre  cote  de  la  meme  cour,  faisant  pendant  a  Feglise  de  Mar 
Quriaqos,  se  trouve  Fdglise  de  la  Ste  Vierge,  a  une  ncf,  bade  vers  1866. 

Comme  a  Tell  Kaif  il  y  a  aussi  autour  du  village  plusieurs  lieux  de 
pelerinage.  Deux  se  trouvent  dans  le  cimetiere  du  village  et  sont  dddids 
respectivement  a  Ste  Smuni  et  a  S.  Joseph.  On  a  tentd  d’agrandir  la 
«coupole»  de  ce  dernier  et  de  la  remplacer  par  une  eglise,  qui  serait 
alors  dediee  a  la  Sainte  Famille.  Cette  troisieme  Eglise,  commencde  il 
y  a  quelques  decades,  n'a  pas  encore  ddpassd  la  hauteur  des  fondations. 
On  parle  toujours  de  la  completer. 

3.  —  Baqofa 

Baqofa  est  un  petit  village  chaldeen  situd  a  quclque  trois  kilometres 
au  nord-est  de  Batnaya.  Son  antiquite  est  attestde  par  la  presence  de 
deux  tells  archeologiques,  dont  le  plus  grand  est  en  partie  occupe  par 
le  cimetiere  du  village.  Victor  Place  le  prospecta,  mais  n’y  trouva  que 
des  debris  de  jarres  (2).  Il  evita  de  fouiller  le  tumulus  voisin,  dit  Tell 
al  Dahab,  le  tell  de  Tor,  dont  le  nom  prometteur  avait  attird  Fattention 
du  pacha  de  Mossoul  en  1842.  D’autres  ddcouvertes  fortuites,  mention- 
ndes  par  Mgr  Sayegh,  comprennent  plusieurs  tombeaux,  dont  celui  d’un 
guerrier  vetu  d’une  cuirasse  de  fer  et  armd  d  une  epde  et  d’un  poignard 
incrustes  d’or;  la  tombe  contenait  dgalement  un  cylindre-sceau  en  or 
avec  inscription  cundiforme.  On  signale  enfin  un  panneau  sculpte  reprd- 
sentant  un  homme  egorgeant  un  lion.  La  science  n’a  guere  profitd  de 
ces  ddcouvertes,  et  le  nom  ancien  de  Baqofa  est  inconnu. 

Le  nom  chaldeen  actuel  derive  de  B.  Qop£,  le  lieu  boisd  (3).  Hdlas, 
les  bois  et  les  forets  ont  depuis  longtemps  disparu ! 


(1)  Cat.  de  Mgr  Bidawid,  n°  901.  C’est  une  grammaire  dT  lie  de  Nisibe,  £crite 
ici  par  le  pr.  ‘Issa,  fils  d’Ishaq,  de  Hakkari. 

(2)  Ninive  et  I’Assyrie,  t.  II,  1870,  p.  149. 

(3)  Mgr  Sayegh  dans  le  A fachriq,  cit. ;  dgalement  Sumer ,  1953,  cit.  p.  254  et 


380 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


La  locality  est  citde,  dans  la  premiere  moitid  du  VIIe  siecle,  parmi 
les  villages  chrdtiens  qui  contribuerent  a  ferection  du  couvent  de  Rab- 
ban  Hormizd.  Celui-ci,  en  retour,  guerit  leurs  malades  (1). 

II  parait  que  jadis  la  population  etait  melangee,  chretiens  et  musul- 
mans;  ces  derniers  avaient  deja  fonde  un  autre  village  du  meme  nom, 
a  trois  kilometres  de  la,  des  le  XVI I  Ie  siecle,  au  temoignage  de  Yasin  al 
‘Omari  (2),  qui  precise  que  les  deux  villages  etaient,  a  cette  epoque, 
waqf  de  la  mosquee  de  Nabi  Yunis  a  Mossoul,  sans  que  le  nom  du 
donateur  figure  dans  facte  de  donation. 

En  1850,  quand  Badger  le  visita  (3),  le  village  comptait  20  families 
avec  un  pretre  et  une  eglise.  Le  nombre  des  habitants  resta  longtemps 
assez  bas,  car  le  croup  faisait  perir  60%  des  enfants  en  bas  age.  En  1923, 
Mgr  Sayegh  denombre  490  ames;  ils  etaient  en  1961  de  70  a  80  families, 
avec  beaucoup  d’emigres  a  Bagdad  (4). 

En  plus  de  Hudahwi,  le  genereux  donateur  du  VI Ie  siecle  qui  en- 
voya  sept  talents  d’argent  a  R.  Hormizd,  on  connait  encore  un  copiste 
originaire  de  Baqofa,  le  moine  Stephane  Marrogue,  dont  un  «livre  d’his- 
toires»,  date  de  1888,  est  conserve  a  Notre-Dame  des  Moissons  (5). 

L’eglise  du  village  est  dediee  a  Mar  Gudrguis.  Elle  ne  comporte 
qu’une  seule  nef  et  vient  d’etre  restauree.  Le  cadre  de  la  porte  de  l’autel 
temoigne  d’une  restauration  precedente,  en  octobre  1868.  Le  pauvre 
eveque  Sim‘un  Tektek  a  laisse  ce  souvenir  de  sa  relegation  de  deux  ans 
comme  simple  pretre  de  cette  eglise.  Avec  lui  les  gens  de  Baq6fa  contri¬ 
buerent  a  I* erection  de  la  porte,  oeuvre  de  Gorgis,  fils  de  Saba  Yusif, 
et  dont  finscription  fut  gravee  par  un  certain  ‘Issa. 

Researches ,  p.  56-57.  —  En  1937  ( Nagm ,  p.  277)  Mgr  Sayegh  avait  avance  une  autre 
interpretation:  le  lieu  du  singe. 

(1)  The  Histories  of  R.  Hormizd  the  Persian...,  Budge,  1902,  t.  II,  I,  p.  81  et  177s 
et  Bk.  I,  p.  clxiii. 

(2)  Muniat  al  Udaba\  cit.  p.  133. 

(3)  The  Nestorians ,  II,  p.  174. 

(4)  Le  chiffre  de  2211  du  recensement  de  1957  n’est  certainement  pas  exact. 
Le  chiffre  r6el  est  dans  les  environs  de  400. 

(5)  Cat.  Voste,  co  d.  CGXVI. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


381 


En  face  de  la  porte  d’entree,  a  peu  pres  au-dessus  des  fonts  baptis- 
maux,  se  trouve  une  grande  peinture  sur  toile  du  patron  du  lieu,  de  pro¬ 
venance  europeenne  et  de  style  fin  XIXe  siecle. 

Dans  le  cimetiere,  sur  le  chemin  qui  conduit  vers  ‘Ain  Sifni,  on  voit 
la  «coupole»  de  Ste-Smuni.  Certains  discnt  qu’elle  marque  l’emplace- 
ment  d’une  ancienne  dglise. 

Enfin,  le  «pretre  de  Baq6fa»  figure  d'une  fa^on  peu  flatteuse  dans 
un  dicton  de  Mossoul,  connu  des  musulmans  aussi  bien  que  des  chrdtiens. 
Le  malheureux  homme  (personne  ne  peut  me  dire  mcme  a  quelle  epoque 
il  vivait)  ne  devait  pas  beaucoup  respecter  la  parole  donnde,  car  aujour- 
d’hui  a  Mossoul,  quand  quelqu’un  fait  une  promesse  dont  on  doute  un 
peu,  on  lui  dit:  «Ne  faites  pas  comme  le  pretre  de  Baqofa!» 

Originaire  de  Baqofa  dtait  l’dveque  Ya'qub  Manna  (1867-1924), 
auteur  d’un  Vocabulaire  chaldeen-arabe  de  valeur  (1). 

4.  —  Tell  Esqof 

Tell  Esqof,  egalement  chaldeen,  est  situe  a  7  kilometres  au  nord 
de  Batnaya.  II  est  plus  grand  que  les  deux  precedents,  comptant  5.705 
habitants  (2),  et  en  est  aussi  tres  different.  La  specialite  du  lieu  est  la 
poterie;  le  tissage,  qui  y  etait  dgalement  florissant,  a  evidemment  beau- 
coup  souffert  de  la  concurrence  mdcanique.  Mgr  Sayegh  mentionne  aussi 
Thabilete  de  beaucoup  dans  la  guerison  des  piqures  de  scorpions  et  des 
morsures  de  serpents. 

Le  nom  du  village  vient  du  chaldeen:  Tell  Zqlpa,  le  tell  eleve  (3). 
Le  precieux  livre  de  M.  Gammo  est  moins  heureux  quand  il  s’essaie  aux 
etymologies.  Il  avait  deja  suggere  Maison  de  Tanaya  pour  Batnaya, 


(1)  Mossoul,  Imprimerie  des  Dominicains,  1900,  1  vol.:  cf.  Tfinkdji,  p.  68. 

(2)  M.  G.  ‘Awwad  en  compte  seulement  3.500.  Badger  en  1852  y  ddnombrait 
1 10  families,  et  l’abbe  Martin,  quinze  ans  plus  tard,  1.800  ames.  Gf.  Researches ,  p.  64-65. 

(3)  Sumer ,  cit.  1952,  p.  252,  mentionne  Egalement  l’explication  de  Yaqut  (Mu' gam, 
I,  863  et  Marasid,  I,  268)  reprise  par  Rich  ( Residence ,  II,  p.  101)  en  Tell  al  Usqof, 
le  tell  de  lYveque. 


382 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


du  nom  «probable»  ( ?)  de  son  fondateur  ou  de  son  proprietaire,  mainte- 
nant  il  explique  Tell  Esqof  par  «Tell  en  forme  de  Croix  (?)  (1). 

En  fait,  le  monticule  archeologique  de  Tell  Esqof,  plus  haut  que 
celui  de  Baqofa,  «se  dresse  a  pic  comme  une  falaise,  au-dessus  d’un  petit 
ruisseau  qui  coule  au  pied»  (2).  V.  Place  y  donna  quelques  coups  de 
pioche,  mais  sans  grand  resultat.  Le  tell  n’a  pas  dte  explore  depuis  (3). 

Le  village  fut  pille  par  les  Mongols  de  Bar  Yak  en  1508,  en  meme 
temps  que  Tell  Kaif,  Alqos  et  R.  Hormizd  (4). 

II  est  encore  mentionne  dans  une  'onita  attribute  a  Guorguls  Warda 
et  commen^ant  par:  «En  Pan  1 547 »  (5).  On  y  lit  que,  en  novembre  1235, 
des  pillards  tartares,  apres  avoir  commis  des  depredations  a  Erbil, 
massacre  les  moines  de  B.  Qoqa  et  fait  un  carnage  a  Karamlaiss,  vinrent 
a  Tell  Esqof,  «village  grand  et  fort».  Les  habitants  furent  passes  au  fil 
de  l’epde  ou  emmenes  en  captivite.  II  n’y  eut  de  salut  pour  personne, 
et  ceux  qui  furent  epargnes  par  la  tuerie  moururent  de  faim.  L’eglise 
de  St-Jacques  Plntercis,  dont  c’est  ici  la  premiere  mention,  fut  elle- 
meme  «coupee  en  morceaux». 

Au  XVIIIe  siecle  le  village  etait  a  nouveau  renomme  pour  la 
richesse  de  ses  habitants  (6).  II  fut  pille  et  brule  par  les  soudards  de  Nadir 
Sah  en  1743  (7). 


(1)  Cit.  p.  28.  Mgr  Sayegh  ( Nagm ,  IX/1937,  p.  277)  avait  d6ja  critique  cette 
interpretation. 

(2)  Ninive  et  VAssyrie ,  t.  II,  p.  149-150. 

(3)  Rich  ( Residence ,  II,  p.  102)  en  rapporte  deux  lampes  en  verre  trouv^es  en 
creusant  une  tombe.  Corriger  ici  Researches  (p.  64)  qui  dit  que  «les  gens  de  Tell  Esqof 
creuserent  une  tombe  dans  ce  tell  et  trouverent  une  sepulture  contenant  une  pierre  sur 
laquelle  etait  ecrit  le  nom  de  Tell  Esqof»,  alors  que  le  texte  dit  seulement:  «I1  n’y  a 
pas  longtemps,  en  creusant  ici  une  tombe  dans  le  tell  qui  donna  son  nom  au  village, 
on  trouva  des  pierrcs  a  une  grande  profondeur.» 

(4)  A.  Scher,  J.A. ,  XV/1910,  p.  120-123. 

(5)  Hilgenfeld,  Ausgewdhlle,  cit.  p.  49-59  et  ms.  de  1899  du  pretre  Ishaq  Gaddo 
d’Alqos,  dans  sa  famille  a  Karamlaiss,  fol.  137-141. 

(6)  Muniat  al  Udaba\  p.  137. 

(7)  Ibid.,  Appendice,  p.  260. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


383 


Dans  un  lectionnaire  de  1499  (1)  Pdglise  de  St-Gcorges  apparait 
a  cote  de  celle  de  St-Jacques  PIntercis. 

Quand  j’ai  visite  ces  eglises  en  1943,  Mar  Guorguls  avait  gardd  son 
aspect  ancien.  Elle  comptait  trois  ncfs,  celle  du  centre  dtant  plus  petite 
que  les  autres.  On  n’y  voyait  aucune  date.  Une  chaine  pour  attacher  les 
fous  se  trouvait  dans  la  nef  laterale  droite,  une  des  places  traditionnelles 
du  martyrion  (2).  Cette  vieille  dglise  a  dte  entierement  demolie  en  1955, 
et  la  grande  £glise  moderne,  hdias  de  type  latin,  qui  doit  la  remplacer, 
est  encore  en  construction.  Seule  la  chaine  du  martyrion  a  dte  gardee 
par  une  femme  du  village,  qui  espere  bien  la  remettre  en  place  dans  la 
nouvelle  eglise. 

A  Mar  Ya‘qub,  Pancienne  nef  laterale  gauche,  dddiee  a  Mar  Yo- 
hannan  (S.  Jean-Baptiste)  a  fait  place  a  une  dglise  neuve,  accolde  a  la 
vieille  Mar  Ya‘qub,  qui  a  gardd  la  plus  grande  partie  de  son  cachet 
antique.  Malheureusement  Pancien  baptistere  est  vide  et  une  porte  de 
communications  a  6t6  percde  (6  horreur!)  qui  donne  directement  sur 
le  sanctuaire.  Le  B.  Slota  a  et 6  transform^  en  chambre  et  baptistere  (!), 
Parcade  centrale  seule  etant  restde  ouverte  sur  une  sorte  d Hwan  dans 
lequel  un  autel  a  ete  construit  ( !)  pour  la  messe  en  dtd.  Helas,  qui  deplore 
cet  abandon  de  Pancienne  liturgie? 

Plusieurs  tableaux  anciens  que  j’y  avais  vus  en  1943  ont  disparu, 
emmends  a  Mossoul  pour  «restauration».  Parmi  eux  se  trouvait  un  ta¬ 
bleau  armdnien  reprdsentant  une  Yierge  assise  de  face,  encadrde  de 
deux  £veques. 

Hors  du  village,  au  nord-ouest,  des  ruines  d'une  petite  construc¬ 
tion  portent  le  nom  de  Mar  Sahdona.  On  n'y  fait  pas  de  pelerinage, 
pas  plus  qu’a  la  petite  coupole  des  Macchabdes  (Bnd  Smuni)  situde  vers 
le  sud,  dans  les  aires  (3).  Au  nord,  pres  du  chemin  d’Alqos,  a  peu 

(1)  B.M.,  cod.  Rich  7174,  Cat.  Rosen  Forsiiall,  n°  XXX. 

(2)  Sur  Pincubation  dans  le  martyrion,  cf.  Mossoul  chretienne,  p.  146-147. 

(3)  A  lire  un  Hevameron  de  1882  (cod.  Berlin  61)  on  croirait  que  Pell  Esqof 
avait  cinq  «£glises»  ou  «couvents»,  des  «SS.  Georges,  Jacques,  Apnimaran,  Sahdona 
et  Smuni  avec  ses  enfants...»  {Cat.  Sachau,  t.  I,  p.  216). 


384 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  distance  de  la  sortie  du  village,  se  trouve  le  Puits  des  solitaires, 
ou  il  y  aurait  eu  un  couvent  (?). 

Mais  la  ruine  la  plus  importante  est  celle  dite  du  couvent  d’Ap- 
nimaran,  a  Test  du  village,  dont  il  est  separe  par  un  petit  ruisseau. 
Les  decombres  sont  recouverts  par  le  cimetiere  du  village,  emigre  du 
tell,  si  bien  que  toutes  les  traces  sont  brouilUes.  Seul  un  pan  de  mur 
oriente  nord-sud  et  portant  des  vestiges  de  voute  du  cote  ouest,  c’est- 
a-dire  clu  cote  du  village,  est  dit  avoir  ete  le  mur  separant  Pautel  de 
l’eglise.  Gomme  il  n’y  a  pas  de  place  pour  l’eglise  entre  ce  mur  et  le 
ruisseau,  les  gens  disent  que  ce  dernier  a  change  de  place  et  grignote 
Peglise.  Un  puits  au  milieu  du  cimetiere  confirme  l’existence  en  ce  lieu 
d’une  communaute  de  vivants,  avant  que  le  terrain  ne  soit  devenu  la 
propriete  des  morts.  Ceux-ci  le  gardent  trop  jalousement  pour  que  des 
fouilles  puissent  etre  possibles.  Le  pelerinage  du  saint  a  lieu  le  lundi 
apres  le  Dimanche  apres  Paques,  le  jour  meme  ou  Batnaya  fete  Mar 
Awraha,  Dehok  Mar  ‘Awda,  Nasseriya  Mar  £Awdiso‘,  etc.,  bref  chacun 
son  moine  local,  ce  qui  ne  jette  aucune  lumiere  sur  leurs  identites. 

Une  note  de  Mgr  Addai  Scher  (1),  qui  signale  les  ruines  de  ce 
couvent  «pres  de  Tell  Zqipa,  village  a  5  heures  au  nord-ouest  de  Mos- 
soul»,  l’attribue  a  «Apnimaran,  superieur  du  couvent  de  Za£faran», 
avec  reference  au  Liber  Castitatis ,  n°  94.  En  fait,  tous  les  textes  que  j’ai 
pu  relever  relatifs  a  Apnimaran  le  Grand,  du  B.  Garmai,  ne  parlent  de 
lui  que  comme  fondateur  de  Dair  az  ZaTaran.  Nous  verrons  ces  textes 
quand  nous  parlerons  de  ce  couvent,  qui  est  bien  connu;  il  n’est  dit 
nulle  part  qu’il  ait  fonde  un  autre  couvent,  a  Tell  Esqof  ou  ailleurs. 

Il  y  eut  probablement  beaucoup  de  moines  de  ce  nom.  Le  maitre 
du  precedent  au  couvent  de  B.  £Aw 6  s’appelait  egalement  Apnimaran; 
Thomas  de  Marga  lui  donne  seulement  le  qualificatif  de  «de  sainte  me- 
moire»  (2).  Si  c’est  lui  (mais  comment  pourrait-on  le  prouver?)  qui 


(1)  Chr.  de  Seert ,  II,  p.  139,  n.  3. 

(2)  Bk.ll,  p.  121. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


385 


fonda  a  Tell  Esqof,  notre  couvent  daterait  de  la  premiere  moitid  du 
VIIe  siecle. 

Un  meilleur  candidat  pour  le  patronage  du  couvent  serait  peut- 
etre  ce  R.  Apnimaran  de  la  premiere  moitid  du  Xe  siecle,  qui  apparait 
dans  rhistoire  de  R.  Yusif  Busnaya  comme  contemporain  de  R.  Mu- 
sd  (1).  Comme  l’a  deja  remarqud  Chabot,  «la  montagne  de  Gidron»  ou 
cet  Apnimaran  avait  sa  cellule  ne  devait  pas  etre  loin  du  couvent  de 
R.  Hormizd,  puisque  les  freres  de  ce  couvent  venaient  souvent  se  reunir 
autour  de  lui.  II  y  a  en  effet  une  chaine  de  collines  paralleles  a  la  mon¬ 
tagne  au  pied  de  laquelle  se  trouve  Alqos,  et  qui  sdpare  ce  dernier  village 
de  Tell  Esqof.  Cette  chaine  est  appelde  actuellement  Kind.  II  n'y  a  pas 
d’objection  a  ce  que  Bar  Kaldun  ait  pu  Tappeler  montagne,  car  les 
auteurs  anciens  (et  les  Mossouliotes  modernes,  comme  tous  les  gens  des 
plaines)  appliquent  ce  nom  a  la  plus  legere  ondulation,  mais  on  n’a  pas 
de  preuve  que  le  nom  ancien  de  ce  plissement  ait  dtd  Gidron. 

Si  Apnimaran  de  Gidron  est  le  titulaire  du  couvent  de  Tell  Esqof, 
celui-ci  fut  fonde  au  milieu  du  Xe  siecle,  probablement  sur  la  tombe  de 
Rabban.  Cette  date  tardive  expliquerait  l’absence  du  couvent  et  de  son 
fondateur  des  textes  anciens.  En  fait,  nous  devons  avouer  notre  ignorance 
tant  sur  la  personne  du  fondateur  que  sur  fhistoire  du  couvent  (2), 
sauf  qu’Eduard  Sachau  vit  naguere,  «a  fdglise  de  Tell  Esqof»  une  ins¬ 
cription  provenant  de  ce  couvent,  d’apres  laquelle  le  couvent  avait  dte 
construit  (ce  qui  en  chaldeen  peut  vouloir  dire  «reconstruit»)  en  1403,  aux 
frais  des  habitants  de  Tell  Kaif(3).  Cette  inscription  a  disparu  depuis. 

Personne  n’a  jamais  fait  mention  d’un  couvent  de  religieuses  a  Tell 
Esqof.  Cependant  Rich  parle  de  religieuses,  sortes  de  «benoitcs»  vivant 
a  la  maison,  ici  et  a  Alq5s,  dans  la  premiere  moitid  du  XIXe  siecle  (4). 


(1)  Citd  p.  130  et  note  I  de  Chabot. 

(2)  Researches  (p.  65)  enjolive  peut-etre  un  peu  quand  il  dit  que  le  couvent 
etait  «celebre  dans  l’histoire  des  Chald£ens»! 

(3)  Reise  in  Syrien  und  Mesopotamia  (Leipzig  1893),  p.  361  (=  1092  ?). 

(4)  Residence ,  II,  p.  101. 


Rech.  23  —  2$ 


386 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Les  calligraphes  cle  Tell  Esqof  meriteraient  une  place  a  cote  des 
dynasties  fameuses  d’Alqos.  En  1558,  c’est  le  pretre  Sulaiman  qui  copie  un 
rituel  des  ordinations  (1);  en  1583,  le  chammas  Abraham,  fils  de  Bacba, 
ecrit  a  R.  Hormizd  un  exemplaire  du  Livre  de  la  bonne  conduite  (2) ; 
en  1688,  le  pretre  Abraham,  fils  de  Marisan  de  Tell  Esqof,  copie  a 
Piyoz  un  livre  des  Memr 6  du  moine  Mar  Yohannan  de  Mossoul  (3). 
Encore  un  autre  pretre  Abraham,  celui-ci  fils  de  Marbena,  est  hauteur 
de  trois  manuscrits  conserves  a  Notre-Dame  des  Moissons  et  dates 
respectivement  de  1793,  1794  et  1796  (4). 

Un  dernier  copiste  du  meme  village,  le  moine  Thomas,  fils  de  Nisan, 
moine  de  R.  Hormizd,  ecrit  le  Livre  des  splendeurs ,  de  Bar  Hebraeus, 
en  1819  (5). 

Cependant,  fait  curieux,  les  deux  manuscrits  destines  a  Tell  Esqof 
meme  ont  ete  ecrits  par  des  Grangers;  le  lectionnaire  deja  cite,  de  1499, 
est  1’ oeuvre  du  pretre  Ellya,  dit  ‘Ala’  ad  Din,  fils  de  Fahr  ad  Din,  sur- 
nomme  bar  Sephaya,  de  Mossoul  (6),  et  un  recueil  de  Regies  de  la 
confession ,  tirees  des  Synodes  des  Apotres,  est  ecrit  a  la  demande  du 
pretre  ‘Askar,  his  de  ‘Abdes,  de  Tell  Esqof,  par  ‘Awdis6‘  his  de  Hadaya 
de  Batnaya,  en  1702  (7).  La  meme  annee,  le  lectionnaire  de  1499  est 
restaure  pour  Teglise  de  St-Georges  a  Tell  Esqof,  dont  on  donne  uneliste 
de  hdeles  notoires. 


(1)  Cambridge,  Add.  1988,  Cat.  Wright,  p.  357. 

(2)  Bibliotheque  de  Kerkouk,  Cat.  Voste,  cod.  XL. 

(3)  Patr.  Chald.,  Cat.  Mgr  Bidawid,  cod.  6022. 

(4)  Cat.  Voste,  cod.  CLI  (Poeme  sur  la  grandeur  de  la  liturgie),  CLXXVII 
(Livre  de  la  lampe  brillante)  et  XLVI  (Explication  de  l’Apocalypse). 

(5)  Cod.  CCXCIV  de  N.-D.  des  Moissons,  Cat.  Voste.  Trois  autres  manuscrits 
du  XIXe  s.  a  Berlin  (cod.  215,  216,  352,  Cat.  Sachau). 

(6)  «Par  les  soins  du  presbytre  illustre,  du  pretre  chaste,  du  legiste  expert,  qui 
a  droit  au  souvenir  pour  son  soin  des  batiments  des  eglises,  le  pretre  Tssa,  fils  du  Bx. 
d^funt  le  chef  Hassan,  dont  la  sollicitude  etait  grande  a  edifier  des  eglises,  a  faire  ecrire 
des  livres  et  a  enseigner  aux  eleves.» 

(7)  Vat.  Syr.,  cod.  505;  cf.  Voste,  Mss.  syr.  recemment  acquis  par  la  Bibl.  Vat., 
Angelicum ,  VI/1929,  p.  43-44  et  La  confession  chez  les  Nestoriens,  ibid.,  VII/1930,  p.  17-26. 


LES  VILLAGES  CIIALDEENS  DE  NINIVE 


387 


Tell  Esqof  ne  peut  rivaliser  avec  Alqos,  ni  meme  avec  Tell  Kaif, 
pour  ses  poetes.  Cependant  le  chammas  Tsona  est  hauteur  de  plusieurs 
pieces,  notamment  d’une  complainte  contre  les  ivrognes,  datde  de  1 9 1 3  ( 1 ) 
ou  il  s'attaque  a  un  vice  qui,  hdlas,  n’est  pas  propre  a  ce  village. 

5.  —  Alqos 

Le  plus  septentrional  de  la  chaine  des  villages  chalddens  que  nous 
dtudions,  Alqos,  bourg  d’environ  5.500  ames,  est  situd  au  pied  de  la 
montagne,  a  40  kilometres  a  vol  d’oiseau  au  nord  de  Mossoul.  Ici  le 
pantalon  montagnard  kurde  supplante  le  zebun  de  la  plaine,  et  la  pierre 
remplace  la  terre  sdchde  dans  la  construction  des  maisons  et  des 
homines  (2). 

D’apres  la  tradition  locale  (3),  le  nom  du  village  serait  celui,  a  peine 
ddformd,  de  son  fondateur,  un  juif  nommd  Alqon,  qui  y  fut  ddportd  par 
les  Assyriens.  Des  le  temps  du  prophete  Nahum  cependant,  le  nom  avait 
ddja  evolud  en  Alqos;  il  n’a  pas  changd  depuis.  D’autres  tentent  d'in- 
terprdter  le  vocable  par  l’assyrien,  «E1  qusti»,  Dieu  est  mon  arc  (4),  ou 
par  l’hdbreu,  dans  le  meme  sens  (5).  La  discussion  reste  ouverte  (6). 

On  dit  couramment  qu’Alqos  est  «Tun  des  plus  anciens  villages 
chrdtiens  du  nord  de  ITraq,  puisqu’on  le  cite  ddja  dans  la  premiere 
moitie  du  IVe  siecle,  dans  la  vie  de  Mar  Mlha,  disciple  de  Mar  Awgin». 
Mais  justement,  toute  la  question  est  de  savoir  quelle  valeur  on  peut 
donner  a  la  ldgende  de  ce  saint  (7). 


(1)  Collection  de  complaintes ,  cahier  I,  rdunies  par  le  P.  Rh£tor£,  k  la  bibliothdque 
des  Dominicains  de  Mossoul,  fonds  Mar  Yaqo. 

(2)  M.  G.  ‘Awwad  signale  une  bonne  vue  du  village  dans  Olmstead,  History  of 
Assyria,  face  a  la  p.  642. 

(3)  Recueillie  par  Mgr  S.  Sayegh,  Machriq,  cit.  et  Researches,  p.  45-48. 

(4)  Sumer,  p.  252. 

(5)  Dictionnaire  de  la  Bible,  du  Dr  G.  Post,  cit£  dans  Sumer. 

(6)  M.  G.  ‘Awwad  £carte  avec  raison  Interpretation  par  le  turc  «oiseau  rouge» 
car  le  nom  existait  avant  la  p^riode  turcomane. 

(7)  AMS,  III,  410  (et  introduction,  p.  vi,  n°  2)  et  Suhada\  II,  184. 


388 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


En  fait,  le  texte  est  Tun  des  plus  plats  que  nous  possedions,  pur 
ramassis  de  cliches  passe-partout,  image  d’Epinal  du  moine  «primitif» 
type,  massivement  arrime  aux  geants  traditionnels  du  monachisme,  mais 
qui  n’a  pour  lui-meme  aucun  trait  ferme.  Si  la  Place  St-Sulpice  faisait 
une  statue  en  platre  du  «moine  mesopotamien»,  on  ne  saurait  quel 
attribut  ajouter  a  Mlha  pour  le  distingucr  des  autres.  Vraiment,  le  sa- 
cristain,  au  plus  tot  du  XI Ve  siecle  (1)  qui  redigea  ce  factum  manquait 
totaleinent  d’imagination.  II  faut  dire  a  sa  decharge  que  la  matiere 
«historique»  sur  laquelle  il  avait  a  travailler  etait  bien  pietre,  tout  au 
plus  un  nom  dans  les  listes,  liberalement  revues  et  augmentees,  des  pre- 
tendus  disciples  de  Mar  Awgin.  Rendons-lui  done  justice:  a  travers  tous 
les  poncifs  accumules,  le  sacristain  nous  a  rendu  Mar  Mlha  de  Nuhadra 
tel  qu’il  Pavait  re^u:  un  nom  sans  figure  (2). 

D’ailleurs,  pourquoi  tant  se  preoccuper  de  Mlha,  puisque  Alqos  avait 
6t6  evangelise  avant  son  temps?  Sa  legende  elle-meme  ne  dit-elle  pas 
qu’il  reunit  les  pretres  et  le  peuple  du  village?  S’il  y  avait  des  pretres, 
il  y  avait  au  moins  une  eglise,  dit  justement  un  historien  moderne  d’ Al¬ 
qos  (3).  Et  les  deductions  continuent:  cette  eglise  ne  peut  etre  que  celle 
de  St-Georges,  puisque  la  tradition  n’en  mentionne  pas  d’autres.  En 
effet,  dit-on,  «lors  de  la  demolition  qui  preceda  la  derniere  restauration 
de  Peglise,  en  1906,  on  trouva  au-dessus  de  la  porte  de  Pautel  une 
inscription  chaldeenne  difficile  a  lire  a  cause  de  l’anciennete  de  l’ecri- 
ture:  Reliques  de  S.  Georges,  le  martyr.  Puis  apres  differentes  couches 
protectrices,  on  trouva  dans  la  magonnerie  deux  pierres  superposees, 
sculpt^es  a  Pexterieur  de  deux  croix.  Quand  on  les  separa  on  v  vit  des 
traces  d’eclaboussures  de  sang,..»  Et  hauteur  de  conclure:  «Si  ces  pierres 

(1)  Mgr  A.  Scher  a  deja  remarque  (Kaldu  wa  Atur,  II,  p.  37)  que,  d'apres  la 
legende  elle-meme  (AMS,  III,  p.  510-513),  elle  fut  ecrite  par  ordre  du  patriarche 
Sim‘un.  Or  les  patriarchies  de  ce  nom  ont  commence  a  sieger  au  XlVe  s.  Le  meme 
savant  auteur  (Aid.,  p.  38)  souligne  1’identite  parfaite  de  cette  legende  avec  celle, 
jacobite,  de  Benjamin,  sauf  pour  le  nom  du  couvent  fonde. 

(2)  Sa  fete  se  ctdebre  le  ler  novembre. 

(3)  L’abb6  G.  HannIna,  dans  an  JVagm,  1932,  p.  258-262. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NIN1VE 


389 


sont  authentiques,  elles  nous  font  remonter  au  temps  du  martyre  de 
S.  Georges,  vers  290. » 

Comme  les  pierres  ont  dte  a  nouveau  scelldes  dans  la  construction, 
a  droite  de  la  porte  de  Pautel  majeur,  il  est  impossible  de  verifier  le  fait. 
S’il  etait  dtabli  qu’il  v  a  vraiment  des  traces  de  sang  humain  sur  les 
pierres,  beaucoup  de  questions  se  poseraient  encore,  lides  a  1’ historicity 
de  S.  Georges,  sur  laquelle,  si  je  ne  me  trompe,  les  papes  eux-memes  sont 
plutot  reserves.  Bref,  pour  ce  qui  est  d’Alqos,  on  se  trouve  en  face  d’un 
faisceau  de  traditions  qui  tendent  a  prouver  1’antiquitd  de  l’dtablissement 
du  christianisme  dans  la  place,  mais  sont  individuellement  invdrifiables. 

Alqos  dmerge  des  brumes  de  la  ldgende  pour  prendre  sa  place  his- 
torique  de  bastion  de  l’orthodoxie  syrienne  orientale  au  VIIe  siecle,  ou 
il  appuie  de  toutes  ses  forces  la  fondation  du  couvent  de  R.  Hormizd, 
et  oil,  Tun  soutenant  l’autre,  le  village  et  le  saint  opposent  une  digue 
solide  au  ddferlement  de  la  vague  anti-ncstorienne. 

Parmi  les  noms  auxquels  se  rattachent  des  escarmouches  de  cette 
pdriode,  deux  seulement  peuvent  etre  identifies,  celui  du  monastere 
maudit  de  BezqIn  (1),  dont  un  jardin  d’Alqos  a  gardd  le  nom,  et  celui 
de  l’ecole  jacobite  de  B.  Bani,  deja  menlionnd,  et  qui  est  a  placer  au 
village  actuellement  yezidi  de  Baiban,  a  six  kilometres  au  sud-est  d’Al¬ 
qos.  Disparus  par  contre  les  villages  de  Kezyon  et  de  Harwa  (2),  dont 
les  habitants  aiderent  au  pillage  du  couvent  infame  de  BezqIn,  ddtruit 
par  un  tremblement  de  terre,  aux  prieres  de  R.  Hormizd.  Perdu  aussi 
le  village  d’ARSAM,  dont  le  gouverneur  de  Mossoul  chassa  les  habitants 
herdtiques  pour  les  remplacer  par  des  croyants  de  la  rdgion  du  Hazir. 
Ce  petit  ddtail  semble  bien  authentique  et  Concorde  avcc  ce  que  Ton 
sait  de  la  situation  prdcaire  des  Nestoriens  de  ce  dernier  district  a  la 
meme  dpoque.  I/eveque  ‘AwdIso‘  de  Ba  Nuhadra  viendra  consacrer 
l’dglise  nestorienne  du  village  recupere  (3). 


(1)  Hist,  of  R.  Hormizd  (Budge,  1902),  t.  II,  I,  p.  80  et  1 14;  Bk.  I,  p.  clxi  a  clxiii. 

(2)  Hist,  of  R.  Hormizd ,  t.  II,  I,  p.  114. 

(3)  Ibid.,  p.  80  et  114. 


390 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


On  aura  remarque  la  similitude  de  noms  entre  ce  village  et  le  siege 
du  fameux  propagandiste  et  polemiste  monophysite,  E eveque  5im‘un  de 
B.  Arsam,  dont  l’eveche  est  habituellement  localise  sur  le  Tigre,  pres 
de  Seleucie  (1). 

Desormais,  l’histoire  du  village  sera  intimement  liee  a  celle  du  cou- 
vent  de  R.  Hormizd;  ils  partageront  Phonneur  d’etre  le  lieu  de  residence 
des  patriarches  nestoriens  de  1551  a  1804  (2).  L’un  d’eux,  Elie  XII 
Denha,  mourra  de  la  peste  qui  ravagea  le  village  en  1778. 

Certains  habitants  d’Alqos  semblent  avoir  suivi  Sulaqa  dans  sa 
conversion  au  catholicisme,  au  milieu  du  XVIe  siecle.  Le  pretre  poete 
Israel  l’Aine  se  convertit  en  1611.  En  1729,  on  voit  des  Alqochiens 
signer  la  delegation  d’un  procureur  qui  rcpresentera  les  interets  de 
Joseph  III  et  des  «chaldeens  orthodoxes»  aupres  dela  Sublime  Porte  (3). 
En  fin  1767,  Alq5s  comptait  500  families,  dont  au  moins  100  families 
catholiques  (4). 

Alq5s  fut-il  siege  episcopal  a  une  certaine  epoque?  Si  la  restitution 
proposee  par  le  P.  Samuel  Giarnil  a  la  liste  de  ‘Awdis6‘  IV  Marun  (5) 
est  exacte,  le  village,  ainsi  que  Tell  Kaif  et  Karamlaiss,  aurait  eu  un 
eveque  en  1562.  Or,  Eon  remarque  qu’il  y  avait  a  1a.  meme  date  un 
autre  patriarche,  Elie  VI,  de  la  premiere  serie,  qui  habitait  a  R. 
Elormizd,  alors  que  ‘Awdisoc  Marun,  qui  residait  a  Seert,  est  le  premier 


(1)  B.O.,  II,  p.  409;  al  Lu’lu’,  2e  eel.,  p.  312;  Le  CL,  O.C.,  II,  col.  1573-1576; 
etc.  —  Sim‘un  devint  eveque  vers  503.  Cf.  Jean  d’Asie,  Lives  of  the  Eastern  Saints, 
P.O.,  t.  XVII,  p.  138  s. ;  voir  aussi  DHGE,  X  1 1 1/ 1 935,  col.  1228,  s.v.  Beth  Arsam ,  par 
G.  Lf.venq. 

(2)  Cf.  liste  de  S.E.  le  Card.  Tisserant  ( DTC ,  art.  Nestorienne ,  Eglise)  mise  en 
tableau  par  Mgr  Hindo,  Primats  cT Orient,  cit.  p.  123-125.  —  Une  etude  inedite  du 
chammas  ‘Aziz  Potros  intitulee  Histoire  des  dioceses  chaldeens  (ms.  chez  M.  G.  ‘Ayvwad, 
cf.  Researches,  p.  47,  n.  24)  donne  comme  dates  extremes  1504  et  1778. 

(3)  Gen.  Rcl.,  p.  345-346.  —  Le  P.  Giamil  ecrit  tantot  Alcusc,  tantot  Alkusc. 

(4)  Lettres  de  Mgr  Emmanuel  Ballyet  du  27  decembre  1767,  dans  A  Chronicle 
of  the  Carmelites  in  Persia,  cit.  vol.  II,  p.  1262. 

(5)  Le  texte  porte  «Askus»  {Gen.  Rel.,  p.  64). 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


391 


de  cette  malheureuse  serie  des  successeurs  de  Sulaqa  qui  retournerent 
au  schisme.  Essaya-t-il,  lors  du  sdjour  qu'il  fit  a  Mossoul  cette  annee- 
la  (1),  d’organiser  une  hierarchie  qui  lui  donnerait  des  chances  vis-a-vis 
de  son  rival  de  R.  Hormizd,  et  plus  de  poids  pour  s’assurer  falliance  de 
Rome?  II  faudrait  savoir  en  detail  a  quelle  alldgeance  s’etaient  rallies 
les  villages  chalddens  pour  pouvoir  rdpondre  a  la  question.  De  toutes 
fagons  cette  hierarchie  semble  avoir  ete  ephdmere.  On  remarquera  qu’en 
1610  (2),  quand  Elie  VIII,  patriarche  de  R.  Hormizd,  donne  la  liste 
de  ses  dioceses  et  egalement  des  dioceses  de  son  collegue,  Simon  X  de 
Qudsanes,  nos  trois  dioceses  ne  figurent  ni  dans  Tune  ni  dans  l’autre  liste. 
II  semble  qu’a  ce  moment  la  division  territoriale  entre  les  deux  rivaux 
ait  eu  des  limites  a  peu  pres  fixes.  Elie  declare  avoir  sous  sa  juridiction 
le  pays  allant  «d,Amed  a  l’Assyrie,  la  Babylonie  et  Basrah»,  et  gouverner 
jusqu'a  Erbil,  le  Hakkari  et  la  Perse.  Quant  a  5im‘un,  sa  diete  va  de  la 
Perse  a  Gulamerk,  de  Seert  a  Amed.  Les  dicasteres  romains  appellent 
les  filie  «patriarches  de  Babylone»  et  les  Simon  «patriarches  des  Assy- 
riens  Orientaux»  (3). 

Faire  la  chronique  de  la  vie  d’Alqos  serait  aussi  rapporter  les  in- 
nombrables  pillages  dont  le  village  fut  la  victime.  Le  souvenir  de  quel- 
ques-uns,  ceux  des  siecles  recents,  a  6t6  garde,  surtout  dans  les  com- 
plaintes  et  les  colophons  de  manuscrits.  En  1508,  le  «Mongol  Bar  Yak, 
roi  de  Babylone»  f Bagdad),  e’est-a-dire  en  fait  Murad,  his  de  Ya‘qub, 
dernier  souverain  turcoman  du  Mouton  Blanc,  vint  attaquer  Mossoul. 
La  ville,  defendue  par  Bastam  ibn  Dugar,  lui  ayant  resiste,  fenvahisseur 
se  tourna  vers  la  campagne.  De  B.  Handwaye  ou  il  campe,  il  envoie  500 
cavaliers  contre  Alqos,  qui  rdsiste  dgalemcnt.  Alors  Pennemi  revient  en 
force.  Les  gens  du  village  se  refugient  au  couvent  de  R.  Hormizd,  qui 
est  bientot  pris  d’assaut.  Le  couvcnt  est  pilld  et  les  femmes  ddpouilldes; 
un  gargon  et  deux  jeunes  filles  sont  emmends  en  captivitd.  Il  y  avait  alors 


(1)  Il  mentionne  Mossoul  comme  siege  de  son  patriarcat. 

(2)  Gen.  Rel. ,  p.  110-114. 

(3)  Card.  Tisserant,  art.  Nestorienne  ( Eglise ),  cit.,  col.  231. 


392 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


a  Alqos  vingt-quatre  pretres  «erudits»,  dont  le  plus  jeune  etait  Gabriel, 
fils  du  pretre  Husaba,  qui  raconte  la  chose  dans  le  colophon  d’un  War  da 
de  Eeglise  de  Mar  Iso‘yaw  a  Mossoul,  ecrit  a  Alqos  en  1509  (1). 

En  1740,  c’est  Bahram  Pacha  Bahdinan  de  ‘Amadia  qui  ravage  la 
contree  (2) ;  trois  ans  plus  tard,  Alqos  subit  le  meme  sort  que  les  villages 
voisins,  aux  mains  des  soudards  de  Nadir  Sah.  Comme  le  dit  le  chammas 
de  Qaraqos:  «Ils  pillerent  Alqos,  mais  la  plupart  des  habitants  s’etaient 
enfuis  et  refugies  dans  la  montagne,  au  couvent  de  R.  Hormizd.  Les 
Persans  les  atteignirent,  fondirent  sur  eux  comme  des  loups  sur  les 
agneaux,  comme  des  faucons  sur  les  passereaux;  ils  tuerent  les  uns, 
emmenerent  les  autres  en  captivite  et  leur  firent  subir  toutes  sortes 
d’outrages  qu’on  ne  saurait  exposer  et  raconter»  (3). 

Dans  la  premiere  moitie  du  XIXe  siecle,  trois  fleaux  s’abattirent 
successivement  sur  le  village.  Ce  fut  d’abord  la  famine,  puis,  en  fevrier 
1828,  eut  lieu  la  peste  d’Alqos,  dont  le  souvenir  est  perpetue  par  une 
complainte  du  pretre  Isra’il  le  Jeune  (4).  On  compta  700  morts,  dont 
27  pretres  et  17  chammas.  En  1832,  Muhammad  Pacha  de  Rawanduz, 
dir  Mir  Kor,  le  prince  borgne,  s’approcha  du  village.  A  Htara,  le  9  mars, 
il  avait  tue  un  homme  et  enleve  plusieurs  femmes,  mais  les  augures  d’Al¬ 
qos  ne  voulurent  pas  croire  au  danger  et  persuaderent  aux  habitants  de 
ne  pas  fuir.  Le  15  mars,  le  village  etait  cerne.  367  personnes,  d’apres  la 
complainte  du  pretre  Damianos,  de  Rabban  Hormizd  (5),  ou  272, 


(1)  Publie  par  Mgr  A.  Scher,  J.A.,  XV/1910,  p.  120-123. 

(2)  Pontifical  des  ordinations,  de  1568,  cod.  341  de  la  Bibliotheque  Patriarcale 
Chaldeenne  (Cat.  Mgr  Bidawid).  Ge  livre  fut  trois  fois  vole  et  rachete.  Cf.  An  Nagm, 
X,  p.  3-4.  Le  copiste  est  le  fameux  pretre  ‘Ataya  de  Gazarta,  originaire  d’Alqos  ( Nagm , 
X,  p.  175,  n.  I). 

(3)  D’apres  le  colophon  de  1756  du  chammas  de  QaraqSs,  publie  en  fran^ais 
par  Pognon  sous  le  titre  de  Chronique  Syriaque  relative  au  siege  de  Mossoul  par  les  Persans , 
en  1743 ,  in  Florilege  Melchior  de  Vogue ,  Paris,  Impr.  Nat.,  1909,  p.  488-503. 

(4)  Dans  Complaintes  Someth ,  ms.  cahier  I  (1913),  de  Mar  Yaqo,  n°  V,  p.  40- 
63. 

(5)  En  chaldeen,  vers  1855,  dans  cod.  Berlin  121  (Cat.  Sachau,  I,  p.  418)  et 
dans  Complaintes  someth ,  ms.  cit.,  cahier  II,  n°  VI,  p.  79-88.  Une  traduction  arabe  de 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


393 


d’apres  un  colophon  ajoutd  a  un  volume  de  la  Bibliotheque  Patriar- 
cale  (1 ),  furent  tuees.  Sept  pretres  pdrirent,  dont  l’eveque  Mar  Hnaniso* 1 2 3 4, 
vicaire  du  siege  patriarcal,  assassind  dans  h  eglise  pendant  roffice,  et  le 
P.  Gabriel  Dambo,  superieur  des  moines,  assassind  dans  la  montagne. 
Quelques  jours  plus  tard  les  Kurdes  revinrent  et,  en  emprisonnant  les 
gens  dans  l’^glise,  en  les  frappant  et  en  les  menagant,  leur  extorquerent 
ce  qui  avait  echappd  au  premier  pillage  (2). 

En  1842  encore,  IsmaTl  Bek,  prince  de  ‘Amadla,  pilla  le  village  et 
profana  son  eglise.  Le  dernier  malheur  qui  se  soit  abattu  sur  la  bourgade 
semble  etre  la  famine  de  «fannde  de  la  lire»,  c’est-a-dire  1879.  D’apres 
une  complainte  due  au  pretre  Ishaq  Gaddo  d'Alqos  (3),  les  douze 
pretres  que  comptait  le  village  a  ce  moment-la  ne  suflisaient  pas  a 
donner  l’extreme  onction  aux  mourants. 

Mais  l’histoire  d’Alqos  n’est  pas  toute  entiere  en  catastrophes.  II 
faudrait  passer  en  revue  les  fils  dminents  de  ce  village,  et  ils  sont  ldgion, 
qui  ont  servi  avec  lustre  Y  Eglise  Orientale  (4).  Parmi  eux,  les  copistes 
ont  certainement  la  premiere  place,  si  bien  que  le  P.  Yoste  n'hdsite  pas 
a  appeler  Alqos  «l’Imprimerie  Nationale  de  la  nation  chaldeenne».  Les 
calligraphes  les  plus  connus  appartiennent  a  la  famille  Homo,  qui  forme 


ce  poeme,  par  Jeremie  Samir  de  Mossoul  (1882)  figure  dans  le  cod.  122  de  Berlin, 
fol.  19  b.  (Cat.  Saciiau,  I,  p.  421).  Le  meme  sujet  a  dtd  ^galement  traits  en  soureth 
par  le  chammas  Thomas  Sin6ari  de  Tell  Kaif  (cod.  Berlin  121,  fol.  45  a-49  b;  Cat. 
Sachau,  I,  p.  419). 

(1)  «Prieres  du  matin  et  du  soir»,  de  1813,  cod.  3619  du  Patriarcat,  Cat.  Mgr 
Bidawid.  —  La  permission  de  queter  pour  le  couvent,  octroyde  aux  Chalddcns  de  Rome 
par  le  cardinal  Odescalchi,  le  9  janvier  1837  ( Archives  de  la  Mission  Dominicaine  de 
Mossoul ),  mentionne  « 1 70  personnes  des  families  les  plus  distingudes». 

(2)  Une  complainte  moderne  en  soureth  a  encore  dtd  composde,  au  ddbut  de 
ce  siecle,  par  le  pr.  Yusif  ‘Abaya.  Elle  est  conservde  notamment  dans  un  ms.  du 
chammas  Mattlka  Haddad  d’Alqos,  ecrit  en  1958. 

(3)  Dans  un  recueil  de  sa  main,  datd  de  1899,  conservd  dans  la  famille  de  ce 
pretre  a  Karamlaiss. 

(4)  Le  dernier  en  date  serait  l'actuel  patriarche  chaldden  de  Babylone,  S.B. 
Mgr  Paul  II  Cheikho,  glorieusement  regnant. 


394 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


une  dynastie  de  pretres  et  de  chammas  (1)  ou  les  talents  du  scribe  se 
transmettent  de  pere  en  fils  pendant  le  XVIIIe  et  le  XIXe  siecle.  Leurs 
oeuvres  out  rendu  fameux  le  nom  de  leur  village  dans  le  monde  entier. 
Leur  digne  successeur,  le  dernier  dcs  grands  copistes  d’Alqos,  est  encore 
en  vie;  c’est  le  venerable  diacre  Paulos  Oasa  qui,  avant  finvention  du 
prosaique  microfilm,  a  fourni  a  f erudition  orientaliste  tant  de  copies 
inestimables. 

En  poesie,  chaldeenne  et  soureth,  on  a  pu  parler  de  l’Ecole  d’Al¬ 
qos  (2).  Le  choryphee  en  est  le  pretre  Isra’il  1’Aine.  Ne  en  1541,  il 
avait  70  ans  quand  il  se  convertit  au  catholicisme,  en  1611  (3).  Apres 
lui  vient  son  neveu,  le  pretre  Guorguis  (4),  puis  les  pretres  Joseph  et 
Yalda.  Au  milieu  du  XYIIe  siecle,  on  peut  leur  adjoindre  le  pretre 
Isra’il  le  Jeune,  dont  on  a  deja  vu  les  oeuvres. 

Ajoutons  encore  un  etrange  personnage  (5),  le  chammas  Thomas 
Marqos  Maqdassi,  d’Alqos,  ancien  eleve  de  la  Propagande  a  partir  de 
1801,  puis  procureur  laic  des  Chaldeens  a  Rome;  les  pretres  de  Tell 
Kaif,  Tell  Esqof  et  Alq5s  en  1815,  puis  lc  P.  Gabriel  Dambo,  en  1823, 


(1)  Cette  famille  meriterait  une  etude  speciale.  On  en  trouvera  des  elements 
dans  les  tables  des  catalogues  du  P.  Voste,  notamment  celui  de  «N.-D.  des  Semences»> 

A-  V  V 

Angelicum,  1929,  table  p.  138,  s.v.  Homo.  L’un  d’eux,  Elie,  fils  de  Gum‘a,  fils  de  Sa‘y a, 
fils  du  pr.  Homo,  fils  du  pr.  Hanna,  fils  du  pr.  Homo,  fils  du  pr.  Daniel,  commen^a 
a  l’age  de  13  ans.  Ses  «legendes  et  vies  des  saints»,  ecrites  en  1869,  sont  actuellement 
a  la  B.N.  de  Paris  (cod.  309,  cf.  Notices ,  ROC ,  VI/1911,  p.  271-323,  par  F.  Nau). 

(2)  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  334-335,  359. 

(3)  Qiiatre  de  ses  complaintes  sont  gardees  dans  un  «recueil  de  complaintes», 
ms.  de  Mar  Yaqo,  du  au  calame  du  ch.  ‘Awdlsof  fils  cFElIsaf  fils  de  ‘Awdlsof  de  Mar 
Yaq6,  en  1879,  a  la  demande  du  P.  Louis  (Roulland),  o.p.  —  Dans  la  2e  piece,  une 
exhortation  morale  de  63  strophes  et  378  vers  (p.  266-284),  datee  de  1611  (st.  63)  il 
dit  qu’il  vecut  70  ans  dans  le  peche  (st.  26).  la  strophe  51  il  dit:  «Telle  est  la  croyance 
de  notre  religion  a  nous,  Orientaux,  la  religion  que  nous  avons  re^ue  veritable  de  ces 
premiers  apotres,  et  de  cette  religion  la  grace  est  descendue.  Les  Nestoriens  Font 
changee,  mais  nous  nous  l’avons  pas  changee.» 

(4)  f  1700,  cf.  Qardahi,  Thesaurus ,  p.  130-135,  et  Hist,  de  Mossoul,  II,  p.  159. 

(5)  Etudie  par  S.E.  Mgr  Stephane  Bello  dans  An  Nagm,  X/1938,  p.  294- 
296  et  319-320. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


395 


demanderent  son  sacre  Episcopal  pour  Alqds,  afm  de  contrebalancer 
l’autoritd  abusive  du  mdtropolite  dc  Mossoul,  Jean  Hormizd.  En  fait,  la 
guerre  turco-persane  empecha  le  chammas  de  rentrer  en  son  pays  pour 
y  etre  ordonne  pretre,  en  1818,  et  il  retourna  a  Rome  ou  il  semble  avoir 
termine  sa  vie,  toujours  simple  chammas,  apres  1839. 

Plus  pres  de  nous  il  faut  citer  un  des  nombreux  mcmbres  illustres 
de  la  famille  Audo,  Mgr  Thomas  Audo  (1855-1915),  archeveque  d’Ur- 
mi  et  auteur  du  grand  Dictionnaire  de  la  langue  chaldeenne  en  deux  volumes, 
entierement  en  chaldeen  (1). 

Eg  Uses  d'  Alqos 

Les  noms  des  deux  eglises  anciennes  du  village  ont  deja  ete  men- 
tionnes.  Leur  histoire  a  etd  retrace  par  M.  Fabbd  G.  Hannlna;  nous 
n’avons  qu’a  le  suivre. 

L’eglise  de  Mar  Gu5rguIs  serait  la  plus  ancienne.  Elle  se  compo- 
sait  jadis  de  trois  nefs  et  d’un  baptistere.  Une  de  ses  restaurations,  au 
dire  d’une  inscription  conserve  dans  le  B.  Gazza,  date  de  1681.  La 
construction  actuelle  remonte  a  1906. 

Mar  Miha  aurait  6t6  fondde  a  la  fin  du  IVe  siecle.  Le  batiment 
ancien  comptait  trois  nefs.  Une  inscription  situee  au-dessus  de  la  porte 
du  maitre-autel  attribuait  sa  «construction»  au  patriarche  Yahwalaha, 
soit  probablement  Yahwalaha  V  (1578-1581),  de  la  deuxieme  serie 
catholique. 

C’est  dans  cette  dglise  que  se  refugia  le  P.  Gabriel  Dambo  avant 
son  assassinat  (1832).  Son  corps  y  rcposa  pendant  douze  ans,  avant  sa 
translation  au  couvent  de  R.  Hormizd. 

Le  batiment  actuel  date  de  1876.  Une  inscription,  a  droite  de  la 
porte  de  Pautel,  marque  la  place  des  reliqucs  du  titulaire,  contenues 
dans  une  grande  jarre  scellee  dans  la  ma^onnerie.  De  V autre  cotd  de  la 
porte,  une  seconde  inscription  signale  la  presence  dans  le  pilier  gauche 

(1)  Impr.  des  Dominicains,  Mossoul  1897.  —  Vie  de  l’auteur,  cf.  Tfinkdji, 
p.  49. 


396 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


des  reliques  du  prophete  Nahum  l’Alqochien,  dont  nous  parlerons  bien- 
tot.  Ges  reliques  guerisscnt  les  petits  enfants  de  la  toux. 

Une  troisieme  eglise  est  dediee  a  la  Ste  Vierge.  D’apres  l’inscription 
qui  entoure  la  porte  de  l’autel,  elle  fut  bade  pour  la  premiere  fois  en 
1806,  demolie  en  1854  et  reconstruite.  Cette  reconstruction  meme  ne 
dura  pas,  car  la  hauteur  etait  disproportionnee  a  la  solidite  des  fon- 
dations.  On  la  remplaga,  en  1930,  par  un  batiment  de  dimensions  plus 
modestes. 

Mar  Qardag,  le  prince  martyr,  a  aussi  a  Alq5s  un  sanctuaire, 
construit  en  1936.  Depuis  1934  le  saint  etait  apparu  a  plusieurs  personnes 
du  village,  leur  demandant  de  batir  une  chapelle  en  son  nom.  Par  son 
intercession  fut  enrayee  Tepidemie  de  rougeole  qui  enlevait  les  petits 
enfants,  et  de  nombreuses  guerisons  miraculeuses  furent  signalees,  surtout 
dans  les  premiers  temps.  On  n’en  cornpta  pas  moins  de  quatre  dans  le 
seul  mois  de  fevrier  1937.  Le  pelerinage  solennel  du  saint  a  lieu  le  dernier 
vendredi  d’ete,  mais  le  sanctuaire  est  tres  frequente  par  les  malades  de 
toutes  sortes  et  enrichi  de  leurs  ex-votos. 

Plusieurs  petites  chapelles  votives  entourent  le  village:  Mar  Zaddiqa, 
pres  de  bureaux  de  Padministration  locale;  Mar  Sim‘un  (S.  Pierre)  dans 
le  cimetiere  des  etrangers;  Mar  Yusif,  dans  le  cimetiere  des  enfants,  sur 
une  colline  au  nord-ouest  du  village;  Mart  Smuni,  sur  le  versant  nord, 
dont  le  pelerinage  est  ici  le  premier  mardi  de  mai;  Mar  Yohannan  (S. 
Jean-Baptiste),  au  sud  du  village;  et  enhn  Mar  Sahdona,  pres  de  la 
Grotte  de  1’eau  (Guppa  d’maya). 

Mais  tous  ces  sanctuaires  n’egalent  pas  en  cdebrite  le  tombeau 
du  prophete  Nahum,  oil  jadis  les  Juifs  venaient  en  pelerinage,  meme 
de  l’exterieur  de  l’lraq,  cinquante  jours  apres  leur  Paque.  Avant  de 
l’etudier,  remarquons  que,  selon  la  tradition  (1),  le  prophete  n’est 
pas  seul  dans  son  tombeau.  II  y  est  en  compagnie  de  sa  soeur  Sarah,  une 
des  nombreuses  Sarah  accolees  aux  saints  qui,  pour  completer  leur 
legende,  ont  besoin  d’une  socur. 


(1)  Recueillie  par  exemple  par  Cuinet,  Turquie  d'Asie ,  II,  829. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


397 


Deux  problemes  differents  se  posent  a  propos  de  Nahum.  D’abord, 
le  village  d’Alqos  dont  il  est  originaire  (Nall.  1.1)  est-il  le  notre?  Ensuite, 
Nahum  est-il  aussi  enterrd  ici  (1)? 

A  la  premiere  question  il  est  difficile  de  repondre.  Les  ex^getes  se 
partagent  en  quatre  opinions.  Les  uns,  a  la  suite  de  S.  Jdrome  (2),  pla- 
cent  Elcesi  en  Galilee.  C’est,  dit  S.  Jdrome,  «un  petit  village,  fournissant 
a  peine  quelques  ruines  d’ancicns  edifices,  mais  quand  meme  connu  des 
Juifs;  mon  guide  me  l’a  montrG»  C’est  l’actuel  el  Kozah,  pres  d’el 
Rameh. 

D’autres  ex^getes  penchent  plutot  pour  Qessiyeh,  au  sud-est  de 
Bait  Djibrin,  egalement  en  Palestine  (3).  Un  troisieme  groupe:  Hitzig, 
Knobel,  suivis  par  nombres  d’exegetes  protestants  (4),  traduisent 
Capharnahum  par  Kafar  Nahum,  le  village  de  Nahum,  dont  l’ancien 
nom  aurait  6  Alqos...  (?) 

Un  quatrieme  groupe  enfin,  Knabenbauer,  Layard,  Budge,  et  la 
plupart  des  assyriologues  modernes,  ne  voient  pas  d’objection  a  admettre 
que  l’Alqos  de  la  Bible  puisse  etre  le  notre.  Cette  these  a  ete  rdsumee 
par  M.  G.  ‘Awwad  dans  un  article  du  Nagm  (5). 

De  quand  date  Identification  ?  Le  Dictionnaire  de  la  Bible  la  fait 
remonter  au  XVIe  siecle.  C’est  peu  dire,  puisque  le  Rabbin  Benjamin 
de  Tudele,  qui  visita  Mossoul  vers  1173,  dit  que  «Dans  la  ville  d’Assur 
(Mossoul)  se  voient  les  synagogues  d’Abdias,  de  Jonas  fils  d’Amittai  et 
de  Nahum  l’Elcosden»  (6).  On  va  voir  a  propos  du  tombeau  que  Ton 
peut  encore  remonter  plus  haut. 

Le  grand  argument  des  auteurs  qui  soutiennent  Identification  est 
de  dire:  pourquoi  aller  chercher  un  probldmatique  village  de  Palestine, 

(1)  Je  reprends  ici  les  donn^es  d’un  article  public  dans  le  Bulletin  du  Seminaire 
Syro-Chaldeen  S.  Jean  a  Mossoul ,  en  1943  (p.  83-86). 

(2)  Commentaire  in  Naum  Propheta,  P.L.,  t.  25,  col.  1232. 

(3)  Sur  toutes  ces  opinions,  cf.  D.B. ,  s.v.  Elcesi ,  col.  1647-1648. 

(4)  Voir  par  exemple  Palestine  portrayed  de  Gentle-Cackett,  p.  14. 

(5)  1933,  p.  403-407. 

(6)  Voyages  anciens  et  modernes ,  Paris  1869,  t.  II,  p.  188. 


398 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


voire  du  Negeb,  alors  que,  pres  de  Ninive  a  qui  toute  la  prophdtie  est 
consacree,  se  trouve  un  village  qui  repond  aux  conditions  voulues:  nom 
identique  et  antiquite.  La  tradition  qui  veut  que  le  village  ait  etd  fonde 
par  Alqon  peut,  selon  la  remarque  de  Mgr  Saycgh,  n’etre  qu’une  legende; 
on  peut  discuter  si  les  deportes  juifs  qui  vinrent  dans  cette  region  y  vin- 
rent  au  temps  de  tel  ou  tel  roi  assyrien;  reconnaissons  du  moins  que 
ridentification  est  loin  d’etre  impossible. 

Mais  si  Nahum  a  pu  fort  bien  naitre  ici,  s’ensuit-il  qu’il  y  soit 
enterre?  Ici  aussi,  Ton  n’a  que  des  traditions  chretiennes  et  juives  pour 
le  dire.  Encore  le  texte  de  Benjamin  de  Tudele  ne  parle-t-il  pas  explici- 
tement  d’un  tombeau,  mais  d’une  synagogue  au  nom  du  prophete. 

Cependant  de  courtes  notices  sur  les  prophetes  et  les  Apotres,  mises 
habituellement  en  appendice  aux  exemplaires  manuscrits  du  Livre  des 
Prophetes  (1),  sont  categoriques  sur  ce  point:  Nahum  l’Alqochien,  de 
la  tribu  de  Simdon...,  est  mort  et  enterre  dans  son  pays.  Or  ces  notices 
disent  reproduire  l'enseignement  des  maitres  du  Couvent  Superieur,  pres 
de  Mossoul,  ce  qui  peut  nous  faire  remonter  jusqu’au  Xe  siecle.  Au 
XVIe  siecle  encore  la  chose  etait  admise.  Ainsi  quand  le  patriarche 
Sulaqa  vint  a  Rome,  parla-t-il  a  Andre  Masius  de  ce  monument  «tres 
celebre  tant  chez  les  Juifs  que  chez  les  chretiens »,  et  Masius  en  ecrivit 
a  l’amiral  hollandais  Auger  Busbeck  (2).  Ici  aussi  on  pourrait  certaine- 
ment  remonter  plus  haut. 

La  construction  actuelle  est  recente.  Elle  venait  d’etre  restaurde 
quand  Layard  la  visita  (3). 

Contient-elle  encore  les  ossements  du  prophete?  Cuinet  dit  (4) 
qu’en  1883  les  chretiens  les  auraient  derobes  pendant  la  nuit  et  les  au- 
rait  remplaces  par  des  os  d’ane  ou  de  mouton.  Nous  avons  vu  que  les 

(1)  Par  exemple  un  ms.  de  1306,  copie  par  Abu  Nasr,  bar  Salman,  bar  Salem, 
du  village  de  Ba  Busna.  Ce  volume  a  ete  achete  par  M.  le  professeur  de  Boer  en  mars 
1962  pour  la  bibliotheque  de  l’Universite  de  Leyden. 

(2)  Sa  lettre  dans  B.O. ,  I,  p.  525. 

(3)  Nineveh  and  its  Remains,  1849,  t.  I,  p.  233. 

(4)  Turquie  d’Asie,  IT,  p.  829. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NININE 


399 


vraies  reliques,  avec  ou  sans  celles  de  Sarah,  sont  actuellement  dans 
l’eglise  de  Mar  Mlha. 

En  rdalite,  le  vol  des  ossements  est  un  fait  beaucoup  plus  ancien. 
D’apres  la  tradition  d’Alqds,  les  chrdtiens  auraient  essayd  d’obtenir  par 
proces  la  propriete  du  sanctuaire  de  Nahum.  Ce  serait  lorsqu’ils  auraient 
vu  l’inutilitd  de  leur  tentative  qu’ils  auraient  ddrobd  les  ossements.  Les 
Juifs  a  leur  tour  voulurent  intenter  un  proces  aux  chrdtiens  pour  recou- 
vrer  leur  bien,  mais  un  de  leurs  sages  leur  aurait  dit:  A  supposer  que 
nous  gagnions  ce  proces,  comment  saurions-nous  si  les  os  que  nous  ren- 
draient  les  chrdtiens  seraient  bien  ceux  du  prophete?  Si  nous  mettons 
neuf  oeufs  dans  notre  four,  et  qu’un  chrdtien  vienne  en  mettre  un  dixieme, 
nous  ne  pouvons  pas  les  distinguer,  et  les  dix  deviennent  impurs  pour 
nous.» 

M.  l’abbe  Yusif  ‘Abaya  d’Alqos  se  souvient  que,  dans  sa  jeunesse, 
il  y  a  quelque  soixante  ans,  il  accompagna,  avec  quelques  pretres  d’Al¬ 
qos,  un  notable  juif  du  nom  de  Ya‘qub  Sema‘,  de  la  famille  preposee 
a  la  garde  du  tombeau,  dans  une  visite  qu'il  fit  a  l’dglise  de  Mar  Mlha. 
La  niche  contenant  les  ossements  de  Nahum  portait  alors,  par  prudence, 
la  seule  inscription:  Ici  sont  les  reliques  du  prophete.  Le  notable  juif 
aurait  dit:  Pourquoi  n’dcrivez-vous  pas  la  vdritd?  Nous  savons  bien  que 
vous  avez  les  ossements  du  prophete  Nahum.  Si  vous  dcrivez  son  nom, 
cela  nous  honorera  aussi.  —  Ce  qui  fut  fait.  Actuellement  on  peut  lire 
sur  la  niche  qui  est  a  gauche  de  la  porte  de  l’autel  de  l’dglise  de  Mar 
Mlha:  «Ici  sont  les  reliques  du  prophete  Nahum. » 

Depuis  quand  les  reliques  sont-elles  dans  cette  dglise?  Assurdment 
depuis  la  restauration  de  1876.  Certains  prdtendent  memc  qu’en  ce 
temps-la  on  trouva,  dcrit  dans  le  platre  au-dessus  des  reliques,  la  men¬ 
tion:  «Du  temps  de  Mar  Aba,  catholicos.»  Si  nous  nous  contentions  du 
deuxieme  et  dernier  patriarche  de  ce  nom,  nous  dcvrions  ddja  remonter 
au  VIIIe  siecle!  Ce  serait  peut-etre  un  peu  loin,  et  Ton  comprendrait 
mal  pourquoi  les  chretiens  auraient  cache  leur  larcin  jusqu’a  la  fin  du 
XIXe  siecle.  La  seule  chose  certaine  c’est  que,  de  temps  immemorial, 


400 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


il  y  avait  a  Alqos  des  families  juives;  l’histoire  du  proces  le  prouve.  Quant 
a  la  tradition  concernant  la  tombe  du  prophete  Nahum,  il  semble  qu’on 
puisse  la  faire  remonter  au  Xe  siecle.  Il  est  difficile  de  dire  si  elle  prit 
naissance  d’une  fantaisie  cxegetique  d’un  professeur  du  Couvent  Supe- 
rieur  ou  si  elle  a  un  fundamentum  in  re. 

6.  —  Karamlaiss 

Histoire  generate 

La  serie  des  villages  precedents  nous  a  amenes  jusqu’au  pied  de  la 
montagne  du  Ba  Nuhadra,  au  nord  de  Mossoul.  Nous  devons  mainte- 
nant  nous  transporter  a  25  kilometres  a  vol  d’oiseau  a  l’est/sud-est  de 
la  ville.  La  se  trouve  un  village  au  nom  mysterieux,  de  2.100  habitants, 
ou  les  Nestoriens  purent  se  maintenir  au  milieu  d’un  district  entierement 
jacobite,  ou  meme  des  musulmans  et  des  Armeniens  habiterent  et  ou, 
jusqu’a  nos  jours,  une  minorite  jacobite  (35  families)  cohabite  pacifi- 
quement  avec  une  majorite  chaldeenne. 

Le  nom  du  village  est  ecrit  en  chaldeen,  tant  litteraire  que  vulgaire, 
Karamles,  et  abrege  en  Karms  (1),  voire  Garms  (2).  Plusieurs  se  sont 
essayes  a  expliquer  le  nom,  du  moins  sous  sa  forme  arabe  Karamlaiss. 
Yaqut  (3)  y  voit  les  deux  mots  arameens  Karam  let ,  ce  qui  voudrait  dire: 
«sans  vigne».  Ceci  etait-il  vrai  au  XIIIe  siecle?  On  ne  peut  le  savoir.  En 
tout  cas,  a  l’heure  actuelle,  le  raisin  de  Karamlaiss  est  abondant  et  celebre. 
Jones,  au  contraire  (4),  y  voit  «la  vigne  de  Lis»,  ou  «sans  honneur»  ( ?).  En 
fait  le  nom  de  Kar-mes  est  assyrien,  il  signihe  le  village  detruit  ou  les  depots  et 
apparait  deja  dans  les  tablettes  de  Balawat  (5).  Deux  tells  archeologiques 
voisinent  le  village;  dans  le  plus  grand  (6)  Layard,  en  1840  (7),  puis  Place, 


(1)  V.g.  le  pretre  Mhanna  Karmsaya,  dans  le  cod.  5  de  Tell  Kaif. 

(2)  Cod.  8  Mardin,  Cat.  A.  Scher. 

(3)  Mu  gam,  t.  IV,  p.  267. 

(4)  JRAS,  XV/ 1855,  p.  374  b. 

(5)  Iraq,  XXV  (1963),  p.  91-92  et  index,  p.  103. 

(6)  190  m.  de  long  sur  96  de  large,  mais  seulement  7  ou  8  de  haut;  cf.  Place, 
JVinive  et  VAssyrie,  t.  II,  p.  169. 

(7)  Nineveh  and  its  Remains,  2e  ed.,  1849,  vol.  I,  p.  52. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


401 


decouvrirent  une  plateforme  de  briques  assyriennes.  Le  plus  petit,  haut 
de  20  metres  et  assez  abrupt,  a  livre  des  briques  d’un  autre  modele  et 
des  murs  en  pierres  equarries,  que  V.  Place  attribua  aux  Sassanides. 

Je  ne  reviens  pas  sur  l’identification  proposde  de  Gaugameles  avec 
notre  village,  fixant  pres  de  celui-ci  le  champ  de  la  bataille  dite  d’Ar- 
belles.  Une  meilleure  dtude  des  textes,  et  surtout  la  localisation  du  pont 
sur  le  Zab  emprunte  par  les  belligerants  apres  le  combat,  reporte  le  lieu 
de  la  victoire  d’ Alexandre  beaucoup  plus  vers  le  nord  (1). 

Le  village  fut  certainement  christianise  de  bonne  heure.  En  562  ses 
habitants  aiderent  a  la  construction  du  couvent  de  Bar  ‘Lta  (2),  dans  la 
vie  duquel  il  est  appele  «Karamlaiss  le  Grand».  Fut-ce  en  echange  de 
cette  aide,  la  legende  ne  le  dit  pas,  mais  le  fondateur  pr^dira  plus  tard 
que  le  village  gardera  la  foi  nestorienne  orthodoxe  (3).  Ceci  est  un  peu 
etonnant  et  meritait  une  prophdtie  car,  avant  la  conquete  arabe,  tous 
les  villages  des  alentours  auront  opte  pour  le  monophysisme. 

On  ne  doit  done  pas  preter  crdance  a  une  tradition  repandue  dans 
les  milieux  syriens,  scion  laquelle  le  village  aurait  ete  entierement  syrien 
et  ne  serait  devenu  chaldeen  qu’il  y  a  «une  centaine  d'annees»,  les  chal- 
ddens  etant  «tous»  (!)  d’origine  de  ‘Ainkawa  et  de  Koi  Sangaq.  II  est 
exact  que  le  village  a  accueilli  des  refugies  chalddens  d’autres  lieux,  mais 
il  etait  a  l’origine,  et  est  reste  jusqu'a  nos  jours,  chaldden. 

Quant  aux  Syriens,  une  tradition  opposde  les  fait  venir  «tous»  de 
Qaraqbs  et  de  Bartelh.  C’est  possible,  mais  cela  ne  date  pas  d’hier,  on 
le  verra  bientot  en  parlant  de  la  communautd  jacobite  de  Karamlaiss. 

Parmi  les  textes  historiques,  plus  surs  que  les  traditions,  mais  si 


(1)  Une  tradition  locale  fait  suivre  la  bataille  par  Darius  (d’autres  disent  Alexan¬ 
dre)  du  haut  du  Tell  al  Ganem,  qui  se  trouve  presque  a  l’entr£e  du  village,  a  cot£  de 
la  route  moderne  qui  le  relie  a  la  grand-route  Mossoul-Erbil.  M.  I’abb6  Paulos  Tammo 
se  souvient  d’avoir,  lorsqu'il  6tait  enfant,  entendu  Hcrzfeld  lui-meme  s’enquerir  de  ce 
tell  et  cr^er  ainsi  une  tradition. 

(2)  Histories  of...  Bar  Idta,  II,  I,  p.  198,  et  Mgr  Sayegh,  An  Nagm,  YII/1935, 
p.  4-10. 

(3)  Ibid.,  p.  240. 


Rech.  23  —  26 


402 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


desesperement  laconiques,  ou  la  localite  figure,  ceux  des  auteurs  arabes 
Yaqut  et  al  Mustawfi  (1)  en  parlent  comme  d’un  village  «qui  est 
presque  une  ville»,  cdlebre  par  son  grand  souq,  tres  frdquent^  par  les 
marchands,  au  revenu  annuel  de  11.200  dinars.  Ibn  ‘Abd  ul  Haq 
(|1338),  auteur  des  Marasid ,  qui  se  contente  habituellement  de  resumer 
Yaqut,  ajoute  ici  que  ses  habitants  sont  «tous  chretiens»  (2). 

Karamlaiss  eut  evidemment  sa  part  des  malheurs  communs  a  tous 
les  villages.  En  1235,  d’apres  Bar  Hebraeus  (3),  les  Mongols  venant 
d’Erbil  a  Ninive  camperent  sur  le  canal  de  Karamlaiss,  qui  amene  l’eau 
de  Targilla  situee  a  6  kilometres  a  Test/nord-est  et  qui  est  traverse  par 
la  route  moderne  Mossoul-Erbil.  Les  habitants  s’enfuirent  a  l’eglise  que 
les  Mongols  encerclerent.  Deux  nobles  se  placerent  aux  deux  portes  de 
Teglise.  L’un  d’eux  epargnait  et  laissait  la  liberte  a  ceux  qui  sortaient 
par  sa  porte,  l’autre  passait  au  hi  de  Tepee  les  homines,  femmes  et  enfants 
qui  passaient  par  la  sienne. 

Une  version  poetique  de  ce  meme  massacre  (4)  est  attribute  a 
Warda  (5),  ce  qui  n’est  pas  impossible  du  point  de  vue  chronologique. 
Les  faits  sont  les  memes;  Thistoire  des  portes  n’y  est  pas  aussi  nette  que 
dans  Bar  Hebraeus  et  Ton  pourrait  croire  qu’il  s’agit,  non  des  portes  de 
Teglise,  mais  de  celles  du  village,  car  il  y  est  question  de  porte  de  Test 
et  de  porte  du  sud,  ce  qui  ne  s’explique  guere  pour  une  eglise,  a  moins 
qu’il  ne  s’agisse,  non  de  Tdglise  meme,  mais  de  sa  cour  extdrieure.  De 
toutes  fagons,  il  n’y  a  pas  de  traces  de  murs  autour  du  village,  ni  visibles 
au  sol,  ni  decelables  par  avion. 


(1)  Cit£s  dans  Le  Strange,  The  Lands  of  the  Eastern  Caliphate ,  p.  90. 

(2)  III,  1161;  cite  dans  G.  ‘Awwad. 

(3)  Chronography,  t.  I,  p.  402. 

(4)  Researches  (p.  92-94)  presentent  les  faits  comme  s’ils  s’etaient  produits  deux 
fois,  en  1235  et  1236.  En  realite,  il  fallait  retrancher  312,  et  non  pas  311,  a  la  date 
grecque  du  texte  chaldeen  que  nous  allons  citer,  pour  obtenir  egalement  1235. 

(5)  Incipit:  En  Tan  1547...,  in  Hilgenfeld,  Ausgewahlte ,  cit.  p.  49-59,  ici 
strophe  15,  et  copie  du  pr.  Ishaq  Gaddo  d’Alqos,  datee  de  1899,  foi.  137-141,  chez 
ses  parents  a  Karamlaiss.  L’incipit  est  egalement  cite  dans  Dahirat  al  Adhan,  t.  II,  p.  5-6. 


LES  VILLAGES  CIIALDEENS  DE  NINIVE 


403 


Du  poeme  chaldeen  s’est  inspirde  une  complainte  cn  soureth,  com- 
posee  en  1930  par  le  prctre  moine  Thomas  Hanna,  de  Karamlaiss,  dont 
on  trouve  des  copies  chez  plusieurs  habitants  du  village. 

Au  debut  du  XVIIIe  siecle,  le  village  avait  retrouvd  sa  prospdritd, 
et  Yasln  al  ‘Omari  vante  a  nouveau  son  souq  riche  en  cdrdales  (1). 
Quelques  anndes  plus  tard,  en  1743,  les  troupes  de  Nadir  Sah  le  ruine- 
ront  une  fois  de  plus.  On  sait  par  le  chammas  de  Qaraqos  (2)  que  «les 
Persans  s’emparerent  du  pays  tout  entier  jusqu’aux  montagnes,  et  firent 
du  butin  et  des  captifs  dans  les  villages  des  chrdtiens  et  des  musulmans. 
Ils  commencerent  par  les  habitants  de  Karamlaiss;  ils  les  pillerent  et 
prirent  les  gargons,  les  filles  et  les  animaux  domestiques.» 

Plus  tard,  la  tradition  de  Karamlaiss  veut  que  le  village  ait  ete 
presque  entierement  abandonne  par  les  chrdtiens  «fanndc  de  la  peste», 
et  bientot  occupy  par  les  musulmans.  Apres  quoi  (certains  disent:  peut- 
etre  vingt  ans  plus  tard),  les  chrdtiens  commencerent  a  revenir.  Encore 
ne  rentrerent-ils  pas  tous,  ce  qui  explique  que  Ton  trouve  des  families 
originaires  de  Karamlaiss  dans  les  villages  chalddens  des  environs.  Ce 
serait  a  ce  moment-la  que  les  Syriens  de  Bartelli  et  de  Qaraqds  auraient 
commence  a  venir  a  Karamlaiss  (?).  Quant  aux  musulmans  qui  dtaient 
venus  s’y  installer,  ils  durent  le  quitter  au  retour  des  propridtaires 
antdrieurs. 

Quelle  est  cette  «annde  de  la  peste»?  On  n'a  hdlas  que  le  choix 
parmi  la  longue  sdrie  des  calamitds  qui  frapperent  sans  repit  ce  pauvre 
pays.  Pour  les  villages  chrdtiens,  les  pestes  les  plus  cdlebres  sont  celle  de 
Piyoz,  de  Mossoul  et  de  ‘Aqra  (3)  en  1737/8,  et  celle  qui  fit  4.000  vic- 
times  a  Qaraqos  (ce  qui  dquivaudrait  a  la  moitid  du  village  actuel)  en 
1773  (4). 

(1)  Muniat  al  Udaba\  p.  161. 

(2)  Colophon  de  1756,  traduction  frangaise  de  Pognon,  cit.  p.  488-503. 

(3)  Recueil  de  chants ,  dits  de  Daoud  Kdra,  Mossoul  1896,  p.  342. 

(4)  Plaque  commemorative  a  l’eglise  de  Mar  Guorguls  a  Qaraqos;  cf.  Mgr 
Abdal,  p.  232.  Je  suis  retournd  voir  cette  inscription  pour  m’assurer  si  elle  ne  men- 
tionnait  pas  d’autres  villages  en  meme  temps  que  Qaraqos.  H<9as! 


404 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Les  renseignements  recueillis  par  le  Ires  serieux  et  tres  digne  de 
conliance  chammas  Matti  Anisa,  qui  connait  parfaitement  l’histoire  de 
son  village  natal,  montrent  que  la  grande  peste  de  Karamlaiss  eut  lieu 
vers  1830.  En  fait,  une  lettre  de  Mgr  Coupperie  (1)  permet  de  la  situer 
exacternent  en  1828.  A  cette  date,  dit  Teveque,  «la  famine,  la  guerre 
civile  et  la  peste  surtout  ont  aneanti  au  moins  la  moitie  de  la  population 
chretienne  de  Mossoul  et  dans  le  Kurdistan».  Pour  ce  qui  est  de  Karam¬ 
laiss,  1’absence  de  tout  manuscrit  date  des  vingt  annees  suivant  1828 
confirme  la  tradition  de  l’abandon  total  du  village  pendant  cette  periode. 

Voyageurs 

La  situation  de  Karamlaiss  sur  la  route  appelee  «ad  Darb  as  Sul- 
tani»,  le  chemin  du  sultan  (2),  vaudra  au  village  de  nombreux  visiteurs; 
quelques-uns  de  ceux  du  XVXIIe  et  du  XIXe  siecle  ont  consigne  par 
ecrit  leurs  remarques  sur  le  village  et  sur  la  route. 

En  effet,  la  plupart  des  voyageurs  venant  d’Erbil  passaient  le  Grand 
Zab  a  Zawa,  puis  le  Hazir  a  Zahra  Hatun,  d’ou  ils  se  dirigeaient  vers 
Karamlaiss  (3).  Les  habitants  modernes  de  Qaraqos  parlent  encore 
d’un  «  Sopet  sultana  »  qui  passait  a  Test  du  couvent  de  Mqurtaya,  a  la 
limite  des  terres  de  Qaraqos  et  de  Bartelli,  puis  partait  vers  Mossoul  en 
passant  par  Basblta.  On  le  retrouve  apres  Mossoul  en  direction  de  Tell 
A‘far,  par  Dola£yia  et  Gonesiya,  un  peu  a  1’ouest  de  la  route  moderne. 

Un  des  premiers  voyageurs  modernes  a  donner  une  description  de 
Karamlaiss  est  Edward  Ive’s  de  Tichfield,  qui  y  arriva  le  2  juillet  1 758(4) ; 


(1)  Datee  du  29  aout  1828,  citee  dans  les  Missions  Dominicaines,  1927,  p.  36  s. 

(2)  Cf.  la  carte  de  Rich  publi^e  par  Badger  en  1852  ( Nestorians ,  II).  Badger 
lui-meme  passa  de  Kelek  a  Zahra,  puis  Karamlaiss  (carte,  fin  Nest.,  I).  Binder,  en 
1887  ( An  Kurdistan ,  en  Mesopotamie  et  en  Perse ,  carte  p.  274)  fait  passer  la  route  d’Erbil 
par  Karamlaiss.  —  Cf.  remarque  de  Cuinet  ( Turquie  d'Asie ,  11/1890,  p.  795):  «Sur 
tout  le  parcours  de  cette  route,  appelee  Derb  Sultani,  il  n’y  a  de  villages  qu’a  une 
ou  deux  heures  de  distance,  sur  les  cotes,  il  n’y  en  a  pas  sur  la  route. »  Ceci  s’applique 
a  la  partie  situee  entre  les  deux  Zab. 

(3)  R£f.  in  Researches ,  p.  94  n. 

(4)  A  Voyage  from  England  to  India ,  in  the  Tear  M  DCCLIV,  also  a  Journey  from 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


405 


les  habitants  lui  parlerent  surtout  de  la  grave  disette  de  l’annde  pr dcd- 
dente.  Des  pillages  des  soudards  persans,  quinze  ans  plus  tot,  l’auteur 
n’a  retenu  que  leur  visite  a  l’dglise  de  Ste-Barbe,  ou  ils  ddfoncerent 
quelques  murs  a  la  recherche  de  trdsors  cachds.  Les  renseignements  don¬ 
nas  par  Ive's,  a  commencer  par  le  nom  du  village,  manquent  de  precision. 
II  semble  surtout  intdressd  par  Ste-Barbe,  son  histoire  et  son  temple.  Ce 
qu’il  ne  dit  pas,  c’est  qu’il  acheta  a  cette  dglise  un  lectionnaire,  aujour- 
cl’hui  au  British  Museum  (1). 

Le  P.  Lanza  (2),  o.p.,  de  Mossoul,  vint  a  Karamlaiss  en  1765,  en 
compagnie  de  membres  de  la  famille  de  ‘Obaid  Aga,  branche  des  Gallli, 
proprietaires  du  village.  Les  catholiques  y  avaient  ddja  restaurd  l’dglise 
de  Ste  Barbe,  et  le  P.  Lanza  y  dit  la  messe.  On  sait  que  Ste-Barbe  de 
Karamlaiss  est  la  premiere  dglise  catholique  d’lraq;  en  fait,  des  1758, 
Ive’s  disait  ddja,  peut-etre  avec  un  peu  d’avance  sur  les  faits,  que  les 
pretres  dtaient  nommds  par  le  patriarche  chaldden. 

Claudius  James  Rich  vint  dgalement  a  Karamlaiss  en  1820  (3), 
accompagnd  du  Sayid  Muhammad,  fils  d’ Ahmad  al  Husaini  (4).  Ce 
dernier  publia  aussi  un  rdcit  de  voyage  en  persan,  ou  il  confond  toujours 
«Dair»  et  dglise,  et  de  plus  ddforme  les  noms.  Ici  il  voit  un  couvent  dit 
«Dair  Mar  Raxin»,  probablement  pour  fdglise  de  Mar  Guorguls. 

Badger,  en  1850,  compte  dans  le  village  deux  dglises,  un  pretre  et 
25  families  nestoriennes  (5).  Le  reste  dtait  devenu  catholique.  De  cette 
meme  annde  date  une  note  manuscrite,  rare  en  son  genre.  Alors  qu’en 


Persia  to  England  by  an  Unusual  Route ,  by  Edward  Ive’s  Esq.,  London,  Edward  and  Char¬ 
les  Dilly,  1773,  p.  318-320. 

(1)  Cod.  CCXLVIII  (Egerton  681)  du  Cat.  Wright,  1870,  p.  190,  ou  le  nom 
du  village  est  dgalement  a  corriger. 

(2)  Memoires  du  P.  Domenico  Lanza ,  traduction  de  l’italien  en  arabe,  par  Mgr 
Bidawid  (2e  £d.,  Mossoul  1953),  p.  25-26. 

(3)  Narrative ,  1836,  t.  II,  p.  24. 

(4)  Itinerary  of  Al  Munshi  al  Baghdady ,  1822,  traduit  du  persan  en  arabe  par 
M.  ‘Abbas  al  ‘Azzawi,  Ralila ...,  Bagdad  1948,  p.  78-79. 

(5)  Nestorians,  II,  p.  174. 


406 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


general  les  copistes  ont  toujours  a  mentionner  une  annee  de  vie  chere, 
un  inconnu  souligne  ici,  avec  un  certain  etonnement,  les  prix  derisoires 
auxquels  sont  descendus  le  ble,  Forge,  le  beurre  et  la  laine  enl266  H.  (1). 


Histoire  chretienne 


Avant  de  parler  des  eglises  il  faut  encore  citer  quelques  details  de 
Fhistoire  chretienne  du  village. 

Un  patriarche  nestorien,  Benha  II,  qui  regna  de  1332  a  apres  1364, 
transfera  le  siege  patriarcal  cFErbil  a  Karamlaiss,  en  attendant  que  son 
successeur  le  transfere  encore  a  Mossoul  (2). 

Le  village  fut-il,  a  une  certaine  epoque,  siege  episcopal?  La  tradi¬ 
tion,  deja  attestee  par  Ive’s  au  XVIIIe  siecle,  Faffirme.  II  semble  que 
Fon  ait  ici  une  reference  a  la  hierarchie  fantome  creee  par  ‘Awdiso‘  IV 
Martin  en  1562,  dont  on  a  parle  plus  haut,  et  oil  Feveque  de  Karamlaiss 
apparait  avec  celui  cFAlqos  comme  suffragant  du  metropolite  de  Tell 
Kaif  (3). 

Un  manuscrit  conserve  a  Karamlaiss  et  signale  par  le  P.  Voste  (4) 
merite  une  mention  speciale.  C’est  un  evangeliaire  date  de  1295  et  ecrit 
par  Feveque  ‘AwdIso‘,  a  la  demande  du  «pretre  ‘Abdallah  et  des  chefs 
de  la  noble  assemblee  du  beau  village  de  Karamlaiss».  En  appendice  le 


(1)  En  arabe,  en  appendice  a  un  Sapirut  Duhare  de  1679,  ms.  de  Karamlaiss. 

(2)  Card.  Tisserant,  Nestorienne  ( Eglise ),  cit.,  et  B.O.,  III,  II,  p.  629. 

(3)  Gen.  Rel. ,  p.  64;  c’est  le  fameux  siege  de  «Chramleis»  du  DHGE ,  XII/1953, 
col.  769.  M.  G.  ‘Awwad  ( Researches ,  p.  93)  dans  sa  traduction  libre  de  la  notice 
d’AssEMANi  ( B.O. ,  III,  II,  p.  734)  sur  «Carmelisa,  urbs  in  finibus  Assyriae  et  Mediae», 
parlant  de  l’eveche  fantome,  «au  temoignage  de  Abdjesu»,  rend  la  phrase  par:  «plus 
tard,  Karamlaiss  devint  eveche,  et  parmi  ses  eveques  (on  trouve)  ‘AwdIso‘.» 

(4)  Le  Museon ,  1929,  p.  168-176.  L’auteur  vit  le  ms.  au  village  en  1926.  — 
Les  scribes  de  Karamlaiss  sont  moins  fameux  que  ceux  d’Alqos.  On  pourrait  citer 
Hormizd,  fils  de  ‘Abdallah,  originaire  de  Karamlaiss,  qui  ecrivit  en  1567  a  Nahrawan 
une  Histoire  de  Mar  Awgin  (cod.  59  de  Seert,  Cat.  A.  Scher  —  Nahrawan  est  situee 
en  B.  Zabda'i,  a  mi-route  entre  Zah5  et  Geziret  ibn  ‘Omar).  On  trouve  encore  au 
XIXe  siecle,  a  R.  Hormizd  et  a  N.-D.  des  Moissons,  des  scribes  moines  originaires 
de  Karamlaiss  (v.g.  cod.  CCLXIX  et  CG  du  Cat.  Voste). 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


407 


scribe  ajoute  un  memra  en  l’honneur  ciu  patriarche  Yahwalaha  III, 
egalement  editd  et  traduit  par  le  P.  Vostd.  LYveque  ‘AwdIso‘  semble 
bien  etre  ‘AwdIso‘  fils  de  Mas‘ud,  du  village  de  «Garms»que  nous  avons 
rencontre  sur  le  siege  de  Marga,  Telia  et  Bar  Bella  en  1296. 

L’evangeliaire  de  1295  est  le  volume  le  plus  ancien  d  une  collection 
de  62  manuscrits  chaldeens  (sans  compter  les  livres  utilises  dans  les 
eglises)  qui  forment  la  bibliotheque  de  Karamlaiss,  gardee  a  feglise  de 
la  Ste-Vierge. 

Deux  autres  manuscrits  de  cette  bibliotheque  meritent  mention; 
les  deux  proviennent  de  la  region  du  B.  Rustaqa  et  Sapat,  c’est-a-dire 
du  district  du  B.  Samesdin  en  Kurdistan  central.  Le  premier  est  un 
evangeliaire  datd  de  1742  et  dcrit  au  village  de  B.  Daiwe,  par  le  pretre 
Safar  fils  dTso‘.  Le  deuxieme  volume,  dat 6  de  1744,  est  un  Warda  in- 
complet,  egalement  ecrit  a  Rustaqa.  C’est  dans  ce  livre  que  se  trouve 
la  rarissime  ‘ onita  sur  R.  Hormizd  attribute  a  Iso‘yaw  bar  Mqaddam, 
qui  contient  le  fameux  passage  oil  Yohannan  et  Iso‘sawran  fondent  un 
couvent,  plus  tard  pris  par  Saih  ‘Adi.  Nous  etudierons  ce  point  dpineux 
en  son  temps. 

Le  livre  le  plus  important  de  la  bibliotheque  de  Karamlaiss  est  une 
copie  du  Paradis  d'Eden  de  ‘Awdiso‘  de  Nisibe.  Le  livre  a  6t 6  dcrit  a 
Alqos  en  1670  par  le  pretre  Hadbsabba,  fils  du  pretre  Isra’Il,  fils  du 
pretre  Hormizd,  fils  du  pretre  Isra’Il,  pour  un  certain  Hwaga  Iso‘,  fils 
dTbrahim,  qui  est  peut-etre  fancetre  de  la  famille  Ganlma.  Bien  que 
ce  Hwaga,  qui  habite  alors  Bagdad,  soit  dit  originaire  de  Mossoul,  on 
soupQonne  que  son  origine  rdelle  est  Karamlaiss,  tant  les  details  propres 
au  village  abondent  dans  la  derniere  partie  du  livre. 

Celle-ci  est  consacrde  a  un  Dio  Pathin  (1),  c’est-a-dire  aux  Dip- 
tyques,  ou  «livre  des  vivants  et  des  morts»,  dont  la  liturgie  chalddenne 
actuelle  n’a  plus  garde  qu’un  organe  tdmoin.  La  liste  qui  figure  ici  va 


(1)  Le  Dio  Pathin  occupe  les  fol.  141  a  144  du  ms.  —  Ce  livre  fut  achet6  plus 
tard  par  Hoso,  fils  du  ch.  Mhanna,  pour  son  fils  le  pr.  Nlsan  et  pour  ses  enfants.  Les 
memes  noms  reviennent  souvent  dans  les  manuscrits  de  Karamlaiss. 


408 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


d’Adam  au  XI Ve  siecle;  elle  fournit  quantite  de  details  interessants  sur 
les  hommes  celebres  et  les  sanctuaires  de  Karamlaiss.  Mais  surtout  elle 
contient  deux  listes  d’eveques  «de  notre  terre»  ou  il  est  facile  de  recon- 
naitre  des  metropolites  d’Assyrie  puis  des  £veques  de  Ninive.  Nous  en 
avons  tire  le  plus  grand  profit  en  son  temps.  II  est  toujours  citd  sous  le 
nom  de  Diptyques  de  Karamlaiss. 

Un  petit  fait  divers  edihant  terminera  la  mosaique  de  l’histoire  de 
Karamlaiss  chaldden.  Au  temps  du  patriarche  Iso‘yaw  V  (1149-1175), 
raconte  ‘Amr  (1),  les  Karamlaissiens  etaient  tombes  dans  la  tiedeur  et 
ne  respectaient  plus  le  dimanche.  Le  Christ  apparut  done  a  un  paysan 
du  village  et  lui  enjoignit  d’aller  de  sa  part  rappeler  leur  devoir  a  ses 
concitoyens,  leur  donnant  pour  signe  de  l’authenticite  de  sa  mission  le 
fait  qu’il  porterait  a  travers  tout  le  village  des  charbons  ardents  dans  sa 
main  nue.  Ceci  fut  fait,  et  le  messager  eut  meme  la  coquetterie  de  mettre 
de  l’encens  sur  les  braises...  ce  qui  evidemment  convertit  les  villageois  (2). 

Recemment,  un  epilogue  a  ete  ajoute  a  cette  histoire:  en  fevrier 
1956,  un  tract  roneotype,  publie  par  le  clerge  chaldeen  de  Mossoul  dans 
la  serie  «sermons  du  dimanche »,  avait  reproduit  V histoire  ci-dessus  pour 
inciter  les  gens  a  observer  le  dimanche.  Tout  le  monde  lut  le  recit  avec 
interet,  mais  personne  ne  remarqua  la  reference  au  Livre  de  la  Tour.  Le 
lendemain  tout  Mossoul  parlait  du  miracle  «qui  venait  de  se  produire 
a  Karamlaiss». 

Emirs  chretiens 

On  trouve  a  Karamlaiss  des  «dmirs»  chretiens  (3),  dont  on  peut 
penser  qu’ils  etaient  eux-memes  nestoriens  puisqu’ils  figurent  dans  les 
Diptyques  (4).  Selon  ce  document  les  emirs  Matta  et  Mas‘ud  Bek 


(1)  Ed.  ar.  p.  107-109. 

(2)  On  retrouvera  le  heros  de  cette  histoire  moine  a  Mar  Eliya. 

(3)  Ce  qui  provoque  l’etonnement  de  Cuinet  (I,  p.  830-831).  Cette  promotion 
sociale  des  chefs  de  Karamlaiss  semble  correspondre  a  l’accroissement  du  village  apres 
la  prise  d’Erbil,  et  surtout  au  transfert  du  siege  patriarcal. 

(4)  Mss.  de  Karamlaiss,  Paradis  d’Eden,  d’EBEDjESUS  de  Nisibe. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


409 


perirent  de  mort  violente;  un  autre  emir  Matta,  les  emirs  Hassan  et 
Nagm  al  Din  moururent  de  leur  belle  mort.  Tous  dtaient  enterres  a 
Karamlaiss;  malheureusement  leurs  tombes  sont  perdues.  Avec  eux  on 
cite  Naser  ibn  Ahrun,  chef  secretaire,  bienfaiteur  de  fdglise.  Tous  ces 
personnages  se  situent  au  XIVe  siecle. 

Ils  sont  dgalement  cites,  en  connexion  avec  f  histoire  jacobite,  dans 
V Histoire  Ecclesiastique  de  Bar  Hebraeus.  Ainsi,  en  1317,  femir  Mas‘ud 
fils  de  ‘Amr  (1),  maitre  de  Karamlaiss  et  «homme  de  bonne  m£moire», 
honore  le  maphrien  Gregoire  Matta  de  Bartelli  (2).  En  1358,  le  patri- 
arche  jacobite  Maged  Ismael  rend  visite  a  la  petite  ville.  Par  mi  les 
notables  qui  le  re^oivent  on  signale  femur  Naser  ad  Din,  l'emir  Matta, 
et  le  notable  Sultan  Sah. 

Quand  plus  tard  des  disputes  se  produisirent,  c’est  aupres  de  l’emir 
Hassan,  frere  de  femir  Matta,  que  le  patriarche  sera  accuse  (3). 

Deux  ans  apres,  le  clergd  et  le  peuple  de  Karamlaiss,  ainsi  que  le 
patriarche  nestorien  Denha  II,  soutiennent  la  cause  du  maphrien  intrus 
Dioscore  bar  Qinaya,  dveque  de  Damas,  nommd  par  les  moines  de  Mar 
Matta  (4).  Cependant  le  pretre  Jean,  his  de  Denha,  recteur  de  feglise 
jacobite  de  Karamlaiss,  refuse  de  le  rencontrer  tant  qu’il  ne  sera  pas 
consacre  par  le  patriarche.  Et  meme  quand,  cedant  aux  instances  des 
partisans  de  l’intrus,  le  patriarche  Basile  sacrera  Dioscore  en  1361,  le 
pretre  Jean  ne  sera  encore  pas  satisfait  et  le  fera  chasser  de  Bartelli,  ou 
il  dtait  venu  habiter,  par  femir  Hassan  (5).  En  1365  le  maphrien  legi¬ 
time,  Athanase  II  Ibrahim  pourra  etre  saerd.  II  viendra  «puriher»  les 


(1)  M.  G.  ‘Awwad  le  retrouve  dans  al  Qal^asandI,  Sabah  al  A‘sa ,  t.  VII, 
p.  285. 

(2)  Chr.  Eccl.,  II,  col.  500;  ibid.,  B.O.,  II,  p.  460.  C’est  probablement  a  lui  que 
fait  allusion  le  P.  Goormaghtigh,  Anal.  S.O.P.,  1895,  p.  275. 

(8)  Hist.  Eccl.,  II,  col.  508. 

(4)  B.O.,  II,  p.  461. 

(5)  Hist.  Eccl.,  II,  col.  516.  Le  pseudo -maphrien  sera  bientot  assassin^  a  Bagdad, 
son  corps  sera  brule  et  jete  dans  le  Tigre  (Assemani  dit:  l’Euphrate!).  Voir  aussi 
Dissertatio ,  p.  168,  n°  43  et  p.  169,  n°  44;  Armalet,  n°  73. 


410 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


licux  souilles  par  les  offices  sacrileges  de  l’intrus,  notamment  le  village 
de  Karamlaiss,  d’ou  l’emir  Ba  Yazld  sordra  a  sa  rencontre  avec  les 
pretres  et  les  diacres  des  Nestoriens  et  des  Armeniens  (1). 

En  1369,  c’est  a  Karamlaiss,  et  non  pas  a  Mar  Matta  toujours  plus 
ou  moins  rebelie,  que  le  maphrien  consacrera  le  saint  chreme.  D’ailleurs 
une  nouvelle  periode  de  troubles  avait  commence.  C’est  cette  annee 
meme  que  les  Mongols  de  Mardan  Sah  pillerent  Mar  Matta,  et  proba- 
blement  aussi  les  villages  environnants. 

Une  autre  fois,  le  maphrien  ne  peut  loger  a  Karamlaiss  a  cause  des 
troubles  qu’y  provoquait  l’emir  cle  Singar,  Plr  Mama  (2).  Athanase  alia 
done  a  Erbil,  oil  l’eglise  des  Jacobites  fut  detruite  pendant  son  maphria- 
nat,  en  1375.  On  a  vu  ailleurs  comment  la  disintegration  de  Fempire 
des  Mongols  fut  fatale  aux  emirs  chretiens  qu’ils  avaient  entraines  dans 
leur  sillage,  et  aux  villages  chretiens  qui  avaient,  un  peu  trop  ouverte- 
ment,  prohte  de  la  conjoncture. 

Revenons  un  instant  aux  Armeniens,  que  nous  avons  remarques 
au  passage  en  1365.  D’ou  venaient-ils  ?  J’aurais  tendance  a  y  voir  des 
emigres  d’Erbil,  qui  s’enfuirent  de  la  ville  apres  la  destruction  de  leur 
eglise  en  1310.  II  est  probable  que,  liant  leur  sort  a  celui  de  leurs 
compatriotes  nestoriens,  ils  etaient  venus  a  Karamlaiss  quand  Denha  II 
y  transfera  le  siege  patriarcal,  done  vers  1332.  C’est  probablement  a 
ces  Armeniens  qu’il  faut  attribuer  la  pierre  sculptee  a  inscription  arme- 
nienne  qui  se  trouve  dans  le  martyrion  de  Mar  Behnam,  au  couvent  de 
celui-ci,  situe  a  17  kilometres  au  sud  de  Karamlaiss.  On  ignore  absolu- 
ment  ce  qu’il  advint  de  cette  petite  communaute  apres  1364.  II  n’y  a 
plus  d’ Armeniens  actuellement  a  Karamlaiss. 

Eglises 

Parmi  les  eglises  de  Karamlaiss,  citons  d’abord  Feglise  jacobite, 
aujourd’hui  disparue,  des  Quarante  Martyrs.  C’est  la  que,  avec  la 


(1)  Hist.  Eccl.,  II,  col.  526. 

(2)  Hist.  Eccl.,  II,  col.  530. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NIN1VE 


411 


permission  de  Sultan  Sah,  le  maphrien  Athanase  consacra  le  St-Chreme 
en  1369  (1).  Un  manuscrit  sans  date,  conserve  a  Pdglise  de  Tahira  de 
Qaraqos,  provient  de  cette  eglise  (2) ;  c’est  un  livre  des  offices  de  Careme, 
demande  par  un  pretre  ‘Awdlsoh  Le  site  de  l’eglise  des  Quarante  Martyrs 
est  en  partie  marque  par  un  petit  tell,  alors  que  P autre  partie  a  ete  bou- 
leversee  pour  Pincorporer  a  un  jardin,  tout  pres  du  village,  au  sud-est. 

Un  colophon  de  1911  (3)  donne  la  liste  complete  des  «dglises»  de 
Karamlaiss.  En  plus  de  P eglise  jacobite  ddja  citde,  il  enumere  les  dglises 
chaldeennes  de  la  Ste-Vierge,  du  martyr  Georges,  de  Mar  Yohannan, 
de  Mar  Yonan  Panachorete,  et  de  Ste-Barbe. 

Quel  est  ce  Mar  Yonan  a  qui  une  eglise  aurait  dte  dediee,  et  dont 
meme  le  tombeau  a  disparu?  C’est  probablement  le  disciple  de  Bar  ‘£ta, 
originaire  de  Karamlaiss,  qui  ne  put  un  jour  traverser  le  Hazir  pour 
retourner  a  son  couvent  parce  qu’un  lion  lui  barrait  le  passage.  On  sait 
comment  la  priere  de  son  maitre  le  delivra  (4).  La  date  de  Panachorete 
est  le  milieu  du  VIe  siecle.  Son  tombeau  se  trouvait  la  oil  est  actuelle- 
ment  l’ecole.  II  avait  ete  pendant  un  temps  inclus  dans  le  cimetiere 
musulman  sous  le  nom  de  «Daws  ‘Ali»,  Pempreinte  de  ‘All. 

Un  cimetiere  chrdtien,  anterieur  a  la  peste,  y  etait  jadis  attenant. 
On  y  a  retrouvd  rdcemment  une  pierre  tombale,  lue  par  le  chammas 
Matti,  qui  est  justement  celle  de  ‘Abdul  Masih,  fils  de  Hanna,  mort  le 
25  aout  1726,  en  souvenir  de  qui  son  pere  Hanna,  fils  de  ‘Abdallah,  et 
sa  mere  Han£,  fille  de  Maqsud,  ainsi  que  leurs  parents  Kanun,  ‘Issa, 
6um‘a,  et  son  beau-frere  Hormizd,  ofifrirent  a  Peglise  de  la  Ste-Yierge 
un  magnifique  Hudra  complet,  encore  en  usage,  termini  en  1727  par 
le  pretre  Yusif,  fils  du  pretre  Gudrguls,  d’Alqos.  Ce  Hudra  a  sa  place 
en  hdortologie  chaldeenne. 

(1)  Aux  sources  citees  plus  haut  il  faut  ajouter  la  courte  notice  sur  cette  Eglise, 
par  Mgr  Paulos  Behnam,  dans  Lisdn ,  cit.  1/1949,  p.  37,  n°  23. 

(2)  Cod.  n°  1 1  de  la  liste  de  Mgr  Abdal  ( al  Lu‘lu\  cit.  p.  224)  qui  donne  £ga- 
lement  en  note  quelques  faits  de  l’histoire  des  Syriens  de  Karamlaiss. 

(3)  Cod.  524  du  Patr.  Chald.,  Cat.  Mgr  Bidawid. 

(4)  Histories  of...  R.  Bar  Idta ,  II,  I,  p.  284. 


412 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


L'eglise  de  Ste-Barbara  (Barbe),  accolee  au  second  tell,  hors  du 
village,  represente  a  la  fois,  d’apres  la  tradition  locale,  la  prison  et  le 
tombeau  de  la  martyre,  alors  que  la  forteresse  et  le  palais  du  roi,  dont 
son  pere  etait  premier  ministre,  couronnait  le  monticule. 

On  ne  sait  quand  cette  eglise  fut  fondee.  Elle  avait  ete  depuis  long- 
temps  abandonnee  par  les  Nestoriens  quand  elle  fut  rebatie  par  les 
catholiques,  en  1764.  Elle  fut  decoree  en  1797  d'un  linteau  sculpte,  sur- 
montant  la  porte  du  martyrion,  a  gauche  de  l’autel.  La  pierre  tombale 
de  Ste  Yollne  (Juliana),  «epouse  du  Verbe»,  «soeur  de  Ste  Barbe»,  et 
martvrisde  avec  elle,  fut  egalement  restauree  a  cette  epoque.  Au-dessus 
de  la  grande  porte  de  Tau tel  se  trouve  une  longue  inscription  liturgique, 
souvenir  d'une  restauration  recente.  L' image  grossiere  de  la  patronne 
du  lieu,  avec  une  croix  sur  son  sein,  signalee  par  Ive’s  en  1758,  a  main- 
tenant  disparu.  Le  pelerinage  de  Ste  Barbe  a  lieu  ici  le  4  decembre  (1). 

L’eglise  de  Mar  Guorguis,  actuellement  abandonnee,  represente 
Lemplacement  d'un  couvent  d’un  disciple  de  Bar  ‘Eta.  Quand  j’ai  parle 
de  c.e  dernier,  en  etudiant  Marga,  j’ai  releve  l’erreur  de  certains  dans  la 
lecture  du  texte  de  ‘Arnr  (2)  ou  il  est  dit:  «Au  temps  d’Isocyaw  I  (581-595) 


(1)  References  dans  Peeters,  Bibl.  Hag.  Or .,  p.  33  et  Vies  des  Saints  des  Benedic- 
tins  de  Paris,  t.  XII/1956,  p.  119-126.  Ste  Barbe  est  certainement  une  des  saintes  les 
plus  populaires  dans  le  monde  entier.  II  y  avait,  du  Ve  au  XI I e  s.  un  couvent  syrien 
a  son  nom  dans  la  montagne  d'Edesse  (cf.  Mgr  Barsaume,  Ludu\  2e  ed.,  p.  627).  Chez 
les  Syriens  Orientaux,  Ste-Barbe  etait  jadis  commemoree  le  quatrieme  lundi  apres 
la  resurrection.  Son  culte  tomba  en  desuetude  mais  fut  retabli  par  Joseph  II  en 
1717.  A  Karamlaiss  meme,  bien  que  la  sainte  ne  soit  pas  mentionnee  dans  les 
Diptyques  du  XIYe  siecle,  sa  fete  etait  deja  celebree  localement  par  les  Nestoriens. 
Un  gazza  de  1731  (ecrit  a  Alqos  par  le  pr.  Hanna,  fils  du  pr.  Homo,  fils  du  pr. 
Daniel)  contient  un  office  special  de  cette  fete.  Cet  office  aurait  ete  jadis  en  usage 
dans  la  grande  eglise  de  Kohe,  a  Seleucie-Ct&siphon,  mais  a  ete  compose  par 
Rabban  Mari  et  Mar  Emmanuel,  tous  deux  r^cemment  deced^s  au  temps  de  la 
copie.  II  comprend  l’hymne  des  Saintes  Femmes,  deja  rencontr^e,  avec  ajout  de 
Ste-Barbe.  Des  1707,  Joseph  II  avait,  de  son  cote,  compost  un  office  entierement 
different,  actuellement  en  usage  dans  le  village.  (Cp.  N.  D.  Sem.,  cod.  CLIX,  2) 
—  Au  Liban,  la  «Barbara»  du  4  decembre  est  Pequivalent  de  notre  Carnaval. 

(2)  Ar.  p.  49. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


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vivait  R.  Bar  ‘Eta,  et  R.  Guorguls  son  disciple  dont  le  couvent  est  a 
Karamlaiss  au  pays  de  Mossoul.»  C’est  le  couvent  de  R.  Guorguls  qui 
est  a  Karamlaiss,  et  non  celui  de  Bar  ‘Eta,  lcquel  est  en  Marga. 

De  meme,  certains  auteurs  ont  confondu  (1)  ce  Mar  Guorguls, 
disciple  de  Bar  ‘Eta,  avec  un  autre  saint  du  meme  nom,  contemporain 
de  Bar  ‘Eta  et  comme  lui  disciple  de  Mar  Abraham.  Ce  fut  cet  homonyme 
qui  fonda  deux  couvents,  Fun  en  Adiabene  et  l'autre  en  Marga. 

L’dglise  de  Mar  Gudrguls  (le  moine  et  non  le  martyr)  est  situee  a 
Fentrde  du  village,  a  gauche  quand  on  vient  de  la  grand-route  d’Erbil. 
La  cour  sert  actuellement  de  cimetiere,  mais  un  vieux  puits  au  milieu 
des  tombes  temoigne  de  son  ancienne  destination.  Le  batiment  lui-meme, 
qui  tombe  lentement  en  ruines,  avait  etd  restaure  en  1715,  comme  on 
pourrait  le  deviner  par  limitation  de  porte  atabeg  a  double  linteau, 
clairement  de  style  Galili,  qui  reste  son  seul  ornement. 

C’est  probablement  cette  eglise  que  Ive’s  decrit  en  1758  comme 
dtant  Feglise  alors  en  usage,  antique,  a  une  nef  et  deux  ailes.  L'image 
du  crucifie  qu’on  lui  a  signalee  dans  le  Saint  des  Saints,  mais  qu’il  ne 
put  voir  parce  que  la  porte  dtait  fermee,  s’est  muee  en  un  horrible  St- 
Georges  (martyr  !),  odieusement  «restaur£».  Cependant,  F auteur  met 
la  sacristie  a  droite  et  le  baptistere  a  gauche  de  Fautel  principal.  Ceci 
n’est  ni  liturgique,  ni  exact;  les  traces  de  baptistere  avec  son  «autel» 
sont  bien  visibles  a  droite,  et  la  chapelle  de  gauche  est  le  B.  Qaddlse, 
ou  martyrion. 

II  semble  que  ce  soit  aussi  de  cette  Eglise  que  Rich  parle  en  1820, 
quand  il  mentionne  «une  grande  et  vieille  dglise,  restaurde  en  1690  (?) 
et  maintenant  en  ruines». 

L’^glise  de  La  Vierge,  actuellement  «nouvelle»,  a  en  fait  renou- 
velde  sous  le  patriarche  Joseph  Audo  (1848-1878).  Elle  se  trouve  au 
milieu  du  village.  C’est  probablement  d’elle  que  Ive’s  voulait  parler 
quand  il  signalait  «dans  la  ville,  les  restes  d’une  grande  dglise». 

(1)  V.g.  Researches ,  p.  92,  qui  donne  dans  la  n.  442  la  reference  a  l’homonyme 
de  la  Chr.  de  Seert. 


414 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Dans  cette  eglise  furent  deposees,  au  temps  clu  patriarche  Elie  IV 
Abbolyonan  (1879-1894)  les  reliques  decouvertes  en  1879  au  lieu  dit 
Bet  Mariam,  au  nord  de  F  eglise  de  Mar  Gudrguis,  tout  pres  de  celle- 
ci.  CTest  d’ellesque  V.  Cuinet  parle  quand  il  dit:  «On  a  trouve,  il  y  a  dix 
ans,  dans  une  vieille  eglise  de  Karamlaiss,  vaste  et  bien  bade,  une  petite 
boite  en  bois  recouverte  de  plaques  en  fer,  et  enduite  de  bitume,  con- 
tenant  de  precieuses  reliques  avec  une  inscription  chaldeenne  qui  en 
atteste  l’authenticite  et  les  attribue  a  St.  Addee  et  a  St.  Iso4.  Cette  boite 
contenait  aussi  une  fiole  remplie  de  sang»  (1).  En  fait,  les  reliques  sont 
celles  de  fapotre  Adda!  et  du  martyr  Iso'sawran  d’Erbil  (2).  Mgr 
Hanna  Qorio,  originaire  de  Karamlaiss,  raconte  (3)  comment  le  pa¬ 
triarche  Abbolyonan  vint  reconnaitre  les  reliques,  accornpagne  du  consul 
de  France  a  Mossoul,  Nicolas  Siouffi.  Celui-ci,  a  qui  le  patriarche  rerffit 
une  particule  des  reliques,  paya  au  nom  de  la  France  f  drection  de  1’autel 
ou  les  reliques  furent  ddposdes. 

Dans  f  eglise  de  la  Vierge  sont  egalement  conserves  les  manuscrits 
de  Karamlaiss,  dont  nous  avons  parle. 

L’eglise  moderne  de  Karamlaiss,  en  voie  de  finition,  est  sous  le 
vocable  de  fapotre  Addai  (d’autres  disent:  de  la  Vierge).  Elle  borde  la 
route  a  droite  a  f  entree  du  village,  faisant  pendant  a  Mar  Guorguis. 

Enfin,  Ive's  mentionne  «les  ruines  d’une  grande  eglise  de  S.  Jean 
f  Evangeliste,  a  une  certaine  distance  du  village,  vers  le  Sud».  En  fait, 
a  200  metres  dans  cette  direction  se  trouvent  les  ruines  dites  de  «Rabban 
Yohana».  Personne  ne  sait  qui  est  ce  «Maitre  Jean»,  dont  le  nom  figure 
ici  prononce  a  la  fagon  des  tribus  des  montagnes,  les  «Assyriens»  mo- 
dernes.  D’apres  les  Diptyques  de  Karamlaiss ,  Yohana,  vocalist  comme  ici, 


(1)  Turquie  d'Asie,  II,  p.  830.  —  Mgr  A.  Scher  cite  egalement  la  decouverte 
dans  Suhada\  I,  p.  12.  Le  livre  est  publie  en  1900  et  fauteur  place  la  trouvaille  «au 
cours  de  ces  dernieres  ann£es». 

(2)  Peut-etre  ces  dernieres  furent-elles  amenees  d'Erbil  apres  la  destruction  de 
l’eglise  du  martyr  qui  s’y  trouvait. 

(3)  JVagm,  1 1 1/1931,  p.  291-297,  avec  le  texte  de  l’inscription  de  l’autel. 


LES  VILLAGES  CHALDEENS  DE  NINIVE 


415 


est  un  martyr  (1)  nomm£  apres  Iso‘sawran  d’Erbil,  lui-meme  martyrise 
en  620.  Plus  loin,  le  meme  document  cite  Mar  Yohannan,  martyr, 
et  son  frere  R.  Yusif,  parmi  les  personnages  «enterres  dans  ce  village» 
et  recommandes  au  memento  de  la  messe.  On  devine  en  cux  les  hdros 
obscurs  de  Tune  des  pdriodes  les  plus  dures  de  la  vie  de  Karamlaiss, 
quand  le  village  avait  a  lutter  pour  sa  foi  nestorienne,  en  meme  temps 
contre  Penvahisseur  monophysite  et  contre  le  persdcutcur  sassanide. 

II  faudrait  leur  aj outer  «les  fils  de  Gregorios,  martyrs  »,  ainsi  que 
R.  Sawa,  dont  on  ne  sait  rien,  sinon  qu’ils  reposent  a  Karamlaiss.  Lcurs 
sanctuaires  ont  disparu,  ainsi  que  celui  des  Macchabees,  «enterres  dans 
ce  village ». 


(1)  L’edition  de  Qalaita  l’appelle  Yokania. 


XIV 


LES  VILLAGES  SYRIENS 
ET  JACOBITES  DU  DIOCESE  DE  NINIVE 


1.  —  Bartelli 

Pour  tous  les  voyageurs  qui  ont  fait  en  auto  la  route  Erbil-Mossoul, 
Bartelli  (1)  est  bien  connu.  Ses  grandes  eglises  neuves,  surmontees  de 
croix  bien  voyantes,  frappent  tout  de  suite  le  regard.  Et  combien,  qui 
etaient  passes  par  la,  m’ont  demande:  Qu’est-ce  done  que  ce  village 
chretien,  a  gauche  de  la  route,  22  kilometres  avant  d’arriver  a  Mossoul? 
C’est  a  cette  question,  des  centaines  de  fois  entendue,  que  je  vais  essayer 
de  repondre. 

Bartelli  est  un  bourg  de  4266  habitants,  tous  syriens,  mais  pour  un 
tiers  seulement  catholiques.  Bien  que  ruine  au  moins  trois  fois,  comme 
le  souligne  S.S.  Mgr  le  Patriarche  Syrien  Orthodoxe  (2),  Bartelli  s’est 
beaucoup  agrandi  par  l’appoint  de  refugies  de  Takrlt,  Ba  Sahraya, 
Semmel,  Qub,  Basbita,  Zangana,  etc.,  et  meme  d’Assyriens  venus  des 
montagnes  du  nord  et  de  l’lran. 

Le  site  du  village  etait  certainement  occupe  des  l’antiquite  (3), 
puisqu’on  y  trouve  un  tell  qui  n’a  jamais  ete  explore.  V.  Place  s’est  con¬ 
tents  de  le  mesurer  (4).  C’est  ainsi  que  Ton  sait,  ce  qui  ne  nous  avance 


(1)  Le  nom  officiel  moderne  est  Bartalla.  On  trouve  aussi  Batalli  et  Batalli.  Cf. 
table  de  Muniat  al  Udaba\  p.  330. 

(2)  Dafaqdt,  p.  192. 

(3)  Dafaqdt  affirme  que  Bartelli  est  mentionnee  par  des  historiens  dignes  de  foi, 
au  temps  d 'Alexandre  (p.  81,  n.  1),  mais  helas  ne  cite  pas  ses  sources. 

(4)  Ninive  et  V Assyrie ,  t.  II,  p.  170. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


417 


guere,  que  «ce  monticule  est  long  de  42  metres,  large  de  34,  avec  une 
hauteur  de  9  metres». 

Le  nom  meme  du  village  a  re^u  plusieurs  interpretations  (1).  La 
plupart  des  dtymologistes  le  rendent  par  «le  lieu  de  Pombre»,  done  des 
arbres,  par  changement  du  Z.  en  T.  D’autres,  avec  Yaqut,  y  voient  un 
derive  de  l’aramden,  Bet  Rtolli,  Tendroit  ou  l’on  fabrique  les  poids  d’un 
Rotol;  d’autres  encore  le  font  venir  de  Bar  Talya,  le  fils  du  jeune  enfant, 
etc.  (2).  En  rdalitd,  des  le  VIe/VIIe  siecle  on  trouve  la  locality  de  Bet 
Bar  Telli,  ou  Bdt  Tarlai,  «village  connu  sous  la  montagne»  (3). 

Ce  village  dtait  jusque  la  nestorien;  au  temps  de  Gabriel  de  Singar, 
avant  la  mort  de  Bar  ‘£ta,  done  dans  la  premiere  ddcade  du  VIIe  siecle,  il 
fut  entraind  dans  le  monophysisme  par  les  propagandistes  venus  du  couvent 
de  Mar  Matta,  situd  seulement  a  15  kilometres  au  nord/nord-est. 

Un  des  premiers  actes  d’orthodoxie  des  nouveaux  convertis  fut  de 
menacer  un  moine  nestorien,  Bar  Sahde,  qui  vivait  non  loin  de  la,  au 
monastere  de  Mar  Adona,  avec  un  frere  nommd  Pinhas.  Le  pauvre  moine 
eut  tellement  peur  qu’il  s’enfuit  a  B.  Rustaqa,  un  village  du  district 
d’Ardod,  mais  oublia  d'emporter  les  precieux  livres  de  hermitage.  R. 
Bar  ‘Eta  renvoya  Pinhas,  plus  mort  que  vif,  les  rdcupdrer  a  la  faveur  de 
la  nuit,  en  meme  temps  que  le  petit  voile  brodd  du  martyrion.  Ce  voile, 
qui  fut  accroche  au-dessus  de  la  Croix,  attira  au  monastere  de  Bar  ‘Eta 
toutes  sortes  de  mesaventures;  un  «dthiopien»  apparut  dans  le  martyrion, 
et  des  diableries  variees  se  produisirent.  Bar  ‘Eta  les  exorcisa  en  faisant 
bruler  le  voile,  devenu  lui  aussi  hdr^tique  (4). 

Qiiant  au  village,  pour  se  fixer  dans  sa  nouvelle  foi,  il  s’dtablit  bien- 
tot  une  de  ces  ecoles  de  liturgie,  imitdes  de  celles  des  Nestoriens,  qui 


(1)  Sumer ,  1952,  cit.  p.  256,  et  Researches ,  p.  56-59. 

(2)  Jones  ( JRAS ,  XV/ 1855,  p.  374  b)  y  voyait  «la  place  de  la  rosde». 

(3)  Histories  of...  Bar  Idta ,  t.  II,  I,  p.  245,  soulignd  par  Pognon,  Inscr.  Sem ., 
p.  141.  Le  village  de  Beth  Tela'i  etait  encore  nestorien  au  temps  de  R.  Cyprien  (Bk  II, 
p.  604). 

(4)  Histories  of...  Bar  Idta ,  t.  II,  I,  p.  243. 


Rech.  23  —  27 


418 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


contribuerent  tant  a  plaire  aux  gens  «par  les  chants  et  par  de  douces 
modulations».  L 'Histoire  de  Maruta ,  qui  parle  de  ces  ecoles,  appelle  le 
village  Bet  Tarlay  (1). 

La  cellule  maphrianale 

II  faut  attendre  le  XIIe  siecle  pour  que  les  contours  de  l’histoire  du 
bourg  se  precisent.  Des  notre  premier  contact  avec  eux,  les  gens  de  Bar- 
telli  se  presentent  avec  les  caracteres  qu’ils  ont  gardes  a  travers  les  siecles, 
prompts  a  prendre  parti,  serait-ce  violemment,  pour  ce  qu’ils  croient 
etre  le  droit,  prompts  aussi  a  se  repentir  et  a  regagner  le  camp  de  leur 
foi  traditionnelle,  a  laquelle  ils  se  tiennent  d’une  fa^on  opiniatre. 

En  1112  ils  se  laissent  entrainer  par  Timothee  Sogdi,  metropolite 
de  Mar  Matta,  a  supprimer  des  Diptyques  la  mention  du  maphrien 
Denys  Mussa  (2),  qui  avait  le  tort  d’etre  originaire  de  Magas  au  lieu 
d’etre  de  Takrit.  Quand  le  Sogdien  mourra,  probablement  en  1120,  les 
Bartelliens  contrits  enverront  line  deputation  au  patriarche,  qui  pro- 
cddera  a  une  reconciliation  generale. 

On  ne  sait  quel  fut  le  role  des  gens  de  Bartelli  dans  la  seconde  affaire, 
qui  eclata  pas  longtemps  apres  la  precedente,  et  ou  Bar  Kutela  usa  de 
son  amitie  avec  le  Qadi  de  Mossoul  pour  obliger  le  meme  maphrien, 
Denys  Mussa,  a  le  sacrer  eveque  de  Mar  Matta  (3).  L’intrus  devait 
etre  en  bons  termes  avec  le  village,  car  il  s’y  reposait.  Un  soir  oil  il  avait 
trop  bu,  il  tomba  de  la  terrasse  de  la  «grande  eglise))  et  se  tua,  encore 
sous  le  coup  de  l’excommunication  dont  l’avait  frappe  le  maphrien. 
Ceci  se  passait  en  1142. 

Denys  Mussa  le  rejoignit  peu  de  temps  apres  dans  la  tombe.  Son 


(1)  Histoire  de  Maruta ,  p.  66. 

(2)  Sur  toute  cette  histoire  voir  B.H.,  II,  col.  318-323;  Armalet,  Maph .,  n°  62; 
Lisdn,  III/ 1 95 1 ,  p.  221-222;  Diss.,  p.  165,  n°  32;  B.O.,  II,  p.  448-449;  Le  Q..,  Mos¬ 
soul,  XII. 

(3)  Certains  disent  Bar  Butela  (cf.  DHGE,  VI/ 1932,  col.  669,  par  M.  le  chan. 
A.  van  Lantsciioot)  ;  Armalet,  cit.  donne  Qutlu;  cf.  B.H.,  II,  col.  324-326;  B.O. , 
II,  p.  449;  Le  Q.,  n°  XIV;  Lisdn,  III/1951,  p.  222-223. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


419 


successeur,  le  maphrien  Ignace  Lazare  (1143-1164),  s’dtait  fait  une  idde 
assez  claire  des  tendances  des  dveques  de  Mar  Matta,  et  voulait  les 
remettre  au  pas.  Bar  Kutdla  eut  encore  un  successeur,  dont  on  ignore  le 
nom,  mais  quand  celui-ci  mourut,  en  1 152,  le  maphrien  passa  a  Taction. 
On  a  vu  plus  haut  comment  il  ne  ddsigna  pas  d’dvcque  pour  le  couvent 
avant  1155,  avant  d’avoir  obtenu  Tapprobation  du  synode  et  du  pa- 
triarche  de  retirer  a  Tdveque  de  Mar  Matta  sa  juridiction  sur  Ninive. 

Les  Bartelliens  avaient-ils  mis  trop  d’ardeur  a  soutenir  le  couvent? 
Toujours  est-il  que,  lorsque  le  maphrien  monta  a  Mar  Matta  pendant 
Tinterregne,  il  passa  a  cotd  du  village  sans  s’arreter  et  se  reposa  a  Teglise 
de  B.  Kalita  (1).  Pour  qui  connait  les  usages  de  TOrient,  ce  geste  ne 
peut  etre  interprdt^  que  comme  une  rcprimande.  Les  villageois  durent 
le  comprendre  et  faire  amende  honorable,  puisque  le  maphrien  reviendra 
chez  eux  en  descendant,  mais  pas  avant  d’avoir  visits  B.  Daniel  et  Qa- 
raqos,  situds  beaucoup  plus  loin.  Cette  prime  a  la  fiddlitd  deviendra  le 
protocole  normal  des  visites  maphrianales. 

A  Bartelli  domptd  et  pardonnd,  Ignace  Lazare  fera  agrandir  le 
temple  de  la  «grande  dglise».  Il  y  batira  la  «cellule  a  laquelle  on  monte 
par  des  escaliers  a  partir  de  la  cour  de  Tdglise»  (2).  Ainsi  Bartelli 
deviendra-elle  la  «capitale  de  la  region  syrienne  de  Ninive»  (3). 

Sous  Jean  IV  de  Sarug  (1 165-1 188),  on  n’entend  pas  parler  de  Bar¬ 
telli.  Le  village  s’dtait  un  peu  assagi,  et  fut  d'aillcurs  victime  d’un  raid 
de  Kurdes  en  1171.  Le  couvent,  dgalement  pi\\6  a  cette  date,  pansait 
surtout  les  blessures  morales  de  la  spoliation  (4) ;  le  maphrien  etait 


(1)  B.H.,  II,  col.  344.  —  Ce  village  a  disparu. 

(2)  Cf.  B.H.,  II,  col.  338-346;  Armalet,  n°  63;  Diss.,  p.  165-166,  n°  33;  B.O. , 
II,  p.  450-451;  M.S.,  III,  p.  307-313,  478,  495. 

(3)  Dafaqat ,  p.  81. 

(4)  Cette  situation  instable  encouragea  certainement  le  saint  ddsir  de  «resour- 
cement»  des  moines  de  la  region,  dont  on  retrouve  plusieurs  en  Egypte  a  F^poque. 
V.g.,  en  1 180,  le  moine  ‘Aziz,  de  Bet  Bartelli  est  au  monastere  du  Handaq  (Cat.  B.M., 
Wright,  p.  257)  et  en  1209,  Jean,  reclus  de  Mar  Matta,  offre  un  manuscrit  au  couvent 
de  la  Vierge  Marie  (ms.  inconnu,  n°  MXXYII  du  B.M.,  Cat.  Wright,  p.  1198). 


420 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


occupy  par  ses  divergences  avec  le  patriarche  Michel  a  propos  des 
«Hassassins».  Demissiormaire  puis  reinstalls,  le  maphrien  semble  avoir 
ete  en  route  vers  Bartelli  quand,  a  l’etape  precedente,  Qaraqos,  il  se  tua 
en  tombant  lui  aussi  de  la  terrasse  de  1’eglise  (1). 

Gregoire  Jacques,  neveu  du  patriarche  Michel  le  Grand,  trouva  a 
son  intronisation,  en  1 189,  une  situation  a  nouveau  troublee.  Mar  Matta 
s’etait  liguS  avec  Mossoul  et  Takrlt  pour  nommer  anti-maphrien  un  de 
ses  moines,  Karim,  fils  de  Masih.  Ce  n’est  qu’en  1192  que  Gregoire  put, 
grace  a  la  forte  somme,  mettre  le  prince  de  Mossoul  de  son  cotS  et  dis¬ 
poser  de  l’intrus.  II  ne  semble  pas  que  Bartelli  ait,  cette  fois,  pris  position 
contre  le  maphrien  legitime,  puisque  celui-ci  viendra  s’y  installer  et  y 
restera  quinze  ans  (2),  dans  la  «cellule  maphrianale»  qu’il  avait  bade 
dans  la  grande  eglise,  «alors  qu’auparavant  le  maphrien  residait  dans 
une  petite  chambre  a  laquclle  on  accedait  par  un  escalier  a  partir  de 
l’oratoire».  II  mourut  dans  un  village  du  Mont  Singar  en  1215  (3). 

A  ce  moment,  Badr  ad  Din  Lu’lrk  a  deja  commence  a  Mossoul  un 
gouvernement,  d’abord  de  fait  puis  en  titre,  qui  durera  soixante  ans 
(1199-1259),  alors  qu’a  Erbil  Muzaffar  ad  Din  Kukburi  a  succede  a 
son  pere  en  1190,  et  regnera  jusqu’en  1232.  L’ambition  commune  aux 
deux  hommes  ne  pouvait  qu’en  faire  des  ennemis  (4).  Bartelli,  situee  a 
25  kilometres  du  Grand  Zab  et  a  15  kilometres  du  Hazir  etait  a  portee 
d’une  force  de  frappe  venant  du  territoire  d’ Erbil,  avant  que  Mossoul, 
a  22  kilometres  a  l’ouest,  n’ait  le  temps  d’envoyer  du  secours  (5). 

Si,  malgre  cette  situation  precaire,  le  maphrien  Ignace  III  Daoud 
(1215-1222)  voulut  quand  meme  habiter  la  «cellule»  de  Bartelli,  il  en 


(1)  B.H.,  II,  col.  359;  M.S.,  III,  p.  327,  479,  495;  Honigmann,  Barsauma,  p. 
117;  Armalet,  n°  64;  Diss.,  p.  166,  n°  34;  B.O. ,  II,  p.  452-453. 

(2)  Dafaqat  dit:  cinq  ans  (p.  81). 

(3)  M.S.,  III,  p.  403,  481-482,  495;  B.H.,  II,  col.  381-388;  Diss.,  p.  166-167, 
n°  35;  B.O.,  II,  p.  453;  Armalet,  n°  65. 

(4)  On  a  vu  ce  passage  dans  l’histoire  d’Erbil. 

(5)  Voir  par  exemple  l’episode  du  jeune  homme  qui  a  la  main  coupee,  Chro- 
nogtraphy,  t.  I,  p.  374. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


421 


fut  empeche  par  le  chef  SinTun,  qui  le  chassa  meme  cle  Ninive.  Ceci  ne 
put  se  faire,  dvidcmment,  sans  l’accord  dc  Lii’hV,  dont  la  vdnalitd  ap- 
parait  bicn  dans  cette  affaire.  II  avait  aidd  le  maphrien  a  se  libdrer  de  sa 
prison  de  Takrlt;  mais,  maintenant  que  ses  coffres  sont  vides,  le  pauvre 
prelat  n’interesse  plus  l’usurpateur,  qui  n’hdsite  pas  a  prendre  le  parti 
de  son  adversaire.  Tout  ce  qu’Ignace  Daoud  put  faire  fut  de  quitter  le 
pays.  Quand  il  devint  patriarche,  en  1222,  il  excommunia  le  chef  de 
Bartelli.  Celui-ci,  tentant  de  jouer  le  double  jeu  entre  Lu’lu’  et  Muzaffar, 
ecrira  a  ce  dernier  une  lettre  insidieuse  a  propos  du  premier.  Sultan 
Lu’lu’,  averti,  fit  crucifier  SinTun  de  Bartelli  (1). 

C’est  probablement  au  temps  d’lgnace  III  Daoud,  vers  1219  (2), 
dans  la  periode  de  troubles  qui  suivit  la  prise  de  pouvoir  de  l  atabek 
Naser  ad  Din  Mahmud,  que  le  Hatib  des  musulmans  de  Bartelli  pro- 
voqua  (du  moins  de  favis  de  fftdessdnien  anonyme)  une  rixe  entre  ses 
coreligionnaires  et  les  chretiens  du  village.  Batonne  par  ordre  du  chef 
(peut-etre  le  fameux  SinTun)  le  prddicateur  vint  a  Mossoul  oil,  le  ven- 
dredi,  il  leva  une  troupe  de  fanatiques  qui  sortirent  en  tumulte  de  l’edi- 
fice  et  voulurent  aller  attaquer  Bartelli.  Trouvant  les  portes  de  la  ville 
fermees  devant  eux  par  les  autorites  de  la  ville,  ils  tournerent  leur  fureur 
vers  l’eglise  la  plus  proche,  Mar  Zdna,  la  grande  £glise  des  Takritains, 
qu’ils  mirent  a  sac. 

Le  maphrien  Denys  Saliba  II  (1222-1231)  passa  ses  huit  premieres 
anndes  a  Bartelli,  oil  il  vdcut  comme  un  moine  et  sa  soeur  comme  une 
nonne,  dans  la  cellule  maphrianale  (3).  Apres  ces  anndes  de  tranquillity, 


(1)  B.H.,  II,  col.  390;  Diss .,  p.  167,  n°  36;  B.O. ,  II,  p.  454;  Armalet,  n°  66. 

(2)  Et  non  pas  en  1301  comme,  je  l’avais  dit  dans  AIossoul  Chretienne ,  p.  34. 
En  fait,  la  date  de  1301  est  incompatible  avec  celle  du  Chronicon  civile  et  ecclesiasticurn 
anonymi  auctoris  (£d.  Rahmani,  Charfet  1904)  a  qui  le  fait  est  emprunt£  (p.  373).  Il  n’y 
a  done  plus  d’objection  (malgre  ma  note  2,  cit.)  a  ce  que  le  tombeau  d’al  Hallal  ait 
£te  yrige,  des  la  mort  de  celui-ci,  en  1238,  sur  les  ruines  de  l’eglise. 

(3)  Il  ne  verra  jamais  Takrlt.  B.H.,  II,  col.  404;  Diss.,  p.  167,  n°  37;  B.O.,  II, 
p.  454;  Armalet,  n°  67. 


422 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


il  partit  au  Tar  ‘Abclin  pour  guerroycr  contre  les  Kurdes,  dont  une 
fleche  lui  ota  la  vie. 

Son  successeur,  Jean  bar  MaViani,  qui  sera  maphrien  de  1232  a  son 
election  au  patriarcat  en  1253,  eut  bien  des  difficultes  a  se  faire  admettre 
dans  son  diocese.  On  ne  sait  rien  de  son  sejour  dans  notre  village  (1). 

A  cette  epoque  vivait  le  plus  illustre  des  fils  de  Bartelli,  le  savant 
Mar  Severe  Ya‘qub  bar  Sabo,  eveque  de  Mar  Matta  et  cFAdherbaidjan 
de  1232  a  1241,  dont  on  trouve  le  nom  dans  toutes  les  Litteratures 
Syriaques  (2). 

Du  maphrien  Ignace  Sallba  III  (1253-1258)  Bartelli  vit  peu  de 
choses.  A  l  inverse  de  son  prddecesseur,  il  fut  accepte  par  les  Mossouliotes, 
mais  cette  fois  ce  fut  Mar  Matta  qui  lui  ferma  ses  portes.  Il  passa  la  plus 
grande  partie  de  son  temps  a  parcourir  ses  villages  pour  recueillir  de 
Fargent,  afin  de  se  concilier  Finsatiable  Lu’lu’,  maitre  de  Mossoul.  Au 
bout  d’un  an  et  demi,  degout£  de  ce  travail,  il  rentra  a  Alep  (3). 

A  sa  mort,  la  communaute  jacobite  resta  six  ans  sans  maphrien, 
jusqu’en  1264.  Mais  en  fait,  on  peut  dire  que,  de  1254  a  1264,  ce  fut 
pendant  dix  ans  qu’elle  n’eut  pas  de  chef,  et  ces  annees  compterent  parmi 
les  plus  dures  qu’ait  connues  la  region  de  Ninive. 

En  1259  en  effet,  Lu’lu’  dtait  mort,  et  des  bandes  alternativement 
arabes  et  mongoles  devasterent  la  province  (4).  C’est  k  ce  moment, 


(1)  Armalet,  n°  68;  Diss .,  p.  167,  n°  38;  B.O. ,  II,  p.  454;  as  Saldsil,  p.  117  et 
31-32,  et  Hindo,  Primats ,  p.  88-89.  Il  envoya  sa  profession  de  foi  a  Innocent  IV  en 
1247.  Sur  sa  place  dans  la  literature  syriaque,  cf.  Mgr  Barsaume,  LaVIu\  p.  507-509. 

(2)  L’£tude  la  plus  complete  sur  lui  se  trouve  dans  la  Lit.  Syr.  arabe  de  Mgr 
Barsaume,  2e  ed.,  p.  501-504,  repris  dans  Lisan ,  1 1 1/ 1 95 1 ,  p.  224-230.  —  S’appuyant 
sur  Assemani  ( B.O. ,  I,  p.  585;  II,  p.  237,  455,  477  et  Diss.,  p.  100)  Le  Quien  ( O.C. , 
II,  col.  1600,  n°  III,  et  liste  de  Mossoul,  n°  XV)  en  fait  un6veque  deTakrit.  Cependant 
il  ne  fut  jamais  maphrien.  Voir  aussi  Baumstark,  p.  311-312;  Graf,  p.  269;  etc.  La 
correction  de  Sakko  en  Sabo  est  de  Dafaqat. 

(3)  B.O.,  II,  p.  455;  Diss.,  p.  167-168,  n°  39;  Armalet,  n°  69.  —  Il  aurait  eu 
des  tendances  catholiques,  cf.  Hindo,  Primats,  p.  89-90. 

(4)  B.H.,  II,  col.  422. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


423 


au  ttmoignage  d’Abu  Nasr  de  Bartelli,  superieur  de  Mar  Matta  (1), 
que  Ton  compta  de  nombreuses  apostasies,  meme  parmi  les  pretres,  les 
chammas  et  les  moines.  «I1  ne  resta  pas  une  dglise  qui  n’ait  dtd  profanee 
en  At5r,  Ninive,  Rehobot  et  ses  dtpendances,  Ba  Nuhadra  et  A1  Gazlra.» 

A  la  Pentecote  de  1260  se  produisit  la  grande  peur  de  Bartelli.  I  n 
familier  du  defunt  sultan,  un  certain  Bar  Yanis  de  Ba‘slqa,  dtroba  a 
son  nouveau  maitre,  le  jeune  Malik  Saleh  Isma‘Il,  la  lettre  qu’il  avait 
re^ue  de  son  frere,  ‘Ala’  ad  Din,  l’incitant  a  quitter  d’abord  Mossoul, 
pour  venir  la  reconquerir  ensuite  sur  les  Mongols  grace  a  l’aide  syrienne 
et  dgyptienne.  Saleh  decouvrit  le  vol  et  envoya  des  messagers  rtcuperer 
la  lettre.  Bar  Yunis  les  enivra  et  s’enfuit  a  Bartelli.  La  il  invita  le  chef, 
£Abdallah  bar  Hoso  et  les  habitants  a  prendre  la  fuite,  car  le  roi,  disait-il, 
allait  tuer  tous  les  chrttiens,  puis  gagner  l’Pgypte.  Tous  les  Bartelliens 
qui  le  purent  se  refugierent  a  Erbil.  Cependant,  ce  n'etait  qu’une  fausse 
alerte,  car  Saleh  avait  encore  plus  peur;  quand  ses  messagers  revinrent 
sans  la  lettre  compromettante,  il  crut  que  Bar  Yunis  ttait  parti  alerter 
les  Mongols.  Il  prit  son  fils  ‘Ala’  al  Mulk  et  ses  serviteurs  et  s’enfuit 
en  Syrie,  en  mai  1260  (2). 

Pendant  ce  temps,  un  autre  fils  cdlebre  de  Bartelli  dtait  devenu 
eveque  de  Mar  Matta  et  d’Adherbaidjan;  c’est  Gregoire  Yohannan,  a 
qui  sont  attributes  certaines  pieces  liturgiques  (3).  Il  fut  sacrt  apres 
1241  et  mourut  avant  1269. 

Mais  nous  voici  arrives  au  plus  fameux  de  tous  les  maphriens, 
Grtgoire  Abu  1  Farag  bar  Hebraeus,  maphrien  de  1264  a  1286,  qui  vtcut 
surtout  a  Mar  Matta,  mais  s’occupa  aussi  de  Bartelli  ou  il  transporta  le 
couvent  de  Mar  Yohannan  bar  Nagart.  On  verra  quand  on  parlera  de 
ce  couvent  comment  les  relations  du  maphrien  lui  valurent  faide  d’un 
dtcorateur  byzantin  (4). 


(1)  Dafaqat ,  p.  96. 

(2)  B.H.,  Chr.  Syr.,  6d.  Bedjan,  p.  515-516;  trad.  Chronography,  p.  440. 

(3)  Lu’lu p.  505-506;  Lisan,  III/1951,  p.  338. 

(4)  Citer  les  sources  sur  B.H.  6quivaudrait  a  faire  le  catalogue  d’une  biblio- 


424 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


L’oeuvre  immense  et  variee  du  grand  maphrien  pourrait  faire  penser 
qu’il  jouit  pendant  de  nombreuses  annees  du  calme  d’une  bibliotheque 
et  du  silence  de  sa  cellule.  En  fait,  lui-meme  le  note,  «tous  les  ans,  pen¬ 
dant  fete,  des  pillards  viennent  de  Syrie»  (1).  Pour  la  meme  date,  la 
Chronique  Synenne  enregistre  ireniquement:  «En  1285,  une  poule  de 
Bartelli  pondit  un  oeuf  aussi  gros  qu’un  oeuf  d’autruche,  et  au  Sabbat 
de  la  Passion  du  Redempteur  un  autre  en  pondit  un  petit,  qui  avait  un 
col  aussi  mince,  courbe,  et  long  qu’un  concombre.»  Nous  pouvons  en 
croire  Bar  Hebraeus,  il  i’avait  vu  lui-meme  (2). 

Du  temps  de  Bar  Hebraeus,  en  1279,  mourut  a  Bartelli  Mar  Atha- 
nase,  bar  Summan,  eveque  du  Ba  Nuhadra.  Son  corps  fut  transports 
a  Mar  Matta  (3). 

A  Bar  Hebraeus  le  Grand  succeda  son  frere,  qui  fut  son  continua- 
teur  en  tout.  Maphrien  en  1288,  Gregoire  Barsaume  as  Safi  ne  se  laissera 
convaincre  de  rejoindre  son  diocese  qu’apres  1298.  II  mourra  a  Bartelli 
en  1308  (4). 

Apres  une  nouvelle  vacance  de  neuf  ans,  le  siege  maphrianal  est 
pourvu  d’un  titulaire  en  1317.  C’est  encore  un  homme  de  Bartelli  qui 
est  choisi,  le  moine  Matta,  qui  devient  le  maphrien  Gregoire  Matta 
Hanno.  Comme  il  avait  des  dettes,  il  ne  put  se  lancer  immediatement 
dans  les  classiques  tournees  fastueuses  des  maphriens,  qui  rapportaient 
bien,  mais  coutaient  aussi  de  plus  en  plus,  a  cause  des  innombrables 
cadeaux  qu'il  fallait  offrir  aux  princes  et  principicules  rencontres  sur  le 

theque.  Je  me  contente  de  citer  celles  moins  connues  en  Occident:  al  UVliV  al  mantur , 
table,  s.v.  Ibn  al  ‘ Ibri ,  et  surtout  p.  510-536  et  Lisan,  III/1950,  p.  5-38.  —  Sur  Bar 
Hebraeus  «catholique»,  cf.  Hindo,  cit.  p.  90-91. 

(1)  A  la  date  de  1286  (B.H.,  II,  col.  468). 

(2)  Chronography ,  p.  474.  —  A  la  liste  des  poules  celebres  de  Bartelli  il  faudrait 
ajouter  cellc  qui,  en  1791/2,  couva  un  petit  coq  qui  avait  quatre  pattes  et  quatre  ailes. 
Cf.  Cara'ib  al  Alar ,  de  YasIm  al  ‘Omari,  ed.  Dr  M.  SaddIq  al  Galili,  Mossoul  1940, 
p.  34,  aux  evenements  de  1206  H. 

(3)  B.H.,  II,  col.  450;  B.O.,  II,  p.  255. 

(4)  B.O.,  II,  p.  460;  Diss.,  p.  168,  n°  41;  Armalet,  n°  71;  Honigmann,  Bar - 
sauma,  p.  75;  etc. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


425 


chemin.  Apres  deux  anndes  sagement  passees  dans  son  village  natal,  le 
prdlat  entreprit,  jusqu’a  Tabriz,  une  fructueuse  randonnde,  qui  le  remit 
a  flot.  Quand  il  rentra  a  Bartelli,  ce  fut  par  choix  et  non  plus  par  neces¬ 
sity.  A  cote  du  nouveau  maphrien  on  trouve,  des  les  premiers  jours  de 
son  Election,  le  medecin  ‘Abdallah  bar  ‘Abda,  de  Bartelli,  qui  le  soignera 
jusqu’a  sa  mort  en  1345  (1). 

Nous  avons  ddja  rencontre  l’intrus  Bar  Qinaya,  qui  se  fit  sacrer 
maphrien  par  les  moines  de  Mar  Matta,  puis  par  le  patriarche  de  Mar- 
clin  en  1361.  II  logea  a  Bartelli  au  Couvent  des  Quarante  Martyrs,  d’ou 
les  fiddles  le  firent  expulser  par  l’dmir  Hassan  de  Karamlaiss  (2).  Plus 
tard  le  maphrien  legitime,  Athanase  Ibrahim  II,  viendra  «purifier  le 
village»,  ou  il  sera  re^u  avec  enthousiasme  (3).  Ce  maphrien  est  le  der¬ 
nier  qui  ait  reside,  du  moins  partiellement,  a  Bartelli.  Il  y  vint  apres  son 
sacre,  en  1365,  puis  apres  1369,  et  y  mourut  en  1379  (4). 

Ceci  pose  d'ailleurs  un  petit  probleme:  pourquoi  les  maphriens 
changeaient-ils  le  lieu  de  leur  rdsidence,  et  meme  le  lieu  de  leur  sepul¬ 
ture?  Pour  le  couvent  de  Mar  Matta,  cela  faisait  une  humiliation  de 
plus,  et  pour  le  village  ou  le  couvent  oil  ils  elisaient  domicile,  un  honneur 
bien  sur,  mais  aussi  une  charge.  Les  maphriens  du  XVe-XYIe  siecle 
semblent  penser  que  les  troupes  sont  mieux  commanddes  de  Parriere,  et 
qu’il  est  inutile  pour  un  chef  de  s’cxposer  en  premiere  ligne.  Jusqu’aux 
anndes  d’installation  du  rdgime  turc,  c’est  de  la  retraite  de  Mar  Behnam 
que  le  primat  d’Orient  presidera  aux  destindes  de  son  Lglise  de  plus 
en  plus  diminude. 

Cependant  Qurillos  Yusif  III,  fils  de  Nisan  (1458),  restera  a  Bar¬ 
telli,  mais  pour  peu  de  temps.  Il  mourut  a  Homs  en  1470  (5).  C/est 

(1)  B.H.,  II,  col.  500-504;  B.O. ,  II,  p.  460;  Diss .,  p.  168,  n°  42.  —  Sur  la  lettre 
que  le  pape  lui  envoya  pour  l’exhorter  a  Punion,  cf.  Goormaghtigii,  Anal.  S.O.P. , 
1895,  p.  275;  Cuinet,  II,  p.  850-831;  as  Saldsil ,  p.  117-118;  Hindo,  cit.  p.  92-93. 

(2)  B.H.,  II,  col.  510-516;  B.O.,  II,  p.  461. 

(3)  Ce  maphrien  ne  figure  pas  dans  le  tableau  de  Mgr  Hindo  (p.  120). 

(4)  B.H.,  II,  col.  523-533. 

(5)  Armalet,  n°  77. 


426 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


peut-etre  pourquoi  Assemani,  qui  a  perdu  sa  trace,  ie  fait  mourir  quel- 
ques  jours  apres  son  sacre  (1). 

Qu’en  est-il  du  maphrien  Behnam  al  Hadli,  sacre  en  1404,  puis 
patriarche  en  1412?  Assemani  (2)  suivi  par  Le  Quien  (3)  met  son  lieu 
d’origine,  Hadl,  dans  le  district  de  Bartelli.  Les  textes  nc  disent  pas  cela: 
Hadl  se  trouve  au  Tur  ‘Abdln,  a  Fouest  d’Azeh  (4),  ce  qui  explique 
que  le  maphrien  ait  ete  d’abord  moine  a  Qartamln  (5).  En  realite, 
comme  Fexplique  Mgr  Barsaume  (6),  le  prelat  appartenait  a  une 
famille  originaire  de  Bartelli,  mais  etait  ne  a  Hadl.  A  la  meme  famille, 
appelee  Habbo  Ganni,  avaient  appartenu  le  moine  Abu  Nasr  (7), 
superieur  de  Mar  Matta  et  auteur  de  Hassdyat ,  mort  vers  1290,  et  le 
chammas  Behnam,  medecin  et  auteur  (8),  mort  vers  1292.  On  verra 
qu'il  est  probable  que  les  deux  freres  jouercnt  un  role  dans  la  restau- 
ration  de  Feglise  du  couvent  de  Mar  Behnam  vers  1250. 

Un  autre  patriarche  sera  encore  de  Bartelli  par  son  origine  lointaine, 
bien  qu’eleve  a  Mardln,  Ignace  Jean  Sillah  (1484-1494)  (9).  La  tradi¬ 
tion  des  patriarches  syriens  originaires  de  Bartelli  vient  d’etre  reprise 
par  S.S.  Mgr  Ignace  Ya‘qitb  III,  patriarche  Syrien  Orthodoxe  actuel. 

Quant  aux  eveques  sortis  de  ce  village,  citons  les  deux  eveques  de 
Gazlra,  Dioscore  Gabriel,  auteur  de  la  vie  de  Bar  Hebraeus  et  mort  en 
1300  (10),  et  Feveque  ‘Abdallah,  mort  en  1326  (11). 

(1)  Diss.,  p.  169,  n°  48;  B.O.,  II,  p.  385  et  462,  suivi  par  son  fidele  Le  Quien, 
O.C.,  II,  col.  1557,  n°  L. 

(2)  B.O.,  II,  p.  384,  462,  465-467;  Diss.,  p.  169,  n°  45. 

(3)  O.C.,  II„  col.  1400. 

(4)  Armalet,  n°  74. 

(5)  Le  vicomte  de  Tarazi  ( Salasil ,  p.  118),  ne  se  prononce  pas  sur  son  lieu  de 
naissance.  Le  DHGE,  s.v.  Basile  V  (t.  VI/ 1932,  col.  1 146),  renvoie  a  Particle  Ignace  IX , 
patriarche  cT Antioche,  a  paraitre. 

(6)  Lulu\  cit.  p.  554. 

(7)  Ibid.,  p.  539. 

(8)  Ibid.,  p.  540  et  p.  169  n.  29. 

(9)  Mgr  Abdal,  Bartelli  dans  Vhistoire,  in  al  LuliT  an  nadid,  cit.  p.  242. 

(10)  Mgr  Barsaume,  p.  541-542. 

(11)  Mgr  Abdal,  cit. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


427 


Les  auteurs  de  moindre  importance  et  les  copistes  de  Bartelli  tien- 
draient  des  pages  de  volume.  La  liste  de  copistes  de  Mgr  Barsaume,  par 
exemple,  est  tres  eloquente  a  ce  sujet  (1)  et  on  pourrait  encore  y  ajouter. 
Le  copiste  le  plus  celebre  est  probablement  lc  moine  de  Mar  Matta, 
Mubarak  ibn  Daoud  ibn  Saliba  ibn  Ya‘qub,  qui  calligraphia  et  orna  de 
54  miniatures,  en  1220,  un  evangdliaire  qui  appartenait  a  la  bibliotheque 
de  1’eglise  de  Tahira  de  Qaraqos  avant  d’etre  offert  au  pape  en  1948  par 
Mgr  Dallal.  II  est  actuellement  a  la  Bibliotheque  Vaticane  (2). 

Mais  le  defile  impressionnant  de  personnalit^s  et  la  description  des 
escarmouches  des  maphriens  nous  ont  laissd  peu  de  temps  pour  parler 
du  bourg  lui-meme. 

Yaqut  et  al  Mustawfi,  repris  par  Yasin  al  ‘Omari  (3),  le  ddcrivent 
comme  un  village  ancien,  presque  une  ville,  riche  et  commergant,  au 
revenu  annuel  de  20.000  dinars  rouges.  La  majority  des  habitants  sont 
chretiens,  bien  que  beaucoup  de  musulmans  s’y  soient  installs  et  y  aient 
une  mosquee  (4).  II  y  a  aussi  des  «communaut£s  d’adorateurs  et  d'as- 
cetes».  Quant  a  ses  produits,  ses  laitues  et  ses  legumes  sont  cites  en  pro- 
verbe,  tellement  ils  sont  de  premiere  qualitd;  son  coton  est  renomme. 

Helas,  avant  le  temps  de  Yasin  al  'Omari,  les  rdcoltes  sont  reduites 
au  bl 6  et  a  l’orge,  tout  le  reste  a  disparu. 

Une  petite  phrase  du  Muniat  al  Udaba ’  en  dit  long:  «Maintenant, 
dit-il,  ses  habitants  sont  chretiens. »  On  a  vu  plus  haut  la  rixe  de  1219 
entre  chretiens  et  musulmans,  et  sa  consequence,  le  pillage  de  l’eglise  de 
Mar  Zena  a  Mossoul.  Ce  que  nous  connaissons  du  fougueux  chef  Sim‘un 
fait  prdsumer  sa  reaction:  il  expulsa  les  musulmans  de  son  village. 


(1)  Mgr  Barsaume,  p.  607  s.:  n°  109,  113,  144,  146,  149,  151,  152,  160,  (300), 
s’etageant  surtout  de  1196  a  1328.  Pour  les  m^decins  cf.  n°  48  et  49,  p.  203. 

(2)  Mgr  Abdal,  p.  225,  n.  1. 

(3)  Les  deux  premiers  cites  par  Le  Strange,  The  Lands,  p.  90,  le  dernier  in 
Muniat  al  Udaba',  p.  131. 

(4)  Researches,  p.  58,  localise  cette  mosquee  au  lieu  dit  «Musalla»,  a  200  m.  au 
S.-E.  du  village,  sur  le  chemin  de  Karamlaiss. 


428 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Peut-etre  cela  explique-t-il  aussi  pourquoi  Lu’lu’  ne  fut  pas  mdcontent 
de  le  faire  cruciher,  apres  1222. 

Et  l’histoire  civile  se  termine  par  les  pillages  deja  trop  connus.  En 
1743,  ce  furent  les  troupes  de  Nadir  Sah:  «Ils  firent  de  meme  aux  gens 
de  Bartelli,  parmi  lesquels  ils  tuerent  beaucoup  d’hommes,  enleverent 
beaucoup  de  gargons,  de  filles  et  de  femmes,  et  a  qui  ils  ne  laisserent 
rien»  (1).  Enfm,  en  1789,  Tsolo  Bek,  fils  de  Badag  Bek,  dmir  yezidi 
du  Saihan,  au  cours  de  sa  lutte  contre  le  chef  arabe  des  Tay,  Muham¬ 
mad  ibn  Hassan,  pilla  encore  Bartelli  (2). 

Eglises 

II  y  a  dans  le  village  ou  dans  ses  environs  immediats  huit  lieux  de 
cultes  anciens  et  modernes,  soit  deux  couvents  en  mines,  celui  des 
Ouarante  Martyrs  et  celui  de  Yohannan  bar  Nagare  (Jean,  his  des  me- 
nuisiers),  et  six  eglises,  dont  deux  ruinees:  Mar  Ahudemmeh  et  Sepna 
Sede;  une  abandonnee:  fancienne  Mar  Guorguis;  une  toute  neuve:  la 
nouvelle  Mar  Guorguis  des  Syriens  Catholiques,  batie  en  1934,  sur 
laquelle  nous  ne  reviendrons  pas;  et  enhn  deux  eglises  anciennement 
connues:  Mart  Mariam  et  Bne  Smuni. 

Quatre  de  ces  lieux  de  culte  ont  ete  nommes  par  feu  le  patriarche 
Barsaume  dans  son  Apergu  sur  Vhistoire  de  la  nation  syrienne  en  Iraq ,  en 
1936  (3);  cinq  ont  ete  etudies  par  Mgr  Paulos  Behnam,  dans  la 
revue  Lisan  al  Masriq  (4). 

L’ancienne  eglise  cle  Mar  Guorguis,  aujourddiui  abandonnee, 
echut  aux  catholiques  lors  du  partage  des  eglises  (5).  Elle  se  compose 
de  trois  nefs  et  s’ouvre  lateralement  sur  une  cour  nord.  Dans  le  coin 


(1)  D’apres  le  colophon  du  chammas  de  Qaraqos,  trad.  Pognon,  p.  488-503. 

(2)  Researches ,  p.  59,  d’apres  Gara'ib ,  cit.  p.  22  et  al  ‘Azzawi,  Histoire  des  Tezidis , 

p.  121-122. 

(3)  Cit.  p.  200. 

(4)  lre  annee,  n°  3-4  (dec.  47-janv.  48),  p.  18-22  (n°  15,  16,  19)  et  n°  89- 
(av.-mai  49),  p.  45-47  (n°  9,  10). 

(5)  Mgr  Naqqasa,  ‘Inaya,  p.  546. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


429 


est  de  cette  cour,  dans  l’alignement  du  sanctuaire,  se  trouve  un  mar- 
tyrion  ou  Eon  lit  la  date:  1850.  Le  batiment  actuel  n’est  done  pas  tres 
intdressant:  il  represente  l’honnete  dglise  du  XVIIIe-XIXe  siecle,  type 
de  transition  entre  l’tfglise  moderne  aux  colonnes  en  ciment  armd  et  aux 
larges  fenetres  mdtalliques,  et  l’ancienne  dglise  traditionnelle  et  litur- 
gique,  l’eglise  grange,  mystdrieuse  et  recueillie. 

D’apres  Mgr  Barsaume  (1),  il  y  aurait  eu  jadis  a  Bartelli  un  cou- 
vent  de  St-Georges,  qui  etait  encore  debout  en  1701.  Probablement  cette 
eglise  en  marque-t-elle  remplacement. 

L’ Eglise  de  la  Vierge  (Mart  Mariam)  n'a  rien  d’intdressant  non 
plus  dans  son  etat  actuel.  Elle  est  neuve,  avec  portes  latdrales,  et  fut 
terminde  en  1890,  au  temps  de  l’dveque  Qurillos  Elias  Qudso  de  Mar 
Matta  (2).  Cependant  Eexistence  de  cette  dglise  est  attestde  par  les 
manuscrits,  au  moins  des  le  XYe  siecle  (3). 

Les  ruines  de  Sepna  Sede  (ddformation  de  Sittna  Sayida,  Notre 
Maitresse  la  Dame  ?),  se  voient  encore  a  l’interieur  du  village.  Malheu- 
reusement  la  destruction  a  ete  achevee  en  1934  pour  en  retirer  des  pierres 
pour  la  nouvelle  eglise  de  St-Georges,  et  le  plan  n’est  plus  net.  Evidem- 
ment,  toute  inscription  a  disparu. 

Mar  Ahudemmeh  est  connue  dans  les  textes  sous  le  titre  de  «la 
grande  eglise»,  et  e’est  la  que  se  trouvait  la  cellule  maphrianale.  On  a 
vu  plus  haut  qu’Ignace  Lazare  (1143-1164)  agrandit  le  temple,  e’est- 
a-dire  Teglise  des  bdeles,  et  s’y  batit  une  petite  chambre  a  l'dtage.  Gre- 
goire  Yacqub  (1189-1215)  transforma  la  chambre  en  appartement,  oil 
il  habita  quinze  ans.  C’est  la  que  mourut  Grdgoire  Barsaume,  frere  de 
Bar  Hebraeus.  C’est  la  que  Gregoire  Matta  Hanno  (1317-1345)  se  can- 
tonna  pendant  ses  deux  annees  d'impecuniosite  et  qu’il  revint  plus  tard. 

(1)  Aper^u,  p.  204,  n°  25. 

(2)  f  1921,  cf.  Lisan ,  p.  47,  n°  10. 

(3)  Cf.  Mgr  Barsaume,  Lu'lu\  p.  124  s.  Il  y  a  quatre  manuscrits  anciens  con¬ 
serves  dans  cette  eglise:  deux  rituels  des  funerailles,  dont  le  second  special  aux  pretres, 
du  XVIe  s. ;  un  rituel  du  mariage  et  du  bapteme,  et  un  Bet  Gaz  selon  l’ordre  de  Takrlt 
(l’autre  ordre  ^tant  celui  de  Malatia  et  de  Mesopotamie)  dat£  de  1590. 


430 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


ITapres  Mgr  Barsaume,  Feglise  aurait  ete  detruite  peu  de  temps 
apres  (1).  Cependant  un  chammas,  dont  la  tombe  fut  retrouv^e  en 
1933,  y  fut  encore  enterre  en  1336.  Mais  la  decouverte  sensationnelle 
eut  lieu  en  1939,  quand  «une  colonne  de  feu  qui  apparaissait  certaines 
nuits»  designa  un  lieu  oil  Ton  creusa:  on  y  trouva  les  tombeaux  de  trois 
eveques,  malheureusement  sans  noms,  dont  les  reliques  ont  ete  trans¬ 
porters  a  Feglise  de  Ste-Smuni. 

Bne  Smuni,  aux  mains  des  Jacobites,  est  situee  a  cote  de  la  grand- 
route,  vers  Fextremite  est  du  village,  non  loin  du  tell.  C’est  Tune  des 
deux  eglises  neuves  que  Ton  voit  de  la  route,  F  autre  etant  Mar  Guorguls 
des  catholiques,  a  Fextremite  opposee,  du  cote  de  Mossoul. 

Cette  eglise  fut  fondee  apres  la  destruction  de  l’eglise  de  Mar  Ahu- 
demmeh,  a  une  date  inconnue.  Restauree  en  1807,  elle  fut  demolie  et 
reconstruite  en  1869,  au  temps  de  Feveque  Qurillos  Denha,  de  Mar 
Matta.  L’histoire  de  la  derniere  restauration  est  inscrite  autour  de  la 
porte  royale.  L’autel  porte  la  date:  1922. 

Le  plan  de  Feglise  est  plus  proche  du  plan  liturgique  traditionnel 
que  celui  de  la  plupart  des  eglises  aussi  recemment  restaurees.  Le  qos- 
tromo  existe,  et  aussi  les  portes  de  face,  mais  il  manque  encore  beaucoup 
de  details,  qu’il  ne  serait  pas  difficile  d'ajouter,  ainsi  la  celebration  litur¬ 
gique  y  reprendrait-elle  tout  son  sens. 

Sur  le  mur  de  gauche,  pres  des  entrees,  se  trouvent  les  deux  niches 
reliquaires  des  titulaires  et  de  Bar  Nagare,  dont  le  couvent  a  etd  detruit. 
Plus  bas  dans  le  mur  est  scellee  une  dalle  en  marbre  gris  de  Mossoul, 
incruste  de  morceaux  de  marbre  blanc,  dont  le  motif  central  represente 
une  etoile  a  dix  branches.  On  ne  sait  d'oii  vient  cette  pierre,  mais  je  ne 
serais  pas  etonne  qu’elle  ait  ete  apportee  de  Mossoul,  du  grand  cimetiere 
princier  anciennement  situe  pres  de  Feglise  de  Tahra  des  Jacobites. 

La  fete  des  patrons  de  cette  eglise,  les  Macchabees  et  leur  mere, 
se  celebre  ici  le  15  octobre,  scion  le  calendrier  syrien  ancien  (2). 


(1)  Lisdn,  p.  18-19  (n°  15). 

(2)  G.  ‘Ayvwad,  ed.  Sabusti,  p.  228. 


Parmi  les  textes  peu  connus  sur  ce  sujet 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


431 


On  a  transport^  a  l’eglise  des  Bnd  Smuni  la  grande  cuve  baptismale 
de  l’eglise  du  village,  anciennement  chrdtien,  de  Ba  Sahra,  datee  de 
1343  (1). 

Le  convent  de  bar  Nagdre 

Le  titulaire  est  Jean,  fils  des  menuisiers,  rarement  citd  dans  les  m 6- 
nologes  Jacobites.  II  figure  au  martyrologe  de  R.  Sallba  au  seizieme  jour 
apres  Paques,  a  titre  de  «mdmoire»  (2).  Le  P.  Peeters,  qui  publie  ce 
document,  ajoute  en  note,  «martyr  inconnu  de  nous,  peut-etre  une  des 
victimes  de  Barsaume  de  Nisibe».  En  effet,  si  le  texte  ne  dit  pas  qu’il  ait 
ete  martyr,  et  mentionne  seulement  son  nom,  sans  aucun  titre,  Bar 
Hebraeus  parle  du  couvent  de  «ce  martyr».  Quant  a  ses  Actes,  je  n’en 
ai  trouve  trace  dans  aucune  des  bibliotheques  auxquellcs  j’ai  eu  acces. 
Meme  la  bibliotheque  du  patriarcat  jacobite  n'en  possede  aucune  ver¬ 
sion  (3).  Aveu  plus  grave,  tous  ceux  qui  ont  ecrit  sur  le  couvent  sont 
muets  sur  la  vie  du  titulaire. 

J’avais  done  extrait  de  l’office  du  saint,  cdlebre  ici  quinze  jours 
apres  Paques  (4)  ce  qu’on  peut  savoir  de  sa  legende,  quand  S.S.  Mgr 
Ignace  III  Ya‘qub  voulut  bien  me  signaler  que  sa  vie  existait  quand 
meme  a  Bartelli  parmi  les  tresors  de  la  famille  Saka.  Ayant  obtenu  ce 
manuscrit  (5),  je  pus  constater  qual  n’en  disait  pas  plus  long  que 


hagiographique  rebattu,  signalons  quelques  pages  de  Mgr  Hanna  Dulabani,  archc- 
veque  syrien  orthodoxe  de  Mardin,  Les  grandes  parmi  les  ( femmes )  celebres  de  la  Bible 
(Alep  1951),  n°  21:  Smuni  la  Macchabeenne ,  p.  98-102. 

(1)  Dafaqat,  p.  191. 

(2)  D6ja  cit6  par  B.O. ,  II,  p.  261,  n°  1,  au  samedi  in  Albis;  le  P.  Peeters 
(Anal.  Boll.,  XXVII/1908,  p.  179  et  n.  1)  le  met  au  16  mars. 

(3)  Voir  le  tableau  des  Vies  des  Saints ,  in  al  LiVliV ,  2e  6d.,  p.  660-666. 

(4)  Ms.  n°  12  de  Bartelli,  Office  des  vendredis  des  pretres  et  des  morts ,  et  du  martyr 
Tdhannan  bar  Nagdre,  fol.  1  a  46.  Je  remercie  M.  l’abb£  Gabriel  Gabburi  et  M.  Basile 
Qozi  d’avoir  bien  voulu  recolter  ces  details  dans  PofFice. 

(5)  Livre  de  demandes  (tahisfoto)  et  chants  divers,  en  garshouni  et  syriaque,  de 
209  fol.  (11  X  16  cm.)  copie  en  1914  par  le  chammas  RafTo,  fils  de  chammas  Ya‘qub, 
de  la  famille  Saka  de  Bartelli,  sur  les  livres  de  l’6glise  de  Ste  Smuni.  Le  memro  syriaque 


432 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


l’office  liturgique;  au  contraire,  il  cst  plutot  plus  reserve.  L’auteur 
anonyme  et  non  date  commence  par  avouer  qu’en  verite,  l’histoire 
reelle  dtant  perdue,  il  a  interroge  les  anciens  du  village  pour  recueillir 
de  leur  bouche  la  tradition.  Il  en  resulte  que  le  saint  etait  un  jeune 
homme  de  Bartelli  dont  le  pere,  Mage  adorateur  du  soleil,  sculptait  des 
idoles  de  bois  qu’il  vendait.  Ce  devait  etre  la  profession  de  la  famille, 
puisque  Yohannan  est  appele  «fils  des  menuisiers».  Helas,  le  jeune 
homme,  converti  au  christianisme,  ruinait  le  commerce  paternel  en 
essayant  de  dissuader  les  clients  eventuels  d’acheter  ces  morceaux  de 
bois  inertes  auxquels  il  ne  croyait  plus.  Colere  du  pere,  devant  lequel  le 
jeune  homme  s’enfuit.  Rattrape,  il  est  mis  a  mort  par  son  pere  lui-meme. 

L’office  ne  peut  evidemment  se  contenter  de  si  peu  de  choses  ; 
le  jeune  homme  est  defere  au  tribunal  du  roi,  ce  qui  donne  lieu 
aux  developpements  classiques  des  discussions  de  circonstance.  Quant 
aux  supplices  qu  il  doit  subir:  c’est  d’abord  la  prison  sans  lumiere  que 
sa  gloire  illumine,  ou  il  a  les  pieds  cloues  sur  une  piece  de  bois  et  les 
mains  enchainees  et  ou  encore  le  Seigneur  lui-meme  le  nourrit.  Puis  on 
le  fait  marcher  sur  des  lames  coupantes,  on  le  met  sur  un  etau  et  sur  un 
charriot  de  fer,  on  le  flagelle,  on  le  lapide;  et  pendant  tout  ce  temps  il 
prie  pour  ses  bourreaux.  Enfin,  le  roi  lui  fait  couper  la  tete;  son  corps 
est  coupe  en  morceaux  et  brule. 

Ni  l’office  ni  le  titre  de  la  commemoraison  ne  donnent  au  saint 
1’inevitable  soeur  des  recite  hagiographiques.  Dans  la  legende  cette  sceur 
porte  le  nom  de  Suzanne,  et  c’est  ainsi  egalement  que  l’appelle  Mgr. 
Barsaume  daus  son  Aper^u  souvent  cite,  publie  en  1936  (1).  La  piete 
populaire  prefere  cependant  la  nommer  Sarah,  comme  l’a  retabli  le 
savant  patriarche  dans  les  deux  editions  de  son  Histoire  de  la  litterature 
syriaque  en  arabe  (2). 


sur  Yohannan  bar  Nagare  occnpe  du  fob  192v.  au  fob  207v.  Le  R.P.  Emmanuel 
Pataq  a  bien  voulu  me  traduire  ce  texte. 

(1)  P.  200  n.  26,  suivi  par  Dafaqat,  p.  81. 

(2)  lre  ed.  (1943),  p.  434;  2e  ed.  (1956),  p.  541. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


433 


D’apres  la  legende.  Yohannan  et  sa  soeur  furcnt  tuds  par  leur  pere 
pres  d’un  petit  tell  qui  se  trouve  au  pied  de  la  chaine  de  Ba/slqa,  entre 
les  villages  alors  chretiens  de  Ba  Agrd  (1)  et  de  B.  Takllta  (2).  Gomme 
le  lieu  du  martyre  etait  plus  proche  du  premier  village,  ce  lut  lui  qui 
requt  le  corps  du  martyr,  alors  que  cclui  de  sa  socur  alia  au  second 
village. 

En  1282  (3),  le  village  de  Ba  Agrd  avait  etd  ddtruit,  et  les  pelerins 
qui  se  rendaient  au  sanctuaire  dtaient  molestds  par  les  voleurs  qui  se 
cachaient  dans  les  ruines.  Pour  eviter  la  repetition  de  pareils  ennuis,  le 
maphrien  Bar  Hebraeus  decida  de  rebatir  le  temple  a  cote  de  Bartelli, 
au  nord-ouest,  cette  fois  a  titre  de  couvent.  L’architecte  fut  le  moine 
Gibra’il,  fils  du  pretre  Yohannan,  originaire  du  village,  qui  deviendra 
bientot  eveque  de  Gazlra  de  Qardu  sous  le  nom  de  Dioscore  (f  1300)  (4). 
C’est  a  lui  que  Ton  doit  un  memro  en  partie  intdgrd  dans  le  texte  de 
Bartelli.  II  y  decrit  la  ddcoration  de  l’dglise  du  nouveau  temple,  due  a 
un  artiste  amene  de  Constantinople  par  la  mere  d’ Argun,  la  princesse 
Marie,  fille  de  Michel  Paldologue,  que  Bar  Hebraeus  appelle  «Bina 
Hatun»  (5).  On  ne  dit  pas  si  les  sujets  dtaient  traitds  en  mosaique  ou 
en  fresque,  mais  ils  figuraient  toute  l’economie  du  salut  et,  dit  naivement 
le  bon  moine  architecte,  Partiste  «  avait  pris  tontes  les  mesures  aupara- 
vant».  Au  centre  de  la  coupole  dominant  l’autel  on  voyait  le  char 

(1)  Le  nom  est  ecrit  de  diffdrentes  fa^ons  par  les  divers  auteurs:  Abbeloos  et 
Lamy  vocalisent:  Akre;  Mgr  Abdal:  Akara;  Mgr  Armalet:  ‘Akkara;  Assemani,  en 
syriaque  et  en  latin:  B.  Ebr£;  d’ou  l’abb6  Nau  (Hist,  de  Marula ,  p.  89,  n.  4)  fait  le  rap¬ 
prochement  avec  le  couvent  des  Soeurs  de  B.  Ebr£,  bati  par  Maruta  et  le  gouverneur 
de  Takrit,  Abraham  bar  ‘Iso‘,  sous  le  titre  de  la  Mere  de  Dieu,  sur  l’emplacemcnt  d’un 
temple  d’idoles.  En  r£alit£,  on  voit  d’apres  le  texte  que  ce  couvent  £tait  dans  les  envi¬ 
rons  de  Takrit. 

(2)  Probablement  le  meme  que  le  B.  Kalita  de  B.H.,  Hist.  Eccl.,  t.  II, 
col.  344. 

(3)  Repris  par  le  ms.  Saka. 

(4)  Cet  architecte  est  £videmment  cite  par  tous  les  auteurs,  notamment  par 
Tarazi  dans  ‘ Asr  us  Surian  ad  dahabi,  p.  61. 

(5)  Le  nom  devient  d’Haskina  dans  le  ms.  Saka  et  Hasbina  dans  Lisan ,  Nov.- 
B6c.  1948,  n.  3-4,  p.  21. 


Rech.  23  —  28 


434 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


d’Ezechiel  entoure  de  chdrubins,  sous  lesquels  etaient  ranges  les  pro- 
phetes.  Les  quatre  pendentifs  de  la  coupole  logeaient,  a  la  maniere 
byzantine,  les  quatre  evangelistes.  Derriere  Pautel  siegeait  la  Vierge 
Marie,  entouree  des  Peres  orthodoxes. 

Le  travail  de  construction  et  de  decoration  prit  trois  ans,  de  1282 
a  1285.  Quand  tout  fut  pret,  on  n’avait  toujours  pas  retrouve  les 
reliques  du  titulaire  dans  le  temple  abandonn^.  Ce  fut  le  maphrien 
qui  re^ut  revelation  de  leur  position,  apres  un  jeune  spectaculaire  sur 
lequel  Assemani  est  tres  sceptique,  qualifiant  le  tout  de  «fabula  ad 
excitandam  populi  religionem  excogitata».  Les  reliques  dument  retrou- 
vees  a  l’endroit  indique  par  Bar  Hebraeus  et  en  sa  presence,  furent 
transferees  dans  le  nouveau  temple,  ou  elles  furent  ensevelies  en  grande 
pompe  a  cote  de  Pautel  de  droite.  Mais  auparavant  le  maphrien  avait 
voulu  recompenser  ceux  qui  avaient  coopere  a  cette  oeuvre  magnifique, 
notamment  Parchitecte,  qui  re^ut  une  part  des  reliques.  Avec  les  os  de 
Yohannan,  on  deposa  des  reliques  des  vieux  moines  de  la  Thebai'de, 
reliques  que  Bar  Hebraeus  avait  ramenees  de  son  voyage  en  Occident. 
On  leur  adjoignit  encore  des  reliques  des  XL  Martyrs  Persans,  que  le 
maphrien  avait  apportees  de  POrient.  La  date  de  la  translation,  23 
novembre,  devint  celle  de  la  commemoraison,  chaque  annee,  de  ces 
ascetes  egyptiens  et  martyrs  persans.  Un  grand  banquet,  dont  fit  les 
frais  Pemir  Gamal  ad  din,  qui  est  Nisan  (1),  clotura  dignement  ces 
festivity.  Un  an  plus  tard,  le  maphrien  mourait. 

Un  manuscrit  conserve  a  Qaraqos  (2)  et  du  au  calame  de  ‘Ab¬ 
dallah  fils  de  Barsaume  de  Bartelli  (f  1345),  fut  ecrit  dans  Peglise  de 
St-Jean  fils  des  menuisiers,  appelee  «l,eglise  des  deux  portes»  on  ne  sait 
pour  quelle  raison. 

D’apres  Mgr  Barsaume,  le  couvent  avait  encore  des  moines  en  1593. 


(1)  Get  emir,  inconnu  par  ailleurs,  semble  avoir  reside  a  Bartelli,  car  il  ne 
figure  pas  dans  les  Diptyques  de  Karamlais.  On  aura  remarque  qu’a  cote  de  son  nom 
arabe  officiel,  il  portait  aussi  un  nom  chretien. 

(2)  Decrit  par  Mgr  Abdal,  p.  221-222,  ms.  de  Tahira,  n°  4. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


435 


Quand  il  fut  ddtruit,  les  reliques  de  Yohannan  bar  Nagard  et  de  sa  sceur 
Sarah  furent  transporters  a  l’dglise  de  Ste-Smuni.  Les  ddcombres  de  ce 
couvent  sont  de  moins  en  moins  visibles,  dans  le  village  meme  de  Bar¬ 
telli,  au  nord  de  la  grand-route,  tout  a  cot£  de  celle-ci. 

Le  couvent  des  Quarante  Martyrs 

Avec  les  Quarante  Martyrs  Ton  revient  a  Tun  des  lieux  communs 
de  l’hagiographie,  aux  multiples  legendes  et  aux  sanctuaires  innombra- 
bles.  Comme  le  dit  sentencieusement  Mgr  Barsaume:  «Ces  Quarante 
Martyrs  sont  mentionn^s  dans  le  calendrier  des  saints !»  (1). 

L’origine  de  leur  couvent  a  Bartelli  est  inconnue.  La  premiere  men¬ 
tion  en  date  de  1269,  quand  le  pretre  Yusif,  fils  de  Harms,  de  Singar, 
y  copie  un  rituel  des  Rogations  de  Ninive,  pour  Fdglise  de  Mar  Guorguls 
a  QaraqoS  (2).  L’intrus  Bar  Qinaya  y  rdsida  en  1361. 

Le  couvent,  qui  fut  ddtruit  a  une  pdriode  incertaine,  peut-etre  en 
meme  temps  que  Mar  Ahudemmeh  (3),  se  trouvait  pres  de  l’ancienne 
mare,  au  sud-ouest  du  village;  on  voit  ses  ruines  a  200  metres  de  la 
nouvelle  Mar  Guorguls,  en  direction  de  Basblta.  Son  pelerinage  se  c<51e- 
bre  encore  le  9  mars. 

Pour  etre  complet,  mentionnons,  entre  Bartelli  ct  Karamlaiss,  pres 
du  village  actuellement  Sabak,  mais  jadis  chrdtien  de  BaSbIta  (4),  les 
ruines  dites  de  Mar  Fidaros  (Mar  Thdodoros),  dont  les  gens  de  Bartelli 
cdldbraient  la  fete  le  premier  samedi  de  Careme,  en  meme  temps  que 
celle  de  S.  Ephrem  le  Docteur  Syrien.  Cette  date,  que  Ton  retrouve  dans 
les  mdnologes  syriens  (5),  nous  renseigne  sur  Fidentitd  du  titulaire,  le 

(1)  Apergu ,  p.  200,  n°  27. 

(2)  Mgr  Abdal,  p.  221,  n°  3,  et  Mgr  Barsaume,  p.  609,  n°  144.  Ce  mss.  est 
actuellement  a  l’dglise  de  l  ahira  a  Qaraqos. 

(3)  D’apres  Mgr  Paulos  Beiinam,  Lis  an,  cit.  p.  20,  n°  16. 

(4)  Les  Sabak ,  cit.  p.  11,  d’apres  Mgr  S.  Sayegh,  en  donne  le  sens  aram^en: 
B.  Swita,  e’est-a-dire  «le  village  pill^».  D’autres  y  voient  «le  lieu  plat». 

(5)  Nau,  Martyrologes  et  menologes  orientaux ,  I -XIII,  cit.,  table  p.  150.  Une  re- 
marque  marginale  (p.  39)  note  que  les  Grecs  en  font  memoire.  —  Peeters,  R.  Saliba 
cit.  p.  177;  etc. 


436 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


martyr  Theodore  (1)  diversement  connu  comme  le  strateiate  ou  le 
consent,  et  dit  tantot  d’Heraclee  et  tantot  d’Amasea  (2).  Son  culte 
commenga  en  Thrace  (a  Euchaita,  actuellement  Tchorum,  la  ville  de 
Theodore)  puis  se  repandit  dans  tout  l’Orient  (3),  a  1’egal,  dit  le  syna- 
xaire  grec,  de  celui  de  S.  Georges,  avec  qui  d’ailleurs  il  partage  la  qualite 
de  pourfendeur  de  dragon  (4).  Mgr  Barsaume  en  signale  une  passion 
syriaque  qui  le  fait  mourir  en  363  (5),  alors  que  les  hagiographes  mo- 
dernes  pencheraient  plutot  pour  319. 

Sa  memoire  au  premier  samedi  de  Careme  commemore  un  miracle 
qu’il  accomplit  pendant  cette  semaine  et  dont  les  Grecs  se  souviennent, 
si  les  Jacobites  font  oublie.  C’est  «la  commemoraison  du  miracle  du 
ble  bouilli  que  fit  le  grand  parmi  les  martyrs»  (6). 

La  scene  se  passe  sous  Julien  l’Apostat,  le  traitre  numero  un  du 
magasin  d’accessoires  hagiographiques.  Avec  son  imagination  machia- 
velique,  cet  empereur  felon  tente  tous  les  moyens  pour  obliger  ses  anciens 
correligionnaires  a  enfreindre  leur  loi.  En  la  premiere  semaine  du  careme 
de  361,  le  tyran  fait  enlever  du  marche  tout  ce  que  les  chretiens  pour- 
raient  manger,  et  fait  mettre  a  leur  place  des  viandes  de  sacrifices,  espe- 
rant  bien  ainsi  les  forcer  a  rompre  leur  jeune.  C’est  alors  que  Theodore 
apparait  au  patriarche  Eudoxios  et  lui  enseigne  comment  ravitailler  les 
chrdtiens :  il  leur  fera  manger  du  ble  bouilli !  Confusion  du  persecuteur 
et  triomphe  de  la  foi!  Moralite,  dit  Mgr.  ‘Assaf,  qui  veut  jeuner  ne 
doit  reculer  devant  aucune  difficulty. 

(1)  Cf.  Synaxaire  de  Constantinople ,  ed.  Delaiiaye,  p.  469,  et  Synaxaire  (en  arabe) 
de  V Eglise  Grecque  Catholique ,  par  P Archimandrite  Michel  ‘Assaf  (Harlssa,  Liban, 
1947  s.,  t.  6-7,  p.  38-40)  au  17  fevrier. 

(2)  Vies  des  Saints  (Benedictins  de  Paris),  t.  II,  fevrier  (1936),  p.  150-153  et 
t.  XI,  novembre  (1954),  p.  280. 

(3)  Cf.  Peeters,  Bibl.  Hag.  Or.,  s.v.  Theodorus  Orientalis ,  Stratelates,  Tiro,  Orien¬ 
tals,  Orientals  et  Stratelates,  p.  255-258. 

(4)  Cf.  H.  Delehaye,  Les  legendes  grecques  des  saints  militaires ,  Paris  1909,  p.  11- 
40  et  127-201  (Appendices  I  a  V,  textes  grecs). 

(5)  Lu'lu',  cit.  p.  180  et  662. 

(6)  Synaxaire  Grec,  cit.  t.  XIII,  p.  7-8. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


437 


En  d’autres  temps,  on  aurait  dleve  une  statue  a  ce  Parmentier 
oriental,  Finventeur  du  burgul ,  plat  national  du  nord  de  Flraq  (1). 
Nos  ancetres  —  que  Dieu  nous  rende  leur  simplicity  —  lui  dddierent  des 
eglises  (2).  Le  «miracle  du  burgul »  n’est  plus  connu  que  de  nom  dans 
le  petit  peuple  chr^tien;  heureusement  d’ailleurs,  car  souvent  les  mdna- 
geres,  lassees  des  fastidieux  preparatifs  que  demandent  les  delicieux 
derives  du  burgul  (notamment  le  kubbi)  sYcrient:  «Je  maudis  le  pere 
de  celui  qui  a  invent^  le  burgul!  »  Elies  auraicnt  certainement  des  scru- 
pules  si  elles  savaient  sur  qui  retombent  leurs  imprecations. 

Bibliotheque  de  Bartelli 

Nous  avons  rencontre  ici  ou  la  des  livres  dcrits  a  Bartelli.  Ceux  qui 
se  trouvent  actuellemcnt  en  la  possession  de  la  communautd  syrienne 
orthodoxe  du  village  ont  6t6  signales  par  Mgr  Barsaume.  Les  manuscrits 
qui  forment  la  collection  des  Syriens  Catholiques  sont  conservds  a  Fdglise 
de  Mar  Gudrguis  (3). 

Cette  bibliotheque  comprend  une  soixantaine  de  volumes,  presque 
tous  liturgiques,  datant  pour  la  plupart  du  XIXe  siecle.  La  perle  de  la 
collection  serait  probablement  une  copie,  datde  de  1565,  des  Memrd  de 
Jean  de  Dara  (4),  ecrite  par  le  moine  Behnam,  fils  du  pretre  ‘Issa,  du 
quartier  du  Qal‘a  a  Mossoul.  Une  explication  du  Livre  Saint,  en  gar- 
shuni,  datee  de  1759  (5),  contient  un  savourcux  colophon  en  arabe 
vulgaire  de  Mossoul,  dcrit  par  le  chammas  Matti,  fils  du  Maqdassi  Yusif, 


(1)  A.  Socin  donnc  la  recette  de  preparation  comme  echantillon  d’arabe 
parie  de  Mossoul,  dans  Der  Arabische  dialekt  von  Mosul  und  Alar  din ,  £DMG,  XXXVI/ 

1882,  p.  20-21. 

(2)  II  y  en  avait  egalement  une  autre  a  Mossoul,  dite  aussi  Eglise  de  la  Croix, 
ou  Eglise  des  Takritains;  cf.  Mossoul  Chretienne ,  p.  28  s. 

(3)  Je  remercie  M.  l’abbe  Gabriel  Gabburi  qui  m’a  aide  a  faire  l’inventaire 
de  ces  livres,  avec  la  permission  du  cure,  M.  l’abbe  Quriaqos  Lallo. 

(4)  Cf.  Baumstark,  Syr.  Lit.,  s.v.  M.  Iwannis  v.  Dara ,  p.  277:  Barsaume,  Lu’liV, 
p.  426-428.  L’original  de  ce  livre  est  peut-etre  l’exemplaire  plus  ancien  qui  se  trouve 
a  l’archeveche  syrien  orthodoxe  de  Mossoul;  signaie  par  le  meme,  p.  427,  n.  2. 

(5)  No  3. 


438 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


sur  les  malhcurs  des  annees  1756-1758.  Secheresses,  sauterelles,  pillages 
des  Albu  Hamad,  ne  cessent  que  pour  laisser  place  au  grand  froid;  le 
Tigre  lui-mcme  est  geld,  et  on  marche  dessus  pendant  21  jours.  La  fa¬ 
mine  qui  en  resulte  n’est  allegee  que  par  la  multiplication  des  oeufs  de 
cailles,  dont  on  se  nourrit  pendant  deux  mois,  et  par  la  croissance  extra¬ 
ordinaire  des  chardons  et  des  siliques.  On  fait  meme  du  pain  avec  des 
graines  de  chardon.  La  derniere  annee  est  la  pire;  beaucoup  meurent 
de  faim,  on  en  arrive  a  vendre  les  enfants  pour  un  qurus  ou  meme  moins. 
Malgrd  une  chute  de  grelons  dont  certains  atteignent  la  taille  d’un  oeuf 
de  poule,  les  circonstances  redeviennent  normales,  et  les  champs  pro- 
duisent  cinq  pour  un. 

L’annde  1791  est  encore  une  annee  de  cherte,  si  Ton  en  croit  un 
Gazo  (1)  ecrit  par  un  certain  Ishaq  de  la  famille  Razqallah;  et  1879 
connait  egalement  une  famine  et  la  vie  chere  a  Mossoul,  Erbil  et  Ker- 
kouk,  d’apres  un  recueil  de  lectures  et  d’anaphores  (2). 

On  remarquera  dans  les  colophons  de  ces  livres  la  frequence  du 
titre  de  Maqdassi,  qui  temoigne  de  la  popularity  du  pelerinage  a  Jeru¬ 
salem  au  XI Xe  siecle.  Ainsi,  un  recueil  d’anaphores  date  de  1858  (3) 
est  ecrit  par  le  chammas  maqdassi  Thomas,  fils  du  maqdassi  Muse  et 
de  la  maqdassia  S <5de,  de  Qaraqos,  pour  le  pretre  Potros  de  Bartelli. 

Tel  est,  je  crois,  a  peu  pres  tout  ce  que  Ton  sait  de  l’histoire  de  «ce 
village  chrytien,  pas  longtemps  avant  d’arriver  a  Mossoul,  oil  Ton  voit 
de  grandes  eglises  neuves»,  ce  village  qui  fut  si  intimement  lie  a  Phistoire 
de  l’Eglise  Syrienne,  et  lui  donna  plusieurs  de  ses  gloires. 

II  nous  suffira  maintenant  de  nous  deplacer  de  dix  kilometres  vers 
le  sud  pour  trouver  un  autre  village,  egalement  syrien,  mais  entierement 
different  a  tous  les  points  de  vue,  que  les  liens  les  plus  forts  unissaient 
aTakrit  et  a  ses  maphriens,  alors  que  Bartelli  s’etait  toujours  tourny  vers 
Mar  Matta,  dont  il  soutenait  la  lutte  contre  Takrlt.  Gcla  aura  yte  pour 


(1)  Sans  numyro. 

(2)  Ibid . 

(3)  N°  1/1. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


439 


Bartelli  une  pietre  consolation  que  de  voir  les  maphriens,  fuyant  Takrlt 
ddchristianisde,  venir  chercher  refuge  en  leur  village  qui  avait  et 6,  dans 
les  siecles  prdcydents,  un  des  bastions  de  l’opposition. 

2.  —  Qaraqos 

De  I’histoire  de  Qaraqos,  comme  du  contact  avec  le  village  d’au- 
jourd’hui,  une  impression  tres  forte  se  ddgage,  faite  a  la  fois  de  simplicity, 
de  solidity,  de  fidyiite  a  la  religion.  Presque  spontanyment,  le  compliment 
que  le  Christ  profyrait  a  l’dgard  de  Nathanael  vient  a  l’esprit.  A  travers 
les  fastes  et  les  malheures  des  siecles,  on  trouvera  toujours  les  Qaraqo- 
chiens  inebranlablement  attachys  a  leur  Eglise  Syrienne;  apres  tout,  ne 
sont-ils  pas  les  heritiers  de  ces  Takrltains  qui  lui  avaient  gagny  et  gardy 
son  «orthodoxie»  farouche? 

«Alors  que  la  proclamation,  dans  les  Diptyques ,  du  nom  du  maph- 
rien  avait  quelquefois  yty  supprimee  dans  la  region  de  Ninive,  sous  fin- 
fluence  des  mytropolites  de  Mar  Matta,  dit  Bar  Hebraeus  (1),  Qaraqo§, 
du  debut  jusqu'a  la  fin,  ne  se  separa  jamais  de  la  communion  du  maph- 
rien.»  Quand  les  Alattdens  firent  emprisonner  le  maphrien,  ce  fut  en 
grande  partie  grace  a  fargent  de  Qaraqos  qu’il  fut  rachete.  Et  lorsque 
la  paix  fut  rytablie  entre  les  rebelles  et  le  prelat,  «ce  fut  une  grande  joie 
pour  ses  amis  de  Qaraqos ». 

Ce  qui  ytait  vrai  au  debut  du  XIIe  siecle,  le  restera  au  milieu  du 
XIIIe,  quand  les  bons  Samaritains  des  maphriens  aideront  celui  de  leur 
temps  a  recueillir  fargent  dont  il  a  besoin  pour  se  gagncr,  dans  sa  lutte 
contre  les  rebelles  de  Alar  Alatta  (2),  les  faveurs  du  maitre  de  Mossoul. 
Aussi  ne  doit-on  pas  s’etonner  que,  supreme  marque  de  confiance,  le 
maphrien  ait  une  mule  lui  appartenant,  en  pension  permanente  a  Qara¬ 
qos  (3).  On  a  vu  aussi  que,  selon  la  coutume,  le  maphrien  descendant 

(1)  II,  col.  319-322. 

(2)  II,  col.  1424  et  Armalet,  69. 

(3)  II,  col.  324.  —  Quand  Bar  Kutela  accusera  le  maphrien  de  ne  pas  lui  avoir 
donne  la  mule  a  laquelle  il  avait  droit,  le  juge  de  Mossoul  fera  prendre  la  mule  du 
maphrien  a  Qaraqos. 


440 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  Mar  Matta  rendait  visite  a  Qaraqos  avant  de  se  rendre  a  Bartelli  (1). 

L’histoire  du  village  et  de  ses  eglises  est  facile  a  etudier,  car  Ton 
dispose  d’un  guide  precieux  en  la  personne  de  Mgr  Ephrem  ‘Abdal, 
supdrieur  de  Mar  Behnam,  qui  a  consacre  a  son  village  natal  22  pages 
denses  de  son  histoire  du  couvent  (2). 

Le  village 

Qaraqos  est  presque  une  petite  ville,  puisqu’il  compte  7.251  habi¬ 
tants  (presque  autant  que  Tell  Kaif),  sur  lesquels  850  feux,  soit  plus  de 
6.000  ames,  sont  catholiques. 

Le  nom  actuel  est  turc.  Qarah  Q5s  veut  dire  «l’oiseau  noir».  Ce 
nom  serait  apparu  au  XVe  siecle,  lors  de  la  conquete  ottomane  (3). 
Mais,  jusqu'a  nos  jours,  le  village  s’appelle  en  soureth,  langue  des  chre- 
tiens,  Bagdede.  Quant  a  l’origine  de  ce  dernier  nom,  certains  y  voient 
une  deformation  de  Tarameen  Bet  DIta,  le  village  du  milan  noir,  ce  qui 
rejoindrait  le  nom  turc  (4) ;  mais  la  plupart  l’interpretent  en  Ba  Hu- 
daida,  du  persan  «maison  des  dieux»,  denomination  qui  lui  aurait  ete 
conferee  par  les  Sassanides  et  que  les  legendes  tardives  vont  essayer  de 
justifier.  Herzfeld  suggerait  une  autre  origine  persane,  Hadadad,  don 
de  Dieu  (5),  mais  personne  ne  semble  avoir  retenu  cette  opinion.  Dans 
Assemani  (6)  le  nom  est  devenu  «Beit  Cudida». 

C’est  sous  le  nom  de  Bahdaida  que  la  locality  figure  dans  Yaqut 
et  dans  Ibn  cAbd  il  Haq  (7),  qui  n’en  disent  pas  grand-chose,  sinon 
que  c’etait  «un  village  ancien,  presque  une  ville ».  II  est  devenu  Qaraqos 


(1)  Cf.  B.H.,  II,  col.  344  et  B.O. ,  II,  p.  451.  —  Le  protocole  des  visites  maph- 
rianales,  figeant  dans  le  droit  ce  qui  s'etait  passe  pour  Ignace  Lazare  en  1 153,  est  bien 
resume  dans  Dafaqat ,  p.  79-80. 

(2)  En  arabe,  Mossoul  1951,  p.  214-236. 

(3)  Sumer  1952,  cit.  p.  272  et  Researches ,  p.  90-91. 

(4)  An  jVagm,  11/1930,  p.  42,  reponse  de  Mgr  Sayegh. 

(5)  Reise,  II,  p.  312. 

(6)  Suivi  bien  sur  par  Le  Quien,  et  aussi  par  Cuinet,  II,  p.  829. 

(7)  Mu1 2 3 4 5 6 7  gam,  I,  458  et  Marasid,  p.  1 15,  cites  par  Mgr  Abdal,  p.  219,  et  Sumer,  etc. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


441 


pour  Yasin  al  ‘Omari  (1)  qui  y  situe  un  relai  de  la  poste  ottomane,  a 
une  dtape  de  Mossoul.  Pour  nous,  il  sera  aussi  toujours  Qaraqos,  meme 
si  l’emploi  du  nom  peut  comporter,  avant  le  XVe  siecle,  un  anachronisme. 
Le  lecteur  voudra  bien  nous  la  pardonner,  a  cause  de  la  simplification. 

Quelle  que  soit  Torigine  lointaine  de  Qaraqos,  en  qui  certains  veu- 
lent  voir  le  Resen  de  la  Bible  (2),  la  tradition  locale,  s’appuyant  sur 
«un  manuscrit  syriaque  ancien»,  retarde  sa  christianisation  jusqu’au 
VIIe  siecle,  date  a  laquelle  le  village  aurait  dt d  converti  par  Jean  de 
Dailam.  Or,  ce  manuscrit  «ancien»  ne  date  que  de  1636  (3),  et  je  crois 
avoir  suffisamment  prouve  ailleurs  (4)  que  Jean  de  Dailam  ne  fit  aucune 
fondation  dans  la  region.  J’ai  encore  pu,  depuis  la  publication  de  mon 
etude  sur  le  sujet,  consulter  le  manuscrit  de  Birmingham  de  la  vie  de 
Jean  de  Dailam  (5) ;  on  y  trouve  bien  les  exagdrations  et  la  ldgende 
«inepte  fabulosa»  que  qualifiait  ddja  le  P.  Peeters,  mais  sans  aucune  des 
attaches  locales  surajoutdes  et  des  distorsions  de  noms  geographiques  qui 
permettent  de  transporter  de  2000  kilometres  le  theatre  des  exploits 
du  thaumaturge. 

D'ailleurs,  pourquoi  torturer  Ehistoire  pour  obtenir  un  patronage 
honorable,  puisque  nous  sommes  surs  maintenant  que  Qaraqos  dtait 
deja  chretien  avant  qu'il  soit  «dvangelise»  par  Jean  de  Dailam.  II  l'dtait 
ddja  si  bien  qu’on  le  voit  changer  de  secte  vers  615  et  passer  du  nesto- 
rianisme  au  monophysisme  (6).  II  fournit  meme  a  sa  nouvelle  religion 
un  prosdlyte  dangereux  nomine  Sawur.  En  effet  ce  dernier  convertit 


(1)  Muniat  al  Udaba\  p.  160  (f  1744). 

(2)  Oppert,  Expedition  en  Mesopotamie,  I,  p.  309,  cite  par  Mgr  Abdal.  —  Depuis 
le  colonel  Rawlinson,  en  1851,  on  penche  plutot  pour  chercher  Resen  a  Sdllamlyaj 
cf.  s.v.  Researches ,  p.  85-87  et  note  295. 

(3)  Ms.  garshuni  de  Mar  Behnam,  lacuneux  au  ddbut  et  a  la  fin,  mais  signe 
(fol.  135)  par  le  pretre  Ibrahim,  fils  de  Mas‘ud,  fils  de  Barsaume,  fils  d’Ishaq,  du 
pays  d’as  Sawr,  du  village  de  Qaluq. 

(4)  Proche-Orient  Chretien  (Jerusalem),  X/1960,  p.  195-211. 

(5)  Ms.  Mingana  543. 

(6)  Researches  ne  trouve  «rien  qui  merite  d’etre  cit6  avant  le  XI Ie  s.». 


442 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


«les  moines  d’un  certain  couvent  nestorien»  (si  seulemcnt  l’auteur  avait 
dit  lequel!)  qui  deja  passait  pour  etre  favorable  «au  monophysisme,  puis 
se  declara  ouvertement  partisan  de  Sawur».  Ce  fut  ce  propagandiste  qui 
poussa  l’audace  jusqu’a  aller  trouver  dans  son  cachot  le  confesseur 
Iso‘sawran,  et  «le  bienheureux,  qui  n’entendait  rien  aux  discours  theo- 
logiques,  l’ecouta  avec  interet».  On  devine  que  la  meme  mdsaventure 
dut  arriver  a  beaucoup,  qui  n’eurent  pas  toujours  des  disciples  pour  leur 
«expliquer  le  sens  des  paroles  de  Sawur». 

Mais  comme  ce  point  bouscule  fhistoire  regue  de  Qaraqos,  je  dois 
expliquer  sur  quels  arguments  je  base  ma  conclusion.  La  clef  se  trouve 
dans  V Histoire  du  Martyr  Isrfsawran ,  par  Iso‘yaw  III,  editee  en  chal- 
deen  et  resumee  en  frangais  par  J.  B.  Chabot  (1).  On  y  voit  apparaitre 
«fapostat  de  B.  Hudaida  dont  il  a  ete  question  plus  haut».  Or,  plus 
haut,  on  a  parle  successivement  de  deux  apostats.  L’un,  Mihrkust,  a  ete 
cite  au  chapitre  XVI  comme  ayant  embrasse  le  magisme.  Ce  ne  peut 
etre  lui  qui  est  vise  ici,  puisqudl  est  originaire  de  la  region  de  Marga, 
et  B.  Hudaida  ne  peut  absolument  et  a  aucune  epoque  etre  considere 
comme  appartenant  a  Marga.  C’est  done  le  deuxieme  apostat  auquel  il 
est  fait  allusion,  le  «partisan  de  Severe,  nomme  Sawur»,  avec  qui  nous 
avons  fait  connaissance  au  chapitre  XVII.  Si  cet  individu,  B.  Hudaidien 
jacobite,  est  appele  «apostat»,  c’est  qu’avant  de  clevenir  monophysite  il 
avait  pratique  la  religion  de  l’auteur,  le  nestorianisme.  On  se  souvenait 
encore  de  cette  apostasie,  et  1’homme  etait  encore  en  vie  au  moment  ou 
Isocsawran  etait  en  prison  depuis  dix  ans,  e’est-a-dire  en  615.  Il  n’y  a 
done  aucun  doute  que  fapostasie  de  B.  Hudaida  etait  recente,  et  pro- 
bablement  encore  en  cours  a  cette  date. 

Ceci  d’ailleurs  concorde  parfaitement  avec  tout  ce  que  nous  savons 
du  grand  glissement  de  terrain  qui  se  produisit  au  debut  du  VI Ie  siecle 
dans  la  region  de  Ninive.  B.  Hudaida,  comme  la  plupart  des  villages  des 
environs,  etait  d’abord  nestorien;  il  devint  monophysite  au  debut  du 
VIIe  siecle,  et  Jean  de  Dailam  n’y  a  jamais  mis  les  pieds. 


(1)  Archives  des  Missions  Scientifiques  et  Litter aires,  VII/1897,  p.  499. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


443 


II  faudrait  avoir  dcs  renseignements  prdcis  sur  le  peuplement  de  la 
region  au  VIIe  siecle  pour  savoir  si  vraiment  les  habitants  primitifs  de 
Qaraqos  Staient,  comme  on  le  dit,  aramSens.  En  tout  cas  des  apports 
de  sang  nouveau  eurent  lieu  au  XIe  et  XIIe  siecle,  au  moment  ou  des 
dmigres  de  Takrlt  vinrent  se  fixer  au  village.  Les  families  de  Takrit  sont 
encore  connues  (1).  Un  de  leurs  membres,  un  Habas,  signait  encore  en 
1888  un  manuscrit  de  Sarfet,  «le  pretre  Ya‘qub...  de  la  ville  de  Takrlt, 
habitant  au  village  de  Hudaida»  (2),  et  e’est  encore  langage  courant 
a  Qaraqos  de  parler  de  «nos  cousins  de  Takrlt».  Cependant  je  ne  com- 
prends  pas  le  mot  de  Yaqut  (3)  disant  que  «la  plupart»  des  habitants 
de  Qaraqos  etaient  chrdtiens.  On  n’a  gardd  nulle  part  le  tdmoignage  de 
la  prdsence  dans  le  village  d’une  minoritd  non  chrdtienne  (4). 

On  ne  sait  vraiment  que  peu  de  choses  de  fhistoire  du  village. 
Plusieurs  maphriens  y  vdcurent  et  y  moururent,  dont  Jean  IV  de  Sarug 
(1 165-1 188),  qui  tomba  de  la  terrasse  de  fdglise  ou  il  dormait  la  nuit  (5) 
et  dont  le  corps  fut  transports  a  Mar  Matta,  et  Dioscore  Behnam  II 
(1415-1417)  (6)  qui  fut  enterrS  a  Mar  Behnam.  Nous  verrons  le  cas  des 
autres  quand  nous  parlerons  des  tombes  de  la  vieille  Sglise  d’at  Tahira. 

En  1171  les  gens  de  B.  Hudaida  participerent,  avec  ceux  de  Bartelli 
et  des  autres  villages  chrStiens,  a  la  defense  du  couvent  de  Mar  Matta 
contre  un  raid  de  Kurdes  (7).  Peut-etre  y  a-t-il  une  relation  de  cause 
a  effet  entre  ce  raid  et  le  dSpart  vers  Jerusalem  d'un  moine  de  Mar 
Matta,  originaire  de  Qaraqos  et  nomme  Isa‘ya,  scribe  fameux  (8). 


(1)  Mgr  Abdal  en  nomme  quelques-uns,  p.  215,  n.  3. 

(2)  Cat.  Armalet,  p.  133;  cp.  Add.  2019  de  Cambridge,  Cat.  Wright,  p.  582, 
Scrit  en  1452. 

(3)  Mu1 2 3 4 5 6 7 8  gam,  I,  p.  458;  Marasid ,  I,  p.  148. 

(4)  Comme  le  pretend  W.  Hende,  Voyage  up  the  Persian  Gulf,  London  1818, 
p.  215,  cite  par  Researches ,  p.  90,  n.  316. 

(5)  M.S.,  III,  p.  402;  B.H.,  II,  col.  374. 

(6)  Armalet,  n°  75;  Abdal,  p.  77,  161,  217. 

(7)  Ms.  de  Mar  Behnam,  cite  par  Abdal,  p.  218,  n.  4. 

(8)  Barsaume,  p.  488. 


444 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Un  peu  plus  tard,  on  retrouve  deux  freres  originaires  de  ce  village, 
R.  Bakos  et  R.  Sargis,  fils  de  Matta,  fils  de  Moise,  fils  dTsaie,  moines 
au  convent  de  la  Mere  de  Dieu  dans  la  montagne  d’Edesse,  puis  au 
couvent  du  meme  nom  en  Thebaide.  La  carriere  de  scribe  de  Bakos  a 
ete  etudiee  par  M.  fabbe  J.  Leroy  (1),  elle  s’etaie  sur  les  annees  1229- 
1250/1.  A  cette  derniere  date,  son  frere  Sargis  etait  ddja  mort. 

Le  village  eut  evidemment  sa  part  de  pillages  et  de  massacres.  II 
re^ut  la  visite  des  Kurdes  en  1261,  et  ceile  des  Mongols  au  temps  meme 
de  Bar  Hebraeus,  qui  pourtant  ne  semble  pas  mentionner  le  fait;  on 
parlera  de  ces  deux  evenements  a  propos  des  couvents  qui  subirent  leurs 
ravages.  En  1288,  douze  jeunes  gens  de  B.  Hudaida  furent  tues  sur  la 
route  de  Mossoul,  au  cours  d’une  bataille  entre  Turcs  et  Mongols  (2). 

Un  seul  nom  de  «prince»  de  Qaraqos  a  ete  garde,  c’est  Nur  ad  Din, 
qui  figure,  en  1364,  parmi  les  «orientaux»  qui  demandent  au  patriarche 
un  maphrien  (3),  et  qui  re^oit  plus  tard  ce  maphrien,  quand  il  visite 
son  village. 

On  ne  sait  rien  de  l’histoire  du  village  aux  XVe,  XVIe  et  XVIIe 
siecles.  Tout  au  plus  quelques  manuscrits  y  sont-ils  copies,  que  nous 
retrouverons  dans  leurs  eglises  respectives,  et  un  Matta  de  B.  Hudaida 
apparait-il  comme  moine  en  Egypte,  au  couvcnt  de  Ste  Marie  Mere 
de  Dieu,  en  1585  (4). 

On  entend  a  nouveau  parler  de  Qaraqos,  tragiquement,  quand  il 
est  pille  par  les  soldats  de  Nadir  Sah  en  1743.  Plusieurs  recits  du  pillage 


(1)  Dans  Orient  Syrien ,  VII/1962,  p.  103-120.  —  Il  y  aurait  eu  pres  d’Edesse 
deux  couvents  de  la  Mere  de  Dieu,  l’un  dit  «dcs  solitaires»  (cf.  Anonymi  Auctoris  Chro- 
nicon,  ad  A.D.  1234  pertinens ,  C'SCO ,  v.  Chabot,  n°  12,  p.  142),  et  l’autre  «des  etrangers» 
(ibid.,  p.  Ill),  reunissant  les  moines  non-edesseniens,  d’apres  l’abbe  Leroy.  Ce  n’est  pas 
impossible,  car  il  y  avait  jadis  a  Edesse  un  «couvent  des  Orientaux»  (J.  d’Ephese, 
Lives ,  cit.  p.  566),  cependant  on  ne  peut  oublier  que  le  mot  «etranger»,  comme  celui 
de  «solitairc»  est  souvent  synonyme  de  moine.  Si  l’on  a  appel£  un  couvent  «le  couvent 
des  solitaires»,  on  a  pu  aussi  bien  appeler  lc  meme  «le  couvent  des  ^trangers». 

(2)  Chronography,  t.  I,  p.  477. 

(3)  B.H.,  II,  col.  520. 

(4)  Ms.  du  B.M.,  Cat.  Wright,  p.  1146. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


445 


nous  sont  parvenus.  Le  plus  celebre  a  etd  dcrit  par  le  chammas  Habas 
ibn  Gum^,  copiste  de  huit  manuscrits  de  la  bibliotheque  de  Qaraqos, 
sans  compter  ceux  qui  sont  disperses  a  travers  le  moride  (1). 

D’apres  ces  recits,  les  habitants  du  village,  qui  compte  alors  vingt 
pretres  et  cent  vingt  chammas,  s’enfuirent  a  Mossoul,  a  1  'invitation  de 
Hussain  Pacha,  emportant  ce  qu'ils  avaient  de  plus  precieux.  Quatre- 
vingts  hommes  seulement  resterent  au  village.  Le  lendemain  de  l’As- 
somption  les  Persans  arriverent,  depouillerent  les  hommes  de  leurs  vete- 
ments,  mais  n’en  tuerent  qu’un  seul,  et  pillerent  le  village  et  ses  dglises  (2). 

Quand  les  Persans  furent  partis  et  le  siege  de  Mossoul  levd,  les  habi¬ 
tants  revinrent  et  sous  la  conduite  dnergique  de  Kards,  dveque  de  Mar 
Behnam,  releverent  les  ruines.  Une  des  sdquelles  du  siege  devait  avoir 
les  consequences  les  plus  lourdes  pour  Qaraqos,  les  entrainant  dans  de 
couteux  proces  qui  sont  a  peine  terminus:  pour  rdcompenser  Hussain 
Pacha  al  Gallli  de  ses  services  pendant  la  defense  de  Mossoul,  le  sultan 
Mahmud  Ier  «lui  accorda  la  libre  propriety  d'un  grand  village  appeld 
Qaraqos »  (3). 

Le  retour  au  catholicisme  devait  commencer  pas  longtemps  apres 
^e  milieu  du  XVIIIe  siecle.  Vers  1761  les  Syriens  Catholiques  obtiennent 
la  permission  d’elever  un  autel  dans  le  B.  Sohde  de  Ldglise  de  Mar 
Guorguls;  puis  on  leur  cdda  l’eglise  toute  entiere  de  St-Jacques  l'lntercis, 
qui  £tait  en  ruines  (4).  En  1837  eut  lieu  le  partage  des  dglises,  tel  qu'il 
est  encore  actuellement  (5).  Selon  Mgr  Abdal,  la  population  du  village 

(1)  Ms.  ddcrit  in  Abdal,  p.  223,  n°  8;  id.,  Barsaume,  p.  137,  n°  58.  Sa  tra¬ 
duction  fran^aise  par  Pognon  a  deja  6te  citee.  —  Le  P.  Lanza  (qui  arriva  a  Mossoul 
en  1754)  donne  un  resume,  inedit,  des  ev^nements  dans  sa  Compendiosa  Relazwne  Istorica. 

(2)  Les  debuts  de  cette  guerre  avaient  6te  racont^s  par  le  meme  chammas,  en 
1737,  dans  le  ms.  n°  7  de  Qaraqos  (Abdal,  p.  222-223).  Le  malheureux  croyait  s’en 
etre  tire  avec  une  periode  de  cherts,  et  se  r^jouissait  de  la  paix  conclue  entre  les  deux 
sultans  en  1736! 

(3)  N.  Siouffi,  Inscr.  de  Mossoul ,  ms.  texte  fran^ais,  p.  37  (1881). 

(4)  Abdal,  p.  235. 

(5)  Mgr  Naqqasa,  ' Inaya,  p.  546.  —  Je  note  ici,  ne  pereat,  une  hvpothese  sur 
la  lettre  n°  12  contenue  dans  le  ms.  syr.,  Add.  10.967  du  B.M.  {Cat.  Rosen  Forsiiall, 


446 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


compte  aujourd’hui  1300  families  syriennes  catholiques  et  une  minorite 
jacobite. 

Ajoutons  pour  terminer  que  les  vicissitudes  eternelles  de  la  vie  des 
campagnes  ont  affecte  Qaraqos  comme  les  autres  villages:  de  nombreuses 
families  font  quitte  pour  sdnstaller  dans  les  villes.  En  1934  on  estimait 
a  cent  le  total  des  families  qui  avaient  deja  emigre  a  Bagdad. 

Eglises  de  Qaraqos 

II  y  a,  a  l’interieur  du  village,  huit  eglises:  cinq  aux  mains  des  catho¬ 
liques  et  trois  des  jacobites  (1).  Les  dglises  jacobites  ont  dte  thudiees  par 
Mgr  Paulos  Behnam  en  1949  (2);  Mgr  E.  Abdal  a  fait  une  dtude  d’en- 
semble  dans  laquelle  il  a  reuni  la  plupart  des  textes  de  base  (3). 

Les  deux  Tahira 

La  premiere  eglise,  celle  qui  frappe  le  visiteur  qui  arrive  de  Mossoul 
par  Bartelli  et  Karamlaiss,  celle  que  remarque  de  loin  le  passager  des 
Iraqi  Airways  qui,  allant  de  Mossoul  a  Kerkouk,  passe  quelque  part  au- 
dessus  de  Mar  Behnam,  est  l’eglise  nouvelle  d’at  Tahira,  lTmmaculee. 
Commencee  en  1932  et  inauguree  en  1948,  cette  eglise  est  la  plus  grande 
d’lraq.  Elle  a  54  metres  de  long  sur  24  de  large.  Sa  construction  s’eleve 
comme  un  temoignage  de  la  foi  de  ce  peuple,  hommes,  femmes  et  enfants, 
qui  y  travailla  de  ses  mains,  et  de  la  douce  tenacite  de  l’archeveque 
syrien  catholique  de  Mossoul  en  ce  temps -la,  Mgr  Cyrille  Georges  Dallal, 
de  pieuse  mdmoire  (f  1951). 

S’ouvrant  sur  la  meme  cour  interieure  se  trouve  l’ancienne  at  Ta- 

•  • 

hira.  Cette  eglise,  qui  a  trois  nefs  et  trois  autels,  se  presentait  encore  en 

cod.  LXVI).  Cette  lettre  accompagne  l’envoi  fait  par  «Matta,  fils  de  Hadaya»  a 
«l’eveque  des  Syriens  de  Mossoul,  ‘Abdul  ‘Azlz»,  de  la  dime  de  deux  ans.  D’apres  les 
noms,  cette  lettre  me  semble  provenir  de  Qaraqos  et  peut  etre  dat6e  des  environs  de 
1811  (cp.  avec  le  cod.  garshuni  I  du  meme  catalogue).  An  debut  du  XIXe  siecle,  les 
Jacobites  de  Qaraqos  payaient  une  dime  annuelle  de  50  qurus  d’argent  a  leur  eveque. 

(1)  Mgr  Barsaume  en  donne  une  liste  dans  Aperfu,  cit.  p.  200. 

(2)  Lisan ,  cit.,  1/1949,  p.  38  s. 

(3)  Abdal,  p.  228-234. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


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1961,  sauf  quelques  details,  telle  qu’elle  avait  dtd  restaurde  en  1745,  par 
l’eveque  Kares,  apres  qu’elle  eut  dtd  briilde  lors  de  l’incursion  persane. 
La  relique  la  plus  ancienne  semble  etre  sa  cuve  baptismale  hexagonale, 
couverte  d’inscriptions  liturgiques,  et  qui  se  trouve  contre  le  mur  de 
droite,  en  haut  de  la  partie  de  l’dglise  rdservde  aux  femmes.  Le  cotd  qui 
regarde  les  portes  prdsente  une  croix  sculptee  et  un  petit  personnage  en 
relief  assez  grossier  et  assez  indistinct,  peut-etre  un  moine  nimbd?  Le 
panneau  voisin,  en  allant  vers  les  autels,  porte  la  date  de  1832  de  fere 
grecque,  soit  1521.  L’auteur  de  l’inscription  est  un  certain  «Yohannan 
du  couvent». 

Une  date  plus  ancienne  se  trouvait,  il  y  a  quelques  annees  encore, 
dans  la  chambre  dcs  tombeaux.  Malheureusement  le  mur  qui  separait 
cette  salle  de  la  chapelle  voisine  a  dt d  abattu,  et  les  pierres  tombales 
qu'il  portait  ont  disparu.  Je  regrette  de  n’avoir  pas  notd  les  ddtails  en 
son  temps,  je  sais  seulement  que  Tune  des  tombes  dtait  celle  d’un  pretre 
mort  en  616  de  l’Hdgire,  soit  1219  de  notre  ere. 

Sur  le  mur  de  droite  de  cette  chapelle,  la  premiere  pierre  tombale 
en  allant  vers  l’autel  est  celle  du  maphrien  Basile  ‘Aziz;  elle  est  datde 
de  1798  des  Grecs,  1487.  Pognon  (1)  avait  ddja  releve  cette  inscription, 
et  aussi  la  contradiction  qu’elle  prdsente  avec  le  texte  de  Bar  Hebraeus, 
lequel  dit  bien  que  ce  maphrien  mourut  ici,  mais  fut  enterrd  a  Mar 
Behnam  (2).  En  fait,  sa  tombe  est  a  Qaraqos,  et  n’a  jamais  dtd  men- 
tionnde  au  couvent  (3). 

Une  autre  tombe  signalde  par  Pognon  a  son  inscription  a  peu  pres 
a  hauteur  d’homme,  en  face  des  portes  de  la  chapelle,  sur  la  saillie  de 
l’arcade  oil  jadis  se  trouvait  le  mur.  C’est  celle  du  maphrien  Basile,  mort 
en  1819  des  Grecs,  soit  1508  de  notre  ere.  Bien  que  Pognon  n’ait  pas 


(1)  Pognon,  Inscr.  Sem.,  p.  130-131. 

(2)  B.H.,  I,  col.  834;  II,  col.  546;  suivi  par  B.O.,  II,  p.  462;  Diss.,  p.  169, 
49;  Le  Q.,  II,  col.  1557;  Armalet,  n°  78;  DHGE ,  VI/1932,  col.  1146-1147,  s.v. 

Basile  VII;  Abdal,  p.  78  et  229. 

(3)  Liste  des  tombes  dans  Abdal,  p.  161-162. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


identifie  ce  personnage,  1’on  a  affaire  a  Basile  Ibrahim,  qui  devint 
maphrien  en  1496  (1),  et  habita  un  certain  temps  a  Mar  Behnam.  La 
date  de  sa  mort,  1508,  etait  connue  (2),  sauf  de  quelques  auteurs  (3) 
qui  la  mettaient  par  erreur  en  1527.  Les  historiens  des  maphriens  auront 
a  combler  (ne  serait-cc  que  par  le  mot:  vacance)  le  vide  ainsi  cree  dans 
leurs  listes  de  1508  a  1528. 

Nous  avons  vu  que  c’est  de  la  terrasse  de  cette  eglise  qu’etait  tombe, 
en  1188,  le  maphrien  Jean  IV;  il  en  mourut  et  son  corps  fut  transports 
a  Mar  Behnam  (4). 

D'apres  un  «manuscrit  ancien»  de  Mar  Behnam  (5),  tous  les  tre- 
sors  de  at  Tahira  furent  pilles  en  1508. 

En  1743,  quand  les  habitants  evacuerent  le  village  devant  les 
troupes  de  Nadir  Sah,  ils  entreposerent  dans  cette  eglise  les  portes  des 
maisons  et  tout  ce  qu’ils  n’avaient  pu  emporter  a  la  ville.  Cette  accumu¬ 
lation  de  bois  etait  trop  tentante  pour  les  Persans  qui  y  mirent  le  feu, 
incendiant  en  meme  temps  Feglise  et  les  livres  qui  y  restaient  (6). 
Heureusement  cependant,  les  precieux  manuscrits  de  Feglise  avaient  pu 
etre  mis  en  lieu  sur,  et  une  soixantaine  out  survecu,  que  Mgr  Abdal 
recense  sous  le  titre  de  «la  bibliotheque  de  Qaraqos»  (7).  Le  volume 
le  plus  connu  en  est  certainement  celui  de  Foffice  des  fetes  de  la  Ste 
Vierge,  de  1746,  qui  decrit  la  derniere  tentative  persane  contre  Mossoul 
et  les  ravages  des  assaillants  dans  les  villages. 

Ap  res  la  tourmente,  Feglise  d’at  Tahira  fut  la  seconde  de  Qaraqos 
a  etre  «conservee  et  restauree»  par  Feveque  Kares. 

Le  cadre  de  sa  porte  exterieure  porte  la  date  d'une  restauration  tres 


(1)  Armalet,  n°  80;  B.O.,  II,  p.  462;  Diss.,  p.  170,  n°  51. 

(2)  Ref.  in  Abdal,  p.  87,  n.  5. 

(3)  Armalet,  n°  80,  suivi  par  table  Hindo. 

(4)  Deux  mss.  ecrits  de  la  main  de  ce  prelat  sont  mentionnes  par  Abdal, 
p.  222,  n«  5. 

(5)  Cite  sans  autre  reference  par  Abdal,  p.  229,  n.  2. 

(6)  Recit  du  chammas  Habas,  trad.  Pognon,  p.  502. 

(7)  Cit.  p.  220-226. 


Pl.  B.  Qaraqos,  baptistere  de  1'eglise  d'al-Tahira  (1521) 


Pl.  C.  Qaraqos,  sculpture  de  Peglise 
des  Bne  Smuni  (1148  ?). 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


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limitee:  1925.  Cette  porte  a  remplacd  celle  qui  fut  tdmoin,  je  devrais 
dire  qui  fut  prise  a  tdmoin,  de  l’achat  d’un  manuscrit  de  1705  des 
Ethiques  de  Bar  Hebraeus,  actuellement  au  British  Museum  (1). 

Un  vol  dont  fut  victime  feglise  d’as  Sayida  a  Qaraqos  est  relate 
dans  le  colophon  d’un  volume  des  offices  d’avant  Noel,  datd  de  1863  (2). 
Les  portes  du  sanctuaire,  meme  celles  de  fautel,  furent  emportdes,  ainsi 
que  toutes  les  images,  ornements  liturgiques  et  vases  sacrds. 

Tout  recemment  des  fenetres  ont  et 6  percdes,  les  portes  remplacdes, 
finterieur  replatrd  et  peint.  C’est  une  dglise  neuve  de  plus  qui  a  remplacd 
une  ancienne. 

Bne  Smuni 

Smuni  et  ses  fils  les  Macchabees  sont  parmi  les  saints  les  plus  popu¬ 
lates  de  la  region.  Comme  patrons  d’eglises,  ils  ne  cedent  le  pas  qu’a 
S.  Georges,  et  on  a  pu  denombrer  seize  dglises  a  leur  nom  en  Iraq,  rien 
que  pour  les  catholiques  (3). 

La  petite  eglise  qui  leur  est  consacrde  ici  est  aux  mains  des  Jacobites. 
Elle  se  trouve  sur  un  tell,  au  sud  du  village,  et  son  plan  —  avec  portes 
de  face  —  prouve  son  antiquite. 

La  porte  sculptee  de  fautel,  malheureusement  aujourd’hui  ddfigurde 
par  plusieurs  couches  epaisses  de  peinture  bariolee,  est  certainement  le 
monument  le  plus  inffiressant  de  Qaraqos. 

Le  personnage,  jadis  central,  du  linteau,  a  dte  ddcrit  par  Miss  G. 
Bell  (4)  qui  en  a  donne  un  sketch  rapide.  C’est  une  figure  feminine, 
assise  a  la  tailleur,  les  mains  etendues  latdralement,  entre  deux  lions 
symdtriques. 

Mais  ce  que  personne  ne  decrit  (comment  le  pourrait-on  ?)  ce  sont 


(1)  Cod.  LV  (Rich  7196),  Cat.  Rosen  Forshall,  1838. 

(2)  Bibliotheque  catholique  de  Bartelli,  n°  3/2. 

(3)  Bull,  du  Seminaire  Syro-Chaldeen  S.  Jean  a  Mossoul ,  1942,  p.  159  (P.  Omez). 

(4)  Qui  appelle  l'eglise  Mar  Shim‘un;  cf.  Arnurath  to  Amurath,  1911,  p.  264  et 
fig.  175.  Cp.  avec  le  personnage  de  Bab  at  Tillism  dc  Bagdad,  assis  entre  deux  serpents 
a  gueule  ouverte  (Preusser,  cit.  pi.  16). 


Rech.  23  —  29 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


les  petits  personnages  des  montants  de  la  porte,  tous  identiques.  Ils  sont 
imberbes  et  ont  les  yeux  modestement  baisses.  Un  diademe  a  trois  petales 
les  couronne,  et  un  voile  leur  tombe  de  chaque  cote  de  la  tete,  jusqu’aux 
epaules.  Leur  main  droite,  repliee  sur  le  milieu  de  la  poitrine,  laisse 
(autant  qu’on  peut  s’en  rendre  compte)  findex  etendu  comme  dans  un 
geste  d’enseignement.  La  main  gauche,  qui  retombe  negligemment  sur 
le  giron,  tient  une  espece  d’dventail  pendant,  constitue  par  cinq  fuseaux 
de  longueurs  inegales.  Ajoutez  a  cela  la  petite  juppe  un  peu  bouffante 
s’arretant  au  mollet,  et  les  deux  petits  pieds  poteUs  sagement  align^s, 
tous  les  deux  tournes  vers  la  gauche,  sur  le  bas  du  cadre,  et  vous  aurez 
les  plus  ravissants  petits  Macchabees  du  monde. 

Le  decor  floral  des  autres  medallions  est  typique  des  entrelacs  ab- 
bassides,  ici  sur  pierre,  ailleurs  sur  brique. 

Une  inscription  strangudlie  donne  la  date  de  cette  piece  interessante, 
mais  les  lectures  proposees  varient  du  VIIIe  au  XVIIIe  siecle.  Heureu- 
sement  Ton  possede  une  piece  a  peu  pres  identique,  qui  semble  bien 
etre  l’oeuvre  du  mcme  artiste;  c’est  le  mikrdb  trouve  a  Gu’  Kummet,  a 
trois  quarts  de  mille  au  sud-est  de  Singar,  et  qui  est  garde  actuellement 
au  Musee  de  Bagdad  (1).  Or  ce  dernier  monument  est  datd  avec 
certitude  de  1148.  Nous  pouvons  done  situer  la  porte  de  Qaraqbs  au 
temps  du  maphrien  Ignace  Lazare  (1143-1164)  et  peut-etre  meme 
l’attribuer  a  sa  generosity.  Lui  qui  avait  bati  une  eglise  a  Bartelli 
rebelle,  devait  bien  une  porte  a  Bahdaida  fidele. 

Les  amateurs  de  folklore  trouveront  dans  la  meme  eglise  de  quoi 
yveiller  leur  curiosity.  Depuis  avant  1911,  chaque  annye,  a  la  fete  de 
Ste  Smuni,  e’est-a-dire  le  15  octobre  oriental,  se  reproduit  le  «miracle» 
du  defile  en  ombres  chinoises,  sur  le  haut  du  mur  intyrieur  de  feglise, 
de  toute  la  famille  martyre.  Comme  le  dit  une  touriste:  «Les  femmes 
qui  vculent  des  enfants  ou  ont  quelque  autre  souhait  a  formuler,  lancent 


(1)  Gf.  Gerald  Reitlinger,  Medieval  Antiquities  West  of  Mosul,  in  Iraq,  V/1938, 
part.  2,  p.  151  et  pi.  XXIV,  fig.  14-15;  pi.  XXV,  fig.  16-17.  Reproduit  egalement 
dans  al  Mawsil  fil  ‘ ahd  il  Atabiki ,  par  M.  Sa‘Id  ad  Dewah6i,  Bagdad  1958,  fig.  40. 


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leurs  mouchoirs  vers  les  ombres  saintes.  Si  leurs  voeux  sont  agrdds,  les 
mouchoirs  restent  accroches  au  mur»  (1).  D’autres  personnes  m’ont 
affirmd  avoir  vu  le  kaleidoscope  sacrd  au  cours  de  visites  privies.  Je  ne 
Pai  jamais  vu  moi-meme. 

On  ignore  tout  de  Phistoire  de  cette  dglise,  a  part  ce  que  nous  en 
chuchote  la  porte  ouvragde.  Un  manuscrit  a  <5t e  copid,  en  1728,  dans 
«Peglise  de  Mart  Smuni,  ses  sept  fils  et  fddazar  leur  ma!tre»  (2). 

Mar  Zena 

Le  titulaire  est  un  moine  jacobite  du  VIIe  siecle.  Cependant  il  faut 
feuilleter  beaucoup  de  martyrologes  et  de  mdnologes,  de  recueils  de  vies 
de  saints  et  de  catalogues  de  manuscrits,  avant  d’en  trouver  une  trace. 
Sur  les  treize  mdnologes  publids  par  Nau,  seul  le  dernier,  un  feuillet  d’une 
liste  sans  date  attribute  a  Jacques  d'Ldesse  ( ?),  mentionne  au  22  novem- 
bre,  «Mar  Zdna»,  sans  commentaire  (3). 

A  la  meme  date,  le  calendrier  arabe  pour  le  diocese  syrien  catho- 
lique  de  Mossoul,  publid  en  1877,  est  un  peu  plus  explicite:  «A  Ator, 
Zena  et  sa  sceur  Sarah.  Ils  dtaient  enfants  des  rois  d’Ator,  puis  vinrent 
au  Christ.  C’est  pour  cela  qu'ils  furent  mis  a  mort.» 

Mgr  Barsaume  signale  que  sa  bibliotheque  patriarcale  possede  un 
texte  arabe,  «revu  et  augments  apres  Pan  1 000 »,  de  la  legende  de  «Zdna, 
dveque  de  Ba  Rimman,  syrien,  martyr,  et  sa  sceur  Sarah,  en  629»  (4). 
Le  savant  patriarche  donne  un  rdsumd  de  ce  texte  prdcieux,  bien  que 
tardif,  dans  une  r^ponse  a  une  question  de  M.  G.  ‘Awvvad,  publide  par 
ce  dernier  en  appendice  a  son  Sabusti  (5). 

J’ai  pu  dgalement  lire  la  ldgende  telle  qu’elle  se  trouve  dans  un 


(1)  Mrs.  E.  S.  Drower,  Peacock  Angel ,  London,  Murray,  1941,  p.  66.  L’auteur 
y  a  vu  «le  roi  martyr,  sa  femme  Mariam  et  leurs  sept  enfants»  (?). 

(2)  Ms.  de  l’dglise  de  Mar  Guorguls  de  Qaraqos;  cf.  Abdal,  p.  227,  n°  4. 

(3)  P.O. ,  t.  X/ 1912,  p.  132  (cod.  Vat.  Borg.  Syr.  124). 

(4)  Al  Lu'lu ’,  cit.,  2e  £d.,  p.  188,  note  1,  n°  5. 

(5)  Appendice  n°  27,  p.  293. 


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manuscrit  sans  date  dc  Bartelli  (1),  mais  qui  semble  bien  du  XIXe 
siecle.  Elle  y  occupe  les  pages  123  recto  a  138  verso. 

Plus  discrete  que  le  «Kalendar»,  la  legende  n’avoue  pas  tout  de 
suite  l’origine  royale  du  heros,  dont  la  soeur  s’appelle  inevitablement 
Sarah,  selon  la  meilleure  tradition. 

Gependant,  le  lieu  d’origine  du  saint  fait  difficulte.  D’apres  Mgr 
Barsaume,  il  est  de  «Horsabad»,  c’est-a-dire  al  Bawazlg  et  Ba  Rimman; 
d’apres  le  manuscrit  Gallo,  il  est  ne  a  «Ator  de  Hadqabad,  qui  est 
Bawazlg,  au  village  de  Tell  as  Sultan».  Faute  de  pouvoir  retrouver  Tell 
as  Sultan,  on  remarque  cependant  que  les  deux  textes  tournent  autour 
de  Bawazlg.  Peut-etre  se  trouve-t-on  en  face  de  deux  corruptions 
differentes  du  nom  de  Narsibad  (2),  une  des  localites  jacobites  du  Ba 
Rimman,  c’est-a-dire  de  la  zone  nord-ouest  de  la  province  du  B.  Gar- 
mai,  en  dessous  du  Petit  Zab  et  a  Test  du  Tigre,  en  face  de  Takrit. 

C’est  en  effet  comme  une  partie  du  cycle  de  Takrit  que  la  legende 
se  presente,  et  c’est  dans  la  mouvance  de  Takrit  que  le  culte  du  saint  se 
propage.  En  plus  de  1’eglise  de  Mar  Zena  de  Qaraqos,  dont  la  parente 
avec  Takrit  apparait  de  toutes  parts,  c’est  parmi  les  eglises  des  Takrltains 
a  Mossoul  que  Ton  trouve  une  autre  Mar  Zena  (3).  Fait  curieux  ce¬ 
pendant,  et  malgre  ce  qu’en  dit  Ugo  Monneret  de  Villard  (4),  le  saint 


(1)  Ce  ms.,  mesurant  22  cm.  5  X  16,5  et  comprenant  24  cahiers  de  8  fol. 
chacun,  appartena  t  au  chammas  syrien  othodoxe  Saba  Ishaq  Hannuna,  de  la  fa- 
mille  Sabti  Gallo,  qui  mourut  vers  1914/1915.  Les  quatres  derniers  feuillets,  dont  le 
colophon,  manquent;  la  seule  datation  possible  est  fournie  par  le  colophon  qui  finit 
l’histoire:  «termin6  au  milieu  du  careme,  le  30  mars». 

(2)  Evech£  jacobite,  dont  deux  titulaires  sont  connus,  §arbel  vers  780  et  Ellya 
en  834  ( Apergu ,  p.  197).  —  EIonigmann  lui  a  consacre  une  longue  notice  (Lc  Convent 
de  Barsauma ,  p.  161-162)  sans  remarquer  que  sa  relation  parait  evidente  avec  Hagla, 
qui  est  sur  la  route  arabe.  Mgr  Armalet  Eavait  deja  dit:  Narsabad  est  un  des  villages 
de  Takrit  (Armalet,  n°  44);  nous  pouvons  ajouter:  sur  l’autre  rive  du  Tigre. 

(3)  Cf.  Mossoul  Chretienne ,  p.  33-34. 

(4)  Il  libra  della  peregrinazione  nelle  parti  d'Oriente ,  di  f rate  Ricoldo  da  Monte  Croce , 
Rome  1948,  p.  74.  D’apres  Bar  Hebraeus,  auquel  se  refere  l’auteur,  l’eglise  de  S. 
«Z<hion»  (?)  dont  il  parle  est  1'eglise  Mar  Zena  des  Takrltains,  a  Mossoul. 


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n’avait  pas  de  sanctuaire  a  Takrlt  meme,  probablement  a  cause  de  la 
proximite  de  son  sanctuaire  principal  au  Ba  Rirnman. 

Si  Pon  passe  sous  silence  les  dragons  occis  et  les  rois  gudris,  les  his- 
toires  de  goudron,  de  mercure  et  d’un  commerce  profitable,  ou  les  cara- 
vanes  du  saint  sont  gardecs  a  distance  par  son  radar  surnaturel,  il  reste 
que  Zena  aurait  etd  nommd  dveque  du  Ba  Rirnman  par  le  «catholicos 
de  POrient»  (1)  Samuel  (614-624),  et  que  lui  et  sa  socur  auraicnt 
fondd  des  couvents  que  nous  retrouverons  ailleurs.  Zdna  serait  mort 
martyr,  au  jour  annivcrsaire  de  la  mort  (naturelle)  de  sa  soeur,  mais 
de  nombreuses  anndes  apres  elle. 

On  ignore  la  date  de  construction  de  Pdglise  de  Mar  Zdna  a  Oara- 
qos.  Elle  dtait  depuis  longtemps  abandonnee  et  en  ruines  quand  le  moine 
Bakos  de  Qaraqos,  supericur  du  couvent  de  Mar  Behnam,  la  rebatit 
avec  Paide  de  ses  concitoyens,  en  1589,  par  les  soins  du  maphrien  Basile 
Pilate  (2).  Elle  venait  d’etre  restauree  a  nouveau  en  1738,  quand  la 
tempete  de  1743  la  ruina  une  fois  de  plus.  L’dveque  Kards  la  recons- 
truisit  en  1744. 

Quand  j’en  6s  le  plan  en  1944,  la  voute  de  la  nef  centrale  dtait 
ecroulee.  En  plus  de  deux  tombes  anciennes,  de  1754  et  1770,  a  droite 
et  a  gauche  de  Pextrdmitd  est  de  la  petite  nef  droite,  on  remarquait  dans 
cette  eglise  une  particularity  curieuse:  la  porte  royale  n’dtait  pas  au  milieu 
de  son  mur,  a  dgale  distance  des  deux  murs  lateraux  de  la  nef  centrale. 
L’autel  est  logd  dans  une  abside  hemisphdrique  ddpassant  vers  Pextdrieur. 
Le  travail  de  son  mur  de  briques,  cotd  rue,  reprdsente  un  arrangement 
dcs  materiaux  en  motifs  rappelant  les  minarets  des  mosqudes  d’dpoque 
Galilie,  ses  contemporains,  a  Mossoul.  Les  portes  sont  siscs  latdralement, 
selon  le  plan  tardif  qui  prdvalait  ddja  au  X\  II Ie  siecle,  et  s’ouvrent  sur 
une  cour  dans  laquelle  est  situd  un  puits  «miraculeux». 


(1)  Cette  expression  provient  dc  la  version  ancicnne  de  l’histoire;  a  partir 
du  XIIe  s.  on  aurait  dit  «maphrien». 

(2)  Colophon  d’un  ms.  citd  par  Mgr  Barsaume  (p.  170,  n°  52)  et  par  Mgr 
Abdal,  p.  234. 


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S.  Jacques  l’Intercis  et  S.  Andre 

L’eglise  actuelle  est  entieremcnt  moderne  quant  au  plan  et  la  cons¬ 
truction,  et  n’a  rien  garde  de  Teglise  ancienne.  Elle  se  trouve  dans  la 
partie  nord  du  village,  et  sa  cour  avec  les  dependances  loge  lYcole  des 
filles,  dirigee  par  les  Soeurs  Dominicaines. 

On  suppose  que  Teglise  est  ancienne,  mais  on  n’en  a  aucune  preuve. 
Le  plus  ancien  manuscrit  lui  ayant  appartenu  date  de  1712  (1).  LYglise 
y  apparait  sous  le  double  patronage  ancien  des  Saints  Andre  et  Jacques. 

Ruinde  avec  les  autres  eglises  en  1743,  elle  fut  egalement  rebatie 
en  1744  (2). 

Cette  dglise  a  une  valeur  speciale  pour  les  catholiques,  dont  elle  fut 
le  premier  temple  entieremcnt  concede  a  leur  usage,  vers  1770  (3). 

S.  Jean 

Tout  le  monde  est  d’accord  que  c’est  un  Mar  Yohannan  qui  est 
le  patron  de  cette  eglise,  une  des  plus  grandes  du  village  et  situee  a  l’ouest 
de  l’agglomeration,  mais  de  quel  Jean  s’agit-il?  Mgr  Abdal  a  releve 
l’appellation,  encore  actuellement  employee,  de  S.  Jean  Baptiste,  dans 
un  manuscrit  de  1757,  alors  qu’un  evangeliaire  de  1748  1’appelle  S.  Jean 
l’Evangeliste. 

Cependant  le  nom  le  plus  ancien  est  encore  different;  on  le  trouve 
dans  plusieurs  manuscrits,  et  la  tradition  est  forte  qui  l’affirme:  cette 
Eglise  est  celle  de  l’ancien  couvent  de  Mar  Yohannan  Biisnaya  (4),  ou, 
selon  la  prononciation  occidentale:  Yohanon  Busnoyo. 

Qui  etait  ce  personnage  et  quancl  fonda-t-il  son  couvent?  Recueils 
de  vies  de  saints,  menologes  et  calendriers  sont  desesperement  et  abso- 
lument  muets  sur  ce  point.  En  attendant  la  trouvaille,  toujours  possible, 


(1)  A.  Scher,  Notice  sur  les  Mss.  Syr.  du  M usee  Borgia  (aujourd’hui  a  la  Vati- 
cane),  J.A lle  serie,  V/1915,  p.  487-536,  cod.  97. 

(2)  Mgr  Abdal,  p.  231,  cite  un  ms.  de  1750  qui  l’appelle  «couvent  de  S.  Andr^». 

(3)  Ibid.,  citant  <‘Indyal  ar  Rahman,  p.  219-220. 

(4)  Abdal,  p.  232. 


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du  texte  rdvdlateur,  tout  ce  qu’on  peut  dire,  d’apres  le  nom  du  saint, 
c’est  qu’il  dtait  originaire  du  district  de  Ba  Busna,  illustrd  par  le  moine 
(nestorien  celui-la)  du  Xe  siecle,  appcld  R.  Yusif  Busnaya.  Dans  la  vie 
de  ce  dernier,  dcrite  par  son  disciple  Jean  bar  Kaldun,  on  voit  que  le 
village  de  B.  ‘Edrd,  l’actuel  Ba  ‘Adrd,  a  15  kilometres  a  Test  d’Alqds, 
ou  dtait  ne  R.  Yusif,  se  trouvait  dans  le  district  de  Ba  Busna.  L’auteur 
dit  meme  que,  dans  ce  village,  «on  ne  trouvait  aucun  mdlange  des 
tdnebres  de  l’erreur  qui  produit  le  mcnsonge  au  sujet  de  Dieu»  (1). 
C’est  done,  Chabot  l’a  remarque  et  on  le  sait  par  ailleurs,  que  les 
Jacobites  «dtaient  alors  nombreux  dans  les  environs». 

Cette  situation,  vraie  au  Xe  siecle,  l’dtait  dd:ja  depuis  le  d£but  du 
VIIe  siecle.  Notre  hdros  est  done  de  la  region  jacobite  situde  entre  Alqos 
et  ‘Ain  Sifni. 

II  est  peu  probable  que  ce  soit  un  martyr,  car  le  district  nYtait  pas 
encore  monophysite  a  1’ere  des  persecutions:  c’est  done  probablement 
un  moine,  qui  vint  fonder  ici  un  couvent. 

Ces  deductions  sont  confirmees  par  l’existence,  dans  deux  dvange- 
liaires  jacobites  du  British  Museum,  d’une  commemoraison  de  «Mar 
Yohannan,  au  couvent  du  Busnaya»  (2).  Le  fait  que  les  deux  volumes 
appartiennent-au  fonds  Rich  semble  indiquer  qu'ils  proviennent  de  notre 
region,  bien  que  le  collectionneur  lui-meme  n’ait  rien  dit  de  leur  ori- 
gine  (3).  La  date  du  premier  manuscrit,  dcrit  sous  le  patriarche  Jean 
X\rI  et  le  maphrien  Ignace  David,  done  entre  1215  et  1220,  temoigne 
du  culte  du  saint  a  cette  epoque. 

Je  puis  ajouter  quelques  lignes  a  Thistoire  du  couvent,  mais 


(1)  Trad.  Chabot,  1900,  p.  11. 

(2)  La  date  de  la  commemoraison  n’est  pas  indiqu^e.  —  Cod.  XXVI  {Cat. 
Rosen  Forshall,  p.  42),  Rich  7170,  fol.  249-250;  et  cod.  XXVIII  {id.,  p.  48),  Rich 
7172,  fol.  168-170. 

(3)  Residence ,  t.  II,  p.  308,  app.  III.  —  On  peut  remarquer  6galement  que  le 
deuxieme  £vangeliaire  comporte  la  commemoraison  de  Mar  Thdodoros  (fol.  171)  dont 
on  a  vu  le  sanctuaire  entre  Bartelli  et  Basblta. 


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auparavant  il  faut  dire  un  mot  rapide  de  la  fin  de  Ehistoire  de  l’dgli - 
se,  en  observant  bien  les  dates,  qui  vont  nous  servir  dans  un  instant. 

En  1893,  le  batiment  de  lYglise,  qui  mena^ait  ruine,  fut  d^moli 
completement.  La  reconstruction  tarda.  Quand  le  cholera,  qui  avait 
delate  a  Qaraqos  en  1905,  put  etre  arrete,  on  attribua  ce  miracle  a  Ein- 
tercession  de  Mar  Yohannan,  et  la  reconstruction  de  son  eglise  fut 
achevee  en  1909  (1). 

Ces  dates,  1893-1909,  permettent  d’identifier  Eeglise  comme  etant 
celle  ou  Pognon  trouva  la  tres  importante  inscription  a  laquelle  il  donne 
le  numero  74  (2).  Pognon  la  vit  «jadis»  dans  «une  eglise  qui  tombait 
en  ruines  bien  qu’elle  ne  fut  pas  tres  ancienne».  A  quelle  annde  s’applique 
ce  «jadis»?  Probablement  a  une  date  anterieure  a  1892,  puisque  c’est 
avant  cette  annee  que  le  consul  general  vint  pour  la  premiere  fois  a 
Mar  Behnam  (3),  qui  est  a  15  kilometres  de  Qaraqos.  Puis  il  ajoute: 
«Cette  eglise  elle-meme  a  etd  demolie  tout  recemment»,  ce  que  Eon  peut 
reculer  au  plus  tard  jusqu’a  la  date  de  publication  du  livre,  c’est-a-dire 
1907.  Ajoutons  que,  d’apres  le  texte  (Pognon  Eavait  deja  devin£),  Eeglise 
semble  etre  un  ancien  couvent  (4). 

Quelle  est  done  Eeglise  de  Qaraqos,  ancienne  dglise  de  couvent, 
menacant  ruine  vers  1892  et  en  fait  demolie  avant  1907,  sinon  Mar 
Yohannan?  On  peut  done  considerer  que  e’est  d'ici  que  provient  Eins- 
cription,  et  que  les  renseignements  qu’elie  fournit  s’appliquent  au  cou¬ 
vent  de  Mar  Yohannan  al  Busni. 

Mais  laissons-en  la  lecture  a  Pognon  lui-meme:  «Voici  la  cause  de 
Eetablissement  de  ce  tombeau  (5) :  il  arriva  que  les  Tartares  survinrent 


(1)  Il  n’y  a  pas  dans  l’eglise  d’inscription  commemorant  cette  restauration.  Les 
dates  sont  obtenues  par  recoupement  de  traditions  locales. 

(2)  Inscr.  Sem p.  129-131  et  pi.  XXX. 

(3)  Il  publia  deja  les  inscriptions  dans  le  J.A.  de  1892  (n°  3,  p.  140)  et  y  fit 
sa  «derniere»  visite  (p.  132,  et  n.  2)  en  1893. 

(4)  On  ne  peut  malheureusement  pas  savoir  d’apres  l’inscription  meme  si  le 
couvent  £tait  d^di6  a  un  saint  ou  a  une  sainte,  car  le  mot  est  en  abreviation! 

(5)  On  pourrait  aussi  traduire  «sanctuaire». 


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avec  une  grande  colere  pour  faire  une  breche  dans  le  mur  du  couvent 
et  piller  tout  ce  qui  s’y  trouvait.  Mais  lorsqu’ils  eurent  percd  le  mur,  ils 
trouverent  les  os  du  saint;  ils  se  calmerent  et,  au  lieu  d’etre  des  loups,  ils 
devinrent  des  agneaux;  au  lieu  d’etre  des  perturbateurs  et  des  ravisseurs, 
ils  devinrent  des  hommes  pacifiques  et  gracieux.  Ils  ne  firent  de  mal  et 
ne  causerent  de  prejudice  a  personne.  Ceci  cut  lieu  grace  a  Tintervention 
divine  et  aux  prieres  du  saint.  Que  ses  prieres  soient  avec  nous.  Amen. 
—  Ces  dvdnements  eurent  lieu  au  temps  de  Mar  Gregoire,  Tillustre 
primat  de  l’Orient.» 

Comme  Pa  ddja  remarque  le  savant  Pognon,  le  maphrien  dont  il 
est  question  ne  peut  etre  que  Bar  Hebraeus  lui-meme,  ce  qui  place 
l’incident  entre  1264  et  1286. 

Qu’est  devenue  cette  inscription?  Lors  de  la  demolition  de  l’dglise, 
ajoute  Pognon,  «elle  fut  confide  a  un  pretre  du  village».  Apres  de  longues 
recherches  dans  les  families  des  pretres  de  cette  epoque,  la  premiere 
partie  de  la  pierre  vient  d’etre  retrouvee  a  Mar  Yohannan  meme,  rd- 
employde  comme  dalle  dans  le  pavage  de  Yiwan  situd  a  cotd  de  l’extrd- 
mitd  est  de  la  galerie  extdrieure  de  l’dglise,  et  dans  lequel  se  trouve 
l’escalier  montant  a  l’appartement  occupe  par  l'eveque  lors  de  ses  visites 
a  Qaraqos. 

Le  deuxieme  et  dernier  texte  qui  peut  concerner  le  couvent  de 
Yohannan  Busnaya  se  trouve  dans  le  colophon  d’un  manuscrit  de  Bar¬ 
telli  (1).  Ce  livre  fut  copid  par  le  moine  Guorguls,  fils  de  Husaba  de 
Qaraqos,  a  la  demande  du  pretre  Husaba,  fils  de  Hanna,  de  Bartelli. 
II  a  dte  ecrit  en  1578  «au  couvent  de  Mar  Yohanon,  le  grand  parmi  les 
elus  et  l’honorable  parmi  les  saints».  Comme  Qaraqos,  patrie  du  copiste, 
et  Bartelli,  lieu  de  destination  du  volume,  ont  tous  deux  un  couvent  de 
S.  Jean,  on  pourrait  hesiter  pour  savoir  si  le  couvent  mentionnd  en  1578 
est  celui  de  Yohannan  bar  Nagard  a  Bartelli,  ou  cclui  dont  on  parle 


(1)  Offices  du  Careme  et  des  XL  Martyrs,  a  l'dglise  syrienne  catholique  de 
Bartelli,  n°  5/4.  Le  colophon  final  manque,  celui-ci  se  trouve  au  fol.  386  v. 


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ici  (1).  Je  crois  qu’il  s’agit  de  ce  dernier,  car  Bar  Nagare  aurait  cer- 
tainement  ete  dote  de  son  titre  de  martyr.  On  peut  done  peut-etre 
conclure  que  le  convent  de  Busnaya  existait  encore,  et  avait  encore  au 
moins  un  moine,  a  la  fm  du  XVI e  siecle.  On  a  vu  que  le  nom  du  vrai 
patron  de  Peglise  etait  deja  oublie  au  milieu  du  XVIIIe  siecle. 

Mar  Guorguis 

L’dglise  de  St-Georges  (2),  situee  au  sud-est  du  village,  sur  le 
chemin  de  Mar  Behnam,  daterait,  d’apres  Mgr  Paulos  Behnam,  du  VIe 
siecle.  L’auteur  ne  dit  pas  d’ou  il  tient  cette  date. 

L’eglise  entre  dans  Pliistoire  en  1270  grace  a  un  recueil  des  prieres 
des  Rogations,  conserve  a  Qaraqos.  Sa  derniere  restauration  date 
de  1866. 

Cette  eglisc  est  la  seule  de  Qaraqos  a  avoir  un  B.  Sohdd  a  droite 
du  Saint  des  Saints.  Elle  peut  s’enorgueillir  d’avoir  contenu  le  premier 
autel  catholique  du  village  (vers  1768)  et  aussi  montrer  deux  plaques 
commemoratives  qui  ont  leur  importance  clans  Phistoire  locale:  Pune 
relate  la  peste  de  Qaraqos  en  1773,  qui  enleva  4.000  personnes,  dont 
52  pretres  et  chammas  (3) ;  P autre  rappelle  le  creusement  du  puits 
du  village  en  1739,  aux  frais  du  couvent  de  Mar  Behnam  et  sous  Pim- 
pulsion  du  genie  tutelaire,  Peveque  Iwanis  Kares. 

Saints  Sarkis  et  Bakos 

D’apres  la  legende  fabuleuse  de  Jean  de  Dailam  cette  eglise  aurait 
ete  la  premiere  batie  a  Qaraqos.  En  fait,  e’est  probablement  une  des 
premieres  eglises  «jacobites»  de  Pendroit,  le  culte  du  megalomartyr 

(1)  On  pourrait  egalement  attribuer  ce  volume  au  couvent  de  Jean  de  Dailam 
(Mqurtaya),  justement  restaure  a  cette  £poque. 

(2)  Pour  les  deux  eglises  qui  restent,  je  me  contente  de  suivre  Mgr  Abdal 
(p.  232  et  233),  qui  donne  pratiquement  les  memes  details  que  Mgr  Paulos  Behnam 
(Lisdn,  cit.) . 

(3)  Un  dossier  des  Archives  de  la  S.C.  de  la  Propagande,  contenant  des  Scritture 
non  riferite  (cote.  S.N.R.,  VIII),  comprend  (p.  228)  des  Alemoires  sur  la  peste  a  Bagdad 
et  Bassora,  en  1773.  On  y  trouverait  peut-etre  des  details  int^ressants  sur  nos  villages. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


459 


Serge  et  de  son  compagnon  Bacchus  ayant  et6  pratiquement  monopolise 
par  les  monophysites  dans  la  seconde  moiti£  du  YIe  siecle  (1). 

La  premiere  mention  historique  de  cette  ^glise  est  fournie  tardive- 
ment  par  un  manuscrit  liturgique  de  1582  (2).  La  croyance  que  ce 
temple  est  le  plus  ancien  de  Qaraqos  lui  valut  d’etre  restaurd  le  premier 
apres  l’invasion  persane,  immddiatement  avant  Mar  Ya‘qub  et  Mar 
Zdna,  egalement  remises  en  dtat  en  1744. 

La  grande  inscription  commemorative  de  cet  dvdnement,  conservee 
sur  les  portes  de  l’dglise,  est  entierement  a  la  gloire  d’un  seul  homme, 
a  peine  cache,  par  une  humility  de  convention,  derriere  «le  peuple 
Hudaidien».  Cet  homme  c’est  l'dveque  Ivvanls  Kards,  de  la  famille 
Yagmiir,  de  Qaraqos,  «pasteur  du  couvent  de  Mar  Behnam»  et  «chef 
du  village».  C’est  comme  un  chef  en  effet  que  l’impdrieux  Kares  se  com- 
porte;  c’est  lui  qui  donne  l'ordre  aux  habitants,  «petits  et  grands»,  d’em- 
porter  leurs  provisions  et  de  se  rdfugier  a  Mossoul.  On  ne  peut  nier  sa 
clairvoyance  et  son  esprit  de  decision,  et  les  services  qu’il  a  rendu  a  Qa¬ 
raqos  sont  immenses.  Ce  que  les  inscriptions  officiellcs  ou  les  colophons 
louangeurs  ne  disent  pas,  mais  ce  que  Ton  devinera  bientot  a  propos  du 
couvent  de  Mqurtaya,  c’est  que  ce  dictateur  avait  la  main  lourde  et 
ne  pardonnait  pas  l’opposition. 

Kards  le  Terrible  est  enterr£  a  Mar  Behnam.  II  dtait  «sorti  du  monde 
terrestre  et  s’etait  transport^  dans  le  monde  spirituel»  (est-ce  un  aveu?) 
le  20  avril  1747  (3).  Paix  a  ses  cendres! 

Une  inscription  placde  a  gauche  de  la  porte  d’entr^e  de  l’dglise 
rappelle  une  restauration  partielle,  dont  la  galerie  extdrieure,  due  a 
Mariam,  femme  du  choreveque  Yalda,  en  1843.  Une  fois  de  plus  on 
remarquera  le  role  des  donatrices,  et  aussi  la  pdriodicitd  de  cent  ans  qui 
est  a  peu  pres  la  norme  pour  la  restauration  des  dglises. 


(1)  Cf.  mon  article  Les  Saints  Serge  del’ Iraq,  in  An.  Boll.,  LXXIX/1961 ,  p.  102-114. 

(2)  Abdal,  p.  233. 

(3)  Sa  pierre  tombale,  Abdal,  p.  161-162. 


460 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Preusser  donne  une  illustration  de  cette  eglise  (1).  C’est  la  seule 
eglise  syrienne  d’lraq  qui  ait  conserve  un  embryon  de  him  (2). 

Autour  du  village 

A  environ  1  km.  500  au  sud  du  village,  on  trouve  une  grande 
grotte  composee  de  plusieurs  chambres  taillees  dans  le  poudingue.  La 
voute  de  la  charnbre  centrale  s’est  effondree  rdcemment.  Le  lieu  est 
connu  sous  le  nom  de  Monastere  de  Mar  Quriaqos.  Tout  le  village 
en  celebre  la  fete  le  dimanche  avant  les  Rameaux. 

L’existence  du  monastere  est  attestee  pour  la  premiere  fois  dans  un 
manuscrit  liturgique  copie  pour  son  eglise,  au  temps  du  maphrien 
Basile  Habib  (3)  en  1658.  II  est  encore  cite  en  1728  (4). 

Un  autre  lieu  dit,  pres  de  Oaraqos,  est  appele  Be  Smuni  d-§TETA, 
c’est-a-dire:  les  Macchabees  de  la  plaine,  pour  le  distinguer  du  sanc- 
tuaire  du  meme  nom  dans  le  village.  C’est  un  espace  non  laboure,  sans 
aucune  trace  de  construction.  Seule  une  crainte  superstitieuse  le  protege 
jusqu’ici  (bien  qudnsensiblement  il  diminue)  des  empietements  des 
champs  qui  1’entourent. 

Le  probleme  du  Couvent  de  Religieuses  de  Qaraqds,  detruit  par 
les  Kurdes  vers  1261  (5),  sera  etudie  en  meme  temps  que  Mqurtaya. 

II  y  aurait  encore  beaucoup  de  petits  details  a  citer  a  p  repos  de 


(1)  Nordmesopotamische  Baudenkmaler ,  Leipzig  1911,  pi.  21,  p.  13. 

(2)  Mossoul  Chretienne ,  p.  96-97. 

(3)  B.M.,  cod.  XXXVI,  Rich  7180,  Cat.  Rosen  Forshall,  p.  58.  —  Si  la  lec¬ 
ture  de  ce  texte  est  exacte,  elle  pose  un  nouveau  petit  probleme  aux  historiens  des 
maphriens.  Ceux-ci  en  effet  donnent  habituellement  comme  titulaire  en  1658  Basile 
‘Abd  ul  Maslh  (1655-1662),  ( Diss .,  p.  170,  d’apres  un  pontifical  syr.  jac.  de  la  Vaticane; 
Armalet,  n°  90;  Hindo,  p.  122).  II  y  a  plus  tard  un  Basile  Habib  II  (1665-1674  ou 
86)  (Armalet,  n°  91;  Hindo,  id.)  contemporain  d’un  maphrien  Gorgis  de  Mossoul. 
II  semble  done  que,  en  1658,  au  moment  ou  Basile  ‘Abd  ul  Maslh  etait  maphrien  du 
Tur  ‘Abd In,  il  y  avait  a  Mossoul  un  maphrien  nomme  Basile  Habib.  Serait-ce  le  meme 
qui  deviendra  maphrien  unique  en  1665?  Cela  est  une  autre  question. 

(4)  Abdal,  p.  227,  n°  4,  ms.  de  Qaraqos. 

(5)  Chronograph y,  I,  p.  441. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


461 


Qaraqds  et  de  ses  homines  celebres,  notamment  des  copistes,  qui  sont 
legion  (1),  de  ses  moines,  dont  quelques-uns  maintiennent  la  tradition 
takritaine  de  se  retirer  en  Egypte  (2),  de  ses  dveques,  surtout  ceux  du 
siege  de  Mar  Behnam  et  Qaraqos,  du  XVIe  au  XVIIIe  siecle,  dont 
au  moins  cinq  connus  sont  originaircs  du  village  (3). 

Qaraqos  a  meme  produit  un  maphrien,  Basile  Yalda,  qui  alia  au 
Malabar  s’occuper  des  affaires  de  la  communautd  syrienne,  et  y  mourut. 

3.  —  Ba‘sIqa 

A  21  kilometres  au  nord-est  de  Mossoul,  a  11  kilometres  du  nord/ 
nord-ouest  de  Bartelli,  au  pied  d’une  chaine  d’une  quinzaine  de  kilo¬ 
metres  de  long,  ne  depassant  jamais  600  metres  de  haut,  et  qui  porte 
son  nom  (4),  se  trouve  un  tres  curieux  village  appeld  Ba‘slqa,  Ba‘slqa 
ou  encore  Bahslqa.  Ce  chef-lieu  de  canton  a  une  population  totale  de 
2566  habitants,  dont  1517  sont  ydzidis,  258  musulmans  et  791  chrdtiens. 
Parmi  ces  derniers,  les  trois  cinquiemes  sont  jacobites  (5),  et  le  reste 
syriens  catholiques. 

Autre  particularity,  les  chretiens  ne  parlent  pas  le  soureth,  c’est-a- 
dire  le  syriaque  vulgaire,  comme  les  habitants  des  villages  que  Ton  vient 
d’etudier,  mais  uniquement  l’arabe.  Encore  leur  arabe  est-il  tmiailld  de 
constructions  de  phrases  et  de  mots  que  Ton  ne  trouve  pas  a  Mossoul  et 
qu’ils  attribuent  a  leur  origine  takritaine  lointaine  (6). 


(1)  Quelques  noms  dans  Abdal,  p.  220. 

(2)  On  sait  que  les  deserts  et  les  montagnes  de  Mdsopotamie  et  du  Kurdistan 
etaient  quelquefois  appeles  «le  second  Sq£t£».  En  plus  de  Bakos  cit£  plus  haut,  voir 
l’exemple  du  moine  Jean  de  Hdaida  (Abdal,  p.  225,  avec  r^fdrence  a  un  ms.  du 
B.M.,  n.  2). 

(3)  Apergu,  et  Abdal,  p.  79-85. 

(4)  Researches ,  p.  69. 

(5)  80  families,  d’apres  S.S.  le  patriarche  actuel. 

(6)  J’ai  toujours  aime  le  nom  qu’ils  donnent  au  bousier:  qazi  bazi.  Quant  a  la 
motocyclette,  ils  l'appellent  «fot  fot».  Je  reconnais  cependant  qu’il  est  difficile  d’at- 
tribuer  la  paternity  de  ce  dernier  mot  aux  ancetres  takritains. 


462 


ASSYRIE  CURE  TIE  NNE 


Ici  comme  ailleurs,  de  nombreux  Isidore  de  Seville,  anciens  et  mo- 
dernes,  so  sont  essaves  a  fournir  des  etymologies  du  nom  du  village.  La 
plus  communement  reyue  v  voir  un  derive  de  Earameen  «Bet  ‘Asiqa», 
la  demeure  de  Eoppresseur  (1).  Encore  faut-il  remarquer  que  le  nom 
interprets  est  le  nom  moderne  dans  son  dernier  degre  de  corruption.  Ln 
essai  d'interpretation  du  on  desN  nom  ancien  semblerait  plus  logique. 
Ce  n'est  pas  la  premiere  fois  que  nous  remarquons  le  cas:  on  se  precipite 
sur  une  prononciation  desesperement  deformee  et  on  vaticine  doctorale- 
ment  que  le  nom  veut  dire  ceei  ou  cela.  En  fait,  aussi  bien  ici  qu'a 
Bartelli,  Karamlaiss,  etc.,  le  nom  ancien  pouvait  bien  etre  fort  different 
du  nom  actuellement  en  cours,  et  la  plupart  des  etymologies  avancees 
perdent  ainsi  leur  valeur. 

La  localite  actuellement  appelee  B.Vsiqa  est  anterieure  a  l'ere  chre- 
tienne  et  Eon  voit  a  cote  du  village  un  grand  tell,  le  plus  important  de 
la  region  apres  Quyungik  de  Xinive.  D'apres  V.  Place,  c'est  un  qua- 
drdatere  haut  de  18  metres,  sur  422  metres  de  long  et  316  de  large  v2). 
L  n  sondage  ne  revela  au  consul  archeologue  qu'une  montagne  de  briques 
crues.  sur  la  destination  de  laquelle  il  resta  embarrass^.  Layard  fut  plus 
heureux  et  ses  homines  purent  mettre  a  jour  des  fragments  de  sculptures 
avec  inscriptions,  des  poteries  entieres  et  des  briques  estampillees  v3  . 

Entre  1930  et  1933  le  tell,  appele  Tell  Billa,  fut  fouille  par  E.  A. 
Speiser  et  C.  Bache,  en  meme  temps  que  Tepe  Gawra.  Le  nom  ancien 
du  site  put  etre  etabli  comme  etant  Sibanlpa  4). 

Quant  au  village  actuel,  le  rapprochement  effectue  par  S.S.  Mgr 
Ignace  \a‘qub  [5  avec  le  B.  Sahaq,  village  de  Xinive,  des  textes  Syria- 
ques,  >emble  pertinent  (6  .  L  ne  ecole  jacobite  celebre  v  fut  fondee  vers 


(1  Sumrr,  1952.  p.  254  et  Researches,  p.  52-54. 

(2  . \ Luce  et  FAssyrie,  II,  p.  168. 

1 3  .Vineceh  and  its  Remains,  2e  ed.  1849,  vol.  I.  p.  52. 

\4  Notice  et  bibliographie  dans  Researches,  p.  65. 

5  Dafaqat ,  p.  192. 

La  graphie  Bahslqa  >erait  done  plus  exacte:  elle  a  ete  interpretee  en  B.  Hslqe, 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


463 


630  par  le  maitre  Sabroi,  du  village  non  localise  de  Ramtaslr.  Sabroi, 
qui  introduisit  l’etude  «scientifique»  de  la  langue  syrienne  dans  les  dcoles 
d’Orient,  a  sa  place  dans  la  littdrature  syriaque  (1).  Son  dcole  aurait 
comptd  jusqu’a  300  eleves,  dont  ses  deux  fils  et  successeurs,  Ramlso* 1 2 3 4 5  et 
Gibra’Il,  et  son  gendre  Sawriso4.  Un  de  ses  descendants  sera  le  cdlebre 
pretre  moine  David  Paulos,  de  la  famille  de  Rabban,  c’est-a-dire  de 
Sabroi,  vers  780. 

Ba4slqa  apparait  dans  les  sources  arabes  en  892  (2),  quand  le 
prince  de  Diarbekir,  accompagne  des  Banu  Saiban,  y  descend  au  cours 
d’une  expedition  armee. 

Au  debut  du  XIIIe  siecle,  Ba'siqa  est  une  «petite  ville».  Un  cours 
d’eau  y  actionne  de  nombreux  moulins  et  arrose  les  jardins  ou  les  olives, 
les  dattes  et  les  oranges  croissent  en  abondance.  II  y  a  aussi  un  grand  mar- 
che  ou  Qaisariya  couvert,  ou  Ton  vend  surtout  des  tftofTes,  et  d’excellents 
bains.  La  mosquee  du  Vendredi  possede  un  beau  minaret,  bien  que  la 
majorite  de  la  population  soit  alors  chretienne  (3).  Aujourd'hui,  ks 
musulmans  n’ont  plus  qu'une  petite  mosquee  construite  en  1853/4. 
L’emplacement  de  l’ancienne  mosquee  a  minaret  s’appelle  encore  Arc! 
al  Minara,  et  se  trouve  au  nord  du  village,  pres  du  moulin  (4). 

Par  ailleurs,  il  n’est  plus  exact  que  la  majorite  de  la  population  soit 
chretienne.  Le  nombre  des  Yezidis  l’emporte  maintenant  sur  celui  des 
chretiens,  probablement  depuis  qu’ils  furcnt  spolids  de  leurs  autres  vil¬ 
lages  a  la  fin  du  XIXe  siecle.  Les  coupoles  pittoresques  de  leurs  temples 
ponctuent  de  cones  blancs  le  vert  sombre  des  oliveraies.  Le  plus  celebre  de 
ces  temples  est  celui  de  Saih  Muhammad  ar  Radani,  ou  se  tient  tous  les  ans, 
le  premier  vendredi  d’avril  selon  Pancien  comput,  la  fete  desTawafa  (5). 


le  lieu  des  calomnies,  par  Jones  ( JRAS ,  XV/1855,  p.  374  b)  ou  en  B.  Sahq£,  lieu  des 
sinistres  ( Researches ,  p.  52,  avec  r6f.). 

(1)  Mgr  Barsaume,  cit.  p.  59,  90,  238,  358,  623;  Apergu,  p.  203-206. 

(2)  Al  Kamil ,  VII,  315,  cit£  par  Researches. 

(3)  Yaqut,  cit.,  et  Le  Strange,  The  Lands  of  the  Eastern  Caliphate ,  p.  90. 

(4)  Muniat  al  Udaba\  p.  133,  n.  2. 

(5)  Le  texte  est  deja  mentionn£  par  YasIn  al  ‘Omari,  ibid.,  p.  134  et  n.  1. 


464 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Une  remarque  curieuse  s’impose  a  propos  du  texte  de  Yaqut  citd 
plus  haut.  II  y  est  question  de  dattes  et  d’oranges  qui  croissent  a  Ba‘slqa 
cn  abondance  (1).  Si  ce  detail  est  exact,  cela  veut  dire  que  ce  n’est  que 
tout  recemment  que  le  climat  du  nord  de  l’lraq  a  change.  On  comprend 
que  «le  jardin  des  grands  palmiers»  de  Ninive  (2),  les  «forets  pleines 
de  betes  feroces»  du  sud  de  Mossoul  (3),  et  toutes  les  autres  forets,  de 
B.  ‘Aw 6  et  d’ailleurs,  aient  eu  le  temps  de  disparaitre  des  environs  de 
Mossoul  depuis  le  IVe  ou  meme  le  VIIIe  siecle;  mais  ici  c’est  en  600 
ans  que  la  limite  de  murissement  des  dattes  a  recule  de  200  kilometres 
vers  le  sud  (4). 

La  seule  culture  qui  reste  a  Ba‘slqa  et  aux  autres  villages  qui 
bordent  la  montagnc,  est  celle  de  Eolivier.  Jadis,  son  huile  et  son  savon 
etaient  reputes  (5) ;  leur  production  n’ayant  jamais  6t e  industrialisee, 
ils  n’ont  pu  resister  a  la  concurrence  et  ont  pratiquement  disparu  du 
marche.  Seules  les  olives  sont  maintenant  vendues  directement. 

D'apres  Maqdassi,  cite  par  Le  Strange  (6),  Ba£siqa  etait  connu 
pour  posseder  une  plante  guerissant  le  scrofule  et  les  hemorro'ides.  Pour 
ces  dernieres,  la  pharmacopee  locale  mentionne  le  Hanzal,  sorte  de  colo- 
quinte  acide  qui  agit  comme  cautere.  L’enflure  est  combattue  par  le 
Gurezi  et  le  Gever.  Je  laisse  aux  botanistes  kurdisants  le  soin  de  les 
identifier. 


(1)  De  meme  YAquT  parlera  de  palmiers  a  Sellamlya,  sur  le  Tigre,  au  sud  de 
Ninive.  Cf.  Alu'gam,  III,  113;  Marasid ,  II,  726. 

(2)  Entre  Ninive  et  Mossoul,  probablement  entre  le  Tigre  et  le  Hosar.  II  semble 
que  ce  soit  ce  dernier  cours  d’eau  et  non  le  Tigre  que  R.  Bar  Qusre  traversa  sur  son 
manteau  pour  aller  de  Ninive  jusqu’au  jardin.  Cf.  Chr.  de  Seert,  II,  p.  107  et  108; 
Denys  de  Tell  Mahre,  trad.  Chabot,  1895,  p.  71. 

(3)  Chr.  de  Seert ,  II,  p.  445. 

(4)  On  pourrait  placer  ce  changement  de  temperature  entre  le  XIIIe  et  le 
XVII I e  siecle,  puisqu’a  cette  epoque  les  palmiers  de  jadis  avaient  deja  disparu  de 
Sellamlya  ( Muniat  al  Udaba\  p.  151). 

(5)  Comment  on  la  fabriquait?  Cf.  A  Century  of  Exploration  at  Nineveh,  par 
Thomson  et  Hutchinson,  Londres  1929,  p.  141. 

(6)  Eastern  Caliphate ,  p.  90. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


465 


Le  nom  du  village  apparait  encore  dans  la  Chronique  Syriaque  de 
Bar  Hebraeus  (1),  a  propos  de  l’un  de  ses  habitants  musulmans,  le 
fameux  Bar  Yunis,  qui  ddroba  la  lettre  de  Malik  Saleh  Isma‘Il  et  causa 
la  grande  peur  de  Bartelli  en  1260.  C’est  ici  que  hauteur  donne  ce  qui 
est  en  son  temps  le  nom  syriaque  du  village,  B.  ‘Asiqa.  Quant  a  Bar 
Yunis,  son  nom  complet  etait  Sams  ad  Din  Muhammad,  fils  de  Yunis; 
hdmir  mongol  Sandagu  le  fit  gouverneur  de  Mossoul  (2). 

La  cohabitation  pacifique  a  Ba‘siqa  des  chretiens  et  des  Yezidis  a 
fourni  a  un  pretre  du  village  l’occasion  d’etudicr  ces  derniers.  Ce  pretre 
s’appelait  Ishaq,  fils  de  Yusif.  Son  nom  figure  dans  hinscription  de  res- 
tauration  de  la  vieille  eglise  de  Tahira  des  Syriens  Catholiqucs  en  1857. 

L’ouvrage  de  Oas  Ishaq,  recueil  de  racontars  plus  que  travail  scien- 
tifique,  est  date  de  1874.  II  se  compose  de  trois  parties: 

a)  une  note  sur  l’origine  du  Saih  ‘Adi,  comment  il  s’installa  la  oil 
est  actuellement  son  temple,  et  comment  le  Saih  ‘Abdul  Qader  (al  Gai- 
lani)  venu  de  Bagdad  pour  le  combattre,  fut  convaincu  par  une  vision 
que  lui  et  ses  hommes  feraient  mieux  de  rentrer  chez  eux; 

b )  une  note  sur  le  Sigar,  qui  est  Singar,  et  comment  les  Chaldeens 
de  cette  montagne  devinrent  ydzidis  apres  que  le  patriarche  Elie  X 
Marawgin  eut  refuse  de  remplacer  leur  metropolite; 

c)  une  sdrie  de  questions  et  reponses  prdtendant  ddcrire  la  religion 
des  Yezidis. 

Ce  factum  se  trouvait  a  la  bibliotheque  du  couvent  de  N.-D.  des 
Moissons  (cod.  144)  quand  Mgr  Addai  Scher  en  dressa  le  catalogue  en 
1902.  II  ne  figure  plus  au  catalogue  du  P.  Vost^  en  1928  (3).  II  semble 
qu’il  ait  6t6  empruntd  par  Mgr  Jdrdmie  Timothde  Maqdassi,  moine 
de  R.  Hormizd,  pui;:  dveque  de  Zaho  de  1892  a  1929,  et  soit  ensuite 
passe  a  ses  hdritiers,  actuellement  a  Bagdad.  Bien  que  hauteur  ait 


(1)  Ed.  Bedjan,  p.  515-516. 

(2)  Hawdd.it ,  p.  347. 

(3)  Cf.  table  de  concordance,  p.  126. 


Rech.  23  —  30 


466 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


compose  son  ouvrage  en  arabe,  seule  langue  parlde  a  Ba/siqa,  l’exem- 
plaire  cle  Mgr  Timothde  etait  ddja  en  soureth  d’Alqds  (1). 

La  premiere  partie,  tres  courte,  n’a  pas  encore  6te  publiee  (a  ma 
connaissance)  et  ne  merite  pas  de  l’etre.  La  deuxieme  fut  copide  par 
Pognon  et  publiee  par  Nau  (2).  Quant  a  la  troisieme  partie,  elle  a  ete 
publiee  en  1900  a  Rome  par  le  P.  Samuel  Giamil,  en  chaldden  (et  non 
plus  en  soureth)  avec  une  traduction  italienne,  sous  le  titre  de  Monte 
Singar.  Alors  que  l’auteur  y  etait  donne  dans  la  traduction  comme  «un 
sacerdote  cattolico  orientale»,  on  l’appelait  dans  le  titre  chaldeen:  le 
pretre  Ishaq,  du  village  de  Bartelli  (?),  au  pays  de  Ninive  (3).  Une 
traduction  de  cette  troisieme  partie,  de  l’original  arabe  en  soureth,  fut 
effectuee  en  1887,  a  Deh5k,  par  le  pretre  Ablahad,  a  la  demande  du  P. 
Dominique  Bonvoisin,  o.p.  L’original  en  subsiste  dans  notre  bibliotheque. 

Un  autre  pretre  de  Bacsiqa  s’est  essaye  a  la  poesie,  en  arabe  bien  sur. 
C’est  Yusif  Marrogue  (f  1926)  a  qui  Ton  doit  une  hymne  de  75  strophes 
a  la  louange  de  Mar  Behnam  (4). 

Eglises  de  Ba^slqa 

Au  debut  de  la  conversion  d’une  partie  du  village  au  catholicisme, 
les  dglises  ne  furent  pas  partagees,  mais  on  garda  la  proportion:  deux  tiers 
de  chaque  dglise  pour  les  Jacobites  et  un  tiers  pour  les  catholiques  (5). 
Actuellement  les  Jacobites  ont  la  propriete  de  Tune  des  dglises  anciennes, 
Mart  Smuni,  alors  que  les  catholiques  sont  en  possession  de  la  vieille 
at  Tahira.  Une  nouvelle  dglise  du  meme  nom,  a  une  seule  nef,  a  ete 
construite  par  les  catholiques  en  1923. 


(1)  Le  chammas  Mattlka  Haddad  en  a  fait  une  copie  en  1958  (fol.  38v.-74r.). 

(2)  ROC ,  XX/1918,  p.  110  s.  ( Recueil  de  textes  et  documents  sur  les  Tezidis). 

(3)  Le  Catalogue  de  la  Bibliotheque  Universitaire  et  Regionale  de  Strasbourg  {Cat.  gen. 
des  mss.  des  bibl.  publiques  de  France,  Departements,  t.  XLYII  (Paris  1923),  p.  725-729) 
signale  au  n°  4124  une  Histoire  des  Tezidis. 

(4)  Signalee  par  Mgr  Abdal,  p.  40,  qui  l’avait  publiee  en  1949  (Hay at  al  Ami- 
rain,  p.  56-62). 

(5)  Mgr  Naqqasa,  ‘Indy at,  p.  546. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


467 


L’eglise  cle  Mart  Smuni  date  (1),  dans  son  dtat  actuel,  de  sa  res- 
tauration  par  Mgr  Qudso,  dveque  de  Mar  Matta  et  du  diocese,  en 
1890  (2).  L’inscription  situde  au-dessus  de  la  porte  royale  mentionne 
un  don  fait,  en  1893,  au  pretre  Ablahad.  Le  tombeau  de  ce  dernier  se 
trouve  a  droite  de  la  porte  rdservde  aux  femmes.  La  toute  petite  porte 
dans  le  coin  sud-ouest  aurait  dtd  la  porte  primitive,  quand  la  cour  de 
l’eglise  se  trouvait  au  sud  de  celle-ci,  et  non  au  nord  comme  maintenant. 

L’dglise  d’AT  Tahira  al  QadIma,  actuellement  inutilisde,  est  une 
petite  eglise  a  deux  nefs,  de  quatorze  metres  de  long.  L’inscription  situde 
sur  la  facade  de  l’autcl,  a  droite  de  la  porte  royale,  commdmore  sa 
«fondation»  au  temps  du  patriarche  Ignace  Antoine  Samhdri  (1852- 
1864)  par  les  soins  de  la  Delegation  Apostolique  et  des  notables  catho- 
liques  du  village,  en  1857. 

De  l’ancienne  eglise  de  Mar  GuorguIs,  une  de  celles  qui  fut  jadis 
partagde  entre  Jacobites  et  catholiques,  il  ne  reste  qu’un  petit  lieu  de 
pelerinage,  surmonte  d’une  coupole.  Autour  de  ce  mazar ,  qui  appar- 
tient  aux  Jacobites,  on  voit  de  nombreuses  traces  de  murs. 

Dans  les  collines  au  pied  desquelles  est  situd  Ba‘siqa,  a  Test  du 
village,  au  lieu  dit  «la  citadelle»  (al  QaPa)  on  voit  quelques  grottes,  des 
citernes,  des  rochers  creusds  en  carrd  (peut-etre  d’anciens  pressoirs  ?), 
de  petits  monticules  probablement  artificiels,  et  des  traces  de  ma^on- 
nerie.  Bien  qu'il  se  trouve  toujours  quelqu'un  pour  vous  dire  d’un  air 
inspird  que  tout  ceci  reprdsente  les  restes  d’un  ancien  couvent,  l'ordon- 
nance  gdnerale  n’a  rien  de  concluant.  Pas  plus  d’ailleurs  que  celle  des 
ruines  situdes  sur  le  sommet  de  la  montagne  et  appeldes  Qasr  Rast  (le 
chateau  droit)  (3).  Plus  prometteur  est  le  nom  de  la  vallde  appelde 


(1)  Cf.  Mgr  Barsaume,  Aper$u ,  p.  200,  et  Sabusti ,  p.  226,  n.  4. 

(2)  Lisan,  cit.,  1/1949,  p.  47,  n°  11. 

(3)  Researches ,  p.  91,  signale  pres  de  Ba‘slqa  (d’aprds  Mu'garn ,  IV,  p.  Ill)  un 
village  disparu  de  Qasr  Ruyyan,  oil  se  trouvait  le  tombeau  du  Saih  ‘Abdallah  ibn  al 
Hassan  ibn  al  Mutni,  connu  sous  lenomd'Ibn  al  Haddad,  mais,  comme  le  remarque 
M.  G.  ‘Awwad,  la  source  de  Qasr  Rast  n’aurait  pu  suffire  a  un  village. 


468 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


«Galli  Rabana»,  ou  Val  des  moincs;  malheureusement  la  tradition  ne 
va  pas  au-dela  du  110m. 

4.  —  Bahzani 

Bahzani  est  situe  au  pied  de  la  meme  chaine  basse  que  Ba‘slqa,  a 
1  km.  5  au  nord-ouest  de  ce  dernier.  Les  caracteristiques  de  Tun  peu- 
vent  a  peu  prds  s’appliquer  a  F autre:  memes  oliveraies,  mcmes  temples 
ydzidis,  meme  population  melangee.  Ici  le  total  atteint  2637  ames,  dont 
450  chretiens,  presque  tous  Jacobites. 

Le  nom  est  nettement  aramden.  F.  Jones  (1)  avait  deja  propose 
l’etymologie  «Bdt  Haziana»,  le  lieu  de  la  rdvelation.  C’est,  dit  le  voya- 
geur  anglais,  une  residence  de  «voyants»  jusqu’a  nos  jours. 

En  se  basant  sur  une  vague  ressemblance  de  noms,  Mgr  Bar- 
saume  (2)  risque  la  conjecture  qu’on  pourrait  peut-etre  y  voir  le  site  du 
couvent  de  Blzanlta  ou  Barsaume  de  Nisibe  massacra  90  moines 
en  484/485. 

Moins  heureuse  dtait  la  supposition  de  Mgr  S.  Sayegh  (3)  qui  avait 
voulu  y  reconnaitre  le  Barzane  de  V Histoire  de  Bar  c Eta ,  dont  les  habi¬ 
tants  aiderent  ce  dernier  a  batir  son  couvent  en  562.  Ceci  est  double- 
ment  contredit  par  les  textes  car,  meme  si  Ton  pouvait  prouver  que  le 
site  actuellement  regarde  comrne  etant  celui  du  Couvent  de  Bar  c£ta 
est  le  site  original  (ce  qui  est  impossible,  on  Fa  vu,  puisqu’il  doit  etre 
en  Marga)  il  reste  que  Barzane  etait  situd  a  l’est  du  couvent  (4),  alors 
que  Bahzani  est  franchement  a  l’ouest  du  pretendu  couvent,  et  a  fortiori 
de  Marga. 

Les  auteurs  arabes  semblent  silencieux  sur  Bahzani,  dont  le  nom 
n’apparait  pas  dans  Yaqiit.  Cependant  cet  auteur  y  fait  peut-etre  une 
breve  allusion,  rclevee  par  M.  G.  ‘Awwad,  a  la  suite  de  Muhammad 

(1)  JRAS ,  XV/ 1855,  p.  374  b.;  suivi  par  Sumer,  cit.  p.  253. 

(2)  Apergu,  p.  204,  n°  24;  suivi  par  Lisan,  11/1950,  p.  350,  n.  2,  ce  dernier  voca¬ 
lise:  Blzanlta. 

(3)  An  Nagm ,  VII/1935,  p.  4-10. 

(4)  Histories. ..  of  Bar  Idta ,  p.  214. 


VILLAGES  SYRIENS  ET  JACOBITES 


469 


Amin  al  ‘Omari  (j*  1788).  Ni  le  mot  de  Yaqut  ni  la  phrase  du  Minhal 
al  Awlia ’  n’ajoutent  rien  a  notre  connaissance  du  village  au  XIIIe  ou 
au  XVIII*  siecle  (1). 

Du  point  de  vue  chrdtien,  Bahzani  n'offre  qu’un  vide  a  rhistorien. 
Son  unique  dglise,  jacobite,  de  Mar  Guorguis,  a  die  rebatie  en  1884  et 
restaurde  en  1949  (2).  Elle  ne  prdsente  rien  d’intdressant. 

Des  grottes  situdes  au-dessus  de  la  source  du  village  sont  appeldes 
Dair  al  Banat,  le  Couvcnt  des  Vierges;  on  n’en  sait  pas  plus,  et  rien  ne 
permet  Fidentification  de  ce  couvent. 

5.  —  Magara  et  Merge 

Magara  et  Mergd  sont  deux  petits  villages  jacobites  voisins,  situds 
au  pied  du  couvent  de  Mar  Matta,  et  qui  lui  appartiennent  en  awqaf. 
Au  recensement  de  1957,  Magara  comptait  109  habitants,  et  Mergd  281, 
tous  jacobites. 

L’dglise  de  Mergd  est  sous  le  patronage  de  Mar  Zakai  et  desservie 
par  un  pretre;  celle  de  Magara  a  pour  patron  l’Apotre  S.  Jacques  (3). 

L’histoire  des  deux  villages  est  intimement  U6c  a  celle  du  couvent 
qui  les  surplombe.  Ils  en  partagerent  les  heurs  et  malheurs,  mais  n’eurent 
jamais  l’honneur  de  voir  leurs  noms  figurer  dans  son  histoire. 

Vers  1863  cependant,  quand  des  renforts  venus  de  Ba‘siqa  et  de 
Bahzani  empecherent  le  hors-la-loi  ‘All  Diz  et  sa  bande  de  s’emparer 
du  couvent  de  Mar  Matta,  les  bandits  se  vengerent  en  briilant  le  pauvre 
Mergd.  ‘All  Diz  pdrit  bientot  a  Hazna,  pres  de  Bartelli,  dans  une  ren¬ 
contre  avec  les  forces  de  l’ordre,  et  sa  bande  se  dispersa  (4). 


(1)  Researches ,  p.  49-50;  l’ouvrage  de  Muhammad  Amin  al  ‘Omar!,  Minhal  al 
Awlia ’  est  in&iit,  plusieurs  copies  en  existent,  a  Mossoul  et  ailleurs. 

(2)  Lisdn,  1/1949,  p.  47,  n<>  12. 

(3)  Dafaqat ,  p.  17. 

(4)  Dafaqat ,  p.  130. 


XV 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 

DE  NINIVE 


La  nature  meme  des  choses  divisera  ce  chapitre  en  trois  sections: 

1.  —  Les  villages  anciennement  chretiens  identifies,  avec  plus  ou 
moins  de  certitude,  avec  tel  ou  tel  village,  aujourd’hui  sabak  ou  ydzidi, 
et  oil  Ton  a  peut-etre  trouve  des  vestiges  chretiens. 

2.  —  Les  villages  anciennement  chretiens  dont  parlent  les  textes, 
qui  les  localisent  dans  la  plaine  de  Ninive,  mais  qui  n’ont  pas  encore  ete 
identifies. 

3.  —  Les  villages  au  nom  nettement  arameen  ou  chretien,  mais  sur 
l’identification  desquels  les  chroniques  et  les  traditions  sont  muettes. 

Ce  chapitre  sera  forcement  schematique  et  plus  court  que  les  autres. 

1.  —  Villages  localises 

Suivons  1’ordre  geographique,  partant  de  F  extreme  nord  du  dis¬ 
trict  de  Ninive,  la  oil  la  montagne  du  Ba  Nuhadra  lance  vers  le  Tigre 
une  chaine  de  collines,  qui  separent  la  plaine  de  Ninive  de  la  plaine  du 
Bahadra.  Le  village  de  Fai'da  est  l’endroit  oil  ces  collines  coupent  la 
route  moderne  Mossoul-Zaho,  a  40  kilometres  au  nord-ouest  de  Mos- 
soul,  et  a  6  kilometres  a  Test  du  Tigre.  On  retrouvera  ce  village  plus 
tard  a  propos  de  Dair  Gundi. 

B.  Qoqi 

A  sept  kilometres  au  sud  de  Fai'da,  egalement  sur  la  grand-route, 
se  trouve  le  village  de  Baqa^,  oil  Ton  peut  reconnaitre  Fancien  B.  Qoqi 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 


471 


(ou  B.  Qlql),  siege  d’une  des  dcoles  dtablies  au  VIIe  siecle  par  les  fiddles 
jacobites,  a  rimitation  des  Nestoriens  (1).  On  a  vu  en  dtudiant  le  couvent 
de  B.  Qoqa  comment  il  fallait  distinguer  les  deux  sites. 

B.  Bore 

En  BabIra,  a  six  kilometres  au  sud  de  Baqaq,  a  Fouest  de  la  grand- 
route,  on  peut,  faute  de  mieux,  risquer  de  reconnaitre  le  site  de  B.  Bo¬ 
re  (2).  Si  Identification  est  exacte,  on  serait  ici  a  F  extreme  pointe  nord 
de  la  region  restde  nestorienne,  immddiatement  en  dessous  du  croissant 
jacobite.  On  sait  de  B.  B5rd  que  c’dtait  un  des  villages  de  Ninive  dont 
Bar  ‘Eta  avait  prddit,  au  YIe  siecle,  qu’il  resterait  nestorien  (3). 

On  le  retrouve  au  ddbut  du  YIIIe  siecle,  quand  ses  habitants  ba- 
tissent  une  magnifique  dglise.  Leur  dveque,  Ephrem,  ancien  moine  de 
B.  ‘Awd,  demande  a  Mar  Yohannan,  metropolite  d’Adiabene,  de  venir 
consacrer  le  nouveau  temple  (4).  A  la  fin  du  mcme  siecle,  le  patriarche 
Timothee  (780-823)  recommande  a  son  correspondant  Sargis  de  ne  pas 
vendre  un  champ  situd  dans  ce  village  et  appartenant  au  couvent  de 
«notre  pere  Abraham,  F  Interpreter  dont  Sargis  dtait  docteur  (5).  On 
sait  qu’il  faut  identifier  ce  couvent  avec  celui  de  Mar  Gabriel  et  Abra¬ 
ham,  le  Couvent  Supdrieur  de  Mossoul. 

La  derniere  mention  de  B.  Bord  date  de  1224,  quand  un  exemplaire 
des  lois  sur  les  heritages  est  copid  par  le  chammas  Abraham,  fils  du  chef 
Mansur,  fils  de  Joseph,  du  village  de  B.  Bord  (6). 

Babuza 

Biboz,  a  sept  kilometres  a  Fouest/sud-ouest  d'Alqos,  peut  entrer 
en  competition  avec  Bozan  (ou  Bozal),  a  quatre  kilometres  a  Test  du 


(1)  Hist,  de  Maruta  par  Denha,  6d.  Nau,  cit.  p.  G6;  Apergu,  p.  205-206. 

(2)  M.G.  ‘Awwad  ( Researches ,  p.  62)  partage  cette  opinion. 

(3)  Histories...  of  Bar  Idta,  II,  I,  p.  240. 

(4)  Bk.  II,  p.  237. 

(5)  Lettre  XVII,  dd.  Braun,  CSCO ,  p.  78  et  81. 

(6)  Cod.  Seert  91,  Cat.  A.  Scher,  p.  68. 


472 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


meme  lieu,  pour  etre  fancien  Babuza,  cite  dans  la  vie  de  R.  Yusif  Bus- 
naya  au  Xe  siecle.  En  etait  originaire  le  misereux  anonyme  qui  faillit 
mourir  de  peur  parce  qu’il  avait  dgorge  deux  chevreaux  sauvages  au 
lieu  d’un,  contrairement  a  l’ordre  de  R.  Yohannan  de  Hlapta  (1),  et 
aussi  ie  sacristain  R.  Gabriel,  moine  de  R.  Hormizd  (2). 

Rich  confirme  que  Bozan  a  ete  chretien  (3).  D’apres  le  voyageur 
anglais,  ce  serait  maintenant  la  principale  metropole  des  Ydzidis,  ou  Ton 
transporterait  leurs  corps  de  toutes  parts.  Encore  auiourd’hui  le  Nouvel 
An  yezidi  y  est  l’occasion  de  grandes  festivites.  Le  R.P.  Bois  voit  ici, 
probablement  a  juste  titre,  le  lieu  d’origine  de  Tun  des  disciples  de  Saih 
‘Adi,  le  saih  Qa’id  al  Buzi  (4),  ce  qui  semble  indiquer  que  Babuza 
dtait  ddja  musulmane  a  la  fin  du  XI Ie  siecle. 

L’eglise  de  B5zai  etait  sous  le  patronage  des  XL  Martyrs.  M.  G. 
‘Awwad  dit  avoir  vu  pres  du  village,  dans  les  ruines  d’un  edicule  qui 
couvrait  une  source,  deux  pierres  portant  une  inscription  chaldeenne 
qu’il  n’a  pas  lue. 


B.  Bani 


Quant  a  Baiban,  a  sept  kilometres  au  sud-est  d’Alqos,  il  y  a  de 
fortes  probabilites  pour  que  ce  soit  l’ancien  B.  Bani,  ou  une  ecole  jacobite 
florissait  au  VIIe  siecle,  en  meme  temps  que  celle  de  B.  Qoql.  On  ignore 
a  quel  saint  etait  dediee  l’dglise  de  B.  Bani.  Si  Ton  croit  a  la  perennite 
des  patronages  a  travers  les  changements  de  religion,  il  y  a  lieu  de  penser 
que  cYtait  Mar  Guorguls.  En  effet  le  temple  yezidi  du  village  est  encore 
actuellement  dedie  a  un  personnage  nomme  Sahswar  (1’ombre  du  roi) 
que  les  habitants  identifient  au  Hiclr  ou  a  S.  Georges. 


(1)  Vie,  p.  98. 

(2)  Ibid.,  p.  150. 

(3)  Residence,  II,  p.  69. 

(4)  Les  Yezidis,  in  Machriq,  1961,  p.  230,  n.  101;  par  ailleurs  on  ne  peut  dire 
que  R.  Yusif  Busnaya  soit  originaire  de  Bc5zan  {ibid.,  p.  127  et  n.  1 0 1 ,  ainsi  que  Researches, 
p.  61).  R.  Yusif  etait  de  Ba  ‘Adre  ( Vie,  p.  11). 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 


473 


PlYOZ 

Voici  maintenant  un  village  mieux  connu,  bien  que  son  histoire 
presente  quelques  problemes,  le  village  de  Piyoz.  Le  nom  est  quelquefois 
donnd  comme  Piyos,  mais  cette  graphic  est  rdcente.  Les  plus  anciens 
manuscrits  portent  la  premiere,  et  le  P.  Rhdtord,  qui  s'y  connaissait,  la 
preferait.  D’ailleurs  le  «s»  et  le  «z»  sont  pratiquement  interchangeables. 
Combien  ne  rencontre-t-on  pas  de  Quriaqoz,  et  combien  de  vieux  de 
Mossoul  ne  parlent-ils  pas  jusqu’aujourd’hui  de  «hindaza»? 

Piyoz  done,  situ6  a  19  kilometres  a  Test  d’Alqos,  en  direction  de 
‘Ain  Sifni,  dtait  chretien  jusqu’a  il  y  a  quelques  anndes.  Ses  habitants 
primitifs  l’ont  maintenant  evacud,  et  des  Ydzidis  leur  ont  succedd. 

Mais  est-il  exact  de  dire  que  les  Chaldeens  ou  Nestoriens  qui  occu- 
paient  le  village  il  y  a  quelques  anndes  etaient  ses  habitants  primitifs? 
II  semble  que  non.  Gdographiquemcnt,  le  village  est  situd  dans  une  zone 
qui  passa  au  monophysisme  au  ddbut  du  YIIe  siecle.  En  fait,  la  premiere 
fois  qu’on  le  rencontre,  Piyoz  est  nettement  jacobite.  Un  volume  conte- 
nant  la  seconde  partie  des  offices  du  Careme,  conserve  a  Udglise  de  Tahira 
de  Qaraqos  et  signale  par  Mgr  ‘Abdal  (1)  a  dtd  dcrit  par  le  pretre 
Simcun  de  Takrlt,  Bartellien  par  election,  serviteur  de  feglise  des  Takrl- 
tains  (2),  pour  l’dglise  sainte  de  Mart  Smuni  et  de  ses  sept  fils,  martyrs 
victorieux,  qui  se  trouve  au  village  de  Piyoz.  Mgr  Barsaume  date  le 
copiste,  grace  a  deux  autres  manuscrits  de  sa  plume,  de  1246  et  1280. 

On  ne  sait  comment  le  village,  jacobite  au  XIIIe  siecle,  se  retrouve 
nestorien  au  XVIIIe  siecle.  Cependant,  le  fait  est  bien  attest^  par  la 
presence  du  pretre  Sawmo.  Celui-ci  qui,  d’apres  Mingana,  mourut 
en  1742,  est  hauteur  d’augmentations  au  Discours  AccoupU  de  Bar 
Hebraeus  (3),  d’une  traduction  de  farabe  en  chaldden  de  V explication 

(1)  Mgr  Abdal  a  bien  voulu  recopier  pour  moi  le  passage  de  ses  notes  sur  ce 
volume,  ce  qui  complete  ce  qui  est  dit  dans  son  ouvrage,  p.  221. 

(2)  On  voit  par  un  autre  manuscrit  du  meme  copiste,  de  1246,  qu’il  s’agit  ici 
de  l’eglise  des  Takritains  a  Mossoul  ( Mossoul  Chretienne,  p.  29). 

(3)  Cod.  CCCX  et  CCCXII  de  N.-D.  des  Moissons,  Cat.  Vost£. 


474 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  V Apocalypse  de  Menochius,  auparavant  traduite  du  latin  en  arabe 
par  Pierre  d’Alep  (1),  et  surtout  d’une  complainte  en  soureth  sur  la 
peste  de  son  village,  en  1738  (2). 

D’apres  cette  piece,  encore  actuellement  «tres  goutde  dans  le  pays», 
la  peste  commenga  a  ‘Aqra,  passa  par  Mossoul  oil  elle  fit  40.000  victimes, 
et  arriva  le  20  aout  a  Piyoz,  ou  elle  causa  la  mort  de  340  personnes,  dont 
un  pretre  nomme  Ismael. 

L’eglise  de  la  periode  nestorienne  a  gard£  sa  patronne  du  temps  des 
Jacobites:  Ste  Smuni.  Son  nom  se  retrouve  dans  un  «Kaskul»  de  1851  (3) 
ecrit  au  village  de  Bedwil.  A  ce  moment,  d’apres  Badger  (4),  Piyoz 
comptait  vingt  families,  et  son  eglise  etait  desservie  par  un  pretre. 

Le  dernier  manuscrit  provenant  du  village  etait  un  evangdliaire, 
naguere  conserve  a  l’eveche  de  ‘Amadla,  et  qui  avait  ete  ecrit  a  Gazarta 
de  Qardu  (5),  en  1590,  par  le  chammas  Hindi,  fils  d’Ablahad  Maq- 
dassi,  fils  de  Tomane,  de  Gazarta,  pour  l’eglise  de  Mar  ‘Awda  a  B.  Kola 


(1)  Ibid.,  cod.  XIX  et  XL VI;  Aqra  cod.  XII. 

(2)  Differents  manuscrits,  dont  Cambridge  Add.  2814,  Cat.  Wright,  p.  652. 
Cette  piece  a  ete  publiee  dans  le  Livre  de  cantiques  spirituels,  par  les  Dominicains  de 
Mossoul  (lre  ed.  1896,  p.  342-390;  2e  ed.  1954,  p.  361-409).  On  sait  que  ce  livre  a  ete 
mis  par  erreur  sous  le  nom  de  Daoud  Kora,  alors  que  le  veritable  auteur  de  la  plupart 
des  pieces  etait  le  P.  Jacques  Rhetore,  o.p.,  surnomme  Ya‘qub  Nuhraya  (Jacques 
l’etranger).  Celui-ci  a  recueilli  dans  ses  cahiers  inedits  (a  la  bibliotheque  des  Domini¬ 
cains,  Mossoul)  un  texte  de  Gawar  meilleur  et  plus  complet  ( Complaintes  soureth ,  1/1910), 
de  247  strophes,  dont  il  publia  les  25  strophes  historiques,  avec  traduction  fran^aise, 
dans  sa  Grammaire  de  la  langue  soureth,  Mossoul  1912,  p.  255-260.  Les  118  premieres 
strophes  sont  les  preliminaires,  sur  les  causes  morales  du  fleau.  Le  pretre  Isra’Il  le 
Jeune,  d’Alqos,  s’en  inspirera  et  en  copiera  meme  quelques  strophes  dans  sa  com¬ 
plainte  sur  la  peste  d’Alqos,  90  ans  plus  tard.  Des  Cantiques  et  poesies  diverses  sur  des  sujets 
religieux,  en  langue  soureth,  du  P.  Rhetore,  ont  ete  publies  par  les  Dominicains  de 
Mossoul  en  1914. 

(3)  Cod.  CXXIV  de  N.-D.  des  Moissons,  Cat.  Voste. 

(4)  JVestorians,  II,  p.  174  (autres  mentions,  v.g.  Add.  2022,  p.  600,  et  Add. 
2812,  p.  643  du  Cat.  Wright,  Cambridge). 

(5)  Les  dates  donnees  sont:  grec,  1902;  H.  999;  A.D.  1518.  La  derniere  est 
inexacte.  On  peut,  grace  aux  deux  autres,  restituer  1590.  —  L’eveque  de  Gazarta  a 
cette  epoque  s’appelait  Mar  Gawriel. 


VILLAGES  ANGIENNEMENT  CHRETIENS 


475 


(Kald),  et  restaurd,  vers  1884,  par  le  pretre  Yaqo  bar  Sawmo  du  village 
de  Piyoz. 

En  1939  le  village  comptait  30  chalddens  et  50  nestoriens,  sans 
pretres,  et  une  trentaine  de  Ydzidis. 

B.  ‘Edrai 

Le  village  appeld  aujourd’hui  Ba  ‘Adrd  peut  presenter  des  quartiers 
de  noblesse  encore  plus  anciens.  Actuellement  centre  des  Ydzidis  du 
Saihan  et  residence  de  leur  emir  (1),  avec  une  population  d’environ 
500  habitants,  la  localite  est  situde  a  16  kilometres  a  Test  d’Alqbs,  et 
a  9  kilometres  a  Pouest/nord-ouest  de  ‘Ain  Sifni.  Le  nom  est  dcrit 
habituellement  en  chaldden  B.  ‘Edrai,  de  ‘ edra ,  la  source:  c’est  le  village 
des  sources  (2). 

Son  nom  apparait  dans  l’histoire  quand  le  triste  Barsaume  lui- 
meme,  mdtropolite  de  Nisibe,  «vint  de  son  vivant  au  village  de  B.  ‘Edrai, 
dans  le  pays  de  Ba  Niihadra,  aupres  du  venerable  et  saint  pere  des  peres, 
Mar  Acacios,  catholicos»  (3).  Ceci  se  passait  en  aout  485,  et  le  but  de 
la  rencontre  etait  la  reconciliation  entre  les  deux  prdlats,  le  premier 
desavouant  le  synode  irrdgulier  de  B.  Lapat  qu’il  avait  rduni.  Plus  tard, 
les  Peres  du  synode  de  Bawai,  en  497,  admettront  «lYcrit  qui  fut  com¬ 
mence  a  B.  ‘Edrai,  en  la  deuxieme  annde  de  Balas,  et  achev£  au  B. 
Aramayd»,  c’est-a-dire  le  synode  d’Acace  (484-486)  (4). 

(1)  Muniat  al  Udaba\  p.  136. 

(2)  Si  on  l’accentue  Wra,  le  nom  devient  «le  pays  des  poutres»  (Mgr  Sayegh, 
an  JVagm ,  IX/1937,  p.  277  et  Researches ,  p.  52),  peut-etre  par  reference  aux  peupliers 
qui  servent  de  poutres  aux  terrasses.  —  Le  P.  S.  Giamil  {Gen.  Rel. ,  p.  80,  n.  1)  traduit: 
domus  adjutorii.  —  Budge  s’est  trompd  dans  sa  table  du  Book  of  Governors ,  en  mettant 
plusieurs  references  sous  B.  ‘Ecjre  ou  B.  ‘Edrai,  alors  que  le  village  auquel  ces  references 
renvoient  est  B.  Edre  (sans  ‘ ain ),  le  lieu  des  aires.  Seide  la  ref.  au  t.  I,  p.  clx,  se  rap- 
porte  a  notre  village,  encore  n’est-elle  pas  tiree  de  Thomas  de  Marga,  qui  n’a  pas 
Poccasion  de  le  mentionner. 

(3)  Syn.  Or.,  p.  308;  et  lettre  de  Sim‘un  de  B.  Arsam  dans  B.O.,  III,  I,  p.  391 
et  III,  II,  p.  178. 

(4)  Apres  avoir  opine  pour  1’unicite  du  synode,  Chabot  (6y«.  Or.,  Annotations 
16°,  17°,  18°,  p.  613)  penche  pour  en  admettre  deux  differents. 


476 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Le  texte  clit  bien  «au  Ba  Nuhadra».  Bien  que  cette  region  ait  eccl£- 
siastiquement  depcndu,  a  cette  epoque,  de  FAdiabene,  ce  n’est  qu’au 
sens  tres  large  que  1’on  peut  dire  avec  Ghabot  (1)  que  «la  presente 
resolution  fut  prise  dans  l’Adiabene»,  comme  ailleurs  Barsaume  dit  que 
le  catholicos  vint  en  Adiabene  (2).  En  fait  le  texte  est  clair,  il  s’agit  de 
«la  constitution  que  nous  avons  etablie  dans  (c’est-a-dire  pour)  l’Adia- 
dene»,  au  sens  ecclesiastique  et  non  geographique,  et  que  le  synode 
generalise  a  toute  TEglise  Syrienne  Orientale. 

Ouant  au  choix  de  B.  ‘Edrai  comme  lieu  de  la  reconciliation,  heias 
^phemere,  on  le  comprend  quand  on  se  rappelle  que  la  Route  du  Roi, 
allant  de  Nisibe  a  Ctesiphon,  passait  par  la. 

Au  Ve  siecle  B.  ‘Edrai  n’etait  pas  plus  important  qu’aujourd’hui. 
Cfetait,  le  texte  le  precise  bien,  «un  village».  Malgre  cela  la  montagne 
voisine  en  tire  quelquefois  son  nom.  Quand  R.  Hormizd  y  fonde  son 
couvent,  les  sources  situent  celui-ci  tantot  par  rapport  a  Alqos,  qui  est 
tout  pres,  tantot  «dans  la  montagne  de  B.  ‘Edrai»,  avec  peut-etre  pre¬ 
ference  pour  ce  dernier  nom  dans  les  sources  plus  anciennes.  La  parite 
entre  Alqos  et  B.  ‘Edrai  semble  etre  atteinte  au  IXe  siecle,  dans  le  Liber 
Castitatis ,  donnant  ainsi  une  idee  du  changement  de  proportion  dans 
rimportance  relative  des  deux  villages  (3). 

Au  Xe  siecle,  on  retrouve  la  localite  comme  lieu  d’origine  du  fa- 
meux  moine  nestorien  Yusif  Busnaya:  «I1  etait  du  pays  fameux  de  B. 
‘Edrai.  Ba  ‘Adra  est  le  nom  d’un  village  connu  et  celebre  du  pays  qui 
s’appelle,  dans  son  ensemble,  Ba  Busna»  (4).  La  suite  du  texte  montre 

(1)  Syn.  Or.,  p.  300,  n.  2;  le  canon  auquel  il  se  refere  est  le  canon  1  (p.  301 
et  302). 

(2)  Lettre  n°  1,  Syn.  Or.,  p.  531. 

(3)  Histories...  of  R.  Hormizd...,  II,  I,  p.  77  et  Bk.  I,  p.  clx.  —  L.C.  porte  B.  ‘Edrai 
au  n°  89  et  Alqos  au  n°  91.  —  Chr.  de  Seert ,  II,  596,  «dans  la  montagne  du  Ba  Nuhadra, 
pres  d’un  village  appeld  Alq5s».  —  Mss.  nombreux,  dont  celui  meme  du  Synodicon, 
cf.  p.  11.  —  Pour  la  geographic  des  trois  chaines  se  succ^dant  de  Test  a  Fouest: 
Montagne  de  ‘Ain  Sifni,  de  Ba  ‘Adr£  ou  d’Alqos,  et  Dahkan,  cf.  Researches,  p.  69  et 
70,  s.v.  Gahal  Bet  t Adre  et  Cabal  Dahkan. 

(4)  Vie  de  R.  Yusif  Busnaya,  p.  11;  R.  Yusif  avait  sa  commemoraison  dans  la 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 


477 


que  le  village,  bien  qu’entourd  de  centres  gagnds  au  monophysisme 
depuis  le  d^but  du  VIIe  siecle,  dtait  restd  lui-meme  entierement  nesto- 
rien,  «on  n’y  trouvait  aucun  melange  des  tdnebres  de  l  erreur  que  produit 
le  mensonge  au  sujet  de  Dieu». 

Le  texte  arabe  du  Synodicon  reflete  la  gdographie  du  YIIIe-Xe 
siecle  quand  il  place  ‘Edri  sur  le  territoire  de  Ma'altaya  (1).  On  voit 
done  que,  apres  le  remaniement  administratif  du  VIIIe  siecle,  la  fron- 
tiere  entre  le  dernier  district  a  Touest  de  Marga,  le  B.  Rustaqa,  et  le 
premier  district  a  Test  de  Ma‘alta,  le  Ba  Busna,  se  trouvait  entre  B. 
‘Edrai  et  Berestek. 

Le  nom  de  Ba‘adra  (quelquefois  dpeld  Ba‘adar)  resta  employ^  par 
les  gdographes  arabes  pour  designer  le  district  voisin  du  village;  on  se 
rappelle  que  pour  eux  le  Ba  Nuhadra,  ou  plutot  le  Bahadra,  ne  reprd- 
sente  plus  que  la  partie  nord  de  la  grande  province.  Ba‘adra  est  un  des 
districts  de  Mossoul  dans  al  Kamil ,  Surat  al  Ard  et  Muniat  al  Udaba ’  (2). 

On  peut  done  reconstituer  ainsi  la  courbe  de  vie  du  village:  apres 
avoir  eu  son  temps  de  celdbrit^  au  Ve  siecle,  il  se  maintient  dans  la 
tradition  nestorienne,  malgr£  la  mar^e  «h£rdtique»  qui  l’entourait; 
cependant,  son  importance  avait  diminu£  avec  celle  de  la  route  en  bor- 
dure  de  laquelle  il  se  trouvait,  et  la  montagne  qui  le  dominait  dtait  de 
moins  en  moins  appelee  de  son  nom.  Il  vivotait  encore  au  Xe  siecle. 
On  ne  sait  quand  et  comment  les  chrdtiens  l’abandonnerent;  probable- 
ment  au  moment  de  la  poussde  des  Kurdes  prd-y^zidis,  partisans  de 
Saih  ‘Adi,  au  XIIe-XIIIe  siecle. 


liturgie  nestorienne  le  6e  dimanche  d’et6  (cf.  Hudra  de  1607,  Add.  1981,  Cambridge). 
Il  £tait  moine  au  couvent  de  Mar  Abraham  le  Penitent,  a  cot£  de  B.  Sayyar£,  pres  du 
village  de  Piramus-Zawlta,  non  loin  du  village  de  Tdna,  dans  la  region  de  ‘Amadla. 

(1)  B.O. ,  III,  I,  p.  391  et  III,  II,  p.  178. 

(2)  Cit.  p.  33,  202,  203;  le  Dair  al  kalab  y  £tait  situe  ( ibid .,  p.  148).  —  Ne  pas 
confondre  avec  l’ancien  Bfdadar,  aujourd’hui  Ba‘adra  ‘Arab,  un  peu  au  nord  de  la 
pointe  sud-est  du  Cabal  ‘Ain  as  Safra  ( ibid .,  p.  135-136). 


478 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


B.  GuRBAQ 

Bagarbu‘a,  ou  Abu  Garbu‘  (1),  est  un  village  sabak  a  majority 
Baigwan  (2)  situe  a  cinq  kilometres  au  sud/sud-est  de  Ba/slqa.  Mgr 
Sayegh  l’a  identifie  (3),  a  raison  semble-t-il,  au  B.  Gurbaq  qui  joua 
un  role  important  dans  la  vie  de  Bar  ‘Eta  (4),  au  VIe-VIIe  siecle.  Ce 
bourg  du  «pays  de  Ninive»,  rcmarquable  par  sa  construction,  est  un  de 
ceux  dont  le  moine  visionnaire  prddit  qu’ils  resteraient  nestoriens. 

La  mort  du  fondateur  fut  l’occasion  d’un  petit  drame,  qui  faillit 
causer  une  rixe  entre  moines  et  villageois.  Geux-ci  en  effet  reclamaient 
les  dix  parts  des  reliques  auxquelles  ils  avaient  droit.  Heureusement,  leur 
cure,  le  pretre  ‘AwdIso‘,  se  montra  plus  raisonnable  et  put  convaincre 
ses  gens  de  prendre  seulement  «une  benediction »  du  saint  homme  dd- 
funt.  Cette  benediction  prit  la  forme  d’un  doigt  que  1’on  coupa  au  corps, 
et  les  habitants  de  B.  Gurbaq  s’en  retournerent  chez  eux  deposer  solen- 
nellement  la  relique  dans  leur  eglise,  desormais  dediee  a  Bar  ‘Eta. 

C’est  encore  a  leur  clemande,  et  notamment  selon  les  desirs  de  leurs 
pretres  moines  Sim‘un  et  Yohannan,  joints  au  pretre  ‘AwdIso‘,  que  fut 
ecrite  la  vie  metrique  simplifide  de  Bar  ‘Eta  que  nous  possedons,  et  qui 
resume  un  document  plus  prolixe  malheureusement  perdu. 

B.  Zawaye 

Bazawaya,  actuellement  sabak  avec  une  minority  Baigwan  (5), 
est  egalement  connu  par  la  vie  de  Bar  ‘Eta  (6).  II  y  figure  sous  son  nom 
ancien  de  B.  Zawaye,  le  village  des  Zabiens  (7).  Cette  localite,  situee  a  un 
kilometre  au  nord  de  la  route  moderne  Mossoul-Erbil,  a  cinq  kilometres 


(1)  D’apres  Jones  ( JRAS ,  XV/1855,  p.  374  b)  le  nom  vient  du  syriaque  B. 
Garba,  et  veut  dire  «le  lieu  du  lepreux». 

(2)  As  Sabak ,  p.  93,  95,  228. 

(3)  An  Nagm ,  VI 1/1935,  p.  4-10  et  as  Sabak ,  p.  10,  93,  228. 

(4)  Histories...  of  Bar  Idta,  II,  I,  p.  164,  217,  224,  230,  240,  265,  299. 

(5)  As  Sabak,  p.  10,  93,  95. 

(6)  Cit.  p.  240  et  283. 

(7)  Jones  {JRAS,  XV/1855,  p.  374  b)  Tinterpr^tait  «place  of  glorv». 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 


479 


a  l'ouest  de  rembranchement  de  cette  route  avec  celle  de  ‘Aqra, 
vit  sa  fidelity  a  la  foi  nestorienne  prddite  par  le  fondateur.  Elle  prouva 
la  veritd  de  la  prediction,  du  vivant  du  saint,  qui  leur  envoya  une  croix. 
Celle-ci,  ddposee  dans  leur  dglise,  les  protdgea  plus  tard  de  la  contagion 
herdtique. 

Basbita 

Ce  village,  situe  pres  de  Bartelli,  a  dtd  mentionnd  a  propos  de  son 
sanctuaire  de  Mar  Fidaros. 

Mgr  Paulos  Behnam  a  recueilli  (1)  la  tradition  consignee  par  le 
pretre  Ya‘qub  Sako  (2)  reproduisant  un  manuscrit  de  1220.  Une  note 
de  cette  date,  due  au  pretre  Mahbub,  mentionne  que  les  chrdtiens  jaco- 
bites  quitterent  le  village  et  emigrerent  a  Bartelli  a  cette  dpoque.  Ger- 
taines  families  chalddennes  d’Alqos  se  souvienncnt  encore  en  etre 
originaires. 

Le  nom  de  Ba  Swlta  signifierait  «le  lieu  de  la  captivitd»  (3)  ou 
«le  village  pilld»  (4).  La  locality  compte  aujourd'hui  600  habitants 
sabak.  Leur  simplicity  est  passde  en  proverbe  a  Mossoul  (5). 

A  trois  minutes  de  marche  a  Touest  du  village  se  trouve  un  petit 
tell  surmontd  d’un  mausolde.  Celui-ci  est  connu  comme  le  tombeau  de 
Layl  Fattah,  qui  serait  une  «fille  de  roi». 

Ba  Sahraye 

Basahra  ou  Basahra  (6),  a  sept  kilometres  au  nord/nord-est  de 
Bartelli,  au  pied  de  la  montagne  dite  «Gabal  al  ‘Ain  as  safrab>  (7), 


(1)  Lisdn,  1/1949,  n°  5,  p.  38-39. 

(2)  Copie  de  1903  du  «Livre  de  Fame,  de  la  resurrection  et  des  anges»,  de 
Bar  Kipha,  sur  Fexemplaire  de  1220  du  pretre  Mahbub  de  Basbita,  donn^  par  ce 
dernier  au  maphrien  Denys  en  1226. 

(3)  Jones,  JRAS ,  XV/ 1855,  p.  374  b. 

(4)  As  Sabak,  p.  11,  93,  95,  228. 

(5)  Researches ,  p.  50-51. 

(6)  M.  Ahmad  Hamad  as  Sarraf  epelle  le  nom  avec  un  sin.  Mgr  Barsaume 
et  ses  disciples,  ainsi  que  M.  G.  ‘Avvwad,  mettent  un  sad. 

(7)  Researches ,  p.  70. 


480 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


c’est-a-dire  presque  en  dessous  du  couvent  de  Mar  Daniel  l’anachorete, 
est  l’ancien  village  jacobite  de  Ba  Sahraya  (1).  Quelques  pages  de  son 
histoire,  les  dernieres,  sont  connues  grace  a  Bar  Hebraeus  (2),  et  ont 
dte  reprises  par  plusieurs  auteurs  (3). 

Cette  histoire,  qui  finira  tragiquement  comme  celle  de  la  plupart 
des  villages  de  Ninive,  commence  par  une  de  ces  disputes  qui  sont  le 
signe  de  la  bonne  entente  d’une  famille,  et  dont  fourmille  Thistoire  des 
maphriens.  Au  debut  du  XI Ie  siecle,  sous  l’influence  de  Timothee  le 
Sogdien,  mdtropolite  de  Mar  Matta,  les  habitants  de  Ba  Sahra  suppri- 
merent  de  leurs  Diptyques  la  mention  du  nom  du  maphrien  Denys 
Moise,  qui  avait  ete  sacre  en  1112.  D’autres  villages  jacobites,  on  l’a  vu, 
furent  egalement  entraines  dans  la  brouille.  A  la  mort  du  rebelle,  le 
village  envoya  une  deputation  au  patriarche  qui,  bien  sur,  pardonna. 

Desormais,  la  delegation  des  «Orientaux»  qui  ira  demander  au 
patriarche  de  bien  vouloir  leur  nommer  un  maphrien,  comprendra  tou- 
jours  un  ou  des  representants  de  ce  village.  Le  fait  est  atteste  en  1164  et 
en  1364.  A  cette  derniere  date  on  cite  parmi  les  delegues  le  pretre  Ishaq 
de  Ba  Sahraya. 

L’attaque  de  Mar  Matta  par  les  Kurdes,  en  1171,  donna  foccasion 
aux  villageois  de  manifester  leur  loyalisme  en  participant  a  la  defense 
du  couvent.  Leur  role  y  fut  si  important  que,  pour  les  recompense^  on 
leur  accorda  certains  privileges:  leurs  enfants  seraient  baptises  avant  les 
autres  au  baptistere  du  couvent,  et  leurs  pretres  et  chammas  auraient 
droit  de  se  tenir  debout  au  milieu  du  qostromo ,  pendant  la  cerdmonie 


(1)  Jones  {JR AS,  XV/ 1855,  p.  374  b)  interprcte  le  nom  comme  «le  lieu  du 
bouclier»;  Budge  ( Chronography ,  I,  p.  374)  «le  lieu  des  mendiants»;  l’ouvrage  as  Sabak 
(p.  228,  n°  6)  Fexplique  de  la  meme  fa^on,  puis  (p.  93)  comme  «le  lieu  du  barrage, 
ou  du  rempart».  Researches  (p.  51)  «le  lieu  des  proprietaires  de  chateaux». 

(2)  B.H.,  II,  col.  319-322,  358,  364,  520;  Chronography ,  p.  374,  441. 

(3)  Dont  Mgr  Paulos  Behnam,  in  Lisan,  1/1949,  n°  5,  p.  36-37  et  Mgr  Abdal, 
p.  219,  n.  2;  Mgr  Ignace  Ya‘qub  en  parle  a  plusieurs  reprises:  Dafaqat,  p.  79,  87, 
94,  179,  191. 


VILLAGES  ANGIENNEMENT  CHRETIENS 


481 


de  consecration  du  St-Chreme,  alors  que  ceux  de  Qaraqos  et  de  Bartelli 
se  relaieraient  aux  gud  nord  et  sud. 

De  cette  belle  dpoque  (1177)  date  un  manuscrit  du  Nouveau  Tes¬ 
tament,  en  syriaque  et  arabe,  conserve  aujourd’hui  a  Mar  Matta  (1), 
et  ecrit  par  Marbena,  fils  de  Joseph,  fils  de  Malkis,  fils  de  Thomas,  du 
village  de  B.  Sahraye  (2). 

Au  debut  du  XIIIe  siecle  les  choses  commencerent  a  se  gater.  La 
lutte  entre  le  maitre  de  Mossoul,  Lu'lCf,  et  celui  d’Erbil,  Muzaffar  ad 
Din,  amenerent  dans  la  region  pillards  et  deserteurs.  En  1219,  les  soldats 
d’Erbil  enleverent  une  jeune  femme  de  Ba  Sahra.  Les  gens  du  village 
se  battirent  pour  la  reprendre,  et  y  reussirent.  Par  vengeance,  les  soldats 
trouverent  un  pretexte  pour  accuser  les  villageois  aupres  de  Muzaffar, 
qui  ddpecha  contre  eux  une  expedition  punitive.  L'dglise  de  Mar  Hadb- 
sabba  ou  les  habitants  s’etaient  retranches  fut  emportee  d’assaut:  300 
hommes  furent  tues. 

Malgre  cet  avertissement  severe,  le  village  essaya  de  survivre.  En 
1224  le  desservant  de  feglise  est  le  pretre  Daniel,  fils  de  Yusif,  fils  de 
Sarkis.  II  copie  un  rituel  de  la  preparation  de  1’huile  pour  le  St-Chreme, 
pour  un  pretre  de  la  famille  Habbo  Ganni  de  Bartelli  (3). 

La  mort  de  Lu’lu’  est  l’occasion  de  nouveaux  troubles.  Devant  la 
menace  constituee  par  les  mercenaires  de  Malik  Saleh  Isma‘Il  et  tous  les 
autres  bandits  de  races  diverses  qui  rodent  dans  la  campagne,  une  partie 
des  gens  du  village  decident  de  fuir.  Ils  se  rdfugient  d’abord  au  sommet 
de  la  petite  montagne  qui  domine  leur  village,  au  «Couvent  des  Bousiers» 
de  Mar  Daniel.  Mais  il  leur  faut  bientot  trouver  un  autre  lieu  de  refuge, 
car  les  provisions  s’epuiscnt.  Ils  essaient  alors  de  traverser  le  Zab  pour 

(1)  Cf.  P.  Voste,  Angelicum ,  IV/ 1927,  p.  166-167. 

(2)  Le  norn  est  donn£  differemment  (peut-etre  a  la  suite  de  coquilles  typogra- 
phiques)  par  Mgr  Paulos  Behnam  (cit.  p.  37),  suivi  par  Mgr  Ignace  Ya‘qub  (p.  179) 
comme  etant  «Chammas  Mardebna  ( ?),  fils  de  Yusif,  fils  de  Mar  Kiz  ( ?),  etc.  —  Quant 
a  Mgr  Barsaume  (cit.  p.  206)  il  mentionne  pour  cette  date,  et  pour  1223,  parmi  les 
copistes:  n°  101,  le  pretre  Daniel,  fils  de  Yusif,  de  Ba  Sahra. 

(3)  Cat.  Mgr  Armalet,  p.  71-72,  n°  9. 


Rech.  23  —  31 


482 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


aller  vers  Erbil.  Malheureusement,  depuis  1219,  leur  reputation  dtait 
faite  de  ce  cote.  Kutlu  Bek  sort  a  leur  rencontre,  et  les  considerant 
comme  des  espions  de  Pennemi,  les  massacre  tous  sur  le  Zab.  Ceci  se 
passait  en  1261. 

Probablement  d’autres  groupes  tenterent-ils  l’exode,  et  avec  plus 
de  succes,  allant  se  joindre  aux  refugies  jacobites  des  environs  d’Erbil, 
a  qui  un  eveque  fut  donnd  en  1277. 

En  1289,  au  moment  ou  femir  chretien  Mas‘ud  de  Birqawt,  gou- 
verneur  de  Mossoul,  est  mis  a  mort,  son  frere,  Sahab  ad  Din,  put  s’enfuir 
et  se  refugia  quelques  jours  a  Ba  Sahra.  Apres  son  depart  les  ennemis 
de  Mas‘ud,  lances  a  sa  poursuite,  vinrent  interroger  les  habitants,  dont 
un  certain  Diibais,  peut-etre  le  chef  du  village,  qui  jura  ne  pas  P  avoir 
vu.  Un  jeune  homme  ayant  avoue  sous  les  coups,  Dubais  fut  emmend 
a  Mossoul  et  execute.  La  populace  lapida  son  cadavre. 

En  1343,  les  fonts  baptismaux  de  Peglise  furent  renouvelds.  La  nou- 
velle  cuve,  monolithe,  a  la  forme  d’un  prisme  octogonal  regulier  sur 
base  carree  de  93  centimetres  de  cote.  Chaque  cote  du  prisme  a  39  cen¬ 
timetres  de  large.  La  cuve  et  sa  base  ont  une  hauteur  exterieure  de  97 
cm.  Le  bassin  a  immersion  a  68  cm.  de  diametre  et  58  cm.  de  profondeur. 
Les  cotes  sont  ornes  de  croix  assez  frustes  et  d’une  inscription  liturgique, 
la  meme  que  celle  de  Qaraqos.  Puis  est  ajoute  le  nom  du  maphrien, 
Grdgoire  Matta  Hanno,  de  Bartelli,  et  la  date:  1654  des  Grecs. 

La  derniere  mention  de  Ba  Sahra  chretien  date,  on  fa  vu,  de  1364; 
on  ne  sait  quand  et  comment  le  village  fut  deserte  par  ses  habitants 
primitifs.  Mgr  Ignace  Ya‘qub  suggere  que  ce  fut  vers  le  XYIIIe  siecle. 
La  plupart  des  emigres  vinrent  a  Bartelli,  et  leurs  descendants  se  sou- 
viennent  encore  de  leur  origine. 

Je  ne  vois  pas  de  raison  d’identifier  Basahra  avec  le  Ba  Safra  de 
Yaqut,  comme  on  fa  suggere  (1).  Le  village  de  Ba  Safra  existe  «a  Test 
de  Mossoul »,  et  est  bien  «au  pied  de  la  montagne».  On  fa  deja  rencontre 
au  nord  du  district  de  Birta. 


(1)  Researches,  p.  51,  qui  cite  Mu1  gam,  I,  p.  471  et  Marasid,  I,  p.  154. 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 


483 


B.  Daniel 

Badana  est  le  nom  de  deux  villages  sabak  (1)  modernes.  L’un  est 
appele  «le  grand»,  et  se  trouve  a  9  kilometres  a  Test  de  Qaraqos;  l’autre, 
«le  nouveau»,  est  situd  a  3  kilometres  au  nord  du  premier.  Le  nom 
ancien  est  certainement  B.  Daniel,  et  on  ne  peut  s’empecher  d’y  recon- 
naitre  le  «village  connu  sous  la  montagne»  de  YHistoire  de  Bar  ‘ Eta  (2). 
II  devint  jacobite  au  temps  de  Gabriel  de  Singar,  dans  la  premiere  ddcade 
du  VIIe  siecle.  Gependant  on  ne  voit  pas  tres  bien  comment  le  texte  de 
la  meme  histoire  (3),  parlant  d’une  gudrison  de  moutons  au  profit  du 
tres  riche  «prince»  Denha,  situe  en  Marga  son  village  de  B.  Daniel. 

II  semble  probable  que  Ton  peut  reconnaitre  dans  le  Grand  Badana 
moderne  le  B.  Daniel  Infdrieur  de  Bar  Hebraeus.  Cet  auteur  donne  quel- 
ques  details  sur  l’histoire  du  village  du  XIIe  au  XI Ve  siecle  (4).  Mais 
ou  faut-il  placer  le  B.  Daniel  superieur?  Mgr  Paulos  Behnam  le  met  «en 
haut  de  la  montagne  de  Mar  Daniel».  En  fait,  je  ne  connais  guere  de 
villages  sur  le  sommet  aride  des  montagnes,  et  aucune  trace  d’une 
agglomeration  ne  subsiste  en  haut  de  celle-ci. 

Depuis  le  temps  du  maphrien  Ignace  Lazare,  en  1153,  B.  Daniel 
avait  le  privilege  de  recevoir  la  visite  des  primats  jacobites,  a  leur  des- 
cente  de  Mar  Matta,  avant  qu’ils  ne  se  rendent  a  Qaraqos  et  a  Bartelli. 
Un  autre  privilege  du  village  dtait  celui  d’offrir  une  mule  au  nouveau 
maphrien  (5). 

En  1184  (550  H.)  eut  lieu  a  Targilla  (6),  c’est-a-dire  a  4 


(1)  As  Sabak,  p.  94. 

(2)  II,  I,  p.  245-246;  Budge  transcrit  le  nom  du  village  comme  «Beth  Daniel 
Rapya»,  alors  que  ce  dernier  mot  est  simplement  Fadjectif  rpeyya,  qui  veut  dire 
«faibles»  et  s’applique  au  substantif  «habitants»  pour  dire  que  les  habitants  des  deux 
villages  dtaient  faibles  (dans  la  foi),  ce  qui  explique  leur  apostasie. 

(3)  P.  273. 

(4)  B.H.,  II,  col.  344,  378,  422,  504,  508,  520.  Certains  de  ces  textes  ont  £td 
cites  par  Mgr  Paulos  Behnam,  in  Lisan,  1/1949,  n°  5,  p.  37-38. 

(5)  Egalement  cite  dans  Dafaqat,  p.  79,  n°  2. 

(6)  D’apres  Muniat  al  Udaba\  p.  137.  —  Targilla  a  des  sources  importantes, 


484 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


kilometres  an  nord  du  Nouveau  Badana,  une  bataille  entre  les  soldats  de 
‘Izz  ad  Din  Mas‘ud,  fils  de  Mawdud,  fils  de  Zengui,  fils  d’Aq  Sonqor, 
et  les  soldats  de  Yusif  ‘All  Kiitsuk,  seigneur  d’Erbil.  Ces  derniers  rempor- 
terent  la  victoire;  on  devine  aisement  que  les  villages  voisins  en  subirent 
le  contrecoup. 

Ba  Daniel  inferieur  donna  au  moins  un  eveque  a  l'Eglise  Syrienne. 
C’est  Basile  Matta,  fils  d'Iso‘,  eveque  de  Bagdad  vers  1189.  II  fut  un 
des  conciliateurs  entre  Matteens  et  Takrltains  au  debut  du  regne  de 
Sallba,  dveque  de  Mar  Matta  (1). 

Quant  k  B.  Daniel  Superieur,  il  semble  avoir  ete  la  patrie  du  moine 
Behnam  de  Mar  Matta,  sacre  eveque  jacobite  du  Ba  Niihadra  par  le 
maphrien  Gregoire  Abu  1  Farag  Bar  Hebraeus  en  1265,  puisque  e’est 
dans  feglise  de  ce  village  que  le  maphrien  proceda  au  sacre. 

Au  milieu  du  XI Ye  siecle  (avant  1345  et  apres  1364)  on  trouve 
plusieurs  mentions  du  «prince»  Mas‘ud  de  B.  Daniel  superieur  et  du 
pretre  Jean,  fils  du  pretre  Denha,  de  ce  village.  Ils  agissent  soit  comme 
mediateurs  entre  le  patriarche  et  le  maphrien,  soit  pour  demander  au 
patriarche  de  bien  vouloir  nommer  un  maphrien,  a  la  mort  du  precedent. 
Ni  fun  ni  fautre  des  deux  B.  Daniel  chretiens  n'est  mentionne  apres  1364. 

B.  Gabbare 

Revenant  maintenant  tout  pres  de  Ninive,  sur  le  Tigre,  nous  trou- 
vons  un  dernier  village  chretien,  celui-ci  completement  disparu,  mais 
localise  a  peu  pres  precisement  (2),  B.  Gabbare,  le  village  des  geants, 
ou  des  braves. 

Le  village  etait  d’abord  nestorien.  On  le  rencontre  pour  la  premiere 


certaines  sulfureuses:  cf.  Mu  gam,  II,  p.  375.  —  Mgr  Sayegh  a  explique  le  nom  par 
Tarameen  «Tur  Galla»,  la  montagne  de  l'herbe,  cf.  as  Sabah,  p.  1 1  et  93;  Jones  (JRAS, 
XV/ 1855,  p.  374  b)  avait  suggere  Tell  Gella,  «la  colline  des  hauts  paturages».  —  Dans 
Researches,  p.  63-64,  il  faut  corriger  Zain  ad  Din  en  ‘Izz  ad  Din.  —  On  ignore  si  le  vil¬ 
lage  a  une  histoire  chretienne. 

(1)  Egalement  cite  par  Lisan,  1 1 1/1951,  p.  224. 

(2)  Par  M.  Sa‘Id  ad  DewahgI,  dans  Muniat  al  Udaba\  p.  136,  n.  1. 


VILLAGES  ANGIENNEMENT  CHRETIENS 


485 


fois  (1)  a  la  fin  du  VIIe  siecle,  comme  lieu  d’origine  du  patriarche 
Iso‘  bar  Nun.  Le  texte  de  ‘Amr  qui  le  mentionne  (2)  le  donne  comme 
situe  a  cote  du  Tigre,  entre  le  mur  de  Ninive  et  Mossoul.  En  effet,  le 
Tigre,  au  moment  de  la  ruine  de  Ninive  en  612  avant  J.-C.,  longeait  le 
mur  de  la  capitale  assyrienne,  dont  sa  crue  accdldra  la  chute  en  ouvrant 
des  breches  dans  les  remparts.  Au  cours  des  siecles,  il  s’est  ddplacd  latd- 
ralement  sur  un  axe  nord-ouest/sud-est.  Au  maximum  de  son  ddpla- 
cement,  dans  sa  situation  actuelle,  il  est  arretd  par  la  colline  que  sur- 
monte  Mossoul  et  a  ainsi  termind,  il  n’y  a  guere  qu’une  cinquantaine 
d’anndes,  un  glissement  de  cotd  d'environ  deux  kilometres.  G’est  dans 
cet  intervalle,  entre  les  murs  de  Ninive  et  ceux  de  Mossoul,  qu’il  faudra 
chercher  B.  Gabbard. 

Yaqut  fut  le  dernier  a  voir  le  village,  pendant  son  sdjour  a  Mossoul 
en  1220  (3).  Dans  son  Mu1 2 3 4 5  gam  al  Buldan  (4),  il  le  decrit  comme  «un 
village  a  Test  de  Mossoul,  a  environ  un  mille,  grand  et  prospere,  avec 
un  marchd».  Jadis  la  riviere  Hosar  (5)  y  passait  sous  un  pont  qui  sub- 
sistait  jusqu'aux  jours  de  hauteur,  et  sa  mosqude  etait  bade  sur  les  arches 
de  ce  pont.  Yaqut  Tavait  vue  plusieurs  fois. 

Il  appert  de  ce  texte  que  le  village  dtait  en  partie  musulman  au 
debut  du  XIIIe  siecle.  Quant  aux  habitants  chrdtiens,  ils  dtaient  devenus 

(1)  La  Vie  de  Mar  Miha'il  (v.g.  in  Suhadd\  II,  p.  122)  le  donne  comme  lieu 
d’origine  de  Nisan,  qankaya  du  couvent  au  moment  de  sa  fondation.  On  verra  que  la 
redaction  de  cette  vie  est  tres  tardive,  et  le  nom  a  pu  etre  introduit  pour  nc  pas  laisser 
un  detail  non  prCcisC,  comme  e’est  souvent  le  cas  dans  ce  genre  de  rCcits. 

(2)  ‘Amr,  ar.  p.  66;  Suhada\  II,  p.  122;  de  meme  le  texte  d’ABu  ZakarIya  al 
Azdi,  cite  par  M.  Dewaii&I,  aux  £venements  de  765,  l’appelle  «villagc  sur  le  Tigre, 
pres  de  Mossoul».  Deux  fois  Gismondi  a  laiss£  dans  sa  traduction  (lat.  p.  59  et  66) 
le  mot  sur  (faussement  orthographic  sur )  qui  veut  dir  «mur». 

(3)  M.  Dewah6I  a  relevC  (Sumer,  1954,  p.  5,  n.  26)  que  Yaqut  visita  Mossoul 
en  1216,  puis  y  sCjourna  plus  d’un  an  en  1220. 

(4)  II,  23  et  IV,  490;  identifiC  a  B.  Fahari,  ibid.,  Ill,  p.  24.  —  Le  livre  a  CtC 
ecrit  vers  1225,  mais  les  notes  sur  lesquelles  travaillait  l’auteur  Ctaient,  au  moins  dans 
ce  cas,  de  1220. 

(5)  Son  nom  assyrien  Ctait  dCja  Hosr;  actuellement  on  dit  quclquefois  Hosar. 
cf.  Researches ,  p.  75. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


jacobites,  au  temoignage  d’un  colophon  de  1220  (1),  qui  appelle  la 
locality  «un  village  de  croyants».  Ge  texte  a  gardd  le  r^cit  de  la  mine  de 
B.  Gabbare,  ou  probablement  chretiens  et  musulmans  perirent  ensemble. 

Cette  annee-la,  les  chefs  des  Yezidis  revokes  contre  ‘Imad  ad  Din 
Zengui  (2)  prince  de  Singar,  vinrent,  sous  le  commandement  de  Badr 
ad  Din,  attaquer  le  bourg.  Tous  les  hommes  furent  tues,  les  femmes  et 
les  enfants  enleves,  ce  fut  la  destruction  complete. 

Rien  que  ce  petit  fait  prouverait  l’astuce  politique  de  Badr  ad  Din 
Lu’lu’.  Deja  plusieurs  fois  assasssin,  il  s’allie  ici  a  un  revoke  contre  un 
cousin  de  son  maitre  (Naslr  ad  Din  Mahmud,  que  le  ruse  maire  du  palais 
laissera  en  titre  jusqu’en  1233)  pour  se  libdrer  du  danger  cree  par  une 
agglomeration  faisant  face  a  Mossoul  de  l’autre  cote  du  Tigre  et  pouvant 
etre  utilisee  comme  tete  de  pont  contre  la  ville  par  ses  ennemis  d’Erbil, 
qui  avaient  probablement  des  accointanc.es  dans  la  place.  II  dut  etre 
facile  d’accuser  les  habitants  de  felonie.  On  comprend  aussi  pourquoi 
Lu’lu’  ne  laissa  pas  Ba  Gabbare  se  relever. 

Ses  mines  doivent  etre  cherchees  sur  un  des  anciens  lieux  de  con¬ 
fluence  de  Hosar  et  du  Tigre,  quelque  part  entre  Ninive  et  Mossoul. 
Qu’elles  n’aient  pas  encore  ete  retrouvees  s’explique  probablement  par 
le  fait  qu’elles  sont  ensevelies  sous  les  limons  de  700  crues  du  Tigre  (3). 

2.  —  Villages  non  localises 

Ge  paragraphe  recueille  les  villages  «du  pays  de  Ninive»  dont  les 

(1)  Cite  par  Mgr  Paulos  Befinam,  Lisan ,  1/1949,  n°  5,  p.  38-39.  Cependant 
on  ne  peut  s’accorder  avec  l’auteur  qui  (p.  39,  n.  2)  place  le  village  «probablement 
dans  les  environs  de  Basblta  et  Bartelli».  —  Mgr  Barsaume,  Lu’lu’,  2e  £d.,  p.  622,  dit 
plus  exactement:  «village  mine  au  mieu  du  XIIIe  siecle,  a  Pest  de  Mossoul,  sur  le 
Hosar  ». 

(2)  II  s’agit  de  ‘Imad  ad  Din  Sah  in  Sah,  atabek  de  Singar,  un  descendant  de 
Qasim  ad  Dawla  Aq  Sonqor  par  Pinterm^diaire  du  grand  ‘Imad  ad  Din  Zengui  Ier, 
atabek  de  Mossoul  (1127),  et  d’Alep  (1128).  mort  1146. 

(3)  Les  localisations  proposees  jusqu’ici  ne  sont  pas  satisfaisantes,  car  aucune 
n’est  «entre  le  mur  de  Ninive  et  Mossoul».  Les  voir  dans  Researches ,  p.  48-49  (Mgr 
S.  Sayegh:  Yaramga;  A.  as  Sufi:  al  Gila).  D’autres  proposent  Armusiya,  qui  est 
^galement  du  mauvais  cot^  de  Ninive. 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 


487 


noms  sont  mentionnes  dans  l’histoire  chretienne  a  une  epoque  ou  une 
autre,  mais  que  Ton  ne  peut  pas  situer  sur  la  carte  a  un  point  prCcis. 

B.  Siunaye,  d’apres  la  biographie  de  Bar  ‘Eta  (1),  ou  B.  Samina, 
d’apres  le  Liber  Castitatis  (2),  est  donne  commc  le  pays  d’origine  de  R. 
Yozadaq,  moine  du  couvent  de  Bar  ‘Eta,  puis  fondateur  en  Qardu,  au 
debut  du  VIIe  siecle. 

II  faut  probablement  Fidentifier  au  Ba  Sumnaya  de  Yaqut  (3),  qui 
produisit  quelques  cCICbrites  musulmanes  au  XIIe  siecle.  II  avait  dCja 
disparu  au  XYIIIe  siecle,  puisque  Yasln  al  ‘Omari  n'en  parle  plus.  On 
ne  sait  oil  il  se  trouvait  (4). 

Quelque  part  a  Test  de  Mossoul,  sur  la  route  d’Erbil,  dans  une 
region  accidentee,  se  trouvait  le  lieu  dit  B.  Tartar  de  Ninive,  ou  se  pro¬ 
duisit,  vers  775,  un  miracle  Cclatant.  Le  mCtropolite  d'Adiabene,  Maran 
‘Emmeh  d’Awah  (5),  etait  venu,  malgre  son  grand  age,  faire  une  collecte 
a  Mossoul  au  profit  des  victimes  de  la  sdcheresse  de  la  parti  centrale  de 
son  eparchie.  A  son  retour  avec  F  argent,  des  voleurs  FCpierent  de  Mossoul 
a  B.  Tartar  de  Ninive,  puis  Fattendirent  «dans  un  creux  de  la  montagne». 
C’Ctait  compter  sans  les  pouvoirs  de  thaumaturge  du  vieux  prdlat.  Ef- 
frayes  par  les  etincelles  qui  sortaient  de  son  turban,  les  pauvres  brigands 
ne  purent  que  demander  pardon  au  saint,  et  sollicker  de  lui  une  aumone, 
pour  qu’ils  n’aient  pas  tout  a  fait  perdu  leur  peine. 

Quelques  points  de  Fhistoire  de  B.  Taksur  (orthographic  par  d’au- 
tres:  B.  Taksbar)  (6)  sont  connus.  En  1275  un  combat  furieux  opposa 
pillards  et  gens  du  village;  les  premiers  eurent  dix  des  leurs  tuCs,  mais  le 
village  y  perdit  cinq  hommes,  et  sept  jeunes  filles  et  trois  jeunes  gens 
furent  enleves  (7).  Ceci  dCcida  probablement  l’exode  des  villageois; 

(1)  Ed.  Budge,  cit.  II,  I,  p.  256  et  note. 

(2)  N°  91  (aussi  n°  15,  89,  92,  95). 

(3)  Mu1 2 3 4 5 6 7  gam,  II,  p.  39. 

(4)  Researches ,  p.  51. 

(5)  Bk.  I,  p.  335  s. 

(6)  Apergu ,  p.  201. 

(7)  Chronograph y,  I,  p.  453. 


488 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


nous  les  avons  retrouves  pres  d’Erbil,  a  B.  Sayyade,  ou  en  1277  un  eveque 
leur  fut  donntk  Celui-ci  ajouta  au  titre  de  son  siege  celui  du  lieu  d’ori- 
gine  de  ses  diocdsains,  B.  Taksur,  desormais  in  partibus. 

Quant  a  la  situation  du  village,  il  n’y  a  pas  de  doute  qu’il  etait  en 
Ninive,  d’apres  Bar  Hebraeus  lui-meme  (1),  et  c’est  pourquoi  nous  le 
retrouvons  ici.  Une  lointaine  ressemblance  de  nom  pourrait  suggerer 
Factuel  Taq  Resso,  a  la  pointe  nord-ouest  du  Maqlub,  comme  site 
possible  de  B.  Taksur;  cependant,  dans  sa  forme  actuelle,  le  nom  du 
village  a  un  sens  obvie:  Fare  de  Rasld. 

On  n’a  guere  plus  de  lumieres  sur  la  position  de  B.  Gurba  (a  ne  pas 
confondre  avec  B.  Gurbaq),  pays  d’origine  du  proselite  jacobite  Nana, 
disciple  de  Zaka'i,  au  temps  de  Gabriel  de  Singar  (2).  La  seule  chose 
que  Fon  sache,  est  que  le  village  etait  situe  sur  le  Tigre.  Or,  les  deux 
seuls  points  ou  le  district  jacobite  de  Ninive  atteignait  le  Tigre  etaient, 
soit  la  region  sud,  a  Fouest  de  Mar  Behnam,  sur  laquelle  on  n’a  aucune 
indication  textuelle,  ou  la  region  a  Fouest  de  Baqaq,  en  direction  de 
Balad.  A  priori,  Gurba  serait  plutot  a  chercher  dans  les  environs  de 
Hirbat  Saleh. 

w  •  • 

Quant  aux  villages  jacobites  du  Ba  Nfihadra  «dans  lesquels  les 
fideles  dtablirent  des  ecoles»,  a  limitation  des  Nestoriens,  la  Vie  de  Maruta 
en  donne  une  liste  (3).  Sur  cinq  £coles  mentionnees,  on  a  pu  en  iden¬ 
tifier  trois:  B.  Qoqi  (Baqaq),  Bet  Bar  Terlai  (Bartelli)  et  B.  Bani  (Baiban). 
SuRZAq,  lieu  de  la  quatrieme  ecole  et  pays  d’origine  de  Maruta  de 
Takrlt  (4),  est  donne  par  l’histoire  du  premier  metropolite  (629)  comme 
situe  non  loin  du  monastere  de  Mar  Samuel,  lequel  est  «eleve  sur  une 
hauteur,  sur  la  rive  du  Tigre,  en  face  du  monastere  de  Mar  Sargis,  qui 
est  pres  de  Balad».  Ce  dernier  monastere  est  bien  connu,  et  j’ai  pu  re- 
trouver  aussi  le  couvent  de  Mar  Samuel  le  Montagnard.  C’est  done  sur 


(1)  Et  non  pas  «dans  les  environs  d’Erbil»,  comme  le  dit  Mgr  Barsaume. 

(2)  Histories...  of  Bar  Idta,  II,  I,  p.  241. 

(3)  Cit.  p.  66  ( Apergu ,  p.  205-206). 

(4)  Id.,  p.  63;  B.H.,  II,  col.  111. 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 


489 


la  rive  est  du  Tigre,  dans  la  rdgion  autour  de  Cabal  Taira,  qui  fait 
face  au  Mont  Butman,  qu’il  faudra  rechercher  Surzaq.  Le  nom  ne  figure 
sur  aucune  carte  et  il  n’dvoque  rien  aux  oreilles  dcs  habitants  actuels 
du  district. 

La  derniere  dcole  jacobite  de  la  fin  du  VIe  siecle-ddbut  du  VIIe 
siecle,  est  celle  de  Tell  Salma,  la  colline  de  l’arbre  (1).  On  peut  con- 
jecturer  par  le  contexte  qu’elle  se  trouvait  dans  la  meme  region  que 
Surzaq  et  B.  Bani. 

Deux  autres  villages  chretiens  non  localises  sont  Harda,  «pres  de 
Mossoul»,  patrie  de  ldveque  d’Adiabene  Ibrahim  fils  de  Slemun,  qui 
aurait  sidgd  vers  150-165  (?)  (2),  et  Gariciia  (?)  une  «ville  du  diocese 
de  Mossoul»  oil,  d'apres  Assdmani,  un  des  manuscrits  de  la  Bibliotheque 
Vaticane  aurait  etd  copid  (3)  en  1477;  la  lecture  devrait  etre  vdrifiee. 

Je  ne  dis  rien  ici  de  l'eveche  du  XIe-XIIIe  siecle  d’al  Badia  (le 
pays  des  Bedouins)  ou  al  Barriya  (le  desert).  Cette  appellation  ne  peut 
s’appliquer  qu’a  la  partie  restee  nestoricnne  de  la  Mdsopotamie,  a  fouest 
du  Tigre  et  de  Mossoul,  en  allant  plutot  vers  le  sud;  ce  district  ne  fait 
pas  du  tout  partie  du  Ba  Nuhadra  (4). 

3.  —  Villages  a  noms  chretiens 

II  resterait  a  faire  une  liste  (mais  pourrait-elle  jamais  etre  com¬ 
plete?)  de  tous  les  lieux-dits  dont  le  nom  a  une  consonance  nettement 
chrdtienne.  I  Is  sont  ldgion,  et  Thistoire  est  ddsespdrdment  muette  a  leur 
endroit. 

Ddja,  en  appendice  a  une  confdrence  sur  la  Topographie  de  Ninive, 
faite  le  2  juillet  1853  devant  la  «Royal  Asiatic  Society »  (5),  le  Com¬ 
mander  Felix  Jones  avait  dressd  une  liste  impressionnante  de  noms  qu’on 

(1)  Arbuste  sauvage  a  baies  aigres  rouges  on  jaunes,  tres  connu  dans  la  mon- 
tagne  kurde. 

(2)  Chr.  d’Erbil,  p.  87 ;  et  Armalet,  Catholicos ,  cit. ;  Machriq ,  XXII  1924,  p.  i 82  s. 

(3)  Cod.  CLXXXVI,  Cat.  Assemani,  1 1 1/1759. 

(4)  Cf.  DHGE,  VI/ 1932,  col.  142,  s.v.  Badia ,  par  M.  le  chan.  Van  Lantschoot, 
et  ibid.,  s.v.  Beth  Dial,  VI 1 1/1935,  col.  1230,  par  G.  Levenq. 

(5)  Et  publics  dans  son  Journal,  JRAS,  XV/ 1855,  p.  297-374. 


490 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pouvait  interpreter  par  le  syriaque  (1).  Sans  rcvenir  sur  ceux  deja  ren¬ 
contres,  on  peut  leur  ajouter,  d’apres  cette  nomenclature: 

—  Bazgira  (Bet  Zegira),  le  lieu  de  la  reprobation. 

—  Barlma  (Bet  Rama),  place  cheminence  (2). 

—  Baibuh  (Bet  Funaya)  (?),  le  lieu  de  repos.  Mgr  Sayegh,  cite  par 
M.  Ahmad  as  Sarraf,  dans  son  livre  sur  les  Sabak,  dira:  le  lieu  des  pleurs. 

—  Basalim  (Bet  Salim),  le  lieu  de  paix. 

Mgr  S.  Sayegh  avait  fourni  encore  a  hauteur  de  houvrage  sur  les 
Sabak  plusieurs  interpretations  (3),  parmi  lesquelles: 

—  BaSviza  (B.  ‘Uzaya),  le  pays  de  la  force,  ou  (Ba  ‘Ezzi),  prairie 
de  chevres. 

—  Babnit,  Babnita,  sur  le  Tigre,  d’un  nom  de  poisson. 

—  Ba‘uta,  le  lieu  de  la  tromperie,  ou  de  la  s^veritth 

—  Slihan,  de  Sliha,  les  Apotres. 

M.  Guorguls  ‘Awwad,  dans  son  repertoire  si  precieux,  ajoute  enfin 
plusieurs  noms: 

—  Ba  Fahari  (4),  le  lieu  des  potiers,  qui  est  peut-etre  le  village 
actuel  de  Qiz  Fahri,  sur  le  Tigre  a  onze  kilometres  au  sud  de  Mossoul. 
Le  nom  peut  etre  aussi  bien  chaldeen  qu’arabe;  en  tout  cas  le  village 
etait  d^ja  musulman  en  765. 

—  Ba  Kalba  (5),  le  lieu  du  chien,  nom  d’une  plantation  situee  a 
4  milles  au  sud  d’Alqos,  dans  les  collines  dites  al  Knud. 

—  Al  Basatlia  (6),  le  pays  des  voleurs,  a  cote  du  couvent  de  Mar 
Behnam. 

—  Baisan  (7),  le  lieu  du  silence,  dans  le  canton  de  Tell  Kaif,  etc., 
etc.  Les  cartes  livrent  encore:  Qa’im,  Usqof,  et  tant  chautres.  Et  meme 

(1)  Appendix ,  f,  apres  p.  374. 

(2)  Ibid.,  Researches,  p.  50. 

(3)  As  Sabak,  p.  11,  93,  228,  229. 

(4)  Researches,  p.  55. 

(5)  Ibid.,  p.  57. 

(6)  Ibid.,  p.  59-60. 

(7)  Ibid.,  p.  61. 


VILLAGES  ANCIENNEMENT  CHRETIENS 


491 


quand  le  nom  n’a  pas  Fair  aramden,  de  vagues  traditions  parlent  de 
traces  d’eglises;  ainsi  a  Gaif,  tout  a  fait  au  sud  du  Ba-Nuhadra,  pres  du 
confluent  du  Zab  et  du  Tigre. 

Un  autre  nom  avait  attird  mon  attention,  c’est  celui  de  Darhayl, 
une  localite  situde  sur  le  Tigre,  a  7  kilometres  a  fouest  de  Baqaq,  done 
normalement  a  Fextreme  pointe  nord-ouest  du  croissant  jacobite.  Une 
reconnaissance  sur  place  me  mit  en  presence  d’un  village  arabe  avec  un 
tell  pas  tres  eleve,  mais  cependant  trop  haut  pour  recouvrir  un  couvent. 
A  Fextreme  rigueur  il  pourrait  cacher  une  dglise ;  seules  des  fouilles  en 
trancheraient. 

En  aval,  a  Fest  du  village,  une  grande  zone  de  ruines,  entourdes 
d’un  mur  continu  de  60  metres  de  long,  est  appeUe  actuellement  Zahra 
Hatun.  II  n’y  a  pas  non  plus  d’dvidence  que  nous  ayons  affaire  a  un 
ancien  couvent.  L’ensemble  du  site  iFoffre  done  rien  de  saillant  du  point 
de  vue  archeologie  chrdtienne.  Du  point  de  vue  pittoresque,  notons  en 
passant,  sur  Fautre  rive  du  Tigre,  en  face  de  Darhayl,  une  curieuse 
colline  conique  surmontee  d’un  mazar  entourd  de  quelques  arbres.  On 
y  venere  Bilal  al  Habasi,  muezzin  de  Mahomet. 


XVI 


COUVENTS  NESTORIENS 
ET  CEIALDEENS  DE  NINIVE 


Nous  allons  voir  maintenant  les  couvents  qui  se  trouvent,  en  ruines 
ou  encore  debout,  dans  la  region  de  Ninive,  c’est-a-dire  dans  le  sud  du 
Ba  Nuhadra,  du  Grand  Zab  a  l’arete  de  Faida.  Ces  couvents  peuvent 
etre  divises  en:  couvents  nestoriens  et  chaldeens,  et  couvents  syriens 
(catholiques  ou  orthodoxes).  Je  leur  adjoindrai  un  chapitre  sur  les  cou¬ 
vents  de  l’autre  rive,  c’est-a-dire  a  l’ouest  du  Tigre,  autour  de  Mossoul. 
A  proprement  parler,  ce  dernier  district  ne  fait  g^ographiquement  pas 
partie  du  Ba  Nuhadra,  cependant  les  auteurs  anciens  l’y  aggregent,  et 
ne  font  commencer  le  B.  ‘Arabaye  que  plus  haut,  entre  Mossoul  et  Balad. 

Certains  couvents  accoles  a  des  villages,  ou  meme  actuellement 
inclus  dans  l’agglomeration,  ont  cleja  ete  etudies  avec  ces  villages,  par 
exemple:  Mar  Guorguis  de  Karamlaiss,  Mar  Yohannan  et  Mar  Quriaqos 
de  Qaraqos,  Yohannan  bar  Nagare  et  les  XL  Martyrs  de  Bartelli,  Apni 
Maran  de  Tell  Esqof,  etc.  II  n’est  pas  besoin  de  les  revoir. 

1.  —  Le  pseudo  Bar  ‘Eta 

On  a  examine  a  propos  de  Marga  le  cas  tres  curieux  du  couvent  de 
R.  Bar  ‘Eta  et  du  couvent  de  sa  soeur,  Hana  Iso‘,  qui  etait  sous  le  vocable 
de  la  martyre  Febronia.  La  localisation  traditionnelle  de  ces  deux  cou¬ 
vents  dans  les  environs  de  Karamlaiss  est  recente  et  sans  fondement.  II 
reste  que  les  ruines  situees  entre  Targilla  et  Hassan  Sami  sont  bien  celles 
de  couvents,  mais  on  ne  sait  de  quel  saint. 

Ces  ruines  ne  peuvent  etre  non  plus  celles  du  couvent  de  Mar 
Miha’il  de  Tar‘Il,  qu’une  ressemblance  de  nom  avait  induit  Chabot, 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


493 


dans  son  Histoire  de  Tahwalaha  III ,  a  placer  a  Targilla.  On  a  vu,  en 
parlant  de  l’Adiabene,  qu’il  faut  chercher  Tar‘Il  pres  de  Kafar  ‘Uzail, 
au  sud  d’Erbil. 

II  y  avait,  dans  ce  petit  coin  sud-est  du  Ba  Nuhadra  plusieurs  cou- 
vents  qui  n’ont  pas  encore  etd  localises.  Le  couvent  de  Mar  Adona, 
abandonne  par  les  Nestoriens  au  ddbut  du  VIIe  siecle,  sous  les  menaces 
des  «rendgats»  de  Bartelli  et  de  B.  Daniel,  pourrait  etre  Tune  de  ces 
ruines.  Cependant  les  ruines  ditcs  de  Bar  ‘Eta  me  semblent  trop  vastes 
et  trop  rdcentes  pour  cela. 

A  part  Tepisode  de  son  abandon,  puis  de  la  recuperation  des  livres 
et  du  voile  du  martyrion,  episode  relate  plus  haut  a  propos  de  Bartelli, 
on  ne  connait  rien  du  couvent  d’Adona.  Le  fondateur  en  est  probable- 
ment  un  moine,  cite  parmi  les  fondateurs  de  couvents  du  Ba  Nuhadra, 
au  jour  de  leur  commemoraison  par  les  Nestoriens,  le  cinquieme  vendredi 
des  semaines  de  Moise  (1).  II  n’est  pas  mentionne  par  Iso‘dnah,  qui  ne 
connait  qirun  seul  Adona  (2),  le  metropolite  d'Elam,  martyr  sous  Sapor. 

L’ aspect  exterieur  des  ruines  dites  de  Bar  ‘Eta  coinciderait  mieux 
avec  celui  d’un  couvent  plus  recemment  abandonne.  Un  couvent  ja- 
cobite  avait  plus  de  chances  de  se  maintenir  dans  ce  secteur  qu’un 
couvent  nestorien,  qui  aurait  ete  entierement  encercie,  et  on  imagine 
assez  bien  le  grignotement  des  voisins  envahissants,  avan^ant  pied  a  pied 
a  travers  le  Hazir,  pour  n’etre  arrete  qu’a  Bartelli  et  Karamlaiss. 

L’identification  des  ruines  attribuees  au  couvent  de  Bar  ‘Eta  doit 
done  etre  remise  a  plus  tard,  quand  le  texte  reveiateur  sera  trouvd 
quelque  part,  qui  jettera  de  la  lumiere  sur  ce  petit  mystere. 

2.  —  Le  couvent  de  Jonas 

Nous  rapprochant  maintenant  de  Mossoul,  nous  trouvons,  sur  la 
rive  opposee  a  la  ville  moderne,  les  tells  de  Tancienne  Ninive.  Parmi 
ceux-ci,  le  plus  grand,  vers  le  nord,  cotoyd  par  le  Hosar,  est  appele  Tell 


(1)  Lectionnaire  nestorien  du  B.M.  {Cat.  Wright,  Add.  17.923),  fol.  159  a. 

(2)  L.C.,  n°  1 14. 


494 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Quyungiq,  cle  Koi  Ingik,  le  village  des  Ingik  (1).  L’autre  grand  tell 
est  surmontd  d’une  mosqude  dont  il  porte  le  nom:  NabI  Yunis.  C’est  la 
que  le  peuple  de  Mossoul  v^nere  le  tombeau  du  prophete  Jonas  (2). 

Le  titulaire 

Le  prophete  Jonas,  «Fhomme  an  poisson»  comme  Pappelle  le  Coran , 
est  en  grande  veneration  en  Islam.  N’attribue-t-on  pas  a  Mahomet  lui- 
meme  une  profonde  estime  pour  Yunis  ibn  Mattai,  estime  passee  a  la 
posterite  dans  ce  hadlt  celebre:  «Que  personne  ne  se  permette  de  dire 
que  je  suis  superieur  a  Yunis. » 

La  colline  de  Ninive,  pres  de  celle  ou  Jonas  precha  la  penitence 
(Tell  at  Tawba)  (3)  etait  destinee  a  un  avenir  mouvemente:  palais  et 
temples  assyriens,  temple  du  feu  des  Persans,  monastere  chretien,  mos- 
quee  fameuse,  se  succederent  sur  sa  surface  minuscule,  resume  et  sym- 
bole  des  avatars  de  l’ancienne  Assyrie  toute  entiere.  Sans  pretendre 
retracer  ici  tout  le  detail  de  l’histoire  de  la  sainte  colline,  je  voudrais 
essayer  de  jeter  quelques  jalons,  de  mettre  de  fordre  dans  quelques  dates, 
et  surtout  de  poser  la  question:  qui  est  enterr^  a  NabI  Yunis? 

Jonas  revint  mourir  a  son  village  natal  de  Geth  Hepher  en  Pales¬ 
tine  (IV,  Reg.  XIV, 25),  telle  etait  du  moins  Popinion  traditionnelle 
ancienne  des  exegetes  avant  que  des  theories  modernes  plus  radicales 
aient  mis  en  doute,  sinon  Pexistence  du  prophete,  du  moins  ses  rapports 
avec  Ninive.  La  tradition  musulmane  palestinienne,  acceptee  par  les 
chretiens  de  Nazareth,  est  ferme  a  ce  sujet  (4).  Geth  serait  Pactuel  el 
Meshed,  petit  village  situe  au  sud-est  de  Seffarieh  et  non  loin  de  Kafar 


(1)  Les  Ingik,  ou  Ingik,  ^taient  une  tribu  turcomane.  Cf.  Researches ,  p.  66, 
avec  references. 

(2)  Je  reprends  ici  la  substance  de  plusieurs  articles  parus  dans  le  Bulletin  du 
Seminaire  Syro-Chaldeen  de  Mossoul:  Mossoul ,  pays  des  prophetes.  §  6,  1943,  p.  86-114;  Le 
mystere  de  la  source  de  Jonas ,  1945,  p.  91-96;  et  Nabi  Tunis  et  Hnaniso\  1955,  p.  80-82. 

(3)  Le  petit  «tell  at  tawba»  proprement  dit  a  malheureusement  6t£  nivele  pour 
les  travaux  d’urbanisme. 

(4)  D.B.,  art.  Geth  Hepher,  col.  228;  cp.  avec  R.B. ,  1923,  p.  95. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


495 


Kenna.  Deja  du  temps  de  S.  Jerome  on  y  montrait  le  tombeau  de  Jonas, 
bien  que  S.  Jerome  lui-meme  ne  l’ait  pas  vu  (1).  Le  pseudo-Epiphane 
et  le  pseudo-Dorothee  partagent  la  meme  opinion  et  prdcisent  qu’il  fut 
enterr£  dans  le  tombeau  d’un  juge  C^ndzden  (ou  fils  de  Cdndz  ?).  Dom 
Galmet  identifie  meme  ce  juge  (2)  avec  Othoniel,  juge  d  lsrael  (Juges, 
III, 9).  Actuellement  une  mosqude  a  succddd  au  beau  monastere  que 
Nassiri  Khosrau  visita  au  ddbut  du  XIe  siecle  (3)  et  le  tombeau  de  Jonas 
y  est  montrd  dans  un  ddicule  sou  terrain.  Les  exdgetes  modernes,  ceux  du 
moins  qui  croient  a  fhistoricite  du  prophete,  s'accordent  a  reconnaitre 
que,  dans  la  mesure  ou  Ton  peut  acqu^rir  de  ces  choses  une  certitude, 
les  possibility  sont  pour  le  tombeau  de  Palestine. 

N^anmoins  les  V^nitiens  croient  possdder  le  corps  de  Jonas  dans 
leur  dglise  de  St-Apollinaire.  On  en  voit  aussi  des  reliques  a  Nocera,  dans 
l’ancien  royaume  de  Naples,  et  a  fabbaye  du  Mont  Cassin  ou  I’on  montre 
une  de  ses  cotes  (4). 

Mossoul  fait  pietre  figure  a  cot6  de  son  rival  palestinien,  puisqu’il 
faudra  attendre  jusqu’au  XIYe  siecle,  on  va  le  voir,  pour  «ddcouvrir» 
le  tombeau  de  Jonas,  ce  qui  met  fort  en  doute  fauthenticitd  dudit  tom¬ 
beau.  Cela  n’dtonne  pas  Wigram:  «Apres  tout,  dit-il  (5),  dtant  donne 
que  la  prophdtie  de  Jonas  n'a  pas  ete  rdalisde  avant  la  mort  du  prophete, 
le  sommet  du  tell  qui  couvre  les  ruines  de  la  cit£  est  peut-etre  le  seul 
point  au  monde  ou  il  est  tout  a  fait  impossible  qu’il  soit  enterr£.»  II  est 
juste  d’ajouter  que  la  majority  des  savants  musulmans  de  Mossoul  a  cesse 
de  croire  a  cette  localisation,  bien  que  le  petit  peuple  ignorant  de  la  ville 
et  du  village  de  Nabi  Yunis  n’ait  aucun  doute  a  ce  sujet. 


(1)  S.  Jerome,  Prologue  in  Ionan,  P.L. ,  XXV,  col.  119,  §  389. 

(2)  In  Ionan  Prolegomenon ;  Migne,  Scripturae  sacrae  cursus ,  t.  XX,  col.  814-816. 

(3)  Sefer  Namah ,  ed.  Ch.  Schefer,  Paris,  Leroux,  1881. 

(4)  D.B.  de  Migne,  t.  II,  col.  1976  s.  (Dom  Calmet). 

(5)  Cradle ,  p.  85. 


496 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Le  site  archeologique 

La  place  etant  trop  sainte  pour  avoir  permis  des  fouilles  completes, 
on  ignore  a  peu  pres  tout  des  monuments  que  la  colline  cache  dans  son 
sein.  En  1853  cependant,  un  habitant  du  village  ayant  creusd  la  cave 
de  sa  maison  au  pied  des  fondations  de  la  mosquee,  rencontra  la  tete  d’un 
taureau  aile.  Victor  Place,  alors  consul  a  Mossoul,  essaya  d’obtenir  de 
plus  amples  recherches,  mais  se  heurta  a  la  mauvaise  volonte  du  gou- 
verneur  de  Mossoul,  Hilmi  Pacha,  qui  se  reserva  de  fouiller  pour  son 
propre  compte  et,  ayant  amene  une  escouade  de  formats,  deblaya  deux 
splendides  taureaux  ailes  de  19  pieds  de  haut  environ,  ainsi  que  quelques 
chambres  formees  de  dalles  portant  des  legendes  cuneiformes  (1). 

Rassam  raconte  que,  quelques  annees  auparavant,  en  creusant  les 
fondations  du  minaret,  on  avait  mis  a  jour  un  large  reservoir  creuse  dans 
le  roc,  dans  lequel  on  avait  trouve  un  trone  de  bronze,  recouvert  de  figures 
animales  et  humaines.  Ce  trone,  mis  en  pieces,  fut  partage  entre  les 
personnages  officiels. 

D'autres  fouilles  subreptices  revelerent  la  presence,  a  l’interieur  du 
tell,  de  palais  batis  par  Sennacherib,  Assarhaddon  et  Assurbanipal  (2). 

En  1928,  M.  Ahmad  as  Sufi,  faisant  visiter  la  mosquee  actuelle  a 
des  membres  de  flnstitut  Oriental  de  fUniversite  de  Chicago,  occupes 
aux  fouilles  de  Khorsabad,  ces  specialistes  lui  dirent  que  la  mosquee 
etait  probablement  situee  sur  un  temple  assyrien  (3). 

Enfin,  en  1954,  des  travaux  d’urbanisme  donnerent  a  la  Direction 
Generale  des  Antiquites  d’lraq  foccasion  tant  attendue  de  fouiller  le 
tell,  d’une  fagon  malheureusement  encore  trop  peripherique.  Alors  que 
le  cote  nord  de  la  route  Mossoul-Erbil  livra  un  petit  temple  avec  une 
statue  d’Hermes  (4),  la  bordure  du  tell  principal  de  Nabi  Yunis,  de 


(1)  Jones,  Topography  of  Nineveh ,  1855,  p.  327. 

(2)  S.  Lloyd,  Nineveh  and  Khorsabad ,  1942,  p.  5. 

(3)  A.  as  Sufi,  cit.  p.  28. 

(4)  Sumer ,  X/1954,  p.  280-283.  Decouverte  d'une  statue  a  Ninive  (en  ar.),  par  M. 
Muhammad  ‘AlI  Mustapha.  Cette  statue  et  une  table  d’offrandes  assyrienne  sur- 


Pl.  I).  La  mosquee  du  prophete  Jonas  a  Ninive. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


497 


l* 1 2 3 4 5 autre  cote  de  la  route,  livra  une  entree  de  palais  que  Ton  attribua  a 
Assarhaddon,  et  des  statues  dgypticnnes  du  pharaon  nubien  Taharqa 
et  de  la  deesse  Anuqet  (1).  Comme  ces  statues  ont  dtd  probablement 
amendes  la  comme  butin  de  guerre,  on  peut  penser  que  le  tell  renferme 
les  magasins  royaux.  S’il  dquivaut,  comme  le  pcnsent  les  archdologues, 
au  Fort  Salmanasar  de  Nimrud,  on  peut  s'attendre  a  y  trouver  aussi  le 
quartier  general  de  Larmde  assyrienne,  avec  les  palais  des  gendraux  et 
les  temples  militaires. 

Ninive  chretienne 

Que  se  passa-t-il  apres  la  chute  de  Ninive,  en  612  avant  J.-C.?  Ce 
qui  restait  des  habitants  de  la  ville  se  regrouperent-ils  a  NabI  Yunis? 
L 'Iraq  Directory  l’affirme,  sans  indiquer  ses  sources  (2).  La  tradition 
musulmane  moderne  explique  la  fumde  qui  couvre  les  murs  d’un  passage 
inclus  dans  la  mosqude  en  disant  que  c’dtait  la  le  temple  du  feu,  au 
temps  des  Persans  (3).  Ce  qu’il  y  a  de  certain,  c’est  que,  tres  tot  dans 
notre  ere,  une  petite  citd  chrdtienne  de  Ninive  se  ddveloppera  sur  la 
colline,  autour  du  couvent  de  Jonas  qui  aurait  dtd  fondd  au  IVe  siecle  (4). 

Quel  fut  le  fondateur  de  ce  couvent?  I/histoire  n’a  pas  gardd  son 
nom.  Mgr  Coupperie,  Deldgud  Apostolique  qui  s'intdressa  a  ces  choses, 
le  nomme  S.  Aonds  et  le  fait  disciple  de  S.  Antoine  l’dgyptien;  mais  le 
prdlat  non  plus  ne  cite  pas  ses  sources  (5). 


chargde  d’une  inscription  grecque  (au  musde  de  Mossoul)  sont  les  premieres  traces  de 
la  pdriode  hellenistique  de  l’histoire  de  Ninive. 

(1)  Sumer,  X/1954,  p.  290-292,  en  ar.  (avec  trad.  angl.  p.  110-111),  Decouverte 
du  palais ,  fig.  1,  plan  de  la  porte.  Lecture  des  hi<5roglyphes,  meme  numdro,  p.  193-195 
(trad.  ar.  p.  293-294),  et  XI/1955,  p.  111-116  et  129-132;  trad.  ar.  p.  149-153. 

(2)  Iraq  Directory ,  1936. 

(3)  Tradition  de  Mossoul,  recueillie  par  le  Dr  Daoud  T§alabi. 

(4)  Cette  date  n’est  basde  sur  aucun  texte,  mais  seulement  sur  la  tradition; 
cp.  Mgr  S.  Sayegh,  Hist,  de  Mossoul ,  1 1 1/1956,  p.  88-93. 

(5)  Annales  de  la  Propagation  de  la  Foi,  III,  p.  126;  IV,  p.  45  (1830).  —  Proba¬ 
blement  le  prelat  fait-il  allusion  au  texte  de  Sozomene  (Hist.  Eccl.,  P.G. ,  t.  67,  col. 
1393),  ou  d’ailleurs  Aones  n’est  pas  le  disciple  d’Antoine,  mais  bien  son  dmule. 


Rech.  23  —  32 


498 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


L'histoire  de  ce  couvent  n’a  pas  ete  ecrite,  et  les  sources  ne  nous 
donnent  que  des  renseignements  trop  fragmentaires  pour  permettre  une 
reconstitution  complete.  De  plus,  le  danger  de  confusion  nous  guette. 
En  plus  du  couvent  de  Jonas  a  Ninive,  il  y  a  un  Dair  Yunis  pres  de  Damas, 
dont  parle,  par  exemple,  Ibn  Fadlallah  al  ‘Omari  dans  ses  Masalek  (1). 
Un  autre  Dair  Yunis  se  trouve  dans  le  sud  de  l’lraq,  pres  d’Anbar.  C’est 
probablement  de  ce  dernier  que  ‘Amr  parle  (2)  quand  il  dit  que  le 
patriarche  Mari  consacra  Ibrahim  ibn  al  ‘Adi,  moine  de  Mar  Yonan, 
eveque  de  Hlra.  En  effet,  le  patriarche  en  question  regna  de  987  a  999, 
a  une  epoque  ou  notre  couvent  n’existait  vraisemblablement  plus. 

Nous  avons  vu  plus  haut  les  grandes  lignes  de  fhistoire  du  siege 
episcopal  de  Ninive  et  enumerd  ses  titulaires  nestoriens.  Le  couvent  de 
Jonas  semble  avoir  dte  le  siege  de  Feveche  de  ce  diocese  (3),  jusqu’a  ce 
que  la  ville  nouvelle  de  l’autre  cote  du  Tigre,  Mossoul,  prenne  le  pas 
sur  fancienne  capitale  assyrienne. 

Au  nom  de  Ninive  reste  attachde  finstitution  des  «Rogations  de 
Ninive»,  creees  par  Sawrlso',  metropolite  du  B.  Garmai,  a  F  occasion 
d’une  epidemie  de  peste,  vers  le  milieu  du  VIIe  siecle  (4).  L'institution 
d’autres  Rogations,  dites  de  Mar  Zei‘a,  actuellement  abandonnees,  est 
dgalement  en  relation  avec  une  peste,  celle-ci  a  Ninive,  qui  aurait  eu 
lieu  au  temps  du  patriarche  Ezechiel  (567/70-581).  On  aura  remarque 
que  Zei‘a  ne  figure  pas  dans  la  liste  des  eveques  de  Ninive;  celui  qui 
siegeait  a  cette  epoque  etait  probablement  Yazdepnah  (5). 


(1)  P.  346-347. 

(2)  P.  95. 

(3)  Etait-ce  l’^glise  de  la  citadelle  que  «batit»  Mar  Aba  vers  585  ?  Hist, 
of...  Bar  Idta,  II,  I,  p.  261. 

(4)  Cf.  Chr.  de  Seert,  II,  p.  313.  On  fait  la  commemoraison  de  Sawrlso1 2 3 4 5  le  jeudi 
suivant  immediatement  les  Rogations  de  Ninive.  Le  jeune  lui-meme  a  lieu  20  jours 
avant  le  Careme,  du  lundi  au  mercredi  (note  3  de  Mgr  A.  Scher,  ibid.).  Sur  Sawrlso4 
cf.  L.C.,  n°  93;  Un  nuovo  testo ,  p.  30;  etc. 

(5)  Cf.  ‘Amr,  p.  43  et  Mari,  notice  d’Ez^chiel.  —  Le  «Hudra»  chaldeen  semble 
£tre  d’accord  avec  ‘Amr  en  pla$ant  les  premieres  Rogations  au  temps  des  Perses.  Cf. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


499 


Alors  que  Ninive  nestorienne  eut  un  dveque  a  partir  de  554  (Ahu- 
demmeh),  Ninive  jacobite  clependait  de  Garmai  de  Mar  Matta  depuis 
544.  Ce  n’est  probablement  que  lorsque  son  action  «orthodoxe»  se  fit 
sentir  jusqu'a  Ninive  que  les  Nestoriens  y  ddciderent  la  formation  d’un 
evechd.  A  Ninive  comme  ailleurs,  les  monophysites  se  renforcerent,  au 
ddbut  du  YIIe  siecle,  par  la  crdation  d'une  dcole.  Celle-ci  atteignit  son 
apogde,  et  eut  jusqu'a  318  dleves,  au  temps  du  maitre  l’Anba  Daoud  ibn 
Paulos,  de  la  famille  du  maitre  (Rabban)  Sabroi,  vers  le  milieu  du 
IXe  siecle  (1). 

Mais  revenons  au  couvent  nestorien  que  Ton  trouve,  a  la  fin  du 
VIIe  siecle,  meld  a  des  dvdnements  importants. 

Hnanlso c  le  Boiteux 

Le  patriarche  Hnanlso4  Ier,  dit  PAncien,  ou  le  Boiteux,  est  une  des 
figures  les  plus  pathetiques  de  fhistoire  de  TEglise  Syrienne  Orientale. 
Son  regne,  qui  couvre  les  dernieres  anndes  du  VI Ie  siecle,  fut  un  des  plus 
agites  de  tous  les  patriarcats,  et  Dieu  sait  pourtant  qu’il  y  en  eut  de 
dramatiques. 

Tout  alia  bien,  apparemment,  jusqu’au  jour  ou  ‘Abd  ill  Malik  ibn 
Marwan,  le  calife  omeyyade  (685-705)  vint  dans  la  terre  de  Senaar,  ou 
le  patriarche  vint  le  saluer.  Une  rdponse  hardie  du  fougueux  catholicos 
le  fait  condamner  a  avoir  la  langue  coupde.  Puis,  sa  peine  ayant  dtd 
commuee,  il  lui  est  cependant  interdit  de  paraitre  devant  le  calife. 

Un  intrigant,  Jean  de  Dasen,  dveque  de  Nisibe,  aussi  nommd  Jean 
le  ldpreux,  en  profite  pour  se  pousser  aux  honneurs,  se  fait  donner  le 


A.  Scher,  cit.  n.  2;  r£f.  a  Breviarium  Chaldalcum ,  pars  I,  p.  161,  6d.  Bedjan,  qui  a  sup- 
prim£  le  nom  de  SawrIso‘  qui  existe  dans  les  manuscrits.  —  Sur  les  Ba‘uta,  voir  aussi: 

B. H.,  II,  col.  97;  B.O. ,  II,  p.  304-305,  426-427;  III,  I,  p.  435.  Cit£  dans  Syn.  Or p. 
370,  n.  2;  Mgr  Coupperie,  Atumles,  cit.  1830,  p.  41;  VVigram,  The  Assyrian  Church , 
p.  213;  et  surtout  deux  articles,  Pun  du  Machriq  (IX,  p.  171)  par  Mgr  Giianima  et  le 
P.  Louis  Cheikho,  et  l’autre  du  JVagm  (1/1929,  p.  77  et  125)  par  le  chor^veque  Yusif 
Kado:  cp.  J.  Mateos,  Lelya  Sapra,  p.  6,  147-149,  486. 

(1)  Mgr  Barsaume,  Apergu ,  p.  205-206;  Lu'lu\  p.  405-410. 


500 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


diplome  de  patriarche  et  fait  jeter  en  prison  le  pauvre  Hnanisoc.  Relache 
apres  quelques  jours,  le  patriarche  dechu  est  envoye  en  relegation  a  un 
couvent  de  la  montagne,  sous  la  garde  de  deux  moines  du  parti  de  l’in- 
trus.  Sur  la  route,  ces  cnergumenes  precipitent  leur  captif  du  haut  des 
rochers  dans  une  caverne,  et  l’y  laissent  pour  mort.  Des  bergers  le  recueil- 
lent  et  le  soignent  (1),  mais  une  de  ses  jambes,  ou  peut-etre  les  deux, 
£tait  cassde.  Entre-temps,  Jean  le  lepreux  vint  a  mourir  et  Hnanlso1 2 3 4 5  put 
reprendre  son  poste.  II  mourut  au  couvent  de  Jonas  sept  ans  apres  son 
exil,  c’est-a-dire  en  701,  et  y  fut  enterre  (2).  On  verra  plus  tard  quelles 
consolations  posthumes  devait  recevoir  son  pauvre  corps. 

Hnanlso4  mort  et  enterrd,  Ninive  et  son  couvent  continuent  leur 
vie,  tantot  calme,  tantot  troublee.  En  750,  au  pied  du  mont,  se  livre  la 
grande  bataille  qui  transfere  le  califat  des  Omeyyades  aux  Abbassides, 
et  les  nouveaux  maitres  apprdcient  comme  les  anciens  les  charmes  du 
«vin  chr£tien».  Mar  Yonan  est  desormais  fameux,  avec  tant  d’autres 
couvents;  le  chant  des  moines  y  alterne  avec  les  strophes  bachiques 
d’Abi  Sas  (3),  et  les  simandres  servent  a  tour  de  role  a  appeler  a  la 
priere  et  a  rythmer  les  plaisirs  des  puissants  musulmans. 

Quelle  vie  religieuse  pouvait  subsister  dans  les  couvents,  surtout 
ceux  si  pres  des  villes,  dans  de  telles  conditions?  Toujours  est-il  que  les 
moines  continuent  a  peupler  Mar  Yonan;  le  patriarche  Timothde 
(j*  823)  en  attend  des  messagers  (4)  et  le  tribut  (5);  et  le  patriarche 

(1)  II  aurait  dit  aux  bergers  qui  le  retrouverent:  «Je  suis  Hnanlso4  le  catholicos, 
que  l’envie  a  jete  dans  cette  fosse  pour  y  perir»  ( Vie  de  R.  T.  Busnaya ,  p.  230).  La  mon¬ 
tagne  ou  se  passa  1’incident  est  le  Samagan  de  Yaqut  (III,  p.  390),  pres  du  Tabaristan, 
en  persan  Bamian.  Samargan  d’apres  Mari,  p.  56. 

(2)  Elie  de  Nisibe,  Opus.  Chronol. ,  CSCO ,  63*,  p.  31;  B.H.,  II,  col.  135;  B.O. , 
II,  p.  42,  421,  424;  III,  I,  p.  154;  Bk.  I,  p.  civ;  Chabot,  Lit.  Syr .,  p.  103. 

(3)  Resume  de  Sachau,  Excursus  sur  le  n°  20 ,  p.  36;  ed.  ‘Awwad,  p.  116-117. 
Ge  poete  vivait  vers  838  {ibid.,  p.  116,  n.  1). 

(4)  Lettre  XVIII  a  Serge,  trad.  Braun,  CSCO,  p.  84,  1.  27. 

(5)  Lettre  VIII  a  Serge,  id.,  p.  58,  1.  33.  —  La  titulature  de  cette  lettre  «A 
Serge  metropolite  d’Elam»  ne  semble  pas  s’accorder  avec  une  partie  du  contenu.  La 
lettre  se  compose  de  deux  parties:  la  premiere  est  speculative  et  intemporelle;  elle  peut 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


501 


Serge  (860-872)  renouvelle  la  construction  de  son  temple,  apres  la  mort 
de  Mutawakkil  (1). 

Mais  d£ja  la  colline  sacrde  avait  de  nouveaux  hotes,  des  ascetes 
musulmans  dont  nous  entendons  parler  pour  la  premiere  fois  a  F  occasion 
de  la  mort  de  Tun  d’entre  eux  en  799  (2).  Les  ascetes  et  la  saintetd  du 
lieu  attirerent  les  visiteurs,  et  les  visiteurs  demanderent  une  construction. 
Ce  fut  le  calife  abbasside  al  Mu‘tadid  billah  (892-901)  qui  la  batit.  En 
face  d’elle  se  trouvait,  dit  son  contemporain  al  Ya‘qubi,  le  masgad  de 
la  penitence,  ou  viennent  les  pelerins  pour  la  priere...  a  la  veille  des 
vendredis»  (3). 

Cependant  le  couvent  existe  toujours  puisque,  en  932,  le  Hamdanide 
al  Hussain  ibn  ‘Abdallah  rdgnant  sur  Mossoul,  les  juifs  introduisirent 
fun  des  leurs  dans  lYglise,  qu  il  souilla.  La  nouvelle  en  parvint  a  Ibn 
Hamdan  qui  rassembla  les  Juifs  de  Mossoul  et  leur  fit  payer  une  lourde 


avoir  et6  adressee  a  Serge  aussi  bien  pendant  sa  premiere  periode,  pendant  qu’il  6tait 
docteur  au  Couvent  Sup^rieur  de  Mossoul  (appele  des  deux  noms,  de  son  fondateur: 
Mar  Gabriel,  et  de  Mar  Abraham  bar  Dasandad,  qui  avait  6t£  auparavant,  a  l’ecole 
de  Sos,  le  professeur  de  Timoth^e  et  de  Serge).  Cette  partie  de  la  lettre  peut  aussi 
avoir  £t£  adressee  a  Serge  pendant  sa  seconde  periode,  quand  Timoth^e  l’avait  cr££ 
m^tropolite  d’Elam.  Mais  la  seconde  partie  (trad.  p.  58,  a  partir  de  1.  9)  n’a  de  sens 
que  si  Serge  est  encore  a  Mossoul.  Timoth^e  lui  recommande  de  prendre  soin  de 
lYcole  et  le  charge  d’un  certain  nombre  de  missions  qui  ne  peuvent  se  comprendre 
que  dans  cette  conjoncture  (par  exemple  quand  il  parle  du  metropolite,  probablement 
Nestorus  d’Erbil)  ou  quand  il  mentionne  des  noms  qui  se  trouvent  tous  dans  le  nord  de 
l’lraq:  le  B.  Bgas,  le  «couvent  de  Notre  Pere  Abraham»,  c.-a-d.  le  Couvent  Sup^rieur 
de  Mossoul,  le  couvent  de  Mar  Yonan  dont  nous  parlons  ici,  et  m£me  le  couvent  de 
QT,  en  qui  Ton  peut  voir  le  couvent  de  B.  Qaita  sur  la  riviere  de  Dehok.  Le  probleme 
soulev^  ici  depasse  le  present  travail,  car  si  un  titre  de  lettre  est  douteux,  c’est  toute 
la  titulature  et  done  tout  le  classement  des  lettres  de  Timoth^e  qui  est  remis  en  ques¬ 
tion.  La  seconde  partie  de  la  lettre  pourrait  etre  dat£e  si  Ton  savait  en  octobre  de 
quelle  ann£e  quel  calife  a  donn6  4000  zuz<§  a  Timoth6e  avant  de  descendre  a  Basrah. 
On  connait  la  descente  de  Harun  ar  Rasid  a  Basrah,  en  route  pour  le  ‘omra,  en  795 
(Tabari,  Annales ,  III,  p.  638)  mais  n’y  eut-il  pas  d’autres  califes  qui  sont  all£s  a  Basrah 
pendant  que  Serge  etait  docteur  a  Mossoul,  e’est-a-dire  entre  780  et  794/5? 

(1)  ‘Amr,  p.  73. 

(2)  Cf.  Hist,  de  Mossoul ,  inddit,  d’ABu  ZakarIa  al  Azdi,  cit£  par  Sumer ,  1954. 
Cet  article  (p.  11-17)  a  6t£  public  apres  les  miens,  que  l’auteur  ignorait  d’ailleurs. 

(3)  Kitdb  al  Buldan,  vers  890,  cit6  par  A.  as  Sufi. 


502 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


amende  (1).  C’est  la  derniere  fois  que  nous  entendons  parler  du  cou- 
vent.  Quand  sera-t-il  absorbe  par  les  batiments  de  la  mosquee?  Proba- 
blement  en  ce  dixieme  siecle;  mais  on  ne  peut  dire  exactement  a  quelle 
date  les  ossements  de  Hnanlso1 2 3 4 5 6  commencerent  a  reposer  en  terre 
musulmane. 

Le  couvent  de  Mar  Yonan  a  vdcu.  Avant  de  lui  dire  adieu,  remar- 
quons  cependant  que,  si  les  voyageurs  parlent  de  ce  qu’ils  verront  desor- 
mais,  c’est-a-dire  une  mosquee,  les  auteurs  arabes  de  recueils  geogra- 
phiques  ou  d’anthologies  de  poetes  continueront  a  parler  du  couvent,  en 
copiant  simplement  leurs  devanciers  sans  se  demander  si  le  couvent 
existe  toujours,  ou  en  gardant  son  nom  comme  rubrique  des  poemes  qui 

y 

y  ont  ete  composes.  G’est  ainsi  que  le  Sabusti,  ecrivant  en  Egypte  vers 
Pan  1000  son  Livre  des  Convents ,  parle  encore  de  Dair  Yunis  ibn  Matta, 
qu’il  n’a  probablement  jamais  vu  (2). 

Yaqut,  au  mot  Dair  Tunis  (3),  reproduit  sans  les  critiquer  cer¬ 
tains  renseignements  qui  ressemblent  fort  a  ceux  du  Sabusti,  alors  qu’au 
mot  Ninive  (4)  il  se  contente  de  dire:  «C’est  le  village  de  Jonas,  fils 
de  Matta,  a  Mossoul»,  sans  plus  parler  du  couvent.  De  meme  Safi  ad 
Din  (mort  en  1338),  auteur  des  Marasid  (5),  ne  garde  plus  que  le  nom 
de  Dair  Yunis,  sans  autre  indication. 

Un  mas  gad 

Puis  on  continue  a  parler  du  masgad.  Mas‘udi,  dans  Les  Prairies 
d' Or  (6)  dit:  «De  nos  jours,  fan  332  (943  de  notre  ere)...  hors  de  la 


(1)  Sabusti ,  ed.  ‘Awwad,  p.  116. 

(2)  II  le  localise  d’ailleurs  au-dessus  de  la  source  de  Jonas  (?)  et  a  deux  para- 
sanges  de  Mossoul  (?).  Cf.  ad  Diyarat ,  p.  115,  et  Researches,  p.  84-85.  On  verra  ailleurs 
le  meme  Sabusti  localiser  entre  Mossoul  et  Balad  le  couvent  des  bousiers,  qui  est  en 
r^alite  a  Test  de  Mossoul. 

(3)  Mid  gam,  IV,  p.  185. 

(4)  T.  VIII,  p.  368. 

(5)  Ed.  Juynboll,  Leyden  1852,  t.  I,  p.  443. 

(6)  Texte  et  trad.  fr.  de  Barbier  de  Maynard,  Paris,  Impr.  Nat.,  1877, 
t.  II,  p.  92. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


503 


ville,  se  dresse  une  eminence  sur  laquelle  se  trouve  un  oratoire...  qui  est 
le  rendez-vous  d'un  grand  nombre  de  dEvots  et  de  fideles.»  Cette  Emi¬ 
nence  est-elle  le  petit  Tell  Tawba  (1),  au-dessous  du  grand  tell,  la  oil 
est  actuellement  le  boulevard  dEbouchant  sur  la  route  d’Erbil?  II  ne 
semble  pas  que  nos  auteurs  aient  gardE  la  rigueur  des  termes,  et  on  ne 
peut  savoir  si  le  premier  Masgad  at  tawba  a  d’abord  EtE  sur  la  petite 
colline  disparue  avant  de  prendre  la  place  du  couvent  sur  la  grande,  ou 
sal  a  EtE,  des  le  dEbut,  a  cotE  du  couvent,  sur  le  grand  tell. 

D’apres  Maqdassi  (2),  ce  serait  Naser  ad  Dawla  qui,  en  985,  au- 
rait  construit  cet  oratoire.  Mais  on  sait  qu’en  arabe  on  parle  souvent  de 
«construire»  quand  il  ne  s’agit  que  de  «restaurer»,  et  la  pEriode  de  cent 
ans  environ  qui  nous  sEpare  des  constructions  du  Mu‘tadid  (qui  serait 
bien  le  batisseur  du  masgad  ?)  justifie  une  restauration.  Le  Maqdassi 
mentionne  Egalement  autour  du  masgad  des  maisons  pour  les  pelerins. 
Ces  maisons  seraient  a  attribuer  a  Gamila,  fille  de  Naser  ad  Dawla,  si 
nous  en  croyons  Ahsan  at  taqdslm.  Remarquons  aussi  que,  des  ce  moment, 
alors  qu'il  n’est  pas  encore  question  du  tombeau  de  Jonas,  mais  seule- 
ment  de  «la  mosquEe  de  la  pEnitence»,  «on  prEtend  que  sept  visites  faites 
les  veilles  des  vendredis  a  ce  masgad  valent  un  pelerinage  a  la  Mecque». 
De  nos  jours  encore,  le  jeudi  est  jour  d’affluence  a  NabI  Yunis. 

D’oii  vient  1'intEret  portE  par  Gamlla,  fille  de  Naser  ad  Dawla,  a 
la  colline  de  la  pEnitence?  On  sait  que  la  fin  du  Hamdanide  fut  tragi  - 
que  (3).  Naser  s’Etant  brouillE  avec  son  fils  Abu  Taglib,  fut  emprisonnE 
par  celui-ci  et  mourut  dans  les  fers  deux  ans  plus  tard.  Son  corps  fut 
transportE  a  Mossoul.  Un  passage  de  Bar  Hebraeus  (4)  prEcise:  «Son 
corps  fut  apportE  a  la  colline  de  la  pEnitence,  qui  est  en  face  de 


(1)  On  possede  maintenant  sur  le  Tell  at  Tawba  la  notice  de  Researches ,  p.  66, 
ou  Ton  retrouvera  de  nombreuses  references. 

(2)  Ahsan  at  taqasim  fi  ma'rifat  at  aqdllrn,  B.G.A. ,  Leyden  1877,  t.  Ill,  p.  139. 

(3)  Huart,  Hist,  des  Arabes ,  t.  I,  p.  328. 

(4)  Chronography ,  t.  I,  p.  172;  Mgr  S.  Sayegh,  Hist,  de  Mossoul ,  t.  I,  p.  115. 


504 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Mossoul,  et  enterre  la,  et  tous  ses  enfants  marcherent  pieds-nus  de- 
vant  sa  biere.»  Ceci  se  passait  en  968  (1). 

Puis  les  voyageurs  se  succedent  qui  visitent  NabI  Yunis;  tous  par- 
lent  du  masgad  sans  rien  dire  du  couvent,  qui  a  done  probablement 
disparu,  sans  mentionner  non  plus  le  tombeau  de  Jonas,  qui  n’a  pas 
encore  apparu.  En  1184,  Ibn  Gubair  (2)  signale  la  meme  grande  cons¬ 
truction  dont  parlait  le  Maqdassi,  oil  Ton  penetre  par  une  seule  porte: 
«Au  milieu,  il  y  a  une  maison  sur  laquelle  est  tendu  un  rideau  et  dont 
la  porte  est  toute  incrustee  de  pierreries.  C’est  l’endroit  ou  s’est  arrete 
Jonas.  Quant  au  mihrab  de  cette  maison,  on  dit  que  c’dtait  la  maison  ou 
Jonas  priait.»  On  retrouve  la  meme  description  dans  Ibn  Batuta  (3). 

Mais  entre  ces  deux  voyageurs  arabes  un  missionnaire  dominicain 
etait  aussi  passe  par  la,  vers  1290,  au  temps  du  Khan  Mongol  Argun  (4). 
Son  silence  sur  le  couvent  est  definitif,  puisque,  parlant  de  Ninive,  il  ne 
le  mentionne  pas,  alors  qu’il  mentionne  d’autres  couvents.  Le  ribdt  et 
son  masgad  ne  Font  pas  interesse  puisqu’il  dit  seulement:  «On  me  mon- 
tra  la  colline  sur  laquelle  se  tint  Jonas,  et  la  source  dont  il  buvait  et  qui 
pour  cela  s’appelle  aujourd’hui  «source  de  Jonas».  Quant  a  la  ville 
(Ninive)  elle  est  toute  entiere  en  ruines;  des  restes  de  murailles  et  des 
fortifications  sont  encore  debout.  La  ville  s’est  reconstruite  de  l’autre 
cotd  du  fleuve  et  a  nom  Mossoul. » 

Ainsi  done  nous  pouvons  resumer,  en  combinant  nos  donndes  avec 
celles  de  M.  Sa‘Id  ad  Dewahgi  (5) :  Alors  qu’en  932  on  trouve  la 


(1)  Sur  quelques  personnages  enterr^s  au  cimetiere  de  Tell  at  Tawba,  cf.  Sumer, 
cit.  p.  3,  n.  6.  —  Remarquer  le  parallelisme  entre  le  r£cit  de  B.H.  et  celui  d’lBN  al 

N/' 

AjIr  (cit6  par  M.  A.  as  Sufi)  a  propos  de  l’emir  ‘oqailide  Ibrahim  al  Garrahi. 

(2)  Texte  de  Wright,  r£vis£  par  de  Goeje,  Leyden  1907,  p.  234  s. 

(3)  Cite  par  M.  A.  as  Sufi. 

(4)  P.  Mandonnet,  R.B.,  1893,  p.  44,  182,  584;  U.  Monneret  de  Villard, 
La  vita...  di  fr.  Ricoldo...,  O.C.P.,  X/1944,  p.  250-255,  reprise  presque  textuellement 
dans  II  libro  della  peregrinazione...  di  Fra.  Ricoldo...,  Rome  1948,  p.  68-72. 

(5)  L’erudit  directeur  du  musee  de  Mossoul  a  repris  plusieurs  fois  le  sujet  en 
resume,  par  exemple  dans  son  ed.  de  Muniat  al  Ubada ’  (1955),  App.  11,  p.  220-222. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


505 


derniere  mention  du  couvent,  le  petit  mas  gad  primitif  du  Tell  at  Tawba, 
ou  de  Yunis,  devient  Ribat  et  des  maisons  sont  construites  autour  par 
par  Gamila,  fille  de  Naser  ad  Dawla.  C’est  peut-etre  a  ce  moment-la 
que  les  nouvelles  constructions  englobent  le  couvent.  On  parle  alors  de 
mashad ,  mais  personne  encore  n’a  mentionnd  de  tombeau.  J’avais  un 
peu  dmu  quand  j’avais  lu  dans  Le  Strange  ( The  Lands  of  the  Eastern 
Caliphate)  (1),  qu’Ibn  Hawqal,  qui  visita  Mossoul  en  939,  aurait  parle 
du  «Tell  de  Ninive,  ou  le  prophete  Jonas  dtait  enterr<5.»  J  ai  pu  me  r 
rer  au  texte  arabe  (2),  et  faire  controler  en  son  temps  ma  traduction 
par  le  celebre  P.  Anastase:  Ibn  Hawqal  parle  seulement  du  peuple  de 
Ninive,  «a  qui  Dieu  a  envoye  le  prophete  Jonas». 

Une  Emotion  encore  plus  forte  me  fut  donnee  rdcemment  quand, 
des  la  premiere  notice  du  pr^cieux  repertoire  historico-g^ographique  de 
M.  G.  ‘Awwad  (3)  je  lus  sous  le  titre:  Ibbian:  «Ancien  village  qui  se 
trouvait  dans  le  district  de  Ninive,  pres  de  Nabi  Yunis»,  et  ceci  en  refe¬ 
rence  a  un  texte  de  Yaqut  (4):  «village  pres  du  tombeau  de  Jonas,  fils 
de  Matta;  sur  lui  soit  la  paix!»  II  ne  faut  pas  sYtonner  que  M.  G. 
‘Awwad  ne  trouve  «pas  de  trace»  de  ce  village  aujourd’hui,  car  du  mo¬ 
ment  ou  Yaqut  parle  du  «tombeau»  du  prophete  Jonas,  il  ne  peut  s'agir 
du  lieu  que  nous  connaissons  de  nos  jours  comme  tel  a  Ninive,  car  ce 
tombeau-la  n’avait  pas  encore  6t6  «invent£».  Shi  favait  Yaqut  lui- 
meme  Paurait  certainement  mentionnd  quand  il  a  parld  longuement  de 
Tell  Tawba.  Or,  a  cet  endroit  il  n'est  toujours  question  que  d’un 
mashad  (5).  S’il  y  avait  eu  un  tombeau  de  Jonas  a  Nabi  Yunis,  al  Harawi, 
qui  justement  donne  un  guide  des  lieux  de  pelerinage ,  et  est  a  peu 

et  dans  son  edition  commence  du  Recueil  des  Inscriptions  de  la  ville  de  Mossoul ,  de  Nicolas 
Siouffi  (1956),  p.  161,  n.  1).  —  Dans  ce  dernier  ouvrage,  les  inscriptions  de  la  mosqu^e 
figurent  p.  161-165  et  198-199. 

(1)  Cambridge  Geographical  Series ,  1930,  p.  87. 

(2)  Nouvelle  edition  de  Leyden,  Krammers,  1938,  p.  214. 

(3)  Souvent  cite  dans  Researches ,  in  Sumer,  XVI 1/1961,  p.  44. 

(4)  Mu' gam,  I,  p.  100;  Marasid,  I,  p.  19. 

(5)  Yaqut  est  cit£  par  l’auteur  lui-meme,  p.  66,  s.v.  Tell  Tawba. 


506 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pres  contemporain  de  Yaqut,  en  aurait  certainement  parle.  Tout  ce 
qu’il  a  vu  a  Tell  Tawba  c’est  la  source  de  Jonas  et,  lui  aussi,  un  mashad 
tres  vdnere  (1). 

A1  Harawi  mentionne  deux  lieux  qui  se  disputent  le  tombeau  de 
Jonas:  Halhul,  en  Palestine  (2),  et  an  Nuhai'l,  pres  de  Kufa  en  Iraq  (3). 
Je  n’ai  pas  trouvd  de  traces  de  ce  second  tombeau  dans  Yaqut;  le 
seul  tombeau  de  Jonas  dont  il  parle  est  celui  de  Halhul  (4).  C’est  done 
entre  Jerusalem  et  Hebron  qu’il  faut  chercher  Ibbian,  et  Yaqut  n’a  pas 
parle  d’un  «tombeau»  du  prophete  a  Ninive. 

En  1306  encore,  et  cette  fois  dans  une  source  chretienne,  une  notice 
sur  le  prophete  Jonas  «selon  Tenseignement  des  Docteurs  du  Couvent 
Superieur»  (de  Mossoul)  fait  revenir  Jonas  au  pays  de  Srlda  pour  y 
mourir.  II  y  est  enterre  dans  la  grotte  de  Qenez,  loin  dh\t6r  (5). 

Pour  avoir  la  derniere  limite  avant  la  decouverte  du  tombeau  a 
Tell  Tawba,  on  peut  reculer  jusqu’a  al  Mustawfi,  en  1340.  Dans  le 
Nuzhat  al  Qulub  cet  auteur  ne  parle  toujours  que  du  «temple»  du  pro¬ 
phete  Jonas  (6). 

Ou  Von  retrouve  Hnanisdi 2 3 

En  l’annee  1349  se  produisit  un  evenement  qui  devait  changer  le 
cours  de  l’histoire  de  la  colline  de  la  penitence:  on  retrouva  le  corps  de 
Hnaniso4 5 6 7  le  boiteux. 

‘Amr  raconte  ainsi  cet  evenement  dont  il  fut  le  temoin  oculaire  (7) : 


(1)  Ed.  J.  Sourdel  Thomine,  texte  ar.  p.  70;  trad.  fr.  p.  156  (Damas  1953  et 
1957). 

(2)  Iiarawi ,  fr.  p.  70. 

(3)  Ibid.,  fr.  p.  179  et  n.  6;  ar.  p.  78-79. 

(4)  Mu' gam,  III,  p.  222. 

(5)  Ms.  des  Prophetes  de  1306,  ecrit  par  Abu  Nasr  de  Ba  Busna;  actuellement 
au  Peshitta  Institute  de  Leyden.  Vetus  Testamentum ,  13  (1963)  p.  260-264.  —  «Qainan» 
dans  Book  of  the  Bee,  p.  70-7 1 . 

(6)  Cite  in  Description  of  Persia  and  Mesopotamia  in  1340  A.D.,  par  Le  Strange, 
JRAS,  avril  1902,  p.  266. 

(7)  ‘Amr,  ar.  p.  59. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


507 


«Hnaniso<  demeura  jusqu’a  sa  mort  au  couvent  de  Yonan.  II  y  fut  en- 
terre  et  Ton  mit  son  corps  dans  un  cercueil  de  platane.  650  ans  apres,  on 
ouvrit  le  tombeau  dans  lequel  se  trouvait  le  cercueil,  et  son  corps  apparut 
avec  l’aspect  d’un  homme  endormi.  De  nombreuses  gens  de  Mossoul 
allerent  le  voir,  et  nous  l’avons  vu  de  nos  propres  yeux  avec  l’ensemble 
des  assistants,  et  jusqu’a  maintenant  tous  ceux  qui  veulent  le  voir  et  en 
etre  benis  peuvent  le  faire.  Quant  a  celui  qui  douterait,  qu'il  aille  le  voir 
et  qu’il  croie.» 

Ainsi  done,  l’un  des  compilateurs  du  Livre  de  la  Tour  a  vu  ce  corps 
extraordinairement  conserve.  Oil  et  dans  quelles  circonstances  avait-il 
dte  retrouv^?  Qu’est-il  devenu  dans  la  suite?  Si  le  corps  n'a  pas  dte 
detruit,  ii  y  a  tout  lieu  de  croire  que  sa  preservation  miraculeuse  des 
650  premieres  annees  a  continue  jusqu'a  nos  jours.  Nous  pourrions  done 
contempler  les  traits  du  pauvre  patriarche,  reposant,  comme  endormi, 
dans  son  cercueil  de  platane... 

Maintenant  qu’un  corps  a  ete  trouve,  il  ne  faudra  pas  attendre  long- 
temps  (1)  pour  rencontrer  des  preuves  de  sa  prompte  metamorphose 
en  Jonas  lui-meme,  car  qui  done  pouvait  etre  enterre  la,  sinon  le  pro- 
phete  ? 

Notre  premier  temoin  viendra  d’Europe.  On  sait  que  de  nombreux 
Franciscains  et  Dominicains,  Legats  des  Souverains  Pontifes  aupres  des 
princes  mongols,  passerent  par  Mossoul  a  la  fin  du  XIIIe  siecle  et  au 
cours  du  XI Ve.  Parmi  eux,  le  Frere  Giovanni  de  Marignolli,  Francis  - 
cain  de  Florence,  fit  divers  voyages  en  Orient  entre  1338  et  1353  (2). 
Venant  de  Bagdad  et  se  rendant  a  Alep,  il  passa  par  Mossoul  et  Ninive. 
II  ddcrit  ainsi  ce  qu’il  a  vu:  «Le  troisieme  fleuve  s’appelle  le  Tigre;  il 
longe  l’Assyrie  et  descend  a  cote  de  Ninive  la  ties  grande,  ville  qu’il  faut 

(1)  Il  faudrait  rectifier  en  consequence  la  date  de  Papparition  du  tombeau 
dans  VE.I.,  s.v.  Ninawa. 

(2)  Ses  voyages  ont  ete  publics  par  le  P.  Gobulovitch,  o.f.m.,  dans  sa  Biblioteca 
Bio-Bibliografica  della  Terra  Santa.  Les  textes  qui  nous  interessent  sont  dans  les  t.  II 
(1913),  p.  473  s.,  et  IV  (1923),  p.  267-276.  La  chronologie  et  son  itineraire,  t.  IV, 
p.  271-296,  299  s.  Le  passage  ici  cite:  p.  276. 


508 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


trois  jours  pour  traverser.  Jonas  lui  fut  envoys  pour  y  precher,  et  son 
sepulcre  est  la-bas.  J’y  suis  alle,  et  je  suis  reste  quatorze  jours  dans  les 
villes  environnantes,  faites  de  la  cite  detruite.  On  y  trouve  les  fruits  les 
meilleurs,  surtout  des  grenades  d’une  taille  et  d’une  douceur  admirable, 
et  tous  les  fruits  de  fltalie.  En  face  de  Ninive  se  trouve  une  cite  batie 
de  ses  mines  et  qui  a  nom  Monsol. » 

Jean  de  Marignolli  est  formel:  le  tombeau  de  «Jonas»  se  trouve  a 
Ninive.  Restait  a  verifier  la  date  exacte  de  son  passage  a  Mossoul.  Ses 
voyages  durerent,  on  fa  vu,  de  1338  a  1353.  S’il  etait  passd  a  Mossoul 
avant  1349,  toute  ma  these  Gait  ruinee.  Or,  mille  fois  grace  a  Dieu,  le 
P.  Gobulovitch,  dans  sa  chronologie  de  Marignolli,  situe  son  passage  a 
Mossoul  en  1351-52,  soit  deux  ou  trois  ans  apres  la  decouverte  du  corps 
de  Hnanlsoh 

Apres  ce  premier  t^moignage  de  la  metamorphose  de  HnanIsoc  en 
NabI  Yunis  les  sources  et  les  auteurs  continuent  a  parler  du  «tombeau» 
du  prophete.  On  la  retrouve  treize  ans  plus  tard  dans  le  texte  de  dona¬ 
tion  du  batisseur  de  la  mosquee,  Galal  ad  Din  Ibrahim  al  Hatani  (1), 
en  1365.  Desormais  aussi  le  mashad  s’est  mue  en  mosquee  cathedrale. 

Mais  la  consecration  officielle  la  plus  haute  de  la  saintete  de  la 
mosquee,  grace  au  tombeau  recemment  decouvert,  lui  est  conferee  par 
les  largesses  inattendues  de  fun  des  tyrans  les  plus  sanguinaires  de 
hhistoire. 

Timour ,  V autre  boiteux 

Cinquante  ans  a  peine  apres  que  Hnaniso‘  eut  ete  trouble  dans  son 
sommeil,  la  guerre  est  a  nouveau  aux  portes  de  Ninive.  En  1393,  Taimur 
Leng,  notre  Tamerlan,  precede  par  la  terreur  qu’inspire  sa  ferocity, 


(1)  Le  texte  original  se  trouve  a  Stamboul,  une  copie  existe  a  Mossoul,  chez 
Tadministrateur  des  Awqaf  de  la  mosquee.  Cf.  Sumer ,  cit.  p.  7  et  n.  34.  Une  bonne 
reproduction  de  la  pierre  commemorative  de  cette  construction,  pierre  qui  sert  actuel- 
lement  de  Mihrab  principal,  est  donnee  par  le  meme  auteur  dans  la  revue  Ahl  an  naft , 
juillet  1956,  p.  46. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


509 


s’avance  contre  Mossoul.  II  nous  faut  ici  dcouter  les  deux  historiens  con- 
temporains  de  Timour,  son  ddtracteur,  Ahmad  ibn  ‘Arab  Sah,  de  Damas 
(1388-1450)  et  son  apologiste  persan  Mawlana  Saraf  ad  Din,  de  Yezd. 
‘Arab  Sah  merite  bien  la  critique  severe  qu'en  fait  von  Hammer  (1) 
qui  l’appelle  «le  prdtentieux  syrien  qui  commence  chaque  chapitre  par 
une  injure  a  Timour,  qui  n’a  de  but  que  le  mensonge,  et  qui  choisit  et 
place  ses  mots  suivant  les  exigences  de  fharmonie  de  sa  prose  artistement 
travaillee».  Dans  son  livre  ‘ Agaib  al  maqdur  fi  ahbar  Taimilr  (2),  le  Da- 
masquin  dit  seulement:  «Alors  Mossoul  attira  sa  cupiditd.  II  la  ruina  au 
moyen  des  escadrons  noirs,  puis,  apres  favoir  pillde,  il  la  donna  a  Hussain 
Bek,  fils  de  Hussain. »  II  n’est  pas  question  de  NabI  Yunis. 

‘Ali  de  Yezd,  au  contraire,  ne  parle  pas  des  atrocitds  commises  a 
Mossoul,  mais  seulement  des  largesses  de  son  hdros  (3).  Timour  visita 
«les  prophetes  Corgis  et  Yunis»  et  donna  a  chacun  de  leurs  sanctuaires 
10.000  «dinar  kapeki».  Une  traduction  frangaise  de  ce  meme  Zafar 
Nameh ,  traduction  due  a  Petit  de  la  Croix  et  citde  par  von  Hammer  (4) 
fournit  un  texte  different:  «Alors  Timour  donna  20.000  kopecks  pour 
dlever  deux  domes  au-dessus  des  tombeaux  du  prophete  Jonas  et  de  S. 
Sergius,  qu’il  visita  en  pelerin,  distribuant  de  riches  aumones  aux 
pauvres.» 

M.  le  Dr  Mustapha  Guvvad  a  bien  voulu  me  communiquer  deux 
autres  textes  d’auteurs  arabes  postdrieurs,  textes  qu’il  avait  copids  sur 
des  manuscrits  de  la  Bibliotheque  Nationale  de  Paris.  Les  deux  textes 


(1)  Histoire  de  l' Empire  Ottoman ,  trad.  fr.  dc  Dochez,  1844,  t.  I,  p.  140. 

(2)  Edition  arabe  et  traduction  latine  avec  notes,  sous  le  titre  de  Ahmedis  Arab- 
siadae  vitae  et  rerum  gestarum  Timuri ,  par  Samuel  Henricus  Manger.  Franequerraej 
Guillelmus  Coulon,  1772,  ici  t.  II,  p.  169;  une  traduction  anglaise  abrdgde  a  £te  publi6e 
en  1936  par  J.  H.  Sanders  (London,  Luzac)  sous  le  titre  de  Tamerlane.  Elle  n’apporte 
rien  de  nouveau  pour  le  point  qui  nous  int^resse. 

(3)  Zafar  Ndmah,  £d.  persane  publiee  a  Calcutta,  1887,  Bibliotheca  Indica ,  t.  I, 

p.  661. 

(4)  Op.  cit.,  t.  I,  p.  122;  Touvrage  mentionn6  aurait  pour  titre  Histoire  de  Timour 
Bek ,  et  le  passage  cite  s’y  trouve  liv.  3,  cb.  35,  p.  262. 


510 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


mentionnent  seulement  la  ruse  et  la  cruaute  cle  Timour,  et  sa  politique 
vis-a-vis  de  Mossoul,  sans  parler  de  ses  largesses  aux  sanctuaires  des 
prophetes;  ce  sont  le  Dur  al  Maknun  de  Yasin  al  ‘Omari,  et  V Inba'  al 
gumr  bi  anba  al  ‘ aim  de  Ibn  Haggar.  Ges  deux  textes  sont  done  dans  la 
descendance  dTbn  ‘Arab  Sail.  D’autres  auteurs  arabes  au  contraire 
suivent  ‘All  de  Yezd;  ainsi  le  Kitdb  al  Intisdr  bil  Awlda  al  ahiar  (1)  dit 
que  «en  790,  lorsque  Timour  vint  a  Mossoul,  il  donna  a  Naser  ad  Din 
‘Ubaidallah  abu  1  Mahmud,  alors  naqib  et  administrateur  de  ladite 
mosqude  (Nabi  Yunis)  10.000  kapka  saruhia  (N.  Siouffi  traduit:  mon- 
naie  d’or  egale  au  toman)  pour  la  restauration  de  cet  immeuble.» 

Si  les  textes  historiques  se  contentent  de  dire  que  Tamerlan  recon- 
nut  par  ses  largesses  la  saintete  du  tombeau  de  Jonas,  les  traditions 
mossouliotes  vont  plus  loin  et  imaginent  le  tete-a-tete  du  despote  et  du 
prophete.  La  version  chretienne  de  cette  tradition  m’a  ete  contde  jadis 
par  feu  Mgr  S.  Katcho:  quand  les  soldats  de  Timour  vinrent  vers  le 
village  de  Nabi  Yunis  pour  s’en  emparer  et  le  mettre  a  feu  et  a  sang, 
selon  leur  habitude,  une  delegation  des  villageois  vint  au-devant  d’eux 
et  leur  dit:  si  vous  n’avez  pas  pitie  de  nous  en  consideration  de  nous- 
memes,  ayez  du  moins  pitie  de  nous  en  consideration  du  saint  qui  pro¬ 
tege  notre  village.  Et  ils  raconterent  merveille  de  fhabitant  miraculeu- 
sement  conserve  d’un  tombeau  plusieurs  fois  centenaire.  Les  hommes  de 
Timour  se  firent  ouvrir  le  tombeau  et,  ayant  constate  de  leurs  yeux  la 
veracite  des  dires  des  gens  de  Nabi  Yunis,  les  laisserent  en  paix  et  se 
joignirent  a  eux  pour  v^nerer  leur  saint. 

Feu  le  Dr  Daoud  al  Tsalabi  me  narra  une  variante  de  la  meme 
histoire:  les  soldats  auraient  repondu  aux  recits  merveilleux:  «Si  c’est 
vraiment  un  saint,  qu’on  ouvre  son  tombeau  et  qu’il  rende  aveugle  le 
premier  qui  le  regardera.»  La  realisation  du  fait  sauva  les  habitants  et 
consacra  le  triomphe  de  leur  prophete. 


(1)  Attribue  a  Yusif  ibn  al  mulla  ‘Abd,  al  GalTli  al  Kurdi,  et  termine  en 
1798.  Cite  par  N.  Siouffi,  Inscr.  de  Mossoul ,  cit.,  copie  photographique  de  Bagdad, 
t.  Ill,  notes,  p.  157. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


511 


Avec  la  clef  du  Livre  de  la  Tour  il  est  facile  de  deviner  quel  dtait  en 
rdalite  le  prophete  merveilleusement  conserve  dont  parlent  les  traditions. 
Cinquante  ans  seulement  sdparent  en  effet  la  ddcouverte  du  corps  de 
Hanls6‘  de  la  venue  de  Timour,  et  la  tradition  chrdtienne  de  Mossoul 
est  unanime  a  ce  sujet:  ce  n’est  pas  Jonas  qui  est  enterrd  sur  la  colline 
de  la  penitence,  c'est  «un  patriarche  nestorien».  Le  P.  Lanza,  au  XVIIIe 
siecle,  avait  ddja  consign^  fidentification  et  citd  le  Livre  de  la  'lour  fl). 
Felix  Jones  la  recueille  a  son  tour  (2),  suivi  de  Badger  (3). 

Que  le  lieu  oil  se  trouve  le  tombeau  de  «Jonas»  soit  bien  le  site  de 
Pancien  couvent,  ne  semble  done  pas  faire  de  difficult^.  Le  texte  arabe 
de  ‘Amr  (4)  est  formel:  le  couvent  etait  situd  «pres  du  mur  occidental 
de  Ninive,  face  aux  portes  orientales  de  Mossoul;  le  Tigre  sdpare  les 
deux  villes.»  Les  auteurs  musulmans  eux-memes,  qui  ne  doutent  pas  que 
le  tombeau  soit  bien  celui  de  Jonas,  sont  d’accord  cependant  que  la 
mosqude  est  batie  sur  l’ancien  couvent.  Ainsi  Yusif  al  Kurdi  s’entend-il 
avec  Muhammad  Amin  al  Hatlb  al  ‘Omari,  auteur  du  Minhal  al  AwlicC 
(f  1788),  pour  dire:  «le  prophete  Jonas  est  enterre  dans  le  village  de 
Ninive,  dans  une  dglise  qui  est  au  centre  de  la  montagne  sur  laquelle 
est  le  village.  Sa  place  etait  connue  avant  PIslam.  On  dit  que  Timour 
batit  une  mosqude  sur  Pdglise.  Dieu  est  plus  savant !»  (5).  De  meme 
Yasln  al  ‘Omari,  dans  Muniat  al  Udaba '  (6). 

Ce  en  quoi  ces  auteurs  peuvent  nous  induire  en  erreur  e'est  quand 
ils  disent  que  la  place  (qui  a  Pair  d'etre  la  place  du  tombeau)  dtait 
connue  avant  PIslam.  C’est  la-dessus  que  M.  Sa‘Id  ad  Ddwahgi,  qui  s’est 
tres  bien  rendu  compte  que  la  ddcouverte  du  tombeau  ne  date  que  du 
VIIIe  siecle  de  Ph^gire,  se  base  pour  soulever  quelques  objections  contre 
Pidentification  du  couvent  et  de  la  mosqude. 

(1)  Trad.  ar.  de  Mgr  Bidawid,  2e  ^d.,  Mossoul  1953,  p.  24  et  25. 

(2)  Topography  of  Nineveh ,  p.  327,  n.  1. 

(3)  The  Nestorians,  p.  407,  n. 

(4)  P.  59. 

(5)  D’abord  cite  par  le  Dr  D.  Tsalabi,  Mss.  de  Afossoul ,  p.  13. 

(6)  Ed.  Sa‘Id  ad  Dewah6I,  p.  92-94. 


512 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


L’auteur  a  exprime  son  opinion  pour  la  premiere  fois  lors  de  la 
parution  de  la  traduction  arabe  des  voyages  de  Tavernier,  par  MM.  G. 
‘Awwad  et  Basir  Francis  (1).  La  revue  ar  Rdbila  (2)  ouvrit  ses  colon- 
nes  a  la  critique  et  a  la  reponse.  Non  convaincu  par  la  discussion, 
M.  Ddwahgi  reprenait  la  meme  position  dans  son  article  de  Sumer  (3). 
L’auteur  admet  que  le  couvent  et  la  mosqude  soient  sur  le  meme 
tell  (4),  mais  sans  se  recouvrir. 

On  peut  cependant  invoquer  pour  l’identification  le  fait  que  la 
mosqude  actuelle  n’est  pas  orientee  vers  la  qibla  normale,  mais  bien  vers 
l’Orient  comme  l’etait  toute  £glise  ancienne;  au  point  que  la  pierre 
d’al  Hatani  qui  sert  de  mihrab  a  du  etre  scellee  de  travers  par  rapport 
au  mur  du  fond  pour  donner  l’orientation  correcte,  et  que  les  files  de 
priants  se  rangent  en  diagonale  par  rapport  au  rectangle  de  la  salle. 
II  semble  bien  que  ce  soient  les  murs  de  l’eglise  qui  aient  servi  de  fon- 
dations  a  la  mosquee. 

Un  coup  d’oeil  au  plan  de  la  mosquee,  dresse  par  M.  Muhammad 
‘All  Mustapha  de  la  direction  gdnerale  des  Antiquites  d’lraq,  en  1954  (5), 
permet  de  distinguer  une  architecture  compliquee,  qui  ddcele  tout 
de  suite  les  reconditionnements  successifs  de  batiments  anciens  et  mal 
adaptes  a  leur  usage  actuel.  La  chambre  du  sarcophage  semble  marquer 
la  place  de  l’ancien  sanctuaire,  a  F  extremity  est.  Elle  est  prolongee  vers 
l’ouest  par  l’ancien  temple  des  fideles,  de  1 1  metres  de  long  sur  6  de 
large,  se  terminant  dans  le  coin  oil  se  trouve  aujourd’hui  le  mihrab. 
Des  piliers  ont  ete  ajoutes  pour  soutenir  la  coupole;  ils  coupent  l’^glise 
en  son  milieu  dans  son  axe  longitudinal. 

La  deuxieme  salle  de  priere,  celle  ou  se  trouve  le  minbar ,  a  pris 
la  place  de  Fancienne  cour  laterale,  qui  se  trouvait  au  sud  de  Feglise. 


(1)  Al  ‘Iraq  fil  qarn  it  tasi‘  i 2 3 4 5asar\  App.  9,  p.  143. 

(2)  Bagdad,  1/1945,  p.  452-454. 

(3)  1954,  p.  9. 

(4)  Mossoul  sous  les  Omeyades,  Sumer ,  1951,  p.  232,  n°  4. 

(5)  Reproduit  en  appendice  de  l’article  de  Sumer  (1954),  apres  p.  17. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


513 


Les  trois  voutes  qui  s’alignent  contre  le  mur  est,  dans  le  prolongement 
du  «sanctuaire»,  semblent  avoir  etd  substitutes  au  B.  Slota. 

Evidemment  fargument  definitif,  qui  dluciderait  le  probleme,  serait 
de  trouver  un  acces  au  tombeau  lui-meme.  J’ai  plusieurs  fois  explort 
les  caves  et  les  alentours  de  la  mosqute;  de  tous  cotds  d'tnormes  murs 
barrent  la  route  vers  le  caveau,  qui  est  d’ailleurs  assez  profond  par  rap¬ 
port  au  niveau  du  sol  actuel.  II  faudra  attendre  une  restauration  com¬ 
plete  de  la  mosqute  pour  avoir  une  chance  de  rtgler  la  question. 

Jones  I’esptrait  dtja  en  1852.  Rassam  avait  achetd  le  plus  de  mai- 
sons  possible  autour  de  la  mosqute  afin  de  s’en  servir  comme  base  de 
ses  fouilles.  Le  premier  a  dte  dt^u  dans  son  espoir,  le  second  a  vu  son 
projet  dvente  et  a  du  battre  en  retraite.  N’dtait  peut-etre  pas  beaucoup 
plus  utopiste  ce  «savant»  de  Louvain  qui,  apres  la  Grande  Guerre, 
suggdrait  de  creuser,  en  partant  de  Mossoul,  un  tunnel  qui  irait  jusque 
sous  la  mosquee,  et  offrait  meme  100  francs  pour  couvrir  les  premiers 
frais. 

Pourra-t-on  jamais,  comme  l'esperait  encore  Jones,  prouver  au 
petit  peuple  que  le  prophete  Jonas  n’est  pas  et  ne  peut  pas  etre  enterre 
la?  Je  crois,  comme je  fai  dit  en  commengant,  que  la  plupart  des  savants 
musulmans  de  Mossoul  sont  eux-memes  persuades  de  ce  fait;  mais  qui 
entreprendra  de  detruire  la  croyance  des  petites  gens  du  tell?  Evidem¬ 
ment  la  science  y  gagnerait,  mais  la  legende  y  perdrait.  Un  mystere  de 
plus  aurait  disparu  de  la  face  de  ce  monde,  et  ce  serait  peut-etre 
dommage. 

Avant  de  voir  d’autres  identifications  propostes,  soulignons  que, 
apres  le  XIVe  siecle,  tous  les  voyageurs  parleront  du  tombeau  du  pro¬ 
phete  Jonas.  En  1553  famiral  turc  Sidi  ar  Rais  le  visita  (1).  Tavernier 
aussi,  au  dtbut  du  XVIIIe  siecle,  signale  «la  mosqute  ou  est  le  sdpulcre 
de  Jonas,  selon  la  tradition  des  Turcs»  (2).  Et  nous  rejoignons  ainsi 


(1)  Travels  and  Adventures  of  the  Turkish  Admiral  Sidi  al  Reis ,  London,  Luzac, 
1899,  p.  6. 

(2)  Voyages  de  Tavernier ,  ed.  de  1712,  Ribou,  Paris,  t.  I,  p.  242. 


Rech.  23  —  33 


514 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


les  nombreux  voyageurs  des  siecles  posterieurs,  dont  le  temoignage  est 
unanime.  Des  lors,  1’authenticite  du  tombeau  est  entree  dans  la  croyance 
populaire. 

Ceci  d’ailleurs  n’arretera  pas  les  pillards.  Quand  Nadir  Sah  viendra 
assieger  Mossoul  en  1743,  il  plantera  ses  bannieres  sur  le  tell  et  y  aura 
meme,  d’apres  certains  auteurs  (1),  son  quartier  general.  (D’autres 
auteurs  placent  ce  Q.G.  a  Yaramga.)  En  tout  cas:  «les  soldats  de  Nadir 
Sah  entrerent  dans  le  temple  de  Nabi  Yunis.  Ils  s’emparerent  des  tapis 
et  meme  des  nattes,  et  de  tout  ce  qu’il  y  avait  sur  le  catafalque  et  sur  le 
tombeau  venerable»  (2).  «Apres  le  depart  des  Persans,  le  Hag  Hussain 
Pacha  al  Galili  envoya  a  la  mosquee  du  prophete  des  tapis  ordinaires 
et  des  tapis  precieux,  et  meme  des  nattes.  II  fit  pour  les  quatre  coins  du 
catafalque  et  du  tombeau  des  grenades  d’argent  et  un  rideau,  et  il  le 
decora  de  tapis,  mieux  qu’il  n’etait  auparavant.» 

Selon  une  legende  recueillie  par  Rich  (3),  Jonas  s’etait  revele  pro- 
tecteur  de  la  cite  en  apparaissant  aux  cotes  de  Nabi  Gorgis  pour  disperser 
les  hordes  d’envahisseurs.  D’autres  traditions  rapportent  d’autres  appa¬ 
ritions;  j’en  ai  traits  a  propos  de  l’eglise  de  Tahra  des  Chaldeens  a 
Mossoul. 

Identifications  fantaisistes 

Wigram  (4)  entend  vraisemblablement  parler  de  Hnanis6c,  bien 
qu’il  parle  de  «Jean  le  boiteux,  un  patriarche  du  XIIIe  siecle»,  et  il  ne 
peut  s’empecher  d’exercer  sa  verve  sur  ce  pauvre  homme  qui  «regoit 


(1)  Von  Hammer,  III,  p.  503. 

(2)  Ad  Dur  al  Maknun,  cit.  Gracieusement  communique  par  M.  le  Dr  Mus- 
TAPHA  GuWAD. 

(3)  Residence,  t.  II,  p.  46.  Le  texte  parle  de  l’apparition  de  Jonas,  de  Matti, 
et  de  S.  Georges.  Je  crois  plutot  que  Ton  a  du  parler  a  Rich  de  Jonas  fils  de  Matti, 
parce  qu’aucune  tradition  de  l'apparition  de  Mar  Matta  ne  subsiste,  meme  chez  les 
Jacobites. 

(4)  Cradle ,  cit.  p.  85. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


515 


maintenant  une  petite  compensation  pour  une  vie  dure,  dans  les  hon- 
neurs  posthumes  d’un  prophete  hdbreu  et  d’un  saint  musulman». 

Mgr  Coupperie  (1)  croit  plutot  que  e’est  le  prdsumd  fondateur  du 
couvent,  S.  Aones,  qui  serait  enterrd  la-bas.  Felix  Jones  (2)  pense  que 
NabI  Yunis  recouvre  peut-etre  quelque  chose  de  plus  respectable  qu’une 
tombe  de  Jonas  (!).  II  est  pret  a  y  voir  le  tombeau  de  Ninus.  Ce  serait 
alors  le  mausolde  lionord  sous  le  titre  de  «Busta  Nini»  dans  Ovide  et 
d’autres  auteurs.  Enfin,  supreme  fantaisie,  un  jeune  ingdnieur  musulman 
qui  accompagnait  Mehemet  Pacha  lors  de  sa  campagne  de  1834  (3), 
dit  ce  qui  suit  dans  son  journal:  «On  dit  que  le  prophete  Jonas  y  est 
entenfe.  Peut-etre  cette  tradition  s’applique-t-elle  seulement  au  supd- 
rieur,  nommd  Jonas,  d’un  couvent  armenien  qui  a  6t6  fondd  dans  cet 
endroit.»  On  voit  comment  la  plupart  des  identifications  se  rattachent 
de  plus  ou  moins  pres  a  la  tradition  dominante,  en  faveur  de  Hnanisoh 

Mais  n’avons-nous  pas  oublid  de  parler  du  couvent  et  de  sa  vie 
religieuse  et  intellectuelle?  En  rdalite  on  n’en  sait  a  peu  pres  rien.  Quand 
un  auteur  moderne  (4)  veut  parler  de  la  bibliotheque  du  couvent  de 
Mar  Yonan,  il  ne  trouve  a  y  mettre  que  les  ouvrages  composes  par 
Hnanlso*  et  dont  parlent  les  Literatures  Syriaques ,  et  aussi  un  livre 
d’astronomie  et  d’astrologie  appeld  Kitab  al  Hassa ,  qui  fut  trouvd  a  une 
date  inconnue  «au  couvent  de  Ninive,  chez  Matios,  fils  de  l’intendant 
de  l’eveque».  On  n  est  d’ailleurs  pas  sur  que  le  «couvent  de  Ninive» 
d^signe  celui  dont  nous  parlons. 

Faute  de  pouvoir  prdciser  l’histoire  du  couvent,  nous  devons  nous 
rabattre  sur  quelques  points  de  detail,  tradition  et  folklore  concernant 
les  lieux  environnant  le  couvent.  Ces  lieux  ne  figurent  pas  dans  les 


(1)  Annates ,  cit. 

(2)  Topography ,  p.  327  et  p.  349,  n.  2. 

(3)  Journal  Tune  campagne  au  service  de  Mehemet  Pacha ,  dans  les  Relations  de  Voyages 
en  Orient ,  d’AuciiER  Eloi. 

(4)  Cf.  G.  ‘Awwad,  Ancient  Libraries  of  Iraq  (en  ar.),  Bagdad  1947,  p.  88-89 
avec  references  sur  les  deux  copies  d’Alep. 


516 


ASSYR1E  CHRETIENNE 


sources  chretiennes,  mais  il  n’y  a  pas  de  doute  que  les  musulmans  re9u- 
rent  ces  traditions  des  chretiens;  elles  existaient  certainement  du  temps 
du  convent.  C’est  sous  ce  pretexte  que,  apres  la  seche  enumeration  de 
dates  et  de  textes  a  laquelle  m'a  oblige  l’histoire  de  NabI  Yunis,  je  reviens 
un  peu  a  la  fantaisie  du  folklore  local. 

Autres  souvenirs  de  Jonas 

Ou  ie  poisson  rejeta-t-il  Jonas?  Encore  une  question  que  devait  se 
poser  tres  sdrieusement  la  petite  exegese.  Le  dictionnaire  de  la  Bible  de 
Migne  (1)  enumere  toutes  les  solutions  que  re^ut  cette  devinette:  entre 
Beyrouth  et  Tripoli,  disent  les  uns;  sur  les  cotes  de  Cilicie,  a  deux  lieues 
au  nord  d’Alexandrette,  disent  les  autres.  Ouelques-uns  enseignent  que 
le  poisson  conduisit  Jonas  j usque  dans  le  Pont  Euxin,  d’autres  dans  la 
Mer  Rouge,  d’autres  dans  le  Golfe  Persique,  d’autres  enfin  sur  la  rive 
du  Tigre,  pres  de  Ninive,  «ce  qui  n’a  nulle  apparence  de  verite»,  opine 
Dom  Galmet. 

Mgr  Coupperie,  qui  est  ici  un  bon  temoin,  dit  avoir  vu  a  NabI 
Yunis  une  grosse  pierre  plate  de  granit  ( ?)  rouge.  Les  habitants  lui  dirent: 
«C’est  ici,  sur  cette  pierre,  que  Jonas  fut  rejete  par  le  poisson  qui  l’avait 
avald,  et  depuis  ce  temps -la  cette  pierre  a  la  vertu  de  guerir  les  rhuma- 
tismes.  II  suffit  d’y  faire  toucher  le  membre  malade,  et  Ton  se  trouve 
mieux  a  Pinstant.»  Personne  a  Mossoul  ne  semble  savoir  ou  se  trouve 
cette  pierre,  et  les  rhumatisants  essaient  de  trouver  d’autres  remedes. 

En  fait  ce  ne  serait  pas  a  Ninive,  mais  a  Kabak,  ou  Kerra  (?)  que, 
d’apres  Niehbur  (2)  eut  lieu  la  reddition.  Dans  ce  village,  situe  a  Test 
du  Tigre  et  au  nord  de  Mossoul,  «le  petit  peuple  de  Mossoul  pretend 
bien  savoir  que  Jonas  a  ete  jete  sur  le  rivage,  et  que  c’est  de  la  que  la 
baleine  est  si  fort  montee,  du  Golfe  Persique  dans  le  Tigre». 

Mais  le  site  le  plus  celebre  en  relation  avec  Jonas  est  la  source  de 


(1)  Col.  1075. 

(2)  Voyages  en  Arable ,  Amsterdam  1780,  t.  II,  p.  299;  peut-etre  veut-il  dire 
«Balad».  Cf.  plus  loin. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


517 


Jonas.  Le  premier  a  la  mentionner  semble  etre  le  Mas‘udl  (1).  A1  Maq- 
dassi  (2)  signale  ses  proprietes  curatives  et  assure  que,  de  son  temps, 
une  mosqu^e  se  trouvait  tout  a  cote,  c’est-a-dire  a  une  demi-lieue  du 
tell  principal.  Sabusti  en  parle  ^galement;  ainsi  que  Fra  Ricoldo  qui 
vit,  en  1290,  la  «source  ou  buvait  Jonas».  Ibn  Batuta  la  vit  aussi  en 
1325  (3). 

Cette  source,  qui  se  cache  dans  le  flanc  extdrieur  du  deuxieme 
rempart  estde  Ninive,  a  une  cinquantaine  de  metres  a  gauche  de  la  route 
qui  va  vers  Erbil,  se  presente  comme  un  bassin  a  moitid  enfoui  sous  la 
colline  de  conglomerat  qui  soutenait  le  mur  bordant  le  fossd,  du  cotd 
intdrieur.  Elle  est  en  partie  recouverte  par  une  voute  en  pierres  tailldes 
et  appareilldes.  M.  Dunand,  qui  visita  les  lieux  avec  moi  en  1955,  datait 
F arcade  de  l’epoque  romaine. 

Un  escalier,  lui-meme  recouvert  d’une  voute  plus  grossiere,  permet 
de  descendre  a  la  source,  et  meme  les  troupeaux  peuvent  y  boire.  Avant 
Fage  des  automobiles  les  caravanes  y  f'aisaient  halte  pour  s'y  ddsaltdrer 
avant  d’entrer  a  Mossoul,  et  le  gouvernement  ottoman  y  faisait,  dit-on, 
jeter  du  sel  tous  les  ans  pour  empecher  l'eau  de  se  corrompre. 

Le  bassin  est,  actuellement  encore,  connu  sous  le  nom  turc  de 
Damlamaga,  et  ainsi  mentionnd  par  Jones  (4),  qui  interprete  ce  nom 
comme  une  corruption  de  Damlamaka,  terme  qui  s’appliquerait  a  l’eau 
suintant  goutte  a  goutte.  «La  tradition,  dit  Jones,  a  confdrd  a  ses  eaux, 
qui  sont  pures  et  salubres,  des  propridtds  curatives,  qui  ont  sans  doute, 
dans  ce  singulier  pays,  dtd  transmises  d’age  en  age;  et  la  grotte  qui 
prdcede  le  bassin,  supportde  par  ses  humbles  piliers  et  son  arche  d’exd- 
cution  nette  et  de  vdndrable  apparence,  le  revetiraient  aussi  des  honneurs 
de  l’age,  s’il  ne  suffisait  pour  cela  de  la  singuliere  coutume  antique  de 
planter  des  clous  dans  les  crevasses  des  pierres. » 


(1)  Les  prairies  d'or ,  t.  II,  p.  92. 

(2)  Cit.  et  egalement  rapport^  par  Le  Strange. 

(3)  Voyages  d’Ibn  Batoutah ,  61  Defremery,  t.  II,  p.  137. 

(4)  Topography  of  Nineveh ,  p.  328. 


518 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Ces  fameux  clous!  Ils  vont  causer  pas  mal  d’hallucinations  (comme 
dirait  le  bon  Assemani)  aux  voyageurs  plus  ou  moins  archeologues,  sur- 
tout  si  en  plus  ils  connaissent  bien  la  Bible.  Jones  lui-meme  cite  l’Eccle- 
siaste(l):  «La  cheville  s’enfonce  entre  deux  pierres,  ainsi  le  pech£ 
pdnetre  entre  la  vente  et  l’achat.»  Ainsi  done,  alors  que  Layard  s’etait 
contente  de  dater  l’arche  de  Tepoque  grecque  ou  romaine,  Jones  la 
rapporte  a  une  periode  plus  ancienne,  peut-etre  pre-assyrienne.  En 
tout  cas  elle  daterait  d’une  epoque  ou  «la  magonnerie  des  arches  etait 
si  defectueuse  dans  la  science  des  clefs  de  voute,  que  le  procede  de  semer 
des  clous  de  fer  etait  necessaire  pour  unir  de  fagon  ferme  les  blocs  qui 
forment  l’arche.  Si  cela  n'etait  pas  vrai,  on  trouverait  les  clous  dans  les 
crevasses  importantes  seulement  et  non,  comme  e’est  le  cas,  plantes  sur 
toute  la  couche.»  Ce  dernier  detail  n’est  pas  tout  a  fait  exact,  car,  en 
realite,  les  clous,  s'  ils  sont  bien  plantes  sur  toute  la  couche,  sans  distinc¬ 
tion  de  grande  ou  de  petite  crevasse,  ne  sont  cependant  plantes  qu’aux 
endroits  accessibles  et  par  consequent  pas  immediatement  au-dessus  de 
1’eau  a  plus  d’une  longueur  de  bras,  ce  qui  semble  indiquer  que  les  clous 
sont  venus  apres  la  voute,  puisque  la  voute  elle-meme  passe  forcement 
au-dessus  de  l’eau.  II  semble  done  qu’il  faille  chercher  aux  clous  une 
autre  interpretation  que  la  n^cessite  architecturale. 

Oil  l’observation  de  Jones  est  encore  en  defaut,  e’est  quand  il  rejette 
rinterpretation  de  Rich,  qui  pourtant  s’etait  beaucoup  plus  approche 
de  ce  qui  semble  la  verite.  Rich,  en  effet  (2),  regarde  les  clous  comme 
des  reliques  sacrees,  «expression  des  benefices  derives  des  vertus  de  beau. 
Mais  pourquoi,  se  demande-t-il,  le  coeur  de  la  nymphe  de  ce  lieu  doit- 
il  etre  gagne  par  le  marteau  et  l’offrande  votive  d’un  clou,  nous  avons 
encore  a  l’apprendre.» 

Ce  contre  quoi  Jones  s'insurge:  «Si  cette  pratique  etait  moderne, 
comme  le  suggere  Rich,  repond-il,  on  trouverait  des  clous  de  toutes  les 


(1)  XXVII,  3. 

(2)  Kurdistan  and  Nineveh ,  II,  p.  34. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


519 


dpoques  encastres  dans  la  magonnerie.»  Le  malheur  est  que,  effective- 
ment,  on  en  trouve.  A  cote  des  clous  anciens,  grossierement  forges  a  la 
main,  on  trouve  de  mignons  clous  modernes,  fabriquds  je  ne  sais  oil  a 
la  machine,  et  il  n’est  pas  difficile  d’en  trouver  de  presque  neufs.  Cette 
voute  constitue  un  unique  musee  du  clou,  qui  n’attend  que  l’dtude  d’un 
specialiste.  En  attendant  une  these  sur  «le  clou  a  travers  les  ages», 
remarquons  que,  si  la  «nymphe»  continue  a  recevoir  son  offrande  de 
clous  votifs,  la  voute  moderne  continuera  a  sdcrouler  sous  les  coups  de 
marteau  des  pelerins,  comme  elle  a  ddja  commence  a  le  faire,  au  lieu 
d’en  etre  consolidee. 

En  fin  de  compte,  clou  et  marteau  n’ont  rien  de  votif  et  sont  pure- 
ment  accidentels.  C'est  d’ailleurs  dommage,  car  le  clou  est  un  vieil 
instrument  de  magie.  On  pourrait  faire  appel  a  la  pratique  de  la  trans¬ 
fixion  dans  les  cavernes  prehistoriques  de  France  et  d'Espagne,  ou  Ton 
trouve  des  bisons  transperces  (1),  et  descendre  a  travers  l’histoire  des 
sorciers  jusqu’au  colossal  Hindenburg  en  bois  ou  a  «f  Aigle  de Champagne» 
que  les  Allemands  pergaient  de  clous,  vdritablement  votifs  ceux-la,  pen¬ 
dant  la  premiere  guerre  mondiale.  On  pourrait  mentionner  les  clous 
thdrapeutiques  que  Ton  plante,  jusqu'a  nos  jours,  a  la  mosquee  Nahnanla 
dans  le  Suq  as  Sagir  de  Mossoul,  et  qui  sont,  parait-il,  un  remede  sou- 
verain  contre  les  maux  de  tete.  II  fallait  envisager  cette  hypothese,  trop 
classique  en  matiere  d’envoutement  pour  pouvoir  d^lib^rement  etre 
laissee  de  cote  sans  examen,  mais  ici,  a  la  fontaine  de  Jonas,  le  clou  n'a 
aucune  importance,  ce  n’est  qu’un  substitut  pour  quelque  chose  qui 
manque;  ce  qui  manque  c’est  un  arbre  sacrd. 

En  effet,  pour  que  le  «lieu  de  culte»  soit  parfait,  il  faudrait  que 
nous  trouvions  la  triade  classique:  la  source,  le  tombeau  ou  Edifice  votif, 
et  l’arbre.  L’edifice  votif  existait  jadis  pres  de  la  source  «ou  buvait  Jonas»; 
en  985  le  Maqdassi  vit  la  petite  mosquee  que  nous  attendions,  mais  que 
malheureusement  il  est  le  seul  a  mentionner. 


(1)  G.  Goury,  Origine  et  Evolution  de  rhomme,  p.  326  (Paris,  Picard,  1927). 


520 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Si  Ton  n’a  pas  de  trace  d  arbre  sacre  proprement  dit,  on  trouve 
cependant,  grace  au  Maqdassi,  le  sagarat  al  yaqtin ,  les  plants  de 
courge,  associes  dans  la  legende  musulmane  a  fhistoire  de  Jonas.  En 
effet,  quand  Jonas  fut  rejete  du  ventre  de  la  baleine,  il  vit  qu’il  etait  nu. 
II  se  fit  done  une  ceinture  de  feuilles  de  courges. 

A  part  les  courges,  qui  disparurent  probablement  avec  le  dernier  sa- 
cristain  de  la  petite  mosquee,  on  ne  signale  done  pas  de  veritable  arbre  sacr6 
pres  de  la  source  de  Jonas.  C’est  ce  qui,  a  mon  avis,  explique  les  clous. 

En  effet,  si  vous  regardez  la  voute  de  la  source  de  plus  pres,  vous 
remarquerez  que  des  centaines  de  petits  morceaux  de  chiffon  en  pendent, 
certains  noues  autour  des  clous,  certains  transperces  par  les  clous  pour 
etre  mieux  fixes.  Et  pourquoi  done  les  clous,  sinon  pour  remplacer  les 
branches  de  farbre  sacre  auxquelles  on  lie  habituellement  les  chiffons 
propitiatoires. 

Tous  les  voyageurs  en  Orient  ont  note  ces  arbres  sacres,  si  nombreux 
dans  la  region  de  Mossoul.  Seul  a  cote  d’une  source,  ou  appartenant  a 
un  bosquet  sacre,  farbre  merveilleux  porte  mille  chiffons  multicolores 
noues  a  ses  branches.  C’est  un  chene  souvent,  mais  toute  autre  essence 
peut  aussi  bien  convenir,  et  l’on  vient  de  toute  la  region,  Yezidis,  Kurdes, 
Arabes  musulmans  et  meme  chretiens,  pour  y  faire  son  pelerinage.  Sou¬ 
vent  un  jour  de  l’annee  est  consacrd  a  la  fete  du  saint  personnage  dont 
il  porte  le  nom ;  peut-etre  meme  les  chretiens  viennent-ils  y  faire  un  sera  et  y 
reciter  le  Rosaire  car,  sans  se  meler  a  la  superstition  des  auires  sectes,  on 
ne  veut  pas  se  priver  des  benefices  curatifs  que  farbre  peut  apporter. 

A  ma  connaissance  le  releve  de  ces  arbres  n’a  pas  encore  ete  fait 
completement  pour  le  nord  de  f  Iraq  et  les  quelques  renseignements  que 
j’ai  pu  recueillir  jusqu'ici  ne  couvrent  que  les  petits  districts  yezidi  de 
Ba‘slqa  et  kurde  de  Saqlawa.  Une  liste  impressionnante  des  arbres  et 
fontaines  sacres  de  Palestine  a  £te  dressee  par  Lewis  Bayles  Paton,  qui 
en  donne  quelques  photos  (1).  Roger  Lescot,  dans  son  livre  sur  les 

(1)  Survivals  of  Primitive  Religion  in  Modern  Palestine ,  in  The  Annual  of  the  American 
School  of  Oriental  Research  in  Jerusalem ,  t.  I,  1919-1920,  p.  51-65. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


521 


Ydzidis  (1),  donne  dgalement  des  listes  de  Zjyaret  du  ftabal  Sam‘an  en 
Syrie  et  du  Gabal  Singar  en  Iraq,  avec  illustrations.  Ce  sont  les  deux 
seules  etudes  d’ensemble  que  je  connaisse,  il  y  en  a  sans  doute  plusieurs 
autres. 

Ces  differents  auteurs  soulignent  unanimement  que  le  lieu  sacrd  est 
habituellement  d’origine  tres  ancienne  et  que  son  titulaire  actuel  n’est 
que  le  reprdsentant  deldgue  de  la  religion  dtablie,  rendant  ainsi  legitime 
la  frdquentation  du  lieu.  Le  cas  le  plus  frappant  serait  celui  de  la  source 
d’Afka,  au  Liban,  ancienne  source  d'Adonis,  actuellement  dddide  a  la 
Sainte  Yierge  (2).  Une  meme  origine  pourrait  sans  doute  etre  retrouvde 
pour  beaucoup  de  nos  sources  sacrdes  dffraq,  et  probablement  la  plupart 
de  nos  arbres  tabous  sont-ils  les  derniers  temoins  des  Bois  Sacrds  qui 
jadis  ne  devaient  pas  etre  rares  dans  le  pays. 

Mais  ce  que  personne,  meme  ceux  qui  le  pratiquent,  ffexplique 
clairement,  c'est  le  pourquoi  de  l’accrochage  des  chiffons.  Certains  y 
voient  des  ex-votos  des  personnes  exaucees.  A  Afka  par  exemple,  la  femme 
qui  a  obtenu  un  enfant  apres  sa  visite  a  la  source,  envoie  un  morceau 
de  la  layette  du  bebe  a  accrocher  au  vieux  figuier  en  signe  de  recon¬ 
naissance.  D'autres  pensent  que  le  chiffon,  qui  est  alors  laissd  au  cours 
de  la  visite  de  demande,  reste  la  pour  rappeler  au  saint  personnage  le 
souvenir  de  l’impdtrant.  D’autres  enfin  croient  que  le  malade  laisse 
avec  le  chiffon  sa  maladie,  sa  fievre  par  exemple. 

A  certains  endroits,  le  chiffon  ne  sufht  pas  et  Ton  doit  en¬ 
core  s’acquitter  d’un  autre  rite.  A  Bfdslqa,  par  exemple,  au  sanc- 
tuaire  de  «Melik  Mairan»,  spdcialiste  de  la  gudrison  des  venues,  on 
jette  en  plus  dans  l’eau  de  la  source  un  morceau  de  paille  envelop- 
p6  dans  un  chiffon,  et  quand  tout  est  pourri,  la  verrue  est  gudrie  (3). 


(1)  Enquete  sur  les  Yezidis  de  Syrie  et  du  Djebel  Sind  jar,  in  Memoires  de  Vlnstitut 
frangais  de  Damas,  t.  V,  Beyrouth  1938;  cf.  Annexe ,  III,  p.  244  s. 

(2)  Capt.  Quintin  Hogg,  m.p.,  in  Geographical  Magazine ,  March  1943,  p.  559. 

(3)  Notons  en  passant  qu’une  thdorie  m^dicale  moderne  ne  voit  dans  l’appa- 
rition  des  verrues  que  le  resultat  d’un  processus  psychologique  non  encore  expliqu^, 


522 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


En  Tunisie  du  Nord  (1),  si  quelqu’un  de  la  famille  est  devore  par  la 
fievre,  on  accroche  a  l’arbre  sacre  un  morceau  de  Phabit  du  malade 
en  disant:  «Je  place  en  toi  ma  confiance;  si  tu  m’enleves  la  fievre, 
j’enleverai  le  noeud  d’etoffe.»  Et,  apres  avoir  enumdrd  ses  malheurs,  on 
ajoute:  «Voici  que  je  Pai  accroche  a  toi.» 

En  resume,  les  rites  sont  extremement  variables  d’un  endroit  a  un 
autre;  il  arrive  meme,  surtout  clans  le  cas  des  «pelerinages»  chrdtiens, 
que  les  chiffons  soient  completement  supprimes.  A  la  tombe  du  «Pere 
Poldo»  (le  P.  Leopoldo  Soldini,  o.p.)  a  Zaho,  les  parents  amenent  avec 
Penfant  malade  une  galette  de  pain,  un  oignon  et  un  peu  de  sel,  qu’ils 
laisseront  en  offrande  au  «saint»,  ainsi  qu’une  gargoulette  d’eau  qui 
servira  a  laver  le  malade  et  que  Ton  cassera  sur  la  tombe  apres  Popera- 
tion.  («Casser»  le  mal?) 

CP est  done  dans  Paccomplissement  de  tel  ou  tel  rite  precis  que  reside 
la  condition  sine  qua  non  de  la  gudrison.  Ceci  s’explique  tres  bien  en  psy- 
chotherapie  et,  pourquoi  pas,  le  Bon  Dieu  peut  se  contenter  de  ces 
manifestations  de  foi  naive  pour  exercer  sa  misericorde.  C’ est  a  cause  de 
ces  differences  dans  les  rites,  tous  efficaces,  que  je  ne  veux  pas  chercher 
de  sens  trop  profond  a  Pemploi  des  chiffons  en  tant  que  chiffons.  On 
pourrait  sans  doute  ici  encore  faire  appel  aux  rites  traditionnels  de  la 
magie  la  plus  noire,  ou  un  objet  quelconque  ayant  appartenu  a  la  per- 
sonne  que  Pon  veut  envouter  (cheveux,  rognures  d’ongles,  morceaux  de 
vetement)  sufht  a  representer  la  personne  toute  entiere.  Ce  serait,  je  crois, 
exagerer  Pimportance  de  nos  chiffons  que  de  les  elever  a  la  dignite  de 
substituts  magiques.  Retenons  seulement  qu’il  y  a  un  rite  a  accomplir, 
chiffon  a  accrocher  ou  autre,  et  le  resultat  cherche  est  assure. 

Le  cas  de  la  source  de  Jonas  est  done  clair:  puisqu’il  n’y  a  pas  d’arbre 


done  tous  les  remedes  sont  bons.  Dans  ma  ville  natale  la  personne  d^sirant  se  debar- 
rasser  d’une  verrue  devait  d’abord  appliquer  sur  l’endroit  atteint  un  sou  trou6,  puis 
jeter  le  sou  dans  le  benitier  de  Teglise.  La  personne  qui  prenait  le  sou  prenait  aussi 
la  verrue. 

(1)  Ibla  (Tunis),  XI 1 1/ 1 950,  n°  52,  p.  392,  art.  de  P.  Dornier. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


523 


aux  branches  duquel  on  puisse  accrocher  les  chiffons,  on  les  attache  par 
un  clou  aux  voutes  de  la  source.  Les  chiffons  un  peu  anciens  ont  disparu, 
pourris  par  les  intempdries,  les  clous  tdmoins  restent. 

On  pourrait  se  demander  si  jadis  les  chiffons  ndtaient  pas  nouds 
aux  tiges  des  courges  ou  aux  grilles  des  fenetres  de  la  petite  mosqude; 
cela  n’est  pas  du  tout  impossible,  fanciennetd  des  clous  d’aspect  le  plus 
vdndrable  serait  ainsi  tres  rdduite,  puisqu’ils  ne  seraient  venus  la  qu’apres 
le  Xe  siecle,  au  grand  maximum...  Ici  encore  le  dernier  mot  sera  aux 
specialistes  en  clous. 

Quelques  enigmes 

Pour  terminer  le  cycle  de  Jonas,  je  rdunis  sous  ce  titre  trois  textes 
un  peu  mystdrieux  que  je  ne  puis  placer  ailleurs.  Le  plus  ancien  de  ces 
textes  a  pour  auteur  le  voyageur  juif  Benjamin  de  Tudele,  qui  vint  a 
Mossoul  vers  1173.  «Dans  la  ville  d’Assur  (Ator  =  Mossoul),  dit-il,  se 
voient  les  synagogues  d’Abdias,  de  Jonas  fils  d’Amittai,  et  de  Nahum 
fElcosden».  Cette  derniere  est  bien  connue,  sinon  «dans  la  ville »  meme 
de  Mossoul,  du  moins  a  Alqos,  on  sait  que  les  auteurs  anciens  ne  s’em- 
barrassaient  pas  de  trop  de  prdcision.  La  premiere  est  probablement  la 
synagogue  d'Elias,  dont  j’ai  parle  ailleurs.  La  deuxieme,  la  synagogue 
de  Jonas  est  inconnue  aujourd’hui.  Y  eut-il  a  cotd  du  couvent  de  Mar 
Yonan,  ou  a  Mossoul,  une  synagogue  placde  sous  le  vocable  du  pro- 
phete?  Je  n’en  ai  pas  trouvd  d'autre  trace. 

Le  deuxieme  texte  est  tird  du  Kitdb  az  Ziywat  d’al  Harawi  (1). 
On  y  lit:  «Dans  la  ville  de  Balat,  que  Ton  appelle  encore  Balad,  la  source 
de  Yunis  ibn  Matta,  ou  fon  dit  que  le  poisson  le  rejeta  ( balatahu ) 
apres  favoir  avald  a  Ninive.»  Cette  dtymologie  du  nom  de  Balat  sera 
reprise  par  Yaqut  (2).  Je  me  suis  enquis  de  la  source  a  Eski-Mossoul; 
personne  la-bas  n'avait  jamais  entendu  un  tel  nom. 


(1)  Editd  en  arabe  en  1953,  puis  traduit  en  fran^ais  en  1957,  par  Mine  Janine 
Sourdel  Thomine  (Inst.  Fr.  de  Damas),  ici  t.  II,  p.  151. 

(2)  Ibid.,  t.  I,  p.  715,  citd  par  Mme  Sourdel. 


524 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Enfin  voici  le  troisieme  texte,  qui  m'a  longtemps  d^concerte.  II  se 
trouve  dans  un  joli  petit  Elzevir  latin  intitule  Persia  seu  Regni  Persici 
Status  (1).  Dans  un  extrait  du  voyage  d’un  Anglais,  Robert  Covert,  «des 
Indes  en  Perse  et  dans  les  diverses  provinces  de  ce  pays»,  voyage  effectud 
en  1609,  on  lit:  A  «Nussebavv»  (en  fait:  Nisibe)  (2)  «on  veut  que  le 
propliete  Jonas  ait  preche.  Son  image  taillee  dans  la  pierre  (bien  que 
tres  deformde)  y  est  conservee  par  les  chretiens. » 

3.  —  Mar  Guorguis 

Depassant  Mossoul  par  Test,  en  empruntant  la  route  de  Zaho  (qui, 
longeant  le  mur  ouest  de  Ninive,  suit  l’ancien  lit  du  Tigre  au  temps  de 
la  capitale  assyrienne)  nous  remontons  vers  le  nord  pendant  environ 
dix  kilometres.  Nous  apercevons  alors,  a  800  metres  a  droite  de  la  route, 
le  couvent  chaldeen  de  Mar  Guorguis,  juche  sur  un  tell  artificiel  non 
explore  et  non  identifie. 

La  tradition  chaldeenne  est  unanime,  ce  couvent  fut  d’abord  une 
eglise  de  village,  puis  le  village  ayant  disparu  ou  s’etant  deplace,  L  eglise 
resta  isolee,  mais  fut  conservee  a  titre  de  couvent.  Actuellement  le  village, 
qui  concerve  son  nom  ancien  de  BacwIra  (3)  est  situe  plus  a  l’ouest,  plus 
pres  du  lit  actuel  clu  Tigre.  Aujourdmui  le  village  est  musulman,  mais 
peut-etre  le  village  chretien  s'etait-il  deja  rapproche  de  beau,  abandon- 
nant  son  ancienne  eglise,  qui  probablement  d’ailleurs  £tait  devenue 


(1)  Lugd.  Batav.  ex  officina  Elzeviriana,  anno  1633,  p.  291. 

(2)  Les  noms  de  lieux  sont  tellement  d^formes  dans  ce  texte  qu’il  me  fut 
longtemps  tres  difficile  de  reconstituer  son  itineraire.  En  fait,  le  31  octobre,  Covert 
6tait  a  Ra’s  uB  Ain  (Russelee),  puis  il  fait  un  detour  vers  le  sud-est  sur  la  route  de 
Mossoul.  Le  compte  des  lieues  est  ici  un  peu  confus;  il  est  difficile  de  dire  si  le  voyageur 
parvint  a  Mossoul,  ce  qu’il  ne  dit  pas  expressement,  ou  si  la  description  qu’il  en  donne 
est  emprunffie  a  d’autres.  Il  remonte  alors  vers  Nisibe  (Nussebavv)  et  de  la  a  Mardin 
(Hamadainem),  qui  est  bien  a  23  lieues  de  Nisibe.  Il  decrit  Mardin:  «Une  vieille  cit6 
des  Armeniens,  mais  d6ja  presque  ruinee  par  les  Turcs.  On  y  voit  de  nombreux  monu¬ 
ments  de  l’antiquite,  qui  temoignent  de  l’ancienne  noblesse  de  la  vielle.»  La  fin  de 
son  voyage  le  ramene  a  Alep  par  Urfa  (Ulfavven)  et  Bir6gik  (Bir  sur  l’Euphrate). 

(3)  B.  ‘Awire,  le  village  de  ceux  qui  ont  traverse  (le  Tigre).  — Jones  ( JRAS , 
XV/1855,  p.  374  b)  dit:  la  place  du  gue. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


525 


trop  grande  pour  lui.  Une  hutte  en  briques  de  terre  seche,  semblable 
a  leurs  maisons,  dut  leur  suffrre. 

Et  cependant  la  localitd  avait  eu  son  heure  de  gloire.  Un  de  ses 
pretres,  ancien  moine  du  Couvent  Supdrieur  de  Mossoul,  ou  il  avait  ete 
l’eleve  d’Ibn  Naslha,  ne  devait-il  pas  devenir  eveque  de  Ma'alta,  puis 
patriarche  en  963,  sous  le  nom  de  ‘Awdlso1 2 3 4 5  Ier  (1). 

Puis  on  n'entend  plus  parler  du  village  jusqu’au  XVIe  siecle.  En 
1549  le  pretre  ‘AwdIso‘,  fils  de  Sultan  Sah,  fils  de  Garib  Sah,  fils  du  chef 
Zain  ad  Dawla,  de  Ba‘wlra,  fait  copier  par  le  pretre  £>im‘un,  fils  de 
Smuni,  de  Mossoul,  un  evangdliaire  actuellement  a  la  bibliotheque  du 
Patriarcat  Chaldeen  (2).  A  la  mort  du  pretre  ‘Awdisoc,  sa  fille  Anasmus 
hdrite  du  volume,  qu’elle  vend  a  un  certain  Hormizd  fils  de  Miha’il. 
Les  peregrinations  de  ce  livre  nous  entrainent  a  Mardin  en  1704.  II  y 
resta  jusqu'en  1898. 

Done,  au  milieu  du  XYIe  siecle,  le  village  est  toujours  la.  G’est  par 
erreur  que  M.  G.  ‘Awwad  trouve  le  couvent  dans  la  Statistique  Inedite 
a  la  date  de  1318  (3).  L’annde  1408,  que  ce  factum  met  a  la  fin  de  sa 
notice  sur  Mossoul  (4),  n’est  qu'une  fantaisie  de  plus  a  relever  au  passif 
du  document,  dontj’ai  deja  dit  le  peu  de  valeur  historique  (5):  il  n’y  avait 
pas  de  patriarche  Yahwalaha  a  cette  date,  et  il  est  tout  a  fait  inutile  de 
se  fatiguer  a  corriger  ce  chiffre  en  1318,  comme  fa  fait  fdditeur. 

Comme  il  se  trouvera  toujours  de  bonnes  ames  pour  prendre  la 
defense  de  f  auteur  inconnu  de  la  Statistique,  j’ai  relevd  les  noms  des  onze 
soi-disant  patriarclies  qu’il  prend  la  peine  de  dater.  Les  dates  ne  sont 
exactes  que  pour  deux,  ou  peut-etre  trois,  d’entre  eux.  Tous  les  autres 


(1)  Mari,  ar.  p.  99,  lat.  p.  88;  B.O.,  III,  I,  p.  200.  Le  texte  arabe  orthographic 
le  nom  «£glise  d’al  Bawarl»  et  la  place  «a  Mossoul »,  e’est-a-dire  dans  le  district  de 
Mossoul.  C’est  Ass^mani,  suivi  par  Gismondi,  qui  £crit  «in  urbe  Mosul». 

(2)  Cat.  Mgr  Bidawid,  n°  129. 

(3)  Researches ,  p.  83-84. 

(4)  Texte  ar.  p.  18;  fr.  p.  16. 

(5)  Anal.  Boll.,  82  (1964),  p.  218.  Cf.  Graf,  Gesch.  Christ.  Ar.  Lit.,  t.  IV,  p.  95. 


526 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


ont  ete  distribuds  absolument  au  petit  bonheur  (1).  C’est  dire  ce  que 
vaient  ies  chiffres  avances  par  le  meme.  L’avertissement  de  l’editeur, 
dans  sa  preface,  me  semble  beaucoup  trop  bienveillant  vis-a-vis  de 
son  auteur. 

II  ne  semble  pas  que  le  couvent  ait  encore  fait  son  apparition  en 
1607.  La  precieuse  liste,  plusieurs  fois  citee,  presentee  par  les  legats  chal- 
deens  a  Paul  V,  mentionne  bien  deux  «Giorgi»,  mais  je  ne  crois  pas  que 
ce  soit  celui  dont  nous  parlons.  En  effet,  les  bons  moines  qui  preparerent 
la  liste,  en  reponse  aux  questions  de  Rome,  suivirent  visiblement  fordre 
geographique.  On  les  voit  partir  du  Mont  Izla,  du  couvent  de  Mar 
Eugene,  pour  descendre  dans  les  environs  de  Seert  (couvent  de  Jacques 
le  Reclus,  n°  6),  puis  dans  les  environs  de  Gazlra  (Yohannan  Nahlaya, 
n°  7  et  sq.).  Aux  n°  12  et  13  on  est  encore  en  B.  Zabdal  et  Qardu  avec 
les  couvents  de  Jean  de  Kamul  et  de  Jean  fEgvptien,  dont  on  sait  par 
ailleurs  qu’ils  existaient  encore  a  cette  epoque  (2).  Le  «Giorgi»  du  n°  14 
semble  bien  etre  le  couvent  de  RomanTva.  «Cratos»  (3)  peut  ressembler 
a  Quriaqos,  patron  du  couvent  de  Zargel  pres  de  Diarbekir.  Avec 
le  n°  17  on  s’approche  de  l’lraq,  ou  meme  on  y  entre.  La  liste 
fappelle  «Betkanania».  Si  Y on  remarque  que  le  traducteur  confond 
souvent  les  «k»  et  les  «h»,  c’est  un  couvent  de  Hnania  nestorien  qu’il 
nous  faut  rechercher.  On  en  signale  un  dans  la  plaine  du  sud  du  Gudi 
appelee  Desta  Selepe,  au  nord  de  Zaho,  encore  en  Turquie,  a  Pouest 

(1)  L'idee  de  mettre  les  patriarchies  avec  leurs  dates  lui  prend  a  partir  du  ch.  V, 
§21.  II  la  poursuit  vertueusement  jusqu’a  VII.  12.  Puis,  apres  une  tentative  (en  VIII.  1) 
de  mettre  Timothee  en  610,  il  se  lasse  et  ne  donne  plus  que  des  noms  sans  dates  (sauf 
X.2).  Voici  ses  patriarchies  dates,  les  dates  £tant  de  notre  ere  (cf.  1.1  et  IV. 1):  1380, 
Yahwalaha  (VII.6);  1380,  Denha  Subha  (VII. 13);  1400,  Ya‘qub  (V.22);  1408,  Yah- 
walaha  (VI.  1);  1480,  Elie  Os‘ana  (VII. 1.5);  1550,  Sulaqa  (V.21);  1551,  Simon 
(VIII),  Denha  (X.2);  1570,  Hormizd  (V.23) ;  1610,  Makkiha  Suhaya  (VI.6);  1615, 
Davdd  Suri  (VL7);  1680,  Denha  Qatula  (VI. 8)  (=  Simon  XIII  Denha  ?). 

(2)  V.g.  Chr.  de  Seert ,  29  et  30. 

(3)  P.  514  le  meme  traducteur  ecrit  «Crat£»  pour  les  Kurdes.  Serait-ce  ici 
Qardu?  Ou  encore  serait-ce  Mar  Yaqo,  qui  semble  avoir  existe  a  cette  Epoque? 


GOUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


527 


du  Hlzel,  et  peut-etre  un  autre  en  Iraq  dans  les  environs  de  Dehok. 
Puis  on  redescend  en  terrain  connu  avec  Daniel  le  mddecin  de  Dair 
Gundi,  R.  Hormizd  d’Alqos,  Awraha  «le  Mede»  de  Batnaya,  Miha’Il 
et  Eliya  cles  environs  de  Mossoul  et  Bar  ‘Eta  de  Marga.  Si  le  n°  25  est 
vraiment  Brih  Is6‘,  comme  le  suggere  le  P.  S.  Giamil,  je  ne  le  connais 
pas;  en  tout  cas  avec  le  26,  Tahmazgard,  nous  avons  ddpassd  les  environs 
de  Mossoul  pour  arriver  a  Kerkouk,  et  continuer  ensuite  vers  le  sud. 
Ce  n’est  qu’au  n°  29  qu’on  rencontre  le  second  «Giorgi»,  qui  est  done 
un  couvent  du  sud  de  Plraq. 

A  titre  de  comparaison,  le  rapport  d’Elie  VIII  a  Paul  V  (1)  est 
tout  a  fait  concluant.  En  1610  il  n’y  a  que  quatre  couvents  «actifs»  dans 
la  region  d’Ator  et  de  Ninive:  ceux  d'Elie,  de  Michel  et  d’ Abraham, 
«qui  font  des  aumones  aux  pauvres»,  et  celui  de  R.  Hormizd  ou  habite 
le  patriarche. 

La  premiere  mention  du  «couvent  de  Mar  Guorguls,  pres  de  Mos- 
soul»,  apparait  dans  un  manuscrit  de  1691,  qui  se  trouve  encore  au 
monastere  (2).  En  1710  encore,  un  Livre  de  la  cause  des  Psaumes  est 
offert  par  de  pieuses  femmes,  probablement  de  Tell  Kaif,  au  «couvent 
de  St-Georges,  a  Ba‘wlrd»  (3).  De  meme  aussi  en  1744,  un  recueil  d’a- 
naphores  (4). 

Et  cependant,  entre  ces  dates,  en  1704  et  1712,  on  trouve  deux 
volumes,  fun  des  prieres  d’Abu  Halim  (5),  l’autre  des  Rogations  de 
Ninive  (6),  qui  sont,  le  premier  offert,  le  second  restaurd  et  relid  pour 

(1)  Gen.  Rel.,  p.  109. 

(2)  Livre  des  Centuries ,  N.-D.  des  Moissons,  cod.  CCCXXI,  Cat.  Vost£. 

(3)  N.-D.  des  Moissons,  cod.  XXXV,  Cat.  Vost£.  —  Les  bienfaitrices  se  retrou- 
vent  partout  dans  leur  role  kernel.  A  Hatun  et  sa  mere  Settd,  fille  du  pr£tre  Eliya,  qui 
apparaissent  ici,  il  faudrait  ajouter  leurs  soeurs  Yzdiya,  fille  de  Safar,  d’Alqos,  qui 
offrit  un  Hudra  a  lYglise  du  couvent  de  R.  Hormizd  en  1728,  et  Kandd,  fille  du  prdtre 
Yalda,  qui  dota  le  meme  couvent  d’un  recueil  de  memre  de  Ba‘uta  en  1756,  et  tant 
d’autres  pieuses  femmes,  bienfaitrices  des  £glises  et  des  couvents. 

(4)  B.N.  Paris,  Cat.  Nau  (ROC,  1911),  cod.  310. 

(5)  Patriarcat  Chaldeen,  Cat.  Mgr  Bidawid,  cod.  3117. 

(6)  Ibid.,  cod.  3122. 


528 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


«l’dglise  de  St-Georges  a  Ba‘wlra».  Une  fois  de  plus  la  confusion  cons- 
tante  de  la  part  des  copistes  entre  «couvent»  et  «eglise»  nous  rend  le 
travail  impossible.  Tout  ce  que  Ton  peut  dire,  et  c’est  bien  pietre,  c’est 
qu’entre  le  milieu  du  XYIe  siecle  et  celui  du  XVIIIe  siecle,  le  village 
avait  abandonne  son  eglise,  qui  etait  devenue  couvent. 

Que  representait  le  couvent  a  cette  epoque?  Les  recherches  faites 
par  le  P.  Goormaghtigh  pour  ecrire  l’histoire  de  la  Mission  Dominicaine 
de  Mossoul,  le  montrent  comme  «entoure»  d’un  mur  eleve.  L’eglise 
occupait  le  centre  du  monastere,  qui  etait  garde  par  un  diacre  nestorien, 
lequel  vivait,  ainsi  que  sa  famille,  des  aumones  faites  au  monastere»  (1). 
Si  Yhistoire  de  la  Mission  s'interesse  au  couvent  c’est  que,  en  1753,  un 
des  premiers  missionnaires  italiens,  le  P.  Domenico  Codeleoncini,  y  avait 
ete  inhume.  Le  Pere  etait  mort  a  Alqos  dans  la  maison  d’un  artisan  pau- 
vre,  catholique  en  secret,  nomme  Husaba.  Les  Nestoriens  d’Alqos  refu- 
serent  de  le  laisser  enterrer  dans  leur  village,  et  le  chammas  de  Mar 
Guorguls  en  aurait  fait  autant,  n’eut  ete  l’ordre  du  gouverneur  de  Mos¬ 
soul,  protecteur  des  Peres.  Le  corps  fut  done  enterre  dans  P eglise,  en 
face  de  la  porte  majeure.  On  grava  sur  sa  tombe:  «Ossa  R.P.  Dominici 
Codeleoncini,  Ord.  Praed.,  Miss.  Apost.» 

La  tombe  existait  encore  en  fin  1820,  quand  Rich  visita  le  cou¬ 
vent  (2),  mais  elle  avait  disparu  quand  le  P.  Goormaghtigh  ecrivit  son 
histoire.  Nous  verrons  bientot  quand  dut  avoir  lieu  cette  disparition. 

Entre-temps,  en  1778,  de  pieuses  Tell  Kefiennes  continuaient  la 
tradition  d’offrir  des  livres,  ici  un  recueil  de  memre  d’lsaac  de  Ninive, 
ecrit  a  Alqos  pour  «l’eglise  du  couvent  de  Mar  Guorguls,  dans  le  village 
de  BaSvIra,  sur  le  Tigre»  (3). 

Une  inscription  conservee  jusqu’a  nos  jours  et  placee  sur  le  mur 


(1)  Analecta  S.O.P. ,  1896,  p.  408. 

(2)  Residence ,  t.  II,  p.  59. 

(3)  Au  Patr.  Chald.,  Cat.  Mgr  Bidawid,  cod.  6016.  —  Vers  la  meme  epoque 
un  exemplaire  du  Paradis  de  Palladius  appartenait  egalement  au  couvent.  II  emi- 
grera  a  R.  Hormizd  en  1840  et  est  actuellement  a  la  B.N.  {Cat.  Nau,  n°  317). 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


529 


extdrieur  dc  l’eglise,  a  gauche  de  la  porte  d’entrde,  relate  comment,  en 
1843,  le  patriarche  Nicolas  Zeica  a  restaurd  ce  couvent  de  Ba'wira: 
«J’y  ai  change  F  aspect  de  l’autel  et  des  deux  qanke» ,  dit-il.  (Test  proba- 
blement  au  cours  de  ces  travaux  que  disparut  la  tombe  du  Dominicain. 

J.  P.  Fletcher,  qui  visita  le  couvent  a  cette  dpoque  (1),  note  «a 
Fextrdmitd  ouest  de  l’eglise,  une  sorte  de  galerie,  faisant  face  a  l’autel, 
dans  laquelle  il  y  avait  deux  pupitres  semblables  a  ceux  qui,  dans  la 
plupart  des  eglises  orientales,  sont  places  dans  le  choeur».  Cela  veut  dire 
que  les  deux  pupitres  du  bema  (c’est  probablement  cela  que  veut  signifier 
le  patriarche  par:  les  deux  qanke)  avaient  dtd  enlevds  du  milieu  de 
l’eglise,  ou  ils  se  trouvaient  jadis,  et  reldguds  au  fond  de  la  nef.  Le  stade 
suivant,  aujourd’hui  achevd,  sera  de  les  faire  disparaitre  completement. 
Le  bema  de  Mar  Guorguls,  dans  sa  pdriode  de  relegation  au  fond  de 
Feglise,  devait  ressembler  a  fdtat  actuel  du  bema  de  Tahra  a  Mos- 
soul  (2),  qui  semble  bien  avoir  dtd  mis  dans  ce  piteux  dtat  par  le 
meme  patriarche. 

En  1850,  Badger  trouva  le  couvent  garde  par  «un  moine  soli- 
taire»  (3). 

Quand  la  Delegation  Apostolique  chercha  un  local  pour  y  etablir 
un  seminaire,  le  Synode  des  eveques  chaldeens  de  R.  Hormizd,  en  1853, 
offrit  Mar  Gubrguls.  Mgr  Planchet  l’accepta  (4)  et  commenqa  a  l'adap- 
ter  et  a  fagrandir.  En  1855  les  travaux  etaient  termines,  mais  les  difh- 
cultes  de  toutes  sortes  retarderent  Fouverture  du  seminaire  projete.  La 
Delegation  rendit  les  batiments  au  patriarche  Audo  en  1863. 

Plus  tard,  le  couvent  continua  a  vivoter.  II  est  mentionne  dans 
plusieurs  manuscrits  de  Tell  Kaif  (5).  Un  recueil  d’exercices  de  lecture 

(1)  Notes  from  Nineveh ,  Lea  and  Blanchard,  Philadelphia,  1850,  p.  150. 

(2)  Mossoul  Chretienne ,  p.  78  et  134. 

(3)  The  Nestorians,  t.  I,  p.  103. 

(4)  Hisloire  des  Conciles  (Paris-Letouzey),  t.  XI,  Conciles  des  Orientaux  Catholiques, 
IIe  partie  (1952),  p.  557,  par  Charles  de  Clercq. 

(5)  V.g.  Add.  2814  et  2822  de  Cambridge  (Cat.  Wright,  p.  656  et  703),  dates 
de  1879  et  1883. 


Rech.  23  —  34 


530 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


chalddenne  intitule  Fleur  des  connaissances  y  fut  encore  dcrit  en  1882  (1). 
Enfin,  e’est  dans  un  manuscrit  de  Mar  Guorguis,  datd  de  1884  (2),  que 
se  trouve  le  colophon  relatant  la  tradition  de  Mossoul  sur  les  origines 
apostoliques  du  christianisme  de  la  ville  et  la  decouverte  du  pressoir  de 
l’hote  de  S.  Pierre. 

On  a  vu  plus  haut  que  e’est  a  Mar  Guorguis,  en  1885,  que  passa 
ses  derniers  jours  le  «saint»  eveque  aveugle  de  Sena,  Mgr  SinTun  Tektek 
Singari.  Son  tombeau  dans  l’eglise  superieure  du  couvent  est  encore 
souvent  visits  par  des  malades  en  quete  de  guerison.  L’incubation  y 
est  pratiqude. 

Apres  la  grande  restauration  de  1853-1855,  le  couvent  en  a  connu 
^videmment  d’autres.  Une  inscription  arabe,  dans  le  mur  exterieur  de 
l’eglise,  a  droite  de  la  porte,  commemore  celle  de  1930. 

L’eglise  de  Mar  Guorguis,  du  moins  celle  du  haut  car  il  y  a  une 
chapelle  recente  en  bas,  a  ete  trop  remanide  pour  avoir  beaucoup  con¬ 
serve  de  son  aspect  primitif.  Seule  une  chaine  de  fous  rappelle  l’efficacite 
de  l’ancien  martyrion. 

Un  grand  tableau  de  la  fin  du  XIXe  siecle  represente  S.  Georges 
a  cheval  sauvant  la  fille  du  roi,  lequel  surveille  la  scene  du  haut  des 
tours  de  sa  capitale.  Ge  tableau  est  inspire  de  celui  de  Mar  Isa‘ya  de 
Mossoul,  que  j’ai  etudie  en  son  lieu,  et  provient  d’un  art  (?)  proche  de 
celui  des  toiles  du  meme  genre  deja  rencontrees  a  Tell  Kaif,  Batnaya 
et  Tell  Esqof. 

Mentionnons  pour  terminer  une  cuve  de  pierre  qui  se  trouvait  jadis 
dans  la  cuisine  et  dont  les  sculptures,  nettement  Galllies  (fin  XVHIe- 
XIXe  s.)  disaient  l’age,  alors  que  dans  Tinscription  qui  mentionnait  sa 
facture  pour  «le  couvent  de  Mar  GuorguIs»  le  sculpteur  ignorant  ou 
distrait  donnait  une  annde  d’Alexandre  ou  V Alap  avait  remplac^  le 
Beth ,  reculant  ainsi  la  date  de  mille  ans.  Un  precedent  superieur  avait 


(1)  N.-D.  des  Moissons,  cod.  CCC,  Cat.  Voste. 

(2)  B.N.,  Cat.  Nau,  cod.  315. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CIIALDEENS 


531 


fait  faire  des  photos  «d’art»  de  cette  «antiquitd»,  son  successeur  Fa 
reldguee  au  poulailler,  oil  elle  acheve  de  se  ddsagrdger. 

4.  —  Mar  Awraha  de  B.  Madaye 

Le  titulaire  est  le  convertisseur  de  Batnaya,  ddja  rencontrd  (1),  qui 
vivait  sous  Iso‘yaw  II  (628-644/6).  On  Fappelle  Abraham  de  B.  ‘Aw 6 
si  Ton  tient  compte  du  couvent  dont  il  est  issu,  et  Abraham  de  B.  Ma- 
dayd  (2),  ou  en  rdsumd  Abraham  le  Mede,  si  Foil  considere  le  lieu  ou  il 
fonda  son  couvent.  Il  n'est  £videmment  pas  dit  que  lui-meme  ait  6t 6 
Mede.  Sa  commemoraison  est  faite,  dans  les  centres  liturgiques  nestoriens 
locaux  en  liaison  avec  Alqos  et  R.  Hormizd,  le  lundi  apres  Quasimodo(3). 

Sa  ldgende,  incluse  dans  celle  de  R.  Hormizd  (4),  le  fait  vivre 
d’abord  13  ans  a  B.  ‘Awe,  d'oii  son  premier  nom.  Puis  il  habite  une  cel¬ 
lule  non  loin  du  couvent  de  Bar  ‘Eta,  ou  R.  Hormizd  peut  le  prendre 
comme  confident  de  ses  projets  de  fuite  nocturne.  Il  Faccompagne  en 
effet,  et  apres  six  ou  sept  ans  passes  au  couvent  de  Rdsa,  sur  le  Mont 
Maqlub,  Fassechement  de  la  source  les  oblige  a  quitter  les  lieux.  Alors 
que  leurs  compagnons  vont  dans  d’autres  directions,  Abraham  et  R. 
Hormizd  se  dirigent  vers  B.  ‘Edrai,  ou  ils  trouvent  un  petit  cours  d’eau, 
pres  duquel  ils  s’installent.  Cependant,  trois  jours  plus  tard,  Fordre  de 
Dieu  envoie  Abraham  a  Ninive,  oil  il  fonde  son  couvent. 

C’est  peut-etre  a  lui  que  le  patriarche  Iso‘yaw  de  Gdala  adresse  sa 
lettre  inedite  «sur  la  maniere  dont  on  doit  confesser  la  personne  du 


(1)  Aux  textes  cites  a  propos  de  Batnaya  il  faut  ajouter  la  rcmarqne  que  le  texte 
de  ‘Amr  (ar.  p.  69)  en  plus  de  son  inexactitude,  est  incomplet.  La  «variante»  cit^e 
par  Fediteur  (p.  129)  comme  se  trouvant  dans  le  cod.  Vat.  est  en  fait  indispensable 
a  la  comprehension  du  texte. 

(2)  Qu’il  ne  faut  evidemment  pas  confondre  avec  son  homonyme,  ^v^quc  du 
diocese  de  B.  Madaye  en  486;  cf.  Or.,  p.  299  et  n.  3. 

(3)  V.g.  Hudra  de  Mar  Yaqo  et  Sios,  de  1661  et  1705;  de  Karamlaiss,  1727;  etc. 

(4)  Et  publiee  avec  elle,  d'apres  un  ms.  de  N.-D.  des  Moissons,  par  Budge, 
dans  la  preface  du  Bk.  I,  p.  clix-clx,  en  1893,  puis  in  extenso  en  1902  dans  Histories 
of...  R.  Hormizd ,  t.  II,  I,  p.  65-69. 


532 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Christ»  (1).  Le  fait  qu’il  l  appelle  «Mar»  ne  veut  pas  forcement  dire, 
on  le  sait,  qu’il  soit  eveque. 

Apres  la  fondation  du  couvent,  son  histoire  s’estompe.  Le  couvent 
lui-meme  «fut  prospere  et  habitd  par  de  nombreux  moines»,  dit  un 
auteur  moderne  (2);  en  fait  on  n’est  certain  que  d’une  chose,  c’est  que 
le  couvent  survecut,  on  ne  sait  jusqu’a  quand  et  avec  combien  de  moines. 

II  faut  attendre  le  debut  du  XVIIe  siecle  pour  le  retrouver  dans 
les  rapports  presentes  au  pape  Paul  V  par  le  patriarche  Elie  VIII,  en 
1607  et  1610  (3).  II  fut  restaure  au  milieu  du  siecle  par  les  soins  du 
pretre  Hormizd,  fds  de  Nur  ad  Din  de  Batnaya,  superieur  du  couvent (4). 

En  1652  un  breviaire,  encore  actuellement  a  Batnaya,  fut  oflfert  par 
la  communaute  de  Simcun  as  Safa,  a  Mossoul,  au  couvent  de  Mar  Aw¬ 
raha  le  Mede  (5).  Un  peu  plus  tard,  en  1683,  un  evangeliaire,  conserve 
aujourd’hui  au  patriarcat,  fut  egalement  copie  a  Alqos  pour  le  couvent. 
Reciproquement,  en  1680,  le  pretre  Hormizd,  fils  du  pretre  Sawriso1 2 3 4 5 6, 
fds  d’Asad,  de  Tell  Kaif,  se  fait  copier  a  Mar  Awraha,  par  le  chammas 
Awraha,  un  rituel  de  mariage  aujourd’hui  conserve  dans  la  collection 
de  Tell  Kaif.  Alors  qu’au  debut  du  siecle,  Elie  VIII  avait  range  le  cou¬ 
vent  parmi  ceux  qui  etaient  encore  habites,  la  presence  ici  d’un  chammas 
(laic)  semble  indiquer  qu’il  n’y  avait  plus  alors  que  des  gardiens. 

En  1719  le  superieur  ctait  le  pretre  cAbdo.  II  fut  un  des  premiers 
convertis  au  catholicisme  et  signa  son  abjuration  en  meme  temps  que 
Qas  Hedr  de  Mossoul,  le  6  janvier  (6).  Le  journal  de  l’ancetre  de  la 
famille  de  Thomas  Tammo  de  Mossoul  raconte  comment  fut  effectuee 
cette  conversion.  Ayant  re^u  le  supdrieur  cliez  lui,  Tammo  qui  etait 
deja  catholique  lui  annonga  mystdrieusement  qu’un  ami  allait  venir  le 

(1)  Synhados  de  N.-D.  des  Moissons,  p.  255-265  (cod.  Voste,  CLXIX). 

(2)  Mgr  Sayegh,  in  Machriq,  1923,  p.  414-428. 

(3)  Gen .  ReL,  p.  108-115;  p.  517,  n°  21. 

(4)  Cf.  article  de  Mgr  E.  Rassam,  dans  an  Nagm,  1/1929,  p.  421-422;  Visite 
pastorale  du  patriarche  Tusif  Emmanuel :  I)  Couvent  de  Mar  Awraham. 

(5)  Renseignements  communiques  par  M.  Pabb£  Potros  Mussa,  de  Batnaya. 

(6)  P.  Voste,  Qas  Kheder  de  Mossoul ,  in  O.C.P. ,  X/1944,  p.  77,  Doct.  n°  1. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


533 


voir,  et  le  laissa  seul  dans  une  chambre,  le  soir,  avec  une  bougie  et  un 
livre.  Pour  tromper  Pattente  de  «rami»,  le  supdrieur  lut  le  livre,  qui 
prdsentait  le  catholicisme.  II  finit  sa  lecture  et  fut  convaincu,  mais  Parni 
n’dtait  toujours  pas  venu.  Quand  il  s’enquit  aupres  de  son  hote,  lui 
annon^ant  en  meme  temps  sa  conversion,  celui-ci  lui  dit  avec  un  sourirc: 
«Mais  si,  PAmi  est  venu,  vous  l’avez  trouvd  a  travers  votre  lecture. » 

Le  couvent  fut  saccagd  par  Nadir  Sah  en  1743,  et  ce  qui  pouvait 
lui  rester  de  moines  disparut.  Le  batiment  dtait  en  mines  quand,  vers 
1870,  certaines  families  chrdtiennes  de  Mossoul,  s’enluyant  devant  «Pair 
jaune»,  s’y  rdfugicrent. 

Le  patriarche  Elie  ‘Abbolyonan  (1879-1894)  entreprit  sa  restau- 
ration,  qu’il  confia  au  chordveque  ‘Abdulahad  MPmarbasi,  mais  les  tra- 
vaux  s’arreterent  a  la  mort  du  patriarche.  Le  Pape  Benoit  XV  finan^a 
la  reprise  de  Poeuvre,  pour  abriter  une  dcole  que  le  patriarche  Emmanuel 
projetait.  Quand  cette  dcole  ne  fut  pas  ouverte,  le  patriarche  dlut  le 
couvent  comme  residence  d’dtd.  II  a  servi  plusieurs  fois  aux  vacances 
des  sdminaristes.  Actuellement,  les  batiments  du  couvent  sont  entretenus, 
mais  vides  de  moines.  L’dglise  est  entierement  rdcente  et  n’offre  done 
pas  d’intdret  particulier. 

Le  pelerinage  de  Mar  Avvraha  «lc  Mede»  est  cdldbrd  de  nos  jours 
le  cinquieme  dimanche  de  Careme. 

5.  —  Rabban  Hormizd  le  Persan 

Le  couvent  de  R.  Hormizd  le  Persan,  situd  dans  la  montagne  au 
nord-est  d’AlqoS,  a  environ  deux  kilometres  du  village,  est  certainement 
un  des  sites  les  plus  pittoresques  de  la  rdgion.  Nid  d’aigle  accrochd  au 
flanc  d’une  montagne  aride,  sa  beautd  sauvage  a  attird  Pattention  dcs 
dessinateurs  et  des  photographes;  on  en  trouve  un  bon  nombre  de  re¬ 
productions,  plus  ou  moins  exactes,  dans  les  auteurs  (1). 


(1)  V.g.  Badger  (1852),  Nestorians,  I,  102;  G.  L.  Bell,  Amiirath  (1911),  frontis- 
pice;  Preusser,  Nordmesop.  Bauden.  (1911),  pi.  25-28;  P.  Louis  Ciieikho,  Machriq  (XV/ 
1912,  p.  857);  H.  C.  Luke,  Mosul  and  its  Minorities  (1925),  p.  106;  E.  A.  Wallis  Budge, 


534 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Quant  aux  descriptions,  les  enumerer  serait  faire  le  catalogue  des 
orientalistes,  petits  ct  grands,  qui  ont  paye  a  ce  site  unique  l’hommage 
qu’il  mdrite,  et  que  seul  Mar  Matta  peut  lui  disputer.  Mentionnons 
seulement  la  derniere  description  (et  Tune  des  plus  alertes)  donnee  par 
M.  fabbe  Jules  Leroy  en  1958  (1).  II  est  certain  que  tous  les  batiments, 
qui  semblent  en  equilibre  sur  les  blocs  de  roclier,  que  les  citernes  et  les 
cellules  creusees  dans  la  montagne,  le  refectoire  lui-meme,  de  50  m* 1 2 3 4 5  de 
surface,  entierement  cisele  avec  ses  colonnes,  ses  bancs,  ses  armoires  et 
ses  fenetres  dans  la  pierre  vive  (2),  le  tout  relie  par  un  reseau  d’escaliers 
virevoltants  et  pirouettants,  forme  un  spectacle  inoubliable. 

Le  fondateur  et  la  fondation 

Budge  (3)  a  deja  repondu  a  Rich  (4)  qui  pla^ait  la  fondation  du 
couvent  au  IVe  siecle.  En  realite,  R.  Hormizd  etait  un  compagnon 
d’ Abraham  de  B.  Madaye  et  de  toute  une  pleiade  de  fondateurs  bien 
connus.  Geci  le  place  sans  aucun  doute,  et  tous  les  auteurs  sont  mainte- 
nant  d’accord  sur  cette  date,  au  temps  du  patriarche  Isocyaw  II  (628- 
644/47),  soit  dans  les  environs  immediats  de  la  conquete  musulmane. 

La  seule  difficulty  que  rencontre  cette  date  est  la  mention,  dans  la 
Vie  traditionnelle  (5),  du  catholicos  Tomarsa,  qui  serait  venu  consacrer 
le  monastere.  Gomme  fa  justement  remarque  Budge,  le  seul  Tomarsa 
connu  vivait  a  la  fin  du  IVe  siecle  (et  c’est  pourquoi  Rich  pla^ait  a  cette 
epoque  la  fondation  du  couvent).  Probablement  le  pretendu  catholicos 
n’est-il  qu’un  eveque,  peut-etre  celui  du  Ba  Nuhadra;  nous  verrons  que 
ce  n’est  pas  la  le  seul  detail  interpole  ou  deforme  qui  se  soit  glisse  dans 

The  Monks  of  Kublai  Khan  (1928),  p.  8;  Mgr  S.  Sayegh,  Hist,  de  Mossoul,  III  (1956), 
p.  139;  etc. 

(1)  Moines  et  Monasleres  du  Proche-Orient,  Paris,  Horizons  de  France,  p.  218-221. 

(2)  Researches  (p.  77-79)  lui  donne  40  m.  sur  20,  et  15  m.  de  haut.  —  Le  couvent 
de  Mar  Matta  a  quelque  chose  de  semblable,  mais  on  ne  peut  dire  lequel  a  imite  l’autre. 

(3)  Bk.  I,  p.  clxx. 

(4)  Residence ,  IT,  p.  93. 

(5)  Ed.  Budge,  p.  125;  de  mcme  dans  les  'oniata  inedites  des  Warda.  Le  couvent 
en  garde  un  rccueil  de  1723. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


535 


la  legende  du  saint,  personne  ne  s’etonnera  d’y  trouver  les  enjolivcments 
inherents  a  ce  genre  litteraire. 

La  vie  du  titulaire  est  connue  par  de  nombreuses  sources,  qui  ont 
ete  utilisees  par  de  multiples  auteurs  (1).  Les  textes  de  base  comprennent 
deux  biographies,  plusieurs  notices,  et  des  hymnes  plus  ou  moins  longues. 

Les  deux  biographies,  probablement  relativement  rdcentes  (au  plus 
tot  du  XVIe  siecle)  seraient  a  critiquer  en  detail  par  qui  voudrait  faire 
de  Thagiographie  scientifique.  Ce  sont: 

a)  La  biographie  en  prose,  encore  inddite,  attribute  a  Simon,  dis¬ 
ciple  de  Yozadaq  (2).  D’apres  Mgr  Adda!  Scher,  cet  auteur  serait 
Simon  de  Kaskar  (?). 

b)  La  biographie  en  vers,  due  au  moine  de  R.  Hormizd  Sargis  bar 
Wahle,  ou  Serge  d’Adherbaidjan  (XYIe  s.  ?)  et  publide  par  Budge  en 
resume  dans  la  preface  du  Book  of  Governors  (1893)  puis  in  extenso  a  Berlin 
(1894)  dans  les  2e  et  3e  parties  des  Semitistiche  Studien ,  et  enfin  a  Londres 
(1902)  sous  le  titre  de  Metrical  Homely  of  R.  Hormizd' s  Life ,  dans  The 
Histories  of  Rabban  Hormizd  the  Persian  and  Rabban  Bar  Idta,  en  trois 
volumes  (3). 


(1)  V.g.  Mgr  S.  Sayegii,  dans  Machriq ,  1923,  p.  835-845  et  an  Nagrn ,  1/1929, 
p.  217-219.  Le  T.R.P.  DadTso‘  Kehoi,  dans  an  Nur,  Bagdad,  1 1 1/ 1 952,  p.  55-58, 
109-112,  159-162,  220-223,  251-254,  312-316,  349-353,  409-411,  458-460;  M.  G. 
‘Awwad,  Un  ancien  monument  de  V Iraq :  le  couvent  de  R.  Hormizd  pres  de  Mossoul ,  impr. 
An  Nagm,  Mossoul  1934,  96  p.;  et  autres  sources  rdcentes  cities  dans  la  bibliographic 
du  meme.  Appendice  2  a  son  edition  d'as  Sdbusti,  p.  209,  211,  n°  1  et  3,  2 13,  n°  1,  etc. 

(2)  Mss.  v.g.  a  N.-D.  des  Moissons,  cod.  196,  Cat.  Voste,  ms.  de  1866,  et  ibid., 
cod.  210,  n°  3;  sa  longueur  est  exactement  la  meme  que  celle  du  texte  cit6  a  la  suite. 
Autres  mss.  cf.  Chr.  de  Seert,  II,  797,  note  1  de  A.  Scher,  et  Baumstark  (p.  205  et  n.  3 
et  4)  qui  ne  semble  pas  avoir  distingu^  ce  texte  du  suivant. 

(3)  T.  II,  I,  preface  p.  xii-xxi,  Vie  de  R.  Hormizd ;  xxi-xxiii,  description  du 
couvent;  p.  3,  n.  2,  autres  sources;  p.  13,  ddbut  de  la  traduction.  Sur  l’auteur,  cf. 
Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  330-331. 


536 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


c)  Des  notices  breves  sont  donnees,  parmi  les  auteurs  anciens,  par 
Iso‘dnah  de  Basrah  (1),  la  Chronique  de  Seert  (2)  et  (Amr  (3). 

d)  Une  ‘onita  longue,  attribute  a  Isd‘yaw  bar  Mqaddam,  inedite, 
n’a  ete  conservee  que  dans  un  manuscrit  relativement  ancien,  le  War  da 
de  Karamlaiss  de  1745,  deja  signale  par  Siouffi  (4).  II  nous  faudra 
etudier  de  pres  cette  ‘onita  quand  nous  parlerons  du  sanctuaire  yezidi 
de  Saih  ‘Adi. 

e)  Enfin  plusieurs  ‘onitci  courtes,  que  Ton  trouve  un  peu  partout  et 
qui  demanderaient  un  classement  et  une  etude  comparative  qui  sort  des 
limites  de  ce  travail,  etant  donnd  leur  peu  d'interet  historique.  On  en 
trouve  une,  sans  nom  d’auteur  dans  la  plupart  des  Warda  (5).  Une 
autre  est  attribute  a  Emmanuel,  metropolite  du  B.  Garma'i  (f  1080). 
Cette  biographie  poetique  a  ete  publide  a  Rome  en  1875  (6)  et  Hoff¬ 
mann  en  donne  une  traduction  (7).  Baumstark  h^site  s’il  faut  consi- 
derer  cette  piece  comme  memra  ou  ‘onita  (8).  Cardahi  (9)  publie 
^galement  un  poeme  sur  le  meme  sujet,  attribue  a  Adam  de  ‘Aqra.  Le 
nom  d’un  autre  auteur  possible  serait  encore  a  retenir;  c’est  ‘Ataya  bar 
Ateli,  pretre  de  Gazlra  vers  1522-1562,  a  qui  un  codex  de  Seert  attri- 
buait  «trois  longues  hymnes  sur  S.  Eugene  et  ses  disciples,  et  sur  R. 


(1)  L.C. ,  n«  89. 

(2)  II,  p.  595. 

(3)  Ar.  p.  55. 

(4)  VIIIe  serie,  V/1885,  p.  82,  Notice  sur  le  Cheikh  Adi  et  la  secte  des  Tezidis. 
—  D’apres  Baumstark  (Syr.  Lit.,  p.  330,  n.  2)  il  en  existe  une  copie  de  1881  a  Berlin 
(cod.  75/26*,  Cat.  Sachau,  p.  222).  Mgr  Sayegh  en  signalait  une  a  N.-D.  des  Moissons. 
Je  n’ai  jamais  pu  la  retrouver. 

(5)  V.g.  le  Warda  «complet»  de  N.-D.  des  Moissons  (Cat.  Voste,  cod.  CLXVII, 
p.  62),  p.  291,  ou  dans  celui  de  R.  Hormizd  date  de  1723. 

(6)  Par  G.  Cardahi,  Liber  Thesauri  de  arte  poetica  Syrorum  necnon  de  eorurn  poetarum 
vitis  et  carminibus ,  p.  142-145. 

(7)  Ausziige,  p.  19-21. 

(8)  Syr.  Lit.,  p.  288  et  n.  12  et  13;  Sachau,  Cat.  Beilin,  p.  238-239. 

(9)  P.  102;  Resume  par  Hoffmann,  p.  180. 


GOUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


537 


Hormizd»  (1).  Ce  manuscrit  a  disparu  avec  la  bibliotheque  de  Seert, 
et  on  n’a  meme  pas  Pincipit  de  cette  c onita  pour  la  comparer  aux  autres. 

Les  sources  traditionnelles  s’accordent  pour  dire  que  R.  Hormizd 
dtait  Persan,  n6  au  Khuzistan  (B.  Huzayd)  (2)  au  nord  du  Golfe  Per- 
sique.  Le  classique  (3)  pelerinage  a  Jerusalem  l’amena  a  Mossoul,  ou  il 
rencontra  trois  moines  qui  le  cldtournerent  de  sa  route  et  le  firent  partir 
avec  eux  vers  Test,  en  Marga,  au  couvent  de  Bar  ‘Eta.  Devenu  moine 
en  ce  couvent,  Hormizd  le  Persan  passe  les  anndes  de  regie  au  service 
du  couvent  et  s'essaie  deja  a  l'aire  des  miracles.  Apres  sept  anndes  de 
service  il  entre  en  cellule,  ou  il  restera  32  ans  (4). 

Alors,  pour  une  raison  qui  n'est  pas  tres  claire  mais  ne  devait  guere 
etre  approuvde  de  Pautorite  puisque  Popdration  projetde  dut  s'efFectuer 
de  nuit,  Hormizd  se  joint  a  un  essaim  qui  gagne  le  couvent  de  Resa, 
Pactuel  Mor  Abrohom,  sur  le  Mont  Maqlub.  Le  petit  groupe  se  com- 
posait  de  R.  Yozadaq  (5)  avec  son  serviteur  R.  Sim‘un,  R.  Hormizd 
avec  son  disciple  Abraham  de  B.  ‘Awd,  Jean  le  Persan,  Iso‘sawran  et 
Abba  Adona.  Ils  resterent  six  ou  sept  ans  aupres  du  couvent  de  Rdsa. 

Au  bout  de  ce  temps,  la  source  ayant  diminud  de  debit,  Yozadaq 
dut  disperser  ses  compagnons.  Lui-meme,  avec  Adona  et  5im‘un,  se  ren- 
dit  a  la  montagne  de  Qardu;  Iso‘sawran  et  Jean  le  Persan  resterent  sur 


(1)  Cat.  A.  Scher,  cod.  55,  n°  LXIX. 

(2)  Machriq  dit  Chiraz,  qui  est  plutot  dans  le  Fars. 

(3)  Mais  Pdtait-il  tellement  au  VIIe  siecle?  Je  me  demande  si  l’on  n’a  pas 
affaire  ici  a  un  anachronisme,  qui  remplace  la  vraie  raison,  ignorde  ou  cachde  de  son 
voyage  vers  le  nord. 

(4)  La  Chr.  de  Seert  (II,  275-278),  le  fait  rester  20  ans  a  B.  ‘Awd  (ce  que  corrige 
Mgr  A.  Scher),  puis  le  fait  ordonner  pretre,  apres  la  fondation  de  son  couvent,  par 
Iso‘yaw,  «metropolite  de  Mossoul».  Il  faudrait  dire  «d’Adiabene». 

(5)  Il  n’entre  pas  dans  mon  sujet  d’dtudier  R.  Yozadaq,  sur  lequel  le  L.C. 
(n°  15,  89,  91,  92,  95)  nous  documente  suffisamment.  Sa  commdmoraison  avait  lieu 
le  4e  vendredi  de  Moise,  d’aprds  un  dvangeliaire  du  XI Ie  s.  du  Patr.  Chald.  (cod. 
A.S.  14;  Mgr  Bidawid  125).  Si  Pon  remarque  que,  seuls  parmi  les  moines,  Yozadaq 
et  R.  Hormizd  sont  commemords  dans  ce  ms.,  on  peut  supposer  qu  il  fut  copid  pour 
le  couvent  de  R.  Hormizd. 


538 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


place;  Hormizd  et  Abraham  gagnerent  la  montagne  de  B.  ‘Edrai.  Son 
disciple  etant  bientot  parti  pour  fonder  son  couvent  de  Batnaya,  Hormizd 
resta  seul  dans  sa  grotte,  pres  d'Alqos. 

Des  lors,  les  miracles  succedent  aux  miracles,  meles  aux  escarmouches 
avec  les  Jacobites  de  Bezqin,  Arsam  et  Mar  Matta,  ou  il  serait  meme 
alle  deterrer  une  idole.  Un  de  ces  miracles  aurait  ete  la  guerison  — 
d’autres  disent  meme  la  resurrection  —  du  fils  du  gouverneur  musulman 
de  Mossoul,  ‘Uqba.  Ce  personnage  ne  peut  etre  comme  le  voudrait 
Budge  (1),  ‘Uqba  ibn  Muhammad  al  Haza‘i,  qui  fut  gouverneur  de 
Mossoul  en  886,  mais  pourrait  etre  ‘Ataba  ibn  Farqad  as  Salmi,  nomme 
gouverneur  des  la  conquete  en  17  H.  (637)  (2).  Ce  serait  ‘Uqba  (ou 
‘Ataba)  qui  aurait  aide  Hormizd  a  construire  son  couvent,  done  vers  640. 

Meme  si  la  date  est  possible,  bien  qu'un  peu  tardive,  car  elle  sup- 
poserait  que  R.  Hormizd  resta  plusieurs  annees  dans  la  montagne  avant 
de  fonder  son  couvent,  cette  trop  belle  histoire  pourrait  bien  avoir  ete 
ajoutee  dans  la  suite  a  la  legende  pour  encourager  les  maitres  de  fheure 
a  se  montrer  aussi  bienveillants  que  ne  havait  ete  1  efatih.  Le  stratageme 
eut  moins  de  succes  que  le  maquillage  de  Mar  Behnam  en  Hidr,  et  ne 
sernble  pas  avoir  impressionne  les  pillards  successifs;  ce  n'est  pourtant 
pas  la  faute  des  panegyristes  qui,  pour  faire  bonne  mesure,  ajoutent  encore 
plus  loin  un  autre  «gouverneur»  nomme  ‘All,  avec  finvite  a  peine  de- 
guisee  d’y  voir  rien  moins  que  le  calife  ‘All  ibn  abl  Taleb,  qui  regna 
en  656. 

En  plus  de  son  activite  de  taumathurge,  encore  attestee  actuellement 
par  des  guerisons,  surtout  de  fous,  on  attribuait  a  R.  Hormizd  une  activate 
litteraire.  L'ancien  brevdaire  le  donnait  comme  hauteur  d'un  madras  qui 
figure  a  hoffice  de  la  commemoraison  d'«un  personnage»,  le  7e  vendredi 
de  hEpiphanie. 

R.  Hormizd  mourut  a  hage  de  90  ans,  25  ans  apres  la  fondation  de 


(1)  Histories ,  p.  97,  n.  1. 

(2)  Muniat  al  Udaba\  app.  1,  p.  201. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


539 


son  couvent,  qui  avait  alors  une  centaine  de  moines.  Sa  commdmoraison 
figure  a  deux  dates,  le  troisieme  lundi  de  la  Resurrection  et  le  15  aout. 

Le  fait  que  R.  Hormizd,  moine  nestorien,  porte  le  titre  de  «saint» 
meme  dans  les  documents  romains,  depuis  fapprobation  officielle  des 
moines  chaldeens  (1)  jusqu’a  nos  jours  (2),  vient  probablement  de  la 
confusion  du  fondateur  (3)  avec  son  homonyme,  «martyr  perso-chal- 
dden  sous  Verarane  II  (?)  en  467»  (4). 

Au  Malabar,  un  jdsuite  suggdra  au  pape,  vers  1577,  comme  un  des 
moyens  d’attirer  a  funitd  le  metropolite  d’Angamald,  de  concdder  a 
l’eglise  que  Ton  venait  d’driger  au  nom  de  St.  R.  Hormizd,  findulgence 
pleniere  pour  les  visiteurs  aux  deux  jours  «ou  se  cdlebre  la  fete  du  saint». 
Je  ne  sais  si  ce  fut  en  rdponse  a  cette  supplique,  mais  le  synode  de  Diam- 
per,  en  1599,  fit  changer  le  patronage  de  la  cathddrale  du  nom  de 
«Hormisdas,  abbe,  compagnon  de  Nestorius»,  en  celui  de  son  homonyme 
martyr  du  Ve  siecle  (5).  On  remarquera  que  dans  son  calendrier 

(1)  En  1845,  cf.  Gen.  Rel. ,  p.  82-83  n. 

(2)  A.A.S.,  22-25  sept.  1961,  p.  583,  ou  la  congregation  est  appel^e  des  «An- 
tonins  de  Saint  Hormisdas». 

(3)  R.  Hormizd  est  appel£  sahda  dans  plusieurs  mss.  Citons,  parmi  ceux  de 
son  propre  couvent,  un  Epistolier  de  1722,  un  recueil  de  prieres  de  1736,  une  Bible 
de  1819,  un  gazza  de  1844  etc.  On  sait  que  le  mot  sahda  veut  dire  exactement  temoin, 
il  s’applique  done  aussi  bien  aux  confesseurs  qu’aux  martyrs. 

(4)  Joseph  Goriel,  Elementa  linguae  Chaldaicae ,  Rome  1860,  p.  156. 

(5)  II  semble  que  R.  Hormizd  ait  6t£  tres  populaire  au  Malabar,  ou  son  culte 
avait  subsist^  «universaliter»  apres  meme  la  suppression  des  livres  liturgiques  des  noms 
de  Nestorius  et  de  ses  principaux  acolytes,  et  le  synode  de  Diamper  ne  consacre  pas 
moins  de  trois  d^crets  a  extirper  cette  devotion.  A  la  fin  de  la  messe,  on  interdit  au 
pretre  de  souhaiter  aux  fideles:  «Que  R.  Hormizd,  dont  vous  etres  les  disciples,  vous 
protege  des  maux!»  (J.  F.  Raulin,  Historia  Ecclesiae  Malaharicae  cum  Synodo  Diamperitano, 
Rome  1745,  Actio  III,  Decret.  IX,  §  XLIV,  p.  89-90,  et  Mansi,  Amplissima  Collectio 
Concil.,  vol.  35  B,  1902,  col.  1 190).  Le  decret  le  retirant  comme  patron  de  la  cath^drale 
d’Angamali  (Decret.  X,  §  XLV :  Raulin,  p.  91-92;  Mansi,  col.  1192;  B.O.,  III,  II, 
p.  384;  Hist,  des  Conciles ,  t.  XI,  Conciles  des  Orientaux  Catholiques ,  par  Ch.  de  Clercq, 
lre  partie  (Letouzey,  1949),  p.  50,  et  supprimant  ses  fetes,  pr^voit  aussi  la  suppression 
de  la  nercha  ou  repas  solennel  de  fete  (Raulin,  p.  513,  «Syllabus  vocum  exotica- 
rum»,  et  p.  226,  n.  b)  en  son  honneur.  La  troisieme  decision  (Decret.  XIV,  §LVII: 


540 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


nestorien  expurgd  (1),  Mgr  Addai  Scher  met  au  3e  lundi  de  Paques,  au 
lieu  de  R.  Hormizd,  le  martyr  Adorhormizd,  ce  qui  a  pour  fondement 
certains  manuscrits  nestoriens,  tels  que  le  Hudra  de  Karamlaiss  de 
1727  (2). 

Apres  la  mort  d’Hormizd,  «son  corps  fut  depose  dans  le  martyrion 
bati  par  lui».  Cette  derniere  phrase  oil  Fon  reconnait  les  formules  du 
Liber  Castitatis ,  si  elle  est  plus  qu’un  «cliche»  traditionnel,  ne  peut  de 
toutes  fa^ons  viser  le  tombeau  actuel,  qui  est  sous  Pautel,  dans  Feglise 
a  lui  dediee.  En  effet,  feu  Mgr  Katcho  fait  remarquer  (3)  que  le  cou- 
vent  primitif  etait  situe  «du  cotd  oriental  de  la  vallee,  et  Fdglise  et  le 
chemin  conduisant  au  couvent  etaient  derriere  la  grotte  se  trouvant  au 
milieu  de  la  vallee  dite  des  mahatre ,  parce  que  le  cimetiere  des  etrangers 
s’y  trouvait  anciennement.  La  porte  du  couvent  etait  derriere  Peglise, 
du  cote  de  POrient;  on  en  voit  des  traces  jusqu’a  nos  jours,  et  on  Pappelle 
la  «porte  ancienne».  Un  tremblement  de  terre  fit  tomber  de  gros  blocs; 
Ton  transporta  done  la  cellule  a  Poccident,  on  ouvrit  une  nouvelle  porte 
et  un  nouveau  chemin  devant  le  cimetiere  des  Strangers  et  devant  le 
mur  de  Peglise.  L’eglise  est  ainsi  a  cinquante  pieds  du  couvent. » 

Les  cellules  dans  le  roc,  dont  une  quarantaine  subsistent,  sont  dis- 
s^minees  autour  du  couvent,  celles  des  reclus  plutot  vers  le  haut, 
avec  leurs  petits  jardins.  On  accede  a  Pune  d’elles  par  un  escalier  de 
40  marches,  d’autres  sont  a  flanc  de  coteau,  et  le  seul  moyen  d’y  acceder 


Raulin,  p.  100-101;  Mansi,  col.  1200-1201)  range  parmi  les  livres  bannis  et  a  bruler 
la  legende  de  R.  Hormizd  «cui  nomen  sancti  falso  tribuatur»,  parce  qu’eile  contient 
des  «commentitia  miracula»,  et  que  «recensentur  postremo  ea  quae  Catholici  (sic) 
in  Hormisdam  egerunt,  ad  frangendam  illius  contumaciam,  quae  omnia,  in  justis  per- 
secutionibus,  quas  ipse  in  comprobationem  veritatis  suae  sectae  passus  fuit,  false  an- 
numerantur.» 

(1)  Suhadd\  II,  p.  433,  n°  21. 

(2)  Voir  la  protestation  de  Nimrud  Rassam  a  Budge  (Hist,  of  R.  Hormizd , 
II,  I,  p.  xxvm).  Sur  Adorhormizd,  cf.  BHO ,  p.  7  (qui  le  met  plutot  en  447, 
en  suivant  Bedjan,  AMS ,  II,  p.  565-583)  et  $uhadd\  II,  p.  357-365. 

(3)  An  Nagm,  11/1930,  p.  122-130,  sous  le  titre  Gabriel  Dambo ,  1808-1832 ,  §  I, 
Le  couvent  de  R.  Hormizd  et  le  monachisme  chaldeen. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


541 


actuellement  est  par  une  cordc  pendant  du  haut  de  la  falaise  Les  cinq 
chambres  qui  surmontent  le  refectoire  et  Viwan  a  moitid  creusd  dans  le 
roc  qui  les  couronne  datent  du  temps  de  l’Abbd  Samuel  Giamil.  On  ne 
sait  qui  a  bati  l’dglise  et  le  couvent  actuel;  les  inscriptions  tdmoignent  de 
restaurations  partielles,  dont  la  plus  ancienne  date  du  XVe  siecle  (1). 

Histoire  du  couvent 

Si  nous  reprenons  maintenant  les  grandes  lignes  de  fhistoire  du 
couvent,  il  nous  faut  sauter  du  milieu  du  VIIe  siecle  au  milieu  du  IXe 
pour  trouver  nos  premiers  renseignements.  C’est  a  cette  dpoque,  deux 
cents  ans  apres  la  mort  de  R.  Hormizd,  que  se  produisit  la  guerison 
d’un  aveugle,  ce  qui  valut  au  fondateur  une  seconde  commdmoraison 
dans  la  liturgie  nestorienne  (2),  le  ler  septembre,  et  une  nouvelle  ‘ onita , 
qui  figure  dans  les  Warda ,  pour  cette  circonstance. 

Un  peu  plus  tard,  c’est  brusquement  toute  une  pdriode  qui  est  mise 
en  lumiere,  par  le  texte  prdcieux,  deja  plusieurs  fois  cite,  que  Chabot 
a  publie  sous  le  titre  d 'Histoire  de  Rabban  Toussef  Bousnaya ,  par  Jean  bar 
Kaldun.  Rabban  Yusif  passa  a  R.  Hormizd  la  premiere  partie  de  sa  car- 
riere  monastique  (3),  ce  qui  nous  donne  une  idee  precise  de  la  vie  du 
couvent  a  cette  dpoque;  de  plus,  la  presentation  de  R.  Yohannan  de 
Hlapta  et  de  quelques-uns  de  ses  disciples  (4)  fait  connaitre  plusieurs 
des  maitres  de  ce  temps 

De  la  «famille»  Busnaya  meme,  quatre  freres  prirent  l’habit  a  R. 
Hormizd:  faind  Yusif  et  le  cadet  Gabriel,  puis  les  deux  plus  jeunes, 
Siihalmaran  et  Brihlso.  Leur  mere  meme,  ‘Amruna,  finit  par  venir  ha- 
biter  avec  eux.  Le  maitre  de  R.  Yusif  a  R.  Hormizd  fut  Maran  Zha, 
«fameux  pour  ses  manieres  de  combattre  les  ennemis  qui  se  rencontrent 
dans  la  voie  du  monachisme»;  puis,  quand  Maran  Zha  mourut  a  150 


(1)  Voste,  Les  inscriptions  de  R.  Hormezd  et  de  N.-D.  des  Sentences ,  Le  Museor , 

Louvain  1930,  t.  XLIII. 

(2)  Calendrier  d’Urmi  1894,  du  Malabar  1956,  etc. 

(3)  Cit.  p.  17-41. 

(4)  Cit.  p.  96-115. 


542 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


ans,  ce  fut  R.  Isoc  de  Kumatd,  jadis  disciple  de  R.  Yohannan  a  R.  Hor- 
mizd.  Meme  pendant  ses  annees  de  cellule,  R.  Yusif  Busnaya  ira  deux 
fois  par  an  voir  son  maitre,  pour  lors  descendu  au  couvent  d’Apnimaran, 
au  nord  du  Ba  Nuhadra.  En  route,  il  recherchera  aussi  les  lumieres  de 
R.  5uhalIso‘,  un  autre  disciple  de  Yohannan  qui,  a  la  mort  de  celui-ci, 
s’etait  retire  au  couvent  de  Mar  Iso'yaw,  actuellement  appele  de  Mar 
Yaqo. 

Quand  ses  directeurs  lui  conseillerent  de  poursuivre  ses  etudes,  il 
aura  comme  professeur  au  couvent  de  R.  Hormizd,  R.  Sargis,  ex-docteur 
du  couvent  de  Mar  Gabriel  a  Mossoul  (1),  et  son  disciple  Slemun. 
A  la  mort  de  R.  Sargis,  R.  Yusif  viendra  souvent  a  Mossoul,  au  Couvent 
Superieur,  prendre  les  enseignements  de  R.  ‘AwdIsoc  Gawun. 

On  ne  peut  savoir  exactement  combien  d’annees  R.  Yusif  Busnaya 
resta  a  R  Hormizd.  Aux  quatre  ans  qu'il  passa  au  «coenobium»,  il  faut 
ajouter  les  douze  ans  de  cellule,  avec,  entre  deux,  les  annees  d’etudes. 
Il  mourra,  beaucoup  plus  tard,  au  couvent  de  B.  Sayyare,  le  4  septembre 
979.  On  peut  done  placer  son  sejour  a  R.  Hormizd  dans  la  premiere 
moitie  du  Xe  siecle 

De  cette  periode  datent  aussi  deux  autres  disciples  de  Mar  Yohan¬ 
nan  de  Hlapta,  R.  Yonan  et  Is5‘  bar  Nun;  puis  le  «vieillard  laborieux 
et  vertueux»  Malklso4  (2),  qui  avait  ete  disciple  de  R.  Yusif;  et  enfin 
R.  Gabriel  de  Babuza  (3)  qui  re^ut  la  tonsure  a  R.  Hormizd  et  y 
accomplit  son  temps  de  vie  commune,  apres  quoi  il  alia  a  B.  Sayyar^ 
ou  il  fut  bientot  sacristain  pour  le  reste  de  ses  jours.  Il  devait  mourir, 
35  ans  plus  tard,  en  981,  ce  qui  fixe  son  sejour  a  R.  Hormizd  de  941 
a  945. 


(1)  Ce  Serge  ne  peut  evidemment  etre  confondu  avec  son  homonyme  et  titu- 
laire  de  la  meme  chaire,  qui  fut  le  condisciple,  ami  et  correspondant  de  Timothee,  et 
plus  tard  metropolite  d’Elam.  Ce  dernier  est  d’un  siecle  anterieur  au  R.  Serge  qui 
vint  a  R.  Hormizd. 

(2)  P.  130. 

(3)  P.  150. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


543 


Non  loin  du  couvent,  dans  la  montagne  de  Gidron,  habitait  aussi 
Mar  Apni  Maran,  que  les  freres  de  R.  Hormizd  allaient  consulter  (1). 

R.  Yusif  etait  ddja  a  B.  Sayyard  quand  il  eut  une  vision  prddisant 
les  pires  calamites,  qui  cependant  lui  seraient  dpargndes  a  lui  person- 
nellement,  et  se  produiraient  quatre  ans  plus  tard.  En  effet  plusieurs  fois 
ddja  les  princes  Hamdanides  de  Mossoul  avaient  refusd  le  tribut  (ou 
avaient  tente  de  le  faire)  aux  puissants  emirs  Buyides  qui  couvraient  de 
leur  ombre  les  faibles  califes  de  Bagdad.  Ces  tergiversations  avaient  amend 
plusieurs  expeditions  punitives  sur  Mossoul  et  environs,  notamment  en 
958  et  964.  Apres  la  mort  de  R.  Yusif,  le  prince  Hamdanide  de  Mossoul, 
Abu  Taglib,  qui  ne  manquait  ni  d’ambition  ni  de  decision  (il  avait  jadis 
emprisonnd  son  pere,  Naser  ad  Dawla,  en  965,  et  avait  pris  pour  epouse 
—  une  dpouse  agde  de  trois  ans!  —  la  fille  d  un  Buyide,  Bohtiyar,  en 
970),  Abu  Taglib  done  pensa  que,  avec  son  beau-pere,  il  pourrait  rdsister 
au  terrible  ‘Adud  ad  Dawla  Abu  Suga‘  Fanna  Hosraw.  Le  24  mai  978, 
a  la  bataille  du  Qasr  al  gass  de  Samarra’  (le  frere  de  Jean  bar  Kaldun 
assistait  a  ce  «combat  des  rois»)  (2)  les  coalises  furent  vaincus,  Bohtiyar 
tud,  et  Abu  Taglib,  en  fuite,  ddpossddd  de  ses  dtats  (3). 

C’est  alors  que  se  rdalisa  la  prediction  de  R.  Yusif,  que  lui-meme 
ne  vecut  pas  assez  longtemps  pour  voir  (4).  Les  armdes  conqudrantes 
et  aussi,  en  l’absence  du  prince  dtabli,  les  Kurdes,  surtout  les  Hakkari, 
«ddvasterent  villages,  couvents  et  monasteres;  les  Freres  qui  s'y  trouvaient 
furent  dispersds  en  tous  lieux.»  Ceci  se  produisit  a  B.  Sayyard  et  dans 
tout  le  Dasen,  ou  5000  personnes  furent  massaerdes,  mais  aussi  a  R. 
Flormizd,  bien  que  R.  Yusif  n’eut  jamais  acceptd  de  donner  a  l’avance 
le  detail  des  «accidents  qui  arriveraient»  au  couvent.  A  lui  s’applique 


(1)  P.  130 

(2)  P.  54-60. 

(3)  E.I.,  nouvelle  ed.  fr.,  t.  I,  p.  217-219,  s.v.  ‘ Adud  ad  Dawla ,  par  H.  Bowen. 

(4)  «Un  an  et  quatre  mois  plus  tard»,  d’apres  le  texte.  La  date  de  la  bataille 
(a  laquelle  Chabot  ne  semble  pas  avoir  fait  attention)  confirme  son  £tablissement  de 
la  date  de  la  mort  de  R.  Yusif  le  4  septembre  979. 


544 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


egalement  la  «devastation  des  monasteres  et  des  eglises,  et  la  dispersion 
des  freres  et  des  fideles».  Puis,  R.  Yusif  le  predit,  «quand  le  chatiment 
sera  accompli,  il  sera  habite  de  nouveau ». 

Etait-ce  un  des  nouveaux  habitants,  ou  un  moine  de  la  dispersion 
de  979  980?  Toujours  est-il  que  nous  retrouvons  un  moine  de  R.  Hor- 
mizd,  en  987  (1),  mais  dans  un  role  moins  glorieux.  Celui-ci  en  effet, 
nomme  Sidani,  derobe  les  voiles  et  un  encensoir  d'argent  des  eglises  de 
Bagdad,  et  les  cache  a  ‘Okbara.  Le  patriarche  Mari  II  laissa  son  chati¬ 
ment  a  la  vengeance  du  Christ;  moins  d’une  annee  plus  tard  le  mise¬ 
rable  avait  la  main  coupee. 

En  1012,  Elie,  moine  de  R.  Hormizd  est  candidat  malheureux  au 
patriarcat,  en  face  de  Jean  bar  Nazuk  (2). 

Au  debut  du  XIIIe  siecle,  on  trouve  le  premier  copiste  connu  du 
couvent,  le  pretre  moine  Daniel,  a  qui  Ton  doit  un  evangeliaire  de 
1208  (3)  et  un  Nouveau  Testament  de  1211  (4).  La  bibliotheque  de 
Seert  possedait  un  autre  Nouveau  Testament  de  1222,  dont  on  ne  peut 
savoir  s’il  etait  de  la  meme  main.  On  sait  seulement  qu’il  avait  ete  ecrit 
a  R.  Hormizd  (5). 

Et  la  vie  du  couvent  continue,  manifestee  seulement  par  la  presence 
de  quelques  moines  de  R.  Hormizd  a  fenterrement  du  patriarche  Saw- 
ris6‘,  en  1256  (6).  De  nouvelles  crises  se  produisirent  probablement  en 
1261,  au  temps  de  la  revolte  anti-mongole,  puis  en  1393  et  1401,  au  mo¬ 
ment  des  invasions  de  Tamerlan.  En  cette  derniere  occasion  le  couvent 
aurait  ete  pille  et  les  moines  disperses.  Nous  avons  vu  en  parlant  d’Alqos 
qu’il  fut  saccage  a  nouveau  en  1508  par  les  troupes  de  Bar  Yak. 


(1)  Mari,  lat.  p.  97. 

(2)  Id.,  p.  100. 

(3)  Ex.  de  Diarbekir,  actuellement  au  Patr.  Chald.,  cf.  Cat.  Mgr  Bidawid, 
n°  5  de  Diarbekir. 

(4)  Ibid.,  n°  10. 

(5)  Cat.  A.  Scher,  cod.  14. 

(6)  ‘Amr,  ar.  p.  118. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


545 


Au  milieu  du  XVIe  siecle,  avec  le  moine  Jean  Sulaqa,  c’est  de  R. 
Hormizd  que  part  le  premier  mouvement  de  reunion  a  Rome  qui  dut 
aboutir.  Sulaqa  fut  prdconise  premier  patriarche  des  Chalddens  le  9  avril 
1553.  La  suite  du  recit  est  bien  connue  et  appartient  a  fhistoire  gdndrale 
de  la  nation  chaldeenne.  A  la  fin  du  XVIe  siecle,  R.  Hormizd  aurait 
comptd  pres  de  70  moines  (1). 

Puis  les  mentions  disperses  reprennent,  dans  un  manuscrit  de 
1583  (2)  et  dans  les  listes  de  couvents  de  1607  (3)  et  de  1610.  Le 
couvent  est  alors  residence  patriarcale  et  f  agitation  bigarree  de  sa  popu¬ 
lation  de  200  personnes,  les  allies  et  venues  de  plus  de  1000  visiteurs 
venus  pour  traiter  leurs  affaires  frappent  l’imagination  de  deux  moi¬ 
nes  pelerins,  venus  a  pied  de  Lhassa,  qui  visitent  R.  Hormizd  en  1606  et 
vont  raconter  a  Rome  leur  dmerveillement  (4). 

Mais  hdlas,  ce  sont  surtout  les  catastrophes  qu’enregistrent  les  chro- 
niques.  Apres  les  attaques  des  Kurdes,  en  1653,  qui  forcerent  le  patri¬ 
arche  Elie  IX  Simon  a  se  refugier  a  Tell  Kaif  (5),  ce  fut  le  mur  nord 
qui  fut  ddtruit  par  un  tremblement  de  terre  et  la  tempete  en  1666.  II 
fut  reconstruit  l'annee  suivante  par  le  pretre  Isra’il  (6).  Mgr  Katcho 
identifierait  volontiers  celui-ci  a  Isra’il  Raba,  c’est-a-dire  «l’Ancien», 
ecrivain  et  orateur  fameux,  le  plus  celebre  du  groupe  dit  «fecole  d:Al- 
qos».  Mais  cet  auteur  (7)  dtait  n 6,  nous  l’avons  vu,  en  1541;  il  aurait 
done  du  avoir  126  ans  au  moment  oil  il  reconstruisit  le  mur? 

En  1714,  le  patriarche  Elie  XI  Marawgin  doit  quitter  son  siege  du 


(1)  Renseignement  communiqud  au  P.  Thomas  deJesus,  o.c.d.,  par  les  Chal- 
d^ens  de  Rome,  cf.  De  unione  schismaticorum...  procuranda ,  in  Migne,  Theologiae  Cursus 
completus,  t.  V,  col.  542. 

(2)  Cod.  XL  de  Kerkouk,  Cat.  Voste,  p.  96. 

(3)  Rapport  a  Paul  V,  Gen.  Rel.,  p.  517,  n°  20  et  p.  108-115. 

(4)  Gen.  Rel.,  p.  105. 

(5)  A  Chronicle  of  the  Carmelites  in  Persia ,  cit.,  vol.  I,  p.  391. 

(6)  Inscription  de  restauration  publi^e  la  meme  ann£e  par  Mgr  Katcho  (an 
Nagm)  et  le  P.  Voste  ( Museon ). 

(7)  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  334-335,  359. 


Rech.  23  —  35 


546 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


couvent  a  cause  des  troubles  de  la  region  de  ‘Amadia.  II  se  transfere 
momentanement  a  Tell  Kaif,  ce  qui  vaudra  au  Hudra  execute  pour 
Hardes,  qui  se  trouve  encore  aujourd’hui  dans  Teglise  de  R.  Hormizd, 
d'etre  ecrit  a  Tell  Kaif  par  un  pretre  d’Alqos  qui  avait  suivi  le  patriarche. 
On  ne  sait  si  les  moines  evacuerent  le  couvent  pour  la  meme  raison. 

Au  temps  du  superieur  Gabriel,  en  1722,  le  couvent  compte  plus 
de  60  moines  (1). 

Un  nouvel  exode  des  moines  se  produisit  en  1727,  a  la  suite  des 
attaques  de  Yunis  Aga.  Ils  se  rdfugient  a  l’eglise  de  Mar  Miha  a  Alqos, 
ou  fun  d’eux  copie  un  Hudra  (2). 

En  1743  enfin,  les  soldats  de  Nadir  Sah  detruisirent  completement 
le  couvent,  qui  resta  en  ruines  pendant  65  ans. 

Nous  arrivons  maintenant  a  la  periode  glorieuse  de  la  restauration 
par  l'Abbe  Gabriel  Dambo,  en  1808.  Cette  epoque  dtant  bien  connue, 
je  me  contente  de  renvoyer  aux  sources  (3). 

Le  19  decembre  1820,  quand  Rich  le  visita,  le  couvent  avait  retrou- 
ve  environ  50  moines  (4).  Mais  helas,  en  1832,  lors  du  raid  de  l’infame 
«Pacha  borgne»  de  Rawanduz  contre  Alqos,  les  ravages  des  bandits 
s’etendirent  jusqu'au  monastere,  et  le  restaurateur  fut  tue  avec  deux 
de  ses  moines  (5). 

Une  fois  de  plus,  les  survivants  revinrent  a  leurs  cellules,  malgre 
les  attaques  repetees  des  Kurdes.  La  plus  importante,  en  avril  1842,  se 


(1)  Ms.  Explication  des  lectures  de  S.  Paul,  ecrit  au  couvent  de  R.  Hormizd,  par 
le  moine  Yoanis,  fils  du  chammas  Potros,  fils  du  feu  Kamuna,  de  la  famille  Kattula 
(de  Tell  Kaif). 

(2)  A  la  bibl.  de  R.  Hormizd;  le  colophon  final  manque. 

(3)  Cf.  Histoire  de  G.  Dambo,  par  le  P.  Louis  So‘aya  de  Mardin,  avec  trad.  fr. 
de  M.  Briere,  R.O.C.,  XV/1910,  p.  410-424;  XVI/1911,  p.  113-127,  249-254,  346- 
355;  articles  de  Ya‘qub  Sarkis  dans  an  jXagm,  1931,  n°  2;  1932,  n°  5;  1937,  n°  4; 
la  these  de  Mgr  Stephane  Bello,  La  fondation  de  la  congregation  des  moines  de  S.  Hormisdas 
et  Vhistoire  de  V Eglise  chaldeenne  dans  la  premiere  moitie  du  XIX e  siecle,  Rome,  Inst.  Pont. 
Or.,  1939. 

(4)  Residence,  II,  p.  88  s. 

(5)  Voste,  Cat.,  p.  70,  n.  1. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


547 


termina  par  le  pillage  du  couvent  par  Isma‘il  Pacha,  prince  de  ‘Amadla. 
Les  livres  furent  ddchirds  (1)  et  bruits,  les  moines  enfermds  dans  une 
cellule  (2)  et  tortures,  puis  le  superieur  et  douze  des  religieux  furent 
traines  derriere  les  troupes  (3).  Apres  plusieurs  mois  de  tortures,  le 
supdrieur  et  un  autre  moine,  le  pretre  Moise,  moururent  dans  les  prisons 
de  ‘Amadla.  Les  autres  purent  regagner  le  couvent.  Quand  Badger  y 
vint,  fannee  suivante,  les  moines  dtaient  au  nombre  de  39  (4). 

1850  vit  un  des  raids  kurdes  les  plus  catastrophiques.  Non  seulement 
le  couvent  connut  les  vexations  habituelles:  livres  ddchirds  pour  en 
bourrer  des  cartouches,  dglise  souillee,  moines  saisis  et  battus,  etc.  (5), 
mais  les  manuscrits  precieux  eux-memes,  au  nombre  de  plus  de  mille, 
qui  avaient  dtd  mis  «en  suretd»  dans  un  petit  batiment  au  bas  de  la 
vallde,  furent  emportds  par  les  torrents,  en  fdvrier  suivant  (6). 

Ces  avanies  rditdrdes  amenerent  les  moines  a  construire  un  autre 
couvent,  au  pied  de  la  montagne,  plus  pres  du  village  d’Alqos  ou  ils 
pouvaient  s’enfuir  en  cas  d’alerte.  L'achevement,  en  1858,  du  nouveau 
couvent  de  Notre-Dame  des  Moissons,  causa  la  diminution  d’importance 
du  couvent  «d’en  haut».  Quand  Sachau  monta  a  R.  Hormizd,  dans 
l’hiver  de  1879-1880,  il  n’y  restait  que  16  moines  (7);  le  nombre  dtait 
tombd  a  cinq  ou  six  quand  Budge  y  passa  la  nuit,  le  30  novembre 
1890  (8).  II  y  en  a  a  peu  pres  autant  actuellement. 

La  vieille  dglise  du  couvent  est  dddide  a  la  Trinitd.  Elle  est  pr^cieuse 
par  les  tombes  qu’elle  renferme.  La  tombe  du  fondateur  est  d^corde,  a 

(1)  Inscription  sur  une  Bible  de  1820,  d£chir£e  en  1842  (bibl.  R.  Hormizd). 

(2)  Inscription  sur  la  porte  de  la  cellule. 

(3)  Parmi  eux  se  trouvait  le  P.  EliSa‘,  cf.  DHGE,  XV/1961,  col.  163,  s.v.  Elisee, 
par  Mgr.  Emmanuel  Kerim  Dally. 

(4)  Nestorians ,  I,  p.  102. 

(5)  D’apres  P.  Fletcher,  qui  vint  au  couvent  peu  de  temps  apres,  cf.  Notes 
from  Nineveh ,  p.  135. 

(6)  Recit  du  pretre  Yohannan,  supdrieur  du  couvent,  a  Budge.  Cf.  The  Monks 
of  Kublai  Khan ,  London  1928. 

(7)  Reise  in  Mesop .,  p.  365  s. 

(8)  Bk.  I,  p.  clxix. 


548 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


gauche,  d’un  personnage  sculpte,  dont  la  facture  grossiere  rappelle  la 
figure  de  certains  bdtyles  (1).  Les  tombes  du  P.  Gabriel  Dambo,  as- 
sassine  en  1832,  et  de  son  successeur  le  P.  Hanna,  mort  dans  les  cachots 
de  la  citadelle  de  ‘Amadia  en  1842,  sont  la  pour  rappeler  les  ^preuves 
de  generations  de  moines,  alors  que  les  tombes  des  patriarches  nestoriens 
d’Alqos,  dont  les  dates  s’echelonnent  du  XVe  au  debut  du  XIXe 
sieclc  (2),  rappcllent  les  gloires  de  PEglise  Syrienne  Orientale. 

L’eglise  nouvelle,  a  deux  etages  dedies  Tun  aux  archanges  Michel 
et  Gabriel,  F autre  aux  Quatre  Evangelistes,  fut  achevee  en  1820,  a  la 
periode  heroique  de  la  restauration.  L'eglise  inferieure  contient  le  tom- 
beau  de  Mgr  Lion,  Delegue  Apostolique,  mort  au  couvent  alors  qu’il 
y  faisait  sa  retraite  en  1883. 

Les  restes  de  la  grande  bibliotheque  de  R.  Hormizd  ont  ete  trans- 
portes  au  couvent  de  la  plaine,  ou  nous  les  retrouverons  bientot.  II  ne 
reste  plus  a  R.  Hormizd  qu’une  quarantaine  de  manuscrits,  dont  je  dois 
au  T.R.P.  Mansur  Mamo,  superieur  du  couvent,  et  a  ses  moines  d’avoir 
pu  faire  Finventaire.  Ges  volumes  sont  surtout  des  livres  liturgiques.  II 
y  a  aussi  des  livres  de  piete  du  siecle  dernier,  la  majorite  en  arabe.  Le 
plus  ancien  manuscrit  actuellement  a  R.  Hormizd  est  un  evangeliaire 
de  1685,  ecrit  pour  le  village  de  Basefre.  Le  plus  touchant  est  peut-etre 
la  Bible  de  1820,  ddchiree  par  les  soldats  d’Isma‘11  Pacha.  Ici  se  verifie 
le  dicton  arabe:  «Ton  meilleur  ami,  c'est  le  livre.»  Les  livres  du  couvent 
de  R.  Hormizd  ont  partage  les  joies  et  les  peines  des  moines,  en  veri- 
tables  amis. 

6.  —  Notre-Dame  des  Moissons 

Le  «Dair  as  Sayida»,  couvent  de  Notre-Dame,  est  en  fait  sous  le 
patronage  special  de  Notre-Dame,  protectrice  des  Moissons  (3),  fetee 
par  FLglisc  chakRenne  le  15  mai. 


(1)  Cf.  R.B. ,  1934,  p.  583. 

(2)  Voste,  Inscriptions,  cit.  p.  283-298.  Inscr.  n°  25  a  32. 

(3)  Lc  titre  a  souvent  tradnit  «N.-D.  des  Semcnces».  En  reality  le  15  mai 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


549 


La  partie  la  plus  ancienne  du  couvent,  le  cloitre  intdrieur  reservd 
aux  moines,  fut  achevde  en  1858,  grace  a  la  munificence  du  Saint-Siege, 
Mgr  Planchet  dtant  Ddldgud  Apostolique  et  le  P.  Ellsa‘  supdrieur  gdnd- 
ral.  L’dglise  est  de  la  meme  dpoque  et  renferme  des  tombes  cheres  aux 
Chaldeens.  La  plus  ancienne  est  celle  du  P.  Ellsa‘,  disciple  de  Gabriel 
Dambo,  batisseur  du  couvent  et  historien  de  la  restauration,  qui  mourut 
en  1875  (1). 

Le  patriarche  Joseph  VI  Audo  est  dgalement  enterrd  ici,  «le  fameux 
Mar  Yawsep!  Que  la  Sainte  Eglise  pleure  amerement,  multipliant  les 
lamentations  sur  ce  saint  chef  de  notre  nation !»,  dit  son  dpitaphe  (2). 
II  fut  patriarche  de  1847  a  1878;  on  mentionne  des  gudrisons  opdrdes  sur 
son  tombeau. 

A  ses  cotds  repose  le  P.  Samuel  Giamil,  supdrieur  gdndral  pendant 
27  ans,  decdde  en  1917  (3),  grand  constructeur  et  savant  orientaliste, 
auteur  distingue  et  chercheur  infatigable  de  textes  syriaques.  C’est  a  lui 
que  Ton  doit  la  magnihque  bibliotheque  chaldeenne,  de  renommde 
mondiale,  de  Notre-Dame  des  Moissons.  Cette  bibliotheque  a  succddd 
a  celle  de  R.  Hormizd  et  recueilli  ce  qui  en  avait  survdcu  aux  pillages 
de  1832,  1842  (147  volumes  lacerds)  et  a  la  catastrophe  de  1851.  En  1902 
la  bibliotheque  contenait  ddja  153  volumes  (4).  En  1926-1927,  apres  le 
supdriorat  du  P.  S.  Giamil,  le  P.  Vostd  put  en  recenser  330  (5). 


est  la  date  de  la  moisson.  Le  mot  de  «moissons»  est  prdfdrable  au  mot  «semences» 
car  il  ddsigne  aussi  bien  les  moissons  sur  pied  que  Facte  meme  de  la  rdcolte.  Le  P.  Voste 
lui-meme  ( Inscr p.  299)  dit:  «ou  mieux:  des  Moissons»,  mais  n’a  pas  jugd  opportun 
de  changer  le  nom  courant,  d^ja  employ^  par  Mgr  A.  Scher,  consacrant  meme  ce  nom 
par  ses  publications. 

(1)  Voste,  Inscr.,  n°  40,  p.  305-307. 

(2)  Ibid.,  n°  41,  p.  307-308. 

(3)  Ibid.,  n«  42,  p.  308-311. 

(4)  Notice  sur  les  AIss.  de  N.D.  des  Semences,  par  Mgr  A.  Scher,  extrait  du  J.A., 
1906,  mai-juin,  p.  479-512  et  juillet-aout,  p.  56-82:  tird  a  part  meme  annde. 

(5)  Catalogue  de  la  bibliotheque  syro -chaldeenne  du  couvent  de  N.D.  des  Semences,  par  le 
P.  Voste,  extrait  de  V Angelicum  1928,  tird  a  part  1929.  —  Resumd  de  Fhistoire  de  cette 


550 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


7.  —  Environs  d’Alqos 

II  y  aurait  encore  plusieurs  couvents  dans  les  environs  d’Alqos.  A 
Test,  en  direction  de  ‘Ain  Sifni,  c’est-a-dire  probablement  sur  le  parcours 
de  la  Route  du  Roi,  entre  les  villages  de  Bozan  (a  4  km.)  et  Horazan 
(a  8  km.),  mais  plus  pres  de  ce  dernier,  apres  une  montee  de  45  minutes 
dans  la  montagne,  on  trouve  le  couvent  de  religieuses  appele  actuelle- 
ment  Dair  bi  QIma,  ou  Bet  Qiyama  (de  Bnat  Qiyama,  les  filles  du  pacte). 
D’un  cotd  de  la  vallee  se  trouve  une  grotte  avec  une  source;  au  sommet 
du  versant  qui  lui  fait  face  sont  les  restes  du  couvent.  La  zone  de  ruines 
couvre  une  superficie  d’environ  100  metres  sur  70.  Certains  pans  de  murs 
ont  encore  un  metre  et  plus.  Des  arbres  respectes  par  les  Ydzidis  temoi- 
gnent  de  la  saintete  du  lieu  (1).  C’est  probablement  a  ce  couvent  que 
Rich  fait  allusion  en  parlant  de  Bozan  (2). 

A  Bet  Mariam,  a  deux  heures  de  marche  a  Test  d’Alqos,  qui  sert 
de  paturage  d’ete  (zoma)  aux  Assyriens,  il  y  a  encore  une  source  dans 
la  montagne  et  une  petite  dglise.  Mais  surtout,  il  y  a  deux  grottes,  dont 
Tune  comporte  trois  salles  successives  (3). 

NaserIya  est  un  petit  village  a  4  km.  au  sud-ouest  de  Ba  ‘Adre, 
oil  il  n’y  a  aujourd’hui  que  trois  families  chaldeennes.  On  dit  que  son 
eglise,  encore  debout,  serait  celle  d’un  ancien  couvent.  Elle  est  dediee 
a  Mar  ‘AwdIso‘,  peut-etre  le  meme  moine  inconnu  qui  est  le  patron  du 
couvent  de  Nerem-Gunduk  en  Sapespa,  deja  etudid  en  Marga.  Le  pele- 
rinage  a  lieu  dans  les  deux  localites  le  meme  jour,  le  lundi  de  Quasimodo. 

A  cinq  kilometres  a  l’ouest  d’Alqos  se  trouve  le  petit  village  de 
Bhandawai,  anciennement  B.  Handawaya  (4).  Son  eglise  de  Mar 

bibliotheque  dans  Haza'in  al  kutub  al  qadlma  fil  ‘Iraq,  par  M.  G.  ‘Awwad,  Bagdad  1948, 
p.  94-97. 

(1)  Dossier  Dir.  Gen.  Antiques  d'lraq,  n°  765/35;  la  substance  en  a  ete  publiee 
dans  Researches ,  p.  77. 

(2)  Residence ,  II,  p.  69. 

(3)  Dossier  768/35;  id .,  Researches,  p.  61. 

(4)  Researches,  p.  60-61,  s.v.  Bhandawa;  p.  85,  s.v.  Rubai  Bhanddwa ;  et  p.  94, 
s.v.  Galli  Bhandawa . 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


551 


Gudrguis,  dont  on  possede  un  evangdliaire  de  1 722  ( 1 ) ,  couterait  trop  cher 
a  rdparer  aux  25  ou  30  families  chalddennes  qui  y  liabitent,  et  elle  a  6t6 
remplacee  par  une  modeste  chapelle.  C’est  a  vingt  minutes  de  la  que  se 
trouve  le  bas-relief  assyrien  dit  de  Sero  Malakta  (2).  Au-dessus  de 
cette  sculpture,  dans  la  montagne,  quelques  grottes  tdmoignent  d’une 
habitation  monastique. 

Par  ailleurs,  j’ai  cherchd  en  vain  jusqu’ici  le  Couvent  Neuf  qui 
donna  son  nom  au  village  de  Paira-hedata,  mentionnd  au  Xe  siecle 
dans  l’histoire  du  couvent  de  R.  Hormizd  (3).  Ce  village  dtait  chrdtien 
nestorien,  mais  ses  habitants  dtaient  arabes.  Un  de  ceux-ci  vexait  beau- 
coup  les  moines  et  les  cdnobites  qui  passaient  par  la.  Quand  il  eut  un 
fils  et  l’apporta  au  couvent  pour  le  faire  baptiser,  un  «tres  illustre  moine» 
maudit  le  pauvre  innocent  qui  n’en  pouvait  mais!,  et  il  mourut  sur  le 
champ.  Get  avertissement  severe  fut  compris  par  le  pere  qui  se  repentit. 
Il  eut  trois  autres  fils;  tous  furent  baptises  a  R.  Hormizd. 

8.  —  Les  trois  couvents  de  Daniel  le  Medecin  et  le  couvent  de 

Mar  Miles 

Dair  Gundi  est  le  nom  d’un  petit  village  qui  se  trouve  a  quelques 
kilometres  a  l’ouest  de  Faida,  a  gauche  de  la  route  qui  va  de  Mossoul 
a  Zaho,  done  a  F  extreme  nord  de  la  partie  infdrieure  de  la  plaine 
de  Ninive. 

Au  sud  du  village  on  voit  les  ruines  de  deux  couvents.  Un  petit 
couvent  d’environ  35  metres  de  cot<5,  aux  murs  de  gass  a  peu  pres  rasds 
au  sol  et  au  plan  tres  indistinct,  se  trouve  sur  une  hauteur  dominant  le 
village  au  sud-ouest.  Plus  bas  en  descendant  vers  Test,  vers  les  ruines 
des  moulins  qu’actionnait  le  petit  cours  d’eau,  en  direction  de  la  route 


(1)  A  N.-D.  des  Moissons  (cod.  Vost£  XXV;  A.S.  19)  £crit  a  Alqos  a  la  demande 
du  pr.  Kanun,  fils  du  pr.  Matta,  de  B.  Handawaya. 

(2)  Dossier  Dir.  G6n.  Antiq.  Iraq,  n°  766/35;  article  de  M.  Akram  Sukri,  in 
Sumer,  X/ 1954,  p.  92-93;  Researches ,  p.  89. 

(3)  Hist,  de  R.  T.  Busnaya ,  p.  101-102. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  Mossoul,  se  trouve  un  plus  grand  couvent  aux  traits  encore  plus 
vagues.  Une  telle  proximite  de  deux  ruines  suggere  un  monastere 
d’hommes  et  un  couvent  de  femmes.  Rien  dans  les  textes  ne  permet 
d’appuyer  une  telle  supposition. 

Pour  les  huit  families  «assyriennes»  qui,  depuis  1945,  partagent  le 
village  avec  les  Kurdes,  le  titulaire  des  deux  couvents  est  Mar  Daniel 
de  Sqdtd  (Thdbaide),  dont  un  livre  de  sera,  copid  par  le  chammas  Pauios 
Qasa  sur  un  manuscrit  du  couvent  d’Alqds,  leur  donne  la  legende. 

N’ayant  pu  voir  ce  manuscrit,  j’ai  eu  assez  de  mal  a  identifier  ce 
Daniel  parmi  tous  les  autres.  Un  Daniel  de  Thebaide,  abbe  egyptien 
du  VIe  siecle  (1)  etant  ecarte,  il  reste  surtout  Mar  Daniel,  le  medecin 
egyptien,  que  la  legende  fait  venir  dans  les  parages.  Cette  legende  a  ete 
editee  en  chaldeen  par  le  P.  Bedjan  (2)  d'apres  un  manuscrit  de  Berlin 
de  1881  (3),  corrige  sur  celui  de  Paris  (4)  date  de  1705.  Une  version 
arabe  en  a  6t6  donnee  par  Mgr  A.  Scher  (5).  L’originai  d’Alqos,  sur 
lequel  fut  faite  la  copie  de  Dair  Gundi,  peut  etre,  d’apres  le  catalogue 
du  P.  Voste,  soit  le  cod.  211,  Histoire  de  Mar  Daniel  le  medecin ,  qui  est  dit 
etre  «ancien»,  soit  le  cod.  213  n°  14,  ou  217  n°  6,  respectivement  de 
1868  et  1891,  ou  Mar  Miles  et  Hes  Malka  apparaissent  aux  cotes  de 
Mar  Daniel. 

Ce  medecin  egyptien  est,  on  s’y  attendait,  un  disciple  de  Mar 
Eugene  (6).  C’est  peut-etre  lui  que  fetent  les  Jacobites  au  ler  novem- 
bre  (7).  Dans  le  Martyrologe  de  R.  Saliba ,  il  ne  figure  pas  a  cette  date, 
mais  on  retrouve  au  14  decembre  la  paire  Daniel-Miles,  martyrs 
vers  424;  les  notres  sont  plus  habituellement  dates  du  IVe  siecle. 

(1)  B.H.O.,  p.  56-57,  et  Bk.  I,  p.  cliii,  fete  le  2  juillet  chez  les  Jacobites,  cf. 
Martyrologe  de  R.  Saliba. 

(2)  AMS,  III,  p.  481-510,  et  introduction,  p.  vn,  n°  6. 

(3)  Sachau,  222. 

(4)  B.N.  295  (Chabot,  J.A.,  1896,  p.  240). 

(5)  Suhada\  II,  p.  175. 

(6)  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  236. 

(7)  Nau,  Martyrologes  syriaques,  p.  65. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


553 


Mais  que  dit  la  ldgende?  Apres  avoir,  comme  il  se  doit,  amend  son 
hdros  d’Egypte,  du  couvent  de  S.  Pacome  a  celui  de  S.  Eugene,  done 
au  Mont  Izla,  le  texte  lui  fait  accompagner  Mar  Miha’il  a  Hesna  ‘Eh- 
raya.  Cette  compagnie  ne  nous  rassure  guere,  car  la  ldgende  de  l’Angd- 
lique  Miha’il,  on  le  verra  bientot,  est  tres  tardive.  Apres  10  ans  passds 
avec  Miha’il,  Daniel  vient  au  Ba  Nuhadra  et  s’installe  dans  une  grotte 
en  bordure  du  ruisseau  de  Ma‘alta  (la  «riviere»  de  Dehok),  en  face  du 
village  de  B.  Qaita.  II  y  restera  22  ans,  malgrd  le  grand  froid  (?)  et  les 
betes  sauvages. 

A  Test  du  ruisseau  se  trouvait  la  ville  (?)  de  Tell  Hes  (1).  Celle-ci 
est  connue,  e’est  actuellement  le  village  de  Tell  Hisaf,  au  nord  de  la 
montagne  de  Bhandawai.  Dans  cette  ville  habitait  un  fonctionnaire 
nomme  Hes,  «gouverneur  depuis  le  Grand  Zab  jusqu'a  l’Armdnie»  (2). 
Ce  Hes  rencontre  Daniel,  qui  guerit  sa  fille  (3).  Tout  le  monde  est  con- 
verti  par  le  miracle.  Le  gouverneur  batit  une  dglise  dans  sa  ville  et  un 
couvent  pour  son  bienfaiteur,  pres  de  la  grotte  de  celui-ci. 

Mais  puisque  Tell  Hes  est  capitale,  elle  a  droit  a  un  dveque.  On 
va  le  demander  a  l’dveque  de  B.  Lapat.  On  s’etonne  de  voir  les  habitants 
de  Tell  Hes  aller  chercher  si  loin  (en  fait  en  Susiane)  quelqu’un  qui  leur 
donne  un  dveque,  alors  qu’il  devait  y  avoir  un  mdtropolite  assez  proche, 
a  Erbil  ou  Hazza?  L'auteur  de  la  l^gende  se  serait-il  laissd  entrainer  au 
rapprochement  par  la  similitude  du  nom  qu'il  va  donner  au  nouvel 
£veque,  Miles,  avec  celui  du  cdlebre  martyr  du  B.  Huzayd  vers  424  (4)  ? 

(1)  Ou  Tell  Has;  le  nom  peut  venir  du  chald^en  hassa,  la  passion? 

(2)  Cette  expression  rappelle  la  terminologie  employee  a  propos  de  Mar  Qardag, 
autre  rapprochement  qui  eveille  notre  mdfiance.  Cf.  Peeters,  Passionnaire  d.' Adiabene, 
p.  299. 

(3)  Encore  un  cliche  trop  connu!  L’auteur  de  la  l^gende  de  Mar  Miha’il  ra- 
conte  le  meme  fait  avec  seulement  transposition  de  noms  (Suhadd\  II,  p.  114):  «un 
grand  du  pays,  gouverneur  d'un  des  endroits,  entendit  parler  de  Miha’il.. .»  II  a  une 
fille  l^preuse,  guerison,  conversion  generate.  La  demoiselle  devient  religicuse,  et  son 
pere  lui  construit  un  couvent  pres  de  Ma‘alta. 

(4)  Sur  Miles  de  Suse,  voir  notamment  B.H.O. ,  p.  169  et  Chabot,  Syn.  Or., 
p.  289,  n.  3. 


554 


ASSYRIE  GHRETiENNE 


Ou  le  nom  de  B.  Lapat  n’a-t-il  ete  amend  que  pour  son  petit  effet  ar- 
chaique?  Cependant,  on  ne  peut  oublier  que,  justement  a  cette  dpoque, 
la  lointaine  Suse  disputait  la  primaute  a  la  plus  proche  Seleucie.  II  peut 
n’y  avoir  ici  qu'une  simple  coincidence,  mais  il  se  peut  aussi,  et  la  situa¬ 
tion  de  Tell  Hes  sur  la  Route  du  Roi  peut  renforcer  la  possibility,  que 
Ton  se  trouve  en  face  de  quelques  vestiges  d’un  texte  tres  ancien,  noyds 
dans  une  legende  tardive  apres  avoir  dte  mille  et  mille  fois  ddformes 
par  les  hagiographes  ultdrieurs. 

Bref,  Mar  Miles  est  designe  comme  premier  eveque  du  Ba  Nuhadra, 
et  c’est  lui  qui  consacre  Peglise.  L’histoire  se  termine  pour  Daniel,  qui 
meurt  de  sa  belle  mort  et  est  enterre  dans  son  couvent.  Hes  est  martyrisd 
et  inhume  dans  son  eglise.  Les  Mages  prennent  aussi  Mar  Milds  et  le 
lapident  (1). 

La  lecture  de  ce  recit  laisse  a  la  fois  un  sentiment  d’oppression  et 
aussi  d’incertitude.  Oppression,  a  cause  du  fatras  d’invraisemblances  et 
de  cliches  accumules,  qui  ne  peut  que  nous  rappeler  la  mise  en  garde 
du  P.  Peeters  (2):  «le  lecteur  qui  n’aurait  jamais  penetre  dans  Phagio- 
graphie  syriaque  se  tiendra  pour  averti  qu’en  cette  region  tourmentee 
le  paysage  est  sans  charme  et  Phorizon  sans  surprise. »  Mais  aussi  incer¬ 
titude:  si  cependant  quelques  details  etaient  authentiques,  quel  dom- 
mage  ce  serait  de  les  manquer! 

Par  ailleurs,  le  site  des  couvents  dits  de  Mar  Daniel  que  nous  avons 
sous  les  yeux  ne  correspond  pas  a  la  description  de  la  legende:  le  couvent 
devait  etre  sur  la  rive  sud  de  la  riviere  de  Dehok.  La  legende  nous 
trompe-t-elle  et  faut-il  opter  pour  son  rejet,  comme  nous  y  invite  la 
date  tardive  des  manuscrits  qui  nous  fournissent  les  textes  et  la  parentd 
inquidtante  avec  Phistoire  de  Mar  Miha’il? 

Les  elements  archeologiques  fourniraient-ils  quelque  lueur?  L’etat 
des  ruines  semble  indiquer  que  le  grand  couvent  du  bas,  a  Dair  Gundi, 

(1)  La  commemoraison  de  Mar  Mll6s  de  Tell  Hes  a  lieu,  dans  la  liturgie  nes- 
torienne,  le  3  juin  (cf.  calendriers  d’Urmi  1894,  du  Malabar  1956,  etc.). 

(2)  Vie  de  Rabboula,  in  Recherches  d'Hist.  et  de  Philologie  Or.,  cit.  p.  140. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


555 


a  dt d  abandonnd  a  un  temps  plus  reculd  que  le  petit  couvent  du  haut. 
Celui-ci  semble  bien  etre  le  couvent  de  Daniel  le  mddecin  qui  figure  (et 
la  place  concorderait  avec  l’ordre  gdographique  de  la  liste)  parmi  les 
couvents  dnumdres  a  Paul  V  par  les  ldgats  chalddens  de  1607  (1).  Mais 
alors,  le  couvent  de  Mar  Daniel  a-t-il  dtd  ddplacd?  Ge  cas  ne  serait  pas 
le  seul. 

Avant  de  suggdrer  une  solution,  examinons  ce  que  revele  l’autre 
terme  du  binome,  le  cotd  Tell  Hes. 

Les  mines  du  couvent  de  Mar  Miles  existent  toujours  (2),  a 
1  km.  400  a  Pest  du  village  de  Tell  Hisaf.  II  en  reste  notamment  un  grand 
iwan  avec  une  croix  sculptde  de  80  cm.  sur  60,  et  une  rosace  a  pdtales 
helicoidales,  pouvant  remonter  au  plus  tot  au  XI Ve  siecle. 

En  tant  qu’dglise  du  village,  Mar  Mllds  de  Tell  Hes  figure  dans 
plusieurs  manuscrits.  Un  Gazza  actuellement  a  Tell  Kaiffut  dcrit  a  Alqos, 
en  1688,  pour  cette  dglise  par  le  chammas  Homo,  fils  du  pretre  Daniel, 
fils  du  pretre  Ellya.  Le  village  a  alors  deux  pretres,  Yalda  et  Gamal  ad 
Din,  son  chef s’appelle  Sabo,  et  fun  des  notables  est  le  croyant  ‘Abdallah 
fils  de  Ddso. 

Un  recueil  de  Vies  de  Saints ,  actuellement  a  Cambridge  (3),  est 
copid  pour  la  meme  dglise  en  1687.  En  1738,  un  calligraphe  anonyme 
travaille  dans  Peglise  de  Mar  Mllds  a  un  exemplaire  du  Livre  des  Supe- 
rieurs,  destind  a  Tell  Kaif  (4). 

On  ne  sait  quand  Tell  Hes  cessa  d’etre  chrdtien.  Des  «Assyricns» 
y  habiterent  a  nouveau  quelque  temps  apres  la  guerre  de  1914-1918. 
Rien  done  ici  n’dclaire  le  cas  de  Mar  Daniel-Dair  Gundi. 

A  ce  stade  de  mes  rdflexions  j’eus  a  me  rendre  au  village  de  Ba 
Hetma.  Ce  hameau,  dont  le  nom  est  absent  des  chroniques  et  ne  peut 
meme  pas  recevoir  une  interprdtation  convaincante,  est  situd  plus  au 


(1)  Gen.  Rel.,  p.  517,  n°  19. 

(2)  D6crites  dans  le  dossier  913/35  de  la  Dir.  Gdn.  Antiq.  Iraq. 

(3)  Add.  2020,  Cat.  Wright,  p.  587. 

(4)  Cod.  T.  Kaif,  n°  42. 


556 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


nord,  a  6  kilometres  au  sud-ouest  du  pont  d’Aloka,  ou  la  route  Mossoul- 
Zaho  traverse  la  riviere  de  Dehok.  Au  cours  de  la  conversation  avec  les 
habitants  du  village  (des  gens  d’AsIta  recemment  etablis  la),  ils  me  dirent 
que,  eux  aussi,  au  temoignage  des  chretiens  des  environs,  avaient  leur 
lieu-dit  appele  Mar  Daniel.  Ce  devait  etre  sa  «maison  d’habitation»  (?) 
puisque  son  couvent  dtait  a  Dair  Gundi. 

Une  reconnaissance  sur  les  lieux  (sous  une  pluie  battante)  me  mon- 
tra  des  traces  de  murs  au  sol,  temoignant  de  l’antiquite  de  l’abandon 
du  site.  Or,  ce  qui  est  frappant,  c’est  que  ce  troisieme  couvent  de  Mar 
Daniel  est  bien  situe  sur  la  rive  sud  de  la  riviere  de  Dehok,  comme  il 
est  dit  dans  sa  ldgende. 

Des  lors  tout  s’eclaire:  le  couvent  ancien  de  Mar  Daniel  le  medecin 
est  bien  situe  au  nord  du  village  moderne  de  Ba  Hetma.  Ce  village  n’est 
pas  mentionne  dans  les  textes  car  il  n’existait  pas  a  cette  epoque;  le 
village  le  plus  proche  du  couvent  se  trouvait  de  F  autre  cote  de  la  riviere, 
au  nord,  et  s’appelait  B.  Qaita;  il  a  aujourd’hui  disparu.  Probablement 
appelait-on  egalement  le  couvent  de  Mar  Daniel,  couvent  de  B.  Qaita, 
comme  on  appelle  N.-D.  des  Moissons,  «le  couvent  d’Alqos». 

Ne  sait-on  rien  de  Fhistoire  du  couvent  de  Mar  Daniel  de  B.  Qaita? 
Je  serais  tres  tente  d’y  voir  le  couvent  de  Qata  dont  le  patriarche  Timothee 
le  Grand  parle  dans  ses  lettres  (1).  Entre  les  deux  orthographes  il  n’y 
a  qu’un  ya  chaldeen,  qui  est  une  toute  petite  lettre! 

Timothee  y  envoie  son  ami  Serge,  alors  maitre  de  doctrine  au 
Couvent  Superieur  de  Mossoul,  pour  en  demenager  toutes  les  choses 
precieuses,  probablement  en  vue  de  Y abandon  des  batiments.  Il  lui  dit: 
«Va  trouver  le  superieur  du  couvent  de  Qata  et  envoie-nous  par  Tinter- 
mediaire  d’un  homme  fidele  et  integre  tout  le  vestiaire,  le  mobilier  et 
les  livres  qui  sont  chez  eux.  Je  lui  ai  ecrit  qu’il  me  les  envoie.  Envoie- 


(1)  Lettre  VIII  a  Serge,  trad.  CS'CO,  p.  58;  recension  de  Mgr  Bidawid,  p.  21. 
Braun  ne  le  vocalise  pas,  l’ecrivant  seulement  QT’  et  Mgr  Bidawid:  Qata. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


557 


nous  aussi  le  baton  qu’il  a  chez  lui.  Fais  une  liste  detaillee  de  tout  ce 
que  tu  trouveras,  j’en  ai  moi-meme  ddja  rinvcntaire.» 

Si  les  pierres  du  couvent  de  Mar  Daniel  pouvaient  parler,  elles  nous 
diraient  si  c’est  vraiment  depuis  la  fin  du  YIIIe  siecle  que  le  couvent 
a  ete  abandonne;  tout  ce  qu’on  peut  leur  faire  dire,  c’est  que  cet  abandon 
date  d'il  y  a  tres  longtemps. 

Quand  des  Nestoriens  se  reinstallerent  a  8  kilometres  au  sud/sud- 
est,  a  une  dpoque  inconnue,  mais  probablement  lors  de  la  paix  de  la 
fin  du  XVe  siecle  (1),  ils  trouverent  dans  ce  nouveau  lieu,  appele  Dair 
Gundi,  les  ruines  de  deux  couvents  inconnus  d’eux,  un  grand  en  bas 
et  un  petit  en  haut;  ils  rebatirent  ce  dernier  et  lui  donnerent  le  nom  de 
couvent  de  Mar  Daniel  le  mddecin,  que  Ton  trouve  recens£  en  1607. 
L’on  a  done  deux  sites  successifs  pour  le  couvent  de  Mar  Daniel;  l  ancien 
site,  sur  la  riviere,  occupe  jusqu’au  YIIIe  siecle,  et  le  nouveau,  sur  la 
colline  de  Dair  Gundi,  repris  peut-etre  au  XYe  siecle,  existant  certaine- 
ment  au  debut  du  XYIIIe,  abandonne  et  retomb£  en  ruines  pas  long- 
temps  apres,  peut-etre  en  1743.  Cette  deuxieme  construction  etait  de 
peu  de  consequence,  et  tres  proche  d  un  village,  il  n'en  resta  vite  que 
peu  de  chose. 


(1)  D’apres  le  colophon  d’un  rituel  nestorien  de  Mossoul,  au  B.M.  (Cat.  R.F., 
p.  56,  c.  1,  cod.  XXXIII),  dat£  de  1484:  alors  «l’Eglise  £tait  en  paix,  les  couvents 
et  les  Freres  jouissaient  de  la  liberty,  les  monasteres  ruines  6taient  restaur^s,  les  degr^s 
des  pretres  et  des  levites  se  multipliaient,  et  les  fideles  ^taient  benis  par  la  mediation 
de  Fabondant  en  dominium,  de  l’orn6  de  victoire  et  d’empire,  Jacques,  roi  de  Medie, 
de  Perse,  d’Armenie,  de  Babel,  de  TEuphrate  et  du  Tigre.»  M.  le  professeur  J.  Richard, 
de  l’Universite  de  Dijon  a  bien  voulu  attirer  mon  attention  sur  ce  prince  Ya‘qub,  qui 
etait  en  fait  le  second  successeur  et  fils  du  grand  Uzun  Hassan,  lequel  avait  £tendu  la 
domination  des  Aq  Quyunlu  (les  Turcomans  du  Mouton  Blanc)  jusqu’a  Bagdad,  le 
Golfe  Persique  et  meme  H£rat,  et  dont  la  capitale  6tait  Tabriz.  Sous  l’heureux  regne 
de  Ya‘qub  leur  empire  £tait  a  son  apogee,  et  les  puissances  occidentalcs,  surtout  Venise 
et  le  Pape,  recherchaient  leur  alliance  contre  les  Ottomans,  ce  qui  avait  certainement 
une  bonne  influence  sur  leur  politique  int^rieure  vis-a-vis  des  chretiens.  Ya‘qub  r^gna 
de  1478  a  1490.  Cf.  V.  Minorski,  in  E.I.,  nouvelle  Edition  fran^aise,  1/1960,  p.  320- 
322,  s.v.  ak  Koyunlu. 


558 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Reste  le  probleme  des  deux  couvents  primitifs  de  Dair  Gundi,  celui 
du  haut  et  celui  du  bas,  ce  dernier  laissd  en  ruines. 

Le  nom  de  «Dair  Gundi»  ne  peut  guere  aider  a  Identification. 
Bien  sur,  en  arabe,  Dair  Gundi  peut  vouloir  dire  «le  couvent  (du)  sol- 
dat»,  mais  ceci  est  peu  probable.  Les  habitants  modernes  tentent  de 
fexpliquer  par  le  soureth  gundaya ,  le  «beau»  couvent,  mais  le  mot  n’existe 
pas  en  chaldeen  classique. 

La  seule  solution  qui  me  semble  possible  peut  etre  fournie  par  la 
gdographie.  Nous  sommes  en  effet  ici  en  plein  district  jacobite.  L’histoire 
jacobite  n’aurait-elle  pas  quelque  chose  a  suggerer  a  propos  de  ces  deux 
couvents  situds  Tun  au-dessus  de  l’autre?  II  faudra  essayer  de  r^pondre 
a  cette  question  quand  on  parlera  des  couvents  syriens. 

Quelques  details  encore,  relatifs  aux  couvents  de  Mar  Daniel;  la 
source  de  Mar  Daniel,  voisine  de  Dair  Gundi,  a  ^videmment  des  pro- 
prietes  thdrapeutiques,  transportees  avec  le  couvent.  Les  rhumatisants 
s’y  baignent,  de  preference  le  dimanche  matin  avant  le  lever  du  soleil. 
Les  petits  escargots  trouves  pres  de  la  source  sont  emmenes  comme 
souvenirs,  presque  comme  reliques. 

A  cote  de  Ba  Hetma,  se  trouve  le  village  actuellement  ydzidi  de 
Rabbe  Biya.  On  peut  voir  dans  ce  nom  une  deformation  de  Rabban 
Bawai  (1),  mais  on  ne  peut  rien  dire  de  ce  personnage. 

9.  —  En  face  de  Balad 

L’etude  de  la  ville  de  Balad,  actuellement  Eski-Mossoul,  depend 
d’un  chapitre  sur  le  B.  ‘Arabaye  iraquien  (2),  et  sort  des  limites  du  present 
travail.  Neanmoins  le  secteur  qui  lui  fait  face,  sur  la  rive  est  du  Tigre, 
dans  la  grande  boucle  du  fleuve  presque  sous-tendue  par  la  route  Mos- 
soul-Zaho,  fait  partie  du  Ba  Nuhadra. 

Exactement  en  face  de  l’ancienne  Balad,  sur  la  rive  Est,  se  trouve 


(1)  On  a  vu  les  Buya  de  ‘Ainkawa,  en  Adiabene. 

(2)  Cf.  Orient  Syrien ,  9  (1964),  p.  189-232. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


559 


un  grand  Tell  appeld  Tell  Ngega.  Sur  son  sommet  on  voit  de  nom- 
breuses  mines,  les  plus  r^centes  ne  semblent  pas  etre  celles  d’une  dglise. 

Le  village  de  Wana  est  dgalement  situd  sur  la  berge  du  Tigre,  a  2 
kilometres  plus  au  nord.  Le  norn,  sous  sa  forme  Awana,  est  ancien  (1). 
II  ne  faut  pas  le  confondre  avec  Awana  de  Tirhan,  en  B.  Garmai,  au 
sud  de  Takrit,  patrie  d’origine  de  Sawrlso*  de  B.  Qoqa,  de  Bar  Bahlul, 
auteur  du  dictionnaire,  et  de  plusieurs  autres;  ni  non  plus  avec  Awdna 
d’Adiabene,  a  18  kilometres  a  Test  de  Guwair-Natpar. 

Dans  le  village  moderne  de  Wana,  au  sud,  pres  de  la  derniere  mai- 
son,  on  trouve  des  vestiges  de  fondations  assez  dpaisses.  Ici  non  plus, 
on  ne  peut  conclure  de  leur  origine.  D’autres  vestiges  sont  signals  sur 
le  Tell  al  Midan,  a  Test  de  Wana. 

Les  arch^ologues  auraient  plus  a  tirer  des  bases  de  murs  en  gros 
blocs  qui  se  trouvent  au  sommet  du  Gabal  Taira,  un  peu  plus  au  nord, 
a  cotd  d’un  grand  chene  £videmment  respectd  comme  sacre.  II  ne  semble 
pas  que  ce  soient  des  vestiges  chnTiens. 

Plusieurs  couvents  sont  localises  par  les  textes  dans  les  environs  de 
Balad.  Pour  les  Nestoriens,  deux  sont  certainement  situds  sur  la  rive  est. 

Je  crois  avoir  localise  le  premier,  le  Couvent  de  Mar  SallIta. 

Salllta  est  un  des  plus  connus  parmi  les  disciples  de  Mar  Eu¬ 
gene  (2).  Les  Chalddens  le  fetaient  le  10  aout  et  les  Syriens  le  15  juin  (3). 
La  vie  de  ce  «coenobiarque  en  Zabdicene»  (4)  au  IVe  siecle  a  pu- 
bliee  par  Bedjan,  en  chald^en  (5),  puis  traduite  en  arabe  par  Mgr 


(1)  II  n’est  pas  exact,  comme  le  voudrait  Budge  ( Bk .  II,  p.  233,  n.  5),  que  cette 
locality  ait  marqu£  la  limite  de  la  province  eccl6siastique  du  Ba  Nuhadra. 

(2)  L.C. ,  n°  1  et  5. 

(3)  On  le  trouve  aussi  au  3  aout  et  au  15  novembre  (Nau,  Menologes,  p.  83,  128; 
R.  Sallba ,  p.  167).  A  ce  propos  le  P.  Peeters  (n.  13)  le  distingue  d’un  autre  Salllta, 
martyr  (cf.  B. O.,  Ill,  II,  p.  867-868,  oil  Assemani  releve  la  confusion  de  ‘Amr).  Celui 
du  15  novembre  semble  bien  etre  le  notre,  puisque  sa  sp£cialit£  est  les  bubons  et  la 
peste.  On  voit  d’apres  sa  Lgende  que  ce  fut  la  un  de  ses  premiers  miracles  a  Nisibe. 

(4)  BHO,  p.  227. 

(5)  AMS ,  I,  p.  424-465. 


560 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


A.  Seller  (1),  d’apres  deux  manuscrits:  Fun  d’Ardlsai  pres  d’Urmi 
et  F autre  de  Koi  Sangaq. 

L’^minent  traducteur  avait  deja  dmis  quelques  doutes  sur  la  vdracitd 
de  la  legende  (2),  doutes  provoques  par  les  anachronismes  et  les  incon¬ 
sequences  habituelles  a  ce  genre  de  litterature.  Ge  que  nous  retenons  ici 
e’est  que  le  couvent  de  notre  saint,  couvent  encore  connu  par  Mgr 
A.  Scher,  se  trouvait  dans  la  montagne  de  So  (Saba  du  texte)  dans  le 
Bohtan,  a  deux  jours  de  marche  au  sud-est  de  Seert,  sur  la  rive  est  du 
Tigre,  en  face  de  Fendroit  oil  la  riviere  Bohtan  se  jette  dans  le  Tigre 
au  village  de  Mawlli  (texte:  Bamawlle)  entre  Diarbdkir  et  Gazira  (3). 
C’est  la  que  se  trouvait  la  grotte  du  saint,  e’est  la  qu’il  fut  enterre.  Ce 
lieu  se  trouve  au  B.  Zabdai. 

Pourquoi  done  parler  de  Salllta  a  propos  de  Wana,  qui  se  trouve 
a  quelque  200  kilometres  en  aval  ? 

C’est  que  la  Chronique  de  Seert  (4)  ne  suit  Fhistoire  traditionnelle 
que  jusqu’avant  Fepisode  de  la  mort  et,  au  lieu  de  faire  rendre  par 
Salllta  une  visite  a  son  compagnon  malade,  elle  dit:  «puis  il  se  rendit 
a  Balad  pour  recevoir  la  benediction  de  quelques  saints.  Mais  il  y  mou- 
rut  et  fut  enterre  dans  une  caverne  (5),  connue  sous  le  nom  d’Awena, 
en  face  de  Balad,  a  Fendroit  appele  al  Douair,  et  situ£  dans  une  foret. 
L’on  construisit  sur  sa  tombe  un  grand  couvent. » 

En  termes  clairs,  cette  variante  veut  dire:  il  y  avait,  pres  d’Awana, 
a  Douair,  au  XIe  siecle  un  «grand  couvent»  qui  se  r^clamait  de  Mar 
Salllta  et  pretendait  bien  possdder  sa  tombe. 

J’avais  depuis  longtemps  etc  fascine  par  le  nom  d’un  village  situd 
a  4  kilometres  au  sud-est  de  Wana,  cgalement  sur  le  Tigre,  et  qui  s’ap- 
pelle  Dairamtuta.  La  contraction,  dans  des  bouches  etrangeres,  de  Dair 


(1)  Suhadd\  II,  p.  132-143. 

(2)  Ibid.,  preface,  p.  v. 

(3)  Repris  dans  Chr.  de  Seert ,  I,  p.  147,  n.  2. 

(4)  I,  p.  147  ct  193. 

(5)  Le  texte  arabe  porte  al  ma(ata,  que  A.S.  corrige  en  al  magara. 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


561 


Mar  Sallita  ne  semblait-elle  pas  dvidente?  Quand  je  pus  me  rendre  sur 
les  lieux  je  constatais  que  le  processus  de  deformation  continuait  encore, 
et  que  ddja  certains  des  habitants  du  pays  pronongaient  Gudramtiita. 
Mais  le  nom  le  plus  utilise  localement  est  celui  de  Dere,  ou  al  Dair, 
selon  que  Ton  parle  kurde  ou  arabe,  et  en  qui  Ton  peut  voir  le  Douair 
de  la  Chronique. 

Quant  au  couvent  lui-meme,  il  est  au  nord  du  village,  a  quelque 
deux  kilometres.  II  n’y  a  plus  aucune  construction  au-dessus  du  sol,  mais 
seulement  un  grand  champ  de  ruines  informes  ayant  peut-etre  200  metres 
de  cote,  ce  qui  represente  vraiment  un  «grand»  couvent.  Les  paysans 
hesitent  a  labourer  cet  espace  et  Tappellent  «al  dair»,  en  le  distinguant 
tres  bien  du  village. 

A  part  le  texte  de  la  Chronique  de  Seert ,  on  ne  sait  rien  du  grand 
couvent  de  Mar  Salllta. 

La  question  se  presente  de  fagon  contraire  pour  le  Couvent  de 
R.  Yusif;  ici  Thistoire  est  connue,  mais  la  localisation  est  incertaine. 

Nous  avons  ddja  rencontre  R.  Yusif  de  Saharzur  comme  superieur 
de  B.  ‘Awe;  sa  faiblesse  vis-a-vis  des  novices  encouragea  ceux-ci  a  chasser 
a  coups  de  pierres  le  patriarche  Sllwa  Zha  (714-728),  qui  voulait  mettre 
la  main  sur  l’evangdliaire  precieux  du  couvent;  le  fait,  on  s’en  souvient, 
avait  coutd  sa  charge  au  superieur.  Nous  l’avons  rencontre  egalement  a 
Bar  ‘Eta,  ou  sa  meme  faiblesse  ne  parvint  pas  a  arreter  les  menees  de 
l’intendant  Ayyas.  Comme  celui-ci  ne  recula  pas  meme  devant  l’assas- 
sinat,  R.  Yusif  prefera  s’enfuir  (1).  Ceci  fut  l’occasion  de  la  fondation 
du  couvent  dont  nous  parlons  maintenant,  car  il  «vint  au  desert  de  la  rive 
du  Tigre,  au  voisinage  de  Balad»  et  fonda  dans  les  environs  de  Wana. 

On  voit  d’apres  d’autres  textes  que  le  couvent  de  R.  Yusif  etait  «en 
face»  de  celui  de  Alar  Pdti5n  (2).  Heias,  ce  dernier  couvent  n’est  pas 


(1)  L.C.,  n°  111  et  Bk.  II,  p.  227-234,  d’apres  sa  vie  (perdue)  £crite  par  Mar 
Atqen,  du  monastere  de  Mar  Apni  Maran. 

(2)  Puisque  Mar  Quriaqos  qui  y  est  alle  prier,  traverse  le  Tigre  (en  marchant 


Rech.  23  —  36 


562 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


encore  localisd,  et  on  ne  sait  meme  pas  s’il  faut  maintenir,  apres  Budge, 
son  identification  avec  le  Dair  al  Sayyatln,  ou  Couvent  des  Diables  (1). 

Le  couvent  fut  fonde  vers  le  milieu  du  VIIIe  siecle.  II  eut  comme 
supdrieur,  pendant  un  certain  temps,  l’Abba  Iso‘,  originaire  d’Awana 
de  Tirhan  (2),  qui  venait  du  monastere  d’Apnimaran  et  y  retourna. 

Dans  la  seconde  moitie  du  siecle,  le  Bx.  Maran  ‘Emmeh,  futur  su- 
perieur  de  B.  Qoqa,  y  recut  la  tonsure  et  y  accomplit  son  temps  de  vie 
commune  (3). 

Au  debut  du  Xe  siecle,  un  de  ses  moines  dtait  Tancien  orfevre  ‘Omar, 
de  Balad  (4),  qui  deviendra  patriarche  sous  le  nom  d’Emmanuel  Ier 
(937-960).  Selon  la  tradition,  il  conferera  le  privilege  de  l’exemption  a 
son  couvent  d’origine  (5). 

De  la  fin  du  siecle  datent  les  deux  seuls  manuscrits  en  provenance 
de  ce  monastere  qui  nous  soient  parvenus;  ce  qui  est  curieux  c’est  que 
ces  deux  volumes  ont  exactement  la  meme  description:  contenant  le 
Nouveau  Testament,  ecrits  par  le  meme  Sllwa  Zha,  a  la  meme  date  de 
894.  L’un  est  a  la  Bibliotheque  Nationale  de  Paris  (6),  l’autre  etait  a 
la  bibliotheque  de  Seert  (7). 


sur  l’eau)  avec  le  futur  6veque  jacobite  de  Balad,  pour  aller  au  couvent  de  Mar  Yusif 
{Bk.  II,  p.  463). 

(1)  Yaqut  (cite  dans  Bk.  II,  p.  233,  n.  5);  Masalek,  p.  302;  Muniat  al  Udaba\ 
p.  145;  H.  Zayat,  Les  couvents ,  p.  15,  18,  27,  33,  42,  75,  104,  105. 

(2)  L.C.,  n°  1 12. 

(3)  B.  Qoqa,  p.  258. 

(4)  Mari,  lat.  p.  84;  ‘Amr  ar.  p.  87-90,  lat.  51-53. 

(5)  Constitution  de  ‘Awdiso* 1 2 3 4 5 6 7,  dans  ‘Awdiso4  de  Nisibe,  Coll.  Can.  Synod.,  tract. 
VII,  cap.  VI,  in  B.O. ,  III,  I,  343-344  et  Mai,  X,  p.  133. 

(6)  Cat.  Nau  ( Notices ,  ROC,  1911),  cod.  342. 

(7)  Cat.  A.  Scher  (1905),  cod.  7.  —  Vu  les  dates  des  deux  catalogues,  il  ne 
peut  s’agir  du  meme  manuscrit,  car  la  bibliotheque  de  Seert  etait  encore  intacte  avant 
1911.  On  remarquera  une  petite  anomalie  dans  la  localisation  de  Mgr  A.  Scher.  «Le 
couvent  de  R.  Yusif,  situ£  vis-a-vis  de  la  ville  de  Balad  et  du  village  de  Awana.»  Pro- 
bablement  le  mot  «pres»  est-il  tomb6  a  l’impression  avant  «du  village)).  D’apres  le 
catalogue  de  Nau,  le  ms.  de  la  B.N.  dit  simplement:  «en  face  de  Balad)). 


COUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS 


563 


Au  cours  du  Xe  siecle  meurt  au  couvent  de  R.  Yusif,  le  fameux 
R.  Suhallso*,  «ocean  de  direction»  qui,  au  temps  ou  il  dtait  au  couvent 
de  R.  Iso'yaw,  dtait  le  conseiller  de  R.  Yusif  Busnaya  (1).  C’est  ici 
qu’arriva  a  Suhallso1 2 3 4 5 6,  le  grand  directeur  qui  ne  sut  pas  se  diriger  lui- 
meme,  l’humiliante  mdsaventure  que  Ton  contera  en  son  temps. 

Si  les  sources  chretiennes  sont  desormais  silencieuses  a  propos  du 
couvent,  les  sources  arabes  les  relaicnt,  et  le  vin  de  «Dair  Abl  Yusif» 
continuera  a  etre  fameux  pendant  plusieurs  siecles. 

Le  poete  mossouliote  SarrI  ar  Rafa’  (f  972/3;,  auteur  d’un  Livre 
des  Convents  malheureusement  perdu,  a  cdldbrd  dans  ses  vers  les  coupoles 
et  les  murs,  peints  en  rouge,  du  couvent,  ainsi  que  les  haires  et  les  ton¬ 
sures  de  ses  moines.  Mais  ce  qui  est  plus  curieux,  c’est  qudl  parle  aussi 
de  religieuses,  habitant  un  couvent  de  mcme  nom.  C’est  la  seule  mention 
que  Ton  ait  de  ce  Dair  Yusif  de  religieuses  (2). 

Bien  que  le  Sabusti  ne  parle  pas  du  monastere,  Yaqut  (3)  le  cite, 
assez  laconiquement :  «En  amont  de  Mossoul  et  en  aval  de  Balad,  a  un 
parasange  de  cette  derniere  ville.  C’est  un  grand  couvent,  ou  il  y  a  des 
moines  riches.  Il  est  sur  la  rive  du  Tigre,  sur  le  trajet  des  caravanes.» 
Cette  derniere  phrase  ne  doit  pas  nous  induire  en  erreur,  le  couvent  est 
sur  la  rive  orientale  du  Tigre,  et  Test  done  pas  sur  la  grand-route  des 
caravanes  Mossoul-Nisibe,  qui  passait  par  Balad,  mais  sur  la  route  allant 
de  Mossoul  vers  le  nord  (4),  e’est-a-dire  aussi  route  assyrienne  de 
Nisibe,  venant  de  Ninive  et  traversant  le  Tigre  au  gud  de  Balad  (5). 

Ibn  Fadlallah  al  ‘Omari  (6)  ne  se  contente  pas  de  citer  une  pod- 
sie  du  Haled!,  qui  y  alia  plusieurs  fois  s’y  enivrer  avec  «un  seerdtaire 


(1)  Vie  de  R.  Y.  Busnaya ,  p.  113. 

(2)  Citd  par  H.  Zayat,  Convents,  p.  15,  27,  75,  104  et  105.  Le  Diwan  d’as 
SarrI,  citd  par  H.  Zayat  d’apres  le  ms.  de  Paris,  a  dtd  dditd  au  Caire  en  1936. 

(3)  Mu‘gam ,  t.  IV,  p.  121. 

(4)  Bk.  II,  p.  233,  n.  5,  avec  rdf. 

(5)  Cf.  carte  XV  de  Topographic  historique  de  la  Syrie  antique  et  medievale ,  par 
R.  Dussaud  (Paris  1927);  sur  le  gud,  cf.  texte  p.  501. 

(6)  Masdlek,  p.  302-303,  en  partie  citd  par  H.  Zayat,  p.  18,  33  et  42. 


564 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  fun  de  nos  princes»  (au  IVe  s.  H.),  mais  il  le  decrit  tel  qu’il  Y a  vu 
lui-meme,  dans  la  premiere  moitie  du  XIVe  siecle.  C’etait  alors  un  site 
enchanteur,  ou  les  oliviers,  les  cypres  et  les  myrthes  croissaient  parmi  les 
plantes  odoriferantes  et  les  narcisses.  Son  eglise  dtait  une  belle  construc¬ 
tion,  ornde  a  l’interieur  d’icones  aclmirables.  Ses  moines  poss^daient  des 
richesses  et  des  troupeaux.  Son  vin  etait  tres  repute,  et  tous  les  jours  une 
caravane  venait  en  acheter.  Les  «bons  vivants»  y  venaient  en  excursion 
avec  leurs  tambourins,  leurs  luths  «et  tous  leurs  amusements».  Evidem- 
ment  le  couvent  etait  trop  loin  de  Mossoul  (environ  45  km.)  pour  qu’on 
puisse  y  venir  pour  la  journee;  hauteur  y  resta  trois  jours. 

Au  debut  du  XVIIIe  siecle,  Yasin  al  ‘Omari  reprend  presque  mot 
a  mot  la  notice  de  Yaqut.  II  ne  fait  qu’en  supprimer  tout  ce  qui  indiquait 
la  vie,  les  moines  et  leurs  richesses,  et  le  passage  des  caravanes.  Le  cou¬ 
vent  est  maintenant  mort,  et  pour  Yasin  deja  «du  temps  ancien»  (1). 

Aujourd’hui  les  habitants  d’Eski  Mossoul  ont  oublie  jusqu’a  son 
nom;  il  faut  dire  aussi  qu’ils  ont  egalement  oublie  les  noms  des  sanc- 
tuaires  musulmans  dont  s’enorgueillissait  fancienne  Balad  et  auxquels 
al  Harawi  vint  en  pelerinage  (2). 


(1)  Muniat  al  Udaba p.  145. 

(2)  Cit.  p.  151. 


XVII 


LES  COUVENTS  SYRIENS  DE  NIN1VE 


1.  —  Mar  Behnam 

Quand  on  aborde  fdtude  du  couvent  de  Mar  Behnam,  on  sait  qu’on 
ne  pourra  tout  dire.  La  matiere  est  trop  abondante  et  a  fait  l’objet  de 
nombreuses  Etudes,  surtout  de  la  part  de  celui  qui  est  supdrieur  du  cou¬ 
vent  depuis  de  si  nombreuses  anndes  et  qui  a  tant  fait  pour  sa  maison, 
Mgr  Ephrem  ‘Abdal.  En  plus  de  plaquettes  artistement  dditdes  (1), 
donnant  en  plusieurs  langues  une  dtude  rdsumde  de  fhistoire  du  couvent 
et  de  ses  magnifiques  sculptures,  finfatigable  batisseur,  administrateur, 
guide,  dducateur,  auteur,  a  publid  en  1949  une  Vie  des  deux  grands  princes , 
Behnam  et  sa  sceur  Sarah ,  martyrs  (2),  et  surtout,  en  1951,  sa  grande  Histoire 
du  couvent  de  Mar  Behnam ,  que  nous  avons  ddja  si  souvent  rencontrde 
et  dont  nous  avons  tird  le  plus  grand  profit  (3). 

Mar  Behnam  commence  l’dtude  des  couvents  syriens  parce  qu’il  est 
situd  a  l’extreme  pointe  sud  du  Ba  Nuhadra,  a  35  kilometres  au  sud- 
est  de  Mossoul.  II  a  fallu  une  ldgende  merveilleuse  pour  maintenir  en 
vie  un  sanctuaire  si  dloignd  de  tout;  c’est  cet  dloignement  qui  gardera 
son  histoire  en  dehors  de  la  turbulence  de  Mar  Matta  et  de  Ninive, 
c’est  cette  ldgende  qui  rdunira  dans  son  temple  un  trdsor  d’art  que  les 


(1)  Beyrouth,  1954,  Bagdad  1964. 

(2)  Mossoul,  66  pages,  en  arabe. 

(3)  Kitdb  at  Lulu  an  nadld  f l  tank  Dair  Mar  Behnam  as  safrid,  Mossoul,  255  p.; 
ce  livre  est  toujours  citd  sous  le  sigle:  Abdal.  — Je  ne  mentionne  pas  les  nombreuses 
cartes  postales,  images,  brochures  de  pidte,  etc.  qui  propagent  partout  le  culte  du  saint 
et  la  connaissance  des  tresors  artistiques  de  son  temple. 


566 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


siecles  ont  accumule  et,  ce  qui  est  plus  admirable  encore,  respecte. 
L’etude  de  Mar  Behnam  se  divise  done  tout  naturellement  en  trois 
tableaux:  une  legende,  une  histoire,  un  tresor. 

Une  legende 

La  legende  de  Mar  Behnam  (1)  est  une  des  plus  parfaites  qui  soient 
parmi  les  «histoires  de  sacristains».  Tout  y  est  explique,  et  le  visiteur 
s’en  va  content,  ayant  oublie  les  fatigues  du  pelerinage. 

Le  fonds  historique  semble  se  resumer  en  quelques  maigres  faits 
dont  la  pidtd  populaire  ne  pouvait  se  contenter:  un  homme  a  ete  marty¬ 
rise  ici,  il  s’appelait  Behnam.  C’est  tout  ce  que  l’histoire  historique  peut 
affirmer  avec  certitude  du  titulaire  de  cette  magnifique  eglise.  Un  «culte 
immemorial  fixe  le  lieu  du  martyre  aupres  de  la  «fosse»  que  Ton  venere 
encore.  Tout  au  plus,  en  regardant  d’un  peu  plus  pres  le  nom  du  martyr, 
peut-on  y  reconnaitre  un  nom  persan,  qui  veut  dire  «de  bon  nom»  (2) 


(1)  Texte  syriaque  dans  AMS,  II,  p.  397-442;  arabe:  Suhada ’,  I,  p.  291-306. 
Mgr  Ignace  Rahmani  a  donne  un  resume  arabe  et  une  traduction  frangaise  de  cette 
legende  dans  le  premier  de  ses  articles  sur  le  couvent,  dans  Documents  d’ Orient  {=  al 
Atar  as  sarqiya,  revue  du  patriarcat  syrien  catholique) ,  II 1/1928,  fevrier,  arabe  p.  37-44, 
frangais  p.  8-14;  en  anglais,  resume  de  M.  l’abbe  Jean  Rahmani,  St.  Behnam...  and  His 
Monastery,  Harlssa  1929.  —  Litterature  abondante,  cf.  s.v.  Behnam  et  Sara,  art.  de  M. 
le  Chanoine  Van  Lantschoot,  in  DHGE,  VII/1934,  col.  477.  Et  les  oeuvres  de  Mgr 
Abdal  pr^cedemment  citees. 

(2)  Un  mois  persan  porte  le  nom  de  Bahnam,  un  des  six  Amschaspands  de  l’an- 
cienne  religion  persane.  —  La  liste  des  martyrs  de  Kerkouk  (AMS,  II,  p.  287;  B.O. , 
I,  p.  189,  qui  traduit  «puer  c!ericus»)  mentionne  parmi  les  victimes  de  la  persecution 
d’ArdasIr,  fils  de  Sapor,  alors  vice-roi  d’Adiabene,  et  futur  Ardaslr  II  (379-383),  un 
enfant  voue  (fils  du  pacte)  du  nom  de  Vahunam,  lapide  a  Gazzak  (il  ne  semble  pas 
qu’il  faille  retenir  la  correction  de  Bedjan  en  Ganzak,  car  cette  ville,  actuellement 
Tabriz,  en  Adherbaidjan,  est  trop  loin  de  Kerkouk  et  de  l'Adiabene,  et  peut  difficile- 
ment,  mcme  a  cette  epoque,  etre  appelee  un  village)  par  des  femmes  nobles  de  Ker¬ 
kouk,  chretiennes  de  nom,  contraintes  par  le  roi.  Ce  Vahunam  figurait  au  Synaxaire 
grec  le  20  novembre,  avec  ses  compagnons  Jean,  Sapor,  etc.,  victimes  de  la  meme 
persecution  (cf.  Acta  Sanctorum,  nov.,  t.  IV,  p.  427-428,  et  Vies  des  Saints ,  de  Dom 
Baudot  et  des  Benedictins  de  Paris,  t.  XI,  novembre  1954,  p.  671-672).  Le  P.  Peeters 
( Passionnaire  d’Adiabene,  p.  265,  n.  1)  pense  que  «le  souvenir  de  ce  jeune  martyr  semble 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


567 


et  ce  n’est  pas  trop  risquer  de  dire  que  ce  martyr  vivait  a  Pdpoque 
sassanide.  La  date  du  IVe  siecle  donnee  comme  sienne  est  possible, 
mais  le  Ve  et  le  VIe  le  seraient  egalement. 

Pour  le  reste,  non  seulement  la  critique  interne  du  rdcit,  mais  encore 
l’histoire  civile  et  religieuse  nous  mettent  en  garde  contre  trop  de  crd- 
dulite.  Jean,  eveque  syrien  de  Mardin  (1125-1165),  qui  avait  lui-meme 
restaure  tant  de  couvents,  ne  dit-il  pas  que  les  Actes  des  saints  en  l’hon- 
neur  desquels  ces  sanctuaires  ont  batis  sont  malheureusement  pour 
la  plupart  perdus.  Et  il  donne  comme  exemple,  justement,  «le  tres 
cdlebre  Mar  Behnam  qui,  aujourd'hui  comme  au  temps  des  Apotres, 
fait  des  miracles  et  des  prodiges  pour  ceux  qui  viennent  a  lui  avec  foi, 
et  sur  lequel  cependant  on  n'a  pas  d’histoire,  mais  seulement  une  tra¬ 
dition  orale,  augmentee  et  diminude  au  grd  du  narrateur»  (1). 

Ce  ne  sont  done  pas  les  orientalistes,  et  a  leur  tete  Baumstark  (2), 


avoir  fourni  le  theme  de  la  passion  epique  des  SS.  Behnam  et  Sara».  Cette  opinion 
est  reprise  par  les  Benedictins  de  Paris,  et  citee,  sans  se  prononcer,  par  M.  Van  Lant- 
schoot  ( DHGE ,  VII/1934,  col.  477).  En  fait,  je  me  demande  si  ce  Vahunam  ne  serait 
pas  le  patron  du  grand  couvent  situ£  a  trois  quarts  d’heure  de  marche  de  Koi  Sangaq, 
a  la  limite  nord-est  de  l’Adiabene  ( $uhada\  I,  p.  305,  note  de  Mgr  A.  Scher),  visits 
et  fete  chaque  annee  par  les  gens  de  Koi  et  d’Armuta.  Ne  serait-ce  pas  plus  normal 
que  ce  saint  de  la  tradition  chald^enne  soit  le  patron  du  couvent,  plutot  que  notre 
Behnam,  si  lie  a  la  tradition  syrienne?  C’est  un  phdnomene  courant  que  l’on  prenne 
la  legende  d’un  saint  pour  compenser  la  perte  de  la  ldgende  d'un  autre. 

(1)  B.O.,  II,  p.  222,  texte  syriaque  p.  223,  d’apres  une  copie  de  1560;  cit6  (un 
peu  deforme)  par  Parry,  Six  Months  in  a  Syrian  Monastery ,  Londres  1895,  p.  109,  note. 
—  Mgr  A.  Scher  ( Kaldu  wa  Atiir ,  II,  p.  93)  6numere  un  certain  nombre  de  contra¬ 
dictions  et  d’anachronismes  de  la  legende,  mais  n’est-il  pas  trop  g£n6reux  quand  il 
dit:  «I1  semble  que  l’ecrivain...  ait  v£cu  apres  le  VIe  siecle. »  Que  cet  £crivain  ait 
telescope  deux  personnages  (Matta  et  Zakai)  Fun  du  IVe  siecle  et  1’ autre  du  VI Ie, 
semble  indiquer  qu'il  v^cut  en  effet  (longtemps)  «apres  le  VIe  siecle».  On  relevera 
des  details  (v.g.  le  role  de  Mar  Abraham)  qui  ne  sont  compr^hensibles  qu’apr£s  le 
Xe  siecle.  Comme  disait  Jean  de  Mardin,  chaque  siecle  a  ajout^  et  retranch£  a  son  gr6. 

(2)  Mgr  Barsaume,  p.  596,  troisieme  r^ponse  aux  orientalistes.  L’auteur  s’in- 
digne  et  monte  sur  ses  grands  chevaux,  mais  sans  rien  prouver  en  retour.  On  pourrait 
discuter  aussi  l’affirmation  de  Feminent  auteur  que  ce  sont  les  Syriens  qui  ont  invent^ 
la  critique  historique. 


568 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


qui  ont  mis  en  doute  l’historicitd  de  la  ldgende  de  Mar  Behnam  (et  non 
pas  1’historicitd  de  Mar  Behnam)  mais  bien  les  Orientaux  eux-memes. 
Le  fait  est,  et  Baumstark  n’a  fait  que  le  relever  (1),  que  les  premiers 
textes  que  Ton  possede  de  la  legende  sont  trop  eloignes  des  faits  qu’ils 
rapportent  pour  pretendre  a  une  valeur  historique  serieuse.  D’ailleurs 
les  papes  eux-memes  ont  reconnu  le  peu  de  valeur  de  legendes  similaires, 
pourtant  fort  repandues  (2). 

Des  le  debut,  la  legende  se  classe  delibdrement  dans  le  genre  «prince 
charmant»  (3)  car,  bien  sur,  si  Ton  ne  peut  etre  saint  quand  on  n’est 
ni  moine  ni  martyr,  on  ne  peut  etre  un  martyr  interessant  si  Ton  n’est 
pas  roi,  ou  au  moins  fils  de  roi  ou  gouverneur.  Behnam  se  contentera 
d’etre  his  de  roi.  Quel  sera  son  pere?  Les  ruines  voisines  de  la  capitale 
assyrienne  de  Nimrud  (Kaleh)  vont  immediatement  fournir  un  roi: 
Sennacherib,  roi  de  Nimrud.  On  ne  s’occupe  pas  de  savoir  si  le  dernier 
Sennacherib  vivait,  au  bas  mot,  mille  ans  avant  son  pretendu  his,  ni 
comment  un  «roi»  du  IVe  siecle  pouvait  avoir  un  nom  assyrien,  on  fait 
de  Sennacherib,  pere  de  Behnam,  un  «roi  historique». 

Le  malheur  est  qu’on  ne  possede  sur  ce  personnage  qu’une  seule 
source,  tres  tardive,  et  qui  (cercle  vicieux)  s'inspire  elle-meme  de  la 
legende.  Ce  document,  la  Chronique  d'un  moine  edessenien  anonyme 
du  XIIe-XIIIe  siecle  (4),  ne  se  contente  pas  de  citer  la  legende,  elle 


(1)  Syr.  Lit.,  p.  192  et  n.  4. 

(2)  Au  lieu  de  toutes  ces  discussions  steriles  et  qui  engendrent  des  ressentiments, 
ne  serait-il  pas  plus  simple  de  dire  de  Mar  Behnam,  comme  le  d^cret  De  libris  recipients 
(attribue  au  pape  Gelase,  495)  dit  de  S.  Georges,  qu’il  etait  un  de  ceux  «dont  les  noms 
sont  en  juste  veneration  parmi  les  hommes,  alors  que  leurs  actions  sont  connues  de 
Dieu  seul»  (cite  in  Eastern  Churches  Quartely,  1938,  p.  36-37). 

(3)  J’en  ai  releve  plusieurs  a  propos  de  Mar  Qardag. 

(4)  Editee  par  Mgr  Rahmani  (t.  I,  1904)  et  Chabot  avec  l’aide  de  Mgr  Bar- 
saume  (t.  II,  1916);  louee  par  ce  dernier  (avec  deja  quelques  reserves)  dans  Lu,lu\ 
2e  ed.,  p.  500-501.  —  L’auteur  avait  accompagn£  le  maphrien  Gregoire  Ya‘qub  dans 
son  eparchie  en  1 190,  et  etait  venu  en  contact  avec  la  legende  a  ce  moment-la,  s?il  ne 
la  connaissait  pas  auparavant. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


569 


n’hdsite  pas,  dans  une  pretendue  lettre  dejulien  l’Apostat  a  S.  Basile  (1), 
a  substituer  le  nom  de  Sennacherib  a  celui  de  Sapor.  Inddpendamment 
du  fait  que  certains  auteurs  syriens  modernes  continuent  a  accepter  cette 
lettre  comme  authentique,  alors  que  depuis  longtemps  plus  personne  n’y 
croit  (2),  la  substitution  de  nom  apparait  clairement  si  Ton  se  rapporte 
au  texte  grec  (3),  qui  a  au  moins  l’avantage  de  se  baser  sur  des  versions 
plus  anciennes  que  la  Chronique  du  Rahawi  al  maghul  (4). 

Meme  si  ce  Sennacherib  sassanide  avait  existe,  ou  aurait-il  eu  sa 
capitale?  Est-on  tellement  sur  qu’une  ville  ait  subsiste  jusqu’au  IVe 
siecle  de  notre  ere  sur  les  ruines  de  Kaleh  ?  Les  archeologues  de  la 
British  School  of  Archaeology  qui  fouillent  depuis  1949  le  site  dit  Tell 
de  Nimrud,  sont  categoriques  sur  ce  point:  il  n’y  a  plus  eu  d’occupation 
de  tell  apres  le  deuxieme  siecle  avant  jesus-Christ  (5).  Si  ces  archeo¬ 
logues  s’attendaient  a  trouver  quelque  chose  d’interessant,  comme  le 
palais  de  notre  Sennacherib,  dans  les  couches  superieures  du  tell,  corres- 
pondant  au  niveau  sassanide,  ils  ne  les  defonceraient  pas  au  bulldozer 
pour  arriver  plus  vite  aux  niveaux  producteurs,  et  la  Direction  Generale 
des  Antiquites  d’lraq  ne  les  y  autoriserait  pas. 


(1)  Publi6e  en  syriaque  dans  P  Edition  du  Rahawi  par  Mgr  Rahmani  (p.  90-92) 
et  traduite  en  arabe  par  Mgr  Armalet  (qui  la  pr^sente  comme  «inconnue  et  citde 
par  personne  avant  cet  historien»  ?)  dans  Documents  d'Orient  III/1928,  p.  136-138. 

(2)  Cf.  £d.  critique  de  Bidez  et  Cumont,  Imp.  Caesaris  Flavi  Claudiii  Iuliani 
epistidae...,  Paris,  Les  belles  lettres,  1922,  p.  282-284,  ou  la  lettre  est  pr£c6d£e  de  cette 
note:  «Spurias  esse  has  litteras  nullus  est  hodie  qui  negat,  et  iam  Byzantino  aevo, 
scholiasta  anonymus  hos  agnovit.»  Gf.  P.G.,  XXXII,  p.  341,  n. ;  id.,  Garnier  (en  1725) 
dans  sa  vie  de  S.  Basile  (ch.  VIII,  §  I,  in  P.G. ,  XXIX,  p.  32)  et  d’autres  {id.,  p.  269, 
note  c). 

(3)  P.G.,  XXXII,  col.  343-344,  lettre  XL,  «I1  me  faut,  le  plus  tot  possible, 
venir  en  Perse  et  ^eraser  Sapor,  ce  neveu  de  Darius,  (ou :  de  la  race  de  Darius)  jusqu’a 
ce  qu’il  devienne  mon  vassal  et  mon  tributaire.»  Le  nom  de  Sapor  se  retrouve  aussi 
dans  le  titre  donn£  plus  tard  a  la  lettre,  et  qui  confirme  le  texte. 

(4)  Cf.  P.G. ,  XXXII,  col.  66. 

(5)  Cf. :  Nimrud  1957:  The  Hellenistic  Settlement,  par  David  et  Joan  Oates, 
Iraq,  XX/ 1958,  p.  136. 


570 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


Les  auteurs  modernes  pour  qui  la  legende  est  parole  d’Evangile 
prennent  beaucoup  de  peine  pour  expliquer  comment  Kaleh-Nimrud 
s’appelle  Ator  dans  la  legende.  En  fait,  une  etude  de  femploi  du  nom 
dans  la  litterature  syriaque,  fournit  deux  acceptions  du  vocable:  comme 
province  ecclesiastique,  Ator  est  tout  le  pays  au  nord  du  Grand  Zab, 
voire  meme  du  Petit  Zab.  On  verra  plus  loin  que  c’est  dans  ce  sens 
qu'en  parle  finscription  de  Baidu.  Comme  ville,  Ator  designe  Mos- 
soul  (1).  C’est  dans  ce  sens  que  le  mot  est  employe  dans  la  legende  de  Mar 
Z6na,  par  exemple.  Dire  que  la  legende  de  Mar  Behnam  a  voulu  appli- 
quer  le  meme  nom  aux  ruines  de  Kaleh  est  fournir  un  argument  de  plus 
en  faveur  de  sa  composition  tardive,  car  cette  nouvelle  acception  du  mot 
ne  semble  pas  se  retrouver  ailleurs  avant  le  XIII6  siecle. 

Si  Ton  tient  absolument  a  placer  le  lieu  de  naissance  (en  fait  in- 
connu)  de  Behnam,  non  loin  du  lieu  (bien  fixe)  de  son  martyre,  pourrait- 
on  le  chercher  a  Nimrud,  le  minuscule  village  a  qui  le  grand  tell  a  donne 
son  nom  (2)  ?  On  y  trouve  une  petite  eminence  et  des  traces  d’un 
village  precedemment  plus  grand.  Ce  village  lui-meme  etait  relativement 
recent  car,  d’apres  Layard  (3),  avant  1840,  le  village,  jadis  plus  pres 
du  tell,  avait  suivi  le  Tigre  dans  son  deplacement  vers  l’ouest,  pour 
faciliter  le  ravitaillement  en  eau.  Le  nouveau  village,  a  un  mille  du  tell, 
etait  lui-meme  en  ruines  quand  Layard  y  arriva  (4). 

Que  ce  soit  dans  son  site  ancien  ou  dans  son  site  nouveau,  il 
ne  semble  pas  que  Ton  puisse  identifier  ce  Nimrud  avec  le  lieu  dont 
etait  originaire  Yusif  Hazzaya.  La-bas  c’etait  une  «ville»,  avec  un 
mur  et  des  portes  (5),  qui  put  resister  aux  troupes  arabes  de  ‘Omar  II 


(1)  Lexique  de  Bar  Bahlul  (Xe  s.),  ed.  R.  Duval,  t.  I,  col.  322,  plus  les  autres 
auteurs  cites  dans  Payne  Smith,  Thesaurus ,  t.  I,  col.  420-421. 

(2)  On  remarquera  cependant  que  les  Arabes  du  temps  des  premieres 
fouilles  appelaient  ce  tell  «ar  rasm». 

(3)  Nineveh,  II,  p.  88. 

(4)  Nineveh ,  II,  p.  26. 

(5)  L.C. ,  n°  126. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


571 


(717-720)  (1)  et  dtait  meme  assez  importante  pour  avoir  un  «chef  de 
Mages».  Les  localites  du  nom  de  Nimrud  sont  nombreuses  (2),  et  on  ne 
voit  pas  tres  bien  ou  peut  se  trouver  uneville  persane  qu’un  prince  arabe 
rencontre  en  allant  en  guerre  contre  les  Turcs  au  debut  du  VIIIe  siecle. 

Quelle  que  soit  la  ville  de  Nimrud  du  Liber  Castitatis  (3),  ce  ne 
peut  etre  la  Nimriid-Ator  du  prdtendu  Sennachdrib,  car,  scion  la  meil- 
leure  tradition  hagiographique,  «toute  la  ville»  avait  du  se  convertir 
avec  son  roi  au  IVe  siecle,  et  il  ne  pouvait  pas  y  rester  des  Mages  en  force 
au  debut  du  YIIe.  Decidement,  celui  qui  voudrait  defendre  l’historicitd 
de  la  ldgende  de  Behnam  devrait  expliquer  trop  dhnvraisemblances  et 
d’anachronismes. 

Mais  reprenons  le  fil  du  recit.  Si  Behnam  est  lefilsd’un  roisassanide, 
il  est  done  paien,  et  il  faut  qu’il  se  convertisse.  Les  «motifs  de  credibilite» 
des  ldgendes  syriaques  sont  pratiquement  rdduits  a  un  seul:  le  miracle. 
Pas  de  miracle,  pas  de  conversion.  Il  nous  faut  done  un  miracle. 

A  trois  quarts  d’heure  de  marche  du  couvent,  au  nord-est,  se 
trouve  une  mare  d'eau  a  la  surface  de  laquelle  viennent  crever  des 
bulles  d’hydrogene  sulfure  et  de  gaz  hydrocarbure.  Cette  eau  lai- 
teuse  a  des  propridtds  naturelles  de  gudrison  de  certaines  maladies  de 
peau  (4) .  Comme  fexistence  de  cette  source  n’a  pas  encore  dtd  expliquee, 


(1)  Le  texte  porte  ‘Omar  b.  al  Hattab,  mais  doit  certainement  etre  corrigd 
car  Yusif  Hazzaya  vivait  au  VIIIe  s.  Il  6tait  contemporain  de  Quriaqos  de  Dura, 
dveque  de  Balad  (ca.  760)  et  fut  excommuni£  par  Timoth£e  Ier  en  790,  date  a 
laquelle  son  futur  biographc,  Nestorus,  devint  £veque  du  Ba  Nuhadra.  Corriger  aussi 
ce  que  j’ai  dit  au  vol.  I,  p.  124  en  haut,  avec  amende  honorable  a  ‘Amr.  Si  en  effct 
Yusif  Hazzaya  est  a  retarder  jusqu’au  YIIIe  s.,  il  n’y  a  plus  de  raison  de  ne  pas 
placer  BohtIso‘,  fondateur  de  Margana,  en  714-728. 

(2)  La  renommee  de  Nimrud  comme  grand  constructeur  lui  a  fait  attribuer 
plusieurs  mines  importantes,  jusqu’en  Egypte  et  en  Lybie.  Au  hasard  citons  encore: 
Tell  Nimrud  pres  de  Bagdad,  le  Nimrud  Dag  pres  d’Edesse  et  Birs  Nimrud. 

(3)  La  mention  de  l’Arabe  de  Singar  qui  acheta  le  jeune  esclave  Yusif  ne  peut 
ajouter  aucune  lumiere,  car  on  ne  sait  ou  il  fut  vendu  par  ceux  qui  l’avaient  capture, 
ni  ou  l’Arabe  vint  l’acheter. 

(4)  Elle  est  aussi  ^minemment  toxique.  Au  moins  deux  hommes  qui  y  sont  tomb^s 


572 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


et  que  le  visiteur  curieux  veut  qu’on  lui  explique  tout,  c.’est  la  que  va 
se  produire  le  miracle:  quelqu’un  va  avoir  une  maladie  de  peau;  pour 
faire  bonne  mesure,  ce  sera  la  lepre;  et  il  sera  gudri  par  miracle,  grace 
a  la  «source».  Mais  qui  aura  la  lepre?  Nous  voici  a  court  de  person- 
nages;  ce  ne  peut  etre  Sennacherib,  qui  devra  etre  endurci  jusqu’au 
bout,  ni  Mar  Behnam;  un  prince  charmant  n’a  pas  la  lepre.  II  faut  done 
trouver  quelqu’un  suffisamment  proche  du  prince  pour  que  sa  guerison 
le  convertisse,  mais  dont  pourtant  la  valeur  humaine  n’atteigne  pas  la 
sienne.  Ce  sera  la  sceur  (1)  de  Behnam,  Sarah.  L’hagiographie  nous 
presente  souvent,  sur  le  moclele  de  la  femme-soeur  d’Abraham,  Sarah, 
ce  personnage  feminin  d’importance  secondaire  accompagnant  le 
heros  principal  des  legendes.  Nous  en  avons  deja  rencontre  plusieurs, 
egalement  nominees  Sarah  (2).  Sarah,  soeur  de  Behnam,  aura  done  la 
lepre.  Qui  sera  mieux  indique  pour  Ten  guerir  (au  moins  dans  l’optique 
du  XIIe-XIIIe  siecle)  que  le  vieux  moine  Matta?  La  distance  a  par- 
courir,  quarante  kilometres  a  vol  d’oiseau,  pourrait  etre  un  obstacle 
pour  Matta,  qui  est  vieux  (ne  l’appelle-t-on  pas  Saih  Matti?).  Mais 
Behnam  est  jeune  et  il  est  prince.  II  possede  un  cheval.  Quoi  de  plus 
simple  pour  lui  que  d’aller  a  la  chasse  de  ce  cote?  Je  crois  meme  que  la 
legende  complete  mentionne  un  cerf,  analogue  a  celui  de  S.  Hubert  (3). 
Quoi  qu’il  en  soit,  le  prince  et  l’anachorete  se  rencontrent.  Dialogue. 


s’y  sont  noy£s.  L’un  etait  moine  de  Mar  Behnam  et  s’appelait  Ya‘qub,  fils  de  Daoud 
Maqdassi  Ilo,  de  Mossoul.  Il  se  noya  le  10  juillet  1910  et  est  enterre  sous  la  galerie 
de  la  facade  (Abdal,  p.  142).  Du  point  de  vue  chimique,  cette  source  a  ete  decrite 
par  C.P.  Nicolesco,  in  Gisements  petroliferes  de  Vlrak,  Paris  1933,  p.  109-110. 

(1)  Si  un  homme  n’a  que  des  filles,  on  dit  qu’il  n’a  pas  d’enfants! 

(2)  L’hagiographie  occidentale  n’a  pas  exploite  la  veine  Sarah.  Le  martyro- 
loge  romain  ne  possede  que  deux  Sarah,  toutes  deux  orientales:  le  prototype,  Sarai, 
la  princesse,  origine  des  rois  (Gen.  XVII,  16),  let^e  le  9  octobre,  et  une  religieuse  de 
Thebaide.  Pour  l’hagiographie  orientale,  un  palmares  provisoire  comprendrait  deux 
noms  de  l’Ancien  Testament,  la  «soeur»  d’Abraham  et  celle  de  Nahum,  et  trois  noms 
syriens  occidentaux:  les  soeurs  de  Zena,  Yohanon  bar  Nagare,  et  Behnam. 

(3)  Sur  le  binome  cerf-saint,  cf.  Christianity  and  Islam  under  the  Sultans ,  par  F.W. 
Hasluck,  2  vol,  Oxford,  Clarendon,  1929;  t.  II,  p.  460-461. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


573 


Tentative  de  conversion.  Refus.  «Je  veux  un  miracle;  ma  soeur  a  la 
lepre»,  etc.  Desormais  tous  les  personnages  ont  leur  role  et  le  scenario 
est  esquisse;  il  reste  la  realisation:  miracle,  conversion,  bapteme;  cer¬ 
tains  diront  meme  que  la  source,  desormais  appeRe  ‘Ain  Sarah,  jaillit 
pour  la  circonstance. 

Colere  du  pere.  Massacre:  Behnam,  Sarah,  «et  leurs  XL  compa- 
gnons»  (?)  (1)  sont  martyrises  par  Sennacherib  courrouce  (2).  Avant 
de  mourir,  Behnam  prie  Dieu  d’accepter  son  sacrifice  et  de  lui  remettre 
ses  peches,  mais  aussi  «d’accorder  a  tous  ceux  qui  visiteront  leurs  tombes 
les  graces  qu’ils  demanderaient». 

On  ne  peut  evidemment  pas  en  rester  sur  cette  fin  glorieuse  mais 
triste.  Les  martyrs  doivent  avoir  leur  revanche,  qui  sera  la  conversion 
de  leur  pere.  Mais  on  ne  peut  aller  trop  vite.  La  scene  est  alors  tenue 
par  un  nouveau  personnage,  la  mere  de  Behnam,  la  reine,  que  Ton 
appellera  necessairement  Sirin,  en  souvenir  du  type  des  reines  chr£- 
tiennes  d’Orient,  la  fameuse  dpouse  de  Chosroes  II,  moins  anachronique 
que  Sennacherib.  D’ailleurs,  son  nom  ne  veut-il  pas  dire  «la  douce»? 
Sirin  pleure,  c’est  la  son  role  principal.  Pour  pouvoir  venir  pleurer  plus 
a  son  aise  au  tombeau  de  ses  enfants  elle  fait  creuser  un  tunnel,  de  7 
km.  de  long,  entre  son  palais  et  le  martyrion  dlev£  sur  la  «fosse»  du 


(1)  J’ai  relu  avec  attention  toutes  les  inscriptions  de  l’^glise  et  du  tombeau, 
telles  qu’elles  sont  rapport6es  par  Mgr  Abdal,  a  seule  fin  d’y  trouver  une  mention 
des  40  compagnons.  Je  n'en  ai  pas  trouve  une  seule.  L’histoire  n’a  rien  pour  appuyer 
l’assertion  de  la  legende  que  eux  aussi  doivent  etre  la.  —  Ces  «quarante  compagnons» 
seraient  a  ajouter  aux  listes  ddja  longues  de  Quarante  de  toutes  sortes  (v.g.  Hasluck, 
cit.,  t.  II,  p.  391-402). 

(2)  Le  folklore  a  gard6  le  menu  du  dernier  repas  mang£  par  la  petite  troupe 
alors  qu’ils  £taient  en  fuite  devant  les  solidats  de  Sennacherib.  On  l’appelle  encore 
«le  brouet  de  Mar  Behnam»  et  on  le  confectionne  le  jour  de  sa  fete.  II  consiste  en 
un  melange  de  pois  chiches,  feves,  anis,  grains  de  bl6,  raisins  secs,  et  autres  «graines» 
bouillies  a  beau.  Des  «hasisi»  du  meme  genre  sont  confectionn^es  par  les  musulmans, 
sunnites  et  chiites,  a  l’occasion  de  leurs  fetes.  Evidemment,  on  leur  donne  alors  des 
interpretations  difT6rentes. 


574 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


martyre  (1).  Enfin,  elle  convertit  son  mari,  exorcist  par  Mar  Matta, 
afin  que  tous  soient  reunis  dans  la  gloire. 

N’oublions  pas  les  sequelles.  Sennacherib  repentant  batit  un  cou- 
vent  a  Matta.  Sirin  construit,  sur  le  meme  Mont  Alpap,  un  autre  couvent 
pour  Abraham,  sous  prieur  de  Zakai  successeur  de  Matta  ( ?)  au  lieu 
dit  Kuhiata  (2),  et  surtout  elle  eleve  le  mausolee  de  la  «fosse»  oil  les 
reliques  de  ses  enfants,  recouvrees  par  miracle,  sont  deposdes  (3). 


(1)  Tout  le  monde,  tant  les  chretiens  qui  vivent  dans  la  mouvance  du  monas- 
tere,  que  les  Arabes  des  environs  de  Nimrud,  croit  dur  comme  fer  a  F  existence  de  ce 
tunnel,  et  la  trouvaille  du  moindre  trou  est  saluee  comme  la  d^couverte  de  Fentr^e 
du  tunnel.  J’ai  toujours  ete  tres  sceptique  sur  ce  point,  et  les  archeologues  qui  fouillent 
a  Nimrud  partagent  mon  incredulite.  D’ailleurs,  pourquoi  y  aurait-il  un  tunnel  s’il 
n'y  a  pas  de  palais?  S’il  y  a  un  «fundamentum  in  re»  a  cette  tradition,  peut-etre  vau- 
drait-il  mieux  chercher  un  tunnel  entre  le  tombeau  et  l’eglise  actuelle? 

(2)  On  verra  que  le  couvent  de  Mar  Abraham  etait  encore  aux  mains  des 
Nestoriens  jusqu’au  Xe  siecle;  cette  partie  de  la  legende  n’est  done  pas  anterieure 
a  ce  siecle. 

(3)  Cod  DCCCLX  (Add.  12.  174)  du  B.M.  date  1197,  cat.  Wright,  p.  1135. 
—  II  faudrait  etudier  aussi  la  place  de  Mar  Behnam  au  sanctoral  copte,  le  14  Kiahk 
(10  dec.),  cf.  Sunaxarium  copte ,  trad.  Wustenfeld  (Gotha  1879),  p.  181;  Calendrier  de 
VEglise  Copte  d'  Alexandrie,  complement  au  Kalendrium  Alanuale ,  de  JVilles,  ROC ,  1898, 
tire  a  part,  p.  24;  Sanctoral  Copte,  de  M.  de  Fenoyl  (coll.  Recherches,  t.  XV,  Beyrouth 
1960,  p.  99).  L’editeur  du  Synaxarium  Alexandrinum  (texte  arabe,  CSCO ,  vol.  A9/Ar.  5, 
1909,  p.  158-160,  et  trad.  lat.  CSCO,  78/Ar.  12,  1922,  p.  231-233,  par  J.  Forget)  ne 
s’y  reconnait  pas  toujours,  v.g.  dans  la  note  latine  p.  231,  n.  2,  ou  dans  la  table  latine 
ou  il  bloque  sous  le  nom  de  Mattheaus  le  notre  et  un  homonyme  qui  apparait  au  t.  I? 
p.  189-192.  On  remarquera  que,  dans  ce  texte,  Sarah  est  atteinte  d’616phantiasis  (ar. : 
al  gudatn)  et  que  la  hn  de  Fhistoire  est  assez  ecourtee  (trad,  lat.,  p.  233) :  le  roi  et  la 
reine,  convertis,  se  contentent  d’eriger  sur  la  tombe  de  leurs  enfants  un  grand  monas- 
tere,  ou  Matta  vient  aussitot  habiter.  Cependant  l’^diteur  a  ajout£  en  appendice  au 
texte  arabe  (t.  I,  p.  332,  1.  6)  et  insure  dans  la  traduction  latine  (t.  I,  p.  225,  1.  26)  un 
fragment  deplace,  tire  des  Mss.  B.N.  Ar.  4869  et  4870,  qu’il  n’identifie  pas  avec  notre 
histoire,  dont  e’est  en  realite  la  fin:  Comme  condition  a  la  guerison  de  son  mari,  et  sur 
l’ordre  de  Zakka,  successeur  de  Matta,  la  reine  construit  une  eglise  au  nom  des  martyrs 
(au  pluriel  et  non  au  duel)  et  un  couvent  pour  les  moines.  Dans  ce  couvent  il  y  a  une 
crypte  souterraine  (d’ou  son  nom  de  Dair  al  Qabu)  et  un  lit  et  une  chaine  pour  l’incu- 
bation;  dans  cette  crypte  les  corps  sont  deposes  sur  des  lits  de  pierres  precieuses.  Puis 
vient  Fhistoire  du  grand  marchand  venu  de  FOrient  dont  le  serviteur  est  gueri.  Le  saint 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


575 


Un  autre  enjolivement  de  la  ldgende  sera  le  rapprochement,  ineluc¬ 
table,  entre  Mar  Behnam  et  S.  Georges.  La  date  et  la  raison  derniere 
de  ce  rapprochement  sont  inconnues,  mais  Ton  voit  les  deux  saints 
symdtriquement  sculptds  sur  le  linteau  de  la  porte  royale.  Behnam  et 
Georges  ne  se  distinguent  que  par  le  diable  et  le  dragon  qu'ils  terrassent 
respectivement. 

Enfin,  consecration  ultime  qui  lui  vaudra  le  respect  des  non- 
chretiens,  Behnam  est  identifie  au  Hidr,  comme  S.  Georges  lui- 
meme  (1).  Pour  les  pelerins  musulmans  et  yezidis  qui  viennent  a  Mar 
Behnam,  c’est  le  tombeau  du  Hidr,  «pere  de  Muhammad»  qu’ils  viennent 
visiter.  Le  couvent  est  connu  officiellement  (et  ainsi  est-il  inscrit  sur  les 
cartes)  sous  le  nom  de  «Couvent  du  Hidr». 

On  sait  que  le  nom  de  Hidr  ne  s’applique  pas  a  proprement  parler 
a  une  personne,  mais  a  une  fonction  (2).  Est  Hiclr  tout  dieu,  genie, 


lui  apparait  et  lui  ordonne  de  batir  une  belle  6glise,  ce  qui  lui  tiendra  lieu  de  peleri- 
nage  a  Jerusalem.  Comme  la  foule  des  pelerins  manquaient  d’eau,  la  martyr  revela 
l’existence  d’une  source  dans  le  couvent  meme  (?).  Le  texte  latin  se  termine  p.  226, 
1.  28.  —  D’apres  le  precieux  fichier  Troupeau  (inedit)  des  Mss.  arabes  chretiens  de  la 
B.N.,  l’histoire  du  martyre  de  Behnam  et  de  sa  sceur  Sara,  version  copte,  se  trouve  dans 
les  cod.  ar.  4775,  fol.  101v.-150v.,  et  4878,  fol.  2r.-43v.  On  la  retrouve  aussi  dans  les 
Mss.  ethiopiens  du  B.M.,  Or.  689,  n°  31,  686,  n°  29,  687-688,  n°  34  (A.  Wright,  A 
Catalogue  of  the  Ethiopic  Mss.  in  the  B.M. ,  p.  160-161,  167,  169).  —  Le  Synaxaire  ethiopien 
n’ayant  pas  encore  ete  completement  public,  il  faut  se  contenter  de  la  notice  qui  appa¬ 
rait  dans  1 ’Edition  de  Guidi  ( P.O. ,  t.  IX,  F.  4,  p.  471-472)  au  4  Nahas6  (10  aout) : 
«En  ce  jour  aussi  mourut  Abba  Matthieu.  Ce  saint  demeura  au  d6sert,  en  6tant  revetu 
d’un  cilice  en  poil  de  mouton.  Lui-meme  lit  croire  au  Christ  (Gloire  a  Lui!)  Marmeh¬ 
nam  et  Sara,  qu’il  purifia  de  sa  lepre...  Salut  a  Matthieu,  qui  demeura  longtemps  au 
desert,  au  point  d’etre  revetu  de  poil,  comme  un  mouton!  Alin  de  faire  voir  sa  saintet£ 
et  ses  miracles  glorieux,  il  lava  par  l’eau  du  bapteme  le  corps  sordide  de  Marmehnam, 
et  par  la  il  purifia  de  la  lepre  le  corps  de  Sara.»  Dans  la  table  de  S.  Gr£baut  (id.,  p.  689) 
Sara  devient  la  femme  de  Marmehnam. 

(1)  Sur  St.  Georges-Hidr,  cf.  P.L.  Cheikho,  dans  Machriq  1903,  p.  385-399; 
H.  Lammens,  Au  pays  des  Nosairis ,  ROC ,  1899,  p.  587;  F.W.  Hasluck,  cit.,  p.  319- 
336,  etc. 

(2)  Je  reprends  ici  quelques  donn^es  d’un  article  public  dans  le  Bulletin  du 


576 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


imam ,  prophete  ou  saint  que  I  on  invoque  pour  la  ftxondite  (1).  Selon 
les  localites,  on  Fidentifiera  avec  le  patron  du  lieu,  si  ce  patron  est  invo- 
qu 6  specialement  a  Tintention  d'obtenir  une  rdcolte  abondante,  de 
nombreux  petits  dans  les  troupeaux,  ou  un  enfant  au  foyer. 

Mar  Behnam  se  place  ainsi  dans  la  lignde  des  grands  achetypes  du 
genre:  le  Tammouz  des  Babyloniens,  TOsiris  des  Egyptiens,  V Adonis 
grec  et  meme  la  Hidra  d’Ascalon. 

A  Mossoul  il  y  avait,  jusqu’en  1951,  une  tres  ancienne  synagogue 
que  Ton  disait  remonter  au  temps  de  la  deuxieme  destruction  du  temple 
(70  ap.  J.-C.).  Sous  cette  synagogue  on  montrait  une  grotte  qui  aurait 
e  habitee  par  le  prophete  Elie.  Ainsi  rejoignons-nous  un  des  plus  grands 
parmi  les  Hidr,  celui  qui  fit  «reverdir»  la  terre  apres  la  grande  seche- 
resse  (2).  Mais  les  Hidr  locaux  eclipsent  un  peu  le  grand,  et  Mossoul 
ne  connait  pas  les  ceremonies  en  fhonneur  d'Elie  qui  se  deroulent  ailleurs, 
au  Carmel  par  exemple  (3).  Les  musulmans  de  Mossoul  venerent  le 
Hidr  dans  la  Mosquee  Rouge  (al  Ahmar),  situee  sur  le  bord  du 
Tigre  (4)  dans  le  «faubourg  des  vaches».  Le  prophete  est  cense  habiter 
entre  le  minbar  et  le  mihrdb  (5). 

A  Mossoul  aussi,  comme  dans  tout  TOrient,  on  identifie  le  Hidr 


Seminaire...  de  Mossoul ,  cit.  mai-juin  1943,  p.  59-62;  utilise  par  M.  J.P.G.  Finch  pour 
sa  note  du  JRCAS ,  1946,  XXXIII/II,  p.  236-238. 

(1)  Le  mot  pourrait  ici  se  traduire:  celui  qui  fait  reverdir,  le  Verdoyant.  Sous 
un  autre  aspect,  celui  de  son  immortalite,  le  Hidr  serait  le  «toujours  vert»,  cf.  notes 
de  Mrs.  Rich  (t.  I,  p.  51,  52,  52)  a  son  edition  du  livre  de  son  mari  C.J.  Rich,  Resi¬ 
dence  in  Koordistan ,  1836. 

(2)  I  Reg.  XVIII,  45. 

(3)  P.  Jaussen,  dans  R.B.,  1924,  p.  249  s. 

(4)  II  ne  saurait  etre  question  de  donner  ici  une  bibliographic  du  Hidr  mu- 
sulman.  On  en  trouvera  les  elements  dans  les  Etudes  Carmelitaines ,  Elie  le  prophete, 
t.  II,  Desclee  1956,  p.  256-290.  On  remarquera  que,  a  Mossoul  comme  ailleurs,  le 
sanctuaire  du  saint  est  situe  au  bord  du  fleuve;  cependant  le  fait  d’etre  au  milieu  du 
desert  ne  semble  pas  avoir  joue  contre  Tidentification  avec  Mar  Behnam. 

(5)  Ahmad  as-Sufi,  Les  antiquites  arabes  de  Mossoul ,  en  arabe,  p.  51;  Sa‘Id  ad 
DewahgI,  La  mosquee  de  Mugahid  a  Mossoul,  Sumer,  XI/ 1955,  n°  2,  p.  4  et  n.  16. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


577 


avec  «le  prophete  Georges»,  dont  la  mosqude  est  tres  frdquentde  par  les 
femmes  qui  ont  quelque  chose  a  demander  au  Hidr  (1).  Qui  d’ailleurs 
dtait  le  «prophete»  Georges?  Les  chrdtiens  voient  en  lui,  selon  la  tra¬ 
dition  vivace  bien  qu’apocryphe,  un  ofhcier  romain  martyrise  en  303 
pour  avoir  dechire  l’edit  de  persecution  affichd  par  Diocldtien  a  la  porte 
de  son  palais  de  Nicomddie  (2).  Quand  a  la  tradition  musulmane,  elle 
fait  de  Georges,  tantot  un  riche  marchand  palestinien  du  IIIe  siecle, 
tantot  un  general  martyrisd  au  cours  d’une  rdvolte  a  Mossoul  meme, 
tantot  enfin  un  contemporain  des  derniers  Apotres  de  £Issa,  fils  de 
Mariam. 

Le  culte  de  Mar  Behnam  en  sa  qualite  de  Hidr  valait,  et  vaut  encore 
au  couvent  de  nombreuses  visites.  II  n’y  a  pas  tellement  longtemps  qu’une 
pointe  de  superstition  se  melait  aux  supplications  des  femmes  envers  le 
saint.  Leurs  devotions  faites  a  la  tombe  du  martyr,  les  orantes  venaient 
s’assurer  de  Teffet  de  leurs  prieres  en  langant  leur  mouchoir  ou  un  autre 
objet  leger  vers  le  grand  bas-relief  en  platre  reprdsentant  Mar  Behnam 
a  cheval  et  situe  a  gauche  de  la  porte  royale  de  l  eglise.  Si  fobjet  ^tait 
arrets  sur  le  dos  ou  sur  la  croupe  de  l’animal,  c’etait  un  gage  sur  que 
les  prieres  seraient  exausdes.  Ce  signe  infaillible  se  produisait  d'ailleurs 
quasi  toujours,  grace  a  un  semis  de  clous  enfonc^s  dans  le  bas-relief.  Les 
clous  magiques  ont  £te  enleves  recemment  (3).  La  pratique  d'un  tel 
rite  de  divination  du  rdsultat  de  la  priere  n'dtait  pas  special  a  Mar 
Behnam.  Encore  actuellement,  les  pelerins  qui  vont  a  Zavvlta,  dans  la 
Sapna,  demander  un  enfant  au  tombeau  de  Saih  Piramus  essaient  de 
faire  tomber  un  caillou  entre  les  deux  branches  d’une  fronde  pos^e  a 
terre;  s’ils  y  reussissent,  ils  seront  exaucds.  Wigram  raconte  (4)  comment 


(1)  Sur  cette  mosquee  cf.  As-SufI,  cit.,  p.  17;  Y.  ‘Abbolyonan,  al-Bilad ,  2  d^c. 
1935;  Daoud  al-Tsalabi,  Manuscrits  de  Mossoul ,  p.  203,  n°  44;  Sa‘Id  ad  Dewah6i, 
Al-Mawsil  fil  ‘ ahd  il  atabeki ,  1958,  p.  164-165. 

(2)  P.L.  Cheikho,  Machriq ,  1903,  p.  385-399. 

(3)  V.  Cuinet,  Turquie  d’Asie ,  t.  II,  p.  832. 

(4)  Cradle ,  p.  307. 


Rech.  23  —  37 


578 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


les  fideles  de  Mar  ‘Awdiso4,  au  pays  de  Tal,  etaient  assures  de  voir 
leurs  prieres  (toujours  a  la  meme  intention)  exaucees,  s’ils  parvenaient 
facilement  a  traverser  un  tunnel  etroit.  Et  hauteur  donne  meme  un 
parallele  dans  «raiguille»  de  S.  Wilfrid  a  Ripon. 

Quelle  fut  la  raison  de  V identification  de  Mar  Behnam  avec  le 
Hidr?  Jones  (1)  pense  que  le  nom  de  «Hidr  Elias»  est  un  «nom  de 
guerre»  donne  au  saint  par  le  clerge  local  pour  lui  gagner  les  sympathies 
des  musulmans.  La  salle  du  tombeau  porte  une  inscription  en  vieux  turc 
disant:  «Que  la  paix  du  Hidr  Elias,  l’elu  de  Dieu,  repose  sur  Ilhan, 
ses  grands  et  ses  dames»  (2).  Chose  curieuse,  dans  cette  inscription  le 
Hidr  est  appele  Hidr  Elias;  cela  fait  une  sorte  de  nom  compose  aux  deux 
elements  inseparables,  que  Ton  applique  comme  une  epithete  a  Mar 
Behnam.  On  pourrait  faire  la  meme  remarque  a  propos  du  nom  du 
village  arabe  qui  fait  face  au  couvent:  on  Tappelle  «Hidr  Elias».  Ici 
aussi  le  prototype  est  associe  au  nom  generique. 

Quant  a  la  date  de  la  mutation,  je  crois  qu’on  peut  la  fixer  a  la 
construction  du  tombeau,  en  1300.  En  effet,  un  texte  sur  Baidu,  que 
Ton  etudiera  plus  loin,  et  qui  date  de  1295,  ne  fait  que  parler  du  «saint». 
On  aurait  deja  mentionne  sa  qualite  de  Hidr  si  Ton  avait  presente  au 
Han  le  patron  du  couvent  sous  ce  titre.  II  ne  faudrait  pas  beaucoup 
d’imagination  pour  penser  que  ce  fut  fentreprenant  «moine  Ya‘qub» 
qui,  encourage  par  son  succes  aupres  du  «roi  victorieux»,  voulut  encore  af- 
fermir  sa  position  en  donnant  a  Mar  Behnam  une  raison  sociale  «deposee». 

Notons  aussi  que  sa  nouvelle  sp^cialitd  de  Hidr  a  remplacd  pour 
Mar  Behnam  une  autre  ligne  de  miracles.  Jadis,  au  temoignage  de 
Yaqut  (1225)  et  de  Qazwini  (1283)  c’etait  pour  etre  gueri  de  Tepilepsie 
que  Ton  visitait  le  Dair  al  gub  (3).  La  chaine  du  martyrion  rappelle 
1’incubation  qui  s’y  pratiquait. 


(1)  Jones,  Topography  of  Nineveh ,  p.  370. 

(2)  J.A.,  1892,  8e  serie,  t.  XX,  p.  291-292,  par  Halevy;  Pognon,  Insc.  Sem., 
n°  79;  Rahmani,  Documents  d' Orient,  juin  1928-fevrier  1929. 

(3)  YAqut,  IV,  120,  cit^  par  H.  Zayat,  p.  388;  QazwinI,  Kitab  atar  al-bilad 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


579 


Une  histoire 

Le  culte  d’un  tel  saint,  «jeune  et  sympathique,  et  toujours  pret  a 
exaucer  ceux  qui  Pinvoquent  avec  foi»  (1)  devait  dvidemment  se  rd- 
pandre  dans  tout  POrient.  Mgr  Abdal  (2)  compte  onze  dglises  a  son 
nom,  en  Turquie,  en  Syrie,  au  Liban,  en  Egypte  et  en  Ethiopie,  tant 
chez  les  Chalddens  (3)  que  chez  les  Coptes  (4)  et  les  Grecs.  La  plus 
ancienne  de  ces  dglises  est  celle  de  Tripoli,  fondde  en  961  (5).  Deux 
nefs  d’eglises  et  un  autel  lui  sont  encore  consacrds,  ainsi  que  quatre 
couvents,  reliques  de  la  diaspora  syrienne  (6). 

Le  plus  cdlebre  de  ces  couvents  est  dvidemment  celui  dont  nous 
parlons,  citd  dans  les  sources  syriaques  sous  le  nom  de  «B.  Gubba»,  le 
Couvent  de  la  Fosse  (7).  C’est  Phistoire  de  ce  couvent  qu’il  faut 


wa  ahbar  al-ibad ,  dd.  Wustenfeld,  1848,  p.  247;  le  texte  est  reproduit  par  YasIn  al 
‘Omar!  ( Muniat  al  Udaba\  p.  147)  (1744)  ce  qui  ne  veut  pas  dire  qu’au  XVII Ie  siecle 
le  saint  n’avait  pas  encore  change  de  spdcialitd. 

(1)  J.  Rahmani,  cit.,  p.  3;  il  est  vrai  que  les  miracles  opdrds  au  nom  de  Mar 
Behnam  continuent.  L’autoritd  de  feu  Mgr  Dallal  en  garantit  un  recent  (id.,  p.  26-28) 
et  meme  le  sceptique  Jean  de  Mardin  ne  les  niait  pas  ( B.O .  II,  p.  220).  —  Voir  une 
homdlie  sur  ces  miracles,  par  I’Anba  Matthieu  dans  le  Ms.  Ar.  153  de  la  Bibliotheque 
Nationale,  fol.  250v.-253v.  (fichier  Troupeau,  inddit,  a  la  B.N.). 

(2)  Cit.,  p.  44-51. 

(3)  Qui  le  fetent  comme  les  Syriens  (Nau,  p.  68;  R.  Saliba ,  p.  170,  etc.)  le  10 
ddcembre,  cf.  A.  Scher,  en  appendice  a  Suhada\  II,  p.  420.  II  a  disparu  du  calendrier 
de  1910  (dd.  arabe). 

(4)  Egalement  le  10  ddc.,  cf.  DHGE. 

(5)  B.H.,  Chronography ,  dd.  syriaque,  p.  184;  Documents  d'Orienl ,  1928;  B.O. , 
II,  p.  378;  etc. 

(6)  Je  n’ai  jamais  vu  citd  nulle  part  le  tableau  assez  rdcent  de  la  cathddrale 
jacobite  de  Mardin,  ou  la  toile  est  divisde  en  deux:  d’un  cotd  on  voit  les  40  martyrs  de 
Sdbaste,  et  de  l’autre  les  40  compagnons  de  Behnam. 

(7)  Cette  localisation  semble  faire  doute  pour  Socin,  citd  par  le  P.  Peeters 
(R.  Saliba ,  p.  170,  n.  4)  qui  met  ici:  <deurs  ossements  dtaient  conservds»,  au  passd, 
comme  il  parlera  plus  tard  du  monastere  «ou  Ton  prdtend  conserver  leurs  ossements» 
(Anal.  Boll.  1925,  p.  265,  n.  1).  Je  crois  qu’on  ne  peut  mettre  en  doute  que  les  ossements 
aient  etd  ici,  il  est  dvidemment  plus  difficile  de  savoir  s’iis  y  sont  encore. 


580 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


maintenant  etudier,  laissant  pour  le  paragraphe  suivant  Phistoire  de 
Peglise  et  du  tombeau. 

Quand  et  par  qui  fut  construit  le  couvent?  D’apres  la  legende,  ce 
fut  par  un  riche  marchand  persan,  nomme  Isaac,  qui  conduisait  a  Jeru¬ 
salem  un  serviteur  malade.  Le  «voyage  a  Jdrusalem»  fait  tellement  partie 
de  la  litterature  hagiographique,  qu’il  faudra  bien  un  jour  etudier  son 
histoire  pour  TOrient,  comme  on  fa  fait  pour  TOccident  (1).  On  a 
souvent  Pimpression,  par  exemple  dans  les  histoires  de  R.  Hormizd,  de 
Jean  de  Dailam,  de  Saih  ‘Adi,  que  le  pelerinage  a  Jerusalem  intervient 
comme  un  moyen  commode  d’expliquer  la  presence  d’un  personnage 
en  dehors  de  son  lien  normal,  alors  que,  selon  d'autres  versions  plus 
veridiques  et  plus  anciennes  du  meme  evenement,  on  voit  qu’il  avait 
quitte  son  lieu  pour  de  toutes  autres  raisons  que  les  ecrivains  tardifs  ne 
comprenaient  plus.  II  est  done  oiseux  de  se  demander  sous  quel  roi  sas- 
sanide  les  circonstances  politiques  rendaient  possible  un  tel  voyage. 

Que  ce  soit  en  route  pour  Jerusalem  ou  pour  n’importe  oil,  il  est 
certain  que  quelqu’un  (pourquoi  ne  Pappellerait-on  pas  Isaac  ?)  passa 
par  la  et  construisit  un  couvent.  Cependant  le  nom  de  «couvent»  peut 
donner  lieu  a  confusion.  Mar  Behnam  n’a  pas  ete  fonde  comme  couvent, 
et  ne  l’a  guere  ete  au  cours  de  son  histoire.  II  serait  plus  exact,  la  legende 
meme  est  d’accord  la-dessus,  de  le  considerer  comme  une  hotellerie  pour 
les  pelerins,  a  la  direction  de  laquelle  quelques  moines  sont  preposes. 
Ce  qui  est  premier  ici  e’est  un  lieu  de  culte,  un  martyrion,  un  sanctuaire; 
les  moines  viennent  en  second.  D’ou  fimportance  que  prendra  l’eglise 
au  cours  des  siecles,  alors  que  le  «couvent»  ne  se  developpera  que  tout 
recemment,  et  justement  quand  il  n’y  aura  plus  de  moines. 

De  meme  il  est  inutile  cPessayer  de  tirer  de  la  legende  des  details 


(1)  V.g.  R.B.  1955,  p.  516,  note,  et  la  traduction  fran9aise  de  Le  voyage  a  Jeru¬ 
salem  au  XVe  siecle,  par  H.F.M.  Prescott  (Arthaud,  1959);  et  surtout  les  problemes 
d ’histoire  sociale  pos6s  et  la  methodologie  suggeree  par  E.R.  Labande,  dans  Recherches 
sur  les  pHerins  dans  V Europe  des  X Ie  et  XI Ie  ( Cahiers  de  Civilisation  Medievale,  Universite  de 
Poitiers,  1/1958,  p.  156-169  et  339-347). 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


581 


soi-disant  historiques,  par  exemple  que  Sirin  6ta.it  encore  en  vie,  pour 
fixer  la  date  de  la  premiere  construction.  Tout  ce  qu’on  peut  dire  c’est 
que,  normalement,  si  P on  avait  attendu  longtemps  apres  la  mort  du 
martyr  pour  ddifier  le  sanctuaire  et  l’hotellerie,  ils  n'auraient  probable- 
ment  jamais  et 6  construits.  Si  done,  comme  on  le  dit,  Mar  Behnam  fut 
martyrisd  dans  la  seconde  moitie  du  IVe  siecle,  la  fondation  du  couvent 
a  prdcedd  les  grands  schismes  christologiques  du  Ve  siecle,  et  meme 
l’autonomie  de  Madain  par  rapport  a  Antioche.  On  a  vu  qu’il  est  dif¬ 
ficile  de  se  faire  une  idde  juste  de  cette  pdriode,  parce  que  les  sources 
ult^rieures  ont  projetd  sur  elle  une  optique  d’apres  le  schisme,  et  ont 
incorpore  notre  saint  au  cycle  de  Matta,  revendiqud  par  les  Monophysites. 

Quant  a  la  position  du  couvent  «a  un  jet  de  pierre  du  tombeau», 
on  l’explique  par  une  apparition  et  un  ordre  cdleste.  Peut-etre;  mais  ne 
serait-il  pas  plus  simple  de  dire  que  fhagiographie  se  trouvant  en  face 
d’une  question  de  pelerin:  pourquoi  le  couvent  n’est-il  pas  a  cote  du 
tombeau?,  dut  bien  y  trouver  une  reponse.  Qui  prouve  en  effet  que 
l’eglise  et  le  couvent  aient  toujours  dte  la  oil  ils  sont  actuellement,  et 
oil  fauteur  de  la  ldgende,  disons  du  Xe  siecle  pour  etre  gdndreux,  les 
trouva  construits? 

Ce  n’est  pas  Phabitude  des  Syriens  de  batir  un  martyrion  a  un  jet 
de  pierre  de  son  eglise,  surtout  quand  la  configuration  du  terrain  ne 
permet  pas  de  les  englober  tous  deux  dans  une  meme  enceinte  protec- 
trice;  car,  ne  Poublions  pas,  nous  sommes  au  milieu  de  la  steppe,  loin 
de  toute  agglomeration  importante  qui  pourrait  offrir  une  sdcuritd 
sufRsante. 

Oil  dtaient  batis  les  martyria  syriens?  Ce  ne  sont  pas  les  sources 
qui  manquent  pour  nous  le  dire  (1).  Le  type  polygonal  auquel  on  a 
affaire  ici,  et  dont  c’est  le  seul  specimen  en  Iraq,  dtait  quelquefois  indd- 
pendant,  mais  le  plus  souvent  accole  a  une  basilique  ou  a  son  chevet. 


(1)  Cf.  J.  Lassus,  Sanctuaires  chretiens  de  Syrie,  1947,  p.  101-160,  167-183;  plans 
de  Peter  Marx,  dans  Hindo,  Fonti,  1943,  p.  21. 


582 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Or  actuellement  le  tombeau  est  accole  au  tell,  exactement  au  nord-est. 
Ne  pourrait-on  pas  penser  que  tell  represente,  entre  autres  choses,  Feglise 
primitive,  a  cote  de  laquelle,  et  au  niveau  de  laquelle,  le  martyrion 
serait  construit? 

II  y  a  plusieurs  raisons  qui  semblent  militer  en  faveur  de  cette  opi¬ 
nion.  D’abord,  le  tell  est  correctement  oriente  ouest-est,  et  le  martyrion 
est  plus  pres  de  la  fin  est  de  la  colline  artificielle. 

Ensuite,  il  n’y  a  rien  dans  Feglise  actuelle  qui  soit  anterieur  a  la 
restauration  de  1164  (1).  Je  sais  bien  que  cet  argument  de  silence  est 
le  plus  faible,  mais  il  s’ajoute  aux  autres. 

Enfin  et  surtout,  le  consul  archeologue  V.  Place  (2)  decouvrit  dans 
le  tell  des  briques  sassanides.  Cela  n’exclut  pas  que  les  niveaux  inferieurs 
remontent  aux  temps  prehistoriques  (3),  mais  les  tells  purement  pre- 
historiques  sont  moins  eleves,  celui-ci  a  connu  plusieurs  cycles  ulterieurs 
d’habitat. 

Une  tranchee  partant  du  tombeau  et  coupant  a  travers  le  tell  per- 
mettrait  de  resoudre  le  probleme.  Si  mon  hypothese  s’averait  exacte, 
on  retrouverait  alors  la  plus  vieille  eglise  d’lraq  qui  ait  subsiste,  ante- 
rieure  a  celles  mises  a  jour  par  les  fouilles  de  Hira  et  de  Ctesiphon. 

Laissant  Fetude  de  Fhistoire  des  reliques  pour  le  moment  oil  Fon 
parlera  du  tombeau,  essayons  maintenant  de  voir  ce  que  Fon  peut  savoir 
de  Fhistoire  du  couvent. 

Si  Mar  Behnam  fut,  des  le  debut,  comme  le  veut  la  legende,  un 
satellite  de  Mar  Matta,  on  peut  penser  qu’il  suivit  le  grand  couvent 
dans  son  refus  du  nestorianisme  et  connut,  des  la  fin  du  Ve  siecle,  les 
luttes  fratricides  qui  ensanglanterent  le  Mont  des  Milliers.  Si  au  con- 
traire  la  connexion  est  artificielle  et  posterieure,  on  peut  supposer  que 


(1)  Nous  sommes  loin  de  la  «little  pearl  of  Assyro- Persian  style»  d'un  certain 
auteur! 

(2)  Ninive  et  V Assyrie ,  II,  p.  171. 

(3)  Une  reconnaissance  de  la  Direction  Generale  des  Antiquit^s  de  Bagdad 
a  trouve  de  la  c^ramique  «prehistorique»,  cf.  Sumer ,  1949,  p.  320. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


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le  couvent  suivit  les  fluctuations  de  la  region  dans  laquelle  il  se  trouvait 
et,  a  Timitation  de  Qaraqos  voisin,  passa  au  monophysisme  au  ddbut  du 
VIIe  siecle.  Ceci,  bien  sur,  en  supposant  que  le  couvent  ait  eu  une  exis¬ 
tence  continue  du  IVe  siecle  au  XIIe.  Si  lhypothese  de  l’dglise  du  tell 
dtait  verifiee,  cela  indiquerait  plutot  que  la  construction  sassanide  pri¬ 
mitive  fut  abandonnee  et  tomba  en  ruines.  L'insdcuritd  des  temps  dans 
ce  desert  isole  causera  plusieurs  fois  la  rdpdtition  de  ce  processus,  et  il  ne 
resterait  rien  de  l’dglise  actuelle  elle-meme  si  le  genial  Ya‘qub  n’avait 
eu  l’idee  de  baptiser  son  titulaire  Hidr. 

Les  decombres  que  Ton  trouve  partout  autour  du  couvent,  et  la 
couche  de  debris  qui  sert  de  soubasscment  a  sa  cour  intdrieure  semblent 
indiquer  plusieurs  occupations  successives,  mais  il  faudrait  pouvoir  ex¬ 
plorer  toutes  ces  ruines  et  les  dater  avant  de  risquer  une  hypothese.  Au 
maximum,  le  couvent  a  pu  rester  abandonne  jusqu'au  IXe/Xe  siecle, 
au  moment  ou  un  renouveau  chretien  g^ndral  comment  a  rcmettre 
debout  les  batiments  et  a  fixer  les  ldgendes. 

En  fait,  le  couvent  ne  reapparait  dans  l’histoire  que  par  une  tombe 
qui  s’y  ouvre  en  1139  (1).  Il  s'agit  de  Kasrun  d’Edesse,  pretre  moine, 
calligraphe  et  miniaturiste  celebre.  Avant  de  devenir  aveugle  et  de  finir 
ses  jours  a  Mar  Behnam,  il  avait  dcrit,  a  Maraga  d'Adherbaidjan  un 
ouvrage  encore  conserve  a  Ninive  au  temps  de  Bar  Hebraeus.  Ce  qui  est 
admirable,  c’est  que  ce  livre  est  toujours  ici,  a  la  bibliotheque  patriarcale 
chalddenne  (2).  C’est  un  recueil  de  commentaires  patristiques  des 
psaumes,  une  sorte  de  Catena  Patrum ,  qu'il  dcrivit  en  1127,  «lorsque 
la  religion  chretienne  dtait  en  train  de  s’dteindre,  faute  d’huile». 

Passant  sur  la  restauration  «de  l’autel»  en  1164,  que  nous  dtudie- 
rons  de  pres  quand  nous  parlerons  du  temple,  nous  rencontrons  ensuite, 
en  suivant  Mgr  Abdal,  la  mention  de  Yaqut  (1225)  et  du  Qazwini 


(1)  B.H.,  II,  col.  330;  B.O.,  II,  p.  449;  Mgr  Barsaume,  p.  39. 

(2)  Cat.  Mgr  Bidawid,  cod.  211.  Le  livre  £tait  encore  en  mains  syriennes  en 
1587  quand  il  fut  relie;  il  devint  ensuite  la  «propriete  des  moines  chalddens  hormiz- 
diens». 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


(1275).  C’est  que  nous  sommes  arrives  au  XIIIe  siecle,  le  siecle  d’or  de 
Mossoul  et  de  Mar  Behnam.  Ses  moines  vont  et  viennent  jusqu’en 
Egypte,  et  la  reputation  de  thaumaturge  du  patron  de  l’eglise  est  main- 
tenant  bien  etablie. 

Le  siecle  s’acheve  sur  une  grande  victoire  pour  Mar  Behnam.  Le 
superieur  du  temps  l’a  commemoree  par  une  inscription  de  33  lignes, 
gravee  en  bas  du  mur  de  Feglise,  a  l’interieur,  derriere  le  gros  pilier 
sud-ouest  actuel.  Cette  inscription  a  ete  reproduite  par  tous  les  au¬ 
teurs,  je  la  cite  en  suivant  a  peu  pres  la  traduction  de  Pognon  (1). 

«En  Tan  1606  des  Grecs  (1295),  le  roi  vainqueur  Han  Baidu  vint 
au-dessous  (du  pays)  d’Ator,  la  ville  du  saint  Mar  Behnam  (2).  II  le 
prit  et  y  commit  des  massacres.  II  alia  a  Mossoul,  mais  n'y  entra  pas. 
Ensuite,  il  se  rendit  a  Erbil  et  laissa  derriere  lui  des  chefs  qui  pillerent 
les  pays  et  les  couvents.  Les  chefs  envoyerent  (des  hommes)  au  Grand 
Couvent  (Mar  Matta  ?),  ils  prirent  les  mules  du  moulin,  ainsi  que  beau- 
coup  d’argent  et  d’or.  L’un  d’eux  vint  au  couvent  de  la  Fosse  (Mar 
Behnam),  ouvrit  les  portes  et  entra.  II  mit  la  main  sur  les  vases  sacres, 
les  voiles  et  tout  le  reste.  II  s’en  empara,  et  il  ne  resta  plus  dans  le 
choeur  (3)  que  l’^vangile  et  le  coffret  (des  reliques)  du  saint:  Dieu  avait 


(1)  Inscr.  Sent.,  n°  76,  p.  235  et  136;  Mgr  Rahmani,  qui  donne  une  bonne  ver¬ 
sion  dans  Documents  d' Orients,  1 1 1/1928,  p.  197,  n.  1,  en  avait  d’abord  (id.,  11/1927, 
ar.  et  syr.  p.  201-203,  fr.  p.  60)  fourni  une  moins  bonne  qu’il  attribuait  alors  a  un 
evang^liaire  de  Mar  Behnam  lu  par  Pognon. 

(2)  Ce  que  prit  Baidu  n’est  pas  une  ville,  qui  serait  au  feminin,  mais  un  district; 
d’ailleurs  Mossoul  est  mentionn^e  plus  loin.  Le  texte  veut  dire  que  Baidu,  montant  du 
sud  par  la  route  du  Tigre,  passa  d’abord  pres  de  Nimrud,  appelee  ici  Ator  la  ville  de 
Mar  Behnam,  puis  se  dirigea  vers  Mossoul,  avant  de  redescendre  a  Erbil.  Le  tell  de 
Nimrud  est  egalement  appel6  Atur  (ou  Aqur)  par  Yaqut,  cite  par  Researches,  p.  44. 
Cette  acception  du  terme  est  tardive  (ici  XIIIe  s.) 

(3)  Il  faut  bien  dire  «dans  le  choeur»  et  non  pas  «sur  l’autel»  comme  le  fait 
deja  Mgr  Rahmani  ( Documents  d’  Orient,  1 1 1/1928,  juin,  fr.,  p.  15).  En  effet  le  syriaque 
Madebho  veut  bien  dire  Fautel  (bien  qu’on  dise  aussi  volontiers:  tronos)  mais  signifie 
Egalement  le  «saint  des  saints»,  le  «choeur»  de  lYglise;  cf.  dans  ce  sens  les  inscriptions 
ext^rieures  de  la  porte  royale. 


GOUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


585 


aveugld  leurs  yeux.  Rabban  Ya‘qub  alia  aupres  du  roi  victorieux  et  fit 
restituer  au  couvent  tout  ce  qu’ il  avait  pris.  Le  Han  fit  meme  au  saint  un 
present  qu’il  prit  sur  sa  propre  fortune  et  offrit  ses  hommages  au  saint, 
et  le  roi  fut  affiige.» 

La  fin  de  finscription  peut  etre  interprdtde  diffdremment,  mais  le 
sens  principal  reste  le  meme:  profitant  des  sentiments  pro-chrdtiens  du 
roi,  le  sup^rieur  Ya£qub  se  fit  tout  rendre,  et  il  consigna  le  fait  sur  le 
mur  pour  ddcourager  par  un  si  bel  exemple  d’autres  pillards  dventuels. 
Nous  avons  vu  que,  cinq  ans  apres,  les  moines  (probablement  le  meme 
Ya‘qub)  devaient  avoir  fidde  gtmiale  qui  sauvera  leur  eglise  dans  les 
siecles  a  venir,  ils  consacrerent  Mar  Behnam  Hi  dr. 

Le  XIVe  siecle  tout  entier  se  passe  dans  le  silence.  Apres  le  gros 
effort  fourni  au  siecle  precedent,  le  couvent  semble  se  reposer.  Pas  un 
seul  nom  de  moine,  pas  un  seul  manuscrit,  pas  une  seule  inscription  de 
ce  siecle  (1). 

Au  siecle  mort  succedent  le  XVe  et  le  XYIe,  ou  le  couvent  partage 
de  pres  la  vie,  tres  ralentie,  de  Y Eglise  syrienne,  puisque  plusieurs 
maphriens  y  demeurent  de  temps  en  temps  et  y  sont  enterrds.  La  cha- 
pelle  des  sepultures  n’a  garde  qu’une  seule  pierre  tombale  de  maphrien: 
celle  de  Dioscore  Behnam,  qui  «est  sorti  de  ce  monde  de  douleur  et  s’est 
rendu  au  paradis  de  joie  en  Pan  1728  des  Grecs  (1417)  le  21  de  juillet, 
le  mois  des  vents  et  des  chaleurs  empoisonndes»  (2). 

Trois  autres  maphriens  habiterent  Mar  Behnam:  le  premier,  Basile 
Barsaume  (1422-1455)  y  fut  enterr£  (3).  Quant  au  second,  Basile  ‘Aziz 
(1471-1487),  nous  avons  ddja  relevd  en  parlant  de  Qaraqos  ferreur  de 


(1)  Ceci  est  d’aillcurs  un  ph^nomene  general:  les  sculptures  musulmanes  du 
siecle  sont  rares  a  Mossoul  par  rapport  aux  sculptures  «atabek» ;  pour  les  manuscrits 
syriaques,  Mgr  Barsaume  en  recense  49  pour  le  XI Ie  s.,  et  51  pour  le  XIIIe,  mais  23 
seulement  pour  le  XI  Ve,  qui  pourtant  sont  plus  proches  de  nous  et  ont  eu  moins  de 
chances  de  destruction.  La  lecture  de  catalogues  de  mss.  chalddens  donne  la  meme 
impression.  Cp.  Vetus  Testamentum ,  13  (1963),  p.  260,  n.  3. 

(2)  Pognon,  Inscr.,  n°  74. 

(3)  B.H.,  II,  col.  541. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


Bar  Hcbraeus  (E  qui  fenterre  «a  Mar  Behnam,  a  cote  du  precedent^ 
alors  que  Pognon  a  retrouve  sa  tombe  a  l’eglise  de  Tahira  de  Qaraqos, 
ou  elle  est  encore.  Le  troisieme  maphrien  nommement  mentionne  comme 
ayant  habite  le  couvent  est  Basile  Ibrahim  III  1496-1508E  Mgr  Abdal 
pense  que  les  maphriens  continuerent  a  habiter  Mar  Behnam  jusqu'a 
la  fin  du  XYIe-debut  du  XYIIe  siecle. 

C'est  de  Mar  Behnam.  appele  ici  de  son  titre  complet,  le  monastere 
du  Hidr  al  ahdar  dans  la  region  de  Mossoul,  que  le  maphrien  Basile 
Pilate  envoya,  en  fin  1579-debut  1580,  une  lettre  a  Gregoire  XIII, 
imitee  par  douze  metropolites  (2).  II  ne  semble  pas  cependant  que  tous 
ces  personnages  se  soient  reunis  en  concile  a  Mar  Behnam  (3),  car 
certaines  lettres  sont  envoyees  de  lieux  differents,  par  exemple  le  couvent 
de  St-Elie  dans  la  province  du  metropolite  du  St-Sepulcre,  ou  a  des  dates 
legerement  differentes,  decembre  1579  ou  fevrier  1580. 

Dans  ces  lettres,  le  maphrien  et  les  metropolites  jacobites  s'excusent 
aupres  du  pape  de  ne  pouvoir  aller  eux-memes,  a  cause  de  «la  difficulte 
des  temps»,  presenter  leurs  respects  au  siege  paternel  de  Rome.  Sans 
cela,  ils  se  seraient  immediatement  mis  en  route,  fut-ce  a  pied,  pour 
aller  lui  baiser  les  pieds  et  jurer  entre  ses  mains  leur  obeissance.  En 
attendant  de  pouvoir  le  faire,  ils  nomment  le  pretre  Leonard  Abel  et 
le  chammas  ;Abd  an  Xur  4'  comme  leurs  procureurs  aupres  du  pape. 

On  sait  que  le  patriarche  Ignace  David  Sah,  qui  regnait  a  cette 
epoque  1576-1591 ",  ne  suivra  pas  son  frere  et  predecesseur,  Ignace 
Xa;matallah,  dans  bunion  avec  Rome,  malgre  les  efforts  du  delegue 


(1)  B.H.,  II,  col.  548. 

(2)  Resume  latin  dans  G.  Levi  Della  Vida,  Documenti  intomo  alle  relazioni 
delle  Chiese  Orientali  con  la  S.  Scde  durante  il  Pontificato  di  Gregorio  XIII,  1848.  Coll.  Studi 
e  Testi,  CXLIII,  p.  85-88.  n°  10. 

(3)  Hoxigmanx  Barsaurna,  p.  176  parle  d’une  «reunion  d'eveques  jacobites», 
et  confond  le  couvent  d'Elie  avec  celui  du  Hidr  table  p.  192'. 

4  Xeveu  de  l’autre  maphrien,  Ellya  mentionne  en  1583  et  1589^  et  done 
contemporain  de  Basile  Pilate  Diss.,  p.  170.  sans  n°,  et  B.O.,  II,  p.  300).  ‘Abd  an  Xur 
devdendra  pretre  a  Rome  (Arnl\let,  maphrien,  n°  85  >. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


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du  pape,  le  meme  Leonard  Abel,  devenu  entre-temps  eveque  titulaire 
de  Sidon  (1),  qui  quittera  Rome  en  1583  et  passera  quatre  ans  en  Orient. 
Le  deldgu£  rencontrera  Basile  Pilate  et  le  louera  (2)  mais  ne  pourra 
obtenir  de  lui  un  acte  formel  d’union.  II  faudra  attendre  le  milieu  du 
XVIIe  siecle,  80  ans  plus  tard,  pour  que  bunion  se  realise. 

On  a  dit  un  mot  au  ddbut  de  cette  section  du  siege  episcopal  qui 
se  forma  au  couvent  vers  le  milieu  du  XVIIe  siecle,  et  dura  jusqu’a  la 
fin  du  XVIIIe.  Trois  de  ses  dveques  sont  enterrds  a  Mar  Behnam,  dont 
le  fougueux  Kares  (3).  Les  activity  de  ce  dernier,  centrdes  sur  Qaraqos 
plus  que  sur  le  couvent,  et  la  visite  du  P.  Lanza,  en  1765,  oil  il  ne  men- 
tionne  pas  d’^veque,  prouvent  que  ces  prdlats  rdsidaient  le  plus  souvent 
au  grand  village  qui  formait  leur  diocese.  Mar  Behnam  leur  servait  de 
titre  vdndrable,  et  de  lieu  de  sepulture. 

Tant  les  manuscrits  que  les  voyageurs  du  XYIIIe  siecle  donnent 
une  id£e  de  fdtat  lamentable  de  ce  «titre»  Episcopal.  En  1731,  a  cote 
de  l’eveque  Kards,  superieur  du  couvent,  on  trouve  deux  pretres,  Sallba 
et  Iso‘  Zakko  (de  Qaraqos)  et  fintendant  ‘Abdo,  fils  de  Pacha.  Quant 
aux  moines,  on  ne  connait  pas  leur  nombre.  Le  copiste  d'un  manuscrit 
de  Semmel  (4)  thait  le  moine  R.  Guorguls,  fils  de  Gum‘a,  fils  de  ‘Abd 
ul  Masih. 

Un  manuscrit  de  1745  (5)  mentionne  quatre  moines,  en  comptant 
un  ddfunt,  en  plus  des  serviteurs  du  couvent.  Vingt  ans  plus  tard,  le 
P.  Lanza  (6)  y  rencontre  «deux  ou  trois  moines». 

Cette  vie  fantomatique  cessera,  a  part  quelques  soubresauts,  a  la 
fin  du  XVI I Ie  siecle,  lorsque  Qaraqos  deviendra  catholique,  alors  que 

(1)  Sur  ce  personnage  voir  Particle  Abel  {Leonard)  du  DHGE,  1/1912,  col.  70-71, 
avec  ref.,  par  U.  Rouzies. 

(2)  Thomas  de  Jesus,  p.  386,  cit6  par  Honigmann,  p.  180. 

(3)  Abdal,  p.  161-162. 

(4)  Rituel  de  bapteme...  de  l’^glise  de  Semmel,  actuellement  a  Qaraqos  (Cat. 
inedit  des  Mss.  de  Qaraqos,  par  Mgr  Abdal). 

(5)  Abdal,  p.  85. 

(6)  Ms.  italien  p.  293-297;  trad.  Mgr  Bidawid,  2e  £d.,  1953,  p.  28. 


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ASSYRIE  CHRET1ENNE 


la  petite  communaute  de  Mar  Behnam  restera  jacobite.  Quand  le  supd- 
rieur  Hindi  Z6ra  quittera  le  couvent,  en  1782,  les  Ydzidis  viendront  y 
habiter  (1).  Us  en  seront  chasses  en  1784,  et  le  superieur  l’occupera  a 
nouveau,  pendant  trois  mois,  puis  fabandonnera  pour  se  faire  catho- 
lique  (2);  et  les  Yezidis  reviendront. 

Mais  les  catholiques  s’interessaient  a  Mar  Behnam.  Quand  le  pa- 
triarche  Michel  Garwe  sacra  eveque,  le  21  decembre  1790,  le  pretre 
Bisara  Ahtal,  sous  le  nom  de  Cyrille  Behnam,  il  lui  donna  le  titre  de 
«Mar  Behnam  et  Qaraqos,  pour  tous  les  Syriens  habitant  la  Gazira 
et  l’lraq,  de  Gazira  de  Qardu  a  Basrah»,  et  a  plusieurs  reprises  le  pa- 
triarche  recommanda  a  feveque  de  prendre  soin  du  couvent.  On  y  mit 
alors  une  garde  de  trois  Qaraqochiens,  et  les  pretres  du  village  venaient 
chacun  leur  tour  y  passer  une  semaine.  Quelques  reparations  furent 
faites  en  1794. 

En  1798  arriva  a  Mossoul  le  patriarche  jacobite  Matta  Ta‘lab,  muni 
d’un  firman  etablissant  son  droit  de  propriete  sur  le  couvent,  dont  il  fit 
expulser  les  catholiques.  Une  petite  colonie  de  moines  de  Mar  Matta 
y  fut  etablie  et  la  vie  religieuse  reprit,  attirant  bientot  quelques  novices 
dont  plusieurs  deviendront  plus  tard  eveques  et  patriarches,  tant  chez 
les  Jacobites  que  chez  les  Catholiques  (3). 

Ceci  dura  jusqu’en  1819,  quand  un  nouveau  pillage  provoqua  la 
dispersion  des  moines;  ils  n’y  sont  pas  revenus  depuis.  La  mort  du  cou¬ 
vent  fut  consacree  par  le  raid  de  d^m^nagement  des  vases  sacres  et  des 
livres,  organise  par  le  maphrien  Basile  Ellya,  fils  de  Hindi  Karmo  de 
Mossoul,  ex-superieur  de  Mar  Behnam.  Les  manuscrits  furent  emmenes 
a  Dair  az  ZaTaran,  pres  de  Mardln.  Comme  le  catalogue  de  cette  biblio- 
theque  n’a  pas  ete  publie,  on  ignore  combien  de  manuscrits  de  Mar 
Behnam  se  trouvent  la-bas. 


(1)  Abdal,  p.  85  s.  —  Ceci  t^moigne  de  rextension  des  Yezidis  a  cette  £poque. 

(2)  Il  deviendra  patriarche  syrien  sous  le  nom  d’Ignace  Simon  Hindi  (18 14- 
1818). 

(3)  Mgr  Rahmani,  Documents  d'Orient ,  III/1928,  p.  228. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


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En  1839  le  couvent  passa  definitivement  aux  Catholiques  et,  dit 
Mgr  Barsaume,  «devint  vide»  (1).  Le  mot  «devint»  est  peut-etre  un 
peu  inexact;  en  tout  cas,  le  couvent  «resta»  vide,  et  aucune  congregation 
religieuse  syrienne  d’hommes  n’a  encore  rdussi  a  se  constituer. 

Les  voyageurs  et  les  orientalistes  ne  cesserent  pourtant  pas  de  lianter 
ses  ruines  et  d’admirer  les  sculptures,  miraculeusement  prdservdes  de 
l’dglise  et  du  martyrion.  Badger  en  1844  y  trouva  quelques  Kurdes  (2). 
Place,  en  1852,  le  vit  abandonnd.  Pognon,  en  1893,  le  decrivit  comme 
«des  masures  peu  anciennes  et  pourtant  tombant  en  ruines,  dispersees 
autour  d’une  cour  centrale».  Son  seul  habitant  etait  alors  un  gardien. 

Le  patriarche  Rahmani  commenqa  sa  restauration  en  1901.  Les 
deques  de  Mossoul  continuerent  a  s’y  intdresser,  notamment  Mgr  Dallal, 
qui  fit  a  cet  effet  une  tournde  de  quetes  en  Europe  et  en  Amerique.  Mais 
surtout  Mgr  Dallal  nomma  comme  supdrieur  du  couvent,  en  1934,  celui 
qui  est  maintenant  Mgr  Abdal,  dont  les  travaux  de  construction  et  d’eru- 
dition  (3)  ont  rendu  a  Mar  Behnam  une  celebrite  digne  du  joyau  dont 
il  reste  maintenant  a  parler. 

Un  tresor 

II  sortirait  du  cadre  de  cette  etude  de  donner  une  description  de- 
taillee  des  sculptures  de  Teglise  de  Mar  Behnam.  Inddpendamment  de 
l’oeuvre  de  Mgr  Abdal,  des  vues  et  des  plans  de  Tdglise  apparaissent 
un  peu  partout.  Le  plan  le  plus  ancien  semble  etre  celui  de  Badger 
(1844)  (4).  Quant  aux  descriptions,  la  plus  enthousiaste,  mise  a  juste 


(1)  Cit.,  p.  627. 

(2)  Le  meme  Badger  y  revient  en  1850,  ou  il  note  que  le  couvent  £tait  devenu 
«syrian  papal». 

(3)  Il  faudrait  signaler  aussi  le  soin  qu’il  a  pris  d’y  reconstituer  une  biblio- 
theque,  dont  il  a  dresse  un  inventaire  public  (p.  124-125)  et  un  catalogue  in^dit. 

(4)  JVestorians ,  I,  p.  95;  cf.  aussi,  Pognon,  /riser.  Sem.,  1907;  Conrad  Preusser, 
Nordmesopotamische  Baudenkmaller ,  Leipzig  1911,  p.  3  a  13,  et  pi.  1  a  16,  18  a  20;  H.C. 
Luke,  Mosul  and  its  Minorities,  Londres  1925,  p.  112,  tombe,  116,  vue  g£n£rale;  Ugo 
Monneret  de  Villard,  Le  chiese  della  Mesopotamia,  Rome  1940,  fig.  85,  88,  89,  91, 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


titre  en  exergue  du  petit  guide  illustrd  frangais,  est  peut-etre  celle  de 
Pognon  ( 1 ) :  «L,eglise  de  Mar  Behnam  est  probablement  la  plus  belle  des 
anciennes  eglises  orientales  qu’il  m’a  et 6  donne  de  voir.  Les  chambranles 
et  les  linteaux  de  la  plupart  des  portes,  les  murs  eux-memes  en  certains 
endroits,  sont  ornes  de  moulures,  d’arabesques  et  descriptions  en  relief, 
en  magnifiques  caracteres  stranguelo,  et  je  ne  crois  pas  qu’il  existe  en 
Orient  un  aussi  beau  monument  arabe  du  XIIe  ou  du  XIIIe  siecle.» 

Cette  derniere  phrase  pose  la  grande  question,  que  nous  allons 
essayer  de  resoudre.  Grace  a  la  lecture  des  inscriptions,  que  fournit  Mgr 
Abdal  (2),  et  grace  a  une  splendide  collection  de  photos  du  couvent  et 
de  monuments  contemporains,  que  la  Direction  Generale  des  Antiquites 
d'lraq  a  bien  voulu  me  donner,  le  travail  se  trouve  simplifie. 

La  date  de  la  construction  primitive,  ici  ou  sur  le  tell,  par  Isaac  le 
Persan  ou  par  qui  que  ce  soit,  etant  helas  impossible  a  fixer  avant  que 
des  fouilles  soient  effectuees,  c’est  la  date  des  sculptures  que  nous  avons 
sous  les  yeux  que  nous  devons  essayer  de  preciser. 

Pognon,  le  premier,  accrddita  la  date  de  1164.  Une  restauration  a 
cette  date  est  commemoree  par  une  plaque  encore  sceltee  dans  le  mur, 
a  droite  du  maitre-autel  (3).  Cette  inscription  donne  l’annee  grecque 
1475.  Comme  cette  annee  se  termine  le  30  septembre  1 164,  et  que  la  mort 
du  maphrien  Ignace  Lazare,  egalement  mentionnee  dans  l’inscription, 
survint  le  15  juin  1164,  Pognon  situe  a  juste  titre  les  travaux  entre  le 
11  juin  et  le  30  septembre  1 164,  et  il  ajoute:  «Je  suis  porte  a  croire  que 
l’eglise  a  ete  en  grande  partie  rebatie  a  cette  epoque.»  Miss  G.  Bell  cite 
cette  opinion  sans  la  critiquer  (4). 


Mgr  S.  Sayegh,  Histoire  de  Mossoul ,  III,  1956,  p.  108-118,  reproduction  face,  p.  108, 
110,  112.  Voute  ‘Awn  ad  Din,  p.  159. 

(1)  Cit.,  p.  133. 

(2)  Je  ne  saurais  trop  souligner  que  sans  le  travail  du  superieur  de  Mar  Behnam 
cette  etude  aurait  ete  impossible. 

(3)  Pognon,  Inscr.  Sem.,  n°  75,  p.  134-135;  Abdal,  p.  157. 

(4)  Amurath,  p.  262,  n.  1. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


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Herzfeld  (1)  aura  beau  signaler  Fair  de  parentd  entre  nos  sculp¬ 
tures  et  celles  du  temps  de  FAtabek  Lu’lu’  (1233-1259),  les  auteurs  pos- 
terieurs  citeront  Herzfeld,  mais  continueront  a  dater  les  sculptures  de 
1164,  sans  se  demander  si  en  cent  ans  Tart  de  Mossoul  n'avait  pas  un 
peu  dvolue  (2)  ?  Mgr  Abdal  accepte  dgalement  la  datation  de  Pognon, 
ajoutant  meme  d'ingdnieuses  remarques  sur  les  noms  des  artistes  et  des 
donateurs,  pour  suggdrer  que  la  restauration  fut  foeuvre  de  Takrl- 
tains  (3). 

Comme  le  probleme  mdrite  d'etre  serrd  de  pres,  reproduisons 
d’abord,  sans  commentaire,  tout.es  les  inscriptions  qui  donnent  des 
noms  d’artistes  ou  de  donateurs  de  cette  dpoque. 

Pour  commencer,  la  plaque  (inddpendante)  de  1164: 

«A  dtd  restaurd  et  achevd  cet  autel,  par  les  soins  des  moines,  Joseph, 
pretre  de  nom,  et  de  Abl  Fadl  (4)  et  Gibra’Il,  les  deux  chammas,  et 
du  frere  Hassan,  en  Tan  1475  des  Grecs  et  559  de  FHdgire,  au  temps 
de...  etc.» 

Puis  les  inscriptions  incorporees  aux  portes: 

1°  Sur  la  fagade  extdrieure,  courant  d’une  porte  a  Fautre: 

«Ont  exdcutd  les  portes  de  ce  lieu  de  priere,  Abu  Salem  et  son  frere 
Ibrahim,  par  les  soins  des  deux  moines  Tssa  et  Fadlallah,  les  deux 
pretres;  de  Abl  Nasr  et  Behnam,  les  deux  chammas;  et  de  Thomas  et 
Mahbub...»  (5). 

2°  Sur  la  meme  facade,  a  la  fin  de  Finscription  supdrieure  de  la 
porte  nord  (celle  de  S.  Pierre  et  S.  Paul) : 

«(Euvre  et  contribution  de  la  femme  de  Muqaddar»  (6). 


(1)  Archdologische  Reise,  II,  p.  245,  247,  265,  266,  268,  277. 

(2)  Ugo  Monneret  de  Villard,  cit.,  p.  81 ;  Hist,  de  Mossoul ,  1 1 1/1956,  p.  113; 
Abb£  J.  Leroy,  Moines  et  Monasteres ,  cit.,  p.  233-243;  etc. 

(3)  Abdal,  note  p.  70. 

(4)  Mgr  Rahmani,  cit.,  p.  196,  avait  mis  Abu  1  Fadl. 

(5)  Abdal,  p.  147;  Mgr  Rahmani,  (p.  193)  avait  traduit  inexactement :  «cette 
porte»,  au  singulier. 

(6)  Abdal,  p.  146. 


592 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


3°  Autour  de  la  porte  royale: 

«Ont  execute  cette  porte  Abu  Salem  et  Ibrahim,  par  les  soins  de 
leurs  compagnons  les  moines»  (1). 

Enfin,  des  incriptions  en  creux,  dans  les  portes  deja  terminees: 

4°  Sur  les  deux  chambranles  de  la  porte  du  cimetiere  des  eveques: 

«Cette  porte  a  ete  assemblee  avec  l’aide  du  chammas  Abi  Nasr, 
fils  du  feu  Halaf,  et  grace  a  son  argent  (2). 

5°  Dans  le  mur,  perpendiculairement  et  en  creux,  a  gauche  du 
chambranle  de  la  porte  de  la  chapelle  du  baptistere: 

«A  contribue  a  l’erection  de  cette  porte,  Bahiya,  femme  du  ddfunt 
Muqaddar»  (3). 

Comme  fa  justement  remarque  Mgr  Abdal,  tout  cet  ensemble  dut 
etre  termine  avant  1295,  puisque  e’est  dans  le  mur  de  pierres  qui  joint 
ces  portes  que  le  moine  Ya‘qub  inscrivit  son  succes  aupres  de  Baidu. 

Une  premiere  remarque  s’impose:  aucun  des  noms  de  la  plaque  de 
1164  ne  revient  dans  les  autres  inscriptions.  On  s’en  douterait  en  voyant 
le  style  des  sculptures,  elles  ne  peuvent  etre  de  1164!  D’ailleurs,  l’ins- 
cription  ne  le  dit-elle  pas  clairement;  ce  qui  fut  restaure  pendant  fete 
de  cette  annee,  et  un  ete  suffit  au  travail,  e’est  «l’autel».  On  a  vu  plus 
haut  que  cela  peut  vouloir  dire  l’autel  lui-meme,  ou  plus  probablement 
le  «choeur»  avec  la  voute  et  Pautel.  Les  inscriptions  qui  vont  venir  disent 
bien  qu’elles  represented  un  «renouvellement  et  embellissement»  (4), 
et  que  telle  autre  porte  a  ete  «renouvelee,  construite  et  decoree»  (5). 
Ceci  est  vrai  par  rapport  a  1164,  a  quoi  le  reste  est  posterieur. 

Toutes  les  inscriptions,  sauf  la  premiere  de  1164,  forment  un  en¬ 
semble  ou  Ton  distingue  les  noms  des  artistes,  qui  «exdcutent»;  ceux  des 
donateurs  laics,  qui  «collaborent,  s’associent,  participent»  aux  frais 


(1)  Abdal,  p.  155. 

(2)  Abdal,  p.  161. 

(3)  Abdal,  p.  152. 

(4)  Porte  du  tombeau  des  eveques,  Abdal,  p.  190. 

(5)  Porte  du  saint  des  saints,  Abdal,  p.  155. 


Pl.  E.  Couvent  de  Mar  Beiinam,  la  porte  des  deux  baptemes  (vers  1250) 


Pl.  F.  Gouvent  df.  Mar  Behnam 
Mar  Behnam  en  costume  de  eroise  (vers  1164). 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINJVE 


593 


direction;  et  ceux  des  instigateurs,  pretres  ou  moines,  «par  les  soins» 
desquels  1’ oeuvre  fut  entreprise  et  terminde.  La  meme  expression  se  re- 
trouve  d’ailleurs  dans  les  colophons  de  manuscrits. 

On  verra  bientot  que  le  mot  «oeuvre»  de  untel,  est  souvent  a  dis- 
tinguer  de  «travail»  de  untel.  Au  premier  sens,  tel  bienfaiteur  «fait»  une 
oeuvre  d’art,  comme  Cdsar  «fit»  un  pont  dans  fexemple  de  notre  vieille 
grammaire  latine.  Ce  que  «fait»  tout  ce  groupe,  ce  sont  «les  portes», 
c’est-a-dire  tout  l’ensemble  architectural  de  la  facade  et  des  portes 
intdrieures,  tout  le  tour  de  l’dglise. 

Les  artistes  sont  deux  freres,  Abu  Salem  et  Ibrahim,  deux  fois  men- 
tionnds  dans  cet  ordre.  II  semble  qu'ils  aient  dt d  eux-memes  moines, 
puisque  Tinscription  de  la  porte  royale  nomine  les  moines  «leurs  com- 
pagnons».  Les  deux  freres  signent  l’ensemble  de  la  fagade  extdrieure  et, 
a  l’intdrieur,  la  porte  royale  seulement.  Leur  travail  est  d’ailleurs  inegal 
et  plus  ou  moins  fignole;  peut-etre  finfluence  des  dldments  sur  les  portes 
exterieures  a-t-elle  effacd  les  traits  les  plus  fins  pour  ne  laisser  que  les  plus 
frustes,  peut-etre  Ibrahim  exdcuta-t-il  seul  certaines  pieces,  et  etait-il 
moins  habile  qu’Abu  Salem?  Je  laisse  aux  specialistes  le  soin  de  proposer 
des  hypotheses. 

Deux  des  bienfaiteurs  jouent  chacun  un  role  spdcial.  En  plus  de  leur 
participation  financiere  au  travail  de  fenstunble,  ils  aident  a  l’drection 
de  deux  portes,  ou  les  noms  d’Abu  Salem  et  d’lbrahlm  ne  figurent  pas, 
et  ou  les  noms  de  ces  donateurs  sont  inscrits  en  creux,  et  comme  apres 
coup.  Le  travail  est  done  contemporain,  puisque  les  memes  mdcenes  sont 
mentionnes  des  deux  cotes,  mais  les  artistes  sont-ils  les  memes?  A  cotd 
du  travail  des  deux  freres,  travail  probablement  exdcutd  sur  place,  dtant 
donne  son  importance,  n’a-t-on  pas  aussi  foeuvre  d'un  (ou  peut-etre  de 
deux)  artistes  anonymes,  oeuvre  incorporde  dans  l’enscmble,  par  la  vo- 
lonte  des  protecteurs  du  convent,  apres  avoir  dtd  exdcutde  a  Mossoul.  Les 
expressions  memes  semblent  indiquer  que  ce  fut  le  montage,  l’assem- 
blage,  l’erection  qui  ici  fut  faite  a  Mar  Behnam. 

Car  apres  tout,  si  Abu  Salem  et  son  frere  sont  de  bons  dleves,  le 


Rech.  23  —  38 


594 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


sculpteur  de  la  Porte  de  Baptistere  est  un  maitre.  L’etude  de  cette 
porte  va  bientot  nous  reserver  bien  des  surprises,  mais  pouvons-nous 
cPabord  essayer  de  la  dater? 

Les  monuments  de  lYpoque  ont  ete  disperses,  plusieurs  ont  6t 6 
transposes  au  Musee  de  Bagdad.  Et  meme  si  les  pieces  sont  resffies  a 
Mossoul,  il  est  difficile  de  courir  de  Pune  a  Pautre  pour  comparer  les 
rosaces  ou  les  palmettes.  Heureusement,  la  Direction  Gen^rale  des  Anti- 
quites  en  a  tir 6  d’excellentes  photos,  qui  nous  permettent  de  faire  le 
travail  en  chambre,  avec  un  bon  eclairage  et  une  bonne  loupe,  ce  que 
nos  devanciers  ne  pouvaient  pas  faire.  Etalant  done  les  photos  sur  notre 
table,  nous  sommes  arretes  immediatement  par  une  ressemblance  frap- 
pante  entre  la  porte  du  baptistere  et  celle  d’un  mausolee  de  Mossoul,  le 
Maqam  de  PImam  ‘Awn  ad  Din  ( Mcizar  Ibn  al  Hassan). 

La  composition  est  exactement  la  meme:  une  large  inscription  sur- 
montant  le  tout,  puis  une  frise  de  palmettes.  Les  memes  palmettes, 
presque  en  fleurs  de  lys,  se  retrouvent  sur  la  porte  de  Peglise  et  sur  celle 
de  la  mosquee  alors  que,  dans  Peglise  meme,  celles  des  autres  portes  sont 
differentes.  Puis  vient  la  frise  etroite  contenant  Pinscription  qui  encadre 
la  porte  en  haut  et  sur  les  cotes.  En  dessous  s'alignent  les  medaillons, 
formes  dans  la  porte  chretienne,  par  les  corps  de  serpents  entrelaces. 
Evidemment  la  porte  musulmane  est  aniconique,  et  les  tetes  de  serpents 
s’y  transforment  en  fleurons  stylises,  tels  qu’on  les  retrouve  dans  tous  les 
monuments  de  Mossoul  a  cette  epoque,  et  meme  dans  la  brique  taill^e 
du  mausolee  de  PImam  Yahia  abu  1  Qasim.  Les  petites  rosaces,  ner- 
veuses,  a  huit  petales  et  bouton  central,  sont  les  memes,  et  placees  de  la 
meme  fa^on  entre  les  medaillons.  A  Pinterieur  de  ceux-ci,  la  porte  de 
lYglise  montre  de  petits  personnages,  ou  entrelace  des  croix  au  dessin 
floral;  mais  la  ou  il  n’y  a  pas  de  croix,  dans  les  deux  medaillons  symd- 
triques  du  bas  des  montants  par  exemple,  la  similitude  de  Pentrelacs  est 
evidente  avec  celui  de  Pautre  porte. 

Il  y  a  bien  sur  quelques  petites  differences,  l  artiste  etant  trop  grand 
pour  se  copier  servilement,  mais  le  style  est  le  meme,  la  «maniere» 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


595 


est  la  meme,  ces  deux  monuments  sont  jumeaux,  et  done  con- 
temporains. 

Or  la  porte  de  ‘Awn  ad  Din  est  dat£e  (1),  elle  fut  exdcutde  en 

1248  (646  H.). 

Mais  laissons,  pour  le  moment,  la  porte  du  baptistere,  et  voyons  si 
nous  pouvons  dater  le  reste. 

L’ordonnance  de  la  niche  centrale  de  la  FAgADE,  flanqude  de 
deux  petites  niches  (2),  a  son  parallele  dans  la  mihrdb  du  masgad  dit 
de  la  main  de  PImam  ‘All  (Panjah  ‘All),  actuellement  au  Musde  de 
Bagdad.  La,  la  niche  centrale,  formant  le  mihrdb ,  descend  jusqu’au  sol; 
les  niches  laterales  abritent  les  empreintes  de  la  paume  de  PImam  et 
du  sabot  de  son  cheval.  Ce  monument  date  de  1287  (3).  Cependant, 
la  fagade  de  Mar  Behnam  est  moins  poliede,  elle  semble  une  dbau 
che  en  comparaison  de  ce  chef-d’oeuvre;  probablement  lui  est-elle 
anterieure. 

II  semble  done  clair  que  les  sculptures  de  Mar  Behnam  ne  datent 
pas  de  la  restauration  de  1164,  mais  probablement  du  milieu  du  XIIIe 
siecle.  Mgr  Abdal  a  tres  pertinemment  remarqud  (4)  que  le  travail 
de  la  porte  de  la  chapelle  de  la  Ste  Yierge  n'Sait  pas  terming.  Cela 
peut  venir  (e’est  arrivd  en  d’autres  lieux)  de  Pepuisement  des  fonds 


(1)  Cf.  N.  Siouffi,  Inscriptions  de  Mossoul,  ed.  arabe  de  M.  Sa‘id  ad  Dewah6I 
(Mossou!,  1956),  p.  99  et  n.  1 ;  et  Repertoire  chronologique  d' epigraphie  arabe ,  t.  XI,  n°  4289. 
—  On  peut  relever  aussi  une  ressemblance,  bien  que  plus  lointaine,  avec  une  porte 
de  PImam  al  Bahir,  datS  de  1290,  mais  cette  seconde  porte  est  plus  «sophistiquS», 
comme  diraient  les  Anglais.  Cf.  Mossoul  au  temps  des  Atabeks,  par  M.  Sa‘Id  ad  Dewah6I 
(Mossoul  1958),  fig.  36  et  texte  p.  129;  Muniat  al  Udaba ’,  ed.  du  meme,  p.  107-108; 
Inscriptions  de  AIossoul ,  id .,  p.  146  et  194.  Cette  piece  a  6t6  transports  a  Bagdad. 

(2)  Faites  pour  recevoir  le  «kaouk»  ou  coiffure  de  l’Seque  officiant  (?),  dit 
la  brochure  St.  Behnam  and  His  Monastery ,  p.  21. 

(3)  Siouffi  (Inscr.,  p.  148-150)  avait  lu  808  H.  (1405)  alors  que  le  Naqlb  men¬ 
tions  serait  mort  en  1399  (note  de  l’editeur,  p.  149).  En  fait,  le  Repertoire  d' epigraphie 
arabe  (t.  XIII,  n°  4888)  restitue  la  veritable  date,  686  H.  Le  style  des  sculptures  disait 
tout  de  suite  qu’elles  ne  pouvaient  etre  du  XIVe-XVe  siecle. 

(4)  P.  162. 


596 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


consacres  a  l’ouvrage;  mais  ne  peut-on  pas  imaginer  que  l’oeuvre  fut  inter- 
rompue  par  les  troubles  qui  eclaterent  en  1261,  quand  Malik  Saleh 
Isma‘Il,  fils  de  Lu’lu’,  se  revolta  contre  les  Mongols?  Ce  fut  alors  un 
sauve-qui-peut  general  et  beaucoup  d’artistes  chretiens  emigrerent  de 
Mossoul;  on  peut  suivre  les  orfevres  en  Egypte  et  jusqu’a  Venise.  Si  les 
sculpteurs  travaillaient  encore  en  ville  (les  chretiens  ayant  ete  relayes  par 
leurs  eleves  musulmans,  comme  pour  les  cuivres  incrustes)  personne  ne 
se  risquait  plus  hors  de  la  ville.  Nous  pouvons  done  placer  le  travail  entre 
1250  et  1261. 

Mais  un  autre  probleme  se  pose:  le  maitre  de  la  porte  du  baptistere 
est-il  Abu  Salem?  Alignons  d’abord  les  arguments  pour  et  contre: 

Videtur  quod  non:  le  style  de  cette  porte  est  plus  vigoureux,  l’art  est 
plus  consomme,  la  maniere  plus  aisee  que  dans  les  autres  portes.  Les 
palmettes  sont  differentes,  et  elle  est  la  seule  a  posseder  des  rosaces. 
Mar  Belinam  y  est  barbu,  et  ailleurs  imberbe. 

Et  surtout,  le  nom  d’Abu  Salem  n’est  pas  inscrit  sur  la  porte.  Alors 
que,  sur  la  facade,  il  avait  ecrit  avoir  fait  «ces  portes»,  ici,  sur  la  porte 
royale  voisine,  il  dit  avoir  execute  «cette  porte». 

Sed  contra:  toutes  les  portes  sont  liees  par  une  seule  inscription;  le 
texte  du  Credo,  qui  commence  autour  de  la  porte  du  baptistere  et  se 
poursuit  autour  des  autres, .  fait  vraiment  partie  de  la  decoration  de 
la  porte. 

Et  aussi,  e’est  la  meme  donatrice,  Bahiya,  qui  a  contribue  a  la  deco¬ 
ration  de  la  fagade  exterieure,  oeuvre  d’Abu  Salem,  et  a  l’erection  de 
cette  porte.  On  se  demande  pourquoi,  ici,  son  nom  a  ete  inscrit  apres 
coup,  en  creux,  a  cote  de  la  porte;  mais  il  reste  que  e’est  la  meme  «femme 
de  Muqaddar».  Que  Ton  precise  ici  que  Muqaddar  est  defunt  semble 
ne  rien  devoir  apporter  a  la  chronologie,  car  l’aurait-on  nommee  toute 
seule,  dans  la  premiere  inscription,  si  son  mari  avait  ete  encore  vivant? 

Peut-etre  la  solution  du  probleme  est-elle  fournie  par  un  detail 
insolite  que  nous  offre  la  porte  du  baptistere  dans  son  etat  actuel:  alors 
que  toutes  les  figures  de  tous  les  medaillons  sont  en  excellent  dtat  de 


GOUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


597 


conservation,  le  mddaillon  central,  au-dessous  du  lion  a  tete  carrde,  a  dtd 
efface  au  burin.  Le  travail  a  dtd  fait  soigneusement,  et  le  cadre  n’a  pas 
dtd  dbrdchd.  Ce  n’est  pas  a  coups  de  pierres  que  Ton  a  pu  obtenir  un  tel 
resultat,  et  la  sculpture  n’est  pas  a  portde  de  la  main.  On  n’a  pas  affaire 
a  un  iconoclaste,  car  les  autres  figures  ont  dtd  respectdes.  La  sculpture 
effacde  n’etait  pas  une  croix  (1),  car  il  y  en  a  une,  intacte,  juste  au- 
dessous.  Ce  n’etait  pas  non  plus  un  diable,  dont  les  squatters  ydzidis 
auraient  pu  s’offenser;  ils  en  ont  laissd  plusieurs  qui  dtaient  a  leur  portde, 
et  d’ailleurs  il  est  probable  qu’ils  n’ont  pas  idee  de  notre  representa¬ 
tion  traditionnelle  du  demon,  puisqu’ils  evitent  meme  de  le  nommer. 

Je  ne  vois  done  qu’une  explication  au  contenu  efface  du  medaillon 
central:  il  devait  donner  le  nom  de  l’auteur.  Dans  la  meilleure  tradition, 
qui  s’est  perpetuee  depuis  les  rois  assyriens  jusqu’aux  copistes  modernes, 
on  effaga  sa  signature  quand  on  integra  son  travail  dans  un  ensemble 
signe  par  d’autres. 

Si,  comme  je  le  pense,  l'auteur  de  cet  encadrement  est  le  meme  que 
celui  de  la  porte  de  ‘Awn  ad  Din,  il  faut  le  placer  vers  1248,  date  a 
laquelle  il  sculpte  la  porte  du  mausoiee  musulman.  Par  ailleurs,  pour 
que  Ton  ait  ose  effacer  son  nom,  le  sculpteur  devait  etre  mort.  L’ensem- 
ble  scuptural  de  Mar  Behnam  fut  done  drigd  apres  1248. 

Je  crois  que  nous  ne  serons  pas  loin  de  !a  rdalitd  si  nous  reconstituons 
ainsi  la  sequence  des  faits:  Bahlya  demande  a  l’anonyme  de  lui  exd- 
cuter  une  sdrie  de  portes  sculptdes  pour  Mar  Behnam.  Le  travail  est 
commencd,  avec  le  texte  de  finscription  commune,  par  la  porte  du  bap- 
tistere.  Mais  l’anonyme  ne  vas  pas  plus  loin;  il  meurt  vers  1250,  et  est 
remplacd  par  Abu  Salem  et  son  frere,  qui  acceptent  d’intdgrer  a  leur 
travail  la  porte  de  leur  prdddeesseur,  mais  a  condition  que  son  nom  soit 
effacd.  Comme  le  nom  de  Bahlya,  qui  lui  etait  joint,  disparait  par  la  mc- 


(1)  Dans  le  Jinteau  de  feglise  de  Mar  Huddni,  a  Mossoul  ( Mossoul  Chre- 
tienne,  fig.  1 1)  le  motif  central  a  dgalement  dtd  effacd,  mais  ici  les  circonstances  dtaient 
diffdrentes,  et  il  est  possible  que  g’ait  dte  une  croix. 


598 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


me  occasion,  on  Tincise  dans  le  chambranle.  Le  travail  d’ensemble  est 
presque  termine,  quand  il  est  interrompu  par  les  evenements  de  1260. 

Restent  deux  petits  problemes  souleves  par  cette  restauration  de 
1250-1260:  d'abord,  conserva-t-elle  le  plan  primitif  de  Peglise,  ou  le 
bouleversa-t-elle  ?  Pognon  avait  deja  remarque  la  phrase  inserde 
par  Bar  Hebraeus  dans  la  notice  necrologique  de  Kasrun,  mort  en  1 139. 
II  fut,  dit-il,  enterre  «devant  la  porte  meridionale  de  la  nef».  Or,  il  n’y 
a  plus  actuellement  de  porte  sud  donnant  acces  a  la  nef;  la  porte  du 
baptistere,  ou  celle  qui  est  a  cote  de  Tinscription  de  Baidu,  en  ont  pris  la 
place.  D’ou  Pognon  suppose  que  jadis  Teglise  etait  entouree  de  galeries, 
selon  le  plan  syrien  primitif  encore  visible,  par  exemple,  au  couvent  de 
Qartamin,  et  que  le  bouleversement  que  nous  venons  de  dater  transforma 
ces  galeries  en  chapelles  laterales.  Cette  hypothese  est  tres  plausible. 

Le  deuxieme  probleme  est  le  suivant:  les  restaurateurs  etaient-ils 
des  Takrltains?  Mgr  Abdal  le  pense  (1)  parce  que  leurs  noms  etaient 
arabes,  et  que  leur  technique  ressemble  a  celle  de  la  glyptique  de  Sa- 
marra’.  En  fait,  un  seul  nom  «arabe»  d’artiste  est  connu,  c’est  «Abu 
Salem»,  dont  le  frere  s’appelait  d’ailleurs  prosaiquement  Ibrahim.  Parmi 
les  noms  des  autres  personnages,  on  trouve  un  chammas  Abu  Fadl  en 
1164,  a  cote  du  frere  Hassan;  un  pretre  Fadlallah,  un  chammas  Abu 
Nasr,  et  un  certain  Mahbub  en  1250;  en  meme  temps  que,  des  deux 
cotes,  des  moines  et  des  laics  a  noms  chretiens  traditionnels:  ‘Issa,  Beh- 
nam,  Thomas,  Gibra’Il. 

Si  I’on  examine  des  listes  de  noms  de  cette  epoque,  par  exemple 
les  listes  de  copistes  dressdes  par  Mgr  Barsaume,  on  rencontre:  au  XIIe 
siecle,  parmi  36  noms,  un  Abu  Farag,  d’Amed;  au  XIIIe  siecle,  sur  40 
noms,  on  trouve  un  Abu  1  Farag  de  Ba  Sabrina,  un  Abu  1  Hassan  du 
Segestan,  et  un  Abu  1  Hassan  de  Mardin.  Il  semble  done  difficile  de 
conclure  que  tous  ceux  qui  portaient  des  noms  arabes  venaient  de  Takrlt; 
sinon  il  faudrait  dire  que  Bar  Hebraeus  etait  takrltain,  puisquhl  s’appe- 
lait  aussi  Abu  1  Farag.  La  verite  semble  etre  qu’il  y  eut,  au  XIIIe  siecle, 


(1)  P.  70,  n.  1. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


599 


une  vague  de  popularity  pour  les  noms  arabes  parmi  les  chretiens  d’lraq; 
nous  avons  assiste  a  une  nouvelle  vague  de  la  meme  mode  ces  dernieres 
annees. 

D’ailleurs,  arabes  ou  autres,  deux  noms  accolds  attirent  notre  atten¬ 
tion:  ce  sont  ceux  des  chammas  Abu  Nasr  et  Behnam.  Une  paire  fameuse, 
de  memes  noms,  est  connue:  ce  sont  les  freres  Habbo  Ganni  de  Bartelli, 
dont  le  second,  medecin  et  ecrivain,  restera  chammas,  tandis  que  le  pre¬ 
mier  deviendra  supdrieur  de  Mar  Matta  en  1260  (1).  II  n’y  a  aucun 
inconvenient  que  lui  aussi  ait  6t6  chammas  en  1250,  et  je  ne  serais  pas 
etonne  que  les  deux  freres  aient  joue  un  role  dans  la  restauration  de  Mar 
Behnam.  Ils  en  auraient  certainement  fait  autant  a  Mar  Matta  si  les 
circonstances  n’avaient  pas  alors  tragiquement  change. 

Mais  revenons  a  la  porte  du  baptistere.  La  chapelle  a  laquelle  elle 
conduit,  situee  dans  le  coin  sud-est  de  feglise,  est  appeiee  actuellement 
«chapelle  de  Ste  Sarah».  La  raison  semble  en  etre  que  l’un  des  motifs 
du  linteau  representerait  le  bapteme  de  Sarah  par  Mar  Matta;  du  moins 
le  croit-on  generalement  (2).  En  fait,  quand  on  regarde  le  motif  avec 
attention  (ou  avec  une  forte  loupe  pour  examiner  une  bonne  photo) 
on  se  rend  compte  que  le  personnage  que  Ton  baptise  est  entierement 
nu  et  a  tres  nettement  une  barbe.  Miss  Bell  et  Herzfeld,  qui  ignoraient 
Interpretation  citee,  y  avaient  vu  spontanement  le  bapteme  du  Christ 
dans  le  Jourdain  (3).  Le  costume  du  baptiseur,  un  moine  encapu- 
chonne  (4),  fait  plutot  penser  que  ce  qui  est  rcprescnte  ici  est  le  bapteme 
de  Behnam. 

Une  inscription  en  creux,  gravee  verticalement  a  l’interieur  des 
montants,  a  droite  et  a  gauche,  fournit  la  clef  de  interpretation.  II  y 


(1)  B.H.,  d’apres  Mgr  Barsaume,  p.  539,  n.  1.  —  Une  confirmation  de  notre 
these  serait  donnee  si  Ton  pouvait  prouver  que  son  pere  s’appellait  Halaf. 

(2)  Mgr  Rahmani,  cit.,  p.  198;  J.  Rahmani,  p.  24;  Abdal,  p.  152;  Leroy, 
p.  240;  etc. 

(3)  Amurath,  p.  263,  n.  2  et  Reise,  p.  247. 

(4)  II  semble  bien  que  son  capuchon  ait  meme  deux  pointes? 


600 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


est  dit  (1):  «Le  martyr  S.  Behnam  a  grandi  entre  deux  baptemes;  il 
s'est  baigne  dans  beau,  mais  cela  ne  lui  a  pas  suffi,  il  a  fait  plus,  et  s’est 
aussi  baigne  dans  son  sang;  et  quand  son  corps  fut  couvert  du  sang  de 
son  cou,  et  que  FEglise  le  vit  et  apprit  ses  actions,  elle  commenga  a  se 
demander:  qui  est  done  celui-ci,  a  fhabit  teint  de  sang?»  (2). 

Si  ce  texte  confirme  notre  interpretation  du  mddaillon  de  gauche, 
le  bapteme  de  Behnam,  ne  livre-t-il  pas  aussi  la  clef  du  mddaillon  syme- 
trique  de  droite?  Pour  les  tenants  de  Tinterprdtation  traditionnelle,  Ton 
a  ici  Behnam  «monte  sur  un  coursier  et  poursuivant  un  cerf».  Au  lieu 
de  cela  nous  voyons  a  la  loupe  un  personnage  assis  en  amazone,  dont 
on  pourrait  presque  dire  qu’il  trone  en  majeste.  Miss  Bell  et  Herzfeld? 
qui  voyageaient  avec  des  jumelles  cornme  on  le  faisait  en  ce  temps -la, 
avaient  tout  de  suite  appeld  la  scene:  Tentrde  a  Jerusalem,  le  jour  des 
Rameaux  (3).  Mais  si  Ton  regarde  plus  attentivement  on  voit,  sous 
Pencolure  du  cheval,  quelque  chose  que  Ton  a  pu  prendre  pour  une 
gazelle,  mais  qui  est  en  realite  un  petit  personnage  en  marche,  brandis- 
sant  de  sa  main  droite  levee  Tepee  (ou  le  baton)  avec  laquelle  il  vient 
mettre  a  mort  un  Behnam  transfigure,  en  contemplation  de  Dieu  (4), 
et  tenant  deja  en  main  le  Livre  de  Vie  (5).  Sous  le  ventre  du  cheval 


(1)  Abdal,  p.  252. 

(2)  Ce  magnifique  petit  tableau  represente  aussi  deux  poissons  dans  les  eaux, 
a  droite  et  a  gauche  des  jambes  de  Mar  Behnam.  Mais  la  legende  ne  dit-elle  pas  que 
le  bapteme  eut  lieu  a  ‘Ain  Sara  (Abdal,  p.  183)  ?  Or,  celle-ci  est  plus  chargee  de  sels 
que  la  Mer  Morte,  et  ses  gaz  deltreres  ont  suffoque  un  moine  en  1910,  comment  Beh¬ 
nam  put-il  y  etre  immerge? 

(3)  Il  faut  avouer  que  les  oreilles  de  la  monture  sont  un  peu  grandes  et  pour- 
raient  faire  croire  que  Pon  a  affaire  a  un  ane.  Abu  Salem  faisait  quand  meme  mieux 
que  l’anonyme  ses  oreilles  de  chevaux  (cf.  linteau  de  la  porte  royale). 

(4)  Cf.  A.  Grabar,  A lartyrium,  II,  p.  42. 

(5)  Alors  que  son  tmule  occidental  avait  rapidement  monopolist  la  palme 
a  laquelle  auraient  normalement  eu  droit  tous  les  justes  (Apoc.  VII,  9),  le  martyr 
oriental  prefere  la  couronne  comme  embleme  iconographique  (A.  Grabar,  A lartyrium, 
t.  II,  p.  38-104;  Dom  H.  Leclercq,,  in  Diet.  d'Arch.  Chret.  et  de  Liturgie,  X/1932,  col. 
2491-2494,  s.v.  Martyr,  §  XL VI).  D’ou  les  couronnes,  souvent  de  vtritables  cuves,  que 


GOUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


601 


on  voit  encore  un  second  bourreau,  accroupi  comme  un  gardien  de  but 
attendant  le  ballon,  et  dont  les  deux  genoux,  la  tete,  et  un  bras  plid 
apparaissent  nettement. 

La  porte  n’est  done  pas  la  porte  de  Sarah,  mais  la  porte  des  deux 
baptemes.  Elle  s’ouvre  aujourd’hui  sur  la  chapelle  du  baptistere.  Jadis, 
on  le  voit  d’apres  le  plan  de  Badger  (1844)  la  cuve  baptismale  dtait  a 
a  droite  de  l’autel  central,  dans  le  choeur;  il  y  avait  aussi  une  autre  cuve 
dans  Fantichambre  du  martyrion. 

Le  cadre  de  la  porte  des  deux  baptemes  presente  les  figures  de  six 
moines,  trois  a  droite  et  trois  a  gauche.  Les  deux  moines  infdrieurs  droits 
ont  leurs  noms  incises  (peut-etre  posterieurement)  dans  le  cadre  qui  les 
entoure.  Ce  sont,  au  milieu  Mar  Daniel,  et  en  bas  (probablement)  Mar 
Sohdo;  ce  sont  des  moines  jacobites,  ce  qui  est  en  harmonie  avec  la 
legende.  II  est  probable  que  les  autres  sont  Mar  Matta,  Zaka'i,  Abraham, 
et  un  inconnu,  peut-etre  Mar  Eugene  dont  Matta  est  censd  etre  le 


deux  petits  anges  ont  de  la  peine  a  soutenir  au-dessus  de  leurs  tetes,  comme  ici  dans 
le  stuc  voisin.  Mais  un  autre  insigne  medieval  du  martyr  oriental  est  le  rouleau  ferm6 
tenu  en  main.  M.  l’abbe  Leroy  veut  bien  m’en  signaler  deux  exemples  dans  les  ma- 
nuscrits  enlumines,  repr^sentant  les  XL  martyrs  de  Sdbaste  (Tun  est  reproduit  dans 
Moines  et  monaster es,  fig.  52).  A  Mar  Behnam,  sur  la  «  porte  des  deux  baptemes  », 
le  saint  tient  en  main  un  rouleau,  alors  que  sur  la  porte  royale  un  ravissant  petit  ange, 
les  jambes  en  Fair,  survole  le  col  de  son  cheval  et  lui  apporte  le  livre.  Malheureusement 
Abu  Salem  n’explique  pas  ses  sculptures,  sans  quoi  il  nous  dirait  pourquoi  il  n’en  a  pas 
confer^  a  S.  Georges,  et  aussi  peut-etre  ce  que  S.  Georges  vient  faire  la. 

Je  presume  que  le  rouleau  repr£sente  le  Livre  de  Vie,  car  les  autres  sens  classiques 
du  rouleau  (cf.  F.  Cumont,  Recherches  sur  le  symbolisme  funeraire  des  Romains ,  Paris  1942, 
p.  27,  290,  n.  2,  306,  et  add.  300)  repr&entant  la  Sagesse,  puis  le  Salut  (id.,  p.  478 
et  n.  4)  ne  semblent  pas  convenir  a  un  martyr.  Le  Livre  des  Vivants  au  contraire,  oil 
son  nom  est  d^sormais  inscrit,  est  un  theme  emprunt£  a  la  Bible  et  d^veloppd  dans 
les  Apocryphes  (cf.  Hastings,  Diet,  of  the  Bible ,  Extra  volume,  1904,  col.  293  b.  —  Cp. 
Cumont,  cit.  note  5,  p.  478)  qui  aura  grand  succes  dans  la  liturgie  syrienne  (Dom 
R.H.  Connolly,  The  Book  of  Life,  in  The  Journal  of  Theological  Studies,  XIII/1912, 
p.  580-594).  Cependant,  les  pieces  iconographiques  sont  trop  rares  et  la  periode  de 
leur  apparition  trop  limit^e  pour  permettre  plus  qu’urie  hypothese. 


602 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


disciple  (1).  Tous  sont  representes  avec  un  livre  dans  la  main  gauche  et 
une  croix  dans  la  main  droite.  Les  vetements  des  deux  figures  superieures 
sont  plus  simples,  ceux  des  quatre  personnages  infifrieurs  sont  amples  et 
savamment  drapes,  un  peu  a  la  maniere  des  coules  des  Benedictins. 

Une  autre  question  que  nous  ont  fait  oublier  les  tresors  de  1250  est 
celle-ci:  ne  resterait-il  rien  de  la  restauration  du  choeur  en  1164? 

Je  crois  que  si.  Scellee  dans  le  mur,  a  1  m.  25  du  sol,  dans  le  choeur, 
a  droite  de  la  petite  porte  qui  conduit  aux  tombeaux  des  dveques,  se 
trouve  une  petite  pierre  de  30  centimetres  sur  22.  Sa  sculpture  est  d’une 
technique  assez  pietre.  Point  de  relief  saisissant  aux  registres  savamment 
etages.  On  a  plutot  affaire  a  un  dessin  grave  qu’a  une  sculpture,  mais 
si  le  sculpteur  etait  novice,  le  dessinateur  etait  un  maitre. 

L’equilibre  general  du  dessin  est  parfait.  Mar  Behnam  est  repre¬ 
sente  a  cheval.  Un  vide  sous  le  bras  qui  tient  la  lance  a  ete  delicatement 
comble  par  les  deux  bouts  entrelaces  de  l’echarpe,  s’envolant  legerement 
vers  l’arriere,  presque  horizontalement.  Un  autre  vide  devant  les  pattes 
de  derriere  du  cheval  a  ete  occupe  par  la  grosse  queue  du  diable,  remon¬ 
tant  verticalement.  La  masse  de  la  croupe,  qui  aurait  menace  d’etre 
trop  sombre,  a  ete  allegee  par  un  tapis  de  selle  en  peau  de  leopard,  dont 
les  taches  rompent  la  monotonie;  le  procede  est  bien  connu  des 
miniaturistes. 

Quant  au  diablotin  noiraud  et  anguleux,  piteusement  etendu  sur 
le  dos  en  dessous  du  cheval,  le  dessinateur  n’a  pu  le  rendre  horrible,  et 
on  se  prendrait  presque  a  regretter  la  posture  humiliee  dans  laquelle  son 
sujet  voulait  qu’il  le  place. 

Mais  ce  qui  me  semble  plus  interessant  encore,  c’est  le  delicieux 
melange  de  caracteres  orientaux  et  occidentaux,  qui  font  de  cette  sculp¬ 
ture  une  piece  unique  dans  l’iconographie  du  nord  de  l’lraq. 

Oriental,  le  cheval  au  cou  tres  long  et  mince,  presque  droit,  termine 


(1)  Mgr  Rahmani  (cit.  p.  198)  avait  lane 6  la  tradition  d’y  voir  Antoine, 
Pacome,  Macaire,  etc. ;  je  ne  sais  sur  quoi  il  se  basait. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


603 


par  une  toute  petite  tete,  hors  de  proportion  avec  la  croupe  et  avec  la 
tete  du  personnage.  Nous  avons  la  une  des  caracteristiques  des  chevaux 
arabes  de  race  pure,  tels  qu’on  les  retrouve  dans  les  miniatures  de  1’ecole 
de  Bagdad  et  dans  les  miniatures  persanes  de  l’dpoque  timouride. 

Orientales  aussi,  les  boucles  d’oreilles,  telles  qu’en  portaient  il  n’y  a 
pas  encore  si  longtemps  les  hommes  de  Qaraqos.  Ici,  pour  bien  montrer 
que  le  heros  est  chretien,  les  boucles  ont  dtd  faites  de  deux  lourdes  croix. 

Orientaux  enfin  les  larges  yeux,  presque  en  amande,  tout  proches 
de  ceux  des  lions  a  tete  carrde  qui  deviendront  si  populaires  dans  les 
sculptures  du  XIIIe  siecle. 

Et  cependant,  le  personnage  de  Mar  Behnam  n’a  pas  dte  traite 
entierement  selon  le  canon  oriental.  L’artiste  a  voulu  montrer  que  nous 
avons  sous  les  yeux  un  prince  chrdtien,  il  l’a  done  represented  sous  les 
traits  d’un  chevalier  croisd.  La  coiffure,  sauf  le  bouton  central  ajoute 
par  fantaisie,  se  rapproche  fort  des  tortils  des  barons  francs,  les  chaussures 
font  penser  aux  souliers  a  la  poulaine  de  nos  chevaliers,  et  la  robe  retombe 
toute  droite  comme  une  lourde  cotte  de  maille. 

L’auteur  anonyme  avait-il  done  vu  des  chevaliers  croisds?  La  pro¬ 
fusion  des  croix  dans  son  oeuvre  prouve  qu'il  dtait  chrdtien;  il  est  done 
peu  probable  qu'il  ait  participd  a  Tune  des  contre-croisades  sarrasines. 
Des  chevaliers  chretiens  dtaient-ils  alors  venus  a  Mossoul  ?  Michel  le 
Syrien  dit  qu’en  1094  Beaudoin  d’Edesse  et  Josselin  de  Courtenay  furent 
amends  prisonniers  a  Mossoul,  ou  le  sultan  Abu  Mansur  Gawall  les  re^ut 
avec  courtoisie.  Il  alia  meme  jusqu’a  remettre  leur  rangon,  ce  qui  amena 
en  1108  l’alliance  de  Josselin,  devenu  Josselin  d’Edesse,  avec  le  prince 
musulman,  et  par  consequent  des  dchanges  d'ambassades  que  notre 
artiste  put  rencontrer. 

Mais  surtout,  en  1162  le  gouverneur  de  Mossoul,  Gamal  ad  Din, 
chargea  le  maphrien  Ignace  Lazare  de  ndgocier  avec  le  roi  d'lbdrie  le 
rachat  de  prisonniers  arabes.  Les  pourparlers  ayant  dtd  couronnes  de 
succes,  le  maphrien  rentra  a  Mossoul  avec  un  ambassadeur  ibere,  «des 
croix  fixdes  au  haut  des  lances»,  au  milieu  de  la  joie  gdndrale.  Je  serais 


604 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


fort  tentd  de  croire  que  c’est  dans  cet  episode  que  notre  artiste  a  trouve 
son  inspiration  pour  la  croix  qui  termine  la  hampe  de  la  lance  de  Mar 
Behnam.  Ceci  nous  rapprocherait  singulierement  de  la  restauration 
de  1164. 

Un  detail  de  cette  petite  sculpture  va  faire  son  chemin  a  travers  les 
autres  representations  de  Mar  Behnam  et  meme  de  S.  Georges  que  Ton 
trouve  soit  sur  la  porte  royale,  soit  dans  le  grand  relief  en  stuc  qui  avoi- 
sine  cette  porte,  un  peu  a  gauche;  c’est  Techarpe  gracile  qui  vole  au 
vent  derriere  le  cavalier. 

Parlerons-nous  du  stuc  qui  vient  d’etre  mentionne?  On  en  a  dit 
beaucoup  de  mal.  Pognon  aurait  souhaite  qu’on  le  detruisit  (1).  La 
verite  est  que  peut-etre  le  travail  patit  de  son  voisinage  avec  des  oeuvres 
de  maitres,  alors  que  lui-meme  est  a  peine  passable.  Peut-etre  en  vou- 
lons-nous  surtout  a  son  auteur  d’avoir  etd  trop  ambitieux,  de  s’etre  risque 
en  dehors  d’un  domaine  qu’il  connaissait  bien  (2).  II  savait  certai- 
nement  ciseler  le  platre,  les  decorations  de  la  couronne  le  prouvent,  mais 
il  etait  moins  a  son  aise  dans  le  modeiage.  II  y  a  longtemps  que  l’art  de 
Mossoul  avait  perdu  le  sens  du  volume  libre  (les  dernieres  statues  datent 
des  Parthes)  et  le  relief  qu’on  trouve  maintenant  n’est  qu’un  demi-relief, 
toujours  prudemment  arrime  a  la  pierre  mere,  comme  un  bernard  Ter¬ 
mite  a  sa  coquille.  Peu  de  stucs  de  Mossoul  ont  survecu,  mais  ce  qui  en 
reste,  oiseaux  ou  petits  personnages,  dans  les  ruines  du  palais  de  Lii’lu’ 
(Qara  Sarai),  prouve  que  les  artistes  de  Mossoul  savaient  travailler, 
quand  ils  restaient  dans  le  plat.  Ge  qu’on  a  demande  a  hauteur  de  notre 
stuc,  et  Ton  a  probablement  du  insister  pour  Tobtenir,  c’est  qu’il  se  risque 
en  volumes;  il  ne  l’a  fait  qu'avec  hesitation,  pour  la  tete  du  cheval,  par 
exemple,  qui  est  censee  etre  de  face,  retournee  vers  le  diable.  Avouons 


(1)  Pognon,  p.  133;  pour  Pabbe  Leroy,  a  cote  des  sculptures  ces  reliefs 
«rendent  une  note  baroque  et  paraissent  fades». 

(2)  On  a  la  meme  impression  avec  les  miniaturistes  d’Alqos  du  XVIIe  s., 
maitres  du  dessin  geometrique,  mais  terriblement  gauches  dans  la  figuration. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NIN1VE 


605 


que  le  resultat  aurait  pu  etre  pire.  Peut-etre  memc  une  restauration 
scientifique  rdserverait-elle  d’agreables  surprises. 

De  quand  date  ce  relief  et  celui  (hdlas,  tout  d^figure)  de  Sarah,  qui 
lui  fait  face?  On  manque  de  point  de  comparaison  pour  pouvoir  juger, 
car  une  telle  oeuvre  est  unique  en  son  genre.  Elle  est  certainement  pos- 
t^rieure  a  1164,  puisqu'elle  reprend  le  motif  ddsormais  stereotype  du 
cache-nez  au  vent.  Pognon  a  fait  remarquer  qu’une  inscription  de  1550 
l’avoisine.  Ceci  localise  les  deux  stucs  entre  le  XIIe  siecle  et  le  XYIe. 
On  pense  habituellement  qu’ils  sont  du  XVe,  ceci  sans  raisons  bien  defi- 
nies.  Mais  ne  pourrait-on  pas  penser  qu’ils  datent  de  1 250,  en  meme  temps 
que  les  sculptures  au  milieu  desquelles  ils  s’incorporent  (1).  Car  si 
meme  on  pouvait  prouver  qu'il  y  avait  jadis  a  cet  endroit  une  petite 
porte  conduisant  directement  de  l’dglise  a  la  «sacristie»,  on  pourrait 
toujours  repondre  que  cette  porte  fut  bouchee  en  1250. 

L’artiste  qui  a  fait  le  bas-relief  de  Behnam  s’appelait  le  chammas 
«Hormiz»  (un  Nestorien  ?),  fils  du  pretre  Hairallah,  aux  frais  d’Abl  1 
Fath,  fils  d’Abl  1  Barakat,  connu  sous  le  nom  d’lbn  Toma  (2).  Un 
certain  Abu  1  Fadl  dit  aussi  y  avoir  travailld  (3).  Autour  du  stuc  de 
Sarah  on  peut  dechiffrer  la  fin  d'une  inscription  (4):  «...  son  frere  et 

sa  mere.  Au  temps  de  Abi  1  Fadl,  Sa‘Id,  Mansur.  Que  Dieu  ait  pitie 
de  leurs  enfants.» 

La  ou  le  travail  du  stuc  atteint  une  perfection  rarement  dgalee,  c’est 
dans  la  coupole  voisine,  celle  de  la  chapelle  de  la  Ste  Vierge  (5).  Et 
cependant,  je  connais  une  coupole  qui  lui  est  encore  supdrieure,  bien 
qu’elle  soit  en  tres  mauvais  etat.  C’est  celle  du  mausolde  abandonne  dit 


(1)  La  presence  de  la  langue  arabe  dans  les  inscriptions  des  stucs  n’est  pas 
un  signe  de  difference  d’^poque,  car  la  porte  sud  de  la  facade  comporte  ^galement 
une  inscription  arabe. 

(2)  Abdal,  p.  158-159. 

(3)  Abdal,  p.  159. 

(4)  Abdal,  p.  160. 

(5)  II  y  avait  une  autre  coupole  de  meme  style  dans  la  chapelle  dite  de  Mar 
Matta  (reproduction,  Abdal,  p.  150  b),  elle  s’est  £croulee  en  1913. 


606 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


de  «W£lada»,  a  Tentree  de  Singar.  La  technique  est  sensiblement  la 
meme,  mais  Welada  a  elimine  les  masses  de  remplissage  des  coins  de 
Alar  Behnam  en  faisant  partir  sa  voute  d’un  octogone  au  lieu  d’un  carre. 
A  Wdlada  aussi  les  decorations  des  ecoin^ons  (carrds,  losanges  et  etoiles) 
sont  beaucoup  plus  dedicates  et  plus  proches  des  gracieux  delids  que  Ton 
trouve  sur  la  brique  abbasside,  par  exemple  au  mausolee  de  Yahia  abi  1 
Qasim  a  Mossoul,  ou  au  «Palais  Abbasside»  de  Bagdad. 

Ugo  Monneret  de  Yillard  (1)  a  compare  les  coupoles  de  Mar 
Behnam  avec  quelques  autres.  II  serait  interessant  d’etudier  comment  la 
difference  de  materiau,  brique  ou  platre,  a  amene  des  techniques  di- 
verses,  le  platre  se  pretant  mieux  aux  lignes  courbes  continues,  alors  que 
la  brique  postulait  les  petits  plans  successifs  qui  trouvent  leur  meilleure 
mise  en  valeur  dans  le  nid  d’abeille,  dont  on  a  tant  de  beaux  exemples 
a  Mossoul.  La  semi-coupole  du  monument  funeraire  de  la  Fosse,  piece 
tardive  et  d’imitation,  combine  dans  la  pierre  (done  sans  plus  de  raison 
fonctionnelle,  mais  uniquement  a  titre  de  decoration)  les  nervures  du 
platre  et  les  nids  d'abeille  de  la  brique.  Mais  attention,  dire  le  mot 
«imitation»  est  deja  nous  prononcer:  la  coupole  serait  anterieure  a  1300. 
Ce  que  Ton  sait  de  l’insecurite  apres  1260  nous  pousse  a  la  faire  contem- 
poraine  des  portes  et  des  sculptures;  le  stuc  de  S.  Behnam  et  celui  de 
Sarah  resteraient-ils  done  tout  seuls  pour  le  XVe  siecle? 

Les  auteurs  de  la  coupole  sont  connus,  ils  s’appelaient  ‘Issa  an  Nat- 
tafa  et  Mihanl  (2).  Je  crois  qu’on  peut  les  dater  du  milieu  du  XIIIe 
siecle. 

II  y  aurait  encore  beaucoup  a  dire  sur  l’eglise  et  ses  sculptures,  son 
plan  ancien  et  sa  disposition  moderne,  etc.,  mais  il  faut  passer  au  tom- 
beau.  Le  monument  funeraire  lui-meme,  adosse  au  mur  est,  est  lamen¬ 
table  quand  on  le  compare  a  la  sculpture  de  lYglise.  Les  nervures 
manquent  de  nerf,  les  rosaces  sont  demultipliees  et  plates,  la  piece  sent 
la  copie  et  Timitation,  sans  inspiration  et  sans  art. 


(1)  Le  Chiese  della  Mesopotamia ,  p.  82-86,  fig.  85,  88,  89,  90. 

(2)  Abdal,  p.  163;  les  inscriptions  sont  tantot  en  syriaque,  tantot  en  arabe. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


607 


La  lecture  des  inscriptions  confirme  cette  impression  pdnible;  ce 
tombeau  date  de  1300  (1).  Le  bienfaiteur  qui  lc  lit  driger  s’appelle 
Mas‘ud,  fils  de  Ya‘qub,  fils  de  Mubarak,  fils  de  Nazik,  de  Bartelli.  II 
ne  trouva  pour  l’executer  qu’un  dquarisseur  de  pierres  nommd  Mas‘ud, 
fils  de  Yusif,  et  pour  graver  les  inscriptions  qu’un  orfevre  nommd  Taimur. 

Le  petit  martyrion  a  recueilli  toutes  sortes  de  debris  descriptions 
et  de  morceaux  de  sculptures,  qui  ont  dtd  pieusement  scellds  dans  ses 
murs.  La  piece  la  plus  intdressante  de  ce  musde  lapidaire  est  la  croix 
armenienne,  dont  nous  avons  deja  parld  a  propos  de  Karamlaiss.  W. 
Bachmann  reproduit  une  pierre  assez  semblable  se  trouvant  au  lac  de 
Van,  et  qui  est  la-bas  une  pierre  tombale  (2).  L’inscription  armenienne 
de  Mar  Behnam  n’a  jamais  dtd  lue  defaqon  satisfaisante,  et  la  pierre  reste 
non  dat de.  Probablement  remonte-t-elle  au  XIVe  siecle. 

Mais  le  grand  probleme  de  Mar  Behnam  reste  celui  des  reliques. 
II  est  inutile  de  scruter  la  ldgende  et  de  se  scandaliser  de  ce  que  Senna¬ 
cherib  ait  bati  un  monastere  a  Mar  Matta  avant  de  construire  un  tom¬ 
beau  a  ses  enfants,  ou  meme  d’essayer  d’expliquer  le  mot  gub  par  la 
ldgende,  alors  que  c’est  probablement  la  ldgende  qui  a  tente  d'expliquer 
le  mot,  comme  tout  le  reste.  Tout  ce  qu'on  pent  tirer  du  texte  c’est  qu’au 
moment  de  sa  rddaction,  il  y  avait  ddja  deux  batiments,  a  un  jet  de  pierre 
Tun  de  l’autre.  L’un,  appeld  «la  fosse»,  dtait  censd  avoir  contenu,  dans 
son  mur  est,  en  face  de  la  fosse  (la  oil  est  actuellement  le  monument 
fundraire)  les  deux  monuments,  en  marbre,  que  Sirin  avait  fait  driger  a 
ses  enfants  (3).  L’autre  batiment  dtait  «le  temple»,  rdputd  construit 
par  Isaac  le  Persan,  et  pres  de  1'autel  duquel  les  reliques  avaient  dtd 
transportdes.  La  restauration  de  1250  ne  changea  pas  fordre  des  choses, 


(1)  Pognon,  cit. ;  Mgr  Rahmani,  ar.  p.  225-228,  fr.  17-19;  Abdal,  p.  175. 

(2)  Kirchen  und  moscheen  in  Armenien  und  Kurdistan ,  Leipzig  1913,  pi.  40  a  dr., 
pierre  tombale  d’Achtamar. 

(3)  Abdal,  p.  171;  le  texte  publid  par  Mgr  Rahmani  (fr.  p.  12)  est  clair: 
«Les  deux  monuments  restent  jusqu’ici  attenants  a  la  muraille  de  Test,  en  face  de 
la  fosse. » 


608 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


et  les  pillards  de  Baidu,  en  1295,  furent  aveugles  par  Dieu  afin  qu’ils  ne 
voient  pas  le  «coffret»  des  reliques,  qui  se  trouvait  encore  dans  l’eglise. 
Mgr  Abdal  suppose  qu’elles  furent  transporters  au  nouveau  tombeau, 
«en  grande  pompe»  (1)  en  1300. 

Pourquoi  les  moines  coururent-ils  le  risque  de  sortir  de  l’enceinte 
de  leur  couvent  ce  qu’ils  avaient  de  plus  precieux?  Etaient-ils  done  tel- 
lement  convaincus  de  la  protection  du  Hidr?  La  legende  de  Mar  Beh¬ 
nam  et  l’histoire  de  sa  tombe  n’ont  pas  fini  de  poser  des  questions. 

Avant  de  quitter  le  tombeau  il  faut  citer  un  texte  curieux.  Le  P. 
Lanza,  qui  en  est  l’auteur,  est  ici  tres  sujet  a  caution,  puisqu’il  ne  parle 
meme  pas  de  Mar  Behnam,  et  prend  tous  les  cavaliers  sculptes  de  son 
eglise  pour  des  SS.  Georges.  II  recueillit  a  propos  du  tombeau  une  etrange 
tradition,  que  probablement  il  comprit  mal,  quand  il  vint  au  «Hidr 
Elias»  en  1765.  «D’apres  1’opinion  de  certains  d’entre  eux,  dit-il,  un 
certain  marchand  construisit  cela  a  son  retour  de  l’Xnde  et  voulut  y  etre 
enterre»  (?). 

Que  se  passa-t-il  apres  le  XIIIe  siecle?  Il  semble  que  la  presence 
des  maphriens  au  couvent  ait  souligne  le  besoin  de  restaurer  un  peu 
l’eglise,  laissee  a  elle-meme  depuis  deux  cents  ans.  Une  inscription  ver¬ 
tical  de  onze  lignes,  dessinee  a  la  peinture  rouge  en  dessous  du  grand 
stuc,  voulait  nous  dire  ce  que  ses  auteurs  etaient  venus  faire  au  couvent 
en  1550.  Malheureusement  les  fins  de  lignes  sont  effacees,  et  nous  n’avons 
plus  qu’une  petite  moitie  de  texte: 

1  —  En  l’annee  1861  des  Grecs,  vint... 

2  —  au  monastere  de  la  fosse  du  martyr  du  saint  elu  Mar  Behnam... 

3  —  fils  de  Yusif,  les  bien  connus,  de  la  tribu... 

4  —  et  aussi  le  cote  nord  du  couvent...  nombreuses  de  1’inte- 
rieur...  et  nous  sommes  restes  de... 

5  —  le  deuxieme  apres  Paques... 

6  —  il  n’y  a  pas  (en  elle)  d’eau... 


(1)  P.  75. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


609 


7  —  et  il  y  avait  parmi  eux... 

8  —  ils  allaient... 

9  —  et  ils  apportaient  Feau... 

10  —  (deux  mots,  peut-etre:  comme  Isaie)  alors  le  Seigneur... 

11  —  et  il  plut  et  les  eaux  augmenterent... 

Le  fait  que  Finscription  soit  faite  a  la  peinture  rouge,  la  meme  que 
celle  du  bas-relief  qui  est  au-dessus,  semble  indiquer  que  ce  sont  des 
peintres  qui  vinrent  au  couvent,  le  deuxieme  (dimanche)  apres  Paques 
1550.  La  secheresse  ne  leur  permit  pas  de  rdaliser  tout  de  suite  leur  pro¬ 
gramme  de  travail,  incluant  le  cotd  nord  du  couvent  (la  coupole  ?)  et 
de  nombreuses  choses  a  Fintdrieur  (dont  les  stucs  ?).  Ce  ne  fut  qu’apres 
le  retour  de  la  pluie  que  les  braves  ouvriers  purent  commencer  leur  tra¬ 
vail,  et  celdbrerent  leur  delivrance  par  cette  inscription.  J’ai  suivi  presque 
entierement  pour  la  traduire  le  dechiffrement  donnd  par  Mgr  Abdal  (1). 

Pour  quoi  faut-il  que  Fhistoire  des  batiments  se  termine  par  une 
note  tres  prosa'ique?  Cent  ans  plus  tard  (c’est  le  rythme  normal  des  res- 
taurations)  en  1660,  R.  Yalda  (2),  avec  R.  Guorguls  et  le  reste  des 
freres,  fit  a  nouveau  des  reparations  a  Feglise.  Il  le  dit  dans  une  inscrip¬ 
tion  conservee  sous  la  galerie,  «et  puis,  termine-t-il  laconiquement,  j’ai 
eu  1000  qurus  de  dettes!». 

2.  —  Mqurtaya 

Quittant  Mar  Behnam  nous  remontons  vers  le  nord  jusqifa  Qara- 
qos,  puis  de  la  vers  Bartelli,  par  la  route  directe  ancienne.  Aussitot  apres 
avoir  depasse  Qaraqos,  a  moins  de  deux  kilometres  du  village,  a  droite 
de  la  route,  se  voient  les  mines  du  couvent  de  Mqurtaya,  consacrd  a 
Jean  de  Dailam. 

D’apres  les  versions  locales  de  la  Idgende  de  ce  saint  de  la  fin  du 
VIIe  siecle  (3),  Jean  de  Dailam  prit  le  bateau  «sur  la  mer»  jusqifa  ce 

(1)  P.  159. 

(2)  P.  141-142.  Mgr  Abdal  suggere  que  ce  sup^rieur  est  peut-etre  le  futur 
maphrien  Behnam  Yalda. 

(3)  Que  j’ai  etudi£  dans  Proche  Orient  Chretien  (Peres  Blancs,  Jerusalem),  1960, 
p.  195-211 :  le  principal  de  Fhistoire  de  Mqurtaya  £tait  ddja  contenu  dans  cet  article. 


Rech.  23  —  39 


610 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


qu’il  arrive  en  vue  de  la  montagne  de  Mam,  en  face  de  laquelle  le  navire 
s’arreta  de  lui-meme,  bien  que  ses  voiles  aient  gonfldes  par  le  vent. 
Cette  montagne  de  Mam,  on  nous  le  dit  plus  tard,  est  celle  a  cote  de 
laquelle  est  bati  le  couvent  de  Mqurtaya  que  Jean  va  fonder  (1). 

Allez  sur  les  lieux,  et  vous  serez  peut-etre  un  peu  etonne  de  voir 
que  la  «montagne»  a  au  maximum  dix  metres  de  hauteur.  Cette  tau- 
piniere  est  probablement  un  tout  petit  tell  artificiel  (2),  qu’il  doit  etre 
difficile  d’apercevoir  de  la  voie  d’eau  la  plus  proche,  la  petite  riviere 
Hazir,  distante  au  minimum  d’environ  13  kilometres.  A  supposer  meme 
que  le  bateau  (qui  devait  etre  assez  grand,  puisqu’il  ne  pourra  pas  s’ap- 
procher  du  rivage  et  qu’on  mettra  une  barque  a  l’eau  pour  descendre 
Jean)  ait  pu  remonter  le  Tigre  jusqu'au  confluent  du  Grand  Zab,  on 
se  demande  comment  il  a  pu  remonter  sur  30  kilometres  le  Grand  Zab, 
qui  n’est  pas  navigable,  puis  sur  20  kilometres  le  Hazir,  qui  Test  encore 
moins  ? 

On  est  de  plus  en  plus  sur  de  se  trouver  en  pleine  fantaisie  quand, 
debarquant  en  vue  de  Mam,  Jean  trouve  sur  son  chemin  la  ville  d’Arhan, 
deformation  patente  d’Argan  (Arradjan  du  Fars),  subitement  deplacee 
de  2000  kilometres! 

Tous  ces  tours  de  passe-passe  etant  reussis,  c’est  maintenant  un  jeu 
d’enfant  pour  notre  heros  de  pourfendre  le  terrible  Yai,  idole  du  grand 
arbre,  puis  de  batir  une  eglise  aux  Qaraqochiens  meduses  et  convertis, 
et  enfin  d’elever  le  couvent  de  Mqurtaya  sur  la  «montagne»  meme  du 
ddmon  vaincu. 


(1)  On  aura  deja  remarqu^  que  c’^tait  par  un  proc£d6  semblable  que  le  tombeau 
de  Salllta  etait  venu  en  face  de  Balad.  C’est  un  cas  de  greffe  h£t£rogene  et  parasite 
pour  satisfaire  des  besoins  purement  locaux. 

(2)  V.  Place  ( JVinive  et  VAssyrie,  t.  II,  p.  170,  §  10)  dit  avoir  fouille  «le»  tell  de 
Qaraqos,  a  la  demande  expresse  de  l’Academie  des  Inscriptions  et  Belles  Lettres.  Bien 
qu’il  y  ait  pratiqu^  des  tranchees  profondes,  il  n’y  trouva  rien.  II  s’agit  probablement 
du  second  tell  de  Qaraqos,  celui  de  Bne  Smuni.  On  voit  encore  des  traces  de  fouilles 
au  sommet  de  Mqurtaya,  mais  l’abondance  des  tessons  et  des  debris  de  briques  fait 
plutot  penser  a  un  tell  archeologique. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


611 


Ajoutez  pour  preciser  que  le  couvent  est  bien  le  «couvent  des  Sy- 
riens»  (1)  et  le  saint  pourra  dgrener  encore  quelques  fondations  et  quel- 
ques  miracles  subsidiaires,  le  compilateur  de  la  ldgende  aura  tout  mis 
en  place  pour  retomber  sur  ses  pieds  a  la  fin  de  l’histoire  et  faire  mourir 
son  personnage,  suivant  la  tradition  ancienne,  au  «couvent  des  Syriens», 
maintenant  identify  a  Mqurtaya. 

Mais  si  nous  admettons  que  la  venue  de  Jean  de  Dailam  a  Qaraqos 
est  de  la  pure  affabulation,  la  question  de  lidentitd  du  fondateur  de 
Mqurtaya  est  rdouverte  par  le  fait  mcme.  Tout  au  plus  peut-on  concdder 
que  le  couvent  ait  dte  placd  sous  le  patronage  de  Jean  de  Dailam.  Cette 
attribution  a  pu  etre  faite  postthieurement,  et  la  date  de  la  fondation 
ainsi  que  le  nom  du  fondateur  restent  inconnus. 

Rien  de  moins  certain  non  plus  que  fidentification  de  Mqurtaya 
avec  le  «couvent  de  religieuses»  ou,  d’apres  Bar  Hdbraeus,  les  Kurdes 
firent  un  massacre  fameux  en  1261  (2).  Comme  on  ne  sait  ni  ou  etait  le 
couvent  des  Sceurs,  ni  ce  qif  etait  Mqurtaya  a  cette  dpoque,  on  ne  peut 
additionner  deux  inconnues  pour  en  faire  une  affirmation. 

Le  couvent  de  Mqurtaya  entre  ddfinitivement  dans  l’histoire  en 
1563,  date  a  laquelle  il  est  «construit  et  restaure»  (il  existait  done  ddja  au- 
paravant)  sous  le  vocable  etabli  de  Jean  le  Dailamite  (3).  Les  manuscrits 

(1)  Les  «Persans»  et  les  «Syriens»  auraient  voulu  cdldbrer  1’ofFice,  chacun 
dans  leur  langue,  pr^tendant  chacun  etre  les  plus  anciens.  Enfin,  les  Syriens  Pempor- 
terent,  d’ou  le  nom  du  couvent.  Ceci  s’explique  dans  le  Fars,  ou  les  «Persans»  sont 
chez  eux,  et  ou  les  «  Syriens  »  sont  une  minority,  importante  parmi  les  chr^tiens,  de 
d6port£s  d’Amed.  —  Certains  manuscrits  locaux  d’IS6‘dnah  portent  «la  patrie  des 
Syriens»,  au  lieu  de  <de  couvent  des  Syriens».  Les  versions  non-locales  de  la  m£me 
l^gende  (v.g.  le  cod.  Mingana  543,  a  Birmingham)  ont  la  meme  histoire  de  discussion 
entre  Syriens  et  Persans,  mais  tout  se  passe  dans  les  environs  d’Arradjan.  Les  authen- 
tiques  couvents  «des  Syriens»  et  «des  persans»  qui  se  trouvaient  la-bas  ^taient  s6- 
par^s  par  un  fleuve. 

(2)  Histoire  Syrienne  Civile ,  p.  516;  on  a  vu  que,  d’apres  d’autres,  ce  serait  la  grotte 
dite  de  Mar  Quriaqos  qui  aurait  ^td  le  couvent  des  Soeurs. 

(3)  Pognon  prit,  en  1891,  un  estampage  de  l’inscription  de  restauration,  dis- 
parue  depuis.  Cf.  Inscr.  Sem.,  n°  72,  p.  126  et  pi.  XXIX.  La  phrase  de  Researches  sur 
cette  inscription  (p.  84)  devrait  etre  mise  au  pass£. 


612 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  1567  et  1575  signales  par  Mgr  Abdal  (1)  prouvent  que  la  cons¬ 
truction  relevee  fut  a  nouveau  pourvue  de  livres  liturgiques.  Par  contre, 
nous  n’avons  aucun  indice  que  le  couvent  ait  ete  habite,  et  s’il  Pa  ete, 
nous  ne  savons  si  c’dtait  par  des  moines  ou  par  des  soeurs.  Le  «moine» 
Yusif  et  sa  soeur,  la  «religieuse»  Sayida,  seront  les  deux  donateurs  du 
manuscrit  de  1575,  mais  on  ne  dit  pas  si  Pun  ou  Pautre  a  habite  le 
couvent.  Sayida  pouvait  tres  bien  etre  une  «benoite»  individuelle  a 
la  maison. 

Les  batiments  actuels,  en  mines,  peuvent  etre  entierement  dates 
par  leurs  sculptures  galilies  du  debut  du  XVIIIe  siecle.  La  cour  ouest, 
sur  laquelle  s’ouvraient  probablement  les  anciennes  portes  de  Peglise, 
n’a  pas  ete  reconstruite.  Seule  la  cour  sud,  cour  du  couvent,  lui-meme, 
a  dte  rebatie  a  cause  de  la  citerne  qui  en  occupe  le  milieu  (2). 

On  peut  lire  Phistoire  de  cette  derniere  restauration  a  travers  les 
colophons  des  manuscrits  dont  Mgr  Abdal  donne  la  nomenclature  (3). 
En  voici  les  peripeties. 

En  1718,  une  petite  communaute  de  «moines»  et  de  «novices»  fait 
exdcuter  pour  le  couvent  les  manuscrits  liturgiques  necessaires.  Le  pre¬ 
mier  nom  de  la  liste  des  nouveaux  habitants  est  le  moine  Isafya.  Puis 
le  travail  des  copistes  continue  et,  dans  le  manuscrit  de  1723,  Isa‘ya  est 
maintenant  qualifie  de  superieur  du  couvent.  Mention  respectueuse  est 
faite  du  tout-puissant  et  ombrageux  eveque  Iwanis  Kares,  superieur  de 
Mar  Behnam,  couvent  d’ou  peut-etre  provenaient  les  moines,  par  ailleurs 
originaires  de  Qaraqos. 

La  bibliotheque  liturgique  du  monastere  fait  de  nouvelles  acquisi¬ 
tions  en  1730  et  1735.  Mais  deja  une  note  garshuni  ajoutee  a  ce  dernier 

(1)  Cit  p.  240. 

(2)  Visile  par  Preusser  ( Nordmesopotamische  Baudenkmaller ,  cit.,  1911,  p.  14  et 
pi.  21-22);  et  par  Miss  Bell  ( Amurath ,  1911,  p.  265).  Seuls  les  fonts  baptismaux  sem- 
blent  plus  anciens. 

(3)  Cit  p.  240-241.  —  Voir  dans  Nasrat  al  ahad,  Bagdad,  XV/1926,  une  escar- 
mouche  sur  I’interpretation  du  nom  de  Mqurtaya  ou  Nqurtaya,  entre  M.  Ibrahim 
‘Isso  (p.  569-573)  et  le  choreveque  Behnam  Denha  (p.  635-638). 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


613 


livre  fait  prdsager  la  catastrophe  finale.  La  petite  fraternity  a  osd  braver 
Kares  en  recevant  un  de  leurs  cousins,  le  moine  Yohannan  fils  d’Eliya, 
persecute  et  chassy  par  le  despotique  metropolite.  II  leur  fera  payer 
leur  audace. 

L’occasion  de  cette  vengeance  lui  sera  fournie  par  rarrivde  a  Qara- 
qds  des  Persans  de  Nadir  Sail,  le  jour  de  TAssomption  1743.  II  n’y  a  pas 
de  doute  qu’ils  ddvasterent  le  couvent  en  meme  temps  que  le  village; 
cependant,  dans  la  description  ddtaillde  que  le  scribe  Habas,  fils  du  cham- 
mas  Gum‘a,  consacre  a  ces  dv^nements  (1),  le  nom  de  Mqurtaya  est 
soigneusement  passe  sous  silence.  Cf  est  que  l’ombre  redoutable  de  «notre 
pere  sublime  et  bienheureux»  le  metropolite  Kards  plane  sur  le  copiste. 
Ce  «pere  venery»  sera  «a  la  tete  des  travailleurs»  pour  la  restauration 
de  plusieurs  eglises  de  Qaraqos.  Le  couvent  de  Mqurtaya  sera,  ddlibd- 
rement,  laisse  en  ruines. 

3.  —  Les  deux  Dair  Sarah 

Voici  maintenant  une  nouvelle  Sarah,  dont  nous  avons  rencontrd 
le  frere  Mar  Zena  a  propos  de  son  eglise  a  Qaraqos. 

D'apres  le  manuscrit  Gallo,  de  Bartelli,  qui  raconte  la  vie  de  son 
frere,  Sarah  etait  dvidemment  de  sang  royal.  Devenue  chnhienne  a 
Pexemple  de  son  frere,  apres  une  lutte  contre  un  dragon,  elle  vint  au 
pays  d’Ator.  Elle  trouva,  a  coty  d’un  grand  tell,  une  grotte  dans  laquelle 
elle  vycut  en  recluse  pendant  quarante  ans,  au  point  qu’elle  ne  vit  jamais 
le  fleuve  pres  duquel  se  trouvait  sa  retraite.  Mar  Ishaq  fEgyptien  (dit 
Ishaq  al  Qalali)  fut  tymoin  de  ses  vertus.  Elle  ne  se  nourrissait  que 
d’aliments  apportys  tous  les  jours  du  ciel. 

Quand  elle  fut  bien  vieille  et  malade,  son  frere  Zyna,  devenu  yveque, 
revint  lui  rendre  visite.  Elle  lui  demanda  de  lui  batir  un  couvent  sur  le 
tell.  II  ne  semble  pas  que  le  frere  ait  accydy  a  sa  demande;  d’autrcs  s’en 


(1)  Tr.  Pognon,  cit.  p.  488-503.  Les  fantaisies  parues  en  arabe  apres  la  redac¬ 
tion  de  mon  texte,  sous  le  nom  de  Histoire  de  Qaraqos  ne  changent  rien  a  ce  qui 
precede. 


614 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


chargeraient.  Pour  lui  dormer  le  temps  de  rdaliser  ses  projets,  Zena  se 
contente  de  la  guerir  de  sa  maladie  et  de  lui  accorder  encore  trois  ans 
de  vie. 

Alors  le  roi  d'Ator  tomba  malade.  Quel  etait  ce  roi?  La  legende  a 
la  pudeur  de  ne  pas  le  nommer.  S’il  fallait  lui  trouver  une  date,  il  fau- 
drait  se  souvenir  que  Zena  est  cense  etre  devenu  £veque  sous  le  m^tro- 
polite  de  Takrlt  Samuel  (614-624)  et  que  Sarah  partit  alors  en  Meso- 
potamie,  oil  elle  resta  40  ans  recluse.  Nous  serions  done  maintenant  entre 
654  et  664.  Le  «roi»  de  Mossoul  ne  peut  etre  qu’un  gouverneur  musul- 
man;  mais  ceci  n’a  pas  d’importance,  les  historiens  ne  sont  pas  admis 
a  dire  leur  mot  a  propos  des  legendes. 

Le  roi  done  tomba  malade.  Sur  l’ordre  de  Sarah,  il  alia  a  la  source 
et  fut  gu£ri.  Conversation,  presentations,  Sarah  lui  montre  son  propre 
nom  dans  le  Gotha  et  lui  demande  de  lui  batir  un  couvent;  «Enchante, 
chere  princesse»,  repond  le  roi. 

Le  couvent  bati  par  le  roi  d’Ator  pour  sa  pairesse  la  fille  des  rois 
de...  Tell  as  Sultan,  est  une  merveille  d’art  et  d’architecture.  De  nom- 
breux  moines  (pas  des  religieuses)  viennent  y  habiter. 

Quand  les  trois  ans  de  r^pit  se  terminent,  Z£na  revient  a  temps 
pour  enterrer  sa  soeur  dans  le  couvent  bati  par  le  roi. 

De  nombreuses  annees  plus  tard,  «les  chefs  du  pays  suggererent  au 
sultan  de  faire  (e’est-a-dire:  de  transfdrer)  le  couvent  de  la  vertueuse 
Sarah  pres  des  moulins  qui  avaient  ete  construits  sur  la  riviere  qui  coule 
a  l’Orient  du  couvent  et  qui  est  appelee  Hazir.  Ceci  pour  que  les  gens 
puissent  plus  facilement  rendre  visite  a  son  couvent,  au  moins  une  fois 
par  mois  ou,  pour  ceux  qui  habitent  plus  pres,  une  fois  par  semaine,  tous 
les  samedis,  et  qu’ils  lui  offrent  la  farine  pour  la  messe  et  l’argent  pour 
l’huile.  Ainsi  fut  fait.» 

Ce  dernier  texte  n’est  pas  extremement  clair,  et  farabe  en  est  tres 
cahotique.  Les  denominations  locales  semblent  cependant  corroborer  le 
dernier  paragraphe  de  cette  histoire. 

Il  y  a  un  premier  lieu  dit  «Dair  Sarah»,  sur  la  rive  nord  du  Zab 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


615 


(le  fleuve  que  la  sainte  ne  vit  jamais,  bien  qu’il  passat  a  cotd  de  sa  cellule) 
entre  la  route  de  Guvvair  et  le  village  d’Abzaq,  dans  les  environs  du 
hameau  de  Hamra,  au  lieu  appeld  par  certains  «Dair  al  Bint».  Un  vil¬ 
lage  voisin  s’appelle  «Mutran»  (le  metropolite),  peut-etre  en  souvenir 
de  Zdna. 

Quant  au  second  Dair  Sarah,  il  est  situd  sur  le  bord  du  Hazir,  sur 
la  rive  ouest,  au  Sud  du  village  de  Zahra  Hatun,  presque  en  face  du 
village  de  Tell  Aswad,  pres  du  hameau  de  Nagaflya.  Le  lieu  est  appeld 
actuellement  Ddsara  (1);  on  y  voit  encore  les  traces  d’un  petit  couvent, 
ayant  environ  50  metres  de  cotd,  au-dessus  d’une  petite  source  qui  prend 
naissance  presque  au  bord  de  la  riviere. 

Sarah,  recluse,  et  son  frere  Zdna,  dveque  et  martyr,  enfants  des  rois 
d’Ator,  dtaient  fetds  par  TEglise  syrienne  le  22  novembre.  Le  calendrier 
de  Mgr  Benni  (2)  a  fair  de  dire  que  Sarah  fut  dgalement  martyre; 
notre  manuscrit  n’est  pas  de  cet  avis. 

4.  —  Le  couvent  des  bousiers 

0 

Dressant  une  liste  des  trente  merveilles  du  monde,  un  volume  de 
Charfet  (3)  donne  le  seizieme  rang  au  «couvent  des  bousiers».  Ce  cou¬ 
vent  avait  aussi  un  nom  de  saint,  mais  les  auteurs  arabes  lui  prdfdraient 
son  surnom  pittoresque  rappelant  un  miracle  qui,  parait-il,  se  produisait 
chaque  annde  aux  jours  de  la  fete  du  titulaire,  le  20  octobre  et  les  jours 
suivants.  Ces  jours-la,  les  murs,  plafonds  et  planchers  du  couvent  se 
noircissaient  de  nudes  de  ces  coldopteres  utiles,  dont  ne  ne  rencontrait 
jamais  un  seul  specimen  pendant  le  reste  de  fannde  (4).  Tous  les  auteurs 

(1)  Certains  expliquent  le  non  par  le  kurde:  les  deux  collines. 

(2)  Mossoul,  1877.  —  Dans  le  calendrier  syrien  de  1887  (Mossoul)  ils  ont  dis- 
paru  pour  faire  place  a  «Cecile,  martyre  romaine». 

(3)  Cat.  Armalet,  n°  16/2,  p.  480.  —  Ce  texte  semble  etre  le  meme  que  celui 
contenu  dans  le  Cod.  Ar.  312  de  la  B.N.  (fol.  59r.-68r.)  oil  on  lui  intercale  un  morceau 
de  la  legend e  d’Alexandre,  retra9ant  ses  luttes  avec  le  roi  de  l’lnde,  et  ou  tour  a  tour 
Aristote,  Platon,  Diogene  et  quelques  autres  viennent  dire  un  petit  mot. 

(4)  Les  sources  sont  r£sum£es  dans  les  articles  de  Mgr  Paulos  Behnam,  Dair 
Mar  Daniel  an  nasikfi  Nainiwa ,  Lisan  I,  1949,  n°  5,  p.  33-40  et  n°  6,  p.  63-64,  et  de  M.G. 


616 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


musulmans  rapportent  l’histoire  Fun  apres  P  autre  (1).  Yasin  al  ‘Omari, 
qui  etait  sur  place,  ajoute:  «Et  les  chretiens  prennent  la  baraka  de  ces 
bousiers,  certains  allant  meme  jusqu’a  en  avaler.  II  en  est  ainsi  jusqu’a 
nos  jours»  (2).  On  dit  que  le  miracle  continue  a  se  produire,  et  Mgr 
Paulos  Behnam,  qui  a  vu  ces  insectes  les  decrit  comme  «noirs  et  mi- 
gnons»  (3).  On  m’assure  aussi  que  certaines  personnes  continuent  a  en 
avaler. 

Le  couvent  des  bousiers  est  situe  sur  le  sommet  (670  m.)  de  la  mon- 
tagne  appelee  aujourd’hui  Gabal  al  ‘Ain  as  safra’,  le  mont  de  la  source 
jaune.  Au  pied  du  versant  est,  en  dessous  du  couvent,  se  trouve  un  vil¬ 
lage  encore  appele  «Usqof»  (eveque). 

Dans  les  sources  chretiennes  le  couvent  est  connu  sous  le  nom  du 
moine  Mar  Daniel.  Celui-ci  est  un  satellite  de  Mar  Matta,  fugitif  avec 
lui  d’Amed,  au  milieu  du  IVe  siecle,  et  qui  partagea  les  tribulations  de 
son  maitre  jusqu’a  ce  que  chacun  d’eux  s’etablisse  sur  deux  montagnes 
voisines,  alors  qu’un  autre  de  leurs  compagnons,  Abraham,  se  fixait  sur 
l’autre  versant  du  Maqlub.  Ceci  d’apres  une  legende  manuscrite  se  trou- 
vant  a  Mar  Matta  et  recensee  par  Mgr  Paulos  Behnam,  puis  par  Mgr 
Ignace  Ya‘qub  (4).  Le  couvent  aurait  done  dte  fonde  a  la  fin  du  IVe, 
debut  du  Ve  siecle. 

Cette  legende  est  en  fait  une  des  ramifications  de  la  tradition  jaco- 
bite  unifiee,  qui  ignore  deliberement  les  siecles  de  lutte,  pour  prendre  la 
situation  telle  qu’elle  etait  au  temps  de  sa  redaction,  apres  meme  la  dis- 
parition  du  couvent  nestorien  de  Mar  Abraham,  done  apres  le  XIe  siecle. 


‘Awwad,  dans  son  ed.  de  Sabusti ,  1931,  p.  195  avec  notes  5,  6,  7,  et  appendice  25, 
p.  260-262,  ou  il  utilise  une  note  de  Mgr  Barsaume. 

(1)  Ainsi  YAquT,  cite  par  Mgr  Rahmani  ( Documents  d’ Orient,  II 1/1928,  ar.  p.  37, 
n.  1)  et  Al-QazwIn!  (1275),  Atar  al-Bilad,  ed.  Wustenfeld,  1848,  p.  247. 

(2)  Muniat  al-Udaba\  1744,  p.  130  et  147. 

(3)  N’en  croyant  pas  leurs  yeux,  Abbeloos  et  Lamy  (B.H.,  II,  col.  498)  ont 
prudemment  appeld  le  couvent  «Habshushitarum» !  et  pourtant,  en  syriaque,  le 
bousier  s’appelle  «Habsusta». 

(4)  Dafaqdt ,  p.  23-24. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


617 


Nous  en  avons  touche  un  mot  a  propos  de  Mar  Behnam,  nous  reverrons 
la  question  en  detail  a  propos  de  la  Montagne  des  Milliers,  et  surtout 
de  l’histoire  de  Mar  Matta. 

II  y  a  dvidemment  plusieurs  couvents  sous  le  nom  de  plusieurs  Daniel. 
Le  plus  fameux  est  celui  situ£  au-dessous  de  Mardin  (1)  et  mentionne 
par  Jean  de  Mardin  (1125-1165)  parmi  les  60  couvents  qu’il  a  rebatis. 

Les  plus  anciens  renseignements  historiques  sur  le  couvent  des  bou- 
siers  semblent  provenir  du  Sarri  ar  Rafa’  (m.  792),  plagid  par  les  deux 
Haledi.  Le  vin  du  couvent  ne  devait  pas  etre  fameux,  car  la  seule  poesie 
qui  soit  restee  liee  a  son  nom  est  une  complainte  sur  un  «frere»  mort, 
que  se  repetaicnt  encore  a  la  fin  du  Xe  siecle  les  femmes  des  Banu  ‘Uruwa. 

Le  manque  d’interet  suscitd  par  le  couvent  se  traduit  par  une  grande 
imprecision  des  auteurs,  et  mcme  des  inexactitudes.  Le  SabustI,  par 
exemple,  le  voit  «grand  et  plein  de  moines»  ( ?)  et  le  place  «entre 
Mossoul  et  Balad»,  alors  qu’il  est  en  fait  a  Test  de  Mossoul  et  que 
Balad  est  au  nord-ouest  (2). 

Yaqut  (3)  est  plus  exact  quand,  vers  1225,  il  le  decrit  comme  «un 
petit  couvent,  que  n'habitent  pas  plus  de  deux  moines».  S.S.  Mgr 
Ignace  III  Ya‘qub  (4)  s’dleve  contre  cette  assertion.  Les  faits  que  Ton 
va  bientot  citer,  prouvent,  dit-il,  quhl  dtait  «vaste  et  solide»  puisqu'il  va 
servir  de  refuge  a  tout  un  village.  Ceci  est  vrai,  et  peut  infirmer  le  mot 
de  Yaqut  que  le  couvent  dtait  «petit»;  mais  rien  ne  prouve  que  la  deu- 
xieme  partie  de  la  phrase  de  Yaqut  soit  inexacte,  il  y  a,  helas,  encore 
aujourd’hui,  des  couvents  «vastes  et  solides»  qui  abritent  meme  moins 
de  deux  moines. 


(1)  Armalet,  Machriq,  XI 1/1909,  p.  760-770.  —  Le  P.  Levencq,  dans  son 
article  Beria  ( DHGE ,  \  1 1 1/1935,  col.  486-487)  suppose  que  le  village  de  Bdria,  en 
fait  jacobite  et  situe  au  dessous  du  couvent  de  Mar  Daniel,  done  dans  la  region  de 
Mardin,  est  le  meme  que  l’6vech6  de  Barriyya,  lcquel  est  en  r£alis£  nestorien. 

(2)  Les  sources,  surtout  arabes,  ont  6t6  de  nouveau  recens^es  dans  Researches , 
p.  76-77,  s.v.  Dair  al-hanafis. 

(3)  Mu‘gam ,  IV,  137;  voir  aussi  Canard,  Hamdanides ,  I,  p.  121  et  n.  98. 

(4)  Dafaqat,  p.  24. 


618 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


C’est  au  couvent  que  chercherent  un  refuge  provisoire  les  fuyards 
de  Ba  Sahra  et  des  villages  environnants,  dont  l’exode  vers  Erbil  devait 
se  terminer  tragiquement,  en  1261.  A  la  fin  du  siecle,  c’est  a  Mar  Daniel 
que  les  delegues  de  Bar  Wahib  vinrent  trouver  le  maphrien  Gregoire 
Barsaume  Bar  Hebraeus,  qui  y  habita  quelque  temps  (1). 

Geci  est  la  derniere  fois  oil  Ton  entende  parler  du  couvent.  Quand 
Yasln  al  ‘Omari  le  ddcrit,  au  XVXIIe  siecle,  il  n’y  mentionne  plus  de 
moines. 

Les  ruines  du  couvent  de  Mar  Daniel,  quelquefois  appele  «le  cou¬ 
vent  superieur»,  pour  le  distinguer  d’un  second  du  meme  nom  au  pied 
de  la  montagne,  se  voient  encore  sur  le  sommet,  entourees  des  terrains 
d^pierres  par  les  moines  pour  leurs  cultures.  II  n’y  a  evidemment  pas  de 
source  la-haut,  mais  j’y  ai  reconnu  deux  citernes  exterieures,  toutes  deux 
a  l’ouest,  l’une  creusee  dans  le  roc  et  l’autre  bade. 

Encore  plus  a  l’ouest,  en  suivant  la  Crete  de  la  montagne,  au  creux 
d’un  petit  vallonnement,  on  voit  au  sol  les  fondations  d’un  batiment  de 
6  m.  sur  6,50,  en  grosses  pierres  alignees.  Tant  la  situation  que  la  facture 
rappelle  un  batiment  aussi  mystdrieux,  probablement  ant^rieur  au  cou¬ 
vent  actuel,  que  nous  trouverons  a  Mar  Yaq5  et  qu’on  appelle  la-bas 
«le  tombeau  du  lion». 

Les  restes  du  couvent  proprement  dit,  situes  au  plus  haut  point  du 
mont,  forment  un  carre  presque  regulier  d’environ  34  metres  de  cote. 
L’eglise  minuscule  (large  de  5  m.,  longue  de  10  m.,  dont  4  m.  pour  le 
choeur  et  6,50  pour  lYglise  elle-meme)  se  distingue  encore  au  milieu  du 
mur  est.  Elle  s’ouvre,  a  l’ouest,  sur  une  cour  centrale,  carree,  de  9  m. 
de  cotd,  au  milieu  de  laquelle  se  voit  la  citerne  interieure  effondree.  Le 
reste  du  batiment  est  trop  indistinct  pour  pouvoir  etre  decrit.  L’entree 
principale  semble  s’etre  trouvee  sur  la  facade  exterieure  ouest.  L’aspect 
general  est  sensiblement  le  meme  (en  plus  petit)  que  celui  du  Dair  al 
Mu£allaq,  sur  le  haut  du  Mont  Butman:  couvent  de  sommet,  entierement 


(1)  B.H.,  II,  col.  497. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


619 


en  gass ,  rebati  probablement  au  XIIIe  siecle,  abandonnd  au  XVe  ou  au 
XVIe.  Quand  Mgr  Rahmani  visita  les  ruines  en  1896,  il  y  vit  encore 
une  inscription  au  nom  du  saint  (1).  Cette  inscription  a  6t6  depuis 
recouverte  par  de  nouveaux  effondrements. 

Le  couvent  est  actuellement  accessible  par  une  route  qui  fait  le  tour 
de  la  montagne  et  atteint  presque  le  sommet,  par  la  face  est.  Quand 
j’y  suis  mont£  pour  la  premiere  fois,  j’ignorais  l’existence  de  cette  route 
et  ai  escaladd  la  face  ouest.  Ceci  rn’a  donnd  l’occasion  de  passer  par  le 
village  de  Bii  Zgertan. 

J’ai  recueilli  la-bas  une  curieuse  tradition,  qui  devrait  plaire  aux 
collectionneurs  de  passages  secrets:  il  y  aurait  eu  jadis  un  kahriz 
(aqueduc  souterrrain)  qui  allait  du  couvent  jusqu’a  Karamlaiss,  distant 
de  8  kilometres  au  sud.  Ce  qu’on  ne  dit  pas,  c’est  d’ou  venait  l’eau, 
puisque  les  moines  eux-memes  avaient  du  se  creuser  des  citernes. 

Mais  j ’ai  remarqud  aussi  dans  cette  conversation  une  chose  curieuse: 
en  parlant  du  couvent,  les  habitants  musulmans  de  la  region  n’emploient 
pas  les  mots  «couvent»  ou  «bousiers»,  ils  Tappellent  al  4 asig ,  ce  qui 
en  prononciation  bddouine  veut  dire  «famant»  ( al  4 asiq ).  Serait-ce  une 
reminiscence  de  la  tombe  du  Xe  siecle?  Et  celle-ci  ne  serait-elle  pas  ce 
monument  en  grosses  pierres  que  nous  n'avions  pu  identifier?  Les  rela¬ 
tions  de  bon  voisinage  que  la  complainte  souhaitait  entre  la  tombe  et  le 
couvent  sont  maintenant  des  relations  entre  deux  tombes,  aussi  mortes 
Tune  que  l’autre. 

A  la  pointe  nord-ouest  de  la  montagne,  a  son  pied  non  loin  de  la 
Source  Jaune,  se  trouvent  les  restes  du  couvent  inferieur  de  Mar 
Daniel.  D’apres  Mgr  Barsaume  (2),  ce  couvent  aurait  rdserv^  aux 
religieuses. 

L’ensemble  se  prdsente  comme  un  tas  de  ruines  informes,  couvrant 
un  rectangle  d’environ  39  metres  de  cot6  sur  26,50,  ou  fidglise  semble 


(1)  Convent  de  Alar  Matta...,  p.  3. 

(2)  Apergu ,  cit.,  p.  202,  n°  4,  repris  par  Researches ,  p.  83. 


620 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


avoir  et£  comme  au  couvent  superieur,  au  milieu  du  mur  est,  et  la  porte 
dans  le  mur  ouest,  c’est-a-dire  vers  la  route  qui,  contournant  la  source 
et  la  montagne,  va  de  Bartelli  vers  Usqof.  On  voit  ies  restes  d’une  citerne 
a  cote  du  coin  nord-est  des  constructions. 

On  ne  sait  rien  de  l’histoire  de  ce  couvent  inferieur.  La  tradition 
locale  fappelle  Mar  Gabbola. 

5.  —  Le  couvent  de  la  colonne 

Si  Ton  suit  la  route  moderne  qui,  de  Mossoul,  va  vers  Zaho,  on 
rencontre,  a  environ  40  kilometres  de  Mossoul  et  a  moins  de  deux  kilo¬ 
metres  a  Test  de  la  grand-route,  le  village  yezidi  de  Terbaspi  (le  tom- 
beau  blanc),  dont  le  nom  officiel,  depuis  le  temps  des  Ottomans,  est 
Dair  Astun. 

Alleche  par  ce  nom,  qui  me  rappelait  le  fameux  Monastere  des 
Colonnes  (Daira  d’Estona)  de  Raqqa-Gallinice  (1)  et  qui  promettait 
peut-etre  un  stylite,  je  decidais  un  jour  d’y  aller  voir. 

Sans  trop  savoir  au  fond  s’il  y  avait  quelque  chose  ou  non,  je  me 
montrais  plein  cl’assurance  en  abordant  les  gens  du  village  et  leur  deman- 
dais  ou  se  trouvaient  «les  ruines»?  On  m’indiqua  une  direction.  A  un 
quart  d’heure  de  marche  du  village,  vers  le  nord,  nous  trouvames  les 
ruines.  Mon  opinion  etait  deja  faite  a  leur  sujet  quand  un  peu  dansis- 
tance  fit  avouer  aux  bergers  yezidis  qui  se  trouvaient  la,  a  cote  de  la 
petite  source,  avec  leurs  moutons  et  leurs  chevres,  que  nous  avions  bien 
affaire  a  un  couvent. 

A  vrai  dire,  il  n’en  reste  pas  grand-chose,  et  les  decombres  sont  tres 
indistincts.  L’eglise  cependant  est  assez  nette,  ses  murs  emergent  encore 
des  ddbris  d’environ  un  metre.  Elle  a  trois  nefs.  La  nefcentrale  a  quelque 
dix  metres  de  long  sur  4,50  de  large,  les  nefs  laterales  en  ont  trois.  Les 
dependances  du  cote  est,  saint  des  saints,  bet  qadise  et  sacristie  ou  bap- 
tistere  ( ?)  ont  la  largeur  des  nefs  et  trois  metres  de  profondeur. 

Les  restes  du  couvent  proprement  dit  entourent  feglise  de  tous 


(1)  Cf.  Honigmann,  Barsauma ,  p.  53  et  119,  n°  26. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


621 


cotds,  sauf  a  Test,  ce  qui  confirme  l’idde  que  sa  position  gdographique 
nous  avait  deja  donnee,  l’eglise  dtait  syrienne.  Les  gens  du  pays  n’ayant 
pas  souvenir  qu’on  ait  trouve  des  colonnes  dans  les  ruines,  d’ou  venait 
le  nom?  Au  lieu  de  «couvent  des  colonnes»,  ne  serait-il  pas  plutot  le 
«couvent  de  la  colonne»,  et  ne  faudrait-il  pas  chercher  du  cotd  des  sty- 
lites?  Ici  aussi  c’est  dans  un  couvent  syrien  qu’on  a  le  plus  de  chances 
d’en  trouver. 

Seul  un  deblaiement  des  ruines  de  la  cour  qui  doit  faire  face  aux 
portes  de  l’eglise  permettrait  de  rdpondre  a  la  question.  Je  suis  convaincu 
qu’on  retrouverait  au  milieu  de  cette  cour  (comme  on  le  voit  dans  les 
couvents  du  Tur  ‘Abdin)  la  base  de  la  tour  de  stylite  qui  donna  son 
nom  au  couvent. 

Avant  d’essayer  de  fidentifier,  jetons  un  coup  d’oeil  autour  de  nous. 
Au-dessous  de  l’dglise,  a  Test  et  vers  le  sud  sont  alignds  cinq  muriers 
apparemment  anciens,  respects  par  les  Y^zidis.  Ils  sont  separds  en  deux 
groupes,  de  deux  et  trois  arbres  respectivemcnt,  par  un  bassin  ancien 
alimente  par  une  source  (1). 

Recherchons  maintenant  les  stylites  jacobites  qui  vdcurent  dans 
notre  region.  L’un  d’entre  eux  semble  tout  a  fait  convenir,  c’est  Mar 
Miha’il,  le  soldat  de  Ninive.  Son  histoire  est  incluse  dans  la  legcnde 
de  son  maitre  Mar  Ahha  (2). 

Le  petit  prologue  historique,  apparemment  bien  document^,  par 
lequel  debute  le  recit,  s’ouvre  sur  un  gros  plan  du  «roi»  Marqiana, 


(1)  Dans  les  collines,  a  Test  (al-Kand)  il  y  a  un  lieu-dit  Kafar  Mano.  Dair  Astun 
est  enregistre  a  la  direction  gen^rale  des  Antiquit^s,  dossier  779/35. 

(2)  Le  texte  de  l’histoire  de  Mar  Ahha  se  trouve  dans  le  cod.  Vat.  XXXVII 
{cat.  S.E.  Assemani,  t.  II,  p.  249)  oil  il  vient  au  15e  rang  parmi  d’autres  textes.  Une 
copie  en  a  et£  faite  par  le  P.  Samuel  Giamil  en  1903.  Elle  se  trouve  dans  le  cod.  219 
de  N.-D.  des  Moissons  [cat.  Vosye,  p.  87,  n°  3)  et  occupe  du  fol.  73  r.  au  fol  106  r.  Je 
dois  a  l’amabilite  du  Rme  P.  Ablahad  Haddad,  d’avoir  pu  le  faire  photographier. 
M.  l’abb£  Ya‘qub  Seller,  maintenant  pretre  chaldeen,  a  bien  voulu  me  le  traduire.  — 
Il  ne  faut  pas  confondre  cet  Ahha  avec  son  homonyme,  l’^gyptien,  dont  le  couvent  est 
mentionn^,  par  exemple,  dans  B.O.,  I,  p.  537. 


622 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


repugnant  a  souhait.  Non  content  d’accumuler  toutes  les  hdrdsies,  celui- 
ci  se  rend  encore  coupable  d’une  felonie:  il  manque  a  la  parole  donnde 
et  rompt  la  treve  de  cent  ans  naguere  sign^e  entre  Sapor  et  le  gdndral 
Jovinien,  chef  de  l’armee  de  Julien  PApostat.  Selon  cette  entente,  Nisibe 
devait  appartenir  aux  Perses  pendant  un  siecle.  Mais  le  traitre  Mar- 
cianus  n’attendit  pas  la  fin  de  la  treve,  et  alors  que  72  ans  seulement 
s’en  etaient  ecoules,  il  envoya  une  grande  arm^e  s’emparer  de  Nisibe  et 
de  la  region  environnante.  Quand  le  roi  Chosroes  en  fut  informe,  il 
depecha  contre  Marcianus  le  chef  de  son  armee,  Nabun,  qui  monta  vers 
Nisibe  avec  une  force  importante.  Les  Romains  ne  purent  resister  et 
s’enfuirent,  poursuivis  par  les  Perses,  jusqu’a  Harran.  C’est  a  cette 
occasion  qu'un  jeune  homme  de  19  ans,  etudiant  ecclesiastique  a  Res 
‘Aina,  tomba  entre  les  mains  des  Perses.  Il  se  nommait  Ahha. 

Ainsi  parle  la  legende.  D’apres  la  grande  histoire,  la  paix  a  laquelle 
il  est  fait  allusion  est  en  fait  celle  qui  fut  signee  en  562  entre  Justinien 
et  Chosroes  I  Anosirwan.  Cette  paix  devait  durer  50  ans  (1).  Elle  fut 
rompue  dix  ans  plus  tard,  en  572,  par  Justin  II,  qui  envoya  son  neveu 
le  patrice  (et  non  pas  le  roi)  Marcien  attaquer  Nisibe.  Le  siege  aurait 
peut-etre  abouti,  apres  Paques  573,  si  Pordre  de  destitution  du  patrice, 
accuse  de  complot  contre  la  surete  de  l’Etat,  n’etait  arrive  entre-temps. 
Les  Romains  laisses  sans  chef  s’enfuirent  et  furent  poursuivis  par  les 
Perses,  que  le  roi  Chosroes  I  en  personne  etait  venu  renforcer.  Un 
marzban,  nornme  Adarmahan  (le  Nabun  de  la  legende),  avec  6000 
cuirassiers  et  les  auxiliaires  arabes  lakhmides,  se  distingua  dans  la  pour- 
suite,  pillant  villes  et  villages  jusque  dans  la  region  d’Antioche,  et  faisant 
de  nombreux  captifs,  dont  Ahha  (2). 

Ahha  est  done  bien  localise  dans  la  seconde  moitie  du  VIe  siecle 


(1)  Je  ne  puis  mieux  faire  que  de  renvoyer  au  magistral  ouvrage  du  P.  Paul 
Goubert,  s.j.,  Byzance  et  1' Islam,  t.  I,  Paris  1951,  oil  les  evenements  ici  effleur^s  sont 
clairement  exposes  p.  63-70,  avec  indication  des  sources,  p.  62. 

(2)  Voir  aussi  Chrnn.  An.  ad  an.  1234  pert.,  versio.  !°  pars.  Chabot  (1937), 
C.S.C.O.,  n»  109/%.  56  §  68  et  69,  p.  162. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


623 


et  la  premiere  moitid  du  VIIe  (1).  Comme  il  vdcut,  d’apres  la  ldgende, 
jusqu’a  Page  de  105  ans,  c’est  vers  661  qu’il  faut  placer  la  date  de  sa 
mort  (2). 

Ahha  captif  dchoit  en  partage  a  un  soldat  originaire  de  Ninive. 
Celui-ci  lui  rdvele  bientot  qu’il  est  chrdtien.  C’dtait  en  fait  un  crypto- 
chretien,  car  il  participait  au  culte  ofliciel  des  troupes.  Quoiqu’en  pensent 
les  moralistes,  il  avait  tournd  la  difficult^  en  cachant  une  croix  dans  son 
casque.  Comme  il  le  posait  devant  lui  pendant  les  cdrdmonies  religieuses, 
c’dtait  en  fait  la  croix  qu’il  adorait.  Quant  au  nom  de  ce  soldat,  on  le 
donne  des  le  ddbut  comme  dtant  Miha’il;  il  est  Evident  qu’il  devait  etre 
connu  dans  son  escadron  sous  un  nom  moins  nettement  chrdtien. 

Miha’il  presente  bientot  son  jeune  esclave  a  l’officier  de  recrutement 
(au  roi,  dit  la  ldgende)  et  Ahha  se  voit  octroyer  armes,  cheval  et  mulet, 
ainsi  que  son  brevet  de  soldat  et  sa  prime  d’incorporation. 

La  ldgende  s’etend  sur  la  vie  double  de  ces  etranges  mercenaires 
persans,  soudards  pendant  le  jour,  et  passant  les  nuits  en  priere,  couverts 
de  cendres  et  de  cilices.  On  se  demande  comment  le  secret  de  leur  religion 
put  etre  gardd,  puisqu’ils  ne  passaient  pas  devant  une  dglise  ou  un  cou- 
vent  sans  les  visiter,  et  distribuaient  toute  leur  solde  en  aumones;  enfin, 
le  manege  se  poursuivit  pendant  18  ans. 

Un  jour,  ennuyds  quand  meme  de  «servir  deux  maitres»,  ils  obtien- 
nent  une  indication  providentielle  quc  le  temps  est  venu  pour  eux  de 
partir  vers  l’occident,  ou  une  place  leur  est  preparee.  Sellant  leurs  mon- 
tures  et  endossant  leurs  uniformes,  ils  quittent  (on  ne  dit  pas  avec  quelle 


(1)  Ahha  avait  sa  fete  au  calendrier  jacobite  le  25  Janvier  (Nau,  Menologes , 
p.  71  et  94).  A  cette  date  le  martyrologe  de  R.  Saliba  (6L  Peeters,  p.  174)  porte:  «Acha, 
solitarius,  qui  ad  nos  detulit  fragmentum  Ligni  Crucis.»  On  voit  d’apres  la  legende 
qu’il  amena  cette  relique  de  Constantinople.  D’apres  Michel  le  Syrien  (II,  p.  285) 
ce  fut  l’empereur  Justin  II  qui,  en  la  5e  ann6e  de  son  regne  (573)  fit  venir  a  Constanti¬ 
nople  la  moitie  de  la  parcelle  de  la  Croix  qui  se  trouvait  a  Apam£e.  Le  partage  dont 
Ahha  fut  un  des  bendficiaires  dut  avoir  lieu  apres  595. 

(2)  Et  non  pas  en  556,  comme  le  disait  Assemani.  —  Le  P.  Peeters  (R.  Saliba , 
p.  168,  n.  10)  avait  dte  plus  prudent,  se  contentant  de  dire:  «saeculo  VI  floruisse  dicitur» 


624 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


permission)  le  pays  des  Perses,  et  se  dirigent  vers  Nisibe.  En  route,  la 
guerison  miraculeuse  d’un  enfant  muet,  Huwara,  fils  de  Theodoros,  les 
revele  au  monde  et  decide  de  leur  changement  de  vie  ext^rieure.  Le 
matin  suivant,  ils  ne  revetent  plus  leurs  habits  militaires,  mais  apparais- 
sent  vetus  comme  des  chretiens,  avec  et  y  compris  la  ceinture  (1). 

On  devine  la  suite  logique.  On  ne  parle  ni  de  prise  d’habit  ni  de 
noviciat,  un  premier  couvent  va  etre  construit.  II  est  situe  a  un  mille 
de  Telia  d’Arios,  le  village  de  Theodoros,  pres  d’une  riviere  appelee 
Qsar  et  sur  un  tell  nomme  Telia  Torqiya.  L’enfant  Huwara  (2)  en  devient 
le  premier  disciple,  et  aussi  le  pretre  Yaqo,  qui  n’etait  pas  marie.  Bientot 
la  communaute  compte  20  freres. 

Nous  ne  pouvons  suivre  les  peripeties  de  l’histoire  de  Ahha,  seul 
Miha’il  nous  interesse  ici.  Celui-ci  resta  cinq  ans  au  couvent  de  Mar 
Ahha,  puis  il  eut  le  mal  du  pays  et  revint  aux  alentours  de  Ninive,  oil 
il  se  batit  un  couvent.  Si  les  dur^es  des  periodes  fournies  par  la  legende 
sont  a  peu  pres  exactes,  il  faut  done  ajouter  a  575  les  18  ans  passes  dans 
Tarmee  et  les  5  ans  au  couvent:  cela  nous  mene  vers  598.  On  a  vu  que 
la  conjoncture  historique  de  ces  dernieres  annees  du  VIe  siecle  etait  tout 
a  fait  favorable  a  la  fondation  d’un  couvent  jacobite  dans  les  environs 
de  Ninive. 

Dans  son  couvent,  Miha’il  se  construisit  une  colonne,  sur  laquelle 
«il  s’assit»  jusqu’a  sa  mort,  dont  on  ne  donne  pas  la  date. 

Tout  ceci  Concorde  tres  bien  avec  ce  que  nous  pouvons  deviner  de 
Dair  Astun,  le  couvent  de  la  colonne,  situe  pres  de  Ninive  en  district 


(1)  La  ceinture,  plus  tard  impos<§e  aux  chretiens  comme  signe  distinctif,  etait 
en  fait  en  usage  chez  eux  des  avant  Y Islam.  Gf.  H.  Zayat,  Signes  distinctif s  des  chretiens 
et  des  juifs  en  Islam  (en  arabe),  Machriq,  1949;  tire  a  part,  1950,  p.  41-42. 

(2)  Celui-ci  est  fete  par  les  Jacobites  le  22  novembre  ( R .  Saliba ,  cit.  p.  168) 
il  succedera  plus  tard  a  Mar  Ahha  comme  superieur  du  couvent  «superieur»  de  Bn6 
El.  Mais  il  est,  je  crois,  inexact  de  dire  {ibid.,  n.  10)  que  ces  deux  couvents  voisins  etaient 
«prope  Niniven» ;  il  faut  les  chercher  dans  les  environs  de  Nisibe.  Le  texte  de  S.E. 
Assemani,  resumant  la  legende  peut  en  effet  preter  a  confusion,  alors  que,  selon  la 
legende  elle-meme,  il  n’y  a  pas  d’erreur  possible. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


625 


syrien,  et  qui  cherche  un  titulaire.  Je  propose  done  qu’on  y  reconnaisse 
le  couvent  de  Mar  Miha’Il,  le  soldat  stylite. 

L’dtat  de  destruction  des  batiments  semble  indiquer  les  alentours 
du  XIIIe  siecle  comme  date  de  sa  disparition.  Le  reste  de  son  histoire 
est  entierement  inconnu. 

6.  —  Mar  Samuel  le  montagnard 

On  lit  dans  la  Vie  de  Maruta  (1) :  «I1  y  avait,  non  loin  de  leur  village 
de  Surzaq,  un  saint  monastere,  nommd  de  Mar  Samuel  le  montagnard, 
elevd  sur  une  hauteur,  sur  la  rive  du  Tigre,  en  face  du  monastere  de 
Mar  Sargis,  qui  est  pres  de  Balad.»  Les  parents  du  jeune  Maruta  le 
«donnerent»  done  a  ce  monastere  «pour  etre  dlevd  et  instruit  dans  les 
lettres  divines  des  son  enfance...  II  y  avait  dans  ce  couvent  40  moines, 
hommes  saints,  excellents,  et  exereds  dans  les  divins  labeurs,  soucieux  de 
la  perfection  a  ce  point  qu’ils  ne  laissaient  entrer  aucune  femme  dans 
leur  monastere,  ne  semaient  pas,  et  dtaient  sustentds  par  la  charitd  des 
fideles.» 

Bien  que  ce  couvent  ait  entierement  disparu  et  que  personne  ne 
semble  en  avoir  entendu  parler,  il  est  rare  qu’un  texte  soit  si  prdcis  dans 
sa  localisation.  Tout  ce  que  nous  avons  a  faire  est  de  trouver  (ce  qui 
n’est  pas  facile)  une  photo  par  avion  de  la  rdgion  a  Test  du  Tigre,  en 
face  du  Couvent  Suspendu  appeld  ici  couvent  de  S.  Serge,  et  de  chercher 
a  la  loupe  tous  les  tas  de  pierres  ou  toutes  les  lignes  qui  pourraient  etre 
revelateurs.  Puis,  apres  s’etre  fait  une  idde  des  deux  ou  trois  sites  possibles, 
car  il  est  difficile  de  distinguer  sur  une  photo  adrienne  un  tas  de  pierres 
artificiel  d’un  tas  de  pierres  naturel,  il  faut  aller  voir  sur  place. 

C’est  ce  qui  fut  fait.  Le  couvent  de  Samuel  le  montagnard,  ou  dtudia 
Maruta  enfant  (done  au  ddbut  du  \TIe  s.),  se  trouve  sur  la  rive  gauche 
du  Tigre,  au  nord  du  petit  hameau  de  ‘Arayr  (qui  n’est  pas  marqud  sur 
les  cartes)  au  sud-est  du  couvent  de  S.  Serge,  au  sud-ouest  du  village 
de  la  rive  droite  appeld  Dawlat  al  Gamar.  A  quelques  dizaines  de  metres 


(1)  Histoire  de  Marouta,  par  Denha,  P.O. ,  III,  p.  74;  6d.  Nau. 


Rech.  23  —  40 


626 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


sur  sa  gauche  (a  Pouest)  se  trouve  un  tell  archeologique,  petit  mais  eleve 
et  en  forme  de  cone. 

Que  reste-t-il  du  couvent?  Uniquement  des  rangees  de  pierres  au 
ras  du  sol  et  des  traces  de  quai  sur  la  berge  du  Tigre. 

On  peut  conjecturer  que  le  couvent,  tel  qu’il  etait  au  moment  de 
son  abandon,  probablement  ancien,  est  reprdsente  par  le  carre  ouest, 
aux  murs  de  gass  continus,  sortant  du  sol  de  quelques  centimetres.  Ce 
carre  a  environ  35  metres  de  cote.  Par  la  porte,  qui  n’est  pas  tout  a  fait 
au  milieu  du  mur  ouest,  on  entre  dans  la  cour,  apres  avoir  traverse  un 
vestibule  flanque  de  deux  chambres  de  chaque  cote.  La  cour  et  le  ves¬ 
tibule  occupent  a  peu  pres  la  moitie  de  la  longueur,  et  Peglise  le  reste. 
Elle  est  au  fond  de  la  cour,  avec,  evidemment,  ses  portes  sur  la  facade 
ouest,  comme  dans  toutes  les  eglises  syriennes  anciennes.  Cette  eglise 
a  6  metres  de  large.  Le  chceur  a  la  meme  largeur,  sur  3,80  de  profondeur. 
A  droite  et  a  gauche  de  la  cour  de  P  eglise  se  trouvent  les  batiments  con- 
ventuels.  Le  coenobium  est  a  droite  de  celui  qui  entre  (done  au  sud) 
et  se  compose  de  deux  rangees  de  cellules  de  largeur  inegale  (4  m.  pour 
les  cellules  cote  cour-nord,  et  5  m.  pour  celles  le  long  du  mur  exterieur 
sud)  separdes  par  un  corridor  est/ouest  de  3,50  de  large. 

Au  nord  du  couvent,  e’est-a-dire  entre  celui-ci  et  le  bord  de  la 
falaise-quai  qui  surplombe  le  Tigre,  on  peut  distinguer  des  traces  de 
batiments  plus  anciens,  et  peut-etre  plus  importants.  Ces  vestiges  sont. 
a  peine  visibles. 

A  Pest,  au  chevet  de  Peglise,  des  batiments  informes  subsistent, 
probablement  plus  r^cents  que  le  couvent.  On  peut  y  reconnaitre  une 
construction  d’environ  17  m.  de  long  sur  6  de  large,  flanqu^e  d’une 
galerie  de  3  m.  de  large  sur  sa  face  nord,  puis  deux  longues  lignes  paral¬ 
lels  de  chambres  (cellules  ou  maisons  d’un  village  posterieur?)  encadrant 
une  espece  de  grande  cour  centrale,  dont  aucune  trace  de  cloture  ne 
subsiste  du  cote  est.  A  part  le  petit  couvent  de  Pest,  il  est  difficile  de 
fournir  une  interpretation  cogente  de  ces  ruines. 

En  resume,  le  couvent  est  localise  et  identifie,  mais  on  ne  sait  rien 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


627 


de  son  histoire.  On  ignore  meme  qui  est  son  fondateur.  Tout  au  plus 
peut-on  risquer  une  hypothese,  qui  d’ailleurs  ne  menera  pas  loin. 

On  rencontre  un  moine  Samuel,  vers  485,  que  Barsaume  de  Nisibe 
aurait  bien  voulu  ajouter  a  son  tableau  de  chasse  des  «orthodoxes»  (1). 
Ce  Samuel  avait  sa  grotte  pres  du  village  de  B.  Murdani.  D’apres  le 
texte,  on  voit  que  la  locality  se  trouvait  en  Ba  Nuhadra.  Barsaume  vient 
du  Mont  Alpap  (considdrd  comme  dtant  en  Marga,  au  temps  de  hauteur, 
Michel  le  Syrien)  et  pdnetre  en  Ba  Nuhadra.  II  veut  «monter»  a  la 
cellule  de  l'anachorete  pour  l’assassiner,  mais  sa  monture,  nouvelle 
anesse  de  Balaam,  refuse  de  le  transporter  plus  loin.  II  «descend»  done 
a  Ba  ‘Adrd.  Les  verbes  «monter»  et  «descendre»  indiquent  que  Samuel 
habitait  la  montagne  (d'oii  son  nom  de  montagnard  ?),  une  montagne 
qui  se  trouvait  quelque  part  a  l  est,  entre  le  Maqlub  et  Ba  ‘Adrd,  e’est- 
a-dire  au  bord  de  la  montagne  de  ‘Ain  Sifni,  ou  au  ddbut  de  celle 
d’Alqos. 

Le  nom  de  B.  Murdani  se  retrouve  dans  les  sources  arabes  a  propos 
d’un  personnage  du  ddbut  du  XIIe  siecle.  Ceci  donne  a  Yaqut  l’occa- 
sion  (2)  de  placer  Bamardana  dans  le  district  de  Ninive,  ce  qui  corrobore 
ce  qui  vient  d’etre  dit  de  Ba  Murdani.  La  localisation  de  M.  Ahmad  as 
Sufi  (3)  a  Dubardan  ne  parait  guere  probable.  Dubardan  est  au  pied 
de  la  pointe  sud-est  du  Maqlub;  pour  «monter»  a  la  cellule  de  Samuel, 
Barsaume  devrait  remonter  sur  le  Maqlub  lui-meme,  a  Test  de  Mar 
Matta  dont  il  vient  de  descendre.  Ceci  ne  semble  guere  conforme  au  texte. 

De  toutes  fa^ons,  meme  si  Ton  pouvait  localiser  Ba  Murdani,  il  ne 
s’ensuivrait  pas  que  son  Samuel  soit  le  notre. 


(1)  M.S.,  II,  p.  439. 

(2)  Mu' gam,  I,  p.  481,  et  autres  sources  dans  Researches,  p.  57.  —  M.G.  ‘Awwad 
precise  de  ne  pas  le  confondre  avec  Bamarnd,  pres  de  ‘Amadla. 

(3)  Hutat  al-Mawfil,  II,  p.  105. 


628 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


7.  —  Dair  Nardos 

Ce  couvent  est  connu  par  le  meme  texte  (1)  que  celui  de  Samuel 
le  montagnard,  et  appartient  au  meme  cycle  de  Maruta,  done  au  debut 
du  VIIe  siecle.  C’estlaque,  ayant  fini  ses  ecoles,  le  futur  mdtropolite  se  fit 
moine.  Le  couvent  est  appele  «le  saint  et  divin  monastere  de  Nardos», 
et  plusieurs  raisons  sont  donnees  pour  prouver  qu’il  dtait  (remarquons 
le  passe)  «plus  cdlebre,  plus  renomme,  et  plus  edifiant  que  tous  les  saints 
monasteres  de  cette  rdgion». 

Ges  raisons  de  celebrite  sont:  d’abord,  «son  anciennetd,  sa  reputa¬ 
tion  et  son  detachement  des  biens  temporels».  La  premiere  qualite  seule 
retiendra  notre  attention.  Elle  signifie  que  le  couvent  avait  ete  fonde 
avant  le  schisme,  puis  avait  opte  pour  «l’orthodoxie»  avant  485. 

La  deuxieme  raison  confirme  cette  opinion:  «puis,  a  cause  du  grand 
renom  de  l’illustre  athlete,  operateur  de  guerisons  et  de  miracles,  le  saint 
Mar  Lazare,  qui  y  avait  temoigne  dans  une  excellente  confession,  et  avait 
montre  une  force  egale,  dans  la  persecution  atroce  que  suscita  alors 
contre  les  fideles  l’impie  Barsaume  deNisibe,  lorsqu’il  s’efforga  a  l’aide 
de  mauvaises  pratiques  et  du  pouvoir  qu’il  avait  regu  du  roi  Piroz,  la 
27e  annee  de  son  regne,  d’introduire  dans  le  pays  des  Perses  la  doctrine 
des  deux  natures,  e’est-a-dire  des  anthropolatres.» 

Ceci  aussi  est  clair:  le  couvent  de  Nardos  avait  refuse  le  nestoria- 
nisme  et  son  superieur  (ou  fun  de  ses  moines)  nomm£  Lazare,  avait 
pay£  son  audace  de  sa  vie,  lors  des  dragonnades  de  484/5  (2). 

La  troisieme  raison  reprend  une  partie  de  la  premiere:  «a  cause  de 
la  conduite  sublime  et  divine  des  saints  moines  de  ce  monastere...  qui 
s’effor^aient  de  se  devancer  et  de  se  surpasser  fun  fautre  en  perfection. » 
Les  points  de  suspension  que  j’ai  mis  au  milieu  de  la  phrase  representent 
une  incise  que  j’isole  et  que  je  cite  maintenant:  «ils  etaient  au  nombre 


(1)  Histoire  de  Marouta,  p.  67-69. 

(2)  Ce  Lazare  est  commemor£  le  3  ao&t  par  les  Syriens  Occidentaux.  Cf. 
Martyrologe  de  R.  Saliba,  p.  190  et  n.  7  ;  Nau,  Martyrologes ,  p.  83,  123,  131. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


629 


de  70. »  Et  hauteur  de  Yhistoire  de  Maruta  de  citer  les  supdrieurs  de  ce 
temps,  morts  depuis:  «Leurs  chefs  et  leurs  directeurs  les  plus  remar- 
quables  dtaient  le  Bx.  Gawsi,  alors  supdrieur,  et  rexcellent  Mar  Meskdna, 
hommes  saints  et  thaumaturges,  durant  leur  vie  et  apres  leur  mort.» 

Puis,  pour  nous  faire  juger  l’arbre  a  ses  fruits,  ou,  comme  il  dit, 
«afin  d’essayer  de  vous  montrer  les  lions  par  leurs  griffes»,  et  «pour  vous 
etre  agrdable»,  hauteur  entreprend  de  nous  raconter  quelques-uns  de 
ces  miracles  qu’ils  ont  accomplis  et  qu’il  a  recueillis  lui-meme  «lorsque 
j’etais  dans  ce  pays  du  Ba  Nuhadra». 

La  premiere  histoire  nous  donne  de  prdcieux  renseignements  topo- 
graphiques.  Elle  commence:  «Quand  les  habitants  du  village  de  B. 
Malud,  sur  le  territoire  duquel  est  situe  le  monastere  de  Nardos,  virent 
au-dessus  de  ce  monastere  un  enclos  (on  y  a  depuis  construit  un  monas¬ 
tere)  qui  convenait  pour  une  vigne,  ils  le  desirerent  et  commencerent 
justement  a  y  planter  une  vigne. »  Evidemment  Mar  Meskdna  eut  vite 
fait  de  faire  sdcher  la  vigne  usurpatrice.  Mais  ce  qui  nous  intdresse,  c’est 
de  lire  que  cette  vigne  dtait  situee  «au-dessus»  du  monastere,  et  on  dira 
plus  loin  que  Meskdna  «y  monta».  Nous  sommes  done  en  pays  vallonnd; 
il  y  a  un  village,  B.  Malud,  pas  loin,  et  un  second  monastere  plus  dlevd 
fondd  avant  la  rddaction  par  Denha  de  la  vie  de  Maruta,  c'est-a-dire 
pendant  la  premiere  moitid  du  VIIe  siecle. 

Apres  quelques  considdrations  sur  les  vertus  de  son  hdros  l’auteur 
le  montre  nommd  «maitre,  docteur  et  interprete  des  Livres»  du  couvent, 
mais  surtout  «attachd  et  adjoint  a  Sa  Saintetd  Mar  Zakai,  dveque  du 
pays,  qui  demeurait  dans  ce  monastere».  Nardos  dtait  done  siege  dpis- 
copal  du  Ba  Nuhadra  jacobite. 

Plus  tard,  alors  que  Maruta  sera  parti  queter  plus  de  science  dans 
les  monasteres  lointains  du  pays  des  Romains,  Zakai  vint  a  mourir  ( 1) 
et  les  fideles  du  Ba  Nuhadra  demanderent  Maruta  pour  dveque.  Apres 
de  longs  atermoiements,  il  finit  par  accepter  en  principe,  mais  vint 
d’abord  «au  saint  et  patriarcal  monastere»  de  Mar  Matta.  Sa  tournde 


(1)  P.  72. 


630 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  rdformes,  grandes  et  petites,  le  conduit  jusqu’a  la  cour  de  Chosroes 
(ou  il  interdit  la  communicatio  in  sacris  avec  les  Nestoriens  au  monastere 
de  Sirin),  et  ceci  nous  amene  jusqu’a  l’arrivde  d’Heraclius,  en  627.  A 
cette  date  Maruta  est  toujours  en  tournee,  et  le  Ba  Nuhadra  attend 
toujours  son  eveque. 

Deux  ans  plus  tard  il  etait  nommd  au  «gouvernemcnt  de  toute  la 
region  orientale»,  ce  fut  le  premier  mdtropolite  qui  montat  «sur  le  siege 
apostolique  et  patriarcal»  (?)  de  Takrlt,  en  629.  On  ajouta  alors  une 
lettre  k  son  nom,  car  auparavant  il  s’appelait  Marut  (1),  ce  qui  donne 
a  son  biographe  l’occasion  d’une  belle  envolee  sur  la  comparaison  avec 
Abraham. 

Redescendant  sur  terre,  nous  voudrions  bien  localiser  Dair  Nardos 
et  son  «couvent  d’en  haut»,  nous  voudrions  bien  savoir  ou  etait  B.  Malud. 
Mgr  Barsaume,  qui  resume  les  donnees  de  la  vie  de  Maruta  (2),  affirme 
sans  commentaire  qu'il  etait  situe  «a  Dehok».  Sur  place,  personne  n’en 
a  souvenir.  Probablement  le  savant  patriarche  a-t-il  voulu  dire  «dans 
la  rdgion  de  Deh5k»,  mais  ou?  Deux  couvents  et  un  village  ne  clevraient 
pas  pouvoir  s’evanouir  aussi  facilement. 

Une  ressemblance  lointaine  de  nom  pcut  attirer  l’attention  sur 
Hirbat  Garnus,  qui  se  trouve  sur  la  rive  est  du  Tigre,  a  4  kilometres 
au  sud  de  Wana,  et  par  consequent  a  12  kilometres  au  sud-ouest  du 
couvent  de  Mar  Samuel,  en  face  du  village  de  Hassunlya.  Mais  il  semble 
peu  probable  que  le  siege  de  1’eveche  ait  ete  dans  une  position  si  peri- 
pherique,  et  aussi  pres  du  Couvent  Suspendu,  ou  l’eveque  jacobite 
du  B.  ‘Arabaye  residait  (3).  Il  est  vrai  que  la  Route  Royale  de 


(1)  P.  93.  —  La  conquete  romaine  facilita  certainement  Porganisation  de  l’Eglise 
Syrienne  monophysite  en  Orient.  Un  des  elements  (nous  en  avons  vus  d’autres)  du 
choix  de  Takrlt  comme  centre  etait  peut-etre  aussi  la  presence  dans  cette  ville  du  gou- 
verneur  romain  du  nord  de  Tlraq. 

(2)  Apergu ,  p.  203,  n°  13. 

(3)  Le  B.  ‘Arabaye  jacobite  avait  un  Eveque  a  partir  de  559  (Aper^u,  p.  194), 
et  un  eveque  de  Balad  est  connu  en  834  ( Apergu ,  p.  197).  En  fait,  le  siege  fut  souvent 
jumel6  a  d’autres.  Cf.  Orient  Syrien,  IX  (1964),  p.  188-232. 


GOUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


631 


Darius  devait  passer  non  loin  de  la,  mais  on  comprendrait  mal  pourquoi 
le  petit  Mariit  serait  d’abord  all 6  au  couvent  de  Samuel,  plus  £loign£  de 
son  lieu  d’origine  et  moins  cdlebre,  s’il  avait  eu  Nardos  —  Garnus  —  a 
portae  de  la  main.  Je  n’ai  pu  aller  a  Hirbat  Garnus,  mais,  d’apres  la 
description  qu’on  rn’en  a  faite,  les  ruines  qui  s’y  trouvent  ne  ressemblent 
pas  a  celle  d’un  couvent. 

Tout  bien  pesd,  j’inclinerais  de  plus  en  plus  a  identifier  les  deux 
couvents  de  Nardos  avec  les  deux  couvents  de  Dair  Gundi.  Ici  en  efTet, 
nous  avons  deux  couvents  situds  Fun  au-dessus  de  Fautre,  un  grand  en 
bas  et  un  plus  petit  (celui  de  la  vigne)  en  haut.  Le  village  voisin  le  plus 
important  est  Factuel  Faida,  dont  le  nom  arabe  peut  tres  bien  cacher 
B.  Malud.  La  position  de  Dair  Gundi  conviendrait  tres  bien  pour  Nardos, 
tant  parce  que  le  village  est  assez  central  pour  devenir  le  siege  de  Fdve- 
que  du  Ba  Nuhadra  jacobite,  que  par  sa  proximitd  de  la  Route 
du  Roi. 

L’histoire  gdndrale  s’organiserait  done  comme  ceci:  comme  Kuhta 
et  Mar  Matta,  Nardos  refuse  le  nestorianisme,  et  Barsaume  y  massacre 
Lazare  en  484/5.  Quand  les  circonstances  lui  permettent  de  se  recons- 
tituer,  probablement  vers  540,  en  meme  temps  que  Mar  Matta,  le  cou¬ 
vent  se  developpe  et  devient  meme,  a  la  fin  du  siecle,  residence  de  Feveque 
du  Ba  Nuhadra,  le  grand  propagandiste  Zakai.  Son  dcole  est  c^lebre  et 
Maruta  y  £tudie,  puis  y  enseigne.  A  ce  moment,  ddbut  du  \TIe  siecle, 
un  second  monastere,  plus  petit,  est  bati  au-dessus  du  premier,  dans  la 
vigne  des  intrus. 

Pendant  tout  ce  temps,  le  couvent  de  Mar  Daniel  le  mddecin,  situd 
plus  au  nord,  sur  le  bord  de  la  riviere  de  Dehok,  est  restd  nestorien.  II 
disparait  au  IXe  siecle,  ddmdnag<5  par  Timothde.  Les  deux  couvents 
jacobites  de  Nardos-Dair  Gundi  disparaissent  dgalemcnt,  en  meme  temps 
que  Feveclie  du  Ba  Nuhadra,  vers  la  fin  du  XIIIe  siecle,  peut-etre  du 
fait  de  Favance  ydzidie. 

Plus  tard,  vers  le  XVe  siecle,  de  nouveaux  occupants  nestoriens  ha- 
bitent  le  village;  ils  reconstruisent  Fun  des  deux  couvents  jacobites,  le 


632 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


petit  du  haut,  et  lui  donnent  le  nom  du  couvent  disparu  de  Mar  Daniel. 
Ce  nouveau  Mar  Daniel  figure  dans  les  listes  de  1607. 

C’est  ainsi  que  quatre  couvents,  deux  nestoriens  et  deux  jacobites, 
nous  ont  laisse  en  face  de  trois  ruines. 

8.  —  Dair  Saba 

Les  sources  chretiennes  sont  muettes  sur  ce  couvent,  dont  le  titulaire 
ne  peut  etre  identifie.  En  effet,  l’arabe  saba  correspond  au  chald^en 
saw  a,  qui  peut  etre  aussi  bien  un  nom  propre  qu’un  titre:  «vieillard». 
Ce  titre  est  donne  a  tous  les  moines  respectables,  quel  que  soit  leur  age, 
comme  le  titre  de  Saih  en  arabe. 

Quant  aux  sources  musulmanes,  la  plus  ancienne  est  la  po£sie  d’Abu 
Firas  (mort  en  967/8)  qui  le  compte  parmi  les  lieux  de  plaisir  de  sa 
jeunesse  (1).  Malheureusement,  il  n’en  donne  pas  la  localisation  precise. 
Le  seul  detail  qudl  donne,  est  qu’il  y  avait  des  cellules  autour  du  couvent, 
ce  qui  n’a  rien  d’extraordinaire. 

Le  texte  de  Yaqut  (2),  qui  ne  parle  de  Dair  Saba  que  comme 
d’un  «village  de  Mossoul»,  semble  indiquer  que  le  couvent  avait  disparu, 
au  XIIIe  siecle,  pour  faire  place  a  un  village.  Ibn  Fadlallah  al  ‘Omari, 
au  siecle  suivant,  n’en  parle  plus. 

Quant  a  Yasin  al  ‘Omari  (1744)  il  se  contente  (3)  de  lui  accoler  la 
mention  «ancien»,  ce  qui,  dans  son  langage,  veut  dire  qu’il  n’existait 
plus,  alors  qu’une  localite  ou  un  couvent  encore  habite  figure  dans  cet 
auteur  comme  ‘ dmer . 

Le  seul  indice  qui  me  fasse  ranger  Dair  Saba  dans  cette  section, 
c’est-a-dire  au  sud  de  Fai'da,  est  la  supposition  qu’Abu  Firas  n’allait  pas 
prendre  du  bon  temps  en  des  lieux  qui  etaient  a  plus  d’une  etape  de 
Mossoul,  condition  qui  se  realise  pour  les  deux  autres  couvents  qu’il 
mentionne,  Mar  Matta  et  Dair  as  Sayyatin. 


(1)  Ed.  Dahan,  Beyrouth,  1944,  p.  222. 

(2)  Mu'gam ,  II,  p.  144. 

(3)  Muniat  al-Udaba’,  p.  145. 


COUVENTS  SYRIENS  DE  NINIVE 


633 


Un  Mar  Sawa  martyr  est  titulaire  d’une  dglise  a  Bidaro,  a  l’ouest 
de  Zaho,  et  d’une  autre  a  Taqya’,  aujourd’hui  en  Turquie,  a  Test  du 
Tigre,  a  environ  dix  kilometres  au  nord  du  Habur.  Ces  deux  locality 
sont  trop  dloignees  de  Mossoul  pour  avoir  £t£  le  theatre  des  distractions 
du  poete  du  Xe  siecle. 


XVIII 


LES  COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


A  quelle  province  ecclesiastique  appartenaient  les  alentours  imme- 
diats  de  Mossoul,  sur  la  rive  ouest  du  Tigre?  Geographiquement,  on 
ne  peut  dire  qu’ils  fassent  partie  du  Ba  Nuhadra,  et  cependant  ils  ne 
dependaient  pas  encore  du  B.  ‘Arabayd,  et  done  de  Nisibe,  dont  le 
premier  eveche  au  nord  de  Mossoul  est  Balad-Eski  Mossoul. 

Quant  a  la  partie  au  sud  de  la  ville,  elle  ne  comprend  qu’une  mince 
frange  habitee  le  long  du  fleuve,  et  on  ne  sait  combien  il  pouvait 
y  avoir  la  de  chretiens,  surtout  apres  le  VIIe  siecle.  On  ne  commence  a 
avoir  de  renseignements  precis  que,  plus  au  sud,  pour  les  alentours  du 
Cabal  Makhul,  ou  Ton  rencontre  un  district  jacobite,  en  relation  avec 
le  diocese  d’as  Sin  et  Ba  Rimma,  mais  on  ne  sait  que  tres  peu  de  choses 
de  l’histoire  de  la  bande  riveraine  qui  fait  face  a  l’Adiabene. 

L ' Histoire  de  Bar  ‘ Eta  appelle  la  region  autour  de  Mossoul-Ator, 
«le  grand  desert  au-dela  du  Tigre,  le  fleuve  paradisiaque»  (1). 

Comme  les  deux  couvents  dTsocyaw  bar  Qusre  et  de  Mar  Gabriel 
et  Abraham  bar  Dasandad  (ad  Dair  al  Ada),  maintenant  englobes  dans 
la  ville,  ont  ete  etudi^s  avec  Mossoul  Chretienne ,  il  nous  reste  six 
couvents  a  examiner.  Trois  sont  situes  au  sud  de  la  ville:  Dair  Ba  ‘Arba, 
Dair  al  Gayyara  et  Mar  Eliya,  et  trois  au  nord:  Mar  Miha’il,  le  couvent 
des  Soeurs  du  Wadi  Hlaila  et  le  petit  couvent  de  Malki  Sawa. 


( 1 )  Il  n’y  a  pas  lieu  de  mettre  les  deux  points  du  pluriel  et  de  traduire  avec  Budge 
Hist,  of  Bar  Idta,  II,  I,  p.  186)  le  Tigre  «des  ‘Ednaye»  comme  si  ces  derniers  etaient 
une  tribu  ou  une  race.  Quant  aux  dimensions  de  ce  desert,  elles  sont  assez  fantaisistes 
dans  la  note  1  de  la  meme  page. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


635 


1.  —  Dair  Ba  ‘Arba 

La  position  du  couvent  de  Ba  ‘Arba  (1)  est  assez  precise.  En  mettant 
cote  a  cote  diffdrents  textes  de  gdographes  arabes,  Yaqut  (2),  Ibn  Fadl- 
allah  al  ‘Omari  (3),  et  Yasln  al  ‘Omari  (4),  on  peut  le  localiser  quelque 
part  en  aval  de  Hammam  al  ‘Alii  (5)  et  en  amont  du  confluent  le  Tigre 
avec  le  Grand  Zab,  dans  la  bande  de  20  kilometres  de  long  qui  suit 
le  Tigre  a  l’ouest. 

Les  lies  boisdes  mentionndes  par  les  auteurs  comme  faisant  face  au 
couvent  sont  toujours  la.  Les  lions  en  avaient  a  peine  disparu  au  XI Ve 
siecle. 

La  mention  la  plus  ancienne  du  couvent  est  due  au  Saizami,  et 
raconte  la  visite  que  lui  fit  Saif  ad  Dawla,  le  Hamdanide,  au  Xe  siecle. 

Mais  le  couvent  n'etait  pas  seulement  cdlebre  pour  son  vin,  qui 
inspira  le  luthier  du  prince,  ou  pour  son  hotellerie,  ouverte  a  tous  les 
voyageurs;  ses  constructions  surtout  etaient  admirables.  Les  murs  de  son 
dglise  s'elevaient,  dit-on,  a  une  hauteur  de  pres  de  cent  couddes,  sans 
aucun  autre  batiment  autour  pour  les  dtayer.  Comme  tous  les  couvents, 
Ba  ‘Arba  possddait  des  terrains  de  culture;  mais  alors  que  Yaqut  au 
XIIIe  siecle  y  voit  encore  de  nombreux  moines,  en  plus  des  paysans  qui 
travaillaient  ses  champs,  les  Masalek,  au  siecle  suivant,  ne  parlent  plus 
des  moines,  ce  qui  est  peut-etre  une  indication  que  le  couvent  devait 
etre  a  peu  pres  vide  a  cette  dpoque. 

Chez  les  chretiens,  disent  les  auteurs  arabes,  le  couvent  dtait  en 


(1)  Le  nom  est  egalement  employe  par  Abu  ZakarIya  al  Azdi  pour  designer 
un  district  du  ressort  de  Mossoul,  probablement  le  B.  ‘Arabayd,  cf.  Muniat  al-Udaba\ 
appendice  2,  p.  202. 

(2)  Mu1 2 3 4 5  gam,  IV,  p.  125. 

(3)  Masalek ,  p.  300-301 ;  voir  aussi  Canard,  Hamdanides ,  t.  I,  n°  1 15  et  H.  Zayat, 
Couvents ,  p.  14,  30,  59. 

(4)  Muniat  al-Udaba\  p.  147. 

(5)  Masalek :  «il  est  situd  en  amont  de  Dair  Ba  ‘Arba»,  a  propos  de  Dair  al 
Gayyara,  p.  301. 


636 


ASSYRIE  CHRE1IENNE 


grande  vendration,  parce  qu’il  possedait  des  tombeaux  tres  honords. 
Pour  identifier  ces  tombeaux,  il  faudrait  savoir  quel  etait  le  nom  chretien 
du  couvent,  et  a  quelle  secte  il  appartenait.  Malheureusement  on  ne  peut 
repondre  avec,  certitude  a  aucune  de  ces  deux  questions. 

Peut-etre  cependant  peut-on  faire  le  rapprochement  avec  le  couvent 
de  Ba  ‘ArbTn  (le  lieu  des  brebis)  «au  nouveau  superieur  et  aux  freres» 
duquel  le  patriarche  Iso‘yaw  III  ecrivit  (1).  Quelle  fut  foccasion  de 
cette  lettre?  Il  semble  que  les  moines  de  Ba  ‘Arbln  aient  dcrit  au  pa¬ 
triarche  pour  lui  dire  comment  ils  avaient  d:happe  a  un  grand  malheur, 
probablement  moral,  et  qui  avait  peut-etre  cause  le  changement  de 
supdrieur.  Les  progres  du  Messalianisme,  ou  les  leurres  de  la  propagande 
jacobite  ravageaient  alors,  en  ce  milieu  du  VIIe  siecle,  les  monasteres 
nestoriens,  et  causaient  assez  cfennuis  au  patriarche.  Pour  cette  fois  le 
couvent  y  avait  echappe;  le  patriarche  les  exhorte  maintenant  a  regrou¬ 
per  ceux  des  moines  dont  la  crise  avait  cause  la  dispersion  et  a  vivre 
dans  la  charite  et  fobeissance  sous  la  houlette  cf Abraham,  le  nouveau 
supdrieur. 

Il  y  a  bien  des  chances,  etant  donne  le  secteur  geographique  ou  se 
trouvait  le  couvent,  qu’il  soit  passe  plus  tard  au  monophysisme,  et  que 
ce  soit  dans  un  couvent  jacobite  que  la  vie  se  soit  prolongee  jusqu’au 
XIIIe  siecle. 

L’examen  des  ruines,  avec  la  position  de  feglise  aux  hauts  murs, 
permettrait  de  decider  de  cette  derniere  question,  mais  il  faudrait  d’abord 
retrouver  le  couvent.  Les  circonstances  ont  empechd  la  necessaire  recon¬ 
naissance  sur  le  terrain  qui  seule  aboutirait  a  une  localisation  exacte. 
Il  semble  qu’il  faille  f  identifier  avec  les  ruines  elites  Hirbat  Munayra, 


(1)  Lettre  VI  du  temps  de  son  patriarcat  (647/50-657/8),  cf.  B.O.,  III,  I,  p.  143; 
Liber  Epistularum ,  6d.  R.  Duval,  CSCO,  vol.  11,  p.  235.  La  traduction  du  titre  par 
R.  Duval  (trad.  p.  170)  semble  inexacte,  alors  qu’Assemani  semble  avoir  raison:  ce 
n’est  pas  le  couvent  qui  est  neuf,  mais  le  superieur.  Ceci  detruit  le  rapprochement  des 
deux  Abraham,  archimandrites  (table  trad.,  p.  209).  Le  destinataire  de  la  lettre  XV 
du  metropolite  ne  peut  etre  le  meme  que  celui  de  la  lettre  \  I  du  patriarche,  puisque 
ce  dernier  vient  d’etre  nomm£  supdrieur,  alors  que  l’autre  l'etait  deja. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


637 


pres  du  village  de  ce  nom  a  8  km.  de  Hammam  al  ‘Alii,  non  loin  du 
village  de  Hwais  (1). 

2.  —  Le  couvent  du  goudron 

L’histoire  de  Zdna,  dveque  syrien  du  Ba  Rimma  et  martyr,  est  ddja 
connue.  Nous  avons  rencontrd  ce  personnage  quand  il  a  dtd  question 
de  son  dglise  a  Qaraqos,  et  des  deux  couvents  de  sa  soeur,  Sarah,  sur  le 
Zab  et  sur  le  Hazir. 

Zdna  lui-meme  fonda  un  couvent,  on  l’appelle  Dair  al  Gayyara. 
Le  nom  de  Gayyara  est  familier  aux  voyageurs  qui  arrivent  par  le  train 
de  Bagdad  a  Mossoul,  une  gare  est  ainsi  appelde.  Comme  le  nom  le 
laisserait  deviner,  on  y  trouve  du  goudron  ( qar ,  gar),  et  une  raffinerie 
moderne  a  meme  tente  de  l’exploiter. 

Cependant,  ce  n’est  pas  de  ce  Gayyara  qu'il  s’agit  ici,  mais  d'une 
autre  «source  de  goudron »  (‘Ain  al  qar,  ‘Ain  Qira)  qui  se  trouve  plus 
en  amont,  dgalement  sur  le  Tigre  et  pres  de  la  ligne  de  chemin  de  fer, 
a  environ  25  kilometres  au  sud/sud-est  de  Mossoul;  la  petite  ville  mo¬ 
derne  qui  se  trouve  la  a  pour  nom  Hammam  al  ‘Alii,  ou  en  langue 
vulgaire  Hammam  ‘All  (2). 

La,  Zena  rencontra  un  dragon  de  quarante  coudees  de  long  qu'il 
pdtrifia  sur  place,  et  une  source  apparut,  produisant  du  goudron  et  du 
mercure  (3).  Un  couvent  y  sera  bati  qui  aura  73  autels,  avec  tout  un 
personnel  de  docteurs,  pretres,  etc.  Puis,  apres  le  martyre  du  hdros  (vers 
640,  dit  Mgr  Barsaume)  (4),  une  autre  source  jaillit,  celle-ci  de  mercure 


(1)  Le  nom  veut  dire  en  arabe  «les  maisons»,  mais  ne  pourrait-il  pas  aussi  6tre 
une  deformation  du  chald^en  «Hwisa»,  le  reclus?;  sur  Hirbat  Munayra  cf.  Dir. 
G£n.  Antiq.  Iraq,  dossier  193/35.  La  poterie  va  jusqu’au  XIVe  s. 

(2)  References  aux  g^ographes  arabes  dans  Canard,  Hamdanides ,  I,  p.  127, 
et  n°  114. 

(3)  II  y  a  une  autre  «  source  de  mercure  »  (‘Ain  az  zl’baq)  pr£s  de  Mar  Eliya, 
ou  nous  la  verrons  bientot.  Le  mercure  des  fegendes  flotte  sur  l’eau! 

(4)  Lettre  en  appendice  a  lfed.  de  Sabusti ,  cit.,  p.  263. 


638 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pur.  Le  roi  persecuteur,  frappe  de  pelade  et  gueri  a  la  source  (1),  met 
le  corps  du  saint  sur  le  tell,  et  batit  un  nouveau  couvent  avec  baptistere 
et  sept  autels.  Le  roi  lui-meme  y  est  baptise  avec  5900  personnes.  Quand 
il  rentre  a  Ator  sa  capitale,  il  fait  briser  les  idoles  et  convertit  toute  la 
ville,  sous  peine  de  decapitation. 

De  tout  ce  fatras  anachronique,  car  nous  sommes  en  principe  au 
debut  de  la  periode  musulmane,  on  peut  quand  meme  retenir  que  le 
couvent,  ou  du  moins  Peglise  oil  etait  enseveli  Zena,  se  trouvait  sur  «le 
tell».  Le  tell  de  Hammam  al  ‘Alii  est  bien  connu,  il  s’appelle  Tell  as 
Sabt,  le  tell  du  samedi. 

Puis  Phistoire  du  couvent  continue.  A  travers  une  rocambolesque 
aventure  d’eveques  voleurs  de  reliques,  on  arrive  a  un  chiffre,  retenu 
par  Mgr  Barsaume  (2):  le  couvent  avait  alors  170  moines.  Il  aurait  pu 
en  nourrir  plus,  grace  au  commerce  lucratif  du  goudron  et  du  mercure, 
que  les  caravanes  des  moines  exportaient  jusqu’en  Syrie. 

Un  des  religieux,  nomme  Mussa  PArabe,  se  mit  un  jour  a  raconter 
a  voix  haute  pendant  sa  messe  comment  il  voyait,  par  television  spiri- 
tuelle,  un  chameau  du  couvent  en  train  de  se  casser  la  patte  droite!  On 
Pexpulsa  comme  radoteur  impie,  mais  on  dut  lui  faire  des  excuses  et  le 
rdintegrer  quand  la  caravane  rentra  et  confirma  la  vision.  Malgre  la 
prosperity  de  ce  temps,  Mussa  predit  la  ruine  du  grand  couvent  et 
demanda  la  construction  d’un  plus  petit.  En  fait,  40  ans  plus  tard,  le 
grand  couvent  fut  ruine.  Il  semble  que  le  petit  monastere  demande  par 
le  voyant  ait  ete  construit,  car  nous  le  retrouverons  dans  la  suite. 

Quant  a  la  source,  elle  fut  prise  par  «un  roi»;  alors  le  mercure  dis- 
parut  et  il  ne  resta  que  le  goudron.  Quand  le  roi  se  repentit,  le  mercure 
r^apparut.  Il  a  du  disparaitre  a  nouveau  avec  le  couvent,  car  aujourd’hui 
il  n’y  a  plus  que  le  goudron. 


(1)  Comme  la  source  de  Sarah  pres  de  Mar  Behnam,  ‘Ain  Kibrit  a  Mossoul, 
et  tant  d’autres  sources  sulfureuses,  son  eau  gu^rit  certaines  dermatites. 

(2)  Aper^u,  p.  202,  n°  5. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


639 


Le  couvent  de  Mar  Zena  devait  avoir  une  bibliotheque  intdressante, 
car  le  patriarche  nestorien  Timothee  Ier  (780/9-823)  en  demande  le 
catalogue  (1). 

Apres  le  Sabusti  (2)  plusieurs  gdographes  ddcrivent  le  couvent,  qui 
domine  le  Tigre  et  possede  une  tour,  car  il  parait  que  «tous  les  couvents 
des  Jacobites  et  des  Melchites  ont  une  tour  ( qaim )  alors  que  ceux  des 
Nestoriens  men  ont  pas». 

Parmi  les  malades  cdlebres  qui  vinrent  chercher  la  gudrison  a  «la 
source  de  Mar  Zdna»,  il  faut  noter  Nur  ad  Din  Arslan  Sail,  prince  de 
Mossoul,  qui  y  vint  en  1210.  «I1  n'y  trouva  pas  la  guerison  espdrde,  et 
mourut  sur  le  chemin  du  retour»  (3). 

On  est  sans  nouvelles  du  couvent  apres  le  XIIIe  siecle.  Au  XYIIIe, 
Yasln  al  ‘Omari  (4)  pouvait  ecrire  a  propos  de  Dair  al  Gayyara:  on  le 
connait  aujourd'hui  sous  le  nom  de  Hammam  ‘All.  La  grande  source 
et  le  couvent  sont  dans  le  Dar  as  Sultan,  «et  il  reste  un  peu  de  lui»  (du 
couvent).  L’editeur  du  Muniat  al  Udaba  note  qu’«au-dessous  de  Tell  as 
Sabt  a  Hammam  al  ‘Alii,  il  y  a  un  grand  terrain  appele  Maison  du 
Sultan.  On  ne  sait  de  quel  sultan  il  s’agit.  Quant  au  couvent,  il  etait 
sur  le  Tell  as  Sabt». 

Vital  Cuinet  donne  confirmation  de  cela  quand  il  dit,  a  la  fin  du 
siecle  dernier  (5) :  «Aupres  du  bain  se  trouve  un  tumulus  d'ou  Ton  a  vue 
sur  Mossoul.  Des  ouvriers  trouverent  rdcemment  au  pied  de  ce  tumulus 
les  ruines  d’une  dglise.» 

3.  —  Mar  Eliya 

Le  couvent  chaldden,  hdlas  vide,  de  Mar  Eliya,  est  situd  a  45  minutes 
de  marche  au  sud  de  Mossoul.  Son  fondateur  est  bien  connu,  c’est  un 
moine  du  VIe  siecle,  sur  lequel  on  est  bien  document^  (6). 

(1)  Lettres ,  6d.  C.S.C.O veizio  cit.  p.  86. 

(2)  P.  196. 

(3)  B.H.,  Chron.  Syr.,  p.  426;  cf.  aussi  Yaqut,  IV,  164-165  et  Masdlek  I,  p.  30. 

(4)  Muniat  al-Udabd\  p.  148. 

(5)  La  Turquie  d’Asie ,  t.  11/1892,  p.  804. 

(6)  Courte  notice  de  Mgr  Sayegh,  dans  an  Nagm,  1/1929,  p.  219-220  et  VII/ 


640 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Les  sources 

Pour  ne  pas  avoir  a  y  revenir,  voici  une  liste  des  principales  sources, 
rangees  par  ordre  chronologique:  le  Chronicon  Anonymum ,  compose  vers 
680  (1),  le  Livre  des  Superieurs ,  ecrit  vers  840  (2),  le  Livre  de  la  Chastete , 
compose  vers  900  (3),  la  Chronique  de  Seert,  clatant  du  debut  du  XIIIe 
siecle  (4),  et  enfin  une  mention  dans  le  Liber  Tunis ,  au  debut  du  XI Ve 
siecle  (5).  Plusieurs  de  ces  textes  ont  dt e  cites  par  Assdmani  (6),  et 
Labourt  y  fait  egalement  allusion  (7). 

A  quelle  date  faut-il  placer  le  document  intitule  Qjssat  Mar  Eliya  (8)  ? 
Son  editeur  ne  s’est  pas  attaque  au  probleme,  mais  seulement  a  l’etude 
des  formes  linguistiques  du  texte.  Celui-ci  est  en  «garshuni»,  c’est-a-dire 
ecrit  en  lettres  chaldeennes,  mais  en  fait  en  arabe  dialectal  des  plus 
corrompus.  La  valeur  historique  de  la  Qjssat  est  nulle  (son  editeur  s’en 
etait  doute)  car  elle  ne  fait  que  reprendre,  en  les  deformant,  les  sources 
anterieures.  Sa  date  de  composition  est  certainement  posterieure  au  IXe 
siecle,  puisque  le  Couvent  Superieur  y  est  deja  devenu  le  couvent  de 
Mar  Gabriel  et  Abraham.  On  sait  en  effet  que,  ce  fut  au  debut  du  IXe 
siecle  qu’Abraham  bar  Dasandad,  ancien  maitre  de  Timothee  Ier  a 
Ba  Sos,  vint  a  l’ecole  de  Mar  Gabriel,  a  Mossoul,  ajoutant  ainsi  un 
nouveau  nom  a  fappellation  clu  couvent. 

1935,  p.  132-137,  ainsi  que  dans  son  Histoire  de  Mossoul,  t.  I,  p.  275-277  et  t.  Ill,  p.  146- 
147.  Deja  Assemani  ( B.O. ,  III,  II,  p.  876)  en  avait  donne  un  resume.  Je  reprends  ici 
certains  Elements  de  deux  articles  du  Bulletin  du  Seminaire  Syro-Chaldeen,  1944,  p.  ISO- 
188  et  206-214. 

(1)  Publie  par  Guidi,  d’abord  en  1889  (Un  nuovo  testo),  puis  dans  le  CSCO,  Chro¬ 
nica  minora ,  p.  21. 

(2)  Bk.  II,  p.  50  s. 

(3)  N«  14,  19,  21. 

(4)  T.  II,  p.  125-126,  214-216. 

(5)  Ar.  p.  49. 

(6)  B.O.,  II,  p.  415;  III, I,  p.  255  et  469,  etc. 

(7)  Le  christianisme  dans  V empire  perse  (Paris  1904),  p.  319  et  n.  4. 

(8)  Publie  avec  traduction  allemande  par  Hersch  Ram,  Leipzig  1906  (et  plus 
tard  dans  les  Leipziger  Semitistisher  Studien ,  1 1/3,  1907),  d'apres  le  cod.  Ill  de  Berlin 
(Cat.  Sachau,  I,  p.  388-393). 


GOUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


641 


En  fait,  le  dialecte  de  la  Qissat  est  du  mossouliote  de  la  plus  belle 
eau,  tel  qu’on  le  parlait  encore  il  n’y  a  guere  plus  de  trente  ans,  avant 
que  la  multiplication  des  ecoles,  des  journaux  et  des  radios  n’aient 
rdpandu  un  arabe  plus  littdraire,  et  tel  que  le  parle  encore  la  gdndration 
en  voie  de  disparition  des  ahl  al  owwal ,  porteurs  de  fez  et  de  zebun. 

Par  ailleurs,  la  frequence  dans  le  texte  des  expressions  a  conson- 
nance  musulmane  [al  Awlia\  as  Saitdn  ar  ragim ,  al  kutub  al  llahlya ,  etc.)  et 
le  soin  que  met  fauteur  a  ne  pas  appeler  trop  souvent  S.  Paul  ar  Rasul , 
titre  que  les  musulmans  rdservent  a  leur  prophete  (1),  indique  claire- 
ment  que  le  texte  dtait  destind  a  la  lecture  publique.  On  sait  en  effet 
que  beaucoup  de  gens  de  toutes  religions  prenaient  part  aux  fetes  des 
couvents. 

Des  lors,  le  cas  est  clair,  il  faut  chercher  une  periode  de  renaissance 
du  culte  de  Mar  Eliya  dans  son  couvent  de  Mossoul;  le  texte  a  dtd  dcrit 
la-bas  et  a  ce  moment-la  (2).  Une  restauration  s’impose  a  1’esprit, 
nous  la  verrons  bientot,  celle  qui  fut  poursuivie  vigoureusement  par  le 
pretre  Hormizd  al  Banna’,  a  partir  de  1657.  L’dchantillon  que  ce  pretre 
donne  de  sa  langue,  dans  son  testament  de  1672  que  nous  citerons  plus 
loin,  confirme  que  la  Qjssat  fut  dcrite  a  Mossoul,  vers  1657,  par  ce  pretre 
ou  par  quelqu’un  de  son  entourage  direct.  Fut-elle  dcrite  en  arabe  ou 
en  garshuni?  Cela  ne  fait  aucune  diffdrence,  car  mcme  quand  il  dcrit  en 
caracteres  arabes,  le  bon  chapelain  du  couvent  dmaille  son  texte  de  mots 
chaldeens,  quelquefois  meme  il  dcrit  la  premiere  partie  du  mot  en  lettres 
arabes  et  la  seconde  en  lettres  chalddennes. 


(1)  L’auteur  appelle  S.  Paul  «al-mu’ayyad,  al-muntagab».  Pour  le  nom  de 
Jesus  la  vocalisation  chaldeenne  Iso‘  est  preferde  a  Parabe  ‘Issa.  Est-ce  par  concession 
ou  simplement  par  inexactitude  que  l’auteur  dit  du  Christ  qu'il  dtait  «semblable 
a  Dieu»  ? 

(2)  Ram  (preface,  p.  vm)  pensait  au  dialecte  de  Babylone;  en  rdalitd  il  n’y 
avait  plus  de  chretiens  dans  cette  region  depuis  longtemps,  et  Mar  Eliya  n’y  a  jamais 
eu  de  couvent.  —  Sachau  (Cat.  Berlin ,  p.  389)  avait  dcvind  avec  plus  de  justesse  que 
le  texte  provenait  «vraisemblablement  de  Mossoul  ou  environs». 


Rech.  23  —  41 


642 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


Le  chammas  Ya‘qub,  ills  du  pretre  Iso‘,  fils  du  M  iqdassi  ‘Abd  an 
Nur,  qui  copia  la  Qjssat  en  1705,  etait  probablement  le  sacristain  du 
couvent  a  cette  dpoque.  On  devine  quo  le  premier  cahier,  £crit  cinquante 
ans  plus  tot,  devait  etre  us<5  par  un  long  service  et  demandait  a  etre 
remplac(5.  Helas,  il  n'y  cut  pas  besoin  d'un  troisieme  cahier,  car  Nadir 
Sah  ruina  le  couvent  en  1743. 

Le  fondateur 

Des  documents  ci-dessus,  il  resulte  que  Mar  Eliya  dtait  un  Arabe, 
originaire  de  HIra.  Thomas  de  Marga  dit  meme  que  «ce  saint  avait  le 
caractere  violent  des  Arabes».  Apres  avoir  Gudid,  peut-etre  a  Nisibe(?), 
il  revetit  le  scapulaire  au  celebre  Grand  Monastere  du  Mont  Izla.  Mar 
Eliya  fut  le  disciple  du  fondateur,  Mar  Abraham,  et  suivit  les  regies 
qu'il  avait  ^tablies  vers  571  (1). 

Thomas  de  Marga  nous  renseigne  abondamment  sur  les  faits  et 
gestes  de  Mar  Eliya  au  Grand  Monastere.  A  Abraham  de  Kaskar  (peut- 
etre  meme  avant  la  mort  de  eelui-ci),  avait  succtfde  Dadlso4,  et  a  la  mort 
de  ce  dernier,  Bawai  le  Grand  avait  pris  la  direction  du  couvent.  Ce  fut 
a  ce  moment  qu'ElIya  intervint  pour  venger  la  regie  offensee  et  faire 
chasser  des  freres  scandaleux.  Comment  fut-il  mis  au  courant  de  leur 
conduite?  Fut-ce  par  la  revelation  d'un  ange,  on  simplement  en  entendant 
le  bruit  de  leurs  debauches?  Thomas  ne  le  sait  pas  tres  bien;  toujours 
est-il  qu'ElIya  fit,  de  sa  propre  autorite,  frapper  la  simandre  pour  reunir 
la  communaute,  ce  que  seul  le  superieur  pouvait  normalement  faire. 
Puis  il  denonga  les  coupables  et  les  fit  chasser  du  couvent. 

Plus  tard,  on  le  voit,  «avec  sa  violence  accoutumee»  s'cn  prendre 
au  futur  fondateur  de  B.  ‘Awd,  le  saint  Mar  Ya‘qub,  ce  que  Thomas 
ne  lui  pardonne  pas.  Accusd  d'etre  responsable  du  scandale  rdcent,  le 
pauvre  Mar  Ya‘qub  fut  obligd  de  quitter  le  Mont  Izla,  sur  l'ordre  de 
Mar  Bawai. 


(1)  Chabot,  Lit.  Syr.,  p.  53. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


643 


Pourquoi  Mar  Ellya  lui-meme  quitta-t-il  son  couvent  pour  venir  k 
Mossoul?  Les  avis  sont  partagds  sur  cettc  question.  Alors  quTso‘dnah, 
selon  son  habitude,  garde  un  silence  rdservd,  la  Chronique  de  Seert  n’hdsite 
pas  a  recourir  au  miracle:  quand  Mar  Ellya  dtait  au  monastere  du  mont 
Izla,  dit-elle,  «il  y  servait  les  cdnobites.  Un  fou  qui  se  tcnait  a  la  porte 
de  la  communautd  lui  donna  un  violent  soufhet  sur  la  joue;  le  saint  lui 
prdsenta  l’autre  joue.  Le  ddmon,  ayant  vu  son  humility,  se  retira  de 
Phomme,  qui  fut  immddiatement  gudri.  Ce  miracle  ayant  dtd  connu  des 
freres,  Ellya  abandonna  le  couvent  et  alia  dans  le  pays  de  Ninive,  ou 
il  se  retira  sur  une  montagne,  pres  du  Tigre»  (1). 

Une  sdgita,  insdree  dans  les  oeuvres  de  Narsai,  mais  qui  ne  peut 
etre  de  cet  auteur,  puisque  le  grand  docteur  vivait  a  la  fin  du  Ve  siecle 
et  notre  moine  au  VIe  (2),  raconte  comment  Mar  Ellya  dtant  en  priere 
dans  son  couvent  du  Mont  Izla  (3)  Dieu  lui  envoya  un  ange  pour  lui 
dire  d’aller  a  Hesna  ‘Ebraya,  au  ddsert  des  environs  du  Tigre,  qui  est 
une  seconde  Thdbaide,  et  d'y  batir  un  couvent.  Evidemment  le  saint 
accueillit  cette  proposition  avec  les  protestations  d’humilitd  qui  sont  de 
regie  en  de  telles  circonstances. 

En  rdalitd,  la  Providence  se  servit  de  moyens  moins  spectaculaires 
pour  exdcuter  ses  desseins.  Le  Chronicon  Anonymum  et  Thomas  de  Marga 
ne  laissent  pas  de  doute  a  ce  sujet:  Bawai  le  Grand,  supdrieur  du  Grand 
Monastere,  lutteur  farouche  pour  la  ddfense  de  forthodoxie,  avait  les 
ddfauts  de  ses  qualitds,  «il  dtait  prdcipitd  dans  son  langage  et  dur  dans 
son  commandement».  Si  Ton  se  souvient  que  Mar  Ellya,  d’autre  part, 
avait  lui  aussi  le  caractere  violent,  on  ne  s’dtonnera  pas  que  des  conflits 
aient  eclatd  entre  eux,  et  que  Ton  retrouve  notre  hdros  parmi  les  moines 
qui  essaimerent  bientot  du  Grand  Monastere  et  se  rdpandirent  par 
POrient  pour  fonder  de  nouveaux  couvents.  Ainsi,  dit  Thomas  de 


(1)  C’est  sur  la  fin  de  cet  dpisode  que  commence  le  texte  incomplet  de  la  Qissat. 

(2)  Homiliae  et  carmina  Narsai ,  dd.  Mingana,  Mossoul  1905,  t.  II,  p.  406-411, 
avec  la  remarque  sur  l’authenticitd  de  cette  piece,  t.  I,  p.  23. 

(3)  Le  ddtail  est  repris  dans  la  Qissat. 


644 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Marga,  «par  la  puissance  divine  qui  les  aida,  le  depart  et  la  dispersion 
qui  exterieurement  apporta  la  souffrance  et  le  dechirement  a  leurs 
entrailles,  tourna  a  la  fin  en  pacification  et  en  reunion». 

La  fondation 

Ellya  ne  voyagea  pas  seul.  II  etait  accompagne  de  son  neveu  (le  fils 
de  sa  soeur)  Hnanisoc,  comme  lui  Ismaeiite  d’origine,  de  la  tribu  de 
Na^an  (1).  C’est  cet  Hnanisoc  qui,  plus  tard,  fondera  un  monastere 
«au  pays  de  Salah  et  de  Darabad»,  le  Saqlawa  actuel.  L’oncle  et  le 
neveu  se  dirig£rent  done  vers  Hesna  ‘Ebraya,  le  bourg  precurseur  de 
Mossoul  (2). 

Quand  le  couvent  fut-il  fonde?  D’apres  la  Chronique  de  Seert ,  e’etait 
au  temps  du  roi  de  Perse  Hormizd  IV,  soit  entre  579  et  590;  d’apres 
‘Amr,  c’dtait  sous  le  patriarcat  dTs6‘yaw  I,  soit  entre  582  et  595.  Si 
fon  prend  les  deux  dates  moyennes,  on  peut  placer  la  fondation  entre 
582  et  590.  II  faut  noter  cependant  qu’il  est  impossible  de  fixer  une  date 
exacte.  Labourt  s’est  debattu  dans  les  contradictions  des  differents  au¬ 
teurs,  et  n’en  est  pas  sorti.  Comment  en  effet  mettre  avant  590  un  eve- 
nement  qui  aurait  eu  lieu  sous  Bawai,  alors  que  le  predecesseur  de  celui-ci, 
Dadisoc,  serait  mort  en  595/6.  Budge,  dans  son  edition  de  Thomas  de 
Marga,  risque  timidement  ici  ou  la  quelque  date,  mais  se  garde  bien 
d’essayer  de  mettre  en  ordre  une  chronologic  des  faits;  cette  attitude 
est  sage. 


(1)  C’est;  peut-ctre  a  cause  de  cette  «parente»  qu’on  attribue  a  Hind  elle-meme, 
fille  de  Na‘man,  la  fondation  du  couvent  et  de  celui  de  Mansur  de  Ninive  (cf.  Mgr 
Armalet,  in  Machriq ,  XXII/1924,  p.  364,  avec  ref.  a  Les  poetes  chretiens  apres  V Islam, 
p.  20-29).  En  fait,  Hnaniso1 2 * 4  qui  s’appclait  ‘Amr  i bn  ‘Amr,  avait  ete  simplement  soldat 
de  Na‘man,  cf.  Ckr.  de  Seert ,  II,  p.  215. 

(2)  Dans  la  Qjssat  le  mot  Hesna  est  evidemment  traduit  Qala‘a  (fol.  12  b)  et 

l’auteur,  ne  sachant  plus  de  quelle  forteresse  il  s’agit,  1’identifie  avec  le  couvent  de 

Gabriel  et  Abraham,  a  savoir  le  Couvent  Superieur.  Plus  loin,  (15  b),  les  «gens  de  la 
citadelle»,  e’est-a-dire  les  moines,  seront  encourages  a  lui  rendre  visite,  mais  ce  seront 
les  «gens  de  Ninive»,  e’est-a-dire  les  laics,  qui  batiront  le  couvent. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


645 


Yaqut  (1),  parlant  de  cette  fondation  dit  ceci:  «La  vdritd,  c’est 
que  trois  moines  chretiens  ont  passd  par  Mossoul  plus  de  cent  ans  avant 
rislam.  Us  s’y  plurent,  et  chacun  batit  un  monastere  qui  porte  son  nom: 
Sa‘id,  Qennesrin,  et  Miha’il.  Ces  trois  sont  connus  et  chacun  est  pres  de 
l’autre.»  En  effet,  le  couvent  de  Mar  Ellya  est  aussi  appcl<5  Dair  Sa‘id, 
nous  verrons  plus  tard  pourquoi.  Mais  le  couvent  de  Mar  Miha’il,  s’il 
est  bien  pres  de  Mar  Ellya,  ne  date  pas  de  la  meme  dpoque;  il  est  plutot 
du  lVe  siecle.  Quant  a  Qennesrin,  il  n’y  a  aucun  couvent  de  ce  nom 
dans  les  environs  de  Mossoul.  Le  seul  du  nom  est  le  cdlebre  couvent 
jacobite  fonde  en  521  par  Jean  bar  Aphtonius,  et  situd  sur  la  rive  gauche 
de  l’Euphrate. 

Il  ne  faut  pas  incriminer  Yaqut  de  ces  inexactitudes,  mais  plutot  le 
manuscrit  utilise  par  les  dditeurs  egyptiens.  Mgr  S.  Sayegh  cite  dans  son 
Histoire  de  Alossoul  une  autre  version  de  Yaqut,  plus  conforme  a  la  rdalitd. 
Le  Hamavvi  aurait  dit:  «Eliya,  Abraham  et  R.  Bar  ‘Eta.»  Cette  version 
est  celle  d’un  manuscrit  du  Mu"  gam  al  Buldan  appartenant  a  la  biblio- 
theque  du  Hag  Amin  Bek  al  Galili.  Les  trois  couvents  sont  en  effet  dans 
la  region  de  Mossoul  mais  on  a  vu  que  les  dates  de  fondation  sont  un 
peu  differentes. 

Elie  et  Hnaniso"  ne  furent  pas  les  seuls  a  edifier  le  couvent.  Ils  re- 
trouverent  sur  place  «le  b£ni  Abba  Yohannan  Sawa,  qui  y  avait  6t6 
envoye  par  R.  Mar  Abraham,  et  tous  les  trois  batirent  ce  saint  monas- 
tere»  (2). 

Qui  est  ce  Yohannan  Sawa?  Tant  le  nom  que  le  surnom  sont  tres 
communs.  La  date  de  la  fondation  (fin  du  VIe  s.)  ne  permet  pas  de 
l’identifier  avec  Jean  Sawa  de  Daliata,  qui  vivait  a  la  fin  du  VIIIe  siecle. 
Ce  co-fondateur  de  Mar  Eliya  (3)  quitta  Izla  en  meme  temps  que 
Bar  ‘Eta,  done  en  562. 


(1)  Mu' gam,  t.  IV,  p.  147  (£d.  6gyptienne  de  1906). 

(2)  Bk.  of  Gov.,  cit.,  et  Hist,  of  Bar  Idta ,  II, I,  p.  187. 

(3)  La  Qissat,  qui  ne  lui  donne  pas  de  nom,  fait  du  vieillard  qu’ils  retrouvent 
un  disciple  de  Mar  Awgin.  Il  avait  d’abord  habits  la-bas  pendant  20  ans,  durant  les- 


646 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Quoiqu’il  en  soit,  les  trois  moines  se  mirent  a  l’oeuvre.  Leur  premier 
travail  fut  cle  combattre  les  betes  fdroces  qui  infestaient  la  region.  «I1  y 
avait  la  une  foret  pleine  de  betes  fdroces,  Mar  Ellya  les  chassa  par  ses 
prieres.»  La  Qissat  brode  evidemment  sur  le  theme  des  animaux  dan- 
gereux  qui  interdisaient  faeces  des  cours  cfeau  de  la  vallee  des  joncs  et 
des  roseaux.  Lions,  loups,  onagres  pullullent,  et  autour  de  chaque  roseau 
est  entoure  un  serpent.  La  priere  et  les  jeunes  du  saint,  suivi  avec  crainte 
dans  cette  jungle  par  ses  disciples,  domestique  bientot  toute  cette  faune. 
Les  serpents  viendront  s’enrouler  calinement  autour  de  ses  bras,  et  les 
lions  lui  lecheront  les  mains. 

Faut-il  rattacher  a  ce  dernier  detail  1’existence,  jusqu’a  ces  temps 
derniers,  d’une  «pierre  du  lion»  (d’autres  disent  «le  tombeau  du  lion») 
qui  dtait  situee  sur  la  colline  rocailleuse  sise  au  nord  du  couvent?  Ge 
lieu-dit  a  certainement  une  origine  tres  ancienne;  la  tradition  de  Mossoul 
y  voit  le  tombeau  du  lion  qui  aida  Mar  Ellya  a  batir  son  couvent  en  lui 
apportant  des  pierres...  Inutile  de  dire  que  foret,  joncs,  roseaux,  cours 
d’eau,  et  tous  leurs  habitants  ont  aujourd’hui  disparu,  et  Ton  chercherait 
en  vain  un  seul  arbre  temoin  aux  environs  du  couvent. 

Le  temps  passant,  des  compagnons  vinrent  s’installer  autour  du 
fondateur.  Parmi  eux  figure  un  tailleur  juif  de  «Mossoul»  (?)  dont  le  fils 
possede  avait  dtd  gueri  par  Bar  ‘Eta  (1).  Quand  la  fraternite  fut  nom- 
breuse,  Elie  batit  un  temple  (2)  et  un  couvent  dans  lequel  il  etablit  la 
regie  de  Mar  Abraham.  Le  saint  fit  des  miracles  «comme  ceux  des 
Apotres»;  la  Chronique  de  Seert  cite  le  cas  d’un  enfant  paralyse  des  mains, 
que  lui  avait  envoyd  Iso'yaw  de  Gdala,  eveque  de  Balad,  qui  fut  ensuite 


quels  il  venait  deux  fois  par  an  mendier  a  Mossoul,  mais,  depuis  de  longues  ann^es, 
les  Freres  du  Couvent  Superieur  n’avaient  plus  de  ses  nouvelles,  ils  ignoraient  s’il  etait 
mort  ou  vivant.  Quand  Eliya  le  retrouva,  «ils  se  serrerent  la  main»  (?)  (fol.  13b). 
On  ne  se  pose  evidemment  pas  la  question  de  savoir  comment  un  moine  du  VIe  siecle 
pouvait  rencontrer  un  de  ses  confreres  du  IVe. 

(1)  Hist,  of  Bar  Idta,  1 1,1,  p.  261. 

(2)  D’apres  la  Qissat,  les  gens  de  Ninive  vinrent  lui  batir  un  «petit»  temple. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


647 


catholicos  de  628  a  643  (1).  Quant  a  Hnaniso',  il  discutait  avec  les 
h^rdtiques  dans  les  controverses  <  du  temps  de  Gabriel  de  Singar»  (done 
vers  612)  et  «leur  fermait  la  bouche»  (2). 

Lorsque  Mar  Ellya  se  vit  alTaibli  par  1’age,  il  confia  les  affaires  du 
couvent  a  son  neveu,  puis  alia  vers  le  Seigneur,  dtant  agd  de  cent  ans 
et  plus.  On  l’ensevelit  dans  le  petit  martyrion  qu’il  avait  bati.  «Que 
Dieu  sanctifie  son  ame,  et  que  ses  prieres  soient  sur  nous!»  Sa  fete  est 
cdlebrde  le  premier  mercredi  des  semaincs  de  Moise  (3). 

Ainsi  se  termine  la  premiere  page  de  fhistoire  du  couvent.  D£sor- 
mais  Ton  n’aura  plus  de  lui  que  de  breves  mentions,  dissdmindes  a  tra- 
vers  les  siecles. 

Dair  Sa‘Id 

Le  couvent  de  Mar  Ellya  est  souvent  appel^  «Dair  Sa‘id»  (4), 
souvent  meme  les  deux  noms  figurent  cote  a  cote.  «Je  pensais,  dit  Ibn 
Halllikan  (5),  que  Dair  Sa‘Id  dtait  attribud  a  Sa‘id  fils  de  Hamdan, 
fun  des  princes  hamdanides  de  Mossoul,  jusqu’a  ce  que  j  aie  vu  dans 
le  Livre  des  Couvents  (6)  qu'il  dtait  attribud  a  Sa‘id  fils  de  ‘Abd  ul  Malik, 
fOmeyade»  (7).  Sur  cette  attribution  tout  le  monde  s’accorde,  mais  les 


(1)  Dans  la  Qissat  l’enfant  a  eu  le  temps  de  grandir  et  de  devenir  un  homme. 
L’enfant  possedd  du  village  de  Hl$ah  nous  intdresserait  plus  si  Ton  pouvait  identifier 
son  village  et  savoir  de  quelle  «ivraie»  les  habitants  dtaient  contaminds. 

(2)  Chr.  de  Seert,  II,  p.  215. 

(3)  Il  n’a  pas  dtd  retenu  par  Mgr  A.  Scher  dans  son  calendrier  chaldden, 
puisqu’il  appartient  nettement  a  la  pdriode  nestorienne. 

(4)  La  Qissat  esquive  la  difficultd  en  appelant  plusieurs  fois  Ellya  «l’heureux» 
(Sa‘Id)  au  lieu  de  «bienheureux»  (dans  sa  langue:  at-tubani)  comme  si  c’dtait  son 
surnom. 

(5)  Wafiat  al-A'idn ,  t.  I,  p.  463,  citd  in  Hist,  de  Mossoul;  hauteur  a  vdcu  de  1211 
a  1282. 

(6)  Gelui  auquel  on  se  refere  ici  est  probablement  celui  du  mossouliote  Sarrl 
ar-Rafa’  (m.  972)  copid  par  les  Haled!.  Cf.  H.  Zayat,  Couvents ,  p.  4  s. 

(7)  On  ne  peut  done  pas  traduire  le  nom  par  «le  couvent  heureux»  comme 
l’a  fait  la  Chr.  de  Seert,  II,  p.  445,  n.  2. 


648 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


explications  les  plus  diverses  sont  donnees  quant  a  la  nature  exacte  des 
rapports  entre  Sa‘Id  et  le  couvent. 

La  ‘onita  sur  R.  Hormizd,  attribute  a  Iso'yaw  bar  Mqaddam  (1452), 
que  Ton  a  rencontree  a  Karamlaiss,  consacre  a  Mar  Ellya  seize  vers  se 
terminant  en  «ya»  et  «ve».  D’apres  elle,  le  saint  guerit  Sa‘id  d’une  ma- 
ladie  grave,  et  le  prince  reconnaissant  batit  le  couvent.  Helas,  le  fait 
ressemble  trop  a  fhabituelle  captatio  benevolentiae  vis-a-vis  des  musulmans 
(dont  la  meme  piece  offre  un  deuxieme  exemple,  dans  le  cas  de  R. 
Hormizd)  pour  meriter  creance.  D’autant  plus  que  le  XVe  siecle  est  une 
date  un  peu  tardive  pour  le  premier  tdmoin  d’un  evenement  qui  se  serait 
passe  au  VIe.  Chronologiquement  d’ailleurs,  l’histoire  semble  peu  vrai- 
semblable.  Meme  si  Elie  vecut  100  ans,  il  ne  put  guerir  Sa‘id,  qui  regna 
de  684/5  a  705.  On  ne  connait  pas  la  date  a  laquelle  Elie  prit  le  scapu- 
laire  car  on  ignore  l’annee  exacte  de  la  mort  d’Abraham  de  Kaskar, 
mais  a  supposer  meme  qu’ElIya  ait  fonde  son  couvent  alors  qu’il  n’avait 
que  vingt  ou  trente  ans  (si  la  Chroniqne  de  Seert  dit  vrai,  il  servit  les  ceno- 
bites,  done  n’etait  pas  encore  cenobite  lui-meme)  il  faudrait  cependant 
lui  donner  120  ou  130  ans  au  temps  de  Sa‘Id.  Et  cela  poserait  encore  un 
probleme  a  propos  de  son  neveu  Hnanis6‘  qui  a  eu  le  temps  d’etre  soldat 
avant  de  devenir  disciple  de  son  oncle,  a  assiste  a  la  fondation,  et  devra 
vivre  suffisamment  pour  succeder  a  Ellya,  et  puis  fonder  son  propre 
couvent. 

Le  poeme  attribue  a  Bar  Mqaddam  n’apporte  done  rien  a  la  con- 
naissance  de  Mar  Ellya,  au  contraire  la  connaissance  d’ElIya  permet  de 
prendre  le  poeme  (pour  la  seconde  fois)  en  flagrant  debt  de  pieux  men- 
songe:  ceci  n’ajoute  pas  a  sa  valeur  historique. 

Yaqut  se  fait  l’echo  d’une  autre  histoire,  selon  laquelle  1’emir  Sacid 
aurait  6te  soign^  par  un  m^decin  chretien  qui  lui  aussi  s’appelait  Sa‘Id. 
Apres  sa  guerison  le  prince  offrit  a  son  medecin  de  choisir  ce  qu’il  voulait. 
Ce  a  quoi  Sa£Td  aurait  repondu:  «Je  veux  batir  un  couvent  a  cote  de 
Mossoul,  et  que  vous  m’en  donniez  le  terrain. »  L’emir  y  consentit  et 
batit  le  couvent.  Le  Hamawi,  suivant  en  cela  le  Haledi,  reconnait 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


649 


lui-meme  que  le  fait  est  impossible.  Tout  au  plus  ces  rumeurs  rapportdes 
par  les  auteurs  musulmans  permettent-elles  de  faire  remonter  jusqu’au 
Xe  siecle  une  histoire  de  gudrison  du  prince,  que  les  chrdtiens  commen- 
gaient  a  faire  circuler  pour  protdger  leur  couvent.  On  a  ddja  remarqud 
que  les  auteurs  chrdtiens  anterieurs  a  bar  Mqaddam  ne  favaient  pas 
retenue  dans  la  vie  d’EHya. 

L’historien  du  XIVe  siecle,  le  Qadi  Sahab  ad  Din,  ibn  Fadlallah 
al  ‘Omari  (1),  semble  plus  pres  de  la  veritd  quand  il  dit  que  Dair  Sa‘Id 
est  attribud  a  l'emir  Omeyade,  non  parce  qu'il  l’aurait  bati,  mais  parce 
qu’il  le  patronait  lorsqu'il  dtait  prince  de  Mossoul,  pendant  le  regne  de 
son  pere,  le  calife  ‘Abd  ul  Malik,  et  aimait  a  le  visiter.  On  verra  bientot 
en  effet,  que  le  couvent  etait  un  des  lieux  de  plaisir  des  princes  et  des 
grands  de  Mossoul;  c'est  a  ce  titre  qu'il  figure  dans  les  Masalek.  Le  nom 
de  Sa‘Id  ferait  done  seulement  allusion  a  un  complement  des  construc¬ 
tions,  plus  probablement  du  cote  de  la  taverne  que  du  cote  du  cloitre, 
peut-etre  a  l’occasion  d'une  premiere  restauration,  l’espace  d’environ 
cent  ans  qui  separe  le  regne  de  ‘Abd  ul  Malik  de  la  fondation  etant  en 
effet  fintervalle  ordinaire  des  restaurations  dans  ce  pays  (2). 

Ephemerides 

A  la  fin  du  VIIIe  siecle  et  au  debut  du  IXe,  le  couvent  a  pour  hote 
le  futur  patriarche  Iso’  bar  Nun,  qui  y  passa  trente  ans  avant  son  ele¬ 
vation  au  patriarcat  (3),  soit  de  793  a  825.  Bar  Hebraeus  (4)  dit  meme 
que  son  sejour  a  Dair  Sa‘Id  dura  38  ans...  Ce  fut  ce  patriarche  qui  de- 
clara  le  couvent  exempt,  e’est-a-dire  relevant  directement  de  la  juridic- 
tion  patriarcale,  sans  etre  soumis  a  celle  de  feveque  de  Mossoul  (5). 

(1)  Masalek ,  p.  289. 

(2)  L’appellation  de  Dair  Sa‘Id  est  6galement  donnee  par  certaines  versions 
du  L.C.  au  couvent  de  Sahroi  (n°  18)  en  Qardu.  L'Abrege  rectifie  en  Sa‘Ir. 

(3)  Mari,  f.  188  b,  ‘Amr  ar.  p.  66. 

(4)  B.H.,  II,  col.  182.  Dans  la  citation  de  B.O. ,  II,  p.  135,  on  va  jusqu’a 
42  ans. 

(5)  Cf.  la  constitution  de  ‘Awdiso,  dans  B.O. ,  1 1 1,1,  p.  344,  et  Ebedjesus, 
Collectio  Canonum  Synodicorum,  tract.  VII,  cap.  VI  (Mai,  X,  p.  133). 


650 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Remarquons  a  ce  propos  que,  si  ce  privilege  etait  rarement  accorde  dans 
les  premiers  siecles,  il  Fetait  plus  liberalement  dans  la  suite.  Labourt 
ne  connait  que  deux  cas  d’exemption  pour  la  periode  qu’il  etudie,  c’est- 
a-dire  avant  532  (1),  ces  deux  cas  sont  en  faveur  des  couvents  de  Bar 
Qaiti  et  de  B.  ‘Awe.  En  fait  il  y  en  a  plus.  La  constitution  du  patriarche 
‘AwdIso‘,  qui  date  probablement  du  XIe  siecle,  5numere  dix-sept  cou¬ 
vents  jouissant  du  privilege,  dont  huit  sont  au  Ba  Nuhadra  (2).  Plusieurs 
d’entre  eux,  dont  Mar  Ellya,  ont  5te  declares  exempts  par  le  patriarche 
qui  y  avait  d’abord  ete  moine. 

Plus  tarcl,  le  nom  de  Dair  Sa‘Id  se  trouve  dans  un  manuscrit  du 
Pentateuque  actuellement  a  la  Bibliotheque  Vaticane;  il  fut  copid  au 
monastere  en  929  (3). 

Trois  ans  apres,  le  Tell  Badi‘,  situd  a  cote  du  couvent  (4),  est  le 
temoin  d’une  bataille  oil  MiVnis  ibn  Mussa,  revolt^  contre  le  calife,  bat 
les  Hamdanides  dont  fun,  Daoud,  fut  tue  (5).  Des  ce  temps  la  aussi 
le  couvent  etait  taverne  reputee,  et  le  poete  Mossouliote  SarrI  ar  Rata’  y 
fit  pour  le  Halidi  une  poesie  que  citent  les  Masalek  (6). 

(1)  P.  324  n. 

(2)  Ce  sont,  avec  leurs  dates  d’exemption,  les  monasteres  de: 

Mar  Miha’Il,  «ab  antiquo  ordine». 

Dair  Abun,  sous  Mar  Aba  I,  (540-552). 

ad-Dair  al-A‘la  et  son  ecole,  sous  Timothee  I  (780-823)  (et  non  pas  le 
couvent  d’lzla,  comme  le  voulait  Assemani). 

Mar  Eliya,  sous  Iso‘  bar  Nun  (823-828). 

Mar  Yusif  de  Balad,  sous  Emmanuel  (937-960). 

Iso‘yaw  de  Seze,  sous  Jean  Nazuk  (1012-1016). 

Apnimaran  de  Kurkma  et  R.  Hormizd,  sous  le  meme. 

—  L’attribution  de  la  constitution  a  ‘Awdlso  II  ibn  al  ‘Arid  (1075-1090) 
est  de  Chabot  {Syn.  Or.,  p.  615,  n°  40),  elle  a  et6  adopt6e  par  Dauvillier,  Le  droit 
chaldeen,  Paris,  1939,  col.  74. 

(3)  B.O.,  I,  p.  614,  cod.  XVII. 

(4)  Miiniat  al-Udaba' ,  p.  148. 

(5)  Yaqut,  ci t . ,  et  Canard,  Hamdanides ,  I,  p.  389.  Ce  dernier  auteur  (p.  121), 
se  basant  sur  la  similitude  apparente  de  noms,  localise  le  couvent  pres  du  Hidr 
Elias  ( ?). 

(6)  P.  292;  H.  Zayat,  Couvents ,  p.  307;  G.  ‘Awwad,  preface  a  6d,  Sabusti , 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


651 


On  con^oit  que  la  charge  de  superieur  ne  devait  pas  etre  facile  dans 
de  telles  circonstances  et  les  moines  furent  heureux  de  trouver  un  homme 
«comp£tent  en  proces»  pour  lui  donner  la  superiority :  c’etait  Mari,  fils 
de  Tuba,  qui  devait  devenir  patriarche  en  985  (1).  Mari  dtait  originaire 
de  Mossoul,  d’une  famille  honorable  de  lcttrds,  et  avait  grandi  parmi 
les  archives.  II  fut  secretaire  de  la  fille  d’Ahmad,  femme  de  Naser  ad 
Dawla.  Mais  la  brouille  se  mit  entre  les  Hamdanides  parce  que,  sans  la 
permission  de  leur  mere,  les  fils  de  Naser  avaient  arrete  leur  pere  et  leurs 
autres  freres.  Mari  resolut  alors  de  quitter  sa  fonction  et  de  se  faire  moine. 
II  re^ut  la  tonsure  au  couvent  de  Sa‘Id  et,  bientot  ordonne  pretre,  en 
fut  nomme  superieur. 

II  arriva  dans  la  suite  qu’un  homme  fut  trouve  assassine  dans  un 
oratoire  ( masgad )  pres  du  couvent.  Les  moines  ayant  ete  soupgonnes  du 
meurtre,  le  superieur  et  un  autre  moine  nomme  Ibn  Salama  se  livrerent 
et  endurerent  les  coups  et  les  fers.  Mais  bientot  l’affaire  fut  jugee  et  les 
moines  condamnes  a  payer  une  taxe.  Peut-etre  peut-on  identifier  cette 
amende  avec  les  300.000  dirham  imposes  au  couvent  «en  un  certain 
temps»  et  dont  parlent  les  Masalek  (2).  Toujours  est-il  que  la  reputation 
de  Mari  commen^a  alors  a  briber,  et  le  patriarche  ‘Awdlso*  Pinstitua 
Visiteur  de  la  region,  qu’il  ameiiora  beaucoup  par  ses  decisions.  Sa 
renommee  parmi  les  moines  lui  permit  d’instituter  dans  chaque  couvent 
un  de  ses  vicaires,  et  son  propre  couvent,  Mar  Ellya  devint  ainsi,  pour 
un  temps,  couvent  quasi  generalice. 

Mari  ne  devait  pas  attendre  longtemps  avant  d'etre  nomme  metro- 
polite  de  Perse.  Le  Livre  de  la  Tour  signalera  encore  ses  talents  medi- 
caux  (3).  Etant  patriarche,  il  fabriquera  pour  Abu  1  Hassan,  fils  de  Malik, 
une  infusion  qui  le  guerira.  Mari,  fils  de  Tuba,  mourut  en  Pan  1000. 


p.  24-25;  cf.  aussi  Ahmad  Muhammad  al-Taqqaf,  al-Awraq ,  Beyrouth  1954,  p.  103- 
111. 

(1)  Mari,  lat.  p.  92. 

(2)  H.  Zayat,  Couvents,  p.  401. 

(3)  Mari,  f.  216a. 


652 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Un  autre  superieur  de  Mar  Ellya,  Abu  Sa‘Id,  sera  un  des  trois  can- 
didats  au  siege  patriarcal  en  1028,  quand  sera  elu  Elie  I  de  Karh  Ge- 
dan  (1).  Mari,  dans  le  Liber  Tunis ,  l’appelle  ‘Awdis5‘  et  dit  simplement 
qu'il  etait  moine  (2).  II  deviendra  plus  tard  metropolite  de  Mossoul, 
et  Le  Quien  Tenregistre  sous  le  nom  d’Ebedjesus  I  (3). 

Au  debut  du  XI Ie  siecle  encore,  un  moine  de  Mar  Ellya  deviendra 
eveque,  c’est  Zacharie,  consacre  pour  Anbar  et  Flit  par  Elie  II  (1111- 
1132)  (4).  Les  quelques  cas  connus  ne  sont  probablement  pas  les  seuls, 
du  moins  attestent-ils  que  la  vie  reguliere  du  couvent  etait  assez  floris- 
sante  et  sa  renommde  spirituelle  assez  grande  pour  que  les  patriarches 
penchent  a  choisir  leurs  eveques  dans  les  rangs  de  ses  moines. 

Enfm,  ‘Amr  relate,  d’apres  le  pretre  SawrIsoc,  fils  du  pretre  ZakI 
Abi  1  Mahasin,  fils  de  Yahwalaha,  de  Mossoul,  1’histoire  edificante  du 
miracle  de  Karamlaiss,  que  nous  avons  racontee  en  son  lieu,  et  dont  le 
heros  finit  ses  jours  sous  le  scapulaire  des  moines  de  Mar  Ellya  (5). 

C’est  a  un  moine  de  Mar  Ellya,  en  1186,  que  l’on  doit  la  copie  qui 
a  etd  editee  par  Chabot  de  V Histoire  de  R.  Tusif  Busnaya ,  selon  le  recit 
de  son  disciple  Jean  bar  Kaldun.  II  Tecrivit  un  an  apres  la  deuxieme 
tentative  de  Saladin  contre  Mossoul,  au  couvent  de  Mar  Ellya,  «l’ange 
humain,  le  seraphin  charnel,  le  chdrubin  corporel,  le  saint  des  saints, 
illustre  en  haut  parmi  les  phalanges  des  saints»  (6). 

Descriptions 

Nous  n’avons  pas  rencontre  jusqu’ici  de  description  du  couvent. 
C’est  que  les  auteurs  chretiens  n’avaient  pas  coutume  de  faire  des  pros¬ 
pectus  publicitaires,  vantant  les  charmes  des  monasteres  pour  y  attirer 
les  postulants.  Les  auteurs  musulmans  au  contraire,  qui  veulent  donner 


(1)  ‘Amr,  ar.  p.  98  et  B.O. ,  III, I,  p.  263-264. 

(2)  Mari,  lat.  p.  104. 

(3)  O.C.,  II,  col.  1216-1220,  n°  15;  B.O.,  II,  p.  449. 

(4)  Mari,  lat.,  p.  129;  ‘Amr,  ar.  p.  103;  B.O.,  II,  p.  449. 

(5)  ‘Amr,  ar.  p.  107  s. 

(6)  Ed.  Chabot,  p.  244. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


653 


a  leurs  lecteurs  de  qualite  un  guide  des  tavernes  fameuses,  font  de  Mar 
Eliya  un  eloge  dithyrambique.  II  est  beau  quant  a  la  construction,  dit 
Yaqiit,  et  au  printemps  revetu  de  Oeurs  tres  jolies.  Ibn  Fadlallah  al 
‘Omari  suit  Yaqut.  Sarri  ar  Rafa’  le  voit  comine  un  chateau  haut- 
perche  (?)  couronne  de  nuages...  Quant  a  Ibn  Hakkak,  il  n’a  vu  que  la 
main  du  moine  qui  lui  servait  a  boire,  et  cela  lui  suflit  pour  faire  descendre 
dans  son  poeme  le  soleil,  la  lune,  et  tout  le  firmament  (1). 

Yaqut  et  al  ‘Omari  parlent  des  nombreux  ermitages  qui  entouraient 
le  couvent.  II  n'en  subsiste  plus  actuellement  aucune  trace. 

Du  grand  couvent  lui-meme  il  ne  reste  plus  qu’une  large  zone  de 
ruines,  qui  s’etale  autour  du  petit  couvent  moderne,  vide  de  moines.  Le 
cote  nord-sud,  qui  longe  la  derivation  de  la  route  de  Bagdad  est  le 
mieux  conserve,  il  n’a  pas  moins  de  85  metres  de  longueur.  Sur  Fautre 
cote,  orientd  est-ouest,  les  restes  du  mur  sont  nets  sur  une  longueur  de 
50  metres;  au-dela,  vers  best,  s’etend  encore  une  zone  de  ruines  aux 
contours  assez  indistincts. 

Restauration 

Le  couvent  figure  dans  la  liste  de  1607  (2),  mais  cela  ne  veut  pas 
dire  qu’il  ait  encore  eu  des  moines.  Il  va  revivre  comme  lieu  de  pele- 
rinage,  vers  le  milieu  du  XVIIe  siecle,  quand  un  pretre  actif,  du  nom 
de  Hormizd  al  Banna’,  probablement  originaire  d’Alqos,  en  sera  nom- 
me  desservant. 

Un  vent  de  renouvellement  souffle  alors  sur  les  batiments  du  cou¬ 
vent.  L’dglise  est  restaurde  en  1657,  au  tdmoignage  de  la  pierre  encore 
encastree  dans  le  mur,  a  gauche  de  la  porte  d’entrde  (3).  Et  c’est  tres 


(1)  Podsie  de  Ibn  Hakkak  ibn  al-Hassan  ibn  Mahmud  al-Hagandl,  de  Mossoul, 
citde  par  H.  Zayat,  p.  354,  avec  rdf.  a  la  Hizana  Timuria ,  IX,  p.  301. 

(2)  Genuinae  Relationes,  p.  517,  n°  23. 

(3)  Rich  n’avait  pas  pu  lire  Pinscription  lors  de  sa  premiere  visite  a  l'dglise 
(. Residence ,  II,  p.  113).  Il  se  la  fit  copier  dans  la  suite  et  en  donne  le  texte  (p.  118). 
Malheureusement,  au  lieu  de  transcrire  l’annde  grecque  telle  quelle,  il  fit  immddiate- 
ment  le  calcul  et  nota  1667  (pour  1657).  Quand  il  reprit  ses  notes  pour  publication, 


654 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


probablement  a  cette  epoque  aussi  que  la  Qissat  Mar  Eliya  fut  redigde 
pour  etre  lue  aux  foules  qui  recommcn^aient  a  frequenter  son  pelerinage. 

On  retrouve  le  pretre  Hormizd,  fils  de  Gannum,  de  la  famille  al 
Banna’,  en  1672,  dans  un  Evangeliaire  du  Patriarcat  Chaldeen  (1). 
Une  note  de  sa  main,  dans  le  plus  savoureux  arabe  vulgaire  de  Mossoul, 
mele  de  mots  (ou  meme  de  moities  de  mots)  chaldeens,  donne  un  inven- 
taire  des  livres,  ornements  et  biens  immeubles  du  couvent.  Les  noms  des 
donateurs,  dont  certains  se  retrouvent  dans  l’inscription  de  Rich,  four- 
nissent  des  renseignements  sur  les  families  chaldeennes  notables  de  Mos¬ 
soul  au  XVIIe  siecle  et  leurs  tendances  onomastiques,  comme  aussi  sur 
la  faveur  dont  jouissait  le  pelerinage  de  Jerusalem  a  cette  epoque. 

Voici  ce  texte  touchant,  ou  je  respecte  l’orthographe  des  noms 
propres:  «Je  declare,  moi  le  pauvre  serviteur,  meprisable,  pecheur  vis- 
a-vis  de  Dieu,  le  pretre  Hormiz  al  Banna,  enfant  de  Gannum,  serviteur 
du  couvent  de  Mar  Eliya  qui  est  pres  de  Mossoul,  que  j’ai  chez  moi, 
appartenant  au  couvent  mentionne:  un  evangile,  un  livre  de  l’Apotre, 
et  un  lectionnaire.  Et  il  possede  un  rituel  de  la  messe  et  un  Breviaire 
du  debut  du  temps  de  l’Annonciation  jusqu’a  fentree  du  Jeune,  avec 
les  memoires.  Et  il  a  acquis  de  mon  temps  une  croix  de  Maqdassi  ‘Abd 


il  oublia  que  la  soustraction  avait  deja  ete  faite  et  retrancha  a  nouveau  311,  obtenant 
cette  fois  (avec  une  deuxieme  erreur)  1316.  Il  aurait  du  obtenir  1356,  sinon  l’ann6e 
«grecque»  originelle  aurait  ete  1627,  ce  que  r^tablit  tres  sthieusement  Her- 
feld  ( Reise ,  p.  302).  Tous  ces  petits  calculs  fantaisistes  auraient  6t6  inutiles  (que  ceux 
qui  ne  se  sont  jamais  tromp^s  jettent  la  premiere  pierre)  si  l’on  avait  remarque  que 
le  titre  de  Hwaga  donne  a  l’un  des  promoteurs  de  la  restauration,  s’entendait  tres  bien 
au  XVI Ie  siecle,  mais  aurait  et6  plutot  anachronique  au  XI Ve.  De  plus,  le  pretre 
Hormizd  n’a  pas  l’architecte  de  la  reconstruction,  mais  simplement  son  nom  de 
famille  £tait  «le  magon)). 

(1)  Cod.  A.S.  16,  Mgr  Bidawid,  n°  1210,  de  1588,  achet£  de  R.  Quriaqos 
par  le  maqdassi  Daniel,  fils  de  ‘Issa  d’Alqos,  et  Sim‘un,  fils  du  chammas  Sultan  Safi, 
de  Mossoul,  et  donne  au  couvent  de  Mar  Eliya  de  Hlra,  pres  de  Mossoul,  en  1594. 
Une  note  post^rieure,  de  l’^criture  fine  de  Joseph  II  (1696-1712)  signale  que  ce  pa- 
triarche  a  £t6  «la  cause»  du  retour  du  volume  au  couvent.  On  ne  sait  qui  Ten  avait 
distrait. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


655 


ul  Hay,  enfant  de  Ghammas  Sams  ad  Dawla,  et  une  croix  de  Maqdassi 
‘Abd  ul  Galll,  enfant  de  ‘Abd  ul  Ahad  al  Wazzan,  et  une  croix  de  ‘Abd 
ul  Ahad,  enfant  du  chammas  Ganima,  et  une  petite  croix,  propriety  du 
couvent,  et  un  ornement  de  Hwagah  Yusif  Hindi  (qui  est  un)  ornement 
jaune;  et  nous  lui  avons  fait  un  rideau,  propriety  du  couvent,  en  couleurs, 
travail  du  Tsadertsi,  et  il  a  deux  patenes,  un  calice,  deux  encensoirs  et 
des  vetements  de  messe  complets.  Mes  enfants!  Si  je  meurs,  remettez  les 
choses  qui  sont  chez  moi  aux  croyants.  Redaction  des  lettres  le  jeudi21 
juin  1083  de  THegire  (1672  A.D.).  En  est  tdmoin  Dieu  et  ses  anges  pour 
moi,  et  (que)  ceux  qui  entendent  prient  pour  celui  qui  dcrit.» 

Puis,  sans  prdvenir,  le  pauvre  pretre  passe  a  fdnumdration  de  ses 
affaires  personnelles  entreposdes  au  couvent  ou  dispersdes  chez  des  amis. 
Ici  fecriture  devient  encore  plus  mauvaise,  et  je  dois  restituer  plusieurs 
mots  par  conjecture:  «Et  il  a  un  rideau  tout  en  images,  en  bon  dtat,  et 
il  a  aussi  (des  buches),  et  une  ecuelle  en  cuivre  jaune  could,  et  un  livre 
d’Avant  et  Apres  ancien,  et  une  Bible  delabrde  chez  le  pretre  ‘AwdIso‘ 
d'Alqos,  et  un...  ancien  a  Alq5s  chez  le  pretre  Isra’Il,  on  peut  fabandon- 
ner  car  il  n’appartient  pas  au  couvent.  Et  il  y  a  au  couvent  une  herse 
a  dgruger  le  bid  et  un  chaudron,  et  il  y  a  une  herse  a  carder  au  village 
de  Karamlaiss,  qui  n’appartiennent  pas  au  couvent. » 

Le  vieux  Qas  Hormizd  devait  etre  mort  dix  ans  plus  tard,  car  c’est 
le  pretre  cAbd  ul  Karim,  fils  de  Marzdna  de  Mossoul,  qui  fait  exdcuter, 
en  1681  et  1682,  a  Alqos,  deux  Gazza ,  aux  frais  du  couvent  et  par  les 
aumones  des  fideles  (1). 

Decadence 

Les  moines  sont  dgalement  absents  de  la  description  donnde  par 
Yasin  al  ‘Omari,  au  ddbut  du  XVIIIe  siecle.  Cet  auteur  (2)  appelle  le 
couvent  ad  dair  al  manque ,  le  couvent  ddcord,  expression  que  Ton 


(1)  Cat.  Mgr  Bidawid,  cod.  3110  et  3113. 

(2)  Muniat  al-Udaba\  p.  148. 


656 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


retrouve  dans  Rich  (1).  Actuellement  on  fappelle  ad  dair  al  hurban ,  le 
couvent  ruine  (2). 

Apres  la  destruction  par  les  Persans  en  1743  (3),  le  couvent  resta 
en  ruines.  C’est  dans  cet  etat  qu’il  se  trouvait  quand,  en  1821,  Rich  le 
visita  (4).  Entre  autres  details  que  nous  utiliserons  tout  a  l’heure,  le 
voyageur  anglais  signale  «a  l’extremite  nord  d’une  galerie,  une  petite 
chambre  couverte  d'un  dome  encore  existant.  Dans  cette  chambre  il  y  a 
une  tombe,  dans  laquelle,  au  dire  des  Turcs,  est  enterre  un  pretre  du 
monastere.»  Ldiistoire  de  ce  pretre,  telle  qu’elle  est  racontee  par  «les 
Turcs»  ne  manque  pas  de  pittoresque;  la  voici  d’apres  Rich:  «quand 
on  vient  chercher  la  tete  de  ‘All  (‘All  seul  sait  comment  sa  tete  vint  ici!) 
ce  pretre  coupa  la  tete  de  son  propre  fils  pour  la  substituer  a  celle  de 
‘All.  Naturellement,  apres  cela,  le  pretre  se  fit  musulman,  il  fut  assassine 
par  les  chretiens.  Sur  sa  tombe  toutefois  sont  les  restes  d’une  inscription 
chaldeenne,  mais  tout  a  fait  illisible. »  Cette  inscription  a  maintenant 
disparu,  mais  de  la  position  donnee  par  Rich,  on  peut  penser  que  la 
petite  chambre  a  Pextremite  nord  du  corridor  est  (on  verra  bientot 
que  c’est  la  qu'est  maintenant  l’autel)  devrait  etre  le  martyrion  de  la 
grande  eglise  et  1a.  tombe  devait  etre  celle  de  fun  cles  superieurs,  voire 
peut-etre  de  Mar  Eliya  lui-meme  (5). 

En  1840  ou  41,  Sir  Henry  Layard  visita  egalement  le  couvent  et  le 
trouva  encore  en  ruines.  Il  ne  le  decrit  pas,  mais  le  cite  seulement  comme 
«un  lieu  de  pelerinage  pour  les  chretiens  de  Mossoul»  (6). 

Une  autre  inscription,  celle-la  en  garshuni,  commemore  la  derniere 

(1)  En  1821,  cf.  p.  113. 

(2)  Note  de  M.  Sa‘id  ad-Dewahgi  a  Muniat  al-Udaba\  cit. 

(3)  Residence ,  p.  114,  t.  II. 

(4)  Residence,  t.  II,  p.  113. 

(5)  Les  collectionneurs  de  souterrains  en  trouveront  encore  un  ici.  Celui-ci 
conduisait,  «d’apres  les  renseignements  de  quelqu’un  qui  y  avait  penetre  il  y  a  long- 
temps,  dans  le  desert,  a  une  distance  considerable;  mais  il  a  et6  bouche  par  les  de- 
combres»  (naturellement!),  Rich,  II,  p.  117.  On  en  signale  encore  un  autre  entre 
Mar  Matta  et  Mar  Abraham! 

(6)  Nineveh  and  its  Remains ,  2e  ed.,  Londres  1849,  vol.  I,  p.  84. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


657 


restauration  du  couvent,  en  1875.  Cette  pierre  a  et d  mise  dans  une  niche 
mentionnee  par  Rich,  et  fait  pendant  a  la  premiere  mentionnee,  a  droite 
de  la  porte  de  l’eglise.  Malheureusement,  cette  «restauration»  de  1875 
a  etc  une  catastrophe  pour  fancienne  dglise.  Rien  n’a  dte  laisse  debout 
de  ce  qui  subsistait  de  la  grande  dglise,  magnifiquement  ornde,  que  Rich 
avait  encore  aclmiree.  Les  restes  d’un  bas-relief  representant  un  ange, 
qui  decorait  alors  fun  des  cotds  de  V arcade  surmontant  l’autel,  ont  tout 
a  fait  disparu.  II  ne  reste  plus  actuellcment  qu’un  sanctuaire  dtriqud  et 
sans  style,  oriente  anti-liturgiquement  vers  le  nord.  C’est  cette  faute 
d’orientation  (faute  que  les  anciens  n’auraient  jamais  commise)  qui, 
avec  quelques  ddtails  d’architecture  et  les  precisions  donnees  par  Rich, 
permet  de  reconstituer  le  plan  de  fancienne  dglise. 

La  grande  eglise 

Son  maitre  autel  dtait  en  face  de  la  porte  de  la  chapelle  actuelle, 
cette  chapelle  elle-meme  ayant  dt d  fabriquee  avec  les  trois  sanctuaires 
mis  a  la  file.  Le  mur  exterieur,  plus  dpais  en  face  de  la  porte  moderne, 
indique  que  la  voute  qu'il  supportait  dtait  plus  haute,  ce  qui  est  le  fait 
habituel  des  nefs  centrales  des  dglises.  La  grande  nef  dtait  done  correc- 
tement  orientde  vers  best,  factuel  «saint  des  saints»  n’dtant  alors  qu’une 
chapelle  laterale  gauche,  par  rapport  a  l’autel  central,  contenant  pro- 
bablement  le  martyrion  de  fdglise  avec  la  tombe  du  saint. 

La  salle  surdlevee  qui  termine  la  petite  dglise  au  sud,  dtait  proba- 
blcment  le  diaconicon. 

La  grande  dglise,  non  compris  le  diaconicon  et  le  martyrion,  avait 
une  largeur  intdrieure  de  14  metres  environ,  soit  5  metres  pour  la  nef 
centrale  (peut-etre  un  peu  trop  dtroite,  dit  Rich)  4  m.  50  pour  chacune 
des  nefs  laterales.  Chacune  des  trois  portes  donnant  sur  le  maitre  autel 
et  les  chapelles  latdrales  avait  plus  de  deux  metres  de  large.  L’ancien 
haikal ,  ou  dglise  des  fideles,  a  dte  completement  ddtruit.  Une  citerne 
qui  se  trouve  dans  la  cour  actuelle,  en  face  de  la  petite  porte  de  la  cha¬ 
pelle  moderne  (si  elle  n’a  pas  dtd  creusde  rdeemment),  pourrait  indiquer 
15  m.  50  comme  longueur  maximum  de  cette  partie  ddtruite,  ce  qui, 


Rech.  23  —  42 


658 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


ajoutd  aux  7  metres  du  sanctuaire,  donnerait  une  longueur  totale  int£- 
rieure  d’environ  21  metres. 

Mais  ce  dont  les  dimensions  ne  peuvent  donner  une  idee,  c’est 
l’ornementation  de  l’eglise,  qui  avait  valu  au  couvent  son  nom  de 
«clecore».  Rich  nous  parle  de  «niches,  petites  portes  et  fenetres,  petites 
niches  sur  les  cotes  de  Tautel  supportees  par  des  colonnettes  jumelees», 
il  mentionne  des  fragments  de  frises  en  stuc,  «des  arabesques  et  figures 
autour  de  l’autel,  en  relief,  en  blanc  sur  un  fond  bleu  clair». 

De  quand  dataient  ces  splendeurs?  Si  Ton  remarque  que  le  premier 
a  qualifier  le  couvent  de  manqus ,  est  Yasln  al  ‘Omari,  au  ddbut  du 
XVIIIe  siecle,  on  peut  penser  que  la  decoration  datait  de  la  restauration 
par  le  pretre  Hormizd  al  Banna’,  en  1657. 

Quant  au  petit  couvent  actuel  qui  entoure  l’avorton  d’eglise,  il  a 
ete  construit  en  deux  fois:  une  premiere  tranche,  datant  de  1875,  forme 
un  rectangle  de  23  m.  50  pour  le  cote  nord-sud,  sur  34  m.  pour  le  cote 
est-ouest,  toute  la  partie  est,  du  nord  au  sud,  etant  occupee  par  la 
chapelle.  La  deuxieme  tranche  a  6te  construite  apres  la  guerre  de  1915- 
1918;  on  a  seulement  prolong^  de  14  m.  50  vers  le  sud  les  cotes  nord- 
sud,  et  referme  l’autre  cote  pour  construire  des  chambres  pour  les 
visiteurs  qui  venaient  y  passer  les  jours  de  printemps. 

L’ouverture  du  pont  metallique  de  Mossoul,  en  1934,  a  marque 
l’abandon  definitif  de  Mar  Ellya.  Les  «estivants»  se  dirigeront  alors  vers 
Mar  Gudrguls,  desormais  rendu  d’un  acces  plus  facile,  sur  une  route 
plus  frequentee,  et  mieux  pourvu  en  eau.  Ainsi  le  vieux  couvent  mutild 
retombe-t-il  tout  cloucement  en  ruines,  sa  quietude  n’etant  plus  troublee 
que  par  de  rares  visiteurs.  La  messe  y  est  dite  une  fois  par  an,  pour  la 
fete  du  «saint»  patron,  le  mercredi  de  la  premiere  des  semaines  de 
Moise,  semaines  prtxddant  la  Dddicace.  S’il  n’y  a  pas  de  semaines  de 
Moi'se,  la  fete  est  celebr^e  le  mercredi  de  la  premiere  semaine  de  la 
Dddicace,  soit  habituellement  en  fin  novembre-d^but  decembre. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


659 


Legendes  dorees 


Avant  de  terminer,  il  faut  mentionner  rapidement  quelques  legendes 
qui,  jusqu’a  nos  jours,  aurdolent  le  couvent.  Si  Ton  ne  parle  plus  des 
propridtds  curatives  de  la  poussiere  de  Mar  Ellya,  rdputde  au  temps  de 
Yaqut  et  de  Yasln  al  ‘Omari  pour  tuer  les  scorpions,  tout  le  monde  a 
Mossoul  connait  encore  la  «source  de  mercure».  Cette  source,  situde  a 
quelques  centaines  de  metres  a  Test  du  couvent,  est  inscrite  sur  les  cartes 
sous  le  nom  de  ‘Ain  ad  Dair.  Elle  est  comptee  par  nos  vieillards  parmi  les 
trois  sources  prdcieuses  de  la  rdgion  de  Mossoul.  Alors  que  l’eau  de 
Hammam  al  ‘Alii  est  censde  contenir  de  For,  et  celie  de  ‘Ain  Kibrit  de 
1’ argent,  l’eau  de  Mar  Ellya  contient  du  mercure.  On  peut  la  voir,  selon 
les  saisons  de  Fannde,  «blanche  comme  le  leben ,  bleue,  voire  meme  noire 
comme  Feau  de  summaq».  Quant  a  ses  propridtds  thdrapeutiques,  le 
vieux  sacristain  ‘Abdallah  (que  Dieu  ait  son  amc!)  racontait  volontiers 
qu’un  jour  un  Americain  dtait  venu,  avait  mis  quelques  cuillerdes  de 
cette  eau  dans  une  bouteille  et  avait  dit:  «Si  vous  prenez  une  petite 
cuiller  de  ceci  et  que  vous  restez  trois  jours  sans  manger,  vous  ne  sentez 
pas  la  faim.»  Une  analyse  de  cette  eau  donne  seulement  de  nombreuses 
combinaisons  sulfureuses,  sans  aucune  trace  de  produits  mercuriels.  Leau 
est  done  bonne,  comme  celle  des  deux  autres  sources  cities,  pour  le  trai- 
tement  de  diverses  maladies  de  peau. 

La  pierre  du  lion  a  aussi  sa  ldgende,  nous  l'avons  vu,  et  probablement 
les  vieux  de  Mossoul  connaissent-ils  encore  beaucoup  d’autres  histoires 
a  propos  du  vdndrable  couvent.  Aucune  de  ces  ldgendes  dordes  nYgale 
la  rdalitd,  aucune  ne  redit  la  splendeur,  h£las  completement  disparue, 
meme  des  textes,  que  dut  avoir  le  grand  monastere  quand  des  centaines 
de  freres  chantaient  les  louanges  du  Seigneur;  ou  meme  plus  tard,  alors 
qu’il  ^tait  vide,  quand  les  foules  se  pressaient  sous  la  voute  dlancde  qui 
faisait  rever  Rich  a  Fare  de  Chosroes,  dans  la  grande  dglise  ddcorde  du 
Qas  Hormizd  al  Banna’,  pour  entendre  lire  la  Qissat  Mar  Ellya. 


660 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


4.  —  L’angelique  Mar  Miha’Il 

Legende  du  fondateur 

Le  moine  Mar  Miha’Il,  dit  «l’ang£lique»  (1),  est  peu  connu.  Sa 
Idgende,  tout  a  fait  tardive,  ne  presente  que  1’ordinaire  tissu  de  miracles(2) 
manquant  totalement  d’originalite  et  depourvue  de  toute  garantie  d’au- 
thenticite  (3).  Cette  legende  a  ete  eclitee  en  arabe,  dans  les  Suhada  al 
Masriq  (4),  d’apres  la  traduction  faite  en  1720  par  Qas  Hidr  (5)  d’un 
manuscrit  syriaque  ecrit  par  un  certain  Qas  Yacqub,  inconnu  par  ailleurs. 
Le  morceau  est  un  panegyrique  a  lire  aux  foules  pieuses  rassemblees 
pour  le  sera,  ou  fete  du  saint,  qui  se  celebrait  alors  au  milieu  d’octobre  (6) 
et  dont  on  rattache  l’institution  a  Mar  Smuel,  successeur  de  Mar  Miha’Il, 
selon  le  procede  bien  connu  des  histoires  edifiantes,  qui  ont  bien  soin  de 
ne  laisser  aucun  detail  inexplique. 

Cette  composition  est  certainement  tres  tardive.  La  legende  en  effet 
fait  mention  de  R.  Yohannan  bar  Kaldun,  disciple  de  R.  Yusif  Busnaya, 
lequel  est  mort  vers  979  (7).  De  plus,  notre  texte  donne  R.  Yusif  comme 
un  des  successeurs  immediats  de  Mar  Miha’Il  en  tant  que  superieur  du 
couvent.  Que  la  confusion  ait  pu  etre  faite  prouve  que  R.  Yusif  lui-meme 
etait  mort  depuis  longtemps. 


(1)  On  l’appelle  en  arabe  «le  compagnon»  des  anges,  mais  dans  le  sens  de 
«£gal  des  anges»,  angelique.  Ce  n’est  certainement  pas  l’archange  S.  Michel,  comme 
l’avait  cru  l’abbe  QuRiAqos  Mahnup  ( Machriq ,  1899,  p.  263,  n.  9)  ou  le  P.  Mateos 
(Leyla  Sapra,  p.  6). 

(2)  M.  l’abbe  Ephrem  Rassam  s’est  donne  la  peine  d’en  faire  la  liste  detaill^e 
et  num^rotee,  dans  une  brochure  de  piete  publiee  r^cemment  sous  le  titre  de  Histoire 
du  couvent  de  Mar  Miha'il,  Mossoul,  1961. 

(3)  Je  reprends  ici  certains  elements  de  mon  article,  Alar  Miha’il  et  son  couvent , 
dans  Bulletin  du  Seminaire  Syro-Chaldeen,  1952,  p.  129-138. 

(4)  T.  II,  1906,  p.  101-128. 

(5)  On  connait  ce  pionnier  du  catholicisme  a  Mossoul,  cf.  Voste,  Qas  Kheder 
de  Mossoul ,  Or.  Chr.  Per.,  X/1944,  p.  45-90. 

(6)  Aujourd’hui  le  6e  dimanche  de  Caremc. 

(7)  P.  115. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


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Une  indication  sur  la  date  de  sa  composition  est  peut-etre  donnde  par 
la  prediction  que  Ton  met  sur  les  levres  du  saint  fondateur  a  son  lit  de 
mort.  On  lui  fait  dire  que,  apres  sa  destruction,  le  couvent  sera  restaurd 
par  «un  homme  pieux  de  la  ville  de  Mossoul»  (alors  qu’on  a  dit  plus 
haut  que  Mossoul  n’existait  pas  encore)  (1).  II  semble  bien  que  ce  soit 
a  l’occasion  de  la  restauration  par  ce  pieux  mdeene  que  la  ldgende  ait 
dtd  composee,  done  vers  le  milieu  du  XIIIe  siecle,  peut-etre  au  temps 
de  Jean  de  Mossoul. 

Un  des  points  de  la  ldgende  fait  de  Miha’il  non  seulement  un  dis¬ 
ciple  de  Mar  Awgin  (Eugene)  TEgyptien  (2),  mais  meme  son  biogra- 
phe  (3).  On  trouve  en  effet  Miha’Il  tout  a  la  fin  de  la  liste  des  douze 
nomsde  disciples  d’Awgin  (sans  compter  ses  deuxsoeurs)  dans  la  premiere 
notice  du  Liber  Castitatis,  mais  Iso‘dnah  a  oublid  de  lui  consacrer  une 
notice  speciale;  ou  ne  serait-ce  pas  plutot  qu'un  copiste  s’est  aper$u  de 
l’oubli  et  l’a  corrigd  en  ajoutant  notre  moine  en  queue  de  liste? 

Dans  son  ouvrage,  Isd‘dnah  mentionne  deux  fois  le  couvent  de  Mar 
Miha’Il  (4),  les  deux  fois  en  relation  avec  la  restauration  du  monastere 
par  Mar  Awgin  au  VIIIe  siecle.  Le  role  joud  par  cette  restauration  dans 
la  rdvision  et  l’embellissement  de  l’histoire  de  Mar  Awgin  explique  suf- 
fisamment  qu’on  ait  mis  cette  ldgende  sous  le  nom  de  Mar  Miha'Il  lui- 
meme,  et  qu’on  ait  jumeld  les  deux  Idgendes.  Mais  nous  n’en  sommes 
pas  encore  la  au  temps  ou  dcrit  Iso‘dnah.  Comme  nous  l’avons  remarqud 
ailleurs  a  propos  d’Awgin  (5),  les  amorces  a  toutes  sortes  de  beaux 
developpements  sont  ddja  posdes  dans  le  texte  d’I§o‘dnah  (du  moins  tel 
que  nous  le  possddons  actuellement)  mais  elles  ne  sont  pas  encore 


(1)  Un  rdsumd  de  la  ldgende  et  de  l’histoire  du  couvent  a  dtd  donnd  par  Mgr 
S.  Sayegh  dans  an-Nagm,  1935,  p.  258-259  et  Histoire  de  Mossoul ,  1 1 1/1956,  p.  1 18-122. 

(2)  La  ‘ onita  sur  R.  Hormizd  attribute  a  bar  Mqaddam  fait  assdeher  par 
Miha’il  les  eaux  du  Tigre  pour  permettre  le  passage  de  tout  le  groupe  dont  il  faisait 
partie  et  qui  comprenait  366  personnes. 

(3)  Prdface  du  t.  II  de  Suhada ’  al-Masriq ,  p.  (b). 

(4)  L.C.,  n°  107  et  108. 

(5)  Analecta  Bollandiana ,  LXXX/1962,  p.  52-81. 


662 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


exploitees.  II  est  dommage  qu’en  publiant  recemment  ce  qu’on  a  appele 
une  histoire  du  couvent  de  Mar  Miha  il,  on  n’ait  pas  profite  de  tout 
le  travail  de  critique  historique  commence  depuis  le  debut  du  siecle,  ou 
au  moins  des  graves  reserves  faites  par  le  savant  archeveque  de  Seert 
dans  sa  preface  k  Pedition  de  ces  Ugendes  grossierement  invraisemblables. 

Histoire  du  couvent 

D’apres  le  texte  de  la  legcnde,  le  couvent,  qui  est  situe  a  6  kilometres 
au  nord-ouest  de  Mossoul,  fut  fond£  vers  le  milieu  du  IVe  siecle,  done 
avant  la  fondation  de  la  ville  de  Mossoul,  dans  la  terre  de  Taiman,  mais 
a  egale  distance  de  tous  les  villages  chretiens  environnants,  de  fagon  a 
eviter  les  jalousies  et  les  disputes.  II  aurait  eu,  des  sa  fondation,  300 
moines,  nombre  qui  s’eleva  rapidement  a  700. 

Quel  age  avait  le  fondateur  a  cette  epoque?  Si,  aux  trente  ans  de 
Mar  Miha’Il  quand  il  prit  le  scapulaire,  on  ajoute  les  «quarante  annees» 
passees  dans  la  solitude,  puis  le  «long  temps»  passe  dans  les  montagnes 
de  Qardu,  on  obtient  soixante-dix  ans  bien  sonnes  comme  age  du  saint 
quand  il  vint  habiter  au  couvent  qu’on  lui  avait  bati.  S'il  y  resta  environ 
douze  ans,  cela  le  fait  mourir  aux  environs  de  90  ans,  soit  vers  le  milieu 
du  Ve  siecle.  Son  successeur  aurait  ete,  nous  favons  vu,  Mar  Smuel, 
dont  Isoednah  ne  parle  pas. 

Quant  a  la  «terre  de  Taiman»  ou  le  couvent  fut  fonde,  j’aurais 
plutot  tendance  a  voir  dans  ce  nom  un  anachronisme,  emprunte  aux 
habitants  arabes  du  district  au  temps  du  rddacteur  de  la  legende,  mais 
evidemment  pas  au  temps  de  la  fondation. 

Puis  on  n’entend  plus  parler  du  couvent  jusqu’au  VIIIe  siecle.  Un 
des  superieurs  de  ce  temps  est  connu,  e’est  Mar  Isocyaw,  neveu  du  pa- 
triarche  Sllwa  Zha  (711-728)  (1).  On  ne  sait  pas  s’il  etait,  comme  son 
oncle,  originaire  de  Tirhan,  e’est-a-dire  de  la  region  situee  sur  le  Tigre 
entre  Samarra’  et  Takrlt. 


(1)  L.C.  n«  108. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


663 


Son  disciple,  Ruzbihan  (1),  deviendra  plus  cdlebre  que  lui.  Ori- 
ginaire  de  Nisibe,  il  re$ut  le  scapulaire  des  mains  de  Mar  Iso£yaw  au 
monastere  de  Mar  Miha’il.  II  sera  dans  la  suite  superieur  du  monastere 
de  Mar  Awgin,  apres  Mar  Abraham,  qui  prddira  son  arrivde,  et  enfin 
metropolite  de  Nisibe. 

Remarquons  en  passant  qu’Iso£dnah,  qui  dcrit  au  IXe  s.,  appelle 
notre  couvent  le  «petit  couvent»  de  Mar  Miha’il.  Est-ce  pour  le  distin- 
guer  d’un  plus  grand  couvent  du  mcme  nom,  dont  l’histoire  n’aurait  pas 
garde  de  traces,  ou  simplement  pour  signaler  que,  a  cette  epoque,  le 
couvent  avait  ddclind  et  n’abritait  plus  qu’un  petit  nombre  de  moines 
dans  des  batiments  rdduits?  Cette  seconde  hypothese  semble  plus 
probable. 

Le  nom  de  R.  Yusif  Busnaya  revient  aussi  dans  la  legende  de  Mar 
Miha’il,  non  que  le  fameux  moine  soit  venu  lui-meme  au  couvent,  mais, 
sachant  ses  moines  peu  nombreux  et  la  discipline  relachde,  R.  Yusif  y 
aurait  envoys  deux  de  ses  disciples:  Yohannan  bar  Kaldun  et  Yohannan 
al  Hagari.  Ce  dernier  est  tout  a  fait  inconnu;  son  nom  ne  figure  pas 
une  seule  fois  parmi  les  disciples  de  R.  Yusif  dont  les  portraits  ont  etd 
gardes  si  vivants  par  bar  Kaldun.  Celui-ci  en  efiet  n’est  autre  que  hau¬ 
teur  meme  de  la  vie  de  R.  Tusif  et  l’historien  de  son  couvent  de  B. 
SayyarC  Dans  cet  ouvrage,  il  fournit  le  detail  de  ses  propres  faits  et 
gestes  jusqu’a  la  mort  de  son  maitre.  On  sait  par  la  que  Jean  bar  Kaldun 
resta  dans  le  couvent  de  B.  Sayyard  jusqu’a  la  mort  de  R.  Yusif,  c'est-a- 
dire  jusqu’a  la  fin  de  979,  ce  qui  contredit  directement  la  phrase  de  la 
legende  ou  Ton  pretend  que  ce  fut  R.  Yusif  qui  envoya  son  disciple  a 
Mar  Miha’il. 

A  vrai  dire,  chaque  ddtail  de  la  legende  que  Ton  peut  verifier  s’avere- 
t-il  toujours  si  fantaisiste  que  Ton  est  en  droit  de  douter  de  l'authenticite 
de  toute  cette  premiere  partie,  et  d’accuscr  hauteur  tardif  d’avoir  accold 
des  noms  fameux  a  des  histoires  stereotypees.  Notre  doute  serait  confirmd 


(1)  L.C.  n°  107-108. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


par  le  fait  qu’aucun  des  autres  documents  que  Ton  possede  sur  Mar 
Yohannan  ne  mentionne  sa  venue  a  Mar  Miha’il  (1). 

La  legende  met  ^galement  au  compte  de  Bar  Kaldun  toutes  sortes 
de  tribulations  qui,  elles,  ont  bien  fair  reelles.  Apres  avoir  restaure  le 
couvent  et  y  avoir  depense  les  20.000  dirhams  d’argent  que  son  pere  lui 
avait  laisses,  le  supdrieur  voulut  se  batir  une  cellule  spdciale  a  Test  du 
couvent  et  prolonger  j usque  la  le  mur  de  cloture.  Certains  moines  se 
revolterent  contre  lui  et  firent  courir  a  Mossoul  le  bruit  qu’il  allait  batir 
un  nouveau  couvent.  D’ou  dmeute,  la  foule  fanatique  se  dirige  vers  les 
constructions,  et  seul  le  calme  du  moine  et  les  restes  de  l’argent  de  son 
pere,  judicieusement  distribues  «a  chacun  selon  son  rang»  sauverent  les 
batiments. 

Une  deuxieme  revoke  de  moines  est  censee  avoir  cause  le  depart 
de  Yohannan  bar  Kaldun  et  de  Yohannan  al  Hagari.  En  fait,  le  com- 
pilateur  tardif  montre  ici  encore  le  bout  de  l’oreille.  II  fait  entrer  dans 
son  recit  la  «  Mosquee  Rouge»  de  Mossoul.  Or,  cette  mosquee  ne  fut 
fondee  qu’en  1176  par  Mugahid  ad  Din  Qaimaz  (2),  deux  cents  ans 
apres  les  personnages  dont  il  parle.  Bref,  un  des  moines  rebelles  serait 
venu  a  Mossoul  et  aurait  affiche,  sur  la  porte  de  la  mosquee,  cet  appel 
a  la  sedition:  «Que  Dieu  fasse  misericorde  a  Tame  des  parents  de  qui- 
conque  maudit  Ibn  Kaldun,  qui  pille  la  subsistance  des  gens  et  batit 
avec  cet  argent  des  maisons  pour  grandir  son  nom  dans  le  monde.» 
Devant  lYmeute  grondant  contre  lui,  le  restaurateur  s’enfuit  avec  son 
compagnon.  D’apres  la  legende,  il  ira  jusqu’aux  environs  de  Seert,  au 
couvent  de  Mar  Yacqub  le  Reclus,  ou  il  passera  les  deux  dernieres  annees 
de  sa  vie.  Il  mourra  a  Gazlra  ibn  ‘Omar,  d’ou  son  corps  sera  ramene 
a  Mar  Miha’il,  a  cote  de  celui  du  fondateur.  Yohannan  al  Hagari  y 
reviendra  egalement,  mais  vivant.  On  ne  sait  s’il  y  mourut  ou  s’il  alia 


(1)  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  240;  R.  Duval,  Lit.  Syr.,  p.  212;  Chabot,  Lit.  Syr., 
p.  117;  etc. 

(2)  Sa‘Id  ad-Dewah&i,  al -Garni1 2  al-Mugahidi  fil  Mawsil,  dans  Sumer,  Bagdad, 
XI/1955,  p.  1-12. 


GOUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


665 


consommer  ailleurs  une  vie  ddja  bien  remplie,  et  d’ailleurs  pas  extra¬ 
ordinaire  pour  un  moine  de  cette  epoque. 

Si  vraiment  Yohannan  bar  Kaldun  est  venu  a  Mar  Miha’Il,  ou  Ton 
pretendait  possdder  sa  tombe  au  XIIIe  siecle,  ce  ne  put  etre  qu’apres  la 
mort  de  son  maitre  Yusif  Busnaya,  et  apres  qu’il  eut  dcrit  sa  vie.  II  a 
du  y  rencontrer  souvent  le  vieil  ami  de  R.  Yusif,  le  fameux  copiste  Mos- 
souliote  cAbd  ul  Masih,  dont  jadis  la  main  droite  s’dtait  dessdchde  et 
que  R.  Yusif  avait  gudri.  Son  frere  Abu  Zakarlya,  dgalement  copiste, 
«un  fidele  juste  et  ferme  dans  la  foi»,  dtait  mort  avant  R.  Yusif  et  done 
avant  l’arrivde  possible  de  R.  Yohannan. 

Les  memes  annees,  anndes  de  troubles  s’il  en  fut,  virent  encore  un 
autre  incident  qui  se  passa  aux  environs  de  Mar  Miha’Il  et  que  Bar 
Hebraeus  raconte  (1):  «En  970,  deux  Arabes  qui  avaient  dtd  tuds  pen¬ 
dant  la  nuit  furent  trouves  dans  la  mosquee  qui  dtait  a  cote  ( ?)  du  mo- 
nastere.  Abu  Taglib,  fils  de  Naser  ad  Dawla,  imposa  les  chrdtiens  de 
Mossoul,  accusds  du  meurtre,  de  la  somme  de  1200  zuze.»  II  se  peut 
d’ailleurs  que  cette  histoire  ne  soit  qu'un  doublet  de  celle,  contempo- 
raine,  deja  racontde  a  propos  de  Mar  Ellya. 

De  cette  periode,  certainement  d’avant  988,  date  le  moine  Stdpha- 
ne,  de  Mar  Miha’Il,  dont  Ibn  an  Nadim  (2)  recense  sept  ouvrages  de 
chimie.  La  Nomenclature  ajoute  qu  a  la  mort  de  l’auteur  ses  livres  com- 
mencerent  a  se  repandre  a  Mossoul.  Le  Catalogue  des  manuscrits  de  Mossoul, 
du  Dr  Daoud  al  Tsalabi,  n’en  mentionne  plus  aucun  dans  les  bibliothe- 
ques  de  la  ville. 

Enfer  et  Paradis 

Par  sa  situation  a  cotd  de  Mossoul,  et  son  cadre  de  vignes,  de  bois 
et  de  parterres  fleuris,  Mar  Miha’Il  faisait  pour  les  puissants  du  jour  et 
leurs  poetes  un  lieu  de  promenade  privildgid.  Son  vin  gdndreux  inspira 


(1)  Chronography ,  t.  I,  p.  173. 

(2)  Fihrist,  dd.  du  Caire,  non  datde,  p.  519-520. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


l’aind  des  Haledi  (ou  Sarri  ar  Rafa’  ?)  (1).  Probablement  les  memes 
auteurs  le  clecrivaient-ils  dans  leurs  Livres  des  Convents ,  car  les  geographes 
posterieurs  les  citent. 

C’est  au  Haledi  en  tout  cas  que  l’auteur  des  Mcisalek  emprunte  un 
fait  divers  (2),  done  antdrieur  au  XIe  siecle.  Lorsqu’on  creusa  le  puits 
de  Mar  Miha’il,  on  trouva  un  sarcophage  de  pierre  avec  son  mort  bien 
conserve,  meme  les  habits.  Pres  de  la  tete  se  trouvait  une  feuille  de  cuivre 
jaune  portant  une  inscription  illisible.  Les  musulmans  voulurent  le 
prendre,  mais  les  chretiens  remirent  le  sarcophage  en  terre  en  effagant 
les  traces.  A1  Haledi  dit  que  Ton  croit  que  e’etait  un  chretien  qui  avait 
du  fuir  a  cause  de  sa  religion  et  etait  mort  la-bas. 

Yaqut  (3),  au  debut  du  XIIIe  siecle,  ne  dit  rien  de  bien  interessant. 
II  nous  apprend  seulement  que  le  nom  du  couvent  etait  prononce  parfois 
Ba  Naha’il,  ou  Ma  Naha’il. 

Un  poeme  de  Muwaffaq  ad  Din,  ibn  Abi  1  Hadid  al  Mada’ini 
(1190-1257),  cite  par  H.  Zayat  (4),  serait  plus  important  pour  nous  si 
sa  date  precise  etait  connue.  Probablement  sa  composition  correspondit- 
elle  a  la  recrudescence  de  visiteurs  causee  par  la  restauration  du  couvent. 
Sans  doute  cette  occasion  valut-elle  la  mise  en  perce  de  quelques  vieilles 
jarres  de  vin  fameux,  saluees  de  quelques  nouvelles  stances. 

Mais  quittant  la  taverne,  «une  des  plus  propres  de  Mossoul»,  et  ses 
chants  bachiques,  n’oublions  pas  le  centre  d’etudes  (5),  de  liturgie,  de 
piete,  qu’etait  le  couvent  a  la  meme  periode. 

A  Mar  Miha’il  regut  sa  premiere  formation  monastique  du  vieux 
Ydhannan  le  boiteux  (6),  «l’ecrivain  le  plus  remarquable  du  XIe 


(1)  Cite  par  Mgr  Sayegii,  par  H.  Zayat  ( Couuents ,  p.  299)  et  par  al-Awraq , 
p.  112-117. 

(2)  P.  294-295. 

(3)  Mu' gam,  IV,  p.  125,  169. 

(4)  P.  361,  n.  2. 

(5)  Cf.  G.  ‘Awwad,  Les  anciennes  bibliotheques  cTIraq ,  cit.,  p.  48. 

(6)  D’apres  son  Entretien  4,  ms.  Vat.  ar.  n°  143,  fol.  67  v.,  68  r.,  cite  par: 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


667 


siecle»  (1):  Elie  de  Nisibe  ou  Elie  bar  Sinaya,  avant  qu’il  ne  devint 
eveque  du  Ba  Nuhadra  en  1002.  Ses  oeuvres,  notarnment  sa  Chronologie 
sont  connues  de  tous. 

Au  siecle  suivant  sort  de  Mar  Miha’Il  l’dveque  Sawriso‘  du  B.  Bgas, 
sacrd  par  Elie  ibn  Muqli  qui  rdgna  de  1111  a  1123  (2). 

Un  autre  Sawriso*,  un  peu  postdrieur  au  premier,  enseigna  avec 
quelque  dclat  vers  1188-1189.  Ce  Sawrls6‘  bar  Paulos  est  connu  comme 
hymnologue  et  peut-etre  exegete  (3).  Son  nom  figure  dans  un  colophon 
ajoute  ulterieurement  aux  manuscrits  du  Ganncit  Bussame  du  Couvent 
de  N.-D.  des  Moissons  et  de  fdglise  de  Batnaya  (4). 

Vers  la  meme  epoque,  le  couvent  servit  d’asile,  pendant  deux  mois, 
au  nouveau  maphrien  syrien  de  Takrlt,  Grdgoire  Ya‘qub,  le  propre 
neveu  du  patriarche  Michel  le  Grand.  Refusd  par  certains  dldments  de 
sa  communaute  soumis  a  finflucnce  de  Basile,  dveque  de  Bagdad,  le 
nouveau  prelat  devra  attendre  ici,  apres  son  sacre  en  1189,  une  chance 
d’etre  agrde  (5). 

Encore  en  1188-1189,  Mar  Miha’Il  a  comme  qankaya  un  moine 
nommd  Abu  1  ‘Izz  al  Hadirl,  qui  sera  connu  dans  la  littdrature  liturgique 
sous  son  nom  chaldeen  de  R.  Yaqlra,  comme  auteur  de  prieres  pour 
foflice  des  dimanches  de  la  Dedicace,  et  comme  l'ordonnateur  des  lec¬ 
tures  de  S.  Ephrem  et  de  Narsai  pour  les  Rogations  de  Ninive.  D’une 
fa^on  gendrale  cet  ordre  est  semblable  a  celui  du  Couvent  Supdrieur  des 
SS.  Gabriel  et  Abraham  (6);  cependant  un  manuscrit  de  Cambridge  (7) 


Mgr.  E.K.  Dally  dans  La  Theologie  d'Elie  bar  Senaya  (Rome  1957,  Studia  Urbaniana,  I, 
p.  10  et  n.  9. 

(1)  Chabot,  Lit.  Syr.,  p.  118;  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  287,  etc.  Son  nom  arabe 
est  Abu  1  Farag  ‘Abdallah  ibn  at  Tayyib. 

(2)  Mari,  lat.  p.  130. 

(3)  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  290;  G.  Graf,  Gesch.  Christ.  Ar.  Lit.  t.  II,  p.  207. 

(4)  P.  Voste,  Le  Gannat  Boussame,  in  R.B.,  1928,  p.  226. 

(5)  B.H.,  II,  col.  378. 

(6)  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  289  et  359  (corriger  la  table,  s.v.  Jaqqira,  qui 
donne  p.  282). 

(7)  Add.  1992,  p.  388,  sans  date  (cat.  Wright). 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


le  donne  comme  etant  «Fusage  du  couvent  de  Mar  Ellya  pres  de  Mos- 
soul».  On  voit  ici  que  R.  Yaqlra  etait  de  Mar  Miha’Il. 

Le  meme  Abu  1  ‘Izz  est  egalement  nommd  dans  le  colophon  d’un 
dvangcliaire  sur  parchemin,  malheureusement  incomplet,  copie  au  cou¬ 
vent,  la  meme  annee,  par  un  paroissien  de  l’eglise  de  Meskinta  a  Mossoul 
nomme  Praharosaya  (?)  ibn  Kabbata,  pour  son  dglise  paroissiale  (1). 
Le  copiste  dit  avoir  travaille  «en  ces  temps  de  troubles»,  sans  malheu¬ 
reusement  donner  de  precisions. 

Du  point  de  vue  liturgique,  cet  evangdliaire  comporte  un  certain 
nombre  de  commdmoraisons  de  saints  disparues  aujourd’hui  de  la  liturgie 
chaldeenne  et  deja  publiees  par  Mgr  A.  Scher.  Mais  plus  que  le  sanc- 
toral,  ce  qu’il  faudrait  etudier  est  la  division,  differente  de  celle  d’Isocyaw 
III,  donnee  a  P annee  liturgique.  Comme  la  premiere  page  du  volume 
manque,  on  ne  sait  comment  s’appelait  l’ordre  suivi  ici.  J’ai  releve  plus 
haut  Popinion  de  hauteur  du  Liber  Officiorum  sur  l’existence  d’un  cin- 
quieme  vendredi  de  la  Dedicace,  par  exemple;  les  specialistes  de  la 
liturgie  chaldeenne  trouveraient  probablement  encore  d’autres  parti- 
cularitds  dans  le  calendrier  du  temporal  de  cet  evangeliaire  precieux. 

Au  debut  du  XIIIe  siecle,  exactement  en  1225,  on  trouve  au  cou¬ 
vent  un  de  ses  habitants  les  plus  celebres,  le  moine  Yohannan  de  Mossoul, 
auteur  de  poesies  edifiantes,  et  peut-etre  d’une  explication  de  la  liturgie 
eucharistique  (2).  Dans  un  manuscrit  de  Berlin  (3),  le  copiste,  le  moine 


(1)  cat.  A.S.,  cod.  13;  Mgr  Bidawid,  cod.  124;  actuellement  a  l’6veche  chal- 
d^en  de  Mossoul.  —  La  pagination  arabe  du  manuscrit  n’a  pas  toujours  tenu  compte 
des  feuillets  manquants. 

(2)  Cf.  les  Lit.  Syr.:  Baumstark,  p.  307;  R.  Duval,  p.  404;  Chabot,  p.  138; 
etc.  On  retrouve  cette  attribution  dans  un  ms.  de  Sapirut  Dubare,  au  Patr.  Chald., 
copi£  en  1667  (cat.  Mgr  Bidawid,  cod.  6021). 

(3)  Cod.  202,  fol.  76a  et  76b,  cat.  Sachau,  p.  672;  Sachau  a  Pair  de  croire 
que  Guorguls  est  P auteur,  en  fait  il  n’est  que  le  copiste.  Le  manuscrit  de  Berlin  date 
du  XVe  siecle.  Ce  n’est  pas  la  premiere  fois  que  Pon  voit  des  Jacobites  copier  des 
livres  chez  les  Nestoriens  et  reciproquement.  On  se  souvient  d’un  tel  exemple  de  rela¬ 
tions  culturelles»  avec  Timothee. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


669 


jacobite  Guorguls  de  Hudaida,  c’est-a-dirc  de  Qaraqos,  dit  avoir  trans- 
crit  cet  ouvrage  dans  le  couvent:  «chef  des  couvents,  Mar  Miha’il,  chef 
privilegie  et  compagnon  des  anges,  grand  parmi  les  saints  et  fameux... 
Mar  Miha’il  de  Dara...  Ce  couvent  est  situe  sur  la  rive  du  Tigre  qui  sort 
du  nord  du  Paradis  cl’Eden,  il  est  voisin  de  la  ville  de  Mossoul,  capitale...» 

Dans  le  meme  style,  un  autre  colophon  eclipse  peut-etre  le  prece¬ 
dent;  on  le  trouve  a  la  fin  d’un  Nouveau  Testament  du  XIII0  siecle  de 
la  Vaticane  (1).  Ce  volume  Tut  £crit  «in  Bethel,  ubi  situm  est  gloriosum 
et  inclytum  Coenobium  S.  Michaelis,  Angelorum  socii,  prope  urbem 
Arsaciam,  sive  regiam,  quo  nomine  Urbes,  Arsacidarum  Regum  olim 
sedes,  Chaldaeis  insignire  consueverunt,  et  per  Dcum  opulentam,  Mosul, 
seu  Niniven». 

Ce  fut  certainement  a  cette  £poque,  dans  la  premiere  moitid  du 
XIIIe  siecle,  que  le  couvent  fut  restaurd  et  que  la  ldgende  du  saint  fut 
dcrite.  Le  climat  politique  s'y  pretait  et  la  restauration  de  Mar  Miha’il 
s’insere  parmi  les  nombreuses  restaurations  et  embellissements  d'dglises, 
a  la  faveur  de  la  paix  que  Lu’lif,  d’abord  ministre,  puis  atabek,  fit 
rdgner  pendant  les  soixante  ans  de  son  gouvernement  de  fait. 

De  cette  restauration  subsiste,  dans  la  batisse  actuelle  de  fdglise, 
deux  pierres  sculptdes  se  faisant  face  sur  les  montants  de  fare  qui  separe 
le  saint  des  saints  de  la  nef  laterale  droite.  Ces  sculptures  figurent  des 
fdlins  a  tete  carrde,  typiques  de  cette  pdriode,  et  dont  la  propre  queue, 
recourbde  sur  le  dos,  se  termine  par  le  petit  animal  appeld  nis ,  qui 
mord  le  dos  du  felin  (2).  Ces  pierres  datent  du  temps  ou  le  «pieux 
homme  de  la  ville  de  Mossoul»,  soi-disant  predit  par  Mar  Miha  il  sur 
son  lit  de  mort,  rendit  au  couvent  sa  splendeur  primitive.  C’est  proba- 
blement  aussi  de  la  meme  periode  que  date  la  ‘ onita  sur  Mar  Miha’il, 
a  lire  le  jour  de  la  commdmoraison  du  saint,  compos^e  par  un  moine 
du  couvent  nomme  ‘Awdls5‘  bar  Sa‘ara  (3). 


(1)  Cod.  XVI,  cat.  Assemani,  t.  11/1758. 

(2)  Reproduction  dans  Histoire  de  Mossoul,  de  Mgr  Sayegh,  t.  Ill,  p.  119. 

(3)  Cf.  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  238-239  et  n.  11;  Sachau  {cat.  Berlin,  I,  p.  237). 


670 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


La  faveur  des  Mongols  vis-a-vis  des  chretiens  a  cette  dpoque  ap- 
parait  dans  le  petit  potin  scandaleux  rapporte  par  Bar  Hebraeus  (1) 
et  survenu  en  1274.  Pendant  le  careme  de  cette  annee-la,  un  moine  de 
Mar  Miha’Il  ayant  ete  surpris  en  fornication  avec  unc  femme  arabe, 
abandonna  sa  foi  et  se  fit  musulman.  Les  moines  en  refererent  a  un  capi- 
taine  mongol  nommd  Tarpashi,  qui  voulut  les  venger;  mais  la  foule 
arabe  prit  fait  et  cause  pour  le  moine  renegat,  et  le  capitaine,  craignant 
l’emeute,  dut  le  relacher.  La  foule  le  promena  en  triomphe  dans  la  ville 
de  Mossoul. 

Desormais  le  couvent,  comme  tous  les  couvents  qui  ont  survecu 
jusqu’a  Page  d’or  du  XIIIe  siecle,  va  vers  son  declin.  Au  XIVe  siecle 
f  auteur  des  Masalek  ne  parle  plus  de  ses  moines  mais  seulement  de  la 
fete  du  couvent,  «le  sixieme  dimanche  de  leur  jeune»,  c’est-a-dire  le  jour 
des  Rameaux,  qui  y  attire  les  foules  en  liesse,  chretiens  et  musulmans 
meles  (2). 

Cependant  le  couvent  n’etait  pas  encore  vide,  puisque  nous  retrou- 
vons  son  nom  dans  la  Relation  de  V eveque  de  Sidon.  Celui-ci,  a  savoir  Leo¬ 
nard  Abel,  rencontra  ou  entendit  parler  d’un  certain  «frere  ‘Issa,  du 
monastere  de  Mar  Miha’Il  de  Mossoul»,  qu’il  range  parmi  «les  plus 
lettres»  de  la  nation  nestorienne  (3).  Cela  se  passait  en  1583-1585. 
C’est  a  cette  date  que  le  vieux  couvent  jette  ses  derniers  feux,  pour  dis- 
paraitre  ensuite  de  l’histoire  (4).  Peut-etre  une  existence  precaire  se 
prolongea-t-eile  jusqu’aux  grands  ravages  de  la  derniere  tentative  per- 
sane  contre  l’lraq,  la  chevauchee  sanglante  de  Tahmasp  Kuli  Khan,  le 
terrible  Nadir  Sail,  en  1743?  Les  armees  persanes  furent  arretdes  devant 

fait  probablement  un  lapsus  quancl  il  parle  de  Bar  Sa‘ara  «du  couvent  de  Mar  ‘AwdIso‘» ; 
p.  239  il  dit  correctement :  R.  ‘AwdIso‘  bar  Sa‘ara. 

(1)  Chronography ,  t.  I,  p.  451. 

(2)  P.  294-298. 

(3)  Texte  in  Genuinae  Relationes,  p.  122;  ^galement  cit£  par  Baron  d’Avril, 
La  Chaldee  Chreticnne,  Paris,  1892,  p.  75. 

(4)  Il  figure  dans  la  liste  de  1607  sous  le  n°  22,  et  aussi  dans  la  liste  de  1610, 
mais  cela  ne  prouve  pas  qu’il  ait  et6  encore  peupl6. 


COUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


671 


les  remparts  de  Mossoul,  mais  la  campagne  environnante  fut  mise  a  feu 
et  a  sang.  Peut-etre  les  quelques  pauvres  heres  qui  habitaient  encore  les 
restes  du  vieux  monastere  furent-ils  massacres  a  ce  moment-la.  La  mort 
du  couvent  jadis  cdlebre,  est  entouree  d’autant  de  mystere  que  sa 
naissance. 

Les  batiments  furent-ils  restaurds  en  1744-1745  en  meme  temps  que 
tant  d’autres  ddifices  eccldsiastiques  de  la  rdgion?  II  semble  que  oui, 
car  les  cadres  des  portes  de  la  facade  sont  nettement  de  l’dpoque  Oalllie. 

Une  inscription  chalddenne,  apposde  dans  la  grande  nef  de  feglise, 
vers  le  milieu,  sur  le  mur  de  droite,  temoigne  que  fdglise  a  encore  dte 
restaurde  en  1867. 

Le  sdminaire  syro-chaldeen  St-Jean  en  fit  pendant  un  temps  son 
lieu  d’estivage,  jusqu'a  ce  que  quelques  cas  de  typhoide  et  un  accident 
ddplorable,  la  noyade  d'un  seminariste  dans  le  Tigre  voisin,  en  1906, 
s’ajoutent  a  d’autre  causes  pour  faire  ddcider  fabandon  du  couvent  par 
les  sdminaristes.  Vers  le  ddbut  de  notre  siecle,  le  waqf  de  Mar  Isa‘ya, 
dont  le  couvent  ddpend,  fit  rebatir  les  chambres  situdes  autour  de  fancien 
cloitre,  pour  les  families  chrdtiennes  de  Mossoul  qui  allaient  y  passer  le 
printemps.  Dans  la  suite,  la  coutume  fut  abandonnde  et  les  vieux  bati¬ 
ments,  sauf  Tdglise,  servirent  de  bergerie  aux  troupeaux  du  village  voisin, 
entierement  musulman,  appeld  «KanIsa»,  c’est-a-dire  «fdglise». 

Tout  rdcemment  a  eu  lieu  une  restauration  des  batiments,  pour  y 
encourager  l’estivage.  Du  moins  la  coquille  vide  est-elle  conservde  de  ce 
qui  fut  en  son  temps  fun  des  premiers  couvents  exempts  de  TEglise 
Syrienne  Orientale  (1). 

5.  —  Le  couvent  des  Sgeurs  du  Wadi  HlaIla 

A  quelques  kilometres  a  fouest  du  couvent  de  Mar  Miha’Il,  non 
loin  du  Tigre,  se  trouve  un  autre  ensemble  de  ruines,  celles-ci  informes, 


(1)  «  ab  antiquo  ordine»,  constitution  de  ‘Awdlso*  II,  cit.  (Mai,  X,  p.  133). 


672 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


sporadiquement  exploitees  comme  carriere  de  moellons  par  les  Mos- 
souliotes.  Le  site  est  connu  sous  le  nom  de  Sayid  Ahmad,  du  nom  du 
vdnerable  personnage  enterre  dans  un  edicule  recent,  lui-meme  en  mines, 
autour  duquel  se  groupent  quelques  maisons  d’un  pauvre  hameau. 
Quelques-uns  des  habitants  de  ce  village  pratiquent  encore  un  semi- 
nomadisme  et  leurs  tentes  se  dressent,  pendant  unc  partie  de  l’annee,  a 
cote  des  masures  de  leurs  parents  sedentaires.  Tous  appartiennent  a  la 
tribu  des  Arabes  Tai,  fraction  des  BanI  Hlal.  Au  nord  des  ruines,  c’est- 
a-dire  entre  elles  et  le  Tigre,  se  trouvent  les  ruines  d’un  ancien  cimetiere 
et,  plus  a  Test,  lui  faisant  face  de  fautre  cote  du  wadi,  un  lieu  dit  al 
hdn ,  lui-meme  situe  en  contrebas  d’une  colline  oil  Ton  a  trouve  des 
vestiges  assyriens. 

Les  ruines,  qui  s’dtendent  sur  une  assez  grande  surface,  sont  d’epoque 
musulmane,  mais  n’ont  pas  encore  ete  identifies  avec  certitude  (1). 
Certains  suggereraient  d’y  voir  un  couvent,  et  lui  donnent  meme  le  nom 
de  Mar  Sem‘an,  sans  dire  par  ailleurs  sur  quelles  preuves  ils  se  basent. 

Les  vieux  du  village,  que  j’ai  interroges  plusieurs  fois,  et  a  plusieurs 
annees  d’intervalle,  n’en  savent  pas  plus  long.  Cependant  une  colline 
situee  vers  le  sud  du  site  a  attire  mon  attention.  On  l’appelle  Tell  al 
‘Abidat,  la  colline  des  esclaves,  ou  des  «adoratrices».  A  ma  question: 
«Qui  dtaient  ces  £ Abiddt» ,  un  vieillard  repondit:  «On  dit  qu’il  y  avait 
en  ce  temps-la  des  femmes  qui  adoraient  Dieu.  Un  jour,  les  m^chants 
sont  venus  et  les  ont  toutes  tuees  sur  cette  colline,  d’ou  son  nom.» 

Ceci  ne  fournirait-il  pas  un  inclice,  et  ne  faudrait-il  pas  voir  dans 
les  ruines  du  Wadi  Hlaila  les  restes  d’un  couvent  de  religieuses,  de  ces 
«filles  du  pacte»  que  nous  avons  si  souvent  rencontrdes?  Des  fouilles 
organisees,  ou  simplement  fenlevement  des  moellons  selon  un  plan  me- 
thodique,  permettraient  peut-etre  de  degager  ce  qui  reste  des  murs  les 
plus  importants  parmi  les  constructions,  et  Ton  pourrait  voir  alors  si  Ton 
se  trouve  en  face  d'une  eglise,  et  eventuellement  d’un  couvent.  Ce 


(1)  Dossier  du  site  a  la  Dir.  G£n.  des  Antiquites  de  Bagdad. 


GOUVENTS  DE  LA  RIVE  DROITE 


673 


premier  point  obtenu,  peut-etre  une  inscription  fournirait-elle  une 
identification  ? 

6.  —  Dair  Malki  Sawa 

L’ouvrage  souvent  citd  ,  Muniat  al  Udaba\  de  Yasln  al  ‘Omari,  con- 
tient  une  rubrique  mysterieuse  (1).  II  y  est  dit:  «Dair  Malki  Sawa:  sur 
le  Tigre,  en  amont  de  Mossoul.  Entre  le  couvent  et  la  ville  il  y  a  un 
parasange  et  demi.  C'est  un  petit  couvent. » 

La  situation  du  couvent  est  claire,  il  faut  done  le  chercher  sur  le 
chemin  de  Mar  Miha’Il,  en  bordure  de  la  plaine  basse  qui  marque  l’an- 
cien  lit  du  Tigre  et  s’appelle  Hawi  al  Kanlsa,  l’eglise  en  question  dtant 
Mar  Miha’Il  ou  le  village  qui  favoisine. 

On  ne  peut  savoir  par  le  texte  si  le  couvent  existait  encore  au  temps 
de  l’auteur,  e’est-a-dire  au  XVIIIe  siecle.  Le  nom  du  titulaire,  le  vieillard 
Malk£,  fait  plutot  penser  a  un  sanctuaire  jacobite,  si  du  moins  le  couvent 
etait  dedi  au  grand  Malke,  neveu  de  Mar  Awgin,  car  c’est  surtout  chez 
les  Jacobites  que  le  culte  de  ce  saint  dtait  en  honneur.  Par  ailleurs,  la 
proximite  de  Mar  Miha’Il,  centre  connu  du  culte  Eugdnien  chez  les 
Nestoriens,  peut  laisser  supposer  que  ceux-ci  dedierent  a  son  neveu  un 
sanctuaire  satellite.  Ici  encore  notre  ignorance  ne  pourrait  etre  dclairde 
que  si  Ton  retrouvait  les  ruines. 

Or  les  seules  ruines  non  identifies  qui  se  trouvent  sur  ce  parcours 
bien  connu,  sont  les  restes  de  murs  qui  couronnent  le  Tell  al  ‘Iqab;  mais 
alors  la  distance  fournie  par  al  ‘Omari  ne  coincide  pas  avec  la  rdalite, 
car  nous  sommes  ici  tout  au  plus  a  vingt  minutes  de  marche  de  Mossoul. 
Il  semble  done  que  le  couvent  ait  disparu  parmi  les  traces  de  construc¬ 
tions  anonymes  qui  se  rencontrent  partout  dans  cette  plaine,  enfouies 
sous  le  limon  des  crues. 

On  a  trouve  dans  un  champ,  en  1961,  a  une  profondeur  de  quelques 
dizaines  de  centimetres,  un  sceau  en  terre  cuite  qui  semble  indiquer  un 
site  chretien.  Ce  sceau  a  la  forme  d’une  pyramide  rdguliere  a  base  carrde 


(1)  P.  149. 


Rech.  23  —  43 


674 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  3  cm.  2  de  cote,  et  de  4  cm.  5  de  haut.  Les  deux  diagonales  de  la 
face  inferieure  sont  creusees  en  forme  de  croix  de  6  mm.  de  profondeur 
et  de  8  mm.  de  large,  dont  les  branches  egales,  de  3  cm.  de  long,  s’ar- 
retent  par  une  extremite  arrondie  a  quelques  millimetres  des  angles  du 
carre.  Tout  le  long  des  branches,  une  nervure  centrale  en  relief  a  ete 
laissee.  Ge  sceau  parait  avoir  et 6  destine  a  timbrer  les  poteries.  Un 
sceau  semblable  a  dte  trouve  a  Abu  Maria  (1). 

Faut-il  identifier  le  petit  batiment  dont  les  mines  se  voient  encore 
au  sommet  de  Tell  al  Tqab  (2),  a  une  centaine  de  metres  au  sud  de 
fendroit  ou  a  ete  trouve  le  sceau,  avec  le  Dair  as  Sayyatln,  ou  couvent 
des  diables?  If  opinion  a  ete  avancde  parce  que  le  tell  est  situe  a  la  fin 
du  Wadi  al  Tqab  qui  prend  alors  le  nom  de  Wadi  as  Sayyatln  (3). 

En  fait  le  texte  du  Sabusti  (4)  situe  clairement  le  «couvent  des 
diables»  pres  de  Balad-Eski  Mossoul,  ou  il  n’a  pas  ete  retrouve. 

II  faudrait,  a  la  fin  de  cette  section,  ajouter  comme  a  la  fin  de  la 
lecture  du  martyrologe:  «et  alibi  aliorum  plurimorum  sanctorum»,  car 
on  n’a  pas  fini  de  decouvrir  des  couvents  et  des  mines  chretiennes,  pas 
toujours  authentiques  d’ailleurs.  Ainsi  presenta-t-on  a  Rich  en  1821,  des 
mines  quelconques  situdes  «entre  Dair  al  Manqus  et  Ghizelan»  (Gaz- 
lani),  comme  etant  «les  restes  d’un  autre  couvent».  Et  l’auteur  d’ajouter: 
«Les  Syriens  disent  qu'il  y  avait  deux  couvents  jacobites  dans  les  envi¬ 
rons,  dedies  a  S.  Gabriel  et  S.  Michel»  (5).  La  region  est  assez  riche  en 
reliques  (mais  helas,  qui  dit  reliques  dit  matiere  morte)  sans  qu’il  soit 
besoin  d’en  inventer. 


(1)  G.  Reitlinger,  Medieval  Antiquiti  es  West  of  Mosul ,  dans  Iraq ,  vol.  5  (1938) 
p.  147-148  et  fig.  b,  p.  147. 

(2)  Alu'gam,  IV,  p.  875,  et  Masalek,  p.  295,  s.v.  Rabiat  al-Iqab. 

(3)  Note  2,  p.  167  de  l’editeur  de  Muniat  al-Udaba\ 

(4)  P.  117-120. 

(5)  Residence ,  t.  II,  p.  117,  n. 


XIX 


LES  VILLAGES  DU  BAHADRA 


1.  —  Ma‘alta 

Le  passage  de  la  partie  sud  a  la  partie  nord  du  Ba  Nuhadra  se  fait 
a  travers  un  terrain  accident^,  collines  basses  et  rocailleuses,  prolonge- 
ment  des  Knud  d’Alqos,  s’ouvrant  sur  le  village  moderne  de  Faida  (1). 
Quelques  kilometres  plus  au  nord,  un  petit  ruisseau  barre  la  route.  On 
le  passe  pres  d’un  hameau  appeld  Aloka. 

Aloka  fut-il  chrdtien?  C’est  plus  que  probable.  Cependant  aucun 
des  chretiens  habitant  les  environs  n’a  conserve  le  souvenir  d'une  dglise 
qui  s’y  serait  trouvde.  On  ne  sait  done  si  c’est  a  cet  Aloka  ou  a  un  homo- 
nyme  hypothdtique  qu’il  faut  attribuer  le  missel  qu’offrit  a  l’dglise  de 
St-Georges  le  martyr,  a  Alokan,  le  pretre  Awraha,  fils  du  pretre  Murgan, 
en  1697  (2). 

La  riviere  que  Ton  traverse  a  Aloka  est  plus  intdressante  que  la 
localite  elle-meme,  car  en  la  suivant  vers  Test  on  remonte  cette  valine 
que  les  Anciens  avaient  appelde  Ma‘alta,  la  Porte.  Nous  sommes  ici  aux 
portes  du  Kurdistan;  devant  nous  s’ouvre  la  route  de  Dasen  et  du  Bdt 
Tur£,  de  cette  rdgion  montagneuse  dont  le  centre  est  ‘Amadia,  et  ou 
toutes  les  valldes,  qu’elles  s’appellent  Samrah,  Sapna,  ou  autres,  sont 
pleines  de  noms  si  £vocateurs  des  gloires  monastiques  et  littthaires  de 


(1)  La  route  ancienne  (Route  du  Roi)  passait  a  Test  de  Fa'ida  (cf.  carte  de 
Kiepert  de  1882,  en  appendice  a  Sachau,  Reise ,  cit.) ;  de  la  elle  gagnait  Semmd, 
passait  a  l’ouest  de  Girfil  et  de  Kawasi,  puis  a  ‘Asl. 

(2)  Au  Patr.  Chald.,  cat.  Mgr  Bidawid,  n°  322. 


676 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


PEglise  Syrienne  Orientale.  Mais  la  conjoncture  nous  force  a  nous  con- 
tenter  cT explorer  le  bord  de  la  vallee  d’acces  de  ces  Portes  prestigieuses, 
sans  aller  plus  loin  que  la  petite  ville  moderne  de  Dehok. 

Ce  qui  reste  de  l’ancienne  capitale  de  la  vallee,  Macalta,  et  qui  en 
garde  le  nom,  est  situe  sur  la  petite  riviere,  a  environ  3  kilometres  a 
Pest  du  pont  que  Ton  vient  de  traverser.  Parmi  d’autres  petits  villages 
insignifiants,  apparemment  aussi  insignifiants  qu’eux,  deux  hameaux  ont 
preserve  le  nom  venerable;  Pun  est  habite  par  des  Kurdes  musulmans, 
Pautre  P^tait  par  des  Chaldeens.  Ce  dernier,  appele  Macalta  Nasara 
(Ma‘alta  des  chretiens)  est  aujourd’hui  devenu  egalement  kurde  (1). 

Le  village  se  trouve  entre  la  route  de  Dehok,  au  nord,  et  la  petite 
riviere  qui  longe  la  montagne,  au  sud.  Beaucoup  de  visiteurs,  orienta- 
listes  ou  touristes  cultives,  y  viennent  encore,  mais  peu  soupgonnent 
Phistoire  chretienne  du  district.  Ce  que  Pon  vient  visiter  a  Macaltaya, 
ce  sont  les  grandes  frises  de  sculptures  rupestres  sur  lesquelles  tous  les 
dieux  et  deesses  d’ Assyrie,  montes  sur  leurs  animaux  symboliques  et 
armes  de  leurs  foudres,  sceptres,  batons,  cercles  et  harpes,  forment  un 
formidable  rempart,  barrant  la  route  du  pays  du  Grand  Roi  aux  esprits 
mauvais  qui  pourraient  venir  du  nord  (2). 

Ici  comme  a  Hinis  et  comme  a  Amasea  dans  les  tombeaux  des  an- 

w 

ciens  rois  du  Pont,  les  anachoretes  chretiens  sont  venus  purifier  le  roc 
souille  par  le  ciseau  paien  biasphcmateur,  en  creusant  des  cellules  expia- 
trices  au  coeur  meme  des  sculptures  abhorrees. 

II  est  difficile  de  preciser  quand  Macalta  embrassa  le  christianisme; 
on  a  vu  que,  malgr£  la  difficulte  provoquee  par  la  similitude  de  nom 


(1)  5  ou  6  families  de  Sios  y  sont  retournees  il  y  a  peu  d’annees. 

(2)  Tous  les  manuels  d’assyriologie  ddcrivent  ces  bas-reliefs.  Voir  notamment: 
Layard,  Nineveh ,  2e  6d.  1849,  t.  I,  p.  229-231;  Plage,  Ninive  et  V Assyrie ,  II,  p.  153  et 
III,  pi.  45;  F.  Thureau-Dangin,  Les  sculptures  rupestres  de  Maltai,  in  Revue  d'Assyriologie , 
XXI/1924,  p.  185-197;  W.  Bachmann,  Felsreliefs  in  Assyrien,  etc.  —  Le  premier  Euro- 
peen  qui  y  ait  relate  sa  visite  est  Rouet,  charge  du  consulat  de  France  a  Mossoul,  qui 
les  decrit  en  trois  lettres  datees  d’octobre  et  novembre  1845,  et  publiees  dans  le  J.A., 
VI 1/1846,  p.  280  s. 


VILLAGES  DU  BAIIADRA 


677 


avec  un  eveche  d’Adiabene,  on  peut  y  trouver  des  dveques  des  410.  La 
lignde,  plus  tard  nestorienne,  se  continucra  jusqu'en  1265.  Le  siege  jaco- 
bite  semble  s’etre  formd  a  la  fin  du  VIe  siecle,  et  se  prolongera  jusqu’en 
1284. 

Le  nom  de  la  «petite  ville»  ( bulaid )  revient  souvent  dans  les  auteurs 
arabes  (1).  A1  Maqdassi  vante  la  richesse  de  la  vallee  en  fruits,  viandes 
sdchdes,  chanvre  et  charbon.  Tous  soulignent  son  importance  sur  la  route 
de  communications  avec  les  regions  des  Kurdes  de  Test  (‘Amadia)  ou 
du  nord  (al  Hassanlya-Zaho,  puis  Gazira  ibn  'Omar).  Ibn  al  Atlr  ne 
la  mentionne  pas  inoins  de  huit  fois,  de  829  a  1049,  date  a  laquelle  elle 
fut  ruinee  par  Sulaiman  ibn  Naser  ad  Dawla,  ibn  Marwan,  et  par  d’au- 
tres  Kurdes.  II  ne  semble  pas  qu  elle  ait  joud  un  role  important  par 
la  suite. 

Les  manuscrits  de  Teglise  de  Mar  Zei‘a  a  Ma‘altaya  ayant  dtd  trans¬ 
port^  a  Dehok,  ou  ils  sont  gardds  a  l’dglise  de  la  Vierge  (2),  on  peut 
retracer  par  leur  intermddiaire  les  deux  cents  dernieres  anndes  de  l’his- 
toire  chrdtienne  du  village,  de  1698  aux  environs  de  1900. 

Le  fonds  Ma‘altaya  se  compose  de  onze  volumes  portant  le  nom  du 
village,  sans  compter  ceux  dont  le  colophon  a  disparu.  Le  premier  est 
un  magnifique  evangdliaire  strangudli,  du  au  calame  du  pretre  Gudrguls, 
fils  du  pretre  Isra’il,  fils  du  pretre  Hormizd,  fils  du  pretre  Isra’il,  d’Alqos, 
date  de  1698.  Cette  annde-la,  malgrd  les  difficultds  des  temps,  voyant  leur 
dglise  tomber  en  mines,  les  gens  de  Ma'altaya  se  mircnt  a  l’oeuvre  «avec 


(1)  Ibn  Hawqal,  p.  146-147;  Maqdassi,  p.  54,  137,  139,  145-146,  149;  Yaqut, 
IV,  p.  578;  Ibn  al-AtIr,  VII,  231,  251,  321,  326,  327,  VIII,  286,  521,  IX,  378.  Autres 
rdferences  dans  Canard,  Hamdanides,  I,  p.  115,  n.  85  et  Honigmann,  Barsauma ,  p.  97, 
n.  2. 

(2)  Je  remercie  M.  l’abbd  Francis  Alichoran,  curd  de  Dehok,  qui,  voyant  Timpos- 
sibilitd  oil  je  me  trouvais  de  me  rendre  chez  lui,  a  bien  voulu  m’apporter  a  domicile 
toute  la  bibliotheque  de  Dehok.  M.  l’abbd  Thomas  Hannuna,  curd  de  Mar  Yusif  k 
Mossoul,  par  sa  maitrise  de  la  langue  chalddenne  et  sa  connaissance  intime  des  ma¬ 
nuscrits  liturgiques  m’a  dtd  d’un  grand  secours  pour  le  ddpouillement  de  cette  collection 
ainsi  que  de  celle  de  Tell  Kaif. 


678 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


courage  et  confiance  en  Dieu»,  sous  la  direction  de  leur  chef  Marqos 
et  de  son  frere,  le  chammas  Isra’Il,  fils  du  feu  ‘AwdTsdc,  fils  de  Karre. 
Ils  ne  laisserent  pas  pierre  sur  pierre  du  vieux  batiment  et  erigerent  un 
temple  «celebre  au  pays  de  Nuhadra».  L’eglise  nouvelle  fut  dot£e  des 
livres  liturgiques  necessaires,  cet  evangeliaire  (1),  un  hudra  (2)  et  un 
recueil  d’Abu  Halim  (3)  qui  n’est  pas  mentionne  dans  ce  colophon, 
mais  fut  execute  la  meme  annee  par  le  chammas  Yusif,  fils  du  copiste 
attitrd 

Les  imprecations  traditionnelles  du  colophon  prouvent  encore  fin- 
certitude  de  fepoque.  Le  chef  Marqos  y  fait  ecrire:  «Etant  donne  que 
ce  temps  est  plein  dYvenements,  qui  arrivent  de  temps  en  temps,  si  ce 
livre  tombe  entre  les  mains  d’une  autre  eglise,  soit  par  vol  soit  par  achat, 
il  faut  le  rendre  a  son  eglise  d’origine.»  Et  il  promet  toutes  les  benedic¬ 
tions  a  qui  le  rendrait,  alors  qu’il  menace  le  receleur  des  memes  peines 
que  celles  infligees  par  Moise  a  Pharaon. 

Une  remarque  additionnelle  mentionne  le  nom  d’une  pieuse  femme, 
donatrice  genereuse  que  Ton  retrouvera  ailleurs:  la  dame  vertueuse 
Elfdyi,  fille  du  pretre  Hormizd,  notable  d’Alqds,  qui  paya  deux  livres  or 
pour  lYcriture  des  titres  des  evangiles  des  fetes  du  Seigneur  «a  l’eau 
d’or».  Priez  pour  elle. 

Helas,  les  menaces  de  Marqos  n’ont  pas  empeche  l’eau  d’or  d’Elfeyi 
d’exciter  la  cupidite  vandale  d’un  collectionneur  moderne  sans  scrupules: 
les  dessins  qui  ornaient  fevangeliaire  aux  fetes  de  Paques,  de  1’Ascension 
et  de  la  Pentecote  ont  et£  enleves,  et  la  page  rcmplacee  par  une  autre 
beaucoup  plus  rtxente,  dont  fecriture  informe  contraste  douloureuse- 
ment  avec  la  belle  calligraphie  du  pretre  Guorguls.  Seules  subsistent  les 
eniuminures  des  Rameaux  et  de  S.  Thomas  mettant  la  main  dans  le  cote 
du  Seigneur,  ainsi  que  la  croix  geometrique  pour  la  fete  de  la  Croix. 


(1)  N°  provisoire,  Dehok,  cod.  41. 

(2)  Qui  est  peut-etre  le  n°  43  Dehok,  dont  le  d£but  et  la  fin  manquent. 

(3)  Cod.  Dehok,  n°  4. 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


679 


L/art  en  est  assez  grossier  et  rudimentaire,  cela  n  excuse  pas  facte  de 
barbarie  qui  a  ruine  le  volume. 

Quand  ce  vol  fut-il  commis?  Probablement  au  ddbut  de  notre 
siecle,  car  les  feuilles  de  substitution  semblent  recentes;  de  plus  c’est 
apres  le  transport  du  livre  a  Dehok  que  le  fait  dut  se  produire,  car  un 
autre  evangeliaire  de  Dehok  (1)  a  et 6  victime  de  la  meme  operation: 
ici,  rien  n’a  ete  laisse.  Ce  deuxieme  volume  fut  dcrit  en  1681  par  le  meme 
pretre  GuorguTs;  comme  le  reste  du  colophon  manque,  on  ne  peut  savoir 
a  quelle  dglise  il  appartenait. 

En  1718,  Smuni,  fille  du  feu  Chammas  Gawriel,  chef  de  Semmel, 
fait  executer  en  memoire  de  ses  defunts,  son  mari  Safar  et  sa  belle-mere 
Dalld,  un  rituel  des  morts,  £crit  par  le  pretre  Yalda,  fils  du  pretre  Daniel, 
fils  du  pretre  Ellya,  d'Alqos  (2).  Elle  le  donne  aux  dglises  de  Mar  Zei‘a 
et  de  Mar  ‘Awda,  pres  de  Ma‘altaya.  On  dtudiera  plus  loin  le  couvent 
de  Mar  ‘Awda. 

Un  Ancien  Testament,  dcrit  en  1731  a  Alqos  par  ie  pretre  Yusif 
(l’ancien  chammas  de  1698),  fils  du  pretre  GuorguTs,  a  la  demande  du 
Maqdassi  Hormizd  de  Saqlawa,  pour  l’usage  de  son  fils  chdri  le  cham¬ 
mas  (Is6‘  ?),  devient  plus  tard  la  propridtd  de  lYglise  de  Mar  Zei‘a  a 
Ma‘altaya  (3). 

Les  livres  qui  suivent  sont  beaucoup  plus  r^cents,  et  done  moins 
importants.  Tel  un  recueil  de  prieres  du  jeune  de  Ninive  dat£  de  1810  (4) 
qui  passe  de  la  propritkd  d’un  chammas  Francis  a  celle  de  lYglise.  De 
meme  un  gazza  ancien,  dont  malheureusement  les  colophons  de  la  fin 
et  du  milieu  ont  disparu  par  suite  de  Tintroduction  de  feuillets  addition- 
nels  pour  les  fetes  nouvelles  de  Joseph  II.  Cette  operation,  effectude  par 
le  chammas  Sim‘un,  fils  de  Potros  Asmar  de  Tell  Kaif,  habitant  alors 


(1)  N°  40. 

(2)  No  7. 

(3)  Cod.  Dehok,  n°  23. 

(4)  N°  5. 


680 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Alqos,  donne  la  date  probable  de  la  conversion  de  Ma‘altaya  au  catho- 
licisme:  1824.  Le  pretre  du  village  a  cette  epoque  devait  s’appeler 
Aramia  (Jcrdmie).  G'est  lui  qui  commande  a  Alqds  un  Nouveau  Testa¬ 
ment  pour  son  eglise  en  1825  (1). 

En  1842-1844,  Badger  (2),  puis  Layard  en  1849  (3),  passent  a 
Ma‘altaya.  Le  premier  y  avait  trouve  vingt  families.  Un  jugement  a 
propos  de  la  propriete  d’un  calice  et  d’une  patene,  en  1844  (4),  livre 
le  nom  du  chef  de  ce  temps,  Zei‘a,  et  de  quelques  habitants:  Sim‘un, 
Malklso1 2 3 4 5,  et  Paulos  ‘Ammii,  qui  servent  de  temoins,  alors  que  les  con¬ 
testants  appartiennent  a  «la  famille  de  GuorguIs». 

Maintenant,  la  fin  approche.  II  semble  qu’il  y  ait  eu  un  premier 
abandon  du  village  en  1885,  car  a  cette  date  le  P.  Rhetore,  le  mission- 
naire  poete  en  soureth  que  nous  avons  deja  rencontre  et  qui  parcourut 
ces  regions  pendant  plus  de  quarante  ans,  retrouve  le  village  en  ruines: 
«il  ne  restait  plus  que  P eglise,  qui  servait  de  refuge  aux  moutons  des 
Arabes»,  dit-il. 

Ndanmoins  les  habitants  reviennent  au  village  et,  en  1894,  ils  se 
cotisent  sous  la  direction  du  wakll  de  Peglise,  SinPun  fils  du  feu  Hosabo, 
et  de  Home  his  du  feu  Sefo,  pour  faire  copier  un  rituel  des  defunts  (5) 
par  le  chammas  ‘Awdiso4,  his  du  feu  Elisa4,  de  Mar  Yaqo. 

En  1896  enhn,  les  memes  personnes,  sauf  qu’ici  Sim‘un  est  appeH 
chef  du  village,  participent  a  la  copie  d’un  livre  d'Epitres.  A  eux  se  joint 
le  pretre  moine  Yusif,  desservant  de  Peglise  de  Mar  ZePa. 

Quand  Ma‘altaya  cessa-t-elle  d’etre  chretienne?  Les  dates  citees 
prtxddemment  montrent  qu’elle  survecut  aux  dragonnades  de  'Otrnan 


(1)  N°  25;  c’est  a  une  clonatrice,  H<d£ne,  fille  de  Yonan,  qu’est  du  un  recueil 
de  lectures  de  l’A.T.,  de  1820  (scribe:  Gabriel,  fils  du  pr.  Husaba,  fils  du  ch.  Yusif 
d’Alqos)  achet6  de  son  propri^taire  pour  lYglise  de  Alar  Zei‘a  (cod.  Dehok,  n°  44). 

(2)  The  Nestorian.s ,  I,  p.  134. 

(3)  Nineveh, ,  I,  p.  229-232. 

(4)  Colophon  ajoute  a  l’Ev.  n°  41  de  Dehok. 

(5)  Cod.  Dehok,  n°  20. 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


681 


Pacha  (1890-1891)  contre  les  Yezidis.  L’exode  vers  Dehok  de  ses  habi¬ 
tants  et  de  ses  livres  fut  peut-etre  le  rdsultat  des  ravages  du  Saih  Mu¬ 
hammad  de  Dehok  (1).  Rabbi  Guorguls  de  Mar  Yaqo  placerait  fexode 
ddfinitif  vers  1906-1907.  La  grande  dglise,  a  nouveau  vide,  tombe  len- 
tement  en  ruines  et  sert  de  grange  et  d’etable  au  village  kurde. 

Pres  de  Ma‘altaya  est  dit  se  trouver  le  village  de  Sisoh,  d’ou  dtait 
originaire  Mar  Suhalmaran  qui  devint  supdrieur  de  B.  Qoqa  de  693  a 
729  (2).  II  y  a  jusqu’a  nos  jours  une  colline  appclee  Grd  Slso,  tout  pres 
de  Dehok,  mais  le  nom  est  aussi  celui  d’une  famille  qui  habite  la  localitd. 

2.  —  Dehok 

Suivant  la  riante  vallde,  en  remontant  le  cours  d  eau,  on  arrive 
rapidement  a  la  petite  capitale  moderne  du  district,  la  sous-prefecture 
de  Dehok,  qui  compte  9000  habitants,  dont  2220  chrdtiens.  Le  nombre 
des  habitants  originels  de  la  ville  a  dtd  grandement  augments  par  faf- 
fluence  de  refugies  «assyriens».  La  communaute  chaldeenne  autochtone 
compte  environ  150  families. 

Faut-il  considdrer  Dehok  comme  fhdritiere  de  Ma‘alta?  En  partie 
seulement.  De  Ma‘alta,  Dehok  a  hdrite  le  controle  de  fhinterland  kurde, 
par  la  route  de  Test;  mais  elle  est  nettement  en  dehors  de  la  route  du 
nord,  ce  n’est  plus  un  lieu  de  passage,  c'est  tout  au  plus  un  verrou  de 
la  grande  porte  ddtruite.  Apres  la  ruine  de  Ma‘alta  en  elfet,  rien  ne  lui 
avait  succedd  dans  son  role  historique.  On  le  voit  nettement  quand,  en 
1 135,  ‘Imad  ad  Din  s’empara  des  forteresses  des  Kurdes  et  les  ddmantela: 
ni  Ma‘alta,  ni  Dehdk  ne  sont  mentionndes.  Et  c’est  un  fait  significatif  que, 
lorsqu’un  homme  du  pays,  un  moussoliote  comme  Yasln  al  ‘Omari  com¬ 
pose,  au  debut  du  XVIIIe  siecle,  le  rdpertoire  gdographique  alphabdtique 
qu’il  inclut  dans  son  Muniat  al  Udaba\  il  ne  mentionne  pas  une  seule  fois 
l’une  ou  l’autre  localite,  alors  qu’il  fait  mdmoire  de  hameaux  minuscules 


(1)  Mort  a  Mossoul  en  1914  et  enterrd  dans  la  cour  de  la  mosqude  de  NabI 

Sit. 


(2)  B.  Qoqa, ,  p.  249. 


682 


AQSYRIE  CHRETIENNE 


dont  il  n’a  rien  a  dire  sinon  qu’ils  sont  a  Test  ou  a  l’ouest  de  ceci  ou 
de  cela.  Ce  silence  en  dit  long.  Pour  lui  Ma‘alta  etait  oubliee,  et  Dehok 
ne  meritait  pas  encore  une  mention. 

Pourtant  Deh5k  ne  serait  pas  une  ville  neuve.  Si  Ton  en  croit  les 
Actes  clc  Mar  Italaha  (et  sur  ce  point  on  ne  voit  pas  pourquoi  il  ne 
faudrait  pas  les  croire)  le  village  etait  deja  chretien  au  temps  de  Sapor 
et  s’appelait  Dastagard.  Le  nom  d’ailleurs  n’engage  a  rien,  car  Noldeke 
a  compte  une  douzaine  de  localites  qui  le  portaient  (1).  De  plus,  il  n’est 
pas  entierement  sur  que  Dastagard  fut  Dehok,  car  il  y  a,  a  11  kilometres 
au  sud-est,  une  localite  actuellement  yezidie  appelee  Dosteka,  qui  se 
trouve  a  5  kilometres  de  Tell  Hisaf,  c’est-a-dire  un  peu  en  retrait  de  la 
Route  du  Roi. 

L’ecole  de  Mar  Italaha,  pres  de  Dehok,  definitivement  entree  dans 
Phistoire  au  VIe  siecle,  sera  etudi^e  avec  le  couvent  du  meme  nom. 

Dehok  aurait  eu  jadis  deux  eglises.  La  premiere  au  nom  de  S. 
Georges,  serait  devenue  la  mosquee  actuelle.  Peut-etre  est-ce  a  cette 
eglise  qu’a  appartenu  un  evangeliaire  ecrit  en  1599  a  Gazarta  (G-azIra 
ibn  ‘Omar)  et  donne  plus  tard  «par  le  pretre  Abraham,  et  par  Gawrlya 
fils  de  Slemun  a  Peglise  de  S.  Georges  du  village  de  Dyok»  (2).  L’or- 
thographe  de  ce  dernier  nom,  deja  attestee  par  le  nom  chaldeen  donne 
par  le  P.  Voste  et  par  la  lecture  de  Mgr  A.  Scher  a  encore  ete  verifiee 
sur  le  manuscrit  lui-meme.  Le  nom  soureth  actuellement  employe  est 
Ettuk. 

La  seconde  eglise,  placde  sous  le  vocable  de  La  Sainte  Vierge, 
existe  toujours.  Il  y  a  un  petit  mystere  a  propos  de  cette  eglise:  en  1635 


(1)  Geschichte  der  Perser,  cit.,  p.  295  s.  et  notes.  —  Le  nouvel  article  Daskara ,  du 
Dr  ‘Abd  ul  ‘Aziz  ad  Dur!  (E.I.,  11/1961,  p.  171)  mentionne  4  localites  de  ce  nom 
en  Iraq,  autres  que  Dehok.  —  Aurel  Stein  ( Geographical  Journal ,  XLV/1915,  p.  429) 
aurait  vu  a  Dehok  un  pont  romain  (?). 

(2)  Cod.  XXII  de  N.-D.  des  Moissons,  cat.  Voste  (A.S.  18). 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


683 


elle  aurait  etc  entre  les  mains  des  Syriens.  A  cette  date,  Teveque  de  Mar 
Matta,  Malqi  (1),  la  visita  et  lui  ordonna  du  clergd  (2). 

Y  avait-il  a  Dehok  des  Jacobites  et  des  Nestoriens  melangds,  restes 
des  deux  dioceses  du  Nuhadra,  disparus  a  la  fin  du  XIIIe  siecle?  II  ne 
semble  pas,  car  ce  n'est  qu’a  la  fin  du  XYIIe  siecle  et  au  debut  du 
XVIIIe  que  Ton  entend  parler  de  Syriens  ici  et  a  Semmdl.  Dans  les  deux 
cas  lYglise  mentionnde  comme  dtant  aux  mains  des  Syriens  a  le  meme 
vocable  que  celle  qui  appartenait  auparavant  aux  Nestoriens  et  que  Ton 
retrouve  plus  tard  entre  leurs  mains.  II  semble  done  que  ce  soit  la  meme 
eglise;  ebautant  plus  qu'on  ne  trouve  pas  de  manuscrits  nestoriens  pour 
cette  epoque.  Je  crois  done  que  Ton  peut  penser  que  les  Syriens  de 
Dehok  et  de  Semmel  a  cette  periode,  sont  les  memes  personnes  que  les 
Nestoriens  d’avant  et  d'apres.  Dieu  sait  quelle  brouille  avec  leurs  pretres 
ou  avec  leur  £veque  fut  boccasion  d’un  tel  changement  de  «rite»,  dont 
on  a  des  exemples  jusqu’a  nos  jours.  Apres  quelques  anndes  de  dissidence, 
la  plupart  des  schismatiques  revinrent  au  bercail,  seuls  quelques  irrdduc- 
tibles  furent  forces  a  bexode  vers  des  villages  jacobites.  La  statisque  du 
maphrien  Lazare  IV,  en  1730,  ne  parle  plus  de  Syriens  a  Dehok;  peut- 
etre  avaient-ils  quittd  la  ville  au  moment  des  pillages  de  1712  et  1713, 
au  cours  de  la  lutte  entre  ‘Otman  de  ‘Amadia  et  Zabed  de  Zaho  (3). 

Un  Hexameron  dcrit  en  1701  devint  plus  tard  la  propridt^  de  l’dglise 
de  Ste  Marie  a  Dehok,  avant  d’aboutir  a  Cambridge  (4).  On  ne  sait  a 
quelle  date  le  livre  sdjourna  a  Dehok. 

Sur  les  quelques  cinquante  volumes  manuscrits  formant  la  biblio- 
theque  de  Dehdk,  entrepos^e  a  l’dglise  de  la  Vierge,  tres  peu  de  ceux  qui 
ont  garde  leurs  colophons  portent  le  nom  meme  de  Dehok.  Le  plus 
ancien  est  un  Liber  Magnetis  de  Joseph  II,  dcrit  en  1741  a  la  demande 


(1)  Sur  lui,  cf.  Dafaqdt ,  p.  119,  n°  26. 

(2)  Dafaqdt ,  p.  191. 

(3)  Colophon  de  1821,  public  par  Mgr  A.  Scher,  dans  J.A. ,  XV/1910,  p.  ISO- 

132. 

(4)  Add.  1994,  cat.  Wright,  p.  402. 


684 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  Hormizd  Kassa  pour  l’eglise  de  la  Vierge  de  la  ville  de  Deh5k  (1). 
Suivent  un  kaskul  de  1822  (2),  un  recueil  garshuni  de  la  messe  et  de 
differentes  prieres  ecrit  en  collaboration  par  le  fameux  scribe  de  Mar 
Isacya  de  Mossoul,  le  chammas  Romanos,  fils  du  chammas  Miha’Il,  fils 
du  pretre  Husaba  d’Alqos,  et  par  fecolier  ‘Issa,  fils  d’Isa‘ya  d'Eqror. 
Ce  livre  a  ete  commande  par  le  pretre  ‘Abdulahad  pour  Teglise  de  la 
Vierge  au  village  d’Ettuk  (3). 

Un  evangeliaire  de  1859,  egalement  du  a  la  plume  feconde  de 
Romanos,  a  ete  copie  a  la  demande  du  chammas  Potros,  fils  de  Hormizd 
le  menuisier,  PAlqochien,  et  du  chef  Ya‘qub  «avec  les  autres  chefs  de 
la  communaut6>,  Hanna,  Mattai,  Mlho  de  la  famille  Zelfe,  Hank5  le 
teinturier  et  Mansur  fils  de  Sawa,  pour  Peglise  de  Ste  Marie  dans  leur 
village  (4). 

D’apres  Layard,  qui  y  passa  en  1840  (5),  Deh6k  avait  eu  aupa- 
ravant  quelque  importance,  mais  elle  £tait,  lors  de  sa  visite,  presque 
en  ruines. 

On  ne  sait  quand  eut  lieu  la  conversion  des  Nestoriens  de  Dehok 
au  catholicisme.  Une  lettre  de  Mgr  Ballyet  du  27  decembre  1676  (6) 
y  mentionne  trente  families  catholiques,  avec  leur  £glise.  II  ne  dit  pas  a 
combien  se  montait  la  population  chretienne  totale,  ni  si  l’autre  eglise 
etait  encore  entre  les  mains  des  Nestoriens. 

3.  —  Deleb 

Revenant  sur  nos  pas,  a  4  kilometres  au  nord-ouest  du  tell  de 
Ma‘alta,  a  peu  pres  en  face  du  pont  sur  lequel  nous  avons  traverse  la 
petite  riviere,  nous  voyons  une  colline  qui  force  la  route  a  faire  un  detour 
vers  Test.  Sur  cette  colline  se  trouve  le  village  de  Deleb. 

(1)  Cod.  Dehok,  n°  14. 

(2)  N°  39. 

(3)  No  34. 

(4)  N°  38. 

(5)  Nineveh,  cit.,  t.  I,  p.  229. 

(6)  A  Chronicle  of  the  Carmelites  in  Persia ,  cit.,  vol.  II,  p.  1262. 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


685 


A  cote  du  village  se  voit  un  vaste  tell  entourd  de  trois  cotds  par  des 
ruisseaux,  peut-etre  d’anciens  fossds.  Ce  tell  a  260  metres  de  long  sur  102 
de  large,  et  atteint  15  metres  de  haut  a  son  point  le  plus  dlevd,  un  cone 
qui  represente  peut-etre  une  ancienne  zigurat?  V.  Place  y  fit  quelques 
fouilles  qui  lui  livrerent  de  la  poterie  et  un  «mur  bitume  post-Nini- 
vite»  (1).  Un  fragment  description  grecque  qu'il  retrouva  dans  une  mai- 
son  du  village  met  immediatement  notre  imagination  en  campagne.  Nous 
sommes  ici  tout  a  cote  de  la  Route  du  Roi.  Si  Alexandre  n'y  est  pas  passd, 
ce  qui  serait  peut-etre  a  revoir,  les  Dix  Mille  sont  certainement  venus 
ici,  qu'ils  aient  pris  la  vallde  de  Marita  comme  le  pense  Place  (2)  ou 
celle  de  Zah5,  selon  l’opinion  du  colonel  Boucher  (3). 

Mais  les  souvenirs  chretiens  sont  plus  importants  pour  nous  que  les 
reminiscences  classiques.  C'est  ici,  quand  le  village  s’appelait  ‘Ain  Dulbe 
(la  source  des  platanes)  que,  vers  fan  400,  naquit  Mar  Narsai,  le  grand 
docteur  de  TEglise  Orientale  (4),  rival  de  S.  Ephrem  en  podsie  et  en 
dloquence. 

(Test  probablement  ici  aussi  qu'il  faut  chercher  la  montagne  de 
«Dalpata»  oil  l'auteur  ascetique  Jean  de  Daliata  vdcut  pendant  un 
certain  temps,  peut-etre  en  souvenir  de  Narsai  (5),  dans  la  seconde 
moitid  du  VIIIe  siecle. 

La  vieille  dglise  de  S.  Christophe,  martyr  (6),  a  «Edleb»,  au  Ba 
Niihadra,  apparait  dans  plusieurs  manuscrits  (7),  dont  un  commentaire 


(1)  Ninive  et  /’ As syrie,  t.  II,  p.  160. 

(2)  Ibid.,  t.  II,  p.  153. 

(3)  L’Anabase,  cit.,  p.  166. 

(4)  Chr.  de  Seert,  II,  p.  22  et  n.  1  de  Mgr  A.  Scher.  Le  texte  dit  «du  village  de 
‘Ain  Dulbe  dans  la  region  de  Ma‘altaya».  On  se  souvient  que  Ma‘altaya  est  la  forme 
arabe  du  chaldden  Ma‘alta. 

(5)  L.C.,  n°  127. 

(6)  Probablement  celui  cite  par  le  P.  Peeters,  dans  BHO ,  p.  46,  et  qui  possede 
des  Actes  syriaques.  Le  martyrologe  hidronymien  le  fete  le  25  juillet  (cf.  Vie  des  Sts. 
et  Bx.,  p.  613-614)  et  place  sa  passion  «en  Syrie,  dans  la  ville  de  Samon». 

(7)  Cf.  Pierre  Cesroy,  Les  Mss.  Or.  de  Mgr.  David ,  au  musee  Borgia  de  Rome , 
ZFA,  IX/ 1894,  p.  375. 


686 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


du  Nouveau  Testament  conserve  a  N.-D.  des  Moissons  et  date  de 
1698  (1). 

On  ne  sait  quand  les  chretiens  quitterent  ce  village.  Probablement 
en  furent-ils  chasses  par  les  Yezidis,  lors  de  la  derniere  phase  de  leur 
expansion,  au  cours  du  XVIIIe  siecle.  II  semble  que  le  village  ait  6t6 
entre  leurs  mains  jusqu’a  ce  que  ‘Otman  Pacha  le  ruinat  completement 
en  1891.  De  nos  jours,  le  village  est  kurde. 

On  nv  avait  signale  un  «couvent»  immediatement  au  nord  de 
Deleb.  On  y  avait  meme  «vu»  des  pierres  gravies  de  croix.  Les  seules 
mines  que  j’aie  pu  trouver  sont  celles  d’un  khan,  et  les  chrdtiens  des 
environs  confirment  mon  identification.  Leurs  traditions  parlent  encore 
de  ce  khan.  Quant  aux  pierres,  elles  marquent  Pemplacement  de  Pancien 
cimetiere  chretien  du  village. 

4.  —  Semmel  et  Qasr  i-YazdIn 

Prenons  maintenant  la  route  de  Zaho,  dont  la  direction  generate  est 
vers  le  nord-ouest.  Apres  Pembranchement  ou  elle  se  separe  de  la  route 
qui  part  vers  Dehdk,  vers  Pest,  la  route  de  Zaho  va  d’abord  nettement 
vers  Pouest  pendant  a  peu  pres  6  kilometres.  On  arrive  alors  au  village 
de  Semmel,  qui  possede  egalement  un  tell  archeologique  assez  important, 
explore  par  V.  Place  (2). 

Semmel  avait  jadis,  peut-etre  jusqu’en  1891,  une  population  chal- 
deenne.  Certains  de  leurs  descendants  vivent  actuellement  a  Sios.  Cer¬ 
tains  musulmans  de  Tell  A‘far  se  disent  egalement  de  la  famille  de 
Sepho  que  nous  allons  bientot  rencontrer. 

Les  traces  de  leur  grande  eglise  deNotre-Dame  Marie  dtaient  encore 
visibles  au  pied  du  tell  jusqu’a  la  premiere  guerre  mondiale.  Apres  cette 
guerre,  des  «Assyriens»  vinrent  habiter  le  village,  jusqu’au  tragique 
malentendu  de  1933.  Les  Arabes  et  les  Kurdes  occuperent  alors  le  village. 


(1)  Cod.  XLV,  cat.  Voste  (A.S.  24). 

(2)  Ninive  et  VAssyrie ,  t.  II,  p.  153. 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


687 


Quelques  families  chalddennes  de  Sios  et  de  Mar  Yaqo  sont  revenues 
rdcemment  s’y  etablir. 

Comme  les  anciens  habitants  de  Semmdl,  certains  de  ses  livres  litur- 
giques  ont  trouvd  refuge  a  Sios;  d’autres  livres  sont  au  Patriarcat  Chal- 
dden.  Quatre  manuscrits  sont  datds  de  1708  a  1711.  Tous  sont  dus  au 
zele  du  pretre  Issevo,  fils  du  chammas  Gabriel,  fils  du  chef  Sdpho.  Le 
premier  livre  est  un  gazza  de  1708  (1).  Un  autre  gazza ,  de  1710,  est 
actuellement  au  patriarcat  (2).  Les  livres  des  Epitres,  de  1710,  et  celui 
des  Lemons,  de  1711,  sont  aujourd’hui  a  Sios. 

La  presence  de  Syriens  est  attestde  a  Semmdl  a  la  fin  du  XYIIe 
siecle  et  au  debut  du  XYIIIe  (3).  Qu’un  chammas  de  Bartelli,  nomme 
Denha,  fils  du  pretre  Mar  Behnam,  y  ait  copid  en  1677  le  livre  de  gram- 
maire  de  Severe  Ya‘qub  de  Bartelli,  ne  devrait  pas  encore  nous  dmouvoir, 
car  le  copiste  aurait  pu  etre  de  passage;  on  a  souvent  constatd  de  tels 
echanges.  Mais  ce  qui  est  plus  net,  c’est  quand  le  maphrien  Lazare  IV  (4) 
dans  son  Statisticon  inedit,  mentionne  les  Syriens  de  Semmdl  en  1730, 
avec  leur  dglise  de  la  Yierge. 

Les  manuscrits  temoignent  du  meme  fait.  On  en  possede  quatre: 
un  recueil  de  Nawajir ,  actuellement  a  Mar  Matta,  copid  a  Semmel  et 
pour  Semmdl  par  le  moine  Guorguls,  fils  de  GunYa,  fils  de  ‘Abd  ul 
Maslh  (5),  en  1730,  et  un  fanqit  du  bapteme,  du  jeune  de  Ninive  et 


(1)  Actuellement  a  Sios.  Renseignemcnt  communique  par  Mgr  Hanna  Paulos, 
curd  de  ce  village. 

(2)  Cat.  de  Mgr  Bidawid,  n°  315.  —  A  cote  du  pretre  Issevo  apparait  ici  son 
oncle,  le  chef  chammas  Hanna.  Les  frais  sont  couverts  par  la  fidele  Samro. 

(3)  Dafaqat ,  p.  191. 

(4)  Sur  ce  personnage,  qui  ne  figure  pas  dans  les  listes  habituelles  des  maphriens, 
cf.  Dafaqat,  p.  214,  n°  7.  II  fut  d’abord  superieur  puis  eveque  de  Mar  Matta  (Gregoire 
Lazare,  n°  28,  1728-1730,  ici  p.  130)  puis  maphrien  en  1730.  II  habitait  a  Mossoul, 
l’eglise  de  Mar  Ahudemmeh;  jusqu’a  ce  qu’elle  soit  changee  en  mosquee  en  1759. 
II  mourut  de  la  peste  l’annee  suivante  et  est  enterre  a  Mar  Matta. 

(5)  Ni  ce  copiste  ni  le  suivant  ne  figurent  dans  les  listes  de  Mgr  Barsaume, 
( LiVlu\  p.  213-214). 


688 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


d'une  moitie  du  Careme,  du  meme  copiste,  dcrit  en  1731,  aujourd’hui 
a  feglise  de  Tahira  de  Qaraqos  (1). 

Mgr  Abdal  veut  bien  me  signaler  un  autre  manuscrit  de  la  meme 
eglise  copie  a  Qaraqos  pour  feglise  de  la  Mere  de  Dieu  a  Semmel  en 
1734,  par  le  chammas  Habas,  fils  du  chammas  Gumca,  fils  de  Habas, 
fils  du  pretre  Eliya  (2).  G’est  un  fanqit  de  la  semaine  sainte,  premiere 
partie. 

La-bas  aussi  feveque  martyr  Razqallah  de  Mossoul  copia  un  rituel 
de  la  Passion  pour  feglise  de  Bartelli,  en  1736. 

Le  schisme  de  Semmel  avait  done  dure  plus  longtemps  que  celui  de 
Dehok.  Le  trou  dans  les  manuscrits  chaideens  s’etend  de  1711  a  1744. 

Le  debut  de  cette  periode  de  silence  coincide  avec  la  vague  de 
pillages  et  de  massacres  qui  devasta  le  pays  de  Bahdinan  a  partir  de 
1712  (3).  Au  cours  de  la  lutte  entre  les  deux  freres  ennemis,  ‘Otman 
de  ‘Amadla  et  Zabed  de  Zahd,  Mangues,  Daoudiya,  Araden,  Dergueni, 
Semmel,  Deh5k  et  Sezez  (Sezi)  furent  saccages,  la  vallee  de  la  Sapna 
fut  devastee.  Au  moment  oil  allait  se  derouler  la  bataille  decisive,  en 
1713,  e’etait  a  Semmel  que  cantonnaient  les  forces  de  Zabed,  alors  que 
celles  de  son  frere  etaient  a  Dehok.  On  peut  done  penser  que  le  village 
fut  deserte  a  cette  epoque.  Les  Syriens,  peut-etre  ceux  memes  qui  avaient 
quitte  Dehok,  furent-ils  les  premiers  a  reoccuper  Semmel,  pour  le  quitter 
ensuite  pour  Bartelli,  au  retour  des  proprietaires  legitimes?  Fut-ce  a  ce 
moment  egalement  que  certains  membres  de  la  famille  de  Sepho  se 
firent  musulmans  et  allerent  habiter  Tell  ATar? 

Une  etude  attentive  des  colophons  des  manuscrits  syriens  de  Semmel 
pourrait  peut-etre  jeter  un  peu  de  lumiere  sur  cette  tenebreuse  affaire. 


(1)  N°  34  de  Qaraqos;  n°  42  du  catalogue  inedit  de  Mgr  Abdal. 

(2)  N°  38  id.,  inedit  n°  58. 

(3)  Colophon  de  1821,  du  pr.  Gabriel,  fils  de  Husaba,  d’Alqos,  a  un  Harms 
et  Warda  de  feglise  de  Mar  Iso‘yaw  a  Mossoul;  publie  par  Mgr  A.  Scher  dans 
J.A.,  XV/ 1910,  p.  130-132. 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


689 


Alors  que  les  manuscrits  nestoriens  etalent  un  luxe  de  details  gdndalo- 
giques  qui  lient  profondement  le  volume  au  terroir,  ce  que  j’ai  pu  savoir 
des  manuscrits  syriens  les  montre  plus  dthdrds,  sans  noms  de  donateurs 
les  rattachant  au  village.  Ainsi  en  est-il  du  manuscrit  de  Qaraqos,  sur 
lequel  Mgr  Abdal  a  bien  voulu  me  communiquer  ses  prdcieuses  notes. 
Les  noms  qu’il  porte  sont  plutot  en  relation  avec  le  couvent  de  Mar 
Behnam,  «couronne  des  martyrs»,  ou  il  a  dtd  dcrit  en  1731,  qu’avec 
Semmel.  Y  figurent  feveque  Iwanis  Kards,  «supdrieur  du  couvent  de 
Mar  Behnam,  de  sa  soeur  Sarah  et  de  ses  XL  compagnons»,  les  pretres 
Sliwa  et  Iso4  Zakko  (de  Qaraqos)  et  l’intendant  ‘Abd5  fils  de  Pacha. 

Quant  au  manuscrit  de  Bartelli,  il  n'est  pas  a  l’eglise  de  Ste  Smuni 
des  Syriens  Orthodoxes,  et  le  curd,  Mgr  le  chordveque  Elias  Isa‘ya,  n’en 
a  pas  entendu  parler.  Peut-etre  le  trouvera-t-on  dans  une  collection  privde. 

Les  deux  derniers  manuscrits  chalddens  de  Semmel  sont  au  patriar- 
cat.  Un  Office  des  ddfunts  date  de  1744.  Il  fut  copid  a  Alqos,  comme  tous 
les  autres  livres,  a  la  demande  du  pretre  Sim‘un,  his  du  feu  chef  Isra- 
’II  (1).  Enhn  un  Ancien  Testament  de  1823  (2)  donne  farbre  gdndalo- 
gique  complet  de  la  famille  Sdpho,  si  zdlde  pour  son  dglise;  le  livre  est 
copid  a  la  demande  du  chef  Yosipo,  his  du  chammas  Safar,  his  du  chef 
Sawa,  his  du  chef  Isra’il,  his  du  chef  Sdpho,  du  village  de  Semmdl 
au  Ba  Nuhadra. 

On  peut  done  reconstituer  ainsi  la  filiation.  L’ancetre,  le  chef  Sdpho 
eut  (au  moins)  trois  his:  le  chammas  chef  Gabriel  (mort  en  1717),  le 
chammas  chef  Hanna  (1710)  et  le  chef  Isra’Il.  Le  chammas  Gabriel 
avait  au  moins  un  his,  le  pretre  Issdvo  (1708  et  1711)  et  une  hlle,  Smuni, 
veuve  avant  1717  de  Safar  de  Ma‘altaya.  Quant  au  chef  Isra'il  (mort 
avant  1744)  il  eut  deux  his:  le  pretre  Simcun  (1744)  et  le  chef  Sawa.  Le 
his  de  ce  dernier,  le  chammas  Safar,  etait  le  pere  du  dernier  chef  connu, 
Ydsipo,  en  1823. 


(1)  Cat.  Mgr  Bidawid,  n°  357. 

(2)  Id.,  n°  116. 


Rech.  23  —  44 


690 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


A  cinq  kilometres  au  sud-ouest  de  Semmel,  le  petit  village  kurde 
de  Qasr  i-Yazdln  offre  egalement  des  traces  d'eglise.  D'apres  un  evan- 
geliaire  de  Tell  Kaif  (1)  ecrit  a  Gazarta  en  1587,  cette  eglise  etait  dediee 
a  Ste  Smiini.  Le  pretre  du  village  a  cette  epoque  s'appelait  Hosa',  le 
chef  Hanna,  et  son  fils  aine  Slemun.  Le  volume  semble  avoir  deja  ete 
a  Tell  Kaif  au  debut  du  X\TIIe  siecle,  si  vraiment  le  pretre  Gabriel  qui 
l’y  restaura  etait  le  zele  fils  du  chammas  Yalda  (2). 

5.  —  Sios,  Mar  Yaqo  et  environs 

Sios,  ou  en  soureth  Sezi,  apparait  sous  son  nom  chaldeen  de  Seze, 
des  le  XIe  siecle,  dans  la  constitution  de  ‘Awdlso1 2 * 4  II  (1075-1090)  a 
propos  de  fexemption  des  couvents. 

Cinq  livres  liturgiques  de  lYglise  de  Mar  Guorguis  de  Sezi  sont 
montes,  en  1883,  a  feglise  du  couvent  des  Dominicians  de  Mar  Yaqo, 
ou  ils  furent  restaures  par  le  chammas  ‘Awdlso*  Ellsab  Ils  sont  actuel- 
lement  en  surete  en  notre  couvent  de  Mossoul.  Ce  sont,  par  ordre 
chronologique: 

1°  Un  hudra  des  fetes  et  commemoraisons  (n°  14)  date  de  1661.  Le 
colophon  final  manque,  mais  on  peut  savoir  par  un  colophon  interme- 
diaire  que  le  livre  fut  ecrit  a  Alqos  par  le  pretre  Hadbsabba,  fils  du 
pretre  Isra'Il,  fils  du  pretre  Hormizd,  fils  du  pretre  Isra’Il,  a  la  demande 
du  pretre  Awraham  et  du  chef  Giho. 

2°  Lm  epistolier  (n°  10)  de  1680,  du  au  calame  du  chammas  H5mo, 
fils  du  pretre  Daniel  d’Alqos,  mentionne  le  pretre  Melchisedech,  fils  du 
pretre  Husaba,  fils  du  pretre  Gawriel,  le  chammas  Gawriel  Kandu, 
Gawo  et  Hormizd  Husabo. 


(1)  N°  58  (37  x  57  cm.)  £crit  par  le  pr.  ‘Ataya,  fils  du  pr.  Farag;  fis  du  ch. 
Marqos  d’Alqos,  alors  resident  a  Gazarta.  Je  crois  que  c’est  par  erreur  que  le  scribe 
met  «Qasrezdin»  au  pays  des  «Dubaye» ,  au  lieu  de  «Dulbay£»,  c’est-a-dire  dans  les 
environs  de  Deleb. 

(2)  Que  Ton  trouve  de  1695  a  1738.  Un  autre  pretre  Gabriel  de  Tell  Kaif  se 

rencontre  a  la  meme  epoque;  c’est  Gabriel,  fils  de  Nofal,  fils  de  Haidar,  copiste  d’un 

Hymnaire  de  Hamis  en  1725  (volume  non  num6rote). 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


691 


3°  Le  lectionnaire  correspondant  se  trouve  egalement  a  Mar  Yaqo, 
mais  a  perdu  sa  derniere  page. 

4°  Un  evangeliaire  enlumind  (n°  1)  ecrit  a  Alqos  en  1722  par  le 
pretre  Ellya,  fils  du  pretre  Yalda,  fils  du  pretre  Daniel,  fils  du  pretre 
Ellya,  fils  du  pretre  Daniel,  par  les  soins  du  pretre  Is6‘,  fils  du  pretre 
Melchisedech  deja  rencontrd,  et  du  chef  Awraha  fils  de  Gawo.  A  cotd 
d’eux  figurent  Sabo  et  Rabban  Dawld  Awraha. 

Les  enluminurcs  de  ce  manuscrit,  assez  grossieres,  ressemblent  de 
tres  pres  a  celles  d’un  livre  semblable  conserve  a  Sios,  en  provenance 
probable  de  Semmel,  mais  dont  le  colophon  manque.  Les  chevaux  out 
le  meme  corps  jaune  et  la  meme  tete  rouge.  Ces  peintures  naives  et 
grossieres  sont  au  nombre  de  trois,  illustrant  l’entrde  a  Jerusalem,  S. 
Thomas  (a  qui  fait  pendant  S.  Pierre)  entrant  sa  main,  grace  a  une 
petite  fenetre  rectanguiaire  pratiqu^e  dans  la  robe,  dans  le  cotd  de 
Jesus,  et  S.  Georges  terrassant  un  dragon. 

5°  Enfin,  un  volume  tres  ddlabrd  et  dont  le  ddbut  manque,  contient 
les  prieres  du  qanke  (n°  C).  II  a  ete  copie  en  1731  a  Alqbs,  par  le  pretre 
Hanna  fils  du  pretre  Homo,  fils  du  pretre  Daniel,  pour  lYglise  de  Mar 
Guorguls  a  Sios,  par  les  soins  du  chef  Awraha  fils  de  Gawo,  du  pretre 
Hormizd  fils  du  pretre  ‘Awdiso4,  fils  du  chammas  Marrogue,  et  du 
pretre  Guorguls  fils  du  feu...  Le  reste  manque. 

L'histoire  e  dee  village  chaldeen  n’est  pas  connue.  II  partagea  le  sort 
de  Semmel  en  1712-1713,  et  il  semble  qu'une  bonne  partie  de  ses  habi¬ 
tants  (au  nombre  de  400  en  1961)  soient  venus  de  Semmdl  a  la  fin  du 
XIXe  siecle.  Sios  en  effet  est  situ^e  a  Pest  de  Semmel,  au  pied  de  la 
montagne,  done  en  dehors  des  routes  normales  des  pil lards  et  dcs  soudards. 
Quelques  deserteurs  ottomans  qui  avaient  pensd  y  trouver  une  proie  facile, 
lors  de  la  guerre  de  1915-1918,  ont  bien  du  regretter  leur  erreur,  s’ils 
en  ont  eu  le  temps. 

II  semble  que  ce  soit  aussi  de  Sids-Scmmdl  que  soit  montde  la  colonie 
qui  vint  fonder  le  petit  village  de  Mar  Yaqo  apres  la  ruine  du  couvent 
de  Mar  Iso£yaw,  dit  de  Mar  Ya‘qub,  situe  dans  la  montagne  a  environ 


692 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


quatre  kilometres  cle  Sios.  La  premiere  evidence  de  Texistence  d’un 
village  a  la  place  du  couvent  date  de  1 7 10.  II  y  a  en  effet  parmi  les  tombes 
du  village  un  tombeau  «sculpte»  ( qawra  mnuqasta)  qui  remonte  a  cette 
periode  et  est  celui  du  fds  d’un  pretre.  S’il  y  avait  un  pretre  marie,  cela 
veut  dire  que  le  couvent  avait  clisparu  et  qu’un  village  avait  pris  sa  place. 

La  prospdrite  du  village  fut  grandement  accrue  par  la  fondation 
d’un  couvent  dominicain  en  1847  (1),  et  commenga  a  decliner  lors  de  la 
fermeture  du  pensionnat  en  1939.  Dix  ans  plus  tard,  il  y  avait  encore 
127  habitants  a  Mar  Yaqo.  II  n’y  avait  plus,  a  Fete  1961,  que  cinq  mai- 
sons,  representant  au  maximum  20  personnes,  tous  vieillards  ou  jeunes 
enfants.  Les  autres  s’etaient  disperses  dans  les  villages  des  environs. 

Le  nom  kurde  du  village,  devenu  egalement  nom  officiel,  est  Qa- 
safer.  Ges  deux  mots  sont  le  debut  d'une  phrase  kurde  qui  rappelle  une 
vieille  histoire,  datant  de  quand  ?  Dieu  seul  le  sait. 

Un  jour  des  musulmans,  parmi  lesquels  un  mulla ,  se  mirent  a  dis- 
cuter  religion  avec  les  chrdtiens  ou  avec  les  moines,  parmi  lesquels  etait 
un  pretre.  Comme  ils  n’arrivaient  pas  a  tomber  d’accord  pour  savoir 
laquelle  de  leurs  deux  religions  etait  la  meilleure,  ces  gens  simples  s’en 
remirent  au  jugement  de  Dieu.  Un  ravin  profond  etait  la,  probablement 
celui  qu’on  appelle  actuellement  le  Dola,  infranchissable  d'un  saut.  II 
fut  decide  que  les  deux  hommes  de  religion,  le  pretre  et  le  mulla  le  sau- 
teraient,  et  que  celui  qui  arriverait  a  l’autre  bord  serait  a  coup  sur  le 
representant  de  la  meilleure  religion.  Aussitot  dit,  aussitot  fait,  les  deux 
s’dlancent  ensemble,  et  Qasd  fer ,  mulla  mer ,  le  pretre  vola,  le  mulla 
tomba.  D’autres  disent  plus  irrespectucusement :  mulla  der ,  le  molla 
creva.  Et  notez  bien  que  ce  sont  les  Kurdes  qui  racontent  Thistoire. 

Le  village  de  Qasafer-Mar  Yaqo  celebrait  la  fete  de  son  patron  le 
vingtieme  jour  apres  Paques.  Ce  jour-la  tous  les  gens  venaient  prendre 


(1)  G’est  vers  cette  ^poque  que  Mar  Yaqo  attira  des  elements  du  Tiyari  (Sared- 
pido)  et  de  Thuma. 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


693 


leur  repas  dans  la  cour  de  fancienne  eglise;  quelquefois  une  mcsse  dtait 
dite  dans  les  ruincs  de  l’ancien  sanctuaire  du  couvent. 

A  Mar  Yaqo  a  habits  a  la  fin  du  siecle  dernier  le  chammas  ‘Awdiso4, 
fils  d’Elisa4,  fils  de  ‘Awdiso‘,  copiste  distingud  qui  travailla  souvent  pour 
les  Dominicains,  et  aussi  pour  les  dglises  des  environs  (1). 

A  Ijerke,  petit  hameau  au  nord-est  de  Sios,  il  y  a  actuellement 
neuf  maisons  chrdtiennes. 

Guermave  est  un  petit  village  kurde  situd  pres  de  Sios.  On  y  a 
jadis  trouvd  une  cuve  baptismale. 

6.  -  Le  GARRE  VIDE 

Avec  Sios  et  ses  satellites  se  termine  la  liste  des  villages  «chrdtiens» 
du  sud  de  la  plaine  du  Bahadra.  II  peut  encore  y  avoir  ici  ou  la  de 
petits  groupes  d’Assyriens,  auxquels  se  joignent  parfois  des  Ghaldeens, 
qui  occupent  les  terres  de  tel  ou  tel  aga  kurde,  mais  ce  ne  sont  guere  plus 
que  des  serfs,  a  la  merci  d’une  expulsion,  du  jour  au  lendemain,  si  leur 
conduite  ou  leur  travail  ne  correspond  pas  aux  ddsirs  de  leurs  maitres, 
et  cela  veut  dire  parfois  le  bon  plaisir  du  propridtaire  vis-a-vis  d'une 
jeune  fille  chrdtienne  qui  a  attird  ses  regards.  Si  les  serfs  chrdtiens  ne 
veulent  pas  se  plier  a  ces  caprices  ddgradants,  il  ne  leur  reste  plus  alors 
qu’a  louer  leurs  bras  a  un  autre  maitre,  en  priant  Dieu  qu’il  ne  soit  pas 
plus  despotique. 

D’ailleurs,  qui  sont  ces  maitres?  Les  quelques  siecles  derniers  les 
ont  vu  tellement  changer,  eux  et  leur  clientele,  que  les  traditions  du  passd 
ont  dtd  presque  effacdes.  La  plaine  du  nord  du  Ba  Nuhadra  est  a  peu 
pres,  du  point  de  vue  des  souvenirs  chrdtiens,  comme  le  Garrd  Vide  que 
Ton  voit  au  milieu  du  ddsert  d’Arabie  (2).  Et  pourtant  cette  rdgion 
ddchristianisde,  dont  le  centre  administratif  moderne  se  trouve  a  ‘Asi 


(1)  Un  Rituel  des  d^funts  de  1894  pour  Ma‘altaya  (cod.  Dehok,  n°  20)  et  un 
Paradis  d’Eden,  de  1898  ( id.,  n°  13). 

(2)  Il  y  a  bien  le  village  arm£nien  de  Horesk  au  milieu  de  ce  carrd;  mais  c’est 
un  village  d’^migrds  sans  attaches  au  terroir. 


694 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


(Ascke)  portc  officiellement  le  nom  de  Slevani,  c’est-a-dire  la  region  de 
la  Croix,  des  chretiens  (1)! 

Un  nom  subsiste  qui,  sur  la  frange  est,  suscite  quclques  reminiscences 
chretiennes,  c’est  celui  d’ARDAMusT,  aujourd’hui  Kawasi,  pays  d’origine 
de  J  ean,  futur  fondateur  de  Daliata,  et  de  ses  deux  freres,  egalement 
moines,  Serge  et  Theodore.  Je  ne  sais  qui  a  pu  dire  que  leur  village 
d’origine  etait  «a  quelque  distance  du  Zab»?  Comme  on  voit  le  jeune 
Jean,  encore  «pieux  laic»  aller  toutes  les  semaines  au  monastere  d’Apni- 
maran,  on  peut  penser  que  son  lieu  d’origine  n’etait  pas  tellement  loin 
de  ce  couvent.  En  effet,  22  kilometres  seulement  les  separent,  car  Arda- 
must  est  a  16  kilometres  au  sud-est  de  1’entree  de  la  gorge  de  Zaho, 
alors  que  ZaTaran  en  est  a  6  kilometres  a  l’ouest. 

D’ailleurs,  toute  I’histoire  de  Jean  de  Daliata  (fin  du  VIIIe  siecle) 
est  en  relation  avec  le  pays  de  Qardu,  soit  par  le  couvent  de  Mar  Yozadaq 
ou  il  prit  le  scapulaire,  soit  par  le  monastere  «des  treilles»  qu’il  y  fonda(2). 

Quant  a  l’identification  d’Arrdamust  avec  Kawasi,  elle  est  faite  par 
Yaqut,  dans  son  Mu  gam  al  Buldan ,  reproduit  par  les  auteurs  plus  recents, 
notamment  Yasin  al  ‘Omari  (3),  chez  lequel  on  lit:  «Kawasi,  village 
fortifie  a  1’est  (4)  de  Mossoul,  auquel  on  ne  peut  acceder  qu’un  seul 
homme  a  la  fois.  II  s’appelait  Ardamust.  II  est  actuellement  (debut  du 
XVIIIe  s.)  en  mines.  Au-dessous  de  lui  se  trouve  un  village  a  son  nom.» 

La  forteresse  d’Ardamust  est  tristement  celebre.  C’est  la  qu’en  965 
Abu  Taglib  enferma  son  pere  Naser  ad  Dawla,  qui  y  mourut  l’annee 
suivante  (5).  Elle  fut  un  des  forts  des  Kurdes  Humaydlya  dont  ‘Imad 
ad  Din  s’empara  en  1132  et  qu’il  demantela. 

(1)  Sur  les  Slevanis  ou  Sleb-Kurdcs ,  cf.  P.  Anastase  dans  la  revue  Logat  al  ‘Arab, 

vol.  5,  p.  474-477,  et  ibid.  vol.  8,  p.  575.  Sur  Les  Soleib  ou  Seleb ,  ibid.  n°  6 

(d<fc.  1911),  p.  207-209. 

(2)  L.C.,  n°  127;  B.O.,  III, I,  p.  103,  205;  Lit.  Syr.  Chabot,  p.  106;  R.  Duval, 
p.  228-229;  Baumstark,  p.  225,  etc. 

(3)  Muniat  al-Udabad ,  p.  54  et  note  de  l’£d.  n.  2. 

(4)  En  realite  au  nord/nord-ouest. 

(5)  Muniat  al-Udaba p.  43;  Klie  de  Nisibe,  Chronographie ,  p.  136  (Brooks,  trad, 
p.  106:  Urdumust).  H.  Zayat  ( Logat  al- Arab ,  cit.  p.  15)  prefererait  Ardmust. 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


695 


A  13  kilometres  au  nord-ouest  de  Kawasi,  a  2  kilometres  du  centre 
de  canton  de  ‘Asi,  toujours  au  pied  de  la  montagne,  se  trouve  le  petit 
village  de  Balquz,  au  nom  evidemment  chrdtien.  La,  d’apres  les  dossiers 
de  la  Direction  Generale  des  Antiquites  dTraq  (1),  se  trouvent  les  ruines 
dites  Hirbat  ad  Dair.  Je  ne  puis  dire  de  quel  couvent  il  s’agit,  ni  si  ce 
dair  n’est  pas  tout  simplement  Tancienne  dglise  du  village. 

Sur  la  bordure  ouest  du  carrd,  le  long  du  Tigre,  on  trouve  encore 
des  villages  a  noms  chretiens,  tels  que  Bagluga,  situd  a  peu  pres  en 
face  du  grand  couvent  de  Dair  Ba‘ut,  qui  a  dte  dtudid  avec  le  B.  ‘Arabayd. 

Au  sud  de  Bagluga,  egalement  sur  le  Tigre,  a  peu  pres  a  mi-distance 
entre  le  Habur  et  la  riviere  de  Dehok,  se  trouve  le  village  de  Iskaft, 
dont  le  nom  veut  dire  grotte.  II  n’y  aurait  pas  la-bas  de  traces  de  couvent 
bati,  mais  seulement  deux  grandes  grottes  tailldes  a  la  maniere  des 
moines  et  dominant  le  Tigre. 

Vers  le  milieu  du  carre,  a  l'ouest  de  la  route  de  Mossoul,  a  peu  pres 
a  la  hauteur  de  ‘Asl,  se  trouve  le  hameau  de  Skafdale  ou  quelques 
chrdtiens  sont  recemment  revenus.  Le  vieux  Yusif  Mdskd,  jadis  fraudeur 
celebre  et  bandit  de  grand  chemin,  qui  a  parcouru  toute  cette  region 
et  fautre  rive  du  Tigre  sur  sa  jument  rapide  et  se  souvient  de  tous  les 
deplacements  de  Miss  Bell,  Yusif  done,  maintenant  assagi  et  pieux  a 
quelque  70  ans  et  fun  de  mes  plus  prdcieux  informateurs,  voulut  un  jour 
batir  les  fondations  de  sa  maison  sur  un  mur  ancien  appartenant  a  une 
ruine  dite  al  MansurIya.  Le  premier  jour,  tout  alia  bien,  mais,  au  matin 
du  second  jour,  le  ma^on,  un  Armdnien  de  Horesk,  vint  le  trouver  tout 
emu.  II  lui  dit:  «Yusif,  je  prdfere  manger  son  pain  plutot  que  le  tien. 
Je  ne  batirai  pas  sur  ses  fondations !»,  et  de  lui  expliquer  que,  la  nuit 
pr^cedente,  un  vieillard  barbu  habilld  de  blanc  lui  dtait  apparu  et  lui 
avait  enjoint  de  batir  plus  loin,  mais  pas  sur  le  vieux  mur.  Yusif  s’executa, 
le  mur  de  sa  maison  est  parallele  aux  vieilles  fondations,  mais  ne  les 
touche  pas. 

(1)  N°  1362/35.  C’est  probablement  a  ces  ruines  que  fait  allusion  Sachau.  Reise , 
p.  372. 


696 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Au  nord  de  Skafdale  se  trouve  le  village,  aujourd’hui  musulman  de 
Bawarde.  On  lit  dans  la  vie  de  Mar  Yaret  (1)  que  des  habitants  de  Ba 
Warda  etaient  venus  visiter  le  tombeau  de  Yaret  et  de  son  disciple 
Quriaqos  (2).  Si  Ton  remarque  que  le  couvent  de  Mar  Yaret  se  trouvait 
au  bord  du  Tigre,  a  16  kilometres  au  sud-est  de  Gazlra  ibn  ‘Omar, 
pres  du  village  anciennement  appele  Diarka  (actuellement  Derik  Barav, 
en  Svrie),  nos  pelerins  avaient  eu  a  marcher  une  petite  journee  pour 
traverser  le  Tigre  et  couvrir  les  25  kilometres  qui  separent  Ba  Warda 
du  couvent.  Les  anciens  faisaient  facilement  plusieurs  journees  de  marche 
pour  conduire  un  malade  au  tombeau  d’un  saint  celebre. 


7.  —  Pesabur 

Si  maintenant,  suivant  vers  le  nord-ouest  Fare  decrit  par  la  «mon- 
tagne  du  Ba  Nuhadra»,  et  depassant  sans  nous  y  arreter  la  trouee  de 
Zaho,  nous  longeons  le  Gabal  Behair  jusqu’a  sa  jonction  avec  le  Tigre, 
nous  trouvons,  a  4  kilometres  au  sud  du  confluent  du  Habur  et  du  Tigre, 
sur  la  rive  orientale  de  ce  dernier,  le  gros  village  chaldeen  de  Pdsabur. 
Au  nord  du  village  c’est  la  Turquie,  a  l’ouest  la  Syrie,  a  Pest  ITraq; 
le  paysage,  d'une  beaute  naturelle  si  douce  par  sa  verdure,  fait  rever, 
tant  ce  carrefour  est  charge  d’histoire  (3). 

Le  nom  ancien  etait  «Pir5z  Sabur  du  Ba  Nuhadra»,  ainsi  appelee 
pour  la  ciistinguer  cl’une  autre  localite  du  meme  nom,  nommee  aussi 
Anbar,  et  situee  sur  la  rive  orientale  de  TEuphrate,  au  sud  du  canal 
Saqlawiya  (4). 


(1)  Suhada\  II,  p.  274. 

(2)  Voir  la  vie  de  Mar  Yaret  d’Alexandrie  (fete  le  27  oct.)  dans  Suhada’  II, 
p.  265-275,  d’apres  un  ms.  de  N.-D.  des  Moissons.  Un  gazza  ecrit  pour  son  couvent 
en  1545,  en  fut  voM  lors  du  pillage  de  1659  et  rachete  pour  les  eglises  de  Mossoul,  avant 
d’aboutir  au  British  Museum  (cat.  R.F.  1838,  cod.  XXXIV)  par  l’intermediaire  de 
C.J.  Rich.  —  On  remarquera  dans  le  colophon  de  1659  le  qualificatif  errone  de 
«martyr»  donn£  au  saint  par  l’inadvertance  du  traducteur.  Yaret  etait  egalement  titu- 
laire  de  lYglise  de  Derb6  (rituel  de  Mardin,  cat.  A.S.,  cod.  18). 

(3)  Ref.  dans  Canard,  Hamdanides ,  I,  n.  83. 

(4)  Cf.  Mgr  Scher,  n.  3,  p.  143  de  Chr.  de  Seert,  II.  —  Le  regrett£  A.  Maricq, 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


697 


La  Chronique  de  Seert  situe  ici  un  evdnement  qui,  d’apres  son  contexte, 
a  du  se  passer  au  debut  du  VIIe  siecle.  II  y  avait  alors  a  P^sabur  (1) 
«dont  les  habitants  sont  des  ma^.ons»  (2)  un  £veque  isole  nommd  Ezdchiel, 
et  un  «ecolier»  nomine  Isaac,  qui  ne  savait  pas  beaucoup  de  choses. 
Celui-ci  quitta  son  village  pour  aller  dtudier  a  Harran.  Quand  il  fut  de 
retour,  on  le  trouva  instruit  et  intelligent  et  on  gouta  fort  ses  discours; 
aussi  fdtablit-on  comme  «interprete»  a  l’dcole  du  lieu.  Hdlas,  la  cause 
de  cette  science  trompeuse  n’dtait  pas  fdtude  honnete;  le  drole  devait 
son  avancement  aux  demons  avec  qui  il  avait  commerce.  Tout  ce  que 
le  diable  lui  demandait  pour  le  moment,  c’dtait  de  lui  sacrifier  ses  deux 
poules,  au  ddbut  du  Careme,  en  signe  de  reconnaissance  de  sa  vassalitd. 
L’homme  rechigna.  Il  voulut  proferer  devant  le  peuple  une  belle  homelie 
qual  avait  pr£par£e  pour  Paques.  Son  maitre  impatient  finit  par  le 
frapper  a  la  tete.  Isaac  tomba  a  terre  en  poussant  un  grand  cri.  Devant 
ses  eleves  accourus  il  avoua  ses  crimes  et  leur  enjoignit  de  ne  pas  l'inhu- 
mer  avec  les  ceremonies  liturgiques,  mais  de  le  jeter  du  haut  en  bas  de 
la  montagne.  Quand  il  fut  mort,  ils  le  traiterent  comme  il  favait  demands. 
«Que  le  Dieu  Tres  Haut  nous  delivre  des  ruses  du  ddmon  et  nous  tire 
de  ses  filets !» 

Indtfpendamment  de  ces  «diableries»  l’histoire  de  ce  carrefour  est 
un  perpetuel  va-et-vient  de  vagues  d'invasions,  de  rezzous  et  de  fuyards. 


dans  Recherches  sur  les  Res  Gestae  Divi  Saporis  {Acad.  Royale  de  Belgique ,  Classe  des  Lettres , 
t.  XLVII,  4,  1953)  avait  deja  dtabli  la  difference  entre  les  deux  Piroz  Sabur  (p.  110- 
130).  —  Il  est  encore  «plus  affirmatif»  dans  ses  Complements  aux  Recherches ,  dans  Classica 
et  Orientalia,  5,  Res  Gestae ,  in  Syria ,  XXXV/ 1958,  p.  356.  Le  nom  veut  dire  « Sapor  le 
victorieux»  sans  qu’on  sache  a  quel  Sapor  et  a  quelle  victoire  il  fait  allusion. 

(1)  L’arabe  officiel  moderne  est  Fai§  Habur.  Maricq  {Res  Gestae,  p.  126)  l’etudie 
dans  les  sources  arabes.  Le  «pont  sur  le  Habur»,  cite  par  L.  Dilleman  ( Haute  Meso- 
potamie ,  p.  161)  semble  une  explication  pen  probable. 

(2)  Mgr  A.  Scher  pensait  qu’il  fallait  corriger  en  «malheureux  ses  habitants)). 
En  fait  le  mot  «tunna’)>  (pluriel  de  Tani)  est  une  expression  abbasside  au  sens  de 
«magon» ;  cf.  par  exemple  Naswar  al-Muhaddra  (communication  de  M.  G.  ‘Awwad). 
Les  habitants  de  Pesabur  se  souviennent  de  leur  origine  du  pays  de  Baz,  renomme  pour 
ses  masons. 


698 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Deux  faits,  qui  n'affectent  pas  directement  le  village  mais  se  pas- 
serent  dans  ses  environs  immediats,  laissent  supposer  quel  fut,  plus  d’une 
fois,  son  sort.  En  1289,  dit  Bar  Hebraeus  (1),  2.000  maraudeurs  a  cheval 
vinrent  de  Syrie.  Ils  traverserent  la  frontiere  du  Singar  et  du  B.  ‘Arabay£ 
et.  passerent  une  nuit  en  face  de  Pesabur.  Franchissant  le  fleuve,  ils  pil- 
lerent  Wastaw  (2),  un  grand  village  de  Nestoriens.  Une  bataille  s’en 
suivit.  Seule  les  villageois  qui  s’etaient  refugies  dans  Teglise  furent  sauves; 
les  autres  et  ceux  des  sept  hameaux  des  alentours  furent  faits  prisonniers. 
Au  total,  il  y  eut  500  hommes  tues  et  1000  captures.  Les  Mongols  de 
Mossoul,  accourus  au  secours,  purent  en  rattrapper  un  grand  nombre 
avant  qu'ils  n'aient  eu  le  temps  de  traverser  le  Habur  sur  le  pont  etroit, 
et  300  prisonniers  furent  liberes. 

L’autre  fait  revelateur  nous  est  livre  par  Thistoire  d’un  volume  des 
«Evangiles  partages  en  legon  pour  toute  l’annee  selon  le  rite  de  Mar 
Ya'qub  de  B.  ‘Awe»  (3).  Ce  livre  fut  acheve  en  1572  a  Pesabur,  au 
temps  du  patriarche  Elie  VI  et  de  Joseph,  metropolite  de  Gazarta  (dont 
il  dependait  a  cette  epoque  ?),  pour  Teglise  de  Tell  Passne,  village  situe 
sur  le  bord  du  Tigre.  Jusqu’ici,  rien  dYxtraordinaire.  Plus  loin,  comme 
en  passant,  un  colophon  de  1604  nous  apprend  que  le  volume  fut  rachete 
a  des  pillards  par  un  certain  Georges;  ceci  veut  dire  que,  entre  1572  et 
1604,  Tell  Pasne  avait  ete  pille. 

A  Pesabur  meme,  pres  de  feglise  actuelle,  se  voient  les  ruines  de 
1’eglise  ancienne,  au  nom  de  Mar  Awraha. 

Avant  d’entrer  au  village  par  les  jardins,  se  trouve  un  lieu  dit  Havse 
d'Eta,  le  lieu  de  Teglise.  On  pense  que  cette  eglise  serait  celle,  disparue, 
qui  etait  consacree  a  Mar  Sawa  (4). 


(1)  Chronography,  t.  T,  p.  483. 

(2)  Actuellement  Wasta;  en  Turquie,  pres  de  Tell  Qubben. 

(3)  Seert,  cod.  20.  —  Le  livre  fut  plus  tard  donne  a  Peglise  de  Bagdad.  On  ne 
sait  ce  qu’il  est  devenu  depuis  la  disparition  de  la  bibliotheque  de  Seert  et  le  massacre 
du  savant  eveque  qui  en  avait  dresse  le  catalogue. 

(4)  Suhadd\  t.  II,  p.  396. 


VILLAGES  DU  BAHADRA 


699 


Des  mines  a  1  km.  500  au  sud-ouest  du  village  sont  appeldes  Mar 
Guorguls.  Un  pelerinage  y  est  fait  le  24  avril,  et  les  vieux  du  village 
insistent  pour  y  etre  enterres.  A  Test  de  Mar  Guorguls  se  trouvent  dga- 
lement  les  vestiges  d’une  eglise  de  Mar  Quriaqos,  ou  Pon  a  trouvd  na- 
guere  un  encensoir. 

L’eglise  moderne  de  Pesabur,  dddiee  a  N.-D.  des  Moissons,  a  dtd 
construite  en  1861. 

Pesabur,  comme  la  plupart  des  villages  sur  le  Tigre,  est  un  centre 
de  culture  de  grands  roseaux,  presque  des  bambous,  que  Ton  superpose 
aux  poutres  de  peuplier  pour  faire  la  terrasse  des  maisons  et  supporter 
les  nattes  qui  maintiennent  le  revetement  de  terre  battue. 

Des  traces  de  pont  sur  le  Tigre  sont  encore  visibles  a  500  metres 
en  aval  de  Pesabur. 

Messara,  sur  le  Tigre,  a  8  kilometres  au  sud  de  Pesabur,  figure 
comme  siege  episcopal  (  ?)  dans  la  liste  de  ‘Awdiso‘  I V  Marun  en  1 562  ( 1 ) . 
La  «metropole»  ephemere  dont  il  dependait  etait  Hassan  (2),  situde  a 
16  kilometres  a  Test  de  Gezlra  ibn  ‘Omar.  L’autre  siege  sufTragant  de 
la  meme  metropole  etait  «Zuch»  (Zaho). 

A  5  kilometres  a  Test  de  Pesabur  se  trouve  le  village  de  Dair  Abun. 
Aux  Yezidis  qui  habitaient  le  village  ancien,  plus  pres  de  la  montagne, 
ont  succedd  des  chretiens  dmigrds  de  Turquie  apres  la  guerre  de  1915- 
1918.  Le  village  actuel  est  done  rdeent  et  son  dglise  du  Sacrd  Coeur  n’a 
pas  d’intdret.  On  verra  plus  loin  quand  on  parlera  de  son  couvent,  que 
le  nom  de  ce  village  pose  beaucoup  de  questions,  et  des  plus  ddlicates. 

Au  nord-est  de  Dair  Abun  est  sis  le  lieu  dit  de  B.  Zmare,  e’est-a- 
dire  le  lieu  des  chants,  des  prieres.  II  marquerait  l’endroit  d’une  dglise 


(1)  S.  Giamil,  Gen.  Rel.,  p.  64-65:  Mesciara.  G’est  un  des  dvechds  omis  dans  la 
copie  de  cette  meme  liste  donn^e  par  Biagio  Terzi  di  Laura.,  dans  Siria  Sacra,  Rome, 
1695,  p.  311. 

(2)  Dans  S.  Giamil  :  Elchessen.  En  kurde  moderne:  HasssanG  II  y  a  encore 
la-bas,  des  chretiens,  nestoriens,  jacobites  et  protestants  melanges,  mais  sans  pretres. 


700 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


et  d’un  couvent  ancien,  sur  1c  nom  et  l’histoire  duquel  on  n’a  absolument 
aucune  donnde.  Ce  lieu  n’est  pas  l’objet  d’un  culte  organise. 

II  y  aurait  encore  beaucoup  de  lieux  auxquels  s’attache  une  tra¬ 
dition  chretienne,  souvent  tres  vague.  Ainsi,  sur  le  chemin  de  Ba  Ward£ 
a  Afhan£,  pres  de  Skafdale,  se  trouve  un  tell  artificiel  appele  Kasroke. 
Feu  lYveque  de  Zaho,  Mgr  Yohannan  Nisan,  disait  que  c’etait  une 
eglise.  CYtait  certainement  un  lieu  saint  car  la  legende  veut  que  les 
Kurdes  aient  essayd  de  batir  sur  ses  mines,  mais  qu’ils  en  aient  ete  em- 
peches  par  une  force  surnaturelle.  En  d’autres  endroits,  tels  que  par 
exemple  a  Avzeruk,  le  saint  anonyme  ne  s'est  pas  oppose  a  ce  que  son 
lieu  de  culte  soit  emprunC  par  un  confrere  musulman,  quitte  a  appa- 
raitre  en  songe  a  un  fidele  pour  revendiquer  le  lieu  et  prouver  sa  reven- 
dication  en  faisant  trouver  une  croix  enterree. 

De  meme  au  lieu  dit  Ziyarat  Kaskane  on  trouve  un  arbre  pres 
d’une  source.  On  y  fait  jurer  les  voleurs,  chrdtiens  aussi  bien  que  musul- 
mans,  qui  en  ont  tres  peur! 

Comme  on  le  voit,  nos  connaissances  sont  plutot  maigres  quant  a 
1’histoire  chretienne  de  cette  partie  nord  du  Ba  Nuhadra.  Ceci  tient 
surtout  a  ce  que,  a  la  difference  du  sud,  foccupation  chretienne  en  a 
disparu  depuis  de  nombreux  siecles,  sauf  sur  la  peripherie.  Seuls  les 
couvents,  constructions  isolees  en  dehors  des  villages  et  des  routes  fre¬ 
quences,  ont  garde  leur  nom  et  leur  personnalite.  Encore  faut-il  souvent 
deviner  leur  histoire  a  travers  celles  de  collegues  plus  fortunes,  auxquels 
des  monographies  ont  ete  consacrees  par  leurs  fils  enthousiastes.  Si  de 
grands  noms  comme  Apnimaran  de  Kurkma  et  Mar  Awa  de  Dair  Abun 
ont  ete  celebres  en  leur  temps  en  vers  et  en  prose,  les  oeuvres  qui  les  chan- 
taient  ont  disparu,  et  ce  sont  a  peine  des  squelettes  que  nous  pouvons 
evoquer  des  rives  brumeuses  du  Ldthe. 


XX 


LES  COUVENTS  DU  BAHADRA 


1.  —  Le  couvent  de  la  rage. 

A  un  kilometre  a  l'ouest  de  Ma‘alta,  pres  d’une  source,  se  trouve 
un  vieux  couvent  sur  lequel  les  dossiers  de  la  Direction  Gendrale  des 
Antiquitds  (1)  n’ont  pas  grand-chose  a  dire.  Unc  reconnaissance  sur  les 
lieux  n’en  dit  guere  plus  long.  Les  ruines  sont  enfouies  sous  les  sediments 
de  terre  accumulde.  Seuls  les  debris  d'une  construction,  probablement 
le  chceur  de  l’dglise,  Emergent  un  peu. 

Tout  ce  que  peuvent  dire  les  chretiens  de  l’endroit  est  que  le  couvent 
est  celui  de  Mar  ‘Awda,  dont  la  commdmoraison  etait  faite  jadis  le 
lundi  de  Quasimodo  (2).  Cette  date  passe-partout  ne  nous  apprend  rien, 
et  aucun  texte  n’a  et£  conserve  qui  jette  une  lumiere,  meme  legendaire, 
sur  le  personnage.  Les  ‘Awda  sont  nombreux  parmi  les  fondateurs  de 
couvents;  on  ne  dit  d'aucun  d’entre  eux  qu’il  ait  transport^  ses  pdnates 
par  ici. 

Par  contraste  avec  leur  fondateur  insaisissable,  les  moines  du  cou¬ 
vent  se  sont  fait,  entre  le  Xe  et  le  XIVe  siecle,  une  reputation  que  se 
repetent  a  l’envi  les  auteurs  musulmans.  Cette  reputation,  le  couvent  la 
doit,  non  seulement  a  la  vue  agreable  qu’offrait  ses  constructions,  avec 
les  cellules  s’etageant  les  unes  au-dessus  des  autres  sur  la  pente  de  la 
montagne,  avec  son  oliveraie,  ses  grenadiers,  ses  myrtes,  ses  vignes,  ses 


(1)  Dossier  920/35. 

(2)  Comme  ce  jour  n’est  plus  chdm£,  la  solennite  exterieure  est  reportee  au 
3e  dimanche  de  la  Resurrection. 


702 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


safrans  et  ses  narcisses;  non  seulement  a  sa  richesse,  augmentee  encore 
par  les  revenus  des  champs  de  cereales  que  les  moines  cultivaient  dans 
la  plaine;  non  seulement  a  sa  fete  tres  populaire  parmi  les  chrdtiens  et 
les  musulmans,  ou  a  son  vin  genereux  qui  y  attire  la  clique  ordinaire 
des  libertins,  oisifs  et  poetes,  mais  surtout  a  la  speciality  qu’ont  ses  moines, 
par  un  secret  transmis  de  generation  en  generation  et  soigncusemcnt 
garde,  de  guerir  les  gens  mordus  par  les  chiens  enrages.  D'ou  son  nom 
de  «couvent  de  la  rage»  (1).  C’est  pourquoi  le  Maqdassi  le  mentionne 
parmi  les  «merveilles  du  pays  de  Mossoul». 

Selon  cet  auteur  (2)  le  traitement  administre  par  les  moines  dure 
cinquante  jours  mais,  ajoutent  cTautres  (3),  les  remedes  sont  inefficaces 
si  on  a  attendu  plus  de  quarante  jours  entre  la  date  de  la  morsure  et 
le  commencement  du  traitement.  Yaqut,  qui  fait  deux  fois  allusion  au 

(1)  « Dair  al  kalab »,  cf.  Ibn  Fadlallah  al-‘Omar!,  Masalek,  p.  504-505, 
et  G.  ‘Awwad,  Sabusti,  p.  262-263,  Appendice  26.  —  Ahmad  Zaki  Pacha  (ed.  des  Masalek, 
p.  254,  n.  1 ;  suivi  par  G.  ‘Awwad)  retrouvant  un  Dair  al  kalab  dans  le  texte  de  Yaqut 
sur  «  Nahr  ad-dahab  »,  pense  aussitot  qu’il  s’agit  de  notre  couvent.  En  fait,  les  deux 
autres  «merveilles  du  monde»  citees  avec  le  Couvent  de  la  rage  sont  la  Riviere  d’Or, 
et  la  citadelle  d’Alep.  Ces  deux  dernieres  £tant  toutes  deux  a  Alep,  il  est  £tonnant 
de  trouver  dans  le  meme  groupe  une  merveille  de  Mossoul.  Malgr£  Fidentite  des 
trois  Editions  sur  ce  point  (Wustenfeld,  t.  VIII,  p.  831;  ed.  du  Caire,  t.  \  II,  p.  340; 
ed.  de  Beyrouth,  t.  V/ 1957,  p.  320  b),  je  crois  que  le  texte  imprime  de  Yaqut  est  ici 
fautif:  la  troisieme  merveille,  comme  les  deux  autres,  doit  etre  cherchee  a  Alep,  c’est 
d’ailleurs  les  «gens  d’Alep»  qui  fournissent  a  Yaqut  sa  liste. 

Le  recours  aux  sources  aleppines  fournit  la  solution.  Un  manuscrit  recent  de  la 
B.N.  (Ar.  312,  fol.  68  r.)  mentionne  en  effet  la  trilogie,  entierement  locale:  la  citadelle, 
la  riviere  d’or  et  le  «gub  al-kalab»,  c’est-a-dire  «la  fosse  de  la  rage».  Et  Ibn  Saddad 
{al  A‘laq  al  hatira,  edite  par  D.  Sourdel,  Damas,  1953,  p.  126-127;  repris  par  l’histoire 
d’Alep,  ad  Durr  al  muntahab  fl  tank  mamlakat  Halab ,  par  Yusif  A.  Sarkis,  Beyrouth,  I.C., 
1909,  p.  47  et  128)  confirme  qu’il  y  a  bien  pres  d’Alep  un  village  en  ruines  de  ce  nom, 
ou  un  puits  possede  des  proprietes  semblables  a  celles  de  la  source  de  notre  couvent. 
Comment  le  texte  de  Yaqiit  est-il  devenu  Dair?  Y  avait-il  d’abord  le  mot  «bi’r»  ? 
II  est  difficile  de  le  dire.  En  tout  cas,  meme  s’il  y  avait  Dair  al  kalab,  ce  n’est  pas  de 
notre  couvent  que  le  texte  a  voulu  parlcr  ici. 

(2)  Ahsan  at  taqasim,  p.  146. 

(3)  Sdbusti,  p.  196;  Muniat  al-udaba\  p.  148. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


703 


couvent  (1),  transcrit  un  poeme  compost  par  Abl  as  Saffah,  dont  le 
frere  fut  ainsi  gueri. 

La  localisation  du  couvent  est  assez  imprecise  dans  la  plupart  des 
auteurs.  Yaqut,  suivi  par  Yasln  al  ‘Omari,  le  met  «dans  le  voisinage 
de  Mossoul,  entre  cette  ville  et  Gazlra  ibn  ‘Omar,  du  cotd  de  Ba‘adra, 
un  des  districts  de  Mossoul».  Le  Sabusti,  a  son  habitude  encore  moins 
exact,  le  place  «entre  Mossoul  et  Balad».  Heureusement,  hauteur  des 
Masdlek ,  bien  qu'il  s’inspire  des  Haledi,  leur  ajoute  un  temoignage  qui 
rend  un  son  plus  personnel.  II  place  le  couvent  «pres  de  Ma‘altaya,  au 
pied  de  la  montagne;  le  cours  d’eau  fait  un  detour  dans  sa  direction. » 
Et  plus  loin:  «Sa  source  se  ddverse  sur  lui  d'en  haut.» 

En  fait,  ce  n’est  pas  du  haut  de  la  montagne  que  vient  l’eau  de  cette 
source,  mais  du  village  encore  appeld  «Ma‘alta  d'en  haut»,  situd  au 
nord  de  la  route  moderne,  non  loin  derriere  le  tell  arch^ologique,  pres 
duquel  le  petit  ruisseau  coule  avant  d’arriver  au  couvent  (2).  Tous  ces 
ddtails  topographiques,  vdrifids  sur  place,  permettent  d 'identifier  le 
«couvent  de  la  rage»  au  couvent  de  Mar  ‘Awda. 

2.  —  Mar  Italaha  de  Dastagard 

Le  titulaire  de  ce  couvent  a  eu  le  malheur  de  tomber  sous  le  scalpel 
du  P.  Peeters,  qui  n’en  a  pas  laissd  grand-chose  (3).  Mais  avant  de  parler 
de  sa  l^gende,  prenons  bien  soin  de  distinguer  notre  hdros  d’un  autre 
personnage  du  meme  nom,  soi-disant  ex-pretre  de  la  d^esse  Sarbel 
d’Erbil  (4).  L'ltalaha  du  Ba  Nuhadra  est  compagnon  de  martyre  de 


(1)  Mu1 2 3 4 * * * *  gam ,  II,  690  et  IV,  299.  Voir  aussi  H.  Zayat,  Convents ,  p.  19,  21,  32, 
57,  102. 

(2)  La  source  se  serait  tarie  en  1959. 

(3)  Passionnaire  d’Adiabene,  XLI 1 1/1925,  p.  289-298,  n°  10. 

(4)  Ref.  s.v.  «Aeithalas  et  Apsees  —  on  Aithalaha  et  Haphsai,  mm.  in  IVrside, 

354-355  »,  in  BHO,  p.  8;  AMS ;  IV,  p.  133  et  introd.,  p.  vi,  n.  2;  Suhada9,  I,  p.  308; 

Pseudo  Msiha  p.  136-138;  note  prudente  de  Nau,  DHGE,  1/1912,  col.  1226,  s.v. 

Aitalaha ;  celui-ci  non  plus  n’a  pas  echapp^  a  la  critique  du  P.  Peeters,  Passionnaire , 

cit.,  p.  277-284,  n°  8. 


704 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


‘Aqewsma,  prdtendu  eveque  de  Hnlta  et  du  pretre  Joseph.  Le  trio 
aurait  souffert  sous  Sapor  II,  vers  379  (1).  Les  conclusions  du  P.  Peeters 
sur  leurs  Actes  sont  accahlantes:  «Comme  document  historique,  la  piece 
rcsiste  mal  a  Pexamen...  Ghronologie  diflicilement  acceptable...  Dans 
la  trame  du  recit,  les  incoherences,  voire  les  impossibility  ne  manquent 
pas...  II  faut  conclure  de  la  que  la  passion  d’ Acepsimas  n’a  pas  ete  com- 
posee  bien  pres  d’Arbelles,  et  qif  au  milieu  du  VIe  siecle,  elle  y  etait 
encore  ignoree.» 

La  Chronique  de  Seert  (2)  s'inspirant  peut-etre  d’un  detail  hagio- 
graphique  deja  raconte  a  propos  d’autres  martyrs  dans  le  passionnaire 
de  Kerkouk  (3)  ajoute  un  epilogue  au  recit:  «Un  myrte  parut  a  Pen- 
droit  oil  avait  ete  martyrise  Italaha.  Les  malades  du  pays  de  Nuhadra 
en  prenaient  des  parcelles  et  recouvraient  a  Pinstant  la  sante.  Cinq  ans 
apres,  les  Mages  en  eurent  connaissance  et  le  couperent.» 

Le  myrte  se  retrouve  dans  la  notice  du  Lime  de  la  Chastete  (4)  qui 
ajoute:  «Apres  un  temps,  les  fideles  batirent  un  couvent  celebre  sous  le 
nom  du  Bienheureux»,  alors  que  dans  le  titre  de  la  notice  il  avait  6tc 
parle  de  Mar  Italaha  «des  ecoles  de  Nuhadra».  C’est  qu’en  effet  il  y  a 
deux  choses  sous  le  nom  du  martyr:  une  ecole  et  un  couvent. 

L’Ecole  apparait  au  VIIe  siecle  quand  ses  eleves,  apres  que  R. 
Hormizd  eut  obtenu  du  ciel  un  petit  tremblement  de  terre  pour  detruire 
le  monastere  heretique  de  Bezqln,  vinrent  parachever  Poeuvre  celeste  en 
pillant  les  decombres  (5).  Et  quand  le  meme  R.  Hormizd  eut  etabli  son 


(1)  Ref.  sur  «  Acepsimas,  Ioseph,  Aeithalas  »,  in  BHO,  p.  6,  et  s.v.  Acepsimas, 
in  DHGE,  1/1912,  col.  288-289  par  S.  Vailhe;  AMS,  II,  p.  351;  Dom  Leclercq,  Les 
Martyrs ,  III,  p.  133,  n°  18,  233-245,  et  concl.  245-247;  Suhada\  I,  p.  371. 

(2)  I,  p.  198. 

(3)  AMS,  II,  p.  286-289.  Il  s’agit  la-bas  d’un  figuier  que  fit  pousser  le  sang 
de  fllles  du  pacte  martyres,  et  que  la  jalousie  des  manich^ens  impies  arracha,  6gale- 
ment  apres  de  nombreuses  annees,  comme  si  on  avait  pu  le  tenir  cache  jusque-la. 

(4)  L.C.  n"  8. 

(5)  History...  of  R.  Hormizd,  t.  II, I,  p.  114. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


705 


propre  couvent,  cinquante  eleves  de  l’dcole  d’ltalaha  y  entrerent  en 
meme  temps  comme  novices  (1). 

L’illustre  Sahdona,  dgalement  au  ddbut  du  VIIe  siecle,  fut-il  dleve 
de  l’ecole  de  Mar  Italaha?  C’est  du  moins  ce  qu’aflirme  Iso‘dnah  (2). 
Cependant,  si  vraiment  le  pays  natal  de  Pdvequc  de  Mahozd  est  bien 
le  Halmun  qui  se  trouve  a  V extreme  limite  nord  du  Ba  Nuhadra,  on 
se  demande  pourquoi  fenfant  fut  envoyd  a  une  dcole  si  lointaine,  qui 
n’etait  pas  plus  cdlebre  qu'une  autre.  On  comprend  mieux  qu'il  ait  dtd 
eleve  a  Nisibe,  comme  l’indique  Thomas  de  Marga  (3),  s’appuyant  sur 
Yhistoire  ecclesiastique  de  Bar  ‘Eta. 

II  semble,  d’apres  le  texte  dTso‘dnah,  que  Tdcole  existait  encore 
au  Xe  siecle. 

Quant  au  Couvent,  il  est  signald  au  \TIe  siecle,  dans  la  vie  dTso*- 
yaw,  futur  fondateur  de  Mar  Yaqo,  qui  habita  tout  pres  de  lui  (4). 

Sa  derniere  mention  date  de  1607,  dans  le  rapport  prdsentd  a 
Paul  V  (5).  On  ne  peut  dire  si  le  monastere  avait  encore  des  rcligieux  a 
cette  dpoque,  ou  s’il  dtait,  comme  aujourd’hui,  un  batiment  vide, 
entretenu  par  la  communautd  de  Dehok. 

Autour  de  sa  grande  dglise,  restauree  en  1933  et  situde  a  gauche  du 
chemin  avant  d’entrer  a  la  petite  ville,  on  voit  encore  des  traces  de  murs 
qui  tdmoignent  de  l’extension  du  couvent  ancien,  et  des  tombes  qui  sont 
probablement  celles  de  ses  moines,  melds  aux  fiddles  qui  voulurent  se 
faire  enterrer  a  cote  du  martyrion;  en  effet  le  sanctuaire  de  Mar  Italaha 
est  plutot  un  lieu  de  pelerinage  qu'un  couvent  vdritable.  Comme  a  Mar 
Behnam,  les  moines  n’y  dtaient  qu  a  titre  d’hoteliers  des  pelerins.  On 
ne  connait  le  nom  d’aucun  d’entre  eux. 


(1)  Ibid.,  p.  116. 

(2)  L.C.,  n°  128. 

(3)  Bk.  II,  p.  111. 

(4)  Chr.  de  Seert ,  II,  p.  196. 

(5)  Gen.  rel .,  p.  517,  n°  18. 


Rech.  23  —  45 


706 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


On  raconte  que,  lors  de  la  derniere  restauration,  on  trouva  une 
pierre  sculptee,  au  milieu  de  laquelle  se  trouvait  une  croix  entre  deux 
colombes  affrontees.  On  ne  sait  ce  que  cette  pierre  est  devenue. 

La  source  du  couvent,  celebre  par  ses  propridtes  curatives,  s’est 
deplacee.  Elle  est  maintenant  a  un  quart  d’heure  de  marche  de  Feglise. 

Le  pelerinage  solennel  de  Mar  Italaha  est  celebre  tous  les  ans  le 
mercredi  de  Paques.  Un  miracle  se  serait  produit  dans  ce  sanctuaire  a 
une  date  difficile  a  preciser,  mais  probablement  pas  tres  ancienne:  un 
Kurde  qui  avait  pollue  Feglise  fut  frappe  de  cecity.  II  ne  fut  gueri  qu’a- 
pres  avoir  fait  amende  honorable  (1). 

3.  —  Mar  Hnania 

Le  n°  17  de  la  liste  nestorienne  de  couvents  de  1607  porte:  Betka- 
nania  (2).  Si  Ton  remarque  que,  plusieurs  fois,  le  transcripteur  emploie 
le  k  pour  Fh  (3),  et  que  les  moines  Hormizd  et  ‘Osana,  auteurs  de  la 
liste,  suivent  Fordre  geographique,  descendant  du  nord  vers  le  sud,  on 
peut  penser  que  le  couvent  de  B.  Hanania  se  trouve  dans  la  partie  nord 
du  Ba  Nuhadra. 

En  fait,  il  y  aurait,  a  6  kilometres  au  sud-est  de  Dehok,  au  village 
de  Barroske,  un  couvent  de  ce  nom.  Peu  de  gens  le  connaissent,  mais 
ses  ruines  sont,  parait-il,  importantes,  ce  qui  est  normal  si  le  couvent 
etait  encore  debout  au  debut  du  XVIIe  siecle. 

A  part  sa  position,  je  n’ai  rien  trouve  sur  ce  monastere.  L'identite 
de  son  fondateur  est  entierement  inconnue,  son  nom  meme  est  rare  dans 
Fonomastique  nestorienne.  II  n’y  a  pas  un  seul  Hnania  dans  le  Liber 
Castitatis ,  et  le  seul  du  nom  que  mentionne  Thomas  de  Marga,  est  FAbba 
Hnania  des  bouquetins,  qui  £tait  tellement  loin  de  fonder  un  couvent 


(1)  Le  miracle  est  consigne  par  le  R.P.  Degeorges  dans  la  revue  Missions  Dorni- 
nicaines,  1929,  p.  364-365.  Le  nom  du  saint  est  donne  comme  «  Mar  A.». 

(2)  Gen.  Rel. ,  p.  517. 

(3)  v.g.  n°  7 :  Aka. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


707 


qu'il  rfavait  meme  ni  porte  ni  fenetre  a  la  petite  grotte  de  Gdr  Kahne, 
pres  de  B.  ‘Awd,  qui  lui  servait  de  cellule  (1). 

On  pourrait  dgalement  supposer  que  le  couvent  dtait  bati  au  nom 
d’un  martyr;  on  a  en  effet  un  Hnania,  laic  martyr  d’Erbil.  II  n’y  aurait 
rien  d’dtonnant  qu’une  de  ses  reliques  soit  venue  aboutir  ici,  car  les 
reliques  dtaient  aussi  vagabondes  que  les  moines.  On  a  vu  plus  haut  que 
Teglise  du  saint  a  Erbil  fut  ddtruite  au  debut  du  XIVe  siecle. 

4.  —  Mar  Iso‘yaw  qui  quitta  sa  place 

Le  monastere  de  Mar  I§o‘yaw  est  situe  dans  la  montagne,  a  flanc 
de  coteau,  a  peu  pres  au-dessus  du  village  de  Sios.  Depuis  la  disparition 
des  moines,  le  petit  village  de  Mar  Yaqo,  ofHciellement  connu  sous  le 
nom  de  Qasafer,  s’est  ddveloppd  a  cotd  des  mines  de  la  vieille  dglise. 
J’ai  ddja  dit  un  mot  du  village;  quant  au  couvent,  c’est  certainement  un 
de  ceux  dont  les  restes  sont  les  plus  imposants. 

Sa  grande  dglise,  laissde  sans  restauration  depuis  probablement 
environ  600  ans,  est  encore  en  grande  partie  debout  et  ses  dimensions 
la  placent  parmi  les  plus  impressionnantes  du  pays.  Des  grottes  tres 
nombreuses,  le  plus  grand  nombre  malheureusement  en  partie  effon- 
drdes,  des  citernes  souvent  £boulees,  des  tombeaux,  le  tout  tailld  dans  le 
roc,  tdmoignent  encore  de  la  vitalitd  pass^e  du  couvent,  alors  que  les 
pressoirs  creusds  par  les  moines  se  retrouvent  encore  ici  ou  la  parmi  les 
vignes,  et  que  le  chemin  empierrd  par  eux  jusqu’a  leur  couvent  sert 
toujours  a  monter  au  village. 

A  cotd  de  lYglise  il  y  avait  un  coenobion,  c'est-a-dire  une  «maison 
de  communautd»  distincte  des  grottes-cellules  des  anachoretes.  II  n’en 
reste  rien;  seul,  au  nord  de  lYglise,  un  nom  ‘ amrona ,  le  petit  couvent, 
rappelle  la  presence  de  ce  couvent.  Cette  partie  dtant  situde  sous  les  mai- 
sons  du  village  £chappera  longtemps  a  la  fouille,  alors  qu'un  peu  d’argent 
suffirait  pour  faire  d^blayer  le  cotd  sud  et  retrouver  les  batiments 
entourant  la  cour  de  l’dglise. 


(1)  Bk.  II,  p.  9  et  266-273. 


708 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Si  l’archeologie  n’a  pas  encore  donne  tout  ce  qu’on  pourrait  en 
attendre,  Phistoire  permet  du  moins  de  retrouver  quelques  jalons  de  la 
vie  du  couvent. 

Quand  nous  aurons  retrace  ce  cadre  historique,  nous  pourrons 
£tudier  les  traditions  et  tout  le  folklore  si  interessant  qui  fait  de  ce  couvent 
un  couvent  type.  Cela  nous  sera  d’autant  plus  facile  que  j’ai  pu  faire  de 
nombreux  sejours  dans  la  maison  dominicaine  moderne  qui  surplombe 
la  vieille  eglise  et  inclut  meme  quelques  grottes  de  l’ancien  couvent  (1). 

Fondation 

Bien  que  le  couvent  soit  appele  actuellement  du  nom  de  Mar  Yac- 
qub,  le  vrai  fondateur  fut  Mar  Isocyaw.  Gelui-ci,  dont  la  liturgie  nes- 
torienne  faisait  la  commemoraison  le  3e  Vendredi  d’Elie  (2),  est  connu 
surtout  par  le  Liber  Castitatis  (3)  et  par  la  Chronique  de  Seert  (4).  Pour  le 
distinguer  de  tant  d’autres  du  meme  nom,  Is6‘dnah  le  surnomme 
«Iso‘yaw  qui  quitta  sa  place»,  comme  si  ce  fait  l’eut  caracterise  parmi 
ces  milliers  de  «deambulateurs»  qu’etaient  les  moines  anciens,  qui  ne 
se  fixaient,  et  encore,  que  quand  ils  avaient  fonde  un  couvent. 

Isd‘yaw  etait  originaire  du  Ba  Nuhadra.  II  «apparut»  a  la  fin  du 
VIe-debut  du  VIIe  siecle,  sous  le  patriarcat  de  Sawriso1 2 3 4 5  Ier  (596-604)  (5) 
ou  au  temps  de  Gregoire  Ier  (605-609).  Cette  date  est  celle  du  debut  de 
sa  vie  publique.  Si  en  effet  il  faut  essayer  une  chronologie  (mais  le  faut-il  ?) 
on  devrait  dire  qu’il  naquit  vers  577,  on  ne  sait  exactement  dans  quel 
village. 

Des  son  cnfance,  pour  la  premiere  fois,  il  «quitta  sa  place»  et  s’en 
alia  etudier  au  pays  cle  Qardu,  a  fecole  de  la  ville  de  Tamanun,  au  pied 


(1)  Certains  elements  cle  ce  chapitre  ont  paru  dans  la  Bulletin  du  Seminaire  Syro - 
Chaldeen  de  Mossoul ,  1951,  p.  75-83  et  101-109. 

(2)  Calendrier  de  Malabar,  1956  s.,  oil  le  couvent  est  donne  comme  Sezaz  au 
lieu  de  S6zi.  Meme  graphie  dans  A.  Sciier,  J.A.,  XV/1910,  p.  130-132. 

(3)  N°  139. 

(4)  II,  p.  195-196. 

(5)  D’apres  ‘Amr  et  Chr.  de  Seert ,  cit. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


709 


du  mont  Gudi.  Ayant  terming  l’dtude  des  Livres  Saints,  Iso‘yaw,  «clerc» 
mais  pas  encore  moine,  revint  en  Adiabene,  et  devint  maitre  de  lecture 
au  couvent  de  Sliwa  Zha,  aupres  du  fameux  anachorete  Iso4  Zha,  le 
fondateur  connu  du  couvent  de  Gassa. 

«Apres  quelque  temps»  Mar  Zha  envoya  Iso'yaw  aupres  de  Mar 
Bawai  de  Nisibe,  son  ancien  compagnon,  qui  dtait  revenu  au  pays 
natal  et  avait  restaurd  un  des  vieux  couvcnts  du  Mont  Izla.  Ce  fut  la 
qu'Is64yaw  se  ddcida  a  recevoir  le  scapulaire  des  moines.  Apres  la  mort 
de  Bawai',  c’est-a-dire,  d’apres  la  Chronique  de  Seert  (1),  apres  628,  date 
de  la  mort  de  Siroi,  Iso‘yaw  se  sentit  appeld  a  «devenir  chefde  moines». 
On  dtait  encore  dans  la  pdriode  de  dix  anndes  qui  separa  la  conquete 
romaine  de  627  de  la  conquete  arabe  de  637. 

Revenu  au  pays  natal,  notre  moine  resta  quelque  temps  pres  du 
couvent  du  martyr  Italaha;  puis  il  chercha  un  emplacement  pour  batir 
son  couvent.  II  choisit  le  lieu  meme  «ou  les  Kurdes  (paiens)  ofFraient 
des  sacrifices  au  ddmon».  L’histoire  n  a  pas  conserve  le  nom  de  ce  demon, 
probablement  etait-il  parent  de  Yai  et  de  Mam  que  Ton  rencontre  dans 
les  histoires  de  ce  genre  et  qui  habitaient  dans  un  grand  arbre,  ou  meme 
etaient  personnifies  par  cet  arbre. 

Reste-t-il  des  vestiges  de  ce  culte  des  demons?  Peut-etre  faut-il 
attribuer  aux  sacrifices  les  deux  cuves  rondes,  taill^es  dans  la  pierre,  qui 
couronnent  le  sommet  voisin  appele  Tastafsla,  haut-lieu  classique  s’il  en 
fut;  et,  a  quelques  pas  du  village  moderne,  comment  expliquer  cette 
«pierre  du  diable»,  Kepa  d  Satana  que  les  villageois  ne  peuvent  d<5- 
passer  sans  la  lapider?  Personne  ne  peut  donner  la  raison  de  ce  geste. 
II  semble  bien  que  Ton  se  trouve  devant  un  rite  magique,  antdrieur  au 
christianisme  et  a  Plslam,  rite  qui  se  retrouve  en  maints  lieux,  par 
exemple  a  la  gamrat  al  4 aqaba  de  Mina,  que  les  pelerins  de  la  Mecque 
doivent  lapider. 

Le  folklore  de  Mar  Yaqo  a  gardd  aussi  le  nom  d’un  lieu-dit  dont 


(1)  II,  p.  553. 


710 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


on  trouve  l’explication  dans  la  legende  doree,  une  de  ces  histoires  edi- 
fiantes  comme  on  en  raconte  dans  tous  les  pelerinages.  Celle-ci  se  racon- 
tait  deja  au  XI°  siecle:  «Un  jour  quc  Mar  Isocyaw  £tait  assis,  il  vit  des 
demons  qui  prirent  une  pierre  pour  la  lui  jeter.  Par  le  nom  de  Dieu  il 
en  arreta  la  chute  et  elle  resta  suspendue  comme  on  la  voit  encore  de 
nos  jours. »  La  «pierre  de  la  croix»  Kepa  de  Sllwa  est  en  effet  un  gros 
quartier  de  roc  en  equilibre  en  haut  d’une  falaise  surmontant  le  chemin 
qui  conduit  au  couvent.  Le  matin,  il  y  a  au  pied  de  cette  falaise  une 
ombre  ddlicieuse,  et  le  voyageur  qui  monte  de  la  plaine  aime  a  s’y  reposer 
avant  le  dernier  raidillon  qui  le  menera  au  but.  L’interpretation  du  nom 
serait  done:  la  pierre  (du  signe)  de  la  croix. 

Evidemment,  un  sceptique  pourrait  ne  voir  en  notre  pierre  qu’une 
curiosity  naturelle;  ou  encore  objecter  que  Ton  connait  deja  Phistoire. 
On  raconte  la  meme  anecdote  de  Panachorete  syrien  Paul  (1)  et,  plus 
tard,  de  R.  Muse  du  couvent  de  B.  Sayyare  qui,  moins  heureux,  ne  s’en 
tira  pas  sans  une  blessure  a  la  cuisse  (2).  Mais  pourquoi  prendre  parti? 
Dieu  en  sait  plus  long! 

On  ne  sYtonnera  pas  apres  cela  que  R.  Yozadaq,  lui-meme  batis- 
seur  de  couvent  dans  la  montagne  de  Qardu,  rapporte  qu’il  n’y  avait 
personne  en  ce  temps-la  comme  Mar  Iso‘yaw  pour  operer  des  miracles 
et  des  gudrisons. 

Malgre  tout,  il  semble  que  le  fondateur  n’avait  pas  encore  trouve 
le  bonheur  dans  son  couvent,  aupres  du  martyrion  qu’il  avait  bati,  au 
milieu  des  nombreux  freres  qui  l’entouraient;  il  voulut  une  fois  de  plus 
«quitter  sa  place».  Il  fallut  toutes  les  instances  du  Bx  Ishaq,  eveque  de 
Nuhadra,  pour  le  retenir.  Pas  longtemps  d’ailleurs,  puisque,  cinq  ans 
apres  la  fondation,  R.  Isocyaw  mourut  «orne  de  vieillesse»,  dit  la  chro- 
nique,  qui  ajoute  de  fagon  inattendue:  «a  Page  de  56  ans»  (?)  Il  fut 
inhume  dans  le  martyrion  de  son  couvent.  Et  le  chroniqueur  de  conclure 
devotement:  «Que  ses  prieres  nous  assistent!  Amen.» 


(1)  Lives  of  the  Eastern  Saints,  p.  143. 

(2)  Vie  de  R.T.  Busnaya,  p.  130. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


711 


Avant  de  le  laisser  reposer  en  paix,  il  faut  relater  un  fait  merveilleux 
qui  se  produisit  au  lit  de  mort  du  fondateur.  Iso‘yaw  allait  mourir  et 
ses  freres  en  pleurs  l’entouraient,  se  lamentant  de  n’avoir  plus  personne 
a  leur  tete.  «Ne  soyez  pas  dans  fembarras,  mes  freres  et  mes  fils,  pour 
ma  separation  d’avec  vous,  leur  dit-il,  car  voici  que  Notre-Seigneur  met 
en  mouvement  le  Bx  Ya‘qub,  fascete,  qui  est  du  couvent  de  B.  ‘  Awd. 
II  viendra  vers  vous  et  sera  votre  supdrieur». 

De  semblables  predictions  sont  classiques  dans  l’hagiographie  mo- 
nastique:  Abraham  de  Kaskar  avait  vu  ainsi  arriver  son  successeur  au 
Mont  Izla  (1)  et  Abraham  de  Ma‘arrd  annonga  la  venue  de  Ruzbi- 
han  (2),  etc.  II  y  eut  sans  doute  bien  des  raisons  naturelles  au  transfert 
de  Mar  Ya‘qub  au  couvent  de  Mar  Iso‘yaw,  mais  qui  connait  les  voies 
de  la  Providence?  Rabban  Suhfdiso1 2 3 4 5  va  bientot  nous  apprendre,  a  ses 
propres  d^pens,  a  voir  les  choses  d’une  fagon  plus  surnaturelle. 

Mar  Ya'qub 

Quel  dtait  done  cet  homme  qui  venait  prendre  la  succession  de  R. 
Iso‘yaw  et  allait  marquer  le  couvent  au  point  meme  que  son  nom  sup- 
planterait  (ne  s’appelait-il  pas  Ya‘qub  ?)  celui  du  fondateur  (3)  ? 
Is6‘dnah  lui  consacre  la  derniere  notice  de  sa  liste  (4),  et  Thomas  de 
Marga  lui  donne  un  rang  d’honneur  parmi  les  moines  de  B.  ‘Awd  au 
temps  du  supdrieur  QamIso‘  (5). 

Originaire  du  district  de  Rdsa,  dans  la  province  du  B.  Garmai, 
Yacqub  dtudia  aux  dcoles  de  Harbat  Glal,  oil  il  regut  une  Education 


(1)  L.C.  n°  38. 

(2)  L.C.  n°  107. 

(3)  Il  semble  que  ce  soit  lui  qui  ait  figure  dans  la  s£rie  des  fondateurs,  comm£- 
mor^s  au  5e  vendredi  de  Moise,  car  je  ne  connais  pas  d’autre  Ya‘qub  qui  ait  fondd 
au  Ba  Nuhadra.  L’Iso‘yaw  qui  le  precede  peut  etre  le  notre,  il  peut  6tre  ^galement 
Bar  Qusr6,  mais  ce  dernier  a  sa  commemoraison  spdciale.  —  Le  nom  du  titulaire  s’^crit 
en  chaldden  et  arabe  Ya‘qub,  en  soureth  moderne  Yaqo. 

(4)  L.C. ,  n°  140. 

(5)  Bk.  II,  p.  119-121. 


712 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


soignee.  Des  sa  jeunesse,  la  reputation  de  B.  ‘Awe  l’attira,  et  il  s’y  fit 
moine. 

Si  Ton  en  croit  Iso'dnah,  Ya'qub  «re^ut  l’habit  monastique  des 
mains  de  Mar  Abraham,  superieur  du  monastere,  du  pays  de  Kaskar, 
disciple  de  Mar  Ya'qub  fondateur  de  B.  ‘Awe.  C’est  lui  qui  fonda  un 
monastere  au  pays  de  Dasen. »  Malheureusement  cet  Abraham,  d’apres 
Iso'dnah  lui-meme  qui  lui  consacre  une  notice  detaillee  (1)  ne  semble 
pas  avoir  ete  superieur  de  B.  ‘Awe;  a  moins  qu'on  ne  fidentifie  au  supe¬ 
rieur  du  couvent  de  R.  Iso'  Zha,  qui  descendit  de  Dasen  sur  ses  vieux 
jours  et  fut  superieur  des  deux  couvents  jumeles  (2).  Mais  Thomas  ne 
dit  pas  qu’il  ait  ete  eveque  de  Dasen  depuis  le  temps  du  patriarche 
Georges  (661-680/1)  comme  le  veut  le  Liber  Castitatis ,  et  la  chronologie 
ne  peut  coincider. 

Le  vrai  maitre  de  Mar  Ya'qub  fut  Qamlso',  superieur  de  B.  ‘Awe 
depuis  le  temps  oil  Iso'yaw  de  Quplana  etait  encore  eveque  de  Ninive, 
c’est-a-dire  entre  628  et  636  (3).  Ya'qub  etait  novice  quand  Iso'yaw, 
devenu  recemment  patriarche,  c’est-a-dire  vers  647  ou  648,  vint  a  B. 
‘Awe  pour  finauguration  solennelle  du  nouveau  temple  qu’il  avait  fait 
batir  pour  son  ancien  couvent.  Thomas  de  Marga  raconte  comment  le 
patriarche  fit  chercher  le  novice  pour  qu’il  vienne  chanter  a  l’ambon 
pendant  la  ceremonie  liturgique,  et  comment  la  beaute  de  sa  voix  fit 
perdre  le  fil  de  ses  idees  a  un  grand  predicateur  qui  repassait  son  sermon 
en  arpentant  la  galerie  exterieure  de  feglise. 

Combien  de  temps  le  novice  passait-il  au  coenobion?  Cela  depen- 
dait  des  couvents  (4).  En  general,  le  postulant  recevait  la  tonsure  et  le 
scapulaire  apres  50  jours,  puis  faisait  environ  trois  ans  de  vie  commune. 

(1)  L.C.,  n°  97. 

(2)  Bk.  II,  p.  213-215. 

(3)  Lettre  XIX  d’Iso‘yaw,  trad.  R.  Duval  ( CSCO ),  p.  30-31. 

(4)  Labourt,  Le  Christianisme  dans  /’ empire  perse,  Paris,  Lecoffre,  1904)  consacre 
son  ch.  XI  (p.  302-304)  a  l’institution  monastique  selon  la  regie  d’Abraham  (571) 
et  de  Dadiso‘;  cf.  aussi  Vie  de  R.T.  Busnaya,  p.  177,  178,  181,  183,  184;  Bk.  of  Gov., 
passim’,  etc. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


713 


Apres  cela,  trois  voies  s’ouvraicnt  devant  lui:  la  reclusion  en  cellule, 
d’abord  partielle  pendant  un  an,  couple  par  l’assistance  aux  offices  et 
a  lYglise,  puis  reclusion  totale,  sauf  aux  grandes  fetes,  en  silence  continu, 
avec  les  services  d’un  disciple.  Ou  bien  le  moine  restait  au  monastere, 
partageant  son  temps  entre  l’etude,  l'enseignement  et  l’assistance  au 
choeur.  Enfin,  il  pouvait  choisir  le  travail  des  champs  et  des  vignes. 

A  la  fin  de  son  noviciat,  «quand  ce  fut  le  temps»,  dit  Thomas  de 
Marga,  Ya‘qub  sortit  vers  la  cellule.  Des  ce  moment  il  brilla  par  ses 
vertus  et  mdrites.  Dieu  lui  donna  meme  la  grace  de  voir  les  choses  eloi- 
gn^es  et  de  predire  favenir,  aussi  fut-il  appeld  par  ses  contemporains 
«Mar  Ya‘qub  le  Voyant».  Une  de  ses  predictions  fut  celle  de  la  future 
grandeur  de  Mar  Yohannan,  qui  sera  supdrieur  du  couvent  de  Mar 
Sawriso4  de  B.  Qoqa  de  675  a  692/3. 

Dans  sa  grotte  de  B.  ‘Awd,  Mar  Ya4qub  eut  des  disciples,  parmi 
lesquels  on  connait  le  Bx  Istipanos  (1)  qui  fut  plus  tard  disciple  de  Mar 
Apnimaran,  avant  de  devenir  a  son  tour  pere  des  moines. 

Mais  ces  grandes  qualites  et  ces  dons  extraordinaires  attirerent  a 
Ya4qub  l’envie  des  autres  moines.  «Dieu  fit  lever  contre  lui  une  jalousie 
stupide  par  le  moyen  de  certains»,  et  le  Yoyant  quitta  son  monastere 
de  B.  £Awd  pour  venir  s’dtablir  dans  une  grotte  au  pays  de  Nuhadra. 
Les  moines  de  son  couvent  opposes  aux  «certains»  qui  jalousaient  Ya4qub, 
essayerent  de  le  faire  revenir  a  B.  ‘Awd;  «ils  se  fatiguerent  beaucoup  et 
s’affligerent  de  son  affaire»,  ils  descendirent  meme  maintes  fois  vers  le 
patriarche  Hnaniso4  Ier  (685/6  a  699/700)  et  obtinrent  de  lui  des  lettres 
d’excommunication  contre  le  saint  transfuge;  celui-ci  s'enteta  dans  sa 
decision  et  resta  dans  sa  grotte.  Peut-etre  cet  dvdnement  permet-il 
d’ajouter  a  la  liste  des  qualitds  de  notre  hdros  qu'il  avait  une  volontd 
forte,  au  point,  on  le  verra  bientot,  qu’il  r^site  au  moins  trois  fois  aux 
ordres  de  ses  patriarches.  Thomas  de  Marga  dit  qu  il  avait  une  grande 
liberte  de  parole  avec  Dieu;  nous  pouvons  ajouter:  et  avec  les  homines. 


(1)  L.C.,  n°  127. 


714 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


II  ne  semble  pas  cependant  que  la  menace  d’excommunication  ait 
ete  suivie  d’efifet,  puisque  Mar  Ishaq,  eveque  du  Ba  Nuhadra,  tenait 
Ya'qiib  en  haute  estime;  il  n’allait  pas  tarder  a  le  lui  prouver.  II  y  avait 
trois  ans  que  Mar  Ya'qub  se  trouvait  dans  sa  grotte  quand  se  produi- 
sircnt  lcs  evenements  racontes  au  paragraphe  precedent;  Mar  Iso'yaw 
quittant  definitivement  sa  place  et  predisant  Farrivee  de  son  successeur. 
Mar  Ishaq  servit  d’intermediaire  et  fit  appel  au  Voyant  pour  remplacer 
le  fondateur  defunt.  Dieu  qui  avait  prevenu  Iso'yaw  avait-il  aussi  averti 
Mar  Ya'qub  de  son  nouveau  destin?  En  tout  cas,  cette  fois  le  moine 
ne  dit  pas  non  a  son  eveque  et  prit  sans  rechigner  le  chemin  du  couvent 
dont  il  devait  etre  le  deuxieme  superieur.  II  semble  que  Mar  Ishaq  soit 
venu  en  personne,  avec  quelques  fideles,  a  la  grotte  du  reclus,  car  Mar 
Ya'qub,  dit  Iso'dnah,  alia  avec  eux,  et  la  petite  caravane  se  dirigea 
vers  le  couvent  qui  allait  desormais  porter  son  nom. 

Compagnons  et  disciples  de  Mar  Ya'qub 

Au  dire  d’Iso'dnah,  plus  de  300  freres  se  rdunirent  autour  de  Mar 
Ya'qub.  Deux  d’entre  eux  seulement  sont  connus: 

Le  Bx  R.  Yusif,  compagnon  de  Mar  Ya'qub  et  son  disciple,  etait 
originaire  du  pays  de  Dasen  (1).  Il  regut  Fhabit  des  mains  de  Ya'qub 
quand  celui-ci  habitait  dans  sa  grotte,  c’est-a-dire  a  B.  'Awe.  C’est  la 
que  Yusif  «s’exer^a  dans  la  doctrine  et  travailla  un  temps».  Quel  est 
le  temple  admirable  qu’il  batit?  Une  des  eglises  de  B.  ‘Aw£,  ou  sa  propre 
saintete?  Toujours  est-il  qu’il  quitta  le  monastere  avec  son  maitre,  et 
tous  deux  vinrent  habiter  au  Ba  Nuhadra.  C’est  ainsi  que  Ton  peut  dire 
qu’il  fonda  un  couvent  dans  la  montagne;  en  fait,  il  resta  avec  Mar 
Ya'qub  jusqu’a  la  fin  de  ses  jours. 

Un  autre  disciple  de  Mar  Ya'qub  fut  Abba  Ahrun  (2).  Originaire 
de  Tirhan,  aux  environs  de  Samarra’,  il  regut  Fhabit  de  Mar  Ya'qub, 
demeura  dans  son  monastere  et  etudia  pres  de  lui  les  Livres  Saints.  Quand 


(1)  L.C.,  n«  115 

(2)  L.C.,  n°  118. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


715 


Peveque  de  Balad,  Mar  Quriaqos,  voulut  avoir  un  nouveau  monastere 
pres  de  sa  ville  episcopale,  il  fit  appel  a  Abba  Ahrun  pour  le  fonder. 
Ce  fut  le  monastere  «du  Bois  Adorable  de  la  Croix»;  mais  cela  se  passait 
apres  la  mort  de  Mar  Ya'qub. 

Le  nom  de  la  patrie  d’Abba  Ahrun  attire  notre  attention  sur  les 
lieux  d’origine  d’une  grande  partie  des  moines  qui  vont  venir  peupler 
les  couvents  d’Assyrie.  En  effet,  si  la  fondation  de  la  plupart  de  ces 
couvents  se  rattache  a  la  deuxieme  grande  vague  de  monachisme,  partie 
du  Mont  Izla  par  l’effet  des  disciples  d’Abraham  de  Kaskar,  cependant 
le  personnel  monastique  fut  surtout  fourni  par  Pemigration  des  moines 
du  sud,  fuyant  devant  les  tribus  arabes  en  marche.  Ces  nouveaux  venus 
se  rattacheraient  done  a  la  lignee  de  R.  Sabur  (1).  Plus  tard  encore, 
au  Xe  siecle,  la  mauvaise  administration  des  districts  du  sud  de  PIraq 
ddterminera  un  nouveau  courant  d'emigration  vers  le  nord;  la  popu¬ 
lation  de  Mossoul,  par  exemple,  s'accroitra  notablement  a  cette 
epoque  (2). 

Si  nous  nous  souvenons  encore  que  la  patrie  d’Abraham  est  Pac- 
tuelle  Wasit,  entre  Bagdad  et  Basrah,  et  qu’Abraham  avait  pratique  le 
ministere  dans  la  region  de  Hlra,  nous  ne  nous  dtonnerons  pas  qu’il  y 
ait  une  parente  marquee  entre  Part  de  Mar  Ya'qub  et  celui  de  Hlra. 
Nous  verrons  les  details  plus  loin. 

Fin  de  la  vie  de  Mar  Ya'qub 

Plusieurs  fois  des  patriarches  tenterent  de  tirer  Ya'qub  de  son  cou- 
vent  pour  le  faire  dveque:  Georges  Ier  (661-680/1)  essaya  d’abord,  Mar 
Ya'qub  refusa.  Hnanlso'  Ier,  leBoiteux  (685/6-699/700)  essaya  a  son  tour, 
Ya'qub  refusa  encore. 

Mar  Ya'qub  s’en  alia  vers  le  Seigneur  agd  de  90  ans.  II  fut  ddposd 
dans  le  martyrion,  aux  pieds  de  Mar  Iso'yaw. 


(1)  L.C.,  no  55,  78,  79,  88,  125. 

(2)  Ibn  Hawqal,  in  Mez,  Die  Renaissance  des  Islam ,  trad.  angl.  (Luzac,  1937), 

p.  143. 


716 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


Pcut-on  fixer  la  date  approximative  de  cette  mort?  Les  chronologies 
fournies  par  les  differentes  sources  semblent  inconciliables.  Ainsi  par 
exemple,  on  voit  mal  comment  Iso'yaw,  qui  avait  fonde  son  couvent 
vers  629,  n’y  vecut  que  cinq  ans,  alors  que  Mar  Ya'qub  n’etait  pas  encore 
novice  a  ce  moment?  Et  comment  peut-on  dire  qu1 2  Iso'yaw  mourut 
«orne  de  vieillesse»,  et  en  meme  temps  qu’il  iE avait  que  56  ans?  II  semble 
que  le  texte  du  Liber  Castitatis  soit,  ici  encore,  a  corriger.  Si  Ton  admet 
que  Ya'qub  quitta  B.  'Awe  au  temps  de  Hnanlso',  cela  donne  au  plus 
tot  l’annee  685;  les  56  ans  ne  seraient-ils  pas,  non  fage  d’Iso'yaw,  mais 
le  temps  qu'il  gouverna  son  couvent?  II  serait  mort  alors  a  80  ou  90  ans, 
ce  qui  peut  a  peine  s’appeier  la  vieillesse  pour  un  moine  de  tous  les  temps. 

En  prenant  ainsi  une  chronologie  longue,  on  peut  conjecturer  que 
Ya'qub,  qui  avait  20  ans  quand  il  etait  novice,  en  647  (ce  qui  cadre  avec 
la  chronologie  d’Iso'yaw  III  et  de  R.  Qamlso')  devint  superieur  de  son 
couvent  en  685  et  mourut  vers  717.  Son  premier  refus  de  Eepiscopat 
serait  a  placer  pendant  son  sejour  a  B.  'Awe. 

Ceci  cadre-t-il  egalement  avec  la  chronologie  de  Mar  Quriaqos, 
eveque  de  Balad?  On  a  vu  que  ce  fut  apres  la  mort  de  Ya'qub  que 
celui-ci  fit  fonder  son  couvent  par  Abba  Ahrun.  Or,  tout  ce  que  Ton 
sait,  e’est  que  Quriaqos  fut  sacre  eveque  au  temps  du  metropolite 
Qupriands  de  Nisibe,  lequel  mourut  «tres  age»  en  767  (1). 

Abba  Slemun 

Le  Bx  Abba  Slemun,  successeur  de  Mar  Ya'qub,  etait  originaire 
d’Adiabene  (2).  II  vint  au  monastere  du  Bois  Joli,  de  Mar  Sawriso',  a 
E  extreme  pointe  nord  du  Ba  Nuhadra.  «On  le  for^a  et  on  le  fit  superieur 
du  monastere  de  Mar  Iso'yaw.  II  remplit  un  temps  Toffice  de  la  supd- 
riorite  et  trepassa.  II  fut  depose  a  cote  des  pieds  de  Mar  Iso'yaw  et  de 
Mar  Ya'qub. »  G’est  cette  derniere  phrase  qui  donne  lieu  de  penser  que 
Slemun  fut  le  successeur  immediat  de  Mar  Ya'qub,  et  done  le  troisieme 


(1)  L.C.,  n°  103;  Bk.  II,  p.  414-466  et  p.  284,  n.  1;  B.H.,  II,  col.  162,  n°  2. 

(2)  L.C.,  n°  98. 


GOUVENTS  DU  BAHADRA 


717 


superieur  du  couvent,  puisqu’on  ne  mentionne  que  deux  de  ses  prede- 
cesseurs.  A  moins  qu’un  superieur  intermediate  inconnu  n’ait  et 6 
enterre  ailleurs? 

Abba  Sldmun  termine  la  premiere  pdriode  de  l’histoire  du  couvent. 
On  ne  sait  qui  furent  ses  successeurs,  et  si  on  dut  les  «forcer»  eux  aussi  a 
accepter  la  superiority,  comme  Mar  Ishaq  avait  ddja  forcd  Mar  Ya‘qub. 
Puis  le  monastere  entre  dans  fombre  pendant  deux  siecles. 

Rabban  Suhaliso ‘,  ocean  de  direction. 

Au  Xe  siecle  le  couvent  de  Mar  Iso‘yaw  revient  a  la  lumiere  grace 
a  un  visionnaire,  «ocean  de  sagesse...  source  de  prudence»,  dont  les 
«triomphes  et  la  sublimity  des  oeuvres  surpassent  la  faiblesse  de  notre 
parole»,  dit  son  chroniqueur,  Jean  bar  Kaldun  (1). 

Suhaliso4  avait  d’abord  y ty  disciple  et  familier  de  R.  Yohannan  de 
Hlapta  au  couvent  de  R.  Hormizd.  «Apres  la  mort  de  R.  Yohannan, 
le  Christ  voulut  que,  par  sa  migration  au  couvent  de  Mar  Iso‘yaw,  il  fit 
briber  lYclat  de  la  lampe  de  ses  oeuvres  divines. » 

II  est  surtout  connu  par  ses  lumieres  comme  directeur  de  conscience, 
ce  pour  quoi  on  venait  le  consulter  des  couvents  les  plus  lointains.  Ainsi 
R.  Yusif  Busnaya  vint  aupres  de  lui,  deux  fois  par  an,  pendant  les  douze 
ans  qu’il  passa  en  cellule.  II  ytait  ygalement  copiste  habile  et  rapide;  on 
raconte  par  exemple  qu'il  copia  d’une  seule  traite,  en  une  nuit,  tout 
l’Evangile  de  S.  Jean.  On  lui  attribue  aussi  des  guerisons  par  apparitions 
a  distance,  Tun  des  benyficiaires  ayant  y ty  R.  Yusif  lui-meme. 

Mais  Thistoire  la  plus  remarquable  que  Ton  raconte  a  son  sujet 
montre  comment  cet  «ocyan  de  direction,  cet  liomme  fameux  dans  fart 
de  la  solitude,  qui  connaissait  tous  les  sentiers  de  ce  cliemin  admirable»,... 
ne  sut  pas  se  diriger  lui-meme!  Notre  bon  moine,  nanti  d’une  revyiation 
divine  comme  quoi  il  ne  mourrait  pas  dans  son  couvent  mais  bien  dans 
celui  de  R.  Yusif  de  Saharzor,  situy  pres  de  Balad,  se  mit  en  route  illico 


(1)  Vie  de  R.T.  Busnaya ,  p.  33-35,  110-115. 


718 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


vers  le  lieu  fixe.  II  n’etait  pas  encore  arrive  qu'il  eut  des  scrupules;  la 
vision  lui  avait  dit  qu'il  mourrait  la-bas,  mais  pas  de  partir  tout  de  suite! 
II  entra  done  au  martyrion  du  couvent  de  R.  Yusif  pour  demander  au 
Seigneur  de  plus  amples  instructions.  A  f  absence  de  reponse,  Suhalisoc 
comprit  qu'il  avait  fait  une  faute  en  etant  si  presse.  II  s’abima  done  dans 
les  larmes  du  repentir  et  demanda  a  Dieu  de  lui  faire  connaitre  sa  volonte, 
non  pas  directement,  car  il  en  etait  indigne,  mais  par  fintermediaire  de 
la  premiere  personne  qu'il  rencontrerait.  Suhalisoc  sortit  de  l'eglise  et 
aperqut  un  bedouin,  monte  sur  son  chameau,  se  dirigeant  vers  Balad. 
Le  moine  l'interpella:  «Jpai  envie  de  venir  demeurer  dans  ce  couvent. 
Que  me  conseilles-tu  a  ce  sujet?»  Le  bedouin  lui  repondit:  «Ton  esprit, 
6  vieillard,  est-il  done  si  stupide?  Retourne  a  ton  couvent.  Quand  Dieu 
voudra  d'amener  ici,  il  t'y  amenera  sans  que  tu  le  veuilles,  au  moment 
ou  il  lui  plaira.»  Le  bienheureux  retourna  a  son  couvent,  se  frappant  la 
poitrine  et  disant:  «Malheur  a  toi,  Suhaliso4,  qui  as  regu  une  lecon  d'un 
bedouin !»  Ainsi  R.  Suhallso4  revint-il  au  couvent  de  R.  Iso‘yaw. 

Au  temps  voulu,  favertissement  divin  se  realisa.  «Une  violente  tem- 
pete  s’eleva  contre  le  saint»;  f  envie,  grand  facteur  de  la  dispersion  des 
moines  et  de  la  fondation  de  tant  de  couvents,  joua  a  son  tour  contre 
R.  Suhalls6‘,  qui  quitta  sa  cellule  et  partit  pour  le  couvent  de  R.  Yusif. 
Il  y  mourut  le  soir  meme  de  son  arrivee. 

Exemption  et  disparition 

Vers  987,  le  superieur  du  couvent  de  Mar  Iso'yaw  s’appelait  Yo- 
hannan  bar  Nazuk,  alias  Abu  fIssa  ibn  Ibrahim,  originaire  de  Ma'alta. 
Ce  moine  devint  eveque  de  Hira,  puis  patriarche  de  1012  a  1016.  Il  est 
connu  sous  le  nom  de  Jean  VI  (1). 

Sans  entrer  dans  le  detail  de  ses  actions,  il  faut  noter  que  ce  fut  lui 
qui  etendit  notablement  Y octroi  du  privilege  de  l’exemption  des  couvents. 


(1)  Cf.  Card.  Tisserant,  DTC',  col.  262;  B.O.,  III, I,  p.  618,  n°  65;  B.O. , 
II,  p.  446;  etc.  —  On  remarquera  ce  nouveau  chainon  entre  le  couvent  et  Hira,  ce 
qui  pourra  expliquer  les  parentes  artistiques. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


719 


Generalement  les  couvents  dependaient  de  la  juridiction  de  fdveque  dans 
le  diocese  duquel  ils  dtaient  situds.  L’exemption,  c'est-a-dire  le  ratta- 
chement  direct  a  fautoritd  patriarcale,  avail  dtd  d’abord  un  privilege 
tres  rare  (1).  Puis  la  plupart  des  patriarches  userent  de  leur  droit  en 
faveur  d’un  seul  couvent,  habituellement  celui  ou  eux-memes  avaient  dtd 
moines.  Un  seul  patriarche,  Iso‘yaw  II  (628-644/6)  exempta  deux  cou¬ 
vents.  Maintenant  Jean  VI,  pendant  les  quatre  ans  de  son  regne,  en 
exempte  cinq;  le  premier  etait  le  couvent  d'Iso£yaw  de  Sdzd,  ou  il  avait 
dtd  moine  et  superieur  (2). 

Le  patriarche  Bar  Nazuk  se  contenta-t-il  de  ddclarer  le  couvent 
exempt?  Ne  pourrait-on  pas  lui  attribuer  la  restauration  (la  derniere) 
de  la  grande  dglise?  Les  ddtails  architecturaux,  forme  des  trompes  de  la 
voute  du  sanctuaire  par  exemple,  orientent  vers  le  XIe  siecle.  L’histoire, 
de  son  cotd,  fait  connaitre  des  cas  semblables  de  patriarches  restaurant 
feglise  du  couvent  ou  ils  avaient  dtd  moines:  P exemple  dls6‘yaw  III 
pour  B.  ‘Awe  dtant  le  plus  cdlebre.  Je  crains  bien  que  cette  supposition 
risque  de  rester  toujours  une  hypothese,  parce  que  j’ai  ddgagd  ce  que  je 
crois  etre  funique  inscription  trouvee  jusqu  ici  a  Mar  Ya‘qub,  Pinscrip- 
tion  meme  de  restauration  de  feglise,  encastrde  dans  le  pilier  droit  de 
la  porte  d’entree  de  la  nef  sud.  Or  cette  inscription,  a  part  la  premiere 
ligne  qui  dit:  «Au  nom  du  Dieu  vivant  qui  ne  meurt  pas»,  est  comple- 
tement  illisible,  le  temps  ayant  fait  bourgeonner  le  calcaire  tendre  de 
la  montagne. 

Quand  le  couvent  fut-il  ruind  ddfinitivement  ?  (Test  toujours  la 
meme  question  qui  se  pose  pour  tous  les  couvents,  et  c’cst  pour  bien  peu 
d’entre  eux  qu’on  peut  y  rdpondre.  II  semble  bien  qu'ici  la  disparition 
soit  antdrieure  aux  ravages  des  troupes  de  Nadir  Sah,  puisque,  nous 
favons  vu,  un  village  avec  un  pretre  marid  avait  ddja  pris  la  place  du 


(1)  Labourt,  cit.,  p.  324,  note.  —  Ccpendant  il  y  eut  plus  de  deux  cas  avant 

632. 


(2)  Mai,  X.  cit.,  p.  134. 


720 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


monastere  en  1710.  Le  couvent  ne  semble  pas  figurer  non  plus  dans  la 
liste  de  1607,  a  moins  que  le  mysterieux  «Gratos»  (n°  16)  ne  le  cache? 

A  F  extreme  rigueur,  on  peut  reculer  sa  disparition  jusqu’apres  1705, 
date  a  laquelle  un  certain  Ishaq,  fds  de  Guorguis,  et  sa  fille  'Azlze,  ainsi 
que  la  mere  de  cette  derniere,  nommee  Bagdad  (1),  originaire  d’AlqSs, 
demanderent  au  chammas  Guorguis,  fils  du  pretre  Daniel,  fils  du  pretre 
Ellya,  fils  du  pretre  Daniel,  d’Alqos,  d’ecrire  pour  le  4 umra  de  Mar 
Ya'qub,  pres  de  Sios,  un  hudra  qui  fut  termine  le  samedi  23  fevrier  1705. 
Ce  breviaire  figure  encore  dans  la  bibliotheque  liturgique  de  l’eglise  du 
couvent  dominicain  de  Mar  Yaqo  (n°  15),  mise  en  surete  a  Mossoul 
apres  F abandon  du  couvent  et  avant  son  pillage,  a  Pautomne  1961. 
C’est  la  seule  relique  qui  nous  soit  parvenue  de  Tancien  couvent  nestorien. 
Une  remarque  curieuse  s’impose  a  propos  de  ce  breviaire:  alors  que  les 
saints  traditionnels  du  paradis  nestorien  du  XVIIIe  siecle,  d’apres  la 
correction  cFAlqos  de  la  liturgie  du  Couvent  Superieur»  (2)  sont 
tous  la,  y  compris  Mar  Awgin,  Mar  Ya'qub  lui-meme,  le  patron  du  lieu 
pour  lequel  fut  ecrit  le  livre,  n’y  figure  pas.  On  a  vu  que  sa  fete  etait 
celebree  le  3e  lundi  de  Paques,  le  jour  ou  Ton  commemore  habituelle- 
ment  R.  Hormizd. 

Vestiges 

Quand  les  Dominicains  italiens  s’etablirent  au  village  de  Mar  Yaqo, 
en  1847,  ils  voulurent  restaurer  feglise  et  batir  leur  couvent  a  cote.  On 
le  leur  refusa.  Le  resultat  fut  a  la  fois  facheux,  car  la  grande  eglise  s’ef- 
fondre  d’annee  en  annee  davantage,  mais  aussi  heureux,  parce  que  nous 
avons  sous  les  yeux  une  des  rares  eglises  qui  n’ait  ete  ni  restauree  depuis 
le  XIe  siecle,  ni  detruite  parce  que  completement  abandonnee.  Elle  vaut 
done  une  etude  de  detail.  J’ai  pu  y  consacrer  plusieurs  semaines,  aide 

(1)  Les  noms  de  lieu  sont  quelquefois  donnes  comme  pr^noms  feminins;  on 
a  rencontre  ailleurs  dcs  Stambul,  Beyrouth,  Suria,  etc.  —  Dans  le  cas  present,  pour 
£viter  toute  confusion,  le  scribe  a  repete  apres  Bagdad  :  la  mere  de  ‘Aziz6. 

(2)  D’apres  une  remarque  du  catalogue  des  manuscrits  de  la  Mission  Ameri- 
caine  d’Urmia  (1898),  a  propos  du  cod.  13,  un  breviaire  de  1732. 


a  droite,  la  cour  de  l’eglise  avec  la  fenetre  de  la  simandre. 


Pl.  H. 
Ya‘qub,  les 
tuaire  (xie  s. 
recent. 


COUVENT  DE 
trompes  du 
) ;  a  gauche ,  1 


Mar 

sanc- 

'autel 


COUVENTS  DU  BAIIADRA 


721 


par  les  gens  du  village  quand  il  s’agissait  de  gratter  ici  ou  la,  ou  d’enlever 
quelques  pierres  ecroulees,  aide  surtout  par  celui  qui  etait  Fame  de  Mar 
Yaq5  dominicain  pendant  sa  derniere  pdriode  d’activite,  le  fidcle  et 
savant  Rabi  GuorguTs,  dont  la  mcmoire  sans  faille  avait  gardd  le  souvenir 
de  choses  qui  etaient  la  il  y  a  quelques  decades  et  qui  ont  maintenant 
disparu. 

Ge  qui  subsiste  maintenant  est  done  fdglise  avec  sa  cour,  le  coeno- 
bion  etant  enfoui  sous  les  maisons  du  village. 

L’eglise  est  batie  sur  une  plateforme  accrochde  a  mi-cote.  Son  mur 
ouest  n’est  separe  que  par  un  etroit  passage  de  la  vallde  profonde  et  abrupte 
appelee  Dola.  La  cour  est  au  sud,  du  cotd  de  la  route  d’acces  venant 
de  Sios  par  la  vallee  appelee  le  Galli.  Le  couvent  (maintenant  le  village) 
est  au  nord.  La  cour  et  fdglise  couvrent  chacune  une  surface  a  peu  pres 
dgale,  25  metres  de  long  sur  20  metres  de  large.  Les  constructions  qui 
bordaient  la  cour  a  best  (B.  Slota,  et  autres)  ont  completement  disparu. 

Dans  le  mur,  a  1  metre  du  coin  sud-ouest,  s’ouvrant  sur  le  dola 
et  ses  cellules,  est  une  petite  fenetre  rectangulaire  de  80  cm.  de  large 
sur  1  metre  de  haut.  Le  bas  de  cette  fenetre  est  actuellement  a  1  m.  20 
au-dessus  du  sol,  probablement  dtait-il  jadis  plus  dlevd.  J'imaginerais 
volontiers  que  le  role  de  cette  ouverture  dtait  d’y  fixer  la  simandre  pour 
prevenir  de  l’heure  des  Mysteres  les  solitaires  disperses  autour  du  couvent. 

De  la  cour  on  pendtrait  dans  lYglise  par  une  seule  porte  s'ouvrant 
exactement  au  milieu  de  la  facade  latdrale  sud.  Cette  porte,  dont  les 
montants  sont  batis  en  pierres  soigneusement  appareilldes,  alors  que  le 
reste  de  l’dglise  est  en  magonnerie  «incertaine»  de  pierre  brute  et  gass , 
a  1  m.  55  de  haut  sur  1  m.  10  de  large.  Une  des  pierres  du  montant 
gauche  portait  une  croix  entaillee  a  branches  dgales  et  simples,  avec  deux 
petits  trous  creuses  sous  les  extrdmites  des  bras  lateraux,  a  hauteur  du 
pied.  Un  peu  plus  bas,  sur  le  montant  droit,  Tune  des  pierres  portait 
une  inscription  de  6  ou  7  lignes,  d'une  superficie  de  35  cm.  de  large  sur 
27  cm.  de  haut.  C’est  cette  inscription  qui  a  6t6  mentioning  plus  haut, 
et  dont  la  seule  premiere  ligne  est  lisible. 


Rech.  23  —  46 


722 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


Le  batiment  entier  comptait  trois  nefs.  Ayant  franchi  la  porte,  on 
se  trouvait  dans  la  nef  laterale  sud.  Cette  nef,  aujourd’hui  presque 
entierement  ruinee,  est  longue  de  1 7  m.  50  et  large  de  5,  interieurement. 
Sa  voute  «ogivale»  etait  a  6  m.  80  du  sol.  Du  cote  est,  la  nef  se  termine 
par  un  mur  perce  d’une  porte  ogivale  (haut  1  m.  50,  large  0.80)  flanquee 
de  deux  petites  fenetres,  donnant  sur  une  salle  de  la  meme  largeur  que 
la  nef  et  longue  de  4  m.  30.  Cette  salle  elle-meme  s’ouvre,  par  un  plus 
grand  arc  en  ogive  (2  m.  haut,  2  m.  20  large)  sur  un  petit  reduit  de 
1  m.  55  de  profondeur  d’ou  part,  a  gauche,  un  escalier  conduisant  aux 
deux  chambres  superieures,  superposees  a  celles  du  bas. 

Dans  le  reduit  du  haut  on  voit  les  ddbris  d'un  autel  primitif,  en  terre 
et  pierres  non  taillees.  C’etait  le  premier  autel  catholique  du  village, 
alors  qiPune  partie  seulement  des  habitants  avaient  etd  convertis,  pro- 
bablement  par  le  P.  Campanile,  vers  1810.  Les  Nestoriens  d’alors  disaient 
la  messe  en  dessous. 

Ces  chambres  du  haut  et  du  bas  formaient  jadis  la  sacristie,  d’ou  on 
pouvait  passer  au  sanctuaire  par  une  porte.  On  pouvait  egalement,  a 
travers  une  petite  fenetre  de  0,80  sur  0,60  donner  a  quelqu’un  qui  se 
trouvait  a  Pinterieur,  Phuile,  les  cierges,  le  vin,  dont  il  pouvait  avoir 
besoin  pour  prdparer  P autel.  Cette  fenetre  se  rencontre  dans  le  B.  Diaqon 
des  vieilles  eglises;  elle  permettait  au  «sacristain»  qui  ne  pouvait  entrer 
dans  le  sanctuaire,  par  exemple  parce  qu’il  n'dtait  pas  a  jeun,  de  faire 
passer  au  pretre  qankaya  tout  ce  qui  etait  necessaire  a  la  preparation 
du  sacrifice. 

Le  sol  de  la  sacristie  ayant  6te  bouleverse  par  des  fouilles  intem- 
pestives  (et  condamnees  d’avance  a  Pechec)  on  ne  pent  rien  retrouver 
de  la  place  des  jarres  d’huile  qui  devaient  egalement  se  trouver  la.  Les 
murs  sont  munis  de  nombreuses  niches  profondes  servant  d’armoires. 

La  nef  laterale  sud  communique  avec  la  grande  nef  centrale  par 
deux  baies  ogivales,  de  deux  metres  de  large,  qui  devaient  servir  de  portes 
des  liommes  et  des  femmes,  aux  jours  de  solennites  exterieures.  Dans  le 
mur  ouest  de  cette  nef  il  y  a  aussi  des  traces  d’une  petite  porte  donnant 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


723 


directement  sur  l’exterieur.  Une  telle  porte  est  liturgiquement  incon- 
cevable;  il  n’y  a  pas,  derriere  Tedifice,  de  recul  suffisant  pour  y  mettre 
une  chambre  de  ces  «veilleurs»  sur  lesquels  nous  somines  si  mal 
renseignds.  Peut-etre  la  porte  n'est-elle  simplement  qifune  de  ces  ouver- 
tures  de  communication  avec  Pext^rieur  que  les  magons  laissent  jusqu’a 
la  derniere  heure  de  la  construction,  pour  faciliter  leurs  allies  et  venues. 

La  nef  principale,  longue  de  17  m.  50,  est  dominde  par  une  voute 
ogivale  de  8  m.  de  portde  et  de  9  m.  50  de  clef.  Le  mur  ouest  n’est  percd 
que  de  trois  petites  fenetres  hautes.  La  cloison  est  comporte,  pas  tout  a 
fait  en  son  milieu  (pourquoi?)  fare  ogival  de  la  porte  du  sanctuaire 
(clef.  4  m.  20,  larg.  2,55),  flanqud  de  chaque  cote  par  une  grande  niche 
profonde  (haut.  2  m.,  larg.  1  m.  10,  profond.  0,85).  Les  vantaux  de  la 
porte  de  bois  avaient  chacun  3  m.  70  de  haut  sur  1  m.  10  de  large.  A 
0  m.  80  au-dessus  de  la  clef  de  voute  de  fare  de  la  porte,  il  y  a  un  second 
petit  arc  ogival  vide  de  1  m.  30  de  haut  sur  1  m.  60  de  large,  dont  les 
dimensions  se  retrouvent  dans  les  motifs  et  les  trompes  du  sanctuaire 
qu’il  eclaire.  Cet  arc  est  lui-meme  flanque  de  deux  petites  ouvertures, 
au-dessus  des  niches  latdrales. 

Devant  la  porte  de  l’autel,  du  cotd  de  la  nef,  se  voient  les  restes 
d’un  qostrdma-bema  rudimentaire,  avec  ses  deux  pupitres  en  ma$on- 
nerie,  pour  les  dpitres  et  les  lectures,  a  1  metre  en  avant  du  mur  de  la 
porte.  Il  se  peut  que  cette  disposition  ne  date  que  du  temps  ou  1’dglise 
servait  au  village. 

Le  sanctuaire  ( qanke )  a  pour  plan  de  base  un  carr£  de  5  m.  50  de 
cottq  sur  chacun  des  cotds  se  greffe  un  rectangle  de  3  m.  50  de  long  sur 
0  m.  90  de  profondeur,  pris  dans  1’epaisseur  des  rriurs,  et  limits  par  des 
arcs  de  meme  hauteur  que  celui  de  la  porte.  Grace  a  quatre  trompes 
en  ogive,  a  six  cotes  de  base  triangulaire  (1),  le  carrd  du  sanctuaire 
se  raccorde  par  un  octogone  a  la  calotte  hemisphdrique  de  la  voute. 

(1)  Si  j’en  crois  le  croquis  de  Miss  Bell  ( Amurath ,  p.  146)  certains  details  archi- 
tecturaux  du  palais  d’Ukhaidir  ressemblent  a  ceux  de  l’eglise  de  Mar  Yaqd,  v.g.  fig. 
90,  «  great  hall »,  fig.  101,  «  fluted  niche:  S.E.  angle  of  court  South  ». 


724 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Au-dessus  de  fautel,  le  fond  de  la  grande  niche  rejoint  le  carre  de  base 
dela  coupole  grace  a  un  motif  imitant  les  trompes,  mais  ici  a  treize  cotes. 
Les  piliers  de  la  voute  sont  perces  de  quatre  petites  niches  profondes, 
dont  Tune  clevait  servir  de  B.  Gazza.  Je  ne  decris  pas  fautel,  de  terre 
et  de  pierres  brutes,  car  je  ne  crois  pas  qu’il  soit  ancien.  Le  seul  moyen 
d’eclairage  et  d’aeration  semble  avoir  etc  une  toute  petite  lucarne  don- 
nant  vers  la  montagne,  a  Test. 

La  nef  centrale  et  la  nef  laterale  gauche  communiquent  entre  elles 
par  un  seul  grand  arc,  de  3  m.  40  de  clef  sur  2  m.  55  de  large,  perc£ 
dans  le  mur  ties  epais  (1  m.  40),  a  3  m.  50  de  fextremite  ouest  de 
feglise.  Une  petite  porte,  ouvrant  dans  le  mur  exterieur  nord,  en  face 

de  fare,  permettait  jadis  de  passer  de  feglise  au  couvent. 

Cette  petite  nef  sud  est  certainement  le  B.  Qaddlse  de  I’eglise,  bien 
qu'elle  soit  connue  aujourd’hui  sous  le  nom  de  (nef  des)  Bne  Smuni. 
L’etat  actuel  du  sol  de  la  nef,  en  palliers  ascendants  vers  best,  n’est  pro- 
bablement  pas  originel.  II  y  a  partout  des  niches  comme  celles  qui 
marquent  habituellement  l’emplacement  de  reliques,  mais  surtout  dans 
la  «chapelle»  de  fextremite  ouest,  entre  fare  (ou  la  petite  porte)  et  le 
fond.  On  sait  que  selon  le  plan  chaldeen  classique,  les  corps  saints  sont 
enterrds  dans  cette  nef,  plutot  dans  son  extremite  est.  Cette  extremite 
est  sdpar^e  du  reste  de  la  nef  par  un  mur,  perce  d’un  arc  de  communi¬ 
cation  (pas  au  milieu!)  de  1  m.  40  de  large  sur  2  m.  25  de  haut.  Tout 
au  bout  de  la  chambre  est,  une  minuscule  porte  ouvre  sur  un  passage 
voute  longeant  le  mur  exterieur  derriere  fautel  et  ayant  probablement 
abouti  jadis  a  la  cour.  Ce  passage,  aujourd’hui  bouche  avant  sa  fin, 
est  large  de  1  m.  35  et  haut  de  1  m.  60. 

Un  des  Peres  de  Mar  Yaqo  avait  fouille,  vers  1908,  la  chambre  est, 
dans  fespoir  cfy  trouver  les  corps  des  fondateurs.  Cet  espoir  n’etait  pas 
vain,  car  la  place  est  traditionnelle,  et  de  plus  e’est  la  que,  de  date  im- 
memoriale,  les  femmes  du  village  viennent  invoquer  Mar  Ya‘qub.  Des 
berceaux  ex-voto  y  sont  toujours,  donnes  en  reconnaissance  efune  grace 
obtenue  pour  un  enfant,  ou,  apres  le  dernier  enfant,  pour  demander  au 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


725 


«saint»  de  le  garder.  La  meme  coutume  est  suivie  a  peu  pres  partout; 
je  l’ai  observee  a  Tell  Kaif,  Dehok,  Qaraqos,  etc.  Jadis,  radministration 
de  l’dglise  avait  le  droit  de  revendre  les  berceaux  et  d’en  tirer  quelque 
argent.  Actuellement,  ils  restent  la  a  pourrir. 

Les  fouilles  de  1908  ne  donnerent  pas  de  resultat,  peut-etre  parce 
qu’elles  furent  insuflisantes.  Seule  une  tranchde  d’environ  un  metre  de 
large  sur  un  peu  plus  d’un  metre  de  profondeur  fut  ouverte  parallele- 
ment  au  mur  est  (1).  Cette  profondeur  correspondait  a  peine  a  la 
hauteur  de  la  terre  de  remblai  qui  couvre  le  sol  primitif.  Peut-etre  aussi 
la  raison  de  l’dchec  des  fouilles  fut-elle  que,  par  extraordinaire,  les  corps 
pouvaient  etre  a  l’extremitid  ouest;  les  niches  n’y  sont-elles  pas  plus 
nombreuses  et  plus  ornees?  Et  de  plus,  fliistoire  du  couvent  ne  dit-elle 
pas  que  le  «grand  temple»  fut  construit  apres  la  mort  dTs6‘yaw?  On 
pourrait  tres  bien  imaginer  que  cette  place  marquait  le  martyrion  pri¬ 
mitif,  qu’on  aurait  simplement  intdgrd  dans  l’dglise  sans  le  ddplacer. 

En  fait  j’ai  trouvd,  courant  le  long  du  mur  entre  la  petite  porte  et 
le  coin  nord-ouest  de  la  chapelle,  puis  le  long  du  mur  ouest,  une  sorte 
de  banquette  creuse,  formde  d’une  voute  ldgere  en  pierres  et  gass ,  au 
niveau  du  sol  actuel,  haute  de  0  m.  80  et  large  d’environ  1  metre.  Une 
ouverture  voutde,  pres  du  coin  nord-ouest,  permettait  jadis  de  pdndtrer 
sous  cette  banquette.  L'intdrieur  se  rdvdla  rempli  de  toutes  sortes  de 
choses,  terre,  jarres  pas  tres  anciennes  et  os...  de  mouton.  Chose  plus 
curieuse,  on  voyait  aussi  beaucoup  de  debris  en  terre  cuite,  comme  ceux 
qui  proviendraient  des  cotds  d’un  sarcophage  (2).  Je  n’ai  pu  descendre 
jusqirau  rocher,  que  Ton  rencontre  a  la  profondeur  de  1  m.  80/2  m., 
parce  que  l’ampleur  du  travail  ddpassait  la  bonne  volontd  de  mes  aides 
volontaires.  Si  les  tombeaux  dtaient  bien  la,  il  semble  que  d'autres  les 
aient  visites  avant  nous. 


(1)  Si  les  fouilles  dtaient  reprises,  la  premiere  chose  que  Ton  trouverait  serait 
les  os  d’un  homme  du  village,  nommd  Sappo,  enterrd  la  pendant  la  premiere  guerre 
mondiale. 


(2)  Cp.  Hist,  of  Bar  ‘Idta,  II,  I,  p.  298. 


726 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Ouant  aux  niches  du  mur,  ne  pouvant  ouvrir  une  de  celles  du  fond, 
pour  ne  pas  risquer  de  faire  tout  tomber,  je  dus  me  contenter  de  faire 
d<5foncer  ia  seconde  en  direction  de  Test  a  partir  de  la  petite  porte.  La 
surface  exterieure  de  cette  niche  etait  a  10  cm.  en  retrait  de  la  surface 
du  mur.  Son  cadre  se  continuait  a  finterieur  du  mur  jusqu’a  une  pro- 
fondeur  de  40  cm.  Puis  on  rencontrait  une  deuxieme  paroi  lisse.  Celle-ci 
fut  egalement  ouverte,  mais  sans  resultat. 

Avant  de  quitter  feglise  par  la  petite  porte  des  moines,  remarquons, 
accole  au  mur  de  feglise,  les  restes  d’un  mur  plus  ancien  et  plus  epais. 
Peut-etre  etait-ce  le  mur  nord  de  feglise  avant  sa  restauration,  proba- 
blement  au  XIe  siecle. 

Au  cours  des  travaux  de  degagement  de  la  porte  sud,  en  1950,  j’ai 
retrouvd  un  pied  (ou  un  chapiteau?)  de  colonne.  La  base  en  est  un  carre 
d’environ  40  cm.  dans  lequei  s’inscrit  un  cercle  d’environ  38  cm.  de 
diametre.  Deux  autres  colonnes  du  meme  modele  avaient  ete  trouvees 
auparavant  par  les  gens  du  village.  Peut-etre  cette  colonnade  supportait- 
elle  la  galerie  longitudinale  sud? 

Y  aurait-il  eu  une  autre  eglise  au  couvent  ou  au  village?  Vers  1910 
on  trouva,  a  peu  pres  a  mi-chemin  entre  feglise  des  moines  et  le  debut 
du  galli,  des  petites  c.ruches  vernissees  vertes,  ou  des  traces  de  depot 
rougeatre  pouvaient  faire  supposer  qu’elles  avaient  contenu  du  vin.  On 
y  trouva  aussi  deux  grandes  burettes  de  meme  matiere,  a  deux  anses. 
Des  restes  de  fondations  furent  immediatement  baptisees  «eglise»,  et 
quelqu’un  fappela  «Mar  Quriaqos»,  nom  qui  lui  est  reste  depuis  lors. 

Les  ruines  de  Mar  Yaq5  ne  seraient  pas  tout  a  fait  classiques  si  des 
histoires  de  tresor  ne  couraient  a  leur  propos.  Le  saint  lui-meme  serait 
apparu  plusicurs  fois,  toujours  a  des  femmes,  pour  leur  montrer  f  endroit 
oil  il  faudrait  creuser  pour  trouver  son  tresor.  Tous  les  gens  du  village 
vous  diront  exactement  sous  quelle  pierre,  au  milieu  de  la  cour  de  feglise, 
le  tresor  vous  attend.  Evidcmment,  personne,  meme  les  plus  fanfarons, 
n’a  jamais  ose  verifier  f indication. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


727 


Les  tombeaux 

Tout  le  sol  du  cirque  de  Mar  Yaqo  est  creusd  de  tombeaux.  On  en 
a  trouvd  sur  la  colline  qui  sert  encore  actuellement  de  cimetiere  et  qui 
est  dominee  par  le  mausolee  des  Dominicains,  lieu  de  repos  de  Mgr 
Emmanuel  Asmar,  du  P.  Besson,  et  de  tant  d’autres;  on  en  trouve  der- 
riere  cette  colline,  sur  le  versant  qui  regarde  la  plaine,  et  aussi  au  chevet 
de  la  vieille  eglise,  au  bas  de  la  montagne  du  nord-est,  dite  Musmussa, 
bref,  partout. 

Beaucoup  de  ces  tombeaux  ont  dtd  ouverts  au  cours  de  travaux  de 
terrassement.  L’un  d’eux,  dventre  lors  de  la  plantation  des  arbres  qui 
entouraient  le  tombeau  des  Peres,  contenait  un  squelette  d’une  tailie 
extraordinaire.  Son  seul  tibia  ne  mesurait  pas  moins  de  59  cm.  Dans 
d’autres  tombeaux  on  a  trouve  de  petites  jarres  vertes  et  des  pieces  d’or. 
Une  tombe  a  i'ourni  une  gargoulette  sur  laquelle  etait  peint,  en  caracteres 
strangudlis,  le  nom  de  son  proprietaire:  Isra’il. 

Deux  tombes  voisines,  sises  au  pied  du  Musmussa,  livrerent  les  deux 
parties,  separees  Tune  de  P  autre  a  la  scie  et  placees  sous  les  tetes  de  deux 
morts,  d’une  plaque  de  calcaire  blanc  de  40  cm.  de  long  sur  14,5  de  large, 
epaisse  de  18  mm.,  fmement  sculptee  d’une  croix  stylisde  entouree  de 
differentes  figures  gdometriques,  le  tout  rehausse  de  peinture  rouge.  Un 
trou  menage  en  haut  de  la  croix  devait  permettre  de  la  fixer  au  mur 
ou  au  tombeau.  Le  dessin  est  exactement  le  mcme  que  celui  des  croix 
de  Hlra  du  VIIIe  siecle  (1). 

Au  pied  de  la  colline  du  cimetiere,  quelques  pierres  tombales  af- 
fleurent  du  chemin.  La  coutume  de  Mar  Yaqo  veut  que,  lorsque  Ton 
porte  un  mort  en  terre,  on  frappe  trois  fois  le  brancard  sur  ces  pierres; 
puis  on  le  retourne,  la  tete  ddsormais  vers  le  cimetiere,  et  on  monte 
Penterrer.  Bien  qu’on  ne  voie  actuellement  que  deux  petites  tombes,  le 
lieu  est  appeld  «tombes  des  fils  de  Smuni»,  c’est-a-dire  des  Macchabdes. 

(1)  Hlra  en  arabe,  par  Y.  Ghanima,  (Bagdad  1936),  p.  52  et  pi.  10  a.,  p.  113.  Des 
croix  semblables  ddcoraient  l’eglise  du  monastere  de  File  de  Kharg.  Cf.  7 he  Island  of 
Kharg  par  G.  Ghirshman,  Tehran  1960,  pi.  13,  p.  13. 


728 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Un  autre  tombeau  est  celui  «du  magon»,  ou  «du  fils  du  macon», 
qui  se  serait  tue  en  tombant  du  mur  de  Peglise.  Gomme  une  pierre 
manque  a  ce  tombeau  on  dit  que  c’est  la  le  signe  qu’il  s’est  cassd  un  pied 
dans  sa  chute.  II  faut  croire  que  ce  magon  n’avait  pas  beaucoup  de  foi, 
car  il  fut  moins  heureux  que  son  collegue  qui  rebatit  le  couvent  d’Inisk. 
Ce  dernier  ayant  eu  peur  au  moment  de  construire  la  voute,  un  miracle 
de  R.  cAwdIsoc  de  Dasen  le  reconforta,  et  il  n’arriva  pas  d’accident  pen¬ 
dant  la  construction  (1).  L’histoire  merveilleuse  de  Mar  Matta  signale 
egalement  trois  miracles  arrives  a  Poccasion  d’accidents  de  travail, 
pendant  la  construction  du  couvent  (2). 

Parmi  les  tombeaux  de  la  colline,  se  trouve  le  «tombeau  sculpte», 
ensemble  composite  clont  Pun  des  elements  est  Pepitaphe  de  «Penfant 
Daniel,  fils  du  pretre  Marha’il»,  avec  la  date  de  1710.  Les  dalles  du 
sommet  portent  differentes  sculptures  lineaires:  une  gargoulette,  un 
poignard,  un  homme  a  cheval,  un  homme  brandissant  un  sabre  et  un 
bouclier.  La  tradition  existait  encore  au  debut  du  siecie  de  sculpter  les 
attributs  caracteristiques  du  defunt  sur  sa  dalle  mortuaire.  On  trouve 
ainsi  dans  le  clallage  du  B.  Slota  de  Peglise  de  Mar  Guorguls  a  Alq5s, 
deux  dalles  reemployees  representant  Pune,  pistolet  et  poignard  comme 
symboles  d’un  homme  mur,  P autre,  une  paire  de  babouches,  qui  semblent 
avoir  ete  quittees  au  pied  du  lit,  pour  signiher  une  jeune  mariee.  Une 
des  pierres  encastrees  dans  le  mur  montre  la  representation  fidele  de 
deux  lampes  a  petrole  du  plus  pur  modele  1900,  symbole  de  la  lumiere 
que  repandait  le  defunt.  J’ai  signale  plus  haut  des  tombeaux  du  meme 
genre  a  ‘Ainkawa;  on  en  rencontrera  encore  comme  pierres  de  reemploi 
dans  les  murs  de  la  cour  interieure  du  temple  yezidi  de  Saih  ‘Adi  (3). 


(1)  Vie  de  R.T.  Busnaya,  p.  138-139. 

(2)  Dafaqdt ,  p.  16-17. 

(3)  Croquis  de  Badger,  The  Nestorians ,  I,  p.  106.  Les  Nestoriens  mettaient 
egalement  les  animaux  sculpt^s  sur  les  pierres  tombales  comme  symboles  du  defunt, 
un  agneau  pour  un  enfant,  un  lion  pour  un  homme  courageux,  un  boeuf  pour  un 
homme  g^nereux,  etc.  Ces  figures  etaient  quelquefois  couvertes  descriptions.  Le  P. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


729 


Le  tombeau  sculpte  de  Mar  Yaqo  a  une  utilisation  pratique  pour 
lcs  gens  du  village,  il  sert  de  cadran  solaire.  Lc  matin,  quand  le  solcil 
montant  de  derriere  la  montagne,  Claire  ces  pierres,  le  tour  d’utilisation 


de  l’eau  de  la  source  passe  au  suivant. 

Enfin,  Mar  Ya‘qub  ne  serait  pas  le  monastere  parfait  s’il  ne  possd- 

dait  pas  une  histoire  de  lion.  En  effet,  au  petit  col  qui  prdcede  la  derniere 
partie  de  la  descente  rapide  vers  Sios,  on  voit  a  gauche  du  chemin  un 
amas  de  pierres  ayant  la  forme  d  un  carre  de  4  m.  de  cote.  Autour  de 
ce  tertre,  il  y  avait  naguere  des  arbrcsj  le  P.  Louis  Oheikho,  cn  1912, 
y  vit  quatre  chenes  qui  lui  formaient  une  «coupole  de  verdure»  (1). 
On  lui  raconta,  comme  on  raconte  encore,  fhistoire  traditionnelle:  un 
lion  terrible  ravageait  les  troupeaux  du  monastere.  Un  jour  il  mit  le 
comble  a  ses  forfaits  en  devorant  fane  qui  tirait  la  charrue  du  couvent. 
Alors  le  superieur  se  facha  et  fit  enjoindre  au  fauve,  au  nom  de  1  obeis- 
sance,  de  comparaitre  devant  lui.  L’animal  se  laissa  laire,  ecouta  hum- 
blement  la  semonce  et  accepta  la  pdnitence  imposee:  rester  au  sei\ice 
des  moines  toute  sa  vie.  Il  vdcut  longtemps  ainsi,  rempla^ant  le  berger 
aupres  du  troupeau  et  l  ane  a  la  charrue,  et  se  montia  toujouis  plus 
doux  qu’un  agneau.  Quand  il  mourut,  les  moines  lui  firent  ce  tombeau, 

e’est  le  qawra  d'aria. 

A  quelques  details  pres,  la  meme  histoire  se  raconte  de  plusieuis 
autres  couvents,  dont  celui  de  Mar  Ellya  ou  nous  avons  lencontie  un 
autre  lieu-dit  du  meme  nom.  Deux  «tombeaux  du  lion»  se  voient  egale- 


ment  dans  les  eglises  de  Mar  Aliha  et  de  Mar  Yohannan  a  Dera,  a  cote 
de  Penek  et  a  9  kilometres  de  Gazlra  ibn  ‘Omar,  au  nord/nord-ouest, 
sur  la  rive  gauche  du  Tigre.  Mais  ici  la  legende  explique  que  chacun 
des  tombeaux  contient  une  moitid  du  meme  lion.  L  histoire  est  en  relation 


avec  le  sdjour  a  Mar  Ahha  de  Mar  Yaret  l’Egyptien  (2). 


Rhetor^  (Notes  manuscrites ,  1893,  Van  II,  §22)  en  signale  a  Pis  et  entre  Bcrduk  et 
Kelagom  (Albaq),  a  Khosrowa,  a  Serai. 

(1)  Machriq,  XV/1912,  p.  851;  dessin  de  Mar  Yaqo,  face  p.  836. 

(2)  Suhada ’,  II,  p.  270. 


730 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Qu’il  y  ait  eu  cles  betes  feroces  de  toutes  sortes  en  Assyrie  depuis 
l’antiquite  ( 1 )  et  encore  jusqu’a  une  periode  assez  recente,  cela  ne  fait 
pas  de  doute.  De  temps  en  temps  elles  pullulaient  tellement  qu’on  devait 
leur  faire  la  guerre  (2).  Par  ailleurs,  il  n’est  pas  etonnant  que  les  saints 
anachoretes  aient  ete  tres  familiers  avec  elles.  Comme  on  les  voit  jouer 
un  role  dans  les  Fioretti  des  saints  de  la  premiere  Thebaide  (3),  on  les 
rencontre  frequemment  aupres  des  bienheureux  de  la  seconder  aigles, 
lions,  pantheres,  serpents  et  bouquetins  obeissent  aux  saints  (4),  leur 
rendant  des  services  et  parfois  les  defendant  contre  leurs  ennemis  (5). 
II  ne  faut  pas  s’etonner  de  voir  ici  un  lion  servir  de  pasteur  et  de  bete 
de  somme  (6). 

Mais  ce  n’est  pas  tous  les  jours  que  le  lieu  de  sepulture  d’un  lion 
soit  aussi  precisement  designe  que  nous  l’avons  ici.  II  etait  trop  tentant 
d’y  donner  quelques  coups  de  pioche.  J’ai  done,  avec  un  Frere  com¬ 
plaisant,  fouille  tout  le  carre,  ce  qui  n’etait  pas  un  gros  travail  car  le 
roc  vierge  etait  a  quelques  decimetres  de  profondeur.  Dans  la  terre  en- 
levee  nous  ne  trouvames  qu’un  petit  morceau  cle  gargoulette  ornee.  Tout 
au  plus  peut-on  voir  dans  le  rocher  un  vague  creux,  naturel  semble-t-il, 
qui  ne  depasse  jamais  50  centimetres. 

D'autres  avaient-ils,  avant  nous,  fouille  la  tombe  pour  y  chercher 


(1)  Cf.  E.D.  van  Buren,  The  Fauna  of  Ancient  Mesopotamia  as  Represented  in 
Art» ,  Rome  1939. 

(2)  V.g.  en  505  (B.O. ,  I,  p.  281). 

(3)  Budge,  Bk.  II,  p.  269,  n.  1 ;  p.  591,  n.  2;  p.  664,  n.  1  donne  de  nombreuses 
ref.  aux  Vitae  Patrum  de  Rosweyde;  de  meme:  A.J.  Festugiere,  Les  moines  d' Orient, 
I,  p.  53-57. 

(4)  La  plus  belle  histoire  a  ce  sujet  est  peut-etre  celle  de  la  souris  qui  rapporta 
le  collier  qu’elle  avait  vole,  et  mourut  aussitot.  Cf.  Chr.  de  Secret ,  II,  p.  39-40. 

(5)  Cf.  Bk.  II,  p.  267-269,  434,  591,  664;  Chr.  de  Seert ,  II,  p.  586;  Vie  de  R.T. 
Busnaya,  p.  97,  107,  etc. 

(6)  J.E.  Durand,  Les  animaux  dans  la  vie  des  saints  (Almanac h  Catholique  Frangais , 
1924,  p.  129-134)  cite  des  faits  semblables  pour  la  France.  Le  plus  touchant  est  le  cas 
de  Fours  qui  garde  les  quatre  brebis  de  S.  Euthyque,  qui  deperissaient  «faute  d’un 
berger  qui  les  conduisit  regulierement  au  paturage». 


GOUVENTS  DU  BAHADRA 


731 


un  tresor?  On  pourrait  le  penser,  car  la  plupart  des  pierres  se  trouvaient 
rejetees  sur  un  cote  du  carre.  Quant  au  morceau  de  gargoulette,  sa  pre¬ 
sence  peut  etre  fortuite;  mais  si  Ton  a  affaire  a  un  tombeau  d’homme, 
cette  presence  serait  normale  car,  jusqu’a  nos  jours,  le  pretre  chaldcen 
de  Mar  Yaqo  cassait  sur  le  tombeau  une  gargoulette  pleine  d’eau,  trois 
jours  apres  l’enterrement. 

Qu’est  en  realite  le  lieu  dit  «le  tombeau  du  lion»?  Un  tombeau 
d’homme,  peut-etre  tres  ancien  (1),  puisque  Ton  n’est  pas  loin  de  grottes 
prehistoriques  ?  Une  construction  de  moines,  dont  une  des  citernes  est 
a  20  metres  de  la  ?  Toutes  les  hypotheses  sont  permises,  meme,  pourquoi 
pas,  qual  s’agit  vraiment  du  «tombeau  du  lion». 

Probablement  peut-on  rattacher  aux  tombeaux  un  fragment  de 
pierre  d’origine  inconnu,  qui  est  gardd  maintenant  au  Sdminaire  S.  Jean 
a  Mossoul,  avec  les  autres  objets  trouves  a  Mar  Yaqo.  La  pierre,  de  cal- 
caire  jaunatre,  devait  avoir  quand  elle  etait  entiere  environ  30  cm.  de 
long.  Elle  a  16  cm.  de  large  et  5  cm.  d’dpaisseur.  Elle  est  sculptee  d’une 
croix  plus  longue  que  large,  dont  la  fin  des  branches  se  divise  en  forme 
de  V.  Le  P.  Savignac  (2)  signale  de  tres  nombreuses  croix  de  ce  genre 
au  cimetiere  greco-syrien  du  Khan  as  Samra,  et  date  les  tombes  pro¬ 
bablement  du  YIe  ou  Ve  siecle.  Une  autre  croix  a  peu  pres  semblable 
est  sculptee  sur  le  mur  de  la  chapelle  sud-est  (B,  Qaddise ?)  de  fdglise 
du  tell  1 1  de  Hlra  (3).  On  m’en  a  signale  une  autre  en  provenance  du 
cimetiere  de  Mahuz  (Mahoze  d’Ardwan)  sur  le  Petit  Zab.  Enfin,  en 
1959,  la  Mission  Archeologique  Frangaise  en  Iran  a  decouvert  dans  file 
de  Kharg,  dans  le  Golfe  Persique,  un  couvent,  probablement  jacobite; 
le  meme  genre  de  croix  etait  tailld  dans  le  roc  au-dessus  des  tombes  (4). 

(1)  On  se  rappelle  qu’il  y  a  des  vestiges  semblables  pres  du  couvent  des 
bousiers. 

(2)  R.B.  1925,  p.  110  et  131;  (cp.  ibid.,  p.  580). 

(3)  Y.  Ghanima,  cit.,  p.  53;  et  Talbot-Rice,  JRAS ,  1932,  p.  254-259;  Review 
of  Archaeology ,  1932,  p.  276-291;  Ars  Islamica ,  vol.  I,  p.  51-73;  T.  Rice  et  Reitlinger, 
Oxford  Excavations  at  Hira,  1931. 

(4)  Communication  du  R.P.  M.J.  Steve,  o.p.,  membre  de  la  mission. 


732 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


II  semble  done  que  la  croix  aux  branches  bifides,  avec  ou  sans  les  quatre 
points  equidistants  entre  les  bras,  soit  habituellement  en  relation  avec 
une  tombe  (1). 

Les  grottes 

Les  grottes  de  Mar  Yaq5  se  divisent  en  deux  groupes:  grottes  de 
moines,  taillees  dans  le  roc,  et  grottes  naturelles  plus  ou  moins  amenagees, 
fournissant  le  temoignage  d’une  occupation  probablement  ndolithique. 

II  est  bien  difficile  de  calculer  le  nombre  des  grottes  de  moines.  Les 
gens  du  pays,  peut-etre  influences  par  le  nombre  traditionnel  des  reli- 
gieux  du  couvent,  les  evaluent  a  plus  de  300.  Probablement  serait-on 
plus  pres  de  la  realite  en  disant  une  cinquantaine.  Beaucoup  sont  efifon- 
drees,  la  facade  ayant  ete  erodee,  et  plusieurs  sont  inaccessibles,  le  passage 
qui  y  conduisait  s’etant  eboule. 

La  plus  grande  grotte  encore  existante  est  situee  dans  le  dola,  au- 
dessous  du  milieu  du  mur  de  la  cour  de  Peglise.  Elle  est  carree,  de  4  m.  75 
de  cote  sur  2  m.  65  de  haut.  Devant  elle  on  voit  les  traces  d’une  autre 
grotte  effondree.  Elle  ressemble  assez  a  la  grande  grotte  du  couvent  de 
R.  Hormizd  dite  «le  refectoire  des  moines». 

Gertaines  grottes  ont  deux  etages;  une  des  grottes  situee  pres  de  ce 
qui  etait  naguere  la  cour  du  «pensionnat»  des  Dominicains,  a  garde,  a 
gauche  au  ras  du  sol,  fanneau  taille  dans  la  pierre  ou  le  moine  tisserand 
accrochait  ses  pieces.  La  grotte  dite  «de  Mar  Ya£qub»  se  compose  de 
deux  chambres  en  enfilade,  separdes  par  une  porte  et  se  terminant  par 
un  petit  reduit. 


(1)  On  trouve  de  telles  croix  tombales,  au  moins  du  IVe  au  VIIIe  siecle,  au 
Hauran  et  en  Jordanie,  cf.  H.  Field,  North  Arabian  Desert  Archeological  Survey ,  1925- 
1950,  dans  les  Peabody  Museum  Papers,  (Harvard)  vol.  14/2  (1960),  p.  156-157,  avec 
references.  On  ne  peut  cependant  admettre  que  la  croix  de  Qasr  Burqu‘  (en  Jorda¬ 
nie)  soit  originelle  dans  un  pavilion  de  chasse  d’un  fils  de  calife,  et  surtout  sur  un 
linteau  en  dessous  duquel  les  habitants  du  chateau  devaient  passer.  La  croix  est 
certainement  en  relation  avec  des  tombes  chretiennes.  {Ibid.  p.  58,  95,  161-163). 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


733 


A  la  fin  de  fete  1942  un  homme  du  village  nettoya  la  grotte  appelee 
skafta  d'kepa ,  la  grotte  de  la  pierre,  pour  y  ddposer  son  fourrage. 
Dans  les  deblais  un  enfant  trouva  un  ddbris  de  terre  cuite  portant  un 
fragment  d’inscription  stranguelie:  «...  trois  ...  ossements...»  Cette  grotte 
etait  ddja  connue  car  le  sol  en  est  perc d  d'une  multitude  de  trous  cylin- 
driques  communiquant  entre  eux  par  le  fond.  On  y  avait  trouvd  un 
depot  de  pieces  d’argent,  mais  d’origine  reccnte.  Quelques  sondages  faits 
dans  la  grotte  n’ont  rien  donne,  sinon  findication  de  la  presence,  en 
dessous  de  la  premiere,  d’une  autre  grotte.  L’acces  de  celle-ci  est  bouche 
par  le  cone  de  dejection  des  detritus  du  village. 

Plusieurs  grottes  encore  ont  des  appellations:  grotte  des  chats,  grotte 
aux  pigeons,  ou  portent  le  nom  de  leur  propridtaire  actuel  dont  elles 
abritent  les  reserves  de  branchages  de  chene  nain  ( tchelou )  qui  sert  de 
nourriture  aux  betes  en  hiver. 

Quant  aux  grottes  naturelles,  les  deux  plus  importantes  sont  situees 
sur  le  flanc  sud  de  la  colline  du  cimetiere,  dominant  la  vallde  dacces 
au  couvent.  La  «grotte  des  livres»  est  un  magnifique  «abri  sous  roche», 
en  face  duquel  de  nombreux  silex  tailles  ont  dtd  trouves.  Le  nom  de 
skafta  cTktawe  fait  allusion  a  la  cachette  qu’y  chercherent  les  moines 
pour  leurs  precieux  livres,  lors  de  raids  de  bandes  pillardes.  Ceci  est 
d’ailleurs  la  seule  rdf^rence  que  Ton  ait  a  la  bibliotheque  du  couvent, 
dont  rien  n’a  subsists. 

La  deuxieme,  dite  skafta  dC gabbdre ,  ou  grotte  des  gdants,  doit 
son  nom  a  un  mur  d'dnormes  blocs  empilds  les  uns  sur  les  autres  et  qui 
la  ferment  jusqu'au  sommet,  ne  laissant  qu’une  petite  porte  en  bas.  La 
ldgende  veut  que  de  petits  bergers  se  soient  amusds  a  faire  ce  mur.  Com¬ 
ment  ont-ils  pu  manoeuvrer  de  si  grosses  pierres?  C'est  qu’ils  dtaient  des 
geants!  D'ou  le  nom  de  la  grotte. 

Depuis  la  Genese  (VI.4)  les  histoires  de  gdants  courent  le  monde. 
Alors  que  les  exegetes  comme  S.  Ephrem  (1)  se  contentent  d'un 


(1)  In  Genesim,  trad.  R.M.  Tonneau,  CSCO ,  t.  153,  p.  45. 


734 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


commentaire  reserve  de  ce  passage,  les  auteurs  posterieurs,  par  exemple 
La  Grotte  aux  tresors ,  le  Livre  d' Adam,  le  Kebar  JVagast ,  le  Lime  d' Enoch,  etc. 
laissent  deborder  leur  imagination  et  donnent  aux  geants  la  taille  d’une 
tour,  voire  3.000  coudees!  Ouant  a  leur  appetit,  il  etait  en  proportion 
et,  toutes  autres  provisions  etant  epuisees,  ils  devenaient  vite  anthro- 
pophages.  Les  hommes  n’auraient  jamais  pu  s’en  debarrasser  seuls  si 
d’une  part  les  Sept  Sages  ne  leur  avaient  enseigne  certains  arts  tels  que 
la  fonte  des  metaux  et  la  magie  et  que,  d’autre  part,  les  geants  eux-memes 
n’avaient  commence  a  s’entre-devorer  (1). 

Bien  que,  finalement,  David  ait  aneanti  la  race  des  Geants  (2), 
elle  semble  ressurgir  de  temps  en  temps.  Gomme  le  dit  le  P.  Rhetord: 
«En  beaucoup  d’endroits  dans  les  montagnes  du  Kurdistan  on  voit  sur 
les  hauteurs,  sur  des  rochers  ardus,  a  V entree  des  gorges,  des  tours  et  des 
lieux  de  defense  construits  par  les  hommes  des  temps  primitifs.  Ces  cons¬ 
tructions,  tres  solidement  faites  avec  de  grands  blocs  de  pierre,  sont  appe- 
lees  par  les  gens  du  pays  «les  constructions  du  diable»,  ou  «les  cons¬ 
tructions  des  geants»,  a  cause  de  la  force  extraordinaire  qu’elles  sup- 
posent  de  la  part  de  ceux  qui  les  ont  faites»  (3). 

Thomas  de  Marga  parle  des  constructions  du  geant  Barzai  au  pays 
de  Marga  (4);  il  cite  encore  les  «fiers  a  bras»  de  Zarn  au  B.  Bgas  (5), 
dont  le  fameux  Salman  qui  n’avait  pas  d’appetit  quand  il  ne  pouvait 


(1)  The  Book  of  the  Cave  of  Treasures,  trad.  Budge,  London  1927,  p.  92-93,  et  102. 
—  D’apres  La  yard  ( Nineveh ,  I,  p.  66-67  et  80),  le  Coran  aurait  donne  la  taille  des 
geants  infideles,  dont  Nimrud  faisait  partie,  comme  depassant  la  hauteur  des  grands 
palmiers. 

(2)  M.S.,  I,  p.  61. 

(3)  Je  ne  me  souviens  pas  d’avoir  vu  de  monuments  megalithiques  proprement 
dits,  comme  ceux  attribues  aux  Rephaim  (Barrois,  Archeol.  Bibl.,  I,  p.  18,  ou  Morgan, 
Prehist.  Or.,  1 1 1/ 1 92  7,  UAsie  anterieure,  p.  188-197).  L’ensemble  du  «haut  lieu»  de 
Tastafsia,  avec  ses  cuves  de  sacrifices,  meriterait  une  etude.  De  m^me  un  tres  curieux 
ensemble  au  sommet  du  Singar,  dit  «Dera  Wuzena»,  oil  c’est  tout  un  «couvent»  (?) 
megalithique  que  l’on  trouve. 

(4)  Bk.  II,  p.  633. 

(5)  Bk.  II,  p.  524. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


735 


se  servir  comme  coussin  de  la  tete  d’un  mdcrdant  qu’il  avait  occis  de  ses 
propres  mains.  Malheur  aussi  aux  percepteurs  impdriaux  qui  s’aventu- 
raient  trop  pres  de  son  repaire!  Heureusement  que  le  frere  de  cet  Esau 
avait  la  douceur  de  Jacob:  ce  fut  le  Bx  Narsai,  dveque  d’as  Sin;  on 
ne  dit  pas  quelle  dtait  sa  taille. 

Denys  de  Tell  Mahrd  recueille  la  tradition  d’un  peuple  «qui  monta 
de  la  rdgion  inferieure»  vers  766/767,  «et  s’appclait  gdant  dans  la  langue 
primitive»  (1).  La  Chronique  les  ddcrit  ainsi:  «C’dtait  des  hommcs  sans 
vetements  et  sans  chaussures,  ainsi  que  leurs  femmes  et  leurs  enfants, 
car  ils  ne  savaient  lien  faire.  Ils  n'apprenaient  rien  a  leurs  enfants;  leurs 
femmes  meme  ne  savaient  pas  travailler  la  laine.  Tout  leur  art  consistait 
a  se  cacher  jour  et  nuit  sur  les  chemins  pour  tuer  et  ddpouiller  et  pour 
couper  les  routes.  Et  comme  ils  habitaient  dans  les  montagnes  inacces- 
sibles  (on  a  vu  plus  haut  que  c’dtait  dans  la  region  de  la  Perse)  personne 
ne  pouvait  les  dompter.  Ils  pousserent  faudace  jusqu'a  s’dlever  contre 
le  roi  (le  calife  al  Mansur)  et  a  couper  la  route  au  tresor  du  prince  des 
croyants.  Parce  qu’ils  avaient  fait  cela,  et  aussi  parce  que  toute  la  contree 
dtait  soulevde  par  eux,  le  roi  envoya  contre  eux  une  forte  armde.  II  les 
devasta,  les  pilla,  les  enchaina;  il  les  rassembla  tous,  voulant  les  faire 
pdrir  par  le  glaive.  Deja  il  avait  fait  crucifier  leurs  chefs  et  se  disposait 
a  mettre  son  projet  a  exdcution,  lorsque  des  hommes  craignant  Dieu  lui 
conseillerent  de  les  envoyer  aux  frontieres,  contre  les  ennemis,  afin  qu'ils 
demeurassent  la  ou  qu'ils  fussent  tuds  par  les  Romains.  Il  mit  prompte- 
ment  a  exdcution  le  conseil  qu'il  avait  requ  et  les  fit  monter  pour  habiter 
dans  la  region  agitee,  en  face  de  Qamah.  Ils  dtaient  300.000.  Mais  ils 
s’enfuirent  et  se  repandirent  dans  toute  la  region;  il  n’en  resta  la  qu’un 
petit  nombre,  et  comme  le  pays  dtait  froid  et  qu’ils  dtaient  nus,  la  plupart 
moururent  au  premier  hiver  qui  les  saisit.  Mais  ceux  qui  resterent  ne 
cesserent  pas  leurs  premiers  mdfaits.» 

Ces  geants,  du  VIIIe  siecle  ou  d’autres  dpoques,  ont-ils  des  descen¬ 
dants?  Le  P.  Rhetord  mentionne  la  taille  exceptionnellc  des  habitants 


(1)  Chronique ,  IVe  partie,  trad.  Chabot  (1895),  p.  95. 


736 


ASSYR1E  CIIRETIENNE 


de  deux  localites  du  Tur  ‘Abdin,  Benebil  et  Warda,  qu’il  visita  en  1915. 
La  meme  annee  les  deux  villages  repousserent  les  attaques  des  Kurdes 
et  des  Turcs.  A  Warda  les  assaillants  avaient  meme  un  canon;  mais  il 
faut  dire  qu’ils  ne  savaient  pas  s’en  servir. 

Pour  terminer  cet  excursus  sur  les  geants,  on  remarquera  que,  si  la 
taille  n’est  pas  precisee  dans  le  texte  meme,  il  est  impossible  de  distinguer 
dans  le  chaldeen  gabbdra  si  Ton  a  affaire  a  des  geants  proprement 
dits  ou  simplcment  a  des  braves.  A  Mar  Yaqo,  c’etait  de  vrais  geants 
que  nous  avions,  je  n’en  veux  pour  preuve  que  le  tibia  mentionne 
plus  haut. 

Sur  le  versant  nord  de  Tastafslya,  a  cote  du  chemin  dit  «des  Kurdes» 
ou  «de  Manguds»,  on  voit  une  espece  de  niche  qui  est  en  realite  ce  qui 
reste  d’une  citerne  dont  fautre  partie  s’est  eboulee.  Si  vous  entrez  dans 
cette  niche  et  que  vous  frottez  votre  dos  contre  la  paroi  du  fond,  vous 
etes  immediatement  gueris  de  tous  vos  maux  de  dos.  Les  Kurdes  Pap- 
pellent  «la  pierre  du  mal  de  dos»  (1).  Quant  aux  chretiens  qui,  bien 
sur,  partagent  toutes  ces  croyances,  ils  y  voient  en  plus  le  trou  ou  Mar 
Ya‘qub,  poursuivi  par  ses  ennemis  (?)  dut  se  refugier.  Et  f on  montre 
encore,  sur  le  sommet  du  bloc  qui  contient  cette  demi-citerne,  la  roche 
fendue  a  plusieurs  endroits  par  les  coups  d’epee  des  dits  ennemis.  Ici 
Mar  Yaq5  rejoint  Ronceveaux. 

Pas  loin  de  la  «pierre  du  mal  de  dos»,  se  trouve  la  «vigne  de  Mar 
Yacqub»,  abandonnee  depuis  la  premiere  guerre.  En  plus  des  citernes 
qui  gardaient  Peau,  on  y  voit  trois  «pressoirs»,  cuves  rectangulaires  de 
1  metre  de  long  environ  avec,  sur  le  cote,  une  autre  cuve  plus  profonde 
et  plus  petite,  le  tout  taille  dans  le  roc.  L’un  de  ces  pressoirs  est  presque 
intact,  les  deux  autres  sont  deteriores. 

Au-dessus  de  la  vigne  de  Sios  se  trouvent  les  grottes  dites  de  Barqa, 
et  au-dessus  d’ljerke  la  grotte  «de  la  retraite»  (al  halved)  ou  un  petit 


(1)  De  meme  on  trouve  la  force  en  s’appuyant  sur  la  «pierre  du  lion»  de 
Mar  Eliya. 


GOUVENTS  DU  BAHADRA 


737 


bassin  est  toujours  maintenu  plein  par  une  source  mysterieuse,  mais  ne 
deborde  jamais. 

Ceci  nous  rappelle  que  jusqu'ici  nous  n’avons  pas  rencontrd  de 
source  au  nom  de  Mar  Ya‘qub.  Et  pourtant,  tout  saint  qui  se  respecte 
doit  avoir  une  source  a  son  actif:  Mar  Zdna,  Mar  Matta  a  ‘Ain  Sarah; 
Mar  Awgin  et  tant  d’autres  ont  fait  jaillir  des  sources.  Mar  Ya‘qub 
sera-t-il  le  parent  pauvre  qui  ne  peut  pas  passer  ce  dernier  test?  II 
semble  qu’il  faille  s’y  rdsigner.  La  grande  source  qui  alimente  le  village 
a  bien  un  conduit  voutd  que  Ton  fait  remonter  aux  moines,  mais  on  ne 
dit  pas  que  Mar  Ya‘qub  fait  fait  jaillir.  Rien  non  plus  a  propos  de  la 
petite  derivation  voisine  qui  va  sourdre  au  flanc  du  Musmussa.  Serons- 
nous  done  degus?  Heureusement  non.  Dans  le  premier  grand  rocher  a 
droite,  au  bord  de  la  descente  rapide  vers  Sios,  un  petit  trou  d’ou  sort 
en  hiver  un  mince  filet  d’eau  s’appelle  «le  doigt  de  Mar  Ya‘qub».  Et 
Ton  nous  dit:  un  jour,  Mar  Ya‘qub,  passant  par  ici,  eut  soif;  il  appuya 
son  doigt  sur  la  roche  et  l’eau  jaillit. 

Ainsi  le  cycle  est  complet.  Un  groupe  parfait  de  legendes  est  venu 
tout  expliquer  et  tout  rattacher  au  saint  dponyme,  le  fondateur  restant 
un  peu  dans  fombre,  comme  s’il  avait  voulu,  une  fois  de  plus,  quitter 
sa  place.  Les  superstitions  ancestraies  de  farriere-plan  ont  dgalement 
trouve  des  cheminements  secrets  pour  parvenir  jusqu’a  nous,  faisant  du 
site  de  Mar  Yaqo  un  des  hauts  lieux  de  l’histoire  et  de  la  ldgende, 
dorde,  rose,  ou  noire. 

5.  —  Mar  Pinhas 

A  quelques  metres  au  sud-ouest  du  village  de  Si5s,  de  vagues  lignes 
de  pierres  au  ras  du  sol  sont  tout  ce  qui  reste  du  couvent  de  Mar  Pinhas. 

Le  titulaire  est  bien  connu  de  l’hagiographie  orientale  (1).  Sa  qua- 
lite  de  disciple  de  Mar  Awgin  lui  vaut  d’etre  honord  dgalement  par  les 
Jacobites  qui  lui  avaient  dddid  un  couvcnt  (2)  et  qui  celdbraient  sa  fete 


(1)  BHO,  p.  217. 

(2)  Mentionne  a  la  fin  du  VIIIe  s.,  par  M.S.,  III,  p.  452,  n°  66. 


Rech.  23  —  47 


738 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


le  20  septembre  (1),  le  15  octobre  (2)?ou  le  28  avril  (3).  Cette  derniere 
date  est  cclle  de  son  martyre.  Les  Chaldeens  le  commdmorent  le  deuxieme 
vendredi  de  la  Resurrection  (4)  qui  est  le  jour  de  sa  fete  a  Sios,  ce  qui 
fixe  fidentification. 

Sa  legende  (5)  en  fait  un  etranger  de  Tanaos  (ou  d’Athenes)  qui 
devint  moine  au  Mont  Izla.  Quand  il  quitta  la  montagne  sainte,  il  vint 
au  Kurdistan,  au  Mont  Hvvara,  factuel  Cabal  al  abiad,  la  montagne 
blanche,  celle  meme  qui  s’etend  de  Dehok  a  la  vallee  de  Zaho.  Ce  serait 
done  par  cette  partie  de  son  histoire  que  le  saint  se  rattacherait  a  Sios, 
oil  la  tradition  locale  aurait  garde  la^trace  de  son  passage.  Il  vecut  ainsi 
en  ascete  pendant  30  ans,  vetu|uniquement  d’une  tunique  grossiere  de 
poils  de  chevre.  Quant  a  sa  residence,  si  vraiment  il  vint  a  Sios,  il  semble 
qu’il  ne  s’y  fixa  pas,  car  on  le  retrouve  au  village  de  Gemboli,  qui  doit 
etre  a  Pextr^mite  nord-ouest  de  la  chaine  montagneuse  puisque,  admi- 
nistrativement,  il  depend  du  gouverneur  de  Penek,  petite  ville  situee  sur 
le  Tigre  (6).  C’est  devant  ce  gouverneur  qufil  est  defere,  et  par  lui  que, 
apres  le  dialogue  edifiant  habituel,  il  est  mis  a  mort  au  milieu  de  supplices 
raffines. 

Un  de  ses  membres  sera  encore  jtransporte  plus  a  l’ouest,  de  P autre 
cote  du  Tigre,  a  Aziah  (7)  pres  de  Hawsara  (8),  oil  fut  dlevee  une 
dglise  a  son  nom,  transformee  plus  tard  en  couvent  de  religieuses  (9). 


(1)  Nau,  Martyrologes  Jac.,  p.  86. 

(2)  R.  Saliba ,  p.  165. 

(3)  Ibid.,  p.  181  et  n.  13. 

(4)  Suhada\  II,  p.  44,  et  Hudra  n°  14  de  Sios  (a  Mar  Yaqo)  s.v.  Mar  Pinhas 
d’Awsar  au  pays  de  Gazarta. 

(5)  AMS ,  IV,  p.  208-217  et  introd.  p.  ix,  n°  3  a;  Suhada\  II,  p.  41-44;  en  arabe: 
Ms.  Ar.  B.N.  5072,  fol.  101  v.  -  108  r. 

(6)  Sur  la  rive  est,  a  12  km.  au  N.-O.  de  (Sazira  ibn  ‘Omar. 

(7)  Azeh  est  a  21  milles  a  l’O.  de  Gazlra. 

(8)  A  7  milles  du  meme;  cf.  Carte  du  Jebel  Tur  par  le  Rev.  A.  Andrus  de  P Ame¬ 
rican  Mission,  Mardin. 

(9)  V  an  Helmond,  Mas'oud  da  Tour  ‘Abdin,  Louvain  1942,  p.  12. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


739 


La  fete  de  cet  ermite  martyr  du  IVe-Ve  siecle  (1)  est  encore  c6\ 6- 
bree  a  Sios  selon  les  traditions  de  la  sera. 

Ce  vendredi  est  un  jour  chomd.  Avant  midi  chacun  prdpare  le 
repas,  habituellement  en  plein  air,  sur  la  colline.  Tout  le  village  est  la, 
avec  quelques  visiteurs  venus  participer  a  la  fete.  La  cdremonie  propre- 
ment  religieuse  commence  par  la  lecture,  en  soureth,  de  la  ldgende  du 
saint.  Puis  on  rdcite  quelques  prieres.  De  nos  jours  le  chapelet  a  remplacd 
les  vieilles  melopdes  chalddennes  que  les  jeunes  ne  connaissent  plus. 
Ensuite  chaque  famille  prend  son  repas  sur  place  avec  ses  hotes.  On  ne 
retourne  chez  soi  qu’apres  avoir  danse,  de  ces  rondes  ordinairement 
lentes,  mais  quelquefois  endiabldes,  aux  paroles  soureth  mais  plus  souvent 
kurdes,  ou  gargons  et  filles  participent,  tantot  mdlangds,  tantot  sdpards. 
Si  une  flute  et  un  tambourin  kurdes  ont  eu  vent  de  la  fete,  ils  viennent 
Panimer,  sinon  le  chant  et  le  battement  des  mains  forment  le  seul  accom- 
pagnement  de  la  danse. 

De  telles  sera ,  que  Budge  appelle  «church  festivals»  (2)  tendent  a 
disparaitre.  Elies  dtaient  jadis  tres  populaires.  Notre  bonne  Mere  TEglise 
les  avait  multiplides,  surtout  en  Careme,  pour  alldger  aux  croyants  le 
poids  du  jeune  par  la  fete  du  dimanche,  sans  oublier  non  plus  que  le 
Careme  coincide  avec  le  printemps. 

Mossoul  connaissait  encore,  il  y  a  quelques  anndes,  les  «foires»  de 
Tahra,  Mar  Guorguls  et  Mar  Miha’Il,  cdlebrdes  respectivement  les  4e, 
5e  et  6e  dimanches  de  Careme.  Tell  Kaif  commen^ait  le  2e  dimanche 
par  une  visite  a  Mar  Daniel;  puis  se  succddaient  Buh  Sahda,  Mart 
Smuni  et  Mar  Awraha,  ou  on  se  rencontrait  avec  les  gens  de  Batnaya 
et  des  environs;  pour  se  terminer  a  Mar  Yawsip,  le  dimanche  prdcddant 
les  Rameaux. 

Quant  aux  fetes  de  Bagdad,  depuis  longtemps  disparues,  le  Sabusti 


(1)  A  ne  pas  confondre  avec  le  prototype  biblique,  le  fameux  Phin^es  (Numb 
XXV,  7-8)  qui  avait  bonne  reputation  chez  les  auteurs  syriaques;  cf.  Th.  de  Marga 
(. Bk .  II,  p.  56)  qui  l’appelle  «le  z6ie». 

(2)  Bk.  II,  p.  438,  n.  2  avec  ref.  a  Socin. 


740 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


en  donne  la  liste  (1)  pour  les  dimanches  de  Careme.  A  propos  de  celle 
du  couvcnt  de  Samalu,  le  jour  de  Paques  (2),  il  ajoute:  «il  n’y  a  pas 
un  chretien  (de  Bagdad)  qui  ne  s’y  rende»,  accompagnd,  bien  sur,  de 
beaucoup  de  non-chretiens.  A  la  meme  epoque,  Abu  r  Rihan  al  Biruni, 
dans  sa  Chronologie  des  Peuples  Orientaux  (3),  mentionnait  sept  couvents 
des  environs  de  Bagdad  dont  les  fetes  s’etalaient  d’aout  a  decembre,  dont 
trois  en  novembre,  qui  est  evidemment  avec  le  printemps  le  mois  le  plus 
propice  aux  excursions.  Les  Bagdadiens  gagnaient  le  couvent  d’Abi 
Halid  le  premier  vendredi,  celui  d’al  Qadesiya  le  troisieme,  et  celui 
d’al  Kahhal  le  quatrieme. 

Que  les  fetes  d’hier,  comme  celles  d’aujourd’hui,  aient  ete  une  occa¬ 
sion  de  boire  «en  abondance,  selon  la  coutume»,  Thomas  de  Marga  lui- 
meme  le  dit  a  propos  de  la  fete  de  Mar  Ya‘qub  de  B.  ‘Awe  et  du  miracle 
que  le  sup^rieur  Mar  Quriaqos  dut  faire  pour  que  le  vin  ne  manque 
pas  (4),  changeant  en  vin  beau  amende  d’Estwan  dans  les  outres  por- 
tees  par  huit  mules. 

On  aurait  pu  dire  de  la  plupart  des  couvents  ce  que  disait,  au  XIVe 
siecle,  Ibn  Fadlallah  al  ‘Omari  (5)  du  Couvent  de  la  Rage:  «Ce 
couvent  a  sa  fete  a  un  certain  temps  de  Pannee.  Des  foules  de  chretiens 
s’y  rendent  alors,  femmes  et  hommes,  qui  vont  y  demeurer,  et  des  foules 
de  musulmans  qui  y  vont  regarder  et  s’y  promener.  Grossiers  personnages 
et  badins  s’y  donnent  rendez-vous,  et  on  y  entend  les  chants  et  toutes 
sortes  d’amusements.  On  y  egorge  des  betes  et  on  y  boit  du  vin.» 


(1)  Ed.  G.  ‘Awwad,  p.  3. 

(2)  Ibid.,  p.  9  (Fed.  note  egalement,  p.  16,  fete  du  Dair  at-Ta‘alib,  le  dernier 
samedi  de  septembre;  p.  30,  la  fete  de  Dair  SmunI,  «un  des  plus  grands  jours  de 
Bagdad» ;  p.  Ill,  112,  121,  etc.). 

(3)  Al-dlar  al-baqia  ‘an  al-quriin  al-hdlia  (6d.  Sachau,  Leipzig,  1923,  p.  310); 
Al-Qalqasandi  et  Al-MaqrIzi  ne  parlent  que  des  fetes  des  Goptes. 

(4)  Bk.  If,  p.  437-441. 

(5)  Masdlek ,  p.  254-255;  de  meme  Muniat  al-Udabd ",  p.  147,  a  propos  de  Mar 
Miha’Il. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


741 


«De  nos  jours,  dcrivait  le  P.  Rhetord  en  1917,  les  Nestoriens  cdle- 
brent  de  meme  la  commemoraison  de  Mar  Sawa,  le  grand  saint  du 
Tiyari.  Ils  arrivent  au  sanctuaire,  non  avec  le  ddsir  de  se  remplir  de 
graces  spirituclles,  mais  avec  de  copieuses  provisions  de  vin.  C’est  a  la 
(fete  de  la)  Sainte  Croix  que  la  reunion  a  lieu,  elle  dure,  pendant  trois 
jours.  Ces  trois  journees  se  passent  a  boire  seul,  a  donner  a  boire  aux 
autres,  et  a  recevoir  a  boire  des  autres.» 

Les  fetes  chretiennes  etaient-elles  foccasion  d’exces  plus  graves? 
Le  Sabusti  (1)  mentionne,  a  propos  de  la  fete  du  Dair  al  Hawat,  pres 
de  ‘Okbara,  qui  se  cdlebrait  le  premier  dimanche  de  Careme,  la  pratique 
de  la  nuit  de  mdsds.  D’autres  auteurs  se  sont  dvidemment  rdgales  d’un 
tel  sujet,  et  de  temps  en  temps  des  chapitres  apparaissent  ici  ou  la  sur 
«les  orgies  des  couvents».  Quel  qu’ait  etd  le  ddvergondage  de  certains 
habitues  des  tavernes  des  couvents,  les  articles  du  P.  Anastase  (2)  et  de 
H.  Zayat  (3)  ont,  je  crois,  fait  justice  de  cette  pretendue  nuit  de  licence. 

Cependant,  au  YIe  siecle  ddja,  Jean  de  Telia  interdisait  aux  moines 
d’assister  aux  vigiles  ou  commdmoraisons  de  martyrs,  meme  s’ils  don- 
naient  pour  prdtexte  qu’ils  y  allaient  pour  prier  (4).  Je  n’ai  pas  eu  besoin 
de  cette  interdiction  pour  ne  pas  prendre  part  aux  «stations  de  careme» 
de  Mossoul,  qui  se  pratiquaient  jusqu’a  ces  dernieres  anndes,  mais  j’ai 
pu  les  observer  a  loisir.  La  participation  de  toute  la  population,  aussi 
bien  chretienne  que  musulmane,  en  dtait  bien  la  caractdristique.  Ce  jour 
la,  Pagglomdration  semblait  s’etre  vidde  de  ses  habitants;  des  la  sortie 
de  la  ville  et  tout  le  long  du  parcours  de  Mossoul  au  couvent,  les  deux 
cotds  de  la  route  sur  une  profondeur  d’unc  cinquantaine  de  metres 
dtaient  noirs  des  ‘ aba  des  femmes  et  bigarrds  des  robes  des  hlles.  Les 


(1)  P.  60. 

(2)  Revue  Logat  aW Arab ,  VIII/1930,  p.  368-373. 

(3)  Les  couvents ,  cit.,  p.  109-112. 

(4)  B.H.,  Nomocanon ,  VII, X  (Mai,  X,  II,  p.  58).  Michel  le  Grand,  Chroni - 
que ,  II,  p.  422,  attribue  aux  debauches  des  chretiens  la  punition  de  Dieu  qui  fit  atta- 
quer  par  les  Arabes  le  couvent  de  St-Sim6on  le  Stylite  le  jour  de  la  fete  du  saint. 


742 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


paniers  de  vic.tuailles  etaient  Stales  sur  Pherbe  et  les  theieres  fumaient 
sur  des  brasiers  de  charbon  de  bois.  Les  hommes,  affales  par  petits  pa- 
quets,  buvaient  de  P araq  et  braillaient  des  chansons,  quelquefois  ryth- 
mdes  au  dambuq.  Sur  la  route,  au  milieu  de  la  police  aux  abois,  les 
bicyclettes  se  croisaient  et  s’entrecroisaient  dans  tous  les  sens,  alors  que 
les  taxis  et  les  petits  autobus  que  nous  appelions  des  «cages  a  poules», 
klaxonnant  et  freinant  bruyamment,  ne  degorgeaient  leurs  cargaisons 
que  pour  repartir  au  plus  vite  en  charger  une  autre.  Avec  le  coucher 
du  soleil  toute  cette  foule  dense  reprenait  le  chemin  de  la  ville,  ou  elle 
defilait  d’un  Hot  ininterrompu  a  travers  le  pont  alors  unique  puis  le  long 
du  boulevard  de  Ninive,  tous  dans  le  meme  sens,  mornes  et  fourbus, 
mais  contents  d’avoir  passe  une  bonne  journee. 

6.  —  Le  gouvent  du  safran 

Le  couvent  dont  je  vais  parler  ici  n’est  pas  le  grand  et  celebre  Dair 
az  Za‘faran  des  Syriens  Occidentaux,  situe  pres  de  Mardin,  mais  un 
autre  couvent  du  meme  nom,  nestorien  celui-ci. 

Ce  dernier  couvent,  dit  aussi  couvent  de  Mar  Apnimaran,  est  plac£ 
au  pied  de  la  face  sud  du  Gabal  Bdhair,  a  P  extreme  nord  de  la  grande 
plaine  du  Ba  Nuhadra,  a  19  kilometres  a  Test  de  Pesabur,  et  a  5  kilo¬ 
metres  a  l’ouest  de  la  trouee  conduisant  vers  Zaho. 

Peut-on  dire  avec  Budge  (1)  que  ZaTaran  marque  la  limite  nord- 
ouest  du  Ba  Nuhadra?  Je  ne  le  crois  pas,  si  du  moins  on  accepte  la  geo¬ 
graphic  (contestable,  je  Pavoue)  d’Is6‘dnah.  En  effet  le  Liber  Castitatis 
place  encore  en  Ba  Nuhadra  deux  autres  couvents,  celui  de  Mar  Atqen 
et  celui  de  Mar  SawrIsoc  (du  Bois  Joli)  situes  tous  les  deux  beaucoup 
plus  au  nord,  pres  de  la  frontiere  actuelle  de  PIraq.  Quant  a  la  limite 
ouest,  elle  etait  formee,  on  Pa  vu,  par  le  Tigre. 

J’ai  egalement  releve  plus  haut  que  c’est  par  confusion  avec  un  autre 


(1)  Bk.  II,  p.  123  n.  1,  et  p.  234  n.  4;  Hoffmann,  p.  213-215. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


743 


couvent  d’ Apnimaran  que  Mgr  A.  Scher  met  le  couvent  de  ZaTaran 
pres  de  Tell  Esqof  (1). 

Pour  clarifier  les  choses,  prdcisons  bien  que  le  couvent  fondd  par 
notre  Apnimaran  (qui,  on  le  verra  bientot,  est  Apnimaran  le  Grand, 
originaire  du  B.  Garmai)  est  le  couvent  appel£  en  arabe:  de  ZaTaran, 
en  chaldeen:  de  Kurkma,  et  que  j’appelle  en  fran^ais:  du  safran,  les 
trois  mots  se  traduisant  les  uns  les  autres. 

Prdcisons  encore  qu’il  y  a  au-dessus  du  couvent  une  forteresse  dga- 
lement  appelee  Qala‘at  az  ZaTaran.  Je  n’ai  pas  fait  de  recherches 
sptxiales  sur  l’histoire  de  cette  place  forte.  Je  note  simplement  au  hasard 
qu'elle  fut  prise  a  Hamdiin  le  Hamdanide  quand  l’armee  du  calife 
Mu‘tadid  monta  dans  le  pays  du  Ba  Niihadra,  en  895.  Elie  de  Nisibe, 
qui  rapporte  le  fait  (2)  d'apres  Abu  1  GaTar  at  Tabari  et  ‘Obaidallah 
ibn  Ahmad,  note  que  la  forteresse  etait  «pres  du  couvent  de  R.  Apni- 
paran».  Tabari  (3)  se  contentait  de  la  situer  «dans  la  terre  de  Mossoul». 

Ibn  al  Atlr  mentionne  la  citadelle  parmi  celles  qui  ddpendaient  de 
Gazlra  ibn  cOmar,  et  qui  furent  laiss^es  a  lTmir  de  Gazlra  apres  la 
conquete  de  cette  ville  par  Qutb  ad  Din  Mawdud,  en  1158  (4). 

Yaqut,  qui  la  situe  pres  de  Gazlra,  ne  sait  s’il  doit  la  placer  sur  ou 
pres  du  Mont  Gudi;  il  se  trompe  certainement  quand  il  identifie  avec 
Ardamust  la  citadelle  qui  domine  le  couvent  (5). 

Les  ruines  de  la  forteresse  furent  visitees  et  ddcrites  par  Miss  Bell  (6) 
et  par  Herzfeld  (7). 

Quant  au  couvent,  son  fondateur,  Apnimaran  le  Grand,  utilisa  au 
maximum  les  cent  ans  de  vie  que  le  Seigneur  lui  donna  et  dont  les  anndes 


(1)  Chr.  de  Seret ,  II,  p.  139  n.  3. 

(2)  Opus  Chronologicum ,  trad.  Brooks,  CSCO ,  p.  91. 

(3)  Ed.  6gypt.,  t.  XI,  p.  345. 

(4)  Histoire  des  Atabecs  de  Mossoul,  p.  201  (dans  Historiens  des  Croisades ,  Historiens 
Occidentaux ,  t.  II,  1876). 

(5)  Mu' gam,  II,  p.  141. 

(6)  Amurath ,  1911,  p.  286. 

(7)  Reise ,  p.  376. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


d’activitd  s’etalerent  du  temps  dTso‘yaw  de  Gdala  (622-630)  (1)  a  celui 
de  Georges  I  (661-680)  (2). 

Le  canevas  de  sa  biographie  est  fourni  par  le  Liber  Castitatis  (3). 
D’apres  Iso‘dnah,  ce  fut  sur  le  conseil  d’Abba  Sim‘un,  fondateur  du 
couvent  d’as  Sin  (4),  qifil  se  fit  moine  a  B.  ‘Awe.  La,  il  fut  le  disciple 
d’un  autre  Apnimaran,  «de  sainte  mdmoire»  (5)  et  regut  l’habit  de 
Qamlso1 2 3 4 5 6 7 8 9  (6),  qui  devait  devenir  superieur  de  B.  ‘Awe  entre  628  et  636. 

Apnimaran  resta  longtemps  a  B.  ‘Awe.  «Ayant  mene  la  vie  ascd- 
tique»,  c’est-a-dire  ayant  termine  les  annees  prescrites  de  «travail»  et 
de  vie  en  coenobion,  «il  s’etablit  dans  la  retraite  pendant  longtemps». 
Puis,  sans  transition,  Iso‘dnah  ajoute:  «et  alia  au  monastere  de  Zar- 
nuqa».  Une  fois  de  plus  nous  sentons  que  ce  bon  Iso‘dnah  nous  cache 
quelque  chose.  Thomas  de  Marga  est  plus  franc:  ce  fut  une  dispute  (7) 
qui  le  fit  partir.  Et  il  en  donne  les  details.  Apnimaran,  accuse  de  Messa- 
lianisme,  fut  enterre  symboliquement  a  fendroit  oil  Ton  fait  courir  les 
anes.  On  comprend  qu’apres  un  tel  affront  il  n’avait  qu’a  quitter  B. 
‘Awe.  Bien  qu’Apnimaran  ait  eu  trop  de  vertu  pour  traduire  ses  senti¬ 
ments  en  mots  abusifs  (comme  le  firent  d’autres)  et  appeler  le  couvent 
«une  maison  de  fous»,  il  lui  faudra  de  nombreuses  annees  pour  se  remettre 
de  ce  coup  et  retrouver  son  ^quilibre.  Il  traina  de  monastere  en  monas¬ 
tere:  trois  ans  a  Zarnuqa,  peut-etre  un  temps  a  ‘Awa  Sapira  (8),  et 
aussi  au  couvent  de  Mar  Yohannan  a  Hlahlah  au  B.  Zabdai  (9).  Bien 


(1)  Bk.  II,  p.  653,  n.  4. 

(2)  ‘Amr,  ar.,  p.  57;  B.O.,  II,  p.  422. 

(3)  L.C.,  n°  94. 

(4)  L.C.,  no  68. 

(5)  Bk.  II,  p.  121-122.  Ce  doit  etre  cet  Apnimaran  (plutdt  que  le  notre,  qui 
£tait  au  maximum  novice  a  cette  ^poque)  qui  est  mentionn£  dans  la  lettre  XVIII 
d’Iso‘y^w  d’Adiabene  aux  Freres  de  B.  ‘Aw6  a  Foccasion  de  la  mort  de  R.  Ya‘qub, 
cf.  CSCO,  trad.  R.  Duval,  p.  27. 

(6)  Bk.  II,  p.  108,  n.  5. 

(7)  Bk.  II,  p.  247. 

(8)  D’apres  L.C.,  n°  26. 

(9)  L.C.,  n«  2. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


745 


qu’il  ait  travaille  de  tout  son  cocur  pour  sa  nouvelle  maison  et  l’ait  ornde 
«comme  un  monastere  superbe,  il  excita  l’envie»  (cette  fois  Isocdnah 
ose  le  dire),  et  s’en  alia  a  nouveau. 

II  y  avait,  au  pied  de  la  montagne,  un  lieu  ou  jadis  demeurait  un 
anachorete  du  nom  de  Gawsisoc.  G’est  la  qu’ Apnimaran  se  fixa  ddfini- 
tivement.  «I1  batit  un  monastere  superbe,  et  des  freres  se  rassemblerent 
autour  de  lui.  Et  il  quitta  la  vie  temporelle,  agd  de  cent  ans;  on  le  ddposa 
au  martyrion  qu’il  avait  bati.»  ‘Amr  prdcise  bien  que  ce  couvent  s’ap- 
pelait  Dair  az  ZaTaran,  et  dtait  situe  «au  pays  de  Mossoul». 

Apnimaran  figure  dans  les  Litteratures  Syriaques  pour  divers  dcrits, 
notamment  des  vies  de  saints,  qu’on  lui  a  attribues  (1). 

Piusieurs  disciples  d’Apnimaran  le  Grand  sont  connus:  le  Bx 
Petion  (2),  de  Basom,  au  B.  Garmai,  regut  de  lui  l’habit.  Il  succdda 
a  Apnimaran  comme  supdrieur  du  monastere  (3).  Avant  de  mourir, 
Petion  ordonna  que  personne  n'ecrive  sa  vie.  Ceci  prouve-t-il  que  son 
humilite  manquait  un  peu  de  simplicitd,  ou  qu'il  se  ddfiait  des  pieux 
mensonges  et  des  exagdrations  des  hagiographes ?  En  tout  cas  Iso‘dnah 
considere  cette  stipulation  comme  un  peu  extraordinaire,  a  la  fois  ddi- 
fiante  et  choquante,  et  il  prend  la  peine  de  la  rapporter.  Quand  Petion 
mourut,  son  corps  fut  deposd  aux  pieds  de  son  maitre. 

Abba  Dirta  (4)  avait  ddja  eu  une  carriere  monastique  dans  son 
pays  natal  du  B.  Garmai  (encore  un  moine  qui  monte  vers  le  nord), 
quand  il  vint  a  B.  ‘Awd,  ou  il  se  trouva  au  moment  de  la  migration 
d’Apnimaran.  «I1  s’attacha  a  lui»,  et  vint  avec  lui  dans  le  monastere 
qu’il  fonda  «dans  la  montagne  du  Ba  Nuhadra».  Il  ne  semble  pas  qu'il 


(1)  B.O.,  III,  I,  p.  186-187;  Bk.  II,  p.  83,  etc. 

(2)  L.C.,  n°  100. 

(3)  Le  texte  dit  «snp^rieur  du  petit  monastere»,  mais  cela  semble  avoir  dtd 
un  des  noms  du  couvent.  En  efTet  au  n"  112,  I§o‘dnah  mentionne  un  autre  supdrieur, 
Iso‘,  qu’il  enterre  aux  pieds  d’Apnimaran  et  de  Pdtion,  alors  qu’entre-temps  il  aura 
enterrd  au  meme  endroit  Abba  Dirta,  qui  n’est  plus  mentionne  ici. 

(4)  L.C.,  n«  106. 


746 


ASSYRIE  CFIRETIENNE 


ait  vecu  en  cellule,  car  le  Liber  Castitatis  se  contente  de  dire:  «il  travailla 
un  temps,  et  apres  ses  fatigues  s’en  alia  vers  Notre-Seigneur».  On  sait 
en  efTet  que  certains  moines  se  contentaient  de  la  vie  ascetique  et  res- 
taient  au  coenobion,  meme  apres  les  annees  de  probation.  II  fut  dgale- 
ment  depose  aux  pieds  d’Apnimaran  (1). 

Le  troisieme  superieur  du  couvent,  apres  le  fondateur  et  R.  Petion, 
fut  Abba  Is6‘  (2).  Celui-ci,  comme  son  predecesseur,  est  originaire  du 
B.  Garma'i.  Apres  avoir  dtudie,  probablement  a  Pecole  de  sa  patrie, 
Awana  de  Tirhan,  il  monta  vers  le  nord,  peut-etre  sous  la  pression  des 
nouveaux  envahisseurs  qui  continuaient  a  venir  du  sud,  en  cette  pre¬ 
miere  moitie  du  VIIIe  siecle.  II  fit  un  premier  sejour  a  Zacfaran,  ou  le 
fondateur  lui  donna  l’habit.  Puis  il  se  transfera  au  monastere  d’Abba 
Yusif,  en  face  de  Balad.  Enfin  il  revint  a  son  couvent  d’origine,  dont  il 
devint  superieur  apres  la  mort  de  Petion.  Il  fut  enterre  a  cote  de  ses 
deux  prddecesseurs. 

Faute  de  connaitre  un  «couvent  de  R.  Iso‘»,  on  peut  peut-etre 
placer  ici  et  a  cette  dpoque  le  moine  Ishaq,  auteur  d’un  traite  sur  la 
Providence,  certainement  anterieur  au  Xe  siecle  (3). 

A  la  premiere  generation  appartient  egalement  Maran  Zha,  dis¬ 
ciple  et  collaborateur  d’Apnimaran  le  Grand,  a  la  fin  du  VIIe-debut 
du  VIIIe  siecle,  qui  deviendra  (apres  741)  eveque  de  Hadita  (4). 

Mar  Atqen  «qui  s’arrachait  la  barbe»  (5),  auteur  cVhistoires  eccle- 
siastiques  (6),  appartenait  d’abord  au  Grand  Monastere  du  Mont  Izla. 
Comme  Thomas  de  Marga  dit  seulement  qu’il  etait  moine  du  monastere 


(1)  U Abrege  porte  ici  le  nom  de  Bar  Daira,  au  lieu  de  Abba  Dirta.  Je  crois 
qu’il  faut  distinguer  les  deux  personnages. 

(2)  L.C. ,  n°  112. 

(3)  Cod.  LXX  de  N.-D.  des  Moissons  (copie  de  1884  de  ms.  du  Xe  s.  ?),  cf. 
Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  224  et  n.  4. 

(4)  Bk.  II,  p.  273. 

(5)  A  distinguer  de  son  homonyme,  fondateur  au  Ba  Nuhadra,  cf.  L.C.,  n°  120. 

(6)  Bk.  II,  p.  186,  207,  234;  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  206. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


747 


d’Apnimaran  (1),  Budge  pense  qu’il  commen^a  sa  vie  dans  le  premier 
et  la  termina  dans  le  second  (2). 

Bar  Daira,  un  anachorete  celebre  par  ses  miracles  (3),  et  par  ses 
austerites  (4),  celui-la  meme  a  qui  une  martre  apporta  douze  glands, 
et  qui,  une  autre  fois,  se  nourrit  pendant  vingt  jours  de  suite  d'une  sau- 
terelle  rotie  trouvde  a  sa  porte,  vint  finir  ses  jours  au  monastere  de 
ZaTaran. 

Dans  la  seconde  moitid  du  \TIIIe  siecle  on  transporta  au  couvent 
d’Apnimaran  le  corps  de  l’dveque  Sl^mun  de  Hadlta,  dont  on  a  vu  plus 
haut  les  m^saventures,  et  qui  dtait  mort  en  disgrace  au  couvent  d’Abba 
Ahrun,  pres  de  Balad  (5). 

Pour  tout  le  IXe  siecle,  les  sources  manquent.  Au  Xe,  R.  Is6‘, 
maitre  de  R.  Yusif  Busnaya  (6),  habita  pendant  de  nombreuses  annees 
dans  la  montagne  de  Koumateh  ( ?)  «une  des  montagnes  du  cotd  du 
nord»,  au-dessus  de  R.  Hormizd.  Quand  il  fut  trop  vieux  pour  habiter 
seul,  il  descendit  au  couvent  de  R.  Apnimaran,  ou  il  mourut  bientot. 

La  derniere  mention  chretienne  du  couvent  de  R.  Apnimaran  de 
Kurkma  est  la  declaration  de  son  exemption.  Celle-ci  lui  fut  conferee 
par  Jean  bar  Nazuk  (1012-1016)  et  est  enregistrde  dans  la  constitution 
de  ‘Awdiso1 2 3 4 5 6 7  II  (1075-1090)  (7). 

Au  XIIIe  siecle,  Yaqut  signale  encore  que  les  moines  habitant  le 
couvent  possedent  de  grandes  richesses. 

On  ne  sait  quand  le  monastere  fut  ruind.  Ses  vestiges  se  trouvent 
au  pied  de  la  montagne,  entre  le  village  de  Kold  et  la  forteresse  de 
ZaTaran,  qui  est  situde  plus  haut  sur  un  £peron  rocheux. 


(1)  Bk.  II,  p.  234. 

(2)  Bk.  II,  p.  186,  n.  4,  avec  rdf.  a  B.O. ,  III, I,  p.  217. 

(3)  Bk.  II,  p.  653. 

(4)  L.C.,  n°  116. 

(5)  Mari,  lat.,  p.  61. 

(6)  Vie,  p.  24  et  106. 

(7)  Mai,  X,  p.  133  (Chalcl.  p.  296);  B.O. ,  III, I,  p.  343-344. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


7.  —  Dair  Abun  ou  Dair  Mar  Awa  ? 

Le  village  moderne  de  Dair  Abun  est  situe  a  l’extremite  ouest  du 
Cabal  Behair  et  a  5  kilometres  a  Test  du  Tigre,  c’est-a-dire  dans  le  coin 
nord -ouest  de  la  plaine  du  Bahadra.  Son  nom  ne  peut  pas  ne  pas  attirer 
1’ attention.  Mais  y  a-t-il  la-bas  un  «couvent  de  notre  Pere»?  Une  recon¬ 
naissance  sur  place  montre,  a  environ  trois  kilometres  a  Test  du  village 
actuel  des  mines  informes  appelees  en  kurde:  Bane  Dere,  les  batiments 
du  couvent.  Les  vieillards  de  Pdsabur  se  souviennent  encore  qu’on  l’ap- 
pelait  jadis  aussi  Mar  Awa,  mais  n’ont  pas  idee  de  Pidentite  de  ce 
personnage. 

Or  les  textes  parlent  d’un  Daira  d’Awun,  ou  Dair  Abun.  Ceci  nous 
met  des  Pabord  devant  le  probleme:  le  monastere  de  Mar  Awa  est-il  le 
meme  que  le  Daira  d’Awun?  et  le  village  moderne  de  Dair  Abun  a-t-il 
quelque  relation  avec  le  Dair  Abun  historique?  Essayons  done  de  serier 
les  questions. 

Daira  d’Awun 

Que  sait-on  du  Daira  d’Awun  (1)  ?  Rien  que  ce  qu’en  dit  la  consti¬ 
tution  de  ‘Awdiso‘  II  (1075-1090):  «Mar  Aba,  catholicos,  decreta  que 
le  Daira  d’Awun,  c’est-a-dire  «le  couvent  de  notre  Pere»  serait  exempt 
de  la  juridiction  de  Nuhadra»  (2). 

Si  Pon  aclmet,  comme  il  semble  bien  que  ce  soit  le  cas,  que  la  liste 
des  dix-sept  couvents  exempts  suive  l’ordre  chronologique,  le  couvent 
existait  deja  et  avait  des  raison  de  meriter  le  privilege  de  P exemption 
des  le  patriarcat  d’Aba  I,  entre  540  et  552. 

On  peut  egalement  voir  dans  le  texte  ci-dessus,  que  le  Daira  d’Awun 
dtait  situe  en  Ba  Nuhadra.  Ceci  pourrait  certainement  couvrir  le 
village  de  Dair  Abun  actuel,  mais  si  nous  trouvions  plus  tard  un  autre 


(1)  Certains  elements  de  ce  §  ont  paru  dans  les  Anal.  Bolland.,  LXXX/1962, 
p.  56-60. 

(2)  Mai,  X,  p.  133  (chald.  p.  296);  B.O.,  III, I,  p.  343-344. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


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Dair  Abun  plus  au  nord,  il  pourrait  aussi  bien  etre  dit  appartenir  au 
Ba  Nuhadra. 

Daira  d’Awun  aurait-il  et d  appele  Mar  Awa  du  nom  du  patriarche 
qui  l’exempta?  Ne  fut-ce  que  plus  tard  quc  Awa,  un  peu  passe  de  mode, 
fut  transforme  en  Awun?  II  est  impossible  de  le  savoir. 

II  est  difficile  egalement  de  dire  pour  quel  motif  le  patriarche  Aba 
exempta  le  couvent.  Ce  ne  fut  pas  parce  qu’il  y  avait  commence  sa  vie 
religieuse;  ce  que  Ton  sait  des  ddbuts  d’Aba  Ier  (1)  le  mettent  plutot  en 
rapport  avec  le  sud  de  flraq  qu’avec  le  nord. 

A  supposer  que  Aba  Ier  n’ait  pas  eu  de  raison  personnelle  d’exempter 
le  couvent,  se  peut-il  qu'il  ait  eu  des  raisons  generates  ?  Le  respect  du 
au  titulaire,  appeld  «notre  Pere»  sans  qu'on  ait  besoin  de  prdciser  son 
nom,  semble  indiquer  que  celui-ci  avait  une  place  spdciale  parmi  tous 
les  «peres». 

Pour  un  chaldeen  moderne,  l’interprdtation  du  nom  se  fait  sans 
hdsiter:  Awun,  c’est  Awgin,  le  «Pere  des  Moines».  Mais  1’equivalence 
etait-elle  aussi  absolue  au  YIe  siecle?  En  tout  cas  le  couvent  n’est  jamais 
mentionne  ailleurs  comme  un  des  centres  de  la  ddvotion  au  «pere  des 
soixante-dix»,  pas  plus  que  Ton  ne  retrouve  cette  ddvotion  (par  l’inter- 
mddiaire  des  noms  d’eglises)  en  ses  alentours  immddiats. 

Dair  Abun 

On  trouve  un  couvent  de  ce  nom  dans  les  auteurs  arabes.  Yaqut, 
au  XIIIe  siecle  (2)  parle  de  Dair  Abbuna,  ou  mieux,  dit-il,  Abiun,  qu’il 
situe  en  Qardu  entre  Gazlra  ibn  ‘Omar  et  le  village  de  Tamanun,  pres 
de  Basorln.  C’est  un  couvent  vener^  chez  les  chrdtiens  et  contenant  de 
nombreux  moines.  On  dit  qu’il  possede  le  tombeau  de  Nod,  tombeau 
taille  dans  la  pierre  et  abritd  par  une  voute  grandiose  dont  Paspect  seul 
suffit  a  attester  l’antiquitd. 


(1)  La  meme  chose  serait  vraie  de  l’autre  Aba,  Aba  II  (741-751)  a  qui  Ton  pour¬ 
rait  attribuer  Pexemption  du  couvent,  ne  fut-ce  l’ordre  chronologique. 

(2)  Mu1 2  gam,  IV,  p.  120. 


750 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Ceci  nous  met  sur  une  piste  toute  autre  que  celle  d’Awgin  et  des 
moines.  Nous  sommes  ici  en  plein  dans  le  cycle  legendaire,  arabe  et 
syriaque,  de  Noe,  cycle  gravitant  autour  du  Mont  Gudi. 

A  ce  cycle  appartient  le  couvent  de  F  Arche,  B.  Kdwulla,  bati  au 
sommet  meme  du  mont  et  marquant  Fendroit  ou  Farche  s’etait  repo- 
sde  (1).  Ce  couvent  conservait  une  planche  de  Farche,  dont  Finvention 
etait  attribute  a  S.  Ephrem  ou  a  Jacques  de  Nisibe  (2).  II  parait  que, 
jusqu’a  nos  jours,  on  trouve  encore  autour  de  son  site  des  clous  et  des 
morceaux  de  goudron  (?). 

Sous  le  nom  de  Dair  al  Gudi,  le  couvent  de  Farche  est  mentionnd 
par  les  geographes  arabes  (3)  et  Miss  Bell  le  clecrit  (4).  II  avait  6t6 
detruit  par  la  foudre  en  765/6,  le  jour  meme  de  la  fete  de  Farche  (5). 

Du  meme  cycle  releve  le  site  de  Tamanun  (6)  c’est-a-dire  des  80, 
nombre  que  les  geographes  arabes  donnent  aux  rescapes  du  Deluge  (qui 
d’ailleurs  moururent  bientot  tous  de  la  peste,  sauf  Noe)  alors  que  les 
sources  syriaques  (7)  parlent  plutot  des  Huit.  Remarquons  en  passant 
le  dissentiment  des  auteurs  quant  au  site  de  ce  village  (8). 

Dans  la  plaine  du  Gudi,  la  plupart  des  noms  sont  interprets  en 
fonction  de  Farche  et  de  Noe.  On  cite:  Bespin,  le  lieu  de  Farche;  Gam‘a, 

(1)  Apres  le  Coran,  tous  les  auteurs  arabes  ont  recueilli  cette  tradition,  v.g. 
Sdbusti,  p.  199;  YAqurr,  Mu' gam,  VII,  p.  51,  s.v.  Qardu. 

(2)  D’apres  la  legende  d’Awgin,  citee  par  Budge,  The  Monks  of  Kublai  Khan , 
London,  1928,  Introd.  p.  18,  Mar  Awgin  en  fit  faire  une  croix,  qu’il  pla$a  dans  sa 
cellule. 

(3)  V.g.  Sabusti,  p.  199. 

(4)  Amurath,  p.  292-293  et  fig.  184,  p.  290;  cf.  aussi  Dair  as-saflna,  dans  De  Bey¬ 
routh  aux  Indes ,  du  P.  L.  Cheikho,  Machriq  XV/1912,  p.  780-787. 

(5)  Denys  de  Tell  Mahre,  Chronique ,  trad.  fr.  Chabot  ( Bibl .  des  Hautes  Etudes , 
1 1 2e  fasc.,  Paris  1895),  p.  71.  Le  pseudo-Denys  l’appelle  «B.  Kavila».  Autres  refe¬ 
rences  dans  Labourt,  cit.  p.  121. 

(6)  Yaqut,  Mu' gam,  III,  p.  23. 

(7)  Budge,  The  Book  of  the  Cave  of  Treasures,  London  1927,  p.  116  s. 

(8)  Haistana,  les  Huit,  est  au  nord  du  Gudi.  —  Discussion  dans  Amurath,  cit. 
p.  293  et  note  1. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


751 


le  lieu  ou  Nod  et  sa  famille  se  reunirent;  Dadar,  fendroit  dont  beau  du 
Deluge  jaillit  ou,  selon  d’autres,  la  ou  Nod  sortit  de  Tarche;  Sernah, 
Nod  le  superieur;  Dornah,  la  maison  de  Nod;  et  surtout  la  «vigne  de 
Noe»  ou,  tous  les  ans  le  14  septembre,  se  faisait  une  grande  fete  (1) 
a  laquelle  toutes  les  religions  participaient. 

II  n’etait  done  pas  etonnant  que  la  rdgion  ait  du  possdder  aussi  le 
tombeau  de  Nod.  Les  sources  traditionnelles  ont  beau  le  localiser  a 
Nakhitchevan  en  Armenie,  a  Karak  dans  le  pays  de  Baalbek  (2),  ou  a 
Madinat  al  Halil  (Hebron)  avec  le  tombeau  d’ Abraham  (3),  Dair 
Abun,  compldtant  la  sdrie  de  tout  ce  qu’un  pelerin  peut  souhaiter  visiter 
se  rapportant  a  Nod  dans  la  rdgion  du  Gudi,  met  maintenant  sa  sepulture 
a  portde  de  la  main. 

Mais  peut-on  dire  que  Nod,  enterrd  la,  soit  a  identifier  avec  le 
Awun,  notre  Pere,  qui  valut  au  couvent  Pexemption  des  le  VIe  siecle? 
Ce  n’est  pas  Phabitude  des  Chaldeens  de  donner  un  tel  titre  a  Nod,  mais 
seulement  a  Adam,  voire  a  Abraham;  peut-etre  se  trouve-t-on  ici  en 
face  d’un  emploi  special  tres  localise  et  d’ailleurs  justifid:  Nod  n’est-il  pas 
le  second  pere  de  tout  le  genre  humain?  Peut-etre  ne  faut-il  pas  chercher 
en  cet  Awun  un  moine,  et  la  celebritd  de  Nod,  le  seul  prophete  enterrd 
dans  un  couvent  chaldden  (4),  aurait  sufli  a  mdriter  tous  les  privileges 
a  son  dernier  refuge. 

On  sait  que,  selon  la  tradition  de  TEglise  Orientale  (5)  «dans  les 
couvents  ou  un  patriarche  ou  un  catholicos  est  enterrd,  les  eveques  n'ont 


(1)  Canon  Wigram,  The  Cradle  of  Mankind ,  p.  335. 

(2)  V.g.  al-Harawi,  Kitab  az-ziydrat ,  ^d.  J.  Sourdel  Thomine;  ar.  p.  10,  trad, 
fr.,  p.  23  et  n.  1.  Inscriptions  publiees  par  la  meme,  in  Bulletin  d' Etudes  Orientates ,  XIII/ 
1949-50,  p.  71-84  (reproduces  dans  Repertoire  Chronologique  d' Epigraphie  Arabe,  t.  XV/ 
1956,  p.  203,  n°  5928),  Sources  arabes  sur  ce  tombeau:  ibid.,  p.  71,  n.  4. 

(3)  Ibid.,  ar.,  p.  30  et  fr.,  p.  72. 

(4)  On  a  vu  que  le  tombeau  de  Jonas  a  Ninive  £tait  apparu  bien  apres  la  dis- 
parition  du  couvent. 

(5)  Conservee  par  B.H.,  Nomocanon,  VII,  X  (in  Mai  X,  II,  p.  59). 


752 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pas  de  juridiction,  mais  seulcrnent  le  patriarche  en  Occident  et  le  catho- 
licos  en  Orient».  On  peut  done  penser  que  ce  fut  Nod  qui  valut  au 
couvent  son  exemption. 

Le  couvent  de  Dair  Abun  ou  Daira  d  Awun  (couvent  de  notre  Pere 
Noe?)  continua  a  prosperer  au  cours  des  siecles.  II  renfermait  au  XIIIe 
siecle  et  encore  au  XI Ve  (1),  une  communaute  importante  de  moines. 

Mais  la  ou  le  bat  nous  blesse  e’est  quand  nous  remarquons  que, 
parmi  les  details  geographiques  fournis  par  les  auteurs  arabes  et  permet- 
tant  de  localiser  le  couvent  de  Dair  Abun,  certains  points  pourraient  a 
la  rigueur  s’harmoniser  avec  la  position  du  village  moderne  de  Dair  Abun 
et  de  son  couvent,  alors  que  d’autres  ne  le  peuvent  absolument  pas. 

Yaqut,  on  Pa  vu,  place  le  couvent  de  Dair  Abun  en  Qardu,  entre 
la  ville  de  Gazira  ibn  'Omar  et  le  village  de  Tamanun,  pres  de  Basorin. 

Parmi  ces  donnees,  certaines  sont  conciliables.  Ainsi,  abstraction 
faite  du  Habur  qui  les  separe,  on  pourrait  dire  que  le  village  moderne 
de  Dair  Abun  se  trouve  pres  de  Basorln  (2),  qui  n’en  est  distant  que 
de  10  kilometres  au  nord-ouest.  De  meme  on  pourrait  admettre  que 
le  village  moderne  de  Dair  Abun  ait  pu  etre  compris  dans  le  Qardu  des 
geographes  arabes  du  XIIIe  siecle.  Cette  province,  dont  Basbrin  etait  la 
localite  principale,  semble  bien  avoir  englobe  une  grande  partie  du  Ba 
Nuhadra  chretien,  au  sud  du  Habur.  On  voit  en  effet  que,  sur  l’autre 
rive  du  Tigre,  Zummar,  pourtant  beaucoup  plus  au  sud,  est  encore 


(1)  Masalek,  p.  255. 

(2)  Basorln  est  aujourd’hui  en  Turquie.  C’est  l’ancien  Burz  Mihran  (Alu'gam, 
II,  p.  36  et  123;  Canard,  Harndanides,  I,  p.  112;  Budge,  The  Cave,  note  p.  118).  Ce 
dernier  nom  vaudra  au  couvent  son  appellation  de  Dair  Mihran  dans  la  poesie  ano- 
nyme  en  l’honneur  d’une  maitresse  kurde,  citee  par  YAquT  {Mu' gam,  IV,  p.  120): 

«  ...  mon  logis  est  le  Tartar,  Hatra  est  ma  derneure, 
ton  habitat  Dair  Abun,  ou  Dair  Mihran; 

que  Dieu  repande  ses  benedictions  sur  ce  couvent  a  cause  de  ses  habitants, 
et  de  qu’il  contient  de  cellules  et  de  moines.  » 

Mihran  etait  le  nom  d’une  des  grandes  families  perses,  apparentees  aux  Sassa- 
nides,  qui  administra  la  region. 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


753 


compte  par  Yaqut  (1)  comme  faisant  partie  de  Qardu  et  Bazab- 
da  (2). 

Mais  les  points  inconciliables  entre  la  position  du  couvcnt  ancicn 
et  du  village  moderne  de  Dair  Abun  sont  plus  nombreux  et  plus  impor- 
tants.  On  ne  peut  certaincment  pas  dire  que  le  village  actucl  de  Dair 
Abun  soit  situe  entre  Gazira  ibn  ‘Omar  et  Tamanun.  Ceci  le  mettrait 
dans  la  plaine  au  sud  du  Gudi,  au  nord  du  Habur,  alors  qu’en  fait  il 
est  situe  au  sud  de  cette  riviere. 

On  voit  mal  dgalement  comment  appliquer  a  notre  Dair  Abun  un 
detail  fourni  par  Ibn  Fadlallah  al  ‘Omari  a  propos  de  son  couvent  du 
XIVe  siecle.  Celui-ci  avait  un  rdservoir  d’eau,  alimentd,  disait-on,  par 
l’eau  du  Mont  Gudi,  qui  lui  etait  amende  dans  des  tuyaux  de  cuivre 
jaune.  Or  le  Dair  Abun  moderne  se  trouve  a  une  bonne  vingtaine  de 
kilometres  des  contreforts  les  plus  proches  du  Gudi,  le  Habur  coule  a 
ses  pieds,  et  il  a  une  source  importante  a  sa  porte. 

Ajoutons  que  la  tradition  du  village,  concernant  leur  couvent  de 
Bane  Ddrd,  n’a  gardd  aucun  souvenir  de  Nod  et  de  sa  tombe,  alors  que 
celle-ci  se  montre  encore  au  pied  du  Gudi,  pres  du  village  de  Hassand, 
a  Touest  de  B.  Kewulla,  et  cette  tombe  ne  s’appelle  plus  Dair  Abun! 

Il  reste  done  beaucoup  de  mysteres  a  elucider.  Ce  qui  parait  acquis 
est  ceci:  le  couvent  qui  se  trouve  a  cotd  du  village  moderne  de  Dair 
Abun  n’est  pas  Dair  Abun;  celui-ci  est  de  l’autre  cotd  du  Habur,  beau- 
coup  plus  au  nord,  au  pied  du  Gudi.  Le  couvent  situd  pres  de  notre 
village  est  bien  celui  de  Mar  Awa,  dont  nous  devons  avouer  que  nous 
ne  savons  rien. 

Mais  alors,  pourquoi  le  village  moderne  s’appelle-t-il  Dair  Abun? 
Il  s’appelait  certainement  deja  ainsi  du  temps  ou  il  dtait  occupd  par  les 
Yezidis,  predecesseurs  des  chrdtiens,  et  ou  ses  constructions  s’dlevaient 
plus  a  l  est  que  le  village  actuel.  Les  Yezidis  n'avaient  certainement  pas 


(1)  Mu'gam. ,  VII,  p.  264. 

(2)  Canard,  Hamdanides,  I,  p.  117. 


Rech.  23  —  48 


754 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


inventd  le  nom.  Avaient-ils  eu  cles  predecesseurs  chretiens  qui  avaient 
Emigre  du  Dair  Abun  originel  et  transports  le  nom  avec  eux? 

(Test  partout,  helas!  que  Ton  se  heurte  a  foubli.  Ceci  est  du  en 
partie,  en  grande  partie,  aux  malheurs  qui  ont  souvent  chasse  les  habi¬ 
tants  chretiens  de  leur  terre  maternelle,  mais  aussi  en  partie  a  la  negli¬ 
gence  des  modernes  vis-a-vis  de  leurs  tresors  ancestraux. 

Je  ne  puis  resister  a  ce  propos  au  plaisir  de  citer  un  poeme  chaldeen, 
en  bouts  rimes  heptametres,  que  je  donne  ici  en  traduction  a  peine  libre, 
et  poetiquement  aussi  pauvre  que  F original.  Je  le  livre  comme  specimen 
de  cette  poesie  facile  a  laquelle  tout  lettre  chaldeen  s’est  laisse  aller  un 
jour  ou  F autre,  et  aussi  a  titre  de  quiz  pose  aux  etudiants  en  litterature 
et  histoire  ecclesiastique  syriaques.  L’auteur  est  le  pretre  moine  Ellya 
de  Saqlawa  (1860-1943)  (1). 

Voici  done  les  devinettes 
O  monde,  malheur  a  toi, 

Du  sublime  le  souvenir 
Tu  oublias  les  docteurs, 

Te  souviens-tu  des  canons 
Plus  personne  qui  se  targuat 
combien  sont  nes  a  Arbel, 
les  chefs  sortis  de  Soba, 

Quel  est  celui  qui  peina 
ou  qui  done  fut  Maruta? 

Ou  y  a-t-il  de  ces  sages 
les  sepultures  compter 
ou  citer  sans  se  tromper 
dans  Fdglise  de  Kohe? 


(1)  «Livre  des  Hymnes  du  moine  Ellya»,  volume  ecrit  par  lui-meme  en  1926. 
Hymne  24:  « Ecclesiastique,  contenant  le  souvenir  de  quelques  docteurs  de  TEglise 
et  d’£v£nements  divers».  M.  l’abb£  Francis  Scher,  de  Saqlawa,  a  bien  voulu  me 
communiquer  ce  manuscrit. 


du  moine  Elie: 

ou  la  vanite  fait  loi. 

ton  esprit  a  su  fletrir. 

tu  negligeas  les  auteurs. 

des  conciles  de  renom  ? 

qu’il  connut  l’homme  de  Marga, 

ou  se  trouve  Qatarbel, 

les  hymnes  chantes  par  Prawa. 

pour  connaitre  Res  cAina, 

Qui  erda  les  Ba‘uta? 
qui  puissent  sans  hdsiter 
au  Dar  ar  Rum,  Ville  de  Paix, 
les  patriarches  enterres 


COUVENTS  DU  BAHADRA 


755 


Qui  connait  Balai  d’Alep 
et  Zenon  de  Gazarta 
Qui  done  a  eu  le  bonheur 
de  connaitre  ‘Emmanuel, 
le  couvent  de  SawrIso‘, 
du  grand  Ya'qub  d’Edesse 
du  subtil  Jean  de  Penek 
Bien  oublie,  Bar  Zo‘bi 
Par  ma  foi,  nul  plus  ne  sait 
ni  du  Merwien  savant 
ni  ralmanach  de  Sargis, 

De  Parbre  de  Melitene, 
ce  que  dans  P Antiochene 
Ne  trouve-t-on  pas  des  gens 
L’Histoire  du  Gesarden, 
PAbeille  du  Basrden 
Combien  n’ont  pas  vu  leur  face 
ou  n’ont  pas  appris,  hdlas, 


ou  le  Sage  de  la  Perse, 
ou  d’Anbar,  Mar  Ellya? 
du  Couvent  Supdrieur 
ou  de  Mossoul  Gawriel? 
du  Zab  baignd  par  les  eaux? 
les  Interpretations? 
maintes  compositions? 
et  la  ou  le  jour  il  vit. 
du  Hazzaya  les  hauts  faits, 
les  dires  reconfortants, 
ni  les  poemes  de  Hamis. 
au  fruit,  qui  done  a  goutd, 
les  Apotres  ont  ordonne? 
qui  n’ont  pas  lu,  enfants, 
ou  de  ceux  dont  les  palais 
de  son  miel  n'a  pas  suerd? 
au  Miroir  du  Tell  Kaifien, 
le  comput  Saqlawden? 


XXI 


LE  MONT  DES  MILLIERS 


Dominant  au  nord-est  la  plaine  de  Mossoul,  le  Cabal  Maqlub,  la 
montagne  bouleversee,  ainsi  appelee  a  cause  du  chaos  de  ses  strates  geo- 
logiques  (1),  est  la  seule  montagne  de  quelque  hauteur  qui  soit  si  proche 
de  la  capitale  de  1’Assyrie.  Son  sommet,  a  qui  la  carte  anglaise  donne 
une  altitude  de  3483  pieds,  est  a  32  kilometres  a  vol  d’oiseau  de  Ninive. 

Ce  petit  massif,  qui  n’a  guere  plus  de  dix  kilometres  de  long  sur 
trois  ou  quatre  de  large,  etait  jadis  peuple  d’un  tel  nombre  de  moines 
que  les  chretiens  fappelaient  le  mont  «Alpap»,  c’est-a-dire  le  Mont 
des  Milliers. 

Pour  la  plupart,  ces  milliers  sont  anonymes.  A  peine  quelques 
grottes  ont-elles  ete  dotees  de  noms  connus  par  ailleurs,  tous  dans  la 
tradition  jacobite:  Mar  Matta,  Ibn  al  ‘Ibri,  Mar  Ishaq,  Mar  Zakai,  etc. 
D’autres  appellations  sont  desesperement  vagues:  le  fils  du  tailleur,  le 
fils  du  teinturier  (2). 

Une  cellule  dite  de  Ste  Smuni  est  attribute  par  Mgr  Ignace  Ya‘qub 
a  la  «superieure  des  religieuses  qui  adoraient  dans  cette  montagne»;  la 
legende  en  effet  avait  amene  avec  Mar  Matta  sa  mere,  qui  se  retira  dans 
un  couvent  de  sceurs.  Quant  a  ses  deux  soeurs  «vertueuses»  et  a  son 
frere  Zacharie,  ils  «entrerent  dans  le  monde»,  mais  Zacharie  eut  deux 
filles,  qui  toutes  deux  devinrent  religieuses  (3).  Comme  la  tradition  ne 


(1)  Researches ,  p.  70. 

(2)  Dafaqdt ,  p.  188-190. 

(3)  Dafaqdt ,  p.  14.  —  On  rencontre  de  temps  en  temps  des  «religieuses»  indi- 
viduelles  dans  l’histoire  de  Mar  Matta,  v.g.  Garlba,  soeur  de  l’eveque  Cyrille  Denha, 


MONT  DES  MILLIERS 


757 


fixe  pas  le  lieu  de  ce  couvent  de  religieuses,  nous  devons  en  rester  la 
sur  son  compte. 

Des  ruines  parsement  dgalement  la  montagne,  sans  que  la  tradition 
precise  s’il  s’agit  d’un  couvent  ou  d’un  batiment  quelconque;  ainsi  par 
exemple  les  ruines  de  Kani  Mare,  au-dessus  du  Wadi  Gahannam,  sur 
la  route  de  Mar  Matta  a  Galisin,  sur  le  versant  nord-est.  On  signale 
aussi  (1)  au  nord,  dans  le  Galli  Zardek,  une  galerie  taillde  dans  le  roc, 
dite  Galerie  de  l’Ange,  a  cause  d’un  ange  tenant  une  couronne  a  la  main, 
sculpte,  ainsi  qu’une  croix,  en  relief  dans  le  roc.  En  face  de  cette  galerie, 
dans  un  grand  roclier,  il  y  a  une  grotte  artificielle  avec  quatre  bancs  de 
pierre  et  de  petites  cavitds  dans  la  paroi  pour  les  lampes. 

En  plus  de  ces  maigres  restes,  les  donndes  archeologiques  se  reduisent 
a  trois  sites  traditionnellement  identifies  comme  couvents: 

—  le  couvent  encore  debout  de  Mar  Matta,  sur  le  versant  sud; 

—  les  ruines  du  couvent  de  Mor  Abrohom,  pres  du  sommet,  en 
haut  du  versant  nord; 

—  le  mazar  ydzidi  au-dessus  du  village  de  Muhammad  Rdsan,  sur 
la  lace  nord,  donne  comme  ancien  couvent  de  Mar  Zakai. 

Evidemment,  toute  la  montagne  meriterait  d’etre  explore  systd- 
matiquement;  peut-etre  la  vue  des  lieux  dclairerait-elle  les  textes.  Je  suis 
obligd  de  laisser  ce  soin  a  d’autres,  en  d’autres  circonstances. 

Quant  aux  textes  qui  peuvent  fournir  quelques  donndes,  ils  sont 
divisds,  helas  trop  nettement,  en  textes  nestoriens  et  textes  jacobites.  Ce 
sont  les  fragments,  jadis  compldmentaires,  de  la  meme  tradition  que  Ton 
retrouve  d’un  cote  et  de  l’autre;  on  a  fimpression  que  chaque  parti  a 
garde  une  moitid  de  la  meme  page,  ddchirde  au  milieu.  Mais  l’usure  des 
temps,  les  amputations  et  les  ajoutes  (surtout  les  ajoutes!)  plus  ou  moins 


qui  est  bless^e  par  des  voleurs  en  1863  (p.  129)  et  Hatun  Bahodi  de  Bartelli  en  1869 
(P-  127). 

(1)  Lisdn  al-Masriq ,  1/1948-1949,  n°  8-9,  p.  9-10,  au  cours  d’un  article  anonyme 
intitule  «Sept  heures  dans  le  Mont  Alfaf»,  p.  1-13. 


758 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


de  bonne  foi,  ont  fini  par  produire  deux  versions  completes  diametrale- 
ment  opposees  et  qui  semblent  s’exclure  Tune  1’autre.  On  ne  peut  pas 
toujours  esperer  retrouver  la  verite  a  travers  ces  contradictions,  et  encore 
moins  la  faire  accepter  a  Tun  ou  f  autre  parti. 

Car  malheureusement  il  n’est  plus  possible  maintenant  de  proceder 
a  des  ^changes  de  vues  ireniquement  scientifiques.  On  se  heurte  imme- 
diatement  a  des  declarations  offensees,  telles  que  celles  que  Ton  peut 
lire  dans  un  ouvrage  autorise  tres  recent:  «Le  couvent  de  Mar  Matta 
etait  entre  nos  mains,  nous  les  Syriens  Orthodoxes,  avant  l’apparition 
de  la  secte  de  Nestorius,  au  moment  de  son  apparition,  et  apres  son 
apparition. »  Inutile  d’essayer  de  suggerer  que,  si  vraiment,  comme  le 
veut  sa  legende,  Mar  Matta  vecut  a  la  fin  du  IVe  siecle,  il  est  anterieur 
aux  grands  dechirements  christologiques  qui  aboutirent  aux  Conciles 
d’Ephese  (431)  et  de  Chalcedoine  (451),  anterieur  meme  a  fautonomie 
de  l’Eglise  de  Perse  par  rapport  au  Siege  d’Antioche  (vers  424)  et  done 
anterieur  aux  «Syriens  Orthodoxes»,  et  n’appartenant  ni  a  fun  ni  a 
l’autre  parti;  meme  avancer  cela  est  deja  blesser  des  susceptibilites. 

Et  pourtant,  s’il  est  facile  de  pourfendre  les  «legendes»  nestoriennes, 
celles  de  R.  Elormizd  et  de  Bar  ‘Eta  par  exemple,  et  d’en  repousser  ne- 
gligemment  la  composition  jusqu’au  XI Ve  siecle,  on  peut  plus  diffici- 
lement,  me  semble-t-il,  retrancher  les  documents  contemporains,  tels  que 
les  lettres  d’l36‘yaw  d’Adiabene,  qui  montrent  sur  le  vif  la  lutte  pour  le 
Mont  BouleversC  Vraiment  celui-ci  merite  bien  son  nom,  car  ce  n’est 
pas  seulement  dans  ses  couches  geologiques  que  regne  la  confusion, 
e’est  aussi  dans  son  histoire  et  sa  geographic,  bouleversees  a  qui  mieux 
mieux  par  les  maitres  successifs  du  lieu.  C'est  done  a  une  toile  de  Penelope 
que  s’attaquerait  celui  qui  voudrait  ecrire  une  histoire  complete  et  im¬ 
partial  de  la  Montagne  des  Milliers.  Ce  que  je  veux  faire  ici,  au  risque 
d’amasser  des  charbons  ardents  sur  ma  tete,  n’est  qu’un  timide  essai  de 
deblayage  de  quelques  points.  J’espere  qu’on  me  fera  la  charite  de  penser 
que  je  n’y  mets  aucun  fanatisme  pour  ou  contre  personne,  mais  que  mon 
seul  but  est  d ’aider  ou  de  stimuler  la  recherche  ulterieure. 


MONT  DES  MILLIERS 


759 


1.  —  Mar  Matta 

Le  seul  monastere  qui  ait  subsiste  sur  le  Maqlub  est  le  celebre  Mar 
Matta,  oil  Ton  montre  encore  les  tombeaux  de  Zakai,  de  Bar  Sohdo,  de 
Bar  Hebraeus,  etc.  L’histoire  glorieuse  et  mouvementde  de  ce  couvent 
meritait  un  livre  complet.  S.  Em.  Mgr  Paulos  Behnam  l’avait  naguere 
promis,  et  il  avait  public  les  esquisses  de  quelques  chapitres  (1).  Feu 
Mgr  Barsaume  avait  dgalement  travaille  le  sujet,  mais  n’avait  eu  le  temps 
de  publier  que  la  liste  des  dveques.  Aujourd’hui  ce  livre  vient  d'etre  dcrit, 
par  le  successeur  de  Mgr  Barsaume,  le  Patriarche  Syrien  Orthodoxe 
d’Antioche  et  de  tout  POrient,  S.S.  Mgr  Ignace  Ya‘qub  III  (2);  au 
meme  moment  une  notice  independante  plus  rdsumee,  due  a  M.  Guor- 
guls  ‘Awwad,  paraissait  dans  Sumer  (3). 

Tous  ces  travaux  arabes  apportent  des  details  prdcieux  sur  la  vie 
du  couvent  au  cours  des  siecles.  A  part  de  minuscules  rectifications  ici 
ou  la,  ils  pourraient  etre  traduits  tels  quels  pour  ceux  que  cela  interesse 
et  qui  ne  savent  pas  la  langue. 

La  oil  Ton  se  sent  moins  a  son  aise,  c’est  en  ce  qui  regarde  les  pre¬ 
miers  siecles  de  l’histoire  de  la  montagne  sainte,  de  la  fin  du  IVe  siecle 
au  milieu  du  YIIe,  car  c’est  ici  que  deux  cycles  complets,  nestorien  et 
jacobite  s’opposent.  Les  conqudrants  ont  la  coutume  de  rebaptiser  les 
villes  dans  leur  propre  langue,  c’est  ce  qu’ont  fait  les  Jacobites  avec  les 
couvents  qu'ils  ont  trouves  ou  qu’ils  ont  pris,  et  ils  ont  organisd  toute  la 
gdographie  et  l’histoire  de  la  montagne  en  un  cycle  coherent,  dont  le 
centre  et  le  heros  est  Mar  Matta. 

Au  calendrier  jacobite,  Mar  Matta  figure  sous  plusieurs  titres: 
Matta  du  Mont  Alpap,  Matta  d’Ator,  Matta  le  solitaire;  et  sa  fete  se 


(1)  Lisan  al-Masriq,  1/1948-1949,  depuis  le  n°  1. 

(2)  Deja  citd:  Dafaqat  at-Tlb  fi  tank  dair  al-quddls  Alar  Matta  al-‘agib ,  Zahld  1961, 
339  p. 

(3)  Researches ,  cit.  p.  80-82. 


760 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


celebre  a  plusieurs  dates:  24  juillet,  18  septembre,  9  octobre  (1).  Le  ca- 
lendrier  syrien  catholique  de  Mossoul  pour  1877  (2)  le  fete  au  18  sep¬ 
tembre.  Le  syncretisme  touchant  de  ce  calendrier,  qui  fait  voisiner  Matta 
avec  S.  Joseph  de  Cupertino,  accepte  aussi  la  tradition  nestorienne  qui 
range  Tanachorete  parmi  les  disciples  de  Mar  Awgin.  En  plus  de  la  fete 
du  saint,  le  meme  calendrier  commemore  egalement  sa  mort,  le  5 
juillet  (3). 

Les  orientalistes  anciens  comptaient  Matta  parmi  les  martyrs  de 
Sapor.  La  publication  des  Actes  de  S.  Behnam  et  de  sa  sceur  Sarah ,  par  le 
P.  Bedjan  en  1891  (4),  a  dissipe  l’equivoque  (5),  d’autant  plus  que 
Matta  est  toujours  mentionne  parmi  les  ascetes,  et  non  parmi  les 
martyrs  (6). 

Legende 

La  legende  de  Mar  Matta  est  en  general  inseree  dans  celle  de  Mar 
Behnam,  c’est  probablement  pourquoi  elle  ne  figure  pas  dans  la  Biblio¬ 
theca  Hagiographica  Orientalis  du  P.  Peeters.  Cependant,  il  existe  des  rema- 
niements  de  la  meme  legende,  oii  Matta  est  devenu  le  personnage  prin¬ 
cipal,  et  dont  fhistoire  de  Behnam  et  Sarah  ne  forme  qu’un  chapitre  (7). 

D’apres  le  texte,  Matta  etait  ne  aux  environs  d’Amed-Diarbekir, 


(1)  Nau,  Martyrologes ,  cit.  p.  82,  97,  100,  107,  1 1 1  et  Martyrologe  de  R.  Saliba, 

p.  195. 

(2)  Calendrier  syrien  catholique  (arabe)  pour  le  diocese  syrien  de  Mossoul ,  public  par 
Mgr  Cyrille  Behnam  Benni,  Mossoul  1877. 

(3)  En  1887,  sous  le  patriarche  syrien  catholique  Ignace  Georges  Salhat,  un 
autre  kalandar ,  celui-ci  «selon  le  rite  de  l’Eglise  Syrienne  d’Antioche»  est  egalement 
imprime  a  Mossoul,  la  fete  du  5  juillet  en  a  disparu. 

(4)  AMS,  II,  p.  397-441  et  autres  sources  cities  sur  ces  martyrs. 

(5)  Selon  la  remarque  de  Chabot,  De  Isaaci  JVinivitae  vita,  scriptis  et  doctrina, 
Paris,  Leroux,  1892,  p.  4-5. 

(6)  Comme  le  dit  Budge  dans  sa  preface  a  la  Chronography,  cit.,  t.  II,  p.  lii- 
lxiii ;  avec  ref. 

(7)  Une  telle  legende  a  ete  resumee  par  Lis  an ,  cit.  1/1949,  n°  8-9,  p.  52-59, 
puis  utilisee  par  Dafaqat.  —  If  identification  par  Honigmann  (Barsauma,  cit.  p.  98)  de 
Mar  Matta  avec  Amitta'i,  pere  de  Jonas,  semble  peu  probable. 


XXI 

LE  MONT  DES  MILLIERS 


MONT  DES  MILLIERS 


761 


au  village  d’Abgarsat.  Apres  une  enfance  merveilleuse  et  une  jeunesse 
studieuse,  il  se  fit  moine  dans  sa  province  natale.  La  persecution  de  Julien 
l’Apostat  (ca.  361)  (1)  Ten  ayant  chassd,  il  vint  au  pays  d’Ator,  oil 
bientot  sa  reputation  de  saintetd  lui  attira  de  nombreux  disciples. 

Comment  se  rdalisa  le  stade  suivant,  a  savoir  la  fondation  attendue 
d’un  couvent?  Le  calendrier  de  1877  se  contente  de  dire  modestement: 
«I1  s’y  batit  un  couvent. »  La  pidtd  populaire  ne  pouvait  evidemment 
pas  se  satisfaire  d'une  explication  aussi  prosaique.  Ce  sera  tantot  Senna¬ 
cherib,  roi  de  Nimrud,  pere  converti  des  deux  martyrs  Behnam  et  Sarah, 
qui  edifiera  le  couvent  du  Maqlub,  a  la  demande  de  l’anachorete,  en 
meme  temps  que  le  tombeau  de  ses  enfants  et  de  leur  XL  compagnons; 
tantot  la  douce  reine  Sirin,  mere  des  jeunes  princes  massacres,  qui  s’ac- 
quitta  de  ce  pieux  devoir  (2). 

On  a  vu  plus  haut  ce  qu'il  fallait  penser  de  la  Passion  hdroique  de 
Behnam;  ceci  ne  nous  rassure  guere  sur  l'historicitd  de  Matta.  L’appa- 
ritiondans  son  histoire  de  Julien  l'Apostat,  grand  favori  des  cnjolivements 
hagiographiques  syriaques,  ajoute  encore  a  nos  soupgons. 

Mais  ne  nous  laissons  pas  impressionner.  Si  Ton  veut  sauver  Matta, 
et  il  y  a  tout  lieu  de  croire  qu'on  le  peut,  il  faut  agir  avec  decision,  et  le 
couper  absolument  de  Behnam.  La  liaison  des  deux  legendes  n'est  que 
la  projection  sur  les  rapports  de  deux  personnes  des  rapports  de  deux 
lieux,  vus  dans  Toptique  du  moyen  age,  au  moment  de  la  redaction 
definitive  de  la  legende,  c’est-a-dire  certainement  apres  le  Xe  siecle, 
probablement  au  XIIe,  au  moment  oil  un  vent  de  restauration  soufllait 
sur  TEglise  Syrienne  Occidentale  (Jean  de  Mardin,  1125-1165,  plus  a 
l’ouest;  et  a  Mar  Behnam,  tombe  de  1139  et  restauration  de  1 164),  alors 

(1)  D’autres  disent  de  Diocldtien,  done  vers  320.  Cf.  Kmosko,  Liber  Graduum , 
P.S. ,  III/1926,  p.  cli. 

(2)  Dans  le  texte  r6sum£  par  Budge  ( Chronograph}' ,  cit.),  les  deux  couvents 
fondes  par  Sirin  sont  donnas  comme  «B.  Gubbe»,  pour  Mar  Behnam,  ce  qui  ne  fait 
pas  de  difficult^;  mais  aussi  «B.  Kuhioto»,  qui  devrait,  d’apres  les  autres  textes  jaco- 
bites,  etre  Mar  Abraham,  mais  en  qui,  depuis  le  texte  (ou  la  glose)  de  Bar  Hcbraeus, 
est  identifi^  par  la  plupart  a  Mar  Nlatta. 


762 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


que  Mar  Matta  avait  pris  la  predominance  et  qu’on  ne  pouvait  codifier 
une  histoire  sans  qu’il  y  joue  le  beau  role. 

D’autres  legendes  s'etaient  probablement  formees  ailleurs:  celle  de 
Zena-Sarah  (dont  Ton  pourrait  relever  les  contradictions  avec  celle  de 
Behnam-Sarah)  nous  est  parvenue,  liee  plutot  au  cycle  Takrlt-Qaraqos; 
mais  celle-ci  ne  put  subsister  apres  le  declin  de  Takrlt  et  le  passage  in 
partibus  des  lieux  de  culte  (Dair  al  Gayyara)  autour  desquels  elle  s’etait 
cristallisee.  Meme  un  repli  du  couvent  de  Sarah  du  Zab  au  Hazir  ne 
la  sauvera  pas. 

La  legende  de  Matta-Behnam  au  contraire  presente  une  image  du 
regroupement  des  restes  des  forces  Jacobites  au  XIIe  siecle;  elle  est  im- 
pensable  au  IVe,  quand  le  prestige  de  Mar  Matta  (couvent  et  homme) 
etait  loin  d’etre  encore  assez  solidement  etabli  pour  atteindre  des  satellites 
aussi  lointains.  II  semble  plus  logique,  etant  donne  sa  situation  geogra- 
phique,  de  voir  le  couvent  de  Mar  Behnam  en  liaison  avec  Qaraqos,  et 
done  ne  se  ralliant  comme  lui  au  monophysisme  qu’au  debut  du  VIIe 
siecle.  Son  jumelage  spirituel  avec  Mar  Matta  ne  viendra  que  beaucoup 
plus  tard,  et  entrainera  alors  le  jumelage  des  legendes.  Celui-ci  sera 
d’autant  plus  facile  que  les  Syriens  avaient  un  modele  dans  la  legende 
de  Qardag:  ce  dernier  avait  eu  son  ‘Awdiso4,  Behnam  aura  son  Matta. 

II  nous  faut  done  oublier  completement  l’histoire  de  la  conversion 
et  du  bapteme  de  Behnam  par  Matta,  et  considerer  independamment  le 
reste  de  V histoire  de  ce  dernier. 

Histoire 

Le  fait  principal  de  la  legende  est  la  migration  forcee  d’un  certain 
nombre  de  moines.  Leur  point  de  depart  est  dit  etre  Diarb^kir;  ce  detail 
peut  etre  authentique,  il  pent  aussi  avoir  ete  emprunte  a  Jean  d’Asie  qui, 
dans  ses  Vies  des  Saints  Orientaux ,  montre  Dada,  Habib  et  Za‘ura  quittant 
Amed  pour  fuir  la  persecution  qui  sevit  entre  521  et  565  (1),  et  se  diri- 
ger  vers  le  Mont  Izla  et  le  B.  ‘Arabaye,  e’est-a-dire  les  environs  de 


(1)  Lives,  p.  5-35,  326,  419-420,  460-468,  573  et  p.  10,  n.  2. 


MONT  DES  MILLIERS 


763 


Nisibe  et  de  Dara  (1).  Jean  d’Ephese  ne  les  suit  pas  plus  loin,  mais 
n’est-on  pas  en  droit  de  penser  que  ce  fut  le  meme  Za‘ura,  range  ici 
parmi  les  compagnons  de  Matta,  que  Ton  retrouve  avec  Sargis  et  Ba‘ut 
comme  fondateur  du  Couvent  Suspendu  sur  le  Mont  Aride  (2)  ? 

Cependant,  ce  n’est  peut-etre  que  le  point  de  ddpart,  la  Sophene, 
qui  est  emprunt^;  la  migration  elle-meme  de  Matta  ne  peut  etre  reculee 
jusqu'au  VIe  siecle.  Le  serait-elle  que  Matta  deviendrait  monophysite, 
et  on  ne  le  trouverait  pas  appeld  «saint»  par  les  Nestoriens  du  VII® 
siecle,  comme  on  le  verra  bientot. 

II  faut  done  trouver  un  exode  plus  ancien.  Thomas  de  Marga  semble 
le  fournir  quand  il  mentionne  les  «dveques  et  ascetes»,  a  propos  desquels 
il  a  lu  dans  les  «ecrivains  anciens»  (3)  que,  pendant  le  regne  de  Valens 
(364-378),  ils  vinrent  du  Pays  des  Grecs  a  la  Montagne  de  Rdsa  (4), 
prdferant  fexil  et  les  tribulations  au  fait  de  vivre  pres  des  hdrdtiques 
ariens  (5). 

Tel  est,  je  crois,  le  fonds  historique  de  la  ldgende  de  Mar  Matta. 
Pour  le  reste,  S.S.  Mgr  Ignace  Ya‘qub  lui-meme  (6)  donne  l’exemple 
en  refusant  comme  n'ayant  «rien  a  faire  avec  la  vdrite  historique»  des 
points  qui  «figurent  dans  le  texte  de  la  vie  de  Mar  Matta  que  nous  avons 
entre  les  mains»  mais  qu'il  declare  ajoutds  par  «certains  copistes 
indiscrets». 

Quant  aux  sources  nestoriennes,  si  elles  ont  un  peu  mis  en  sourdine 
la  vie  de  Matta,  a  cause  de  ses  connexions  posterieures  avec  les  mono- 
physites,  elles  n’ont  cependant  pas  renid  entierement  le  saint.  Un  texte 
presque  contemporain  est  ici  d’une  ties  grande  valour,  d’autant  plus 


(1)  Sur  le  sens  de  ‘Arab  dans  Jean  d’Asie,  cf.  ibid.,  p.  382,  n.  3  et  p.  419-420. 

(2)  Cf.  mon  article  in  Anal.  Bolland.,  LXXIX/1961,  p.  102-114,  avec  r<T 

(3)  V.g.  Jacques  d’Edesse,  Chronica  Minora,  CSCO ,  p.  222  et  Hist.  Eccl.  de 
Barhadbsabba  cArbaya,  1°  partie,  P.O. ,  XXII/2,  p.  118-119. 

(4)  On  verra  plus  loin  que  le  Resa  est  le  Maqlub. 

(5)  Bk.  II,  p.  577-578. 

(6)  Dafaqdt,  p.  13. 


764 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


que  son  authenticity  est  controlee  sur  des  points  d’histoire  generate  par 
les  historiens  modernes  les  plus  serieux,  ce  texte  est  celui  de  la  Chronique 
Mineure  jadis  publiee  par  Guidi  sous  le  titre  de  Un  nuovo  testo  siriaco  (1). 
Dans  ce  document,  Matta  est  appele  clairement:  le  saint.  On  y  parle  de 
cette  montagne  «quem  monachi  S.  Matthaei  incolunt». 

De  moins  de  valeur,  mais  cependant  basee  sur  des  sources  anciennes, 
la  Vie  de  Bar  ‘ Eta  parle  egalement  cie  Mar  Matta,  le  saint  (2),  ce  qui 
ne  pourrait  s’expliquer  si  Matta  etait  posterieur  au  debut  du  Ve  siecle. 

La  oil  les  Nestoriens  ne  sont  plus  tres  bien  fixes,  c’est  quand  il  s’agit 
de  dire  qui  etait  ce  St.  Matta.  Pour  plus  de  surete  on  en  fait  un  disciple 
de  Mar  Awgin,  car  il  est  entendu  que  tout  moine  qui  se  respecte  doit 
avoir  ete  disciple  de  Mar  Awgin.  Mais  alors,  pourquoi  le  Liber  Castitatis 
ne  le  mentionne-t-il  pas  dans  la  liste  des  fondateurs?  Ceci  nous  rappelle 
une  fois  de  plus  que  nous  ne  possedons  pas  l’ouvrage  dans  son  etat  originel. 
Bien  que  le  texte  du  Malabar  ne  mentionne  pas  Matta  non  plus,  V Abrege 
ajoute,  apres  la  notice  118:  Mar  Matta,  fondateur  d’un  couvent  pres  de 
Mossoul.  Au  fond,  les  Nestoriens  s’entendent  avec  les  Jacobites:  le  cou¬ 
vent  fut  fonde,  par  un  anachorete  «grec»,  au  IVe,  ou  au  plus  tard  au 
debut  du  Ve  siecle. 

Ainsi  Mar  Matta  «dont  le  couvent  est  sur  le  Mont  Alpap»  pourra-t-il 
avoir  aussi  sa  fete,  le  25  juillet,  au  calendrier  nestorien  (3);  bien  qu’il 
faille  remarquer  que  la  mention  de  cette  fete  soit  plutot  rare,  et  que  le 
saint  ne  figure  pas  aux  Diptyques  nestoriens  du  XIVe  siecle.  Ainsi  de 
meme,  la  ou  les  Chaldeens  modernes  cohabiteront  pacifiquement  avec 
les  Syriens,  a  Karamlaiss  et  a  Mossoul  par  exemple,  ils  donneront  a  leurs 
enfants  le  nom  de  «Matti». 


(1)  CSCO,  1 1  I/I  V,  p.  20.  —  Guidi  (preface  p.  12)  place  la  redaction  du  texte 
en  670-680.  C’est  peut-etre  un  des  premiers  textes  ou  le  nom  de  Mossoul  est  employe. 

(2)  Hist,  of  Bar  Idta,  II, I,  p.  203  et  206. 

(3)  A.  Scher,  Suhaddf  II,  p.  430-435.  Parmi  les  mss.  utilises  par  V auteur,  seul 
celui  du  couvent  de  S.  Jacques  le  Reclus,  pres  de  Seert,  semble  avoir  contenu  la 
mention. 


MONT  DES  MILLIERS 


765 


Eveques  du  couvent 

La  premiere  crise  que  le  couvent  ait  rencontrde  n’est  connue  que 
par  les  sources  syriennes:  il  fut,  comme  les  couvents  de  Blzanlta,  de 
Nardos  et  de  Kuhta,  un  des  centres  de  la  reaction  a  la  nestorianisation, 
des  le  troisieme  quart  du  Ve  siecle.  Ceci  lui  valut  d’etre  bruld  par  Bar- 
saume  de  Nisibe  en  484/485  (1)  et  de  voir  son  dveque  (?)  Bar  Sahdd 
et  quelques  moines  enlevds  puis  massacres.  Comme  Kuhta  egalement, 
Mar  Matta  passa  plus  tard  ddfinitivement  entre  les  mains  des  «or- 
thodoxes». 

Quand  ce  fait  se  produisit-il  ?  D’apres  la  tradition  jacobite,  vers  540, 
le  metropolite  armenien  Christophore  (2)  aurait  sacrd  pour  Mar  Matta 
un  eveque,  qui  lui-meme  sacra  son  successeur,  et  ainsi  pour  quatre 
dveques  a  la  suite. 

L’irr^gularite  du  proc^de  a  du  avoir  des  repercussions  dans  Invo¬ 
lution  des  canons  sur  ce  point,  qui  nous  permettront  peut-etre  de  prouver 
l’authenticitd  du  fait.  En  effet  la  consecration  d'un  dveque  par  un  seul 
eveque  avait  ete  formellement  interdite  par  le  Canon  IV  du  Concile  de 
Nic^e  (3)  et  l’Eglise  Orientale  d’avant  le  schisme  avait  accept^  cette 
decision,  en  410,  au  Synode  d’Isaac.  Selon  celui-ci,  «l’eveque  institue 
par  un  seul  ou  par  deux  ne  serait  pas  iegitime»  (4).  «Si  quelqu’un  de 
vous,  disait  le  Synode  (5),  ose  etablir  un  autre  eveque,  soit  pendant  sa 
vie,  soit  au  moment  de  sa  mort,  selon  la  definition  etablie  par  le  grand 
et  saint  synode  des  318  eveques,  le  consacre  et  le  consecrateur  doivent 


(1)  M.S.,  t.  II,  p.  417  et  438,  qui  ne  parle  pas  de  Kuhta. 

(2)  Peut-etre  est-ce  a  cause  du  role  jou6  par  les  Armdniens  dans  la  resurrec¬ 
tion  du  couvent,  que  Mgr  A.  Scher  (Suhada',  cit.  p.  305)  dit  que  les  «moines  qui 
echapperent  aux  Nestoriens  tomberent  dans  l’heresie  monotheiite». 

(3)  Les  Canons  Arabes  de  Nicee  (can.  5)  in  Mansi ,  II,  983,  predsent  que  la 
presence  de  3  eveques  est  un  minimum,  si  les  autres  eveques  de  la  province  ne  peuvent 
venir  «ob  timorem  et  innocuum  gregis  periculum  a  rapacibus  lupis,  et  necessitas 
cogeret...». 

(4)  Syn.  Or .,  p.  258. 

(5)  Syn.  Or.,  p.  263,  can.  I. 


766 


ASSYR1E  CHRETIENNE 


etre  rejetes  sans  pitie  de  tout  le  clerge  de  fEglise.»  Le  synode  de  410 
reconnait  que  le  fait  s’est  produit  auparavant,  mais  on  le  considere 
comme  un  desordre  (1);  desormais  on  defend  absolument  cette  pra¬ 
tique,  car  elle  n’est  pas  conforme  a  la  tradition  des  Peres  de  Nicee. 

Dans  fEglise  meme  d’Antioche,  le  patriarche  Severe  (f  538)  s’in- 
digne  d’abus  contraires.  II  dit,  dans  une  lettre  aux  orthodoxes  d’E- 
mese  (2) :  «Comment  cela  a-t-il  pu  se  produire  alors  que  les  saints 
canons,  une  fois  pour  toutes,  stipulent  que  le  sacre  des  eveques  ne  doit 
pas  etre  effectue  de  facon  differente ?...  Qu’en  tout  cas  il  n’y  ait  pas  un 
un  nombre  inferieur  a  trois...»  Et  Severe  de  citer  «avec  quelque  me- 
pris»  (3)  le  texte  allegue  «comme  fondement  de  leur  tromperie»  par 
«trois  ou  quatre  mauvais  individus»  qui  soutiennent  le  faux  eveque  Isaie,  a 
savoir  «un  canon  qui  est  sans  fondement  et  plein  de  ridicule,  qu’ils  attri- 
buent  encore  a  Simon  le  Chananeen  (ou  le  Zelote)  et  qui  n'a  jamais  ete 
re^u  dans  les  saintes  Eglises,  ni  accepte  dans  les  saints  conciles,  ou  on 
n’en  a  meme  pas  entendu  parler».  Ce  canon,  qui  se  retrouve  dans  YOcta- 
teuque  de  Clement  (4)  permettait,  «en  cas  de  necessite»,  «a  cause  d’une 
persecution  ou  d’un  autre  motif»,  que  la  chirotonie  dpiscopale  soit  con¬ 
feree  par  un  seul  eveque. 

Or,  ce  qui  est  tout  a  fait  surprenant  apres  la  lettre  de  Severe,  c’est 
que  les  Jacobites  aient  intdgre  ce  canon  dans  leur  code,  ou  on  le  retrouve 

(1)  Syn.  Or.,  p.  266,  can.  XI. 

(2)  Brooks,  The  Sixth  Book  of  the  Select  Letters  of  Severus,  London  1902,  vol.  I/I, 
p.  236-239. 

(3)  D’apres  l’abb£  Nau,  dans  Le  canoniste  contemporain,  XXXV/1912,  p.  370 
et  n.  4:  La  version  syriaque  de  V Octateuque  de  Clement,  trad.  fr. 

(4)  Octateuque,  VI,  1,  Constitution  des  SS.  Apotres,  XI,  1  (in  Pitra,  Iuris  Ecclesias- 
tici  Graecorum  IListoria  et  Monumenta,  t.  I,  1864,  p.  60,  avec  la  note  6,  p.  73  ou  Fauteur 
admet  que  des  clauses  soient  «recentiora».  Egalement  cit6  dans:  De  sacris  electionibus 
et  ordinationibus ,  de  Francois  Hallier,  Paris  1636,  p.  584);  Constitutions  Apostoliques, 
VIII, 27  (in  Pitra  I,  p.  385  et  p.  417,  n.  1  d.).  Ebedjesus  de  Nisibe  le  cite  dans  sa  Coll. 
Can.  Apost.,  (Mai,  X/I,  p.  17).  Sur  ce  Livre  VIII,  cf.  DTC,  XV,  p.  195-200,  s.v.  Tes¬ 
tament  JVSJC  et  Dom  B.  Botte,  Les  plus  anciennes  collections  canoniques,  Orient  Syrien,  V/ 
1960,  p.  331-350 


MONT  DES  MILLIERS 


767 


chez  Jean  de  Dara  au  VIIIe-IXe  siecle  (1)  et  chez  Bar  Hebraeus  (2). 
Ne  serait-ce  pas  une  preuve  que,  apres  la  formation  de  leur  hierarchie 
en  629  et  le  «renouvellement»,  a  partir  du  convent  de  Mar  Matta,  de 
«funite  du  siege  apostolique  d’Antioche»,  les  Jacobites  aient  senti  la 
necessite  de  faire,  sans  avoir  fair  d'y  toucher,  une  sanatio  in  radice  aux 
sacres  de  Mar  Matta,  dont  firr^gularite  etait  flagrante?  (3) 

Une  autre  preuve  que  le  premier  sacre,  de  540,  a  bien  eu  lieu,  est 
encore  la  reaction  nestorienne,  qui  ne  se  fait  pas  attendre.  Le  synode  de 
Mar  Aba  Ier,  en  544,  rappelle  la  legislation  de  Nicee  et  de  Sdleucie- 
Ctesiphon  selon  laquelle  «l’£veque  dtabli  par  un  ou  deux  eveques  n’est 
pas  valide,  mais  seulement  celui  qui  l’a  par  un  plus  grand  nombre, 
ou  tout  au  moins  par  trois»  (4).  La  clause  permissive  n'obtiendra  droit 
de  cite  dans  le  droit  nestorien  qu’avec  Timothee  le  Grand.  Dans  une 
lettre  a  P eveque  Yahwalaha  de  Dailam,  qui  n’a  pour  tout  assistant  pos¬ 
sible  dans  la  consecration  que  le  seul  dveque  Qardag,  le  patriarche,  tout 
en  rappelant  que  le  droit  «exige  absolument  la  presence  de  trois  dveques 
pour  le  sacre»  (5),  fait  usage  du  pouvoir  qui  lui  a  dte  donnd  par  Notre- 
Seigneur  (le  pouvoir  des  clefs)  pour  donner  dispense,  dans  le  cas  unique 
de  la  consecration  du  premier  Eveque;  encore  faudra-t-il  remplacer  le 
consecrateur  manquant,  a  la  droite  du  consecrateur  principal,  par  le 
Livre  des  Evangiles  qui  sera  pose  sur  son  trone.  Pour  le  second  eveque 
et  les  suivants  il  n’y  aura  plus  de  difhculte,  puisque  le  premier  consacre 


(1)  Cite  par  Hindo,  p.  186. 

(2)  Nomocanon ,  VII, 3  (Mai,  X,  2,  p.  44). 

(3)  Cependant  en  d’autres  cas  les  auteurs  syriens  occidentaux  louent  le 
«prudent  canon»  de  Nicee  et  ceux  qui  l’appliquent,  cf.  M.S.,  II,  p.  263,  Pseudo 
Denys,  B.O.,  II,  p.  87,  Vie  de  Jacques  Baradee ,  dans  Lives  of  the  Eastern  Saints ,  p.  239. 

(4)  Can.  19.  Syn.  Or .,  p.  558. 

(5)  Lettre  citee  par  Thomas  de  Marga  (5.O.,  III, I,  p.  163,  et  Bk.  I,  p.  267). 
Le  texte  chaldeen  est  clair  sur  la  necessite  absolue  de  trois  consecrateurs.  Budge,  dans 
sa  traduction  anglaise  (Bk.  II,  p.  490,  suivi  par  Lettres  de  Timothee ,  cit.  p.  48,  n°  4)  s’est 
trompe  en  traduisant  la  phrase  avec  une  negation,  comme  si  l’obligation  N’etait  pas 
absolue.  La  traduction  latine  d’Assemani  est  exacte. 


768 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pourra  agir  comme  consecrateur.  Timothee  ne  fait  done  pas  appel  a  un 
privilege  Simonien  ou  autre,  pour  lui  la  loi  est  absolue,  reserve  faite  de 
son  pouvoir  des  clefs. 

Si  Ton  examine  le  droit,  tant  jacobite  que  nestorien,  on  ne  voit  done 
pas  de  raison  serieuse  de  douter  de  Fhistoricite  de  la  hierarchie  «ortho- 
doxe»  de  Mar  Matta,  de  540  a  629.  Au  contraire,  tant  le  refus  unanime 
du  cote  nestorien  jusqu’au  IXe  siecle,  que  la  condescendance  du  cote 
jacobite  pour  enteriner  le  fait  accompli,  confirment  fexistence  de  cette 
hierarchie. 

La  lutte  pour  le  mont 

II  semble  done  que  les  legendes  nestoriennes  simplifient  les  faits  a 
Fexces  quand  elles  retardent  foccupation  «orthodoxe»  de  Mar  Matta 
jusqu’au  debut  du  VIIe  siecle,  et  Fattribuent  entierement  au  «fou 
Zakkai»  et  a  «Finfidele  Gabriel,  medecin  du  vaillant  Ghosroes»  (1). 
Tout  au  plus  peut-on  supposer  une  reoccupation  nestorienne  de  courte 
duree  par  Isofsawran  (2)  et  trois  moines,  qui  s’empresserent  d’ivacuer 
le  couvent  a  Favertissement  de  Bar  ‘Eta,  soi-disant  sous  la  pression  de 
Gabriel  de  Singar. 

II  n’y  a  pas  lieu  de  s’arreter  au  role  exagere  prete  a  Farchiatre 
Gabriel,  traitre  de  comedie  dont  F apparition  dans  une  legende  en  assure 
toujours  le  succes  (3)  presque  autant  que  celle  de  son  emule,  Julien 
FApostat  dont  le  nom  seul  fait  fremir  Fauditoire  d’une  horreur  delicieuse. 
Son  role  reel  a  ete  suffisamment  important  par  la  disorganisation  qu’il 
causa  dans  FEglise  Nestorienne  en  persuadant  a  Chosroes  de  la  laisser 
sans  chef,  sans  qu’on  ait  a  lui  attribuer  Fissue  de  telle  ou  telle  action 
de  detail. 

Quant  a  Zaka'i,  ce  n’est  pas  lui  Fusurpateur  du  couvent;  son  role 


(1)  Hist.  of...  Bar  Idta,  p.  204. 

(2)  Hist.  of...  Bar  Idta ,  p.  204  et  237. 

(3)  Un  episode  a  succes  des  legendes  nestoriennes  est  aussi  l’exhumation  par 
R.  Hormizd  de  l'idole  cachee  a  Mar  Matta,  cf.  Hist.  of...  R.  Hormizd,  II, I,  p.  118. 


MONT  DES  MILLIERS 


769 


historique,  d’ailleurs  considerable,  se  borna  a  conduire  les  troupes 
«orthodoxes»  au  cours  de  l’offensive  finale  qui  leur  valut  une  victoire 
definitive.  Zakai  sut  utiliser  les  tetes  de  pont  des  couvents  fideles,  dont 
le  premier  etait  Mar  Matta,  pour  organiser  la  conquete  des  villages  et 
des  autres  couvents  du  Mont. 

Les  episodes  de  ce  combat  sans  merci  se  lisent  a  travers  les  textes. 
Vers  570  Iso‘yaw  bar  Qusre  doit  quitter  sa  grotte  sur  le  Mont  Alpap, 
apres  avoir  ete  frappe  plusieurs  fois  par  les  rebelles  (1). 

Vers  575  l’anachorete  Yaw  (2)  habite  egalement  «dans  la  mon- 
tagne  du  Ba  Nuhadra,  dans  un  lieu  appeie  Resa».  Iso‘dnah  ne  nous  dit 
pas  pourquoi,  mais  il  enchaine  immediatement  pudiquement:  «alors  il 
vint  vers  Mar  Daniel  (3)  qui  habitait  dans  la  montagne  d’Oroh»  (4). 
On  devine  que  la  vie  lui  etait  devenue  intenable  au  Maqlub,  et  qu'il 
chercha  ailleurs  des  cieux  plus  elements. 

La  bataille  sur  la  montagne  se  continuera  encore  bien  plus  tard, 
car  les  Nestoriens  s’accrocheront  au  versant  nord,  nous  le  verrons  bientot 
a  propos  des  couvents  de  Mar  Abraham  et  de  Yohannan  et  Iso‘sawran, 
mais  le  bastion  inexpugnable  de  Mar  Matta,  orthodoxe  des  484,  fortifie 
par  ses  eveques  a  partir  de  540,  base  d’operations  de  Zakai  a  la  fin  du 
VIe  et  au  debut  du  VIIe  siecle,  resistera  meme  aux  assauts  puissants 
du  preux  Yonadab,  vers  612. 

Desormais  definitivement  vainqueur  de  Tennemi  nestorien,  le  cou- 
vent  de  Mar  Matta  va  pouvoir  commencer  sa  glorieuse  carriere,  retracee 
en  detail  dans  les  etudes  citees  plus  haut. 

Le  couvent  a-t-il  eu,  a  lui  seul,  «des  milliers  de  moines»,  a  la  mort 
de  son  fondateur,  deja  a  la  fin  du  IVe  siecle?  L’expression  semble 

(1)  L.C.,  n°  50. 

(2)  L.C.,  n°  40. 

(3)  Mar  Daniel,  dit  le  Penitent,  etait  un  disciple  d’Abraham  le  Grand  (L.C., 
n°  14  et  31;  Chr.  de  Seert ,  II,  p.  106). 

(4)  Cette  montagne,  mentionnee  par  Iso‘dnah  aux  n°  10,  14,  40  et  90,  et  par  la 
Chr.  de  Seert ,  II,  p.  106,  etait  une  partie  du  Cabal  Hamrin,  au  B.  Garmai,  cf.  Herzfeld, 
E.I. ,  ancienne  ed.,  s.v.  Barimrna. 


Rech.  23  —  49 


770 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


s’appliquer  plutot  a  toute  cette  Montagne  des  Milliers  (1),  Athos  de 
l’Assyrie,  rivale  de  la  «Montagne  des  Adorateurs»  (Tur  ‘Abdln)  dans  les 
fastes  de  l’Eglise  Syrienne  Occidentale.  S’il  n’a  pas  eu  ses  milliers  a  ce 
moment-la,  le  couvent  de  Mar  Malta  les  aura  au  cours  des  siecles,  au 
point  de  disputer  a  Takrit  la  preeminence  sur  Mossoul  et  sur  tout  le 
nord  de  ITraa. 

JL 

Aujourd’hui,  le  grand  couvent  reste  toujours  debout,  desormais  soli¬ 
taire  sur  sa  montagne  pelee.  Mais  au  lieu  des  Milliers  de  jadis,  ce  ne  sont 
plus  que  quelques  rares  unites,  fantomes  melancoliques  de  moines,  qui 
gardent  le  grand  corps  depeuple  du  dernier  des  couvents  syriens  d’lraq. 

2.  —  Le  couvent  de  R.  Yohannan,  le  metropolite  grec 

On  se  souvient  de  R.  Mar  Yohannan,  «qui  fit  des  miracles  et  des 
prodiges  comme  les  Apotres».  Le  fait  qu’il  ait  opere  par  ce  moyen  la 
conversion  de  Qub  suffit  a  certains  auteurs  pour  leur  faire  placer  «non 
loin  de  Qub  et  pres  de  ‘Aqra»  (2)  le  lieu  oil  il  avait  sa  grotte  et  qui  est 
appele  Neraw  Barzai,  ou  Neraw  Barazi. 

En  fait,  Thomas  de  Marga  a  donne  ailleurs  (3)  des  precisions  sur 
ce  Bx  Mar  Yohannan  et  sur  la  communaute  du  saint  monastere  de  la 
gorge  de  Barazi.  A  cette  occasion  il  d^crit  la  gorge,  qu’il  a  visitee  lui- 
meme. 

La  gorge  ma  qu’une  entree;  sur  tous  les  autres  cotes  elle  est  fortifiee 
depuis  fantiquite.  Les  grottes  et  les  citernes  ont  ete  creusees  dans  les 
temps  anciens  par  un  homme  puissant  du  nom  de  Barzai.  La  gorge  fut 
evangdlisde  par  ce  Mar  Yohannan,  qui  titait  un  metropolite  venu  du 
territoire  des  Grecs  Byzantins  a  la  fin  du  IVe  siecle,  «le  compagnon  et 


(1)  Le  superieur  Abu  Naser  de  Bartelli,  qui  vivait  en  1290,  dit  qu’ils  etaient 
7000  a  l’age  d’or  ( Apergu ,  cit.  p.  221)  sans  pr^ciser  quand  etait  cet  age  d’or.  Au  temps 
de  Yaqut,  vers  1225,  il  en  restait  cent  ( ibid p.  222). 

(2)  Bk.  II,  p.  577  et  n.  2.  —  Budge  emprunte  sa  localisation  a  Hoffmann.  On  a 
vu  que  Qub  non  plus  n’etait  pas  tout  pres  de  ‘Aqra. 

(3)  Bk.  II,  p.  632. 


MONT  DES  MILLIERS 


771 


le  collegue  des  sept  dveques  qui  habitaient  ensemble  au  monastere  de 
Rdsa  pendant  toute  leur  vie». 

Le  Bx  Yohannan  vdcut  lui-mcme  dans  une  grotte  sans  lumiere  res- 
semblant  a  un  tombeau,  et  dtablit  a  Barazi  une  communautd  d’ana- 
choretes.  Lors  de  son  pelerinage  sur  les  lieux,  Thomas  visita  la  caverne 
dans  laquelle  ces  anachoretes  dtaicnt  ddposds  et  put  encore  lire  sur  les 
sarcophages  certains  noms  qui  avaient  rdsistd  au  temps,  mais  que  mal- 
heureusement  il  ne  reproduit  pas. 

Dans  la  premiere  moitid  du  YIIIR  siecle  (1)  la  communautd  subsis- 
tait  encore.  Elle  comptait  quarante  membres  quand  R.  Gabriel  y  vint 
en  rentrant  de  Qardfi  (2).  Les  moines  de  Barazi  convainquirent  Gabriel 
d’accepter  de  devenir  leur  supdrieur.  II  resta  avec  eux  un  assez  long 
temps,  pendant  lequel  il  n’habita  pas  au  couvent  meme,  mais  au-dessus 
de  la  cellule  du  fondateur.  Plus  tard,  le  supdrieur  quittera  ce  monastere 
pour  aller  remplacer  son  frere  Paul  au  couvent  de  Mar  Quprianos.  Les 
miracles  de  R.  Gabriel  n’apportent  guere  de  details  gdographiques  et 
historiques  interessants  (3). 

Il  est  inutile  de  rechercher  ou  se  trouve  le  village  pai'en  voisin,  ap- 
peld  B.  Timai  (4),  dont  les  habitants  vinrent  piller  le  couvent  et  battre 
les  moines.  Les  bandits  dtaient  cachds  a  B.  Safwan  avec  les  troupeaux  de 
boeufs  qu’ils  avaient  enlevds  au  monastere,  quand  R.  Gabriel  tomba  sur 
eux  avec  deux  lions  fdroces  qu’il  avait  pris  avec  lui  en  passant  dans  les 
bois.  Bien  que  les  pillards  aient  tout  rendu,  ils  furent  annihilds,  eux  et 
leur  village,  «dont  le  nom  et  la  mdmoire  furent  effacds  de  la  face  de 
la  terre». 


(1)  C’est  probablcment  ce  couvent  qui  est  mentionnd  pour  cette  dpoque  par 
Bar  Hebraeus  ( H.E. ,  II,  col.  138)  qui  le  place  «dans  la  rdgion  de  Mossoul». 

(2)  Bk.  II,  p.  636  s. 

(3)  Simple  mention  de  Telia,  Bk.  II,  p.  663.  —  Le  nom  de  la  foret  du  monastere 
est  donnd  comme  B.  Hslh£  (p.  673)  mais  c’est  a  peine  un  nom  propre.  De  toutes  famous, 
toutes  les  forets  ont  disparu. 

(4)  Bk.  II,  p.  674. 


772 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Ou  est  situde  la  Gorge  de  Barazi,  dans  laquelie  Bawai  fonda  egale- 
ment  une  ecole  (1)?  On  trouve  deux  villages  de  Barazi,  le  Grand  et  le 
Petit,  sur  le  versant  nord-est  du  Maqlub,  pres  de  la  gorge  dite  actuelle- 
ment  Galli  Zuriir,  a  six  kilometres  au  nord/nord-ouest  de  Mar  Matta. 
Tout  ce  que  Ton  sait  du  site,  sa  position  a  la  fois  dans  la  region  de 
Mossoul  et  dans  le  Marga  du  IXe  siecle,  sa  proximite  du  couvent  de 
R£sa  et  de  Qub,  forme  une  assez  forte  probability  pour  que  Ton  puisse 
chercher  \k  le  couvent  du  Bx  Mar  Yohannan,  le  metropolite  grec.  Les 
circonstances  ne  m’ont  pas  permis  de  faire  une  verification  sur  place. 
Tout  ce  que  je  puis  dire,  c’est  que  de  nombreuses  grottes  sont  signalees 
clans  la  region. 

3.  —  Le  couvent  de  Kuhta 

La  plus  grande  confusion  regne  dans  les  sources  au  sujet  de  ce 
monastere,  situe  egalement  dans  le  district  du  Maqlub.  Les  memes  faits 
ont  regu  des  interpretations  opposees,  selon  la  secte  des  auteurs. 

Selon  V Histoire  (nestorienne)  de  Bar  ‘Eta,  le  monastere  fut  bati  par 
Yohannan,  Tun  des  318  Peres  du  Goncile  de  Nicee  (en  325)  qui  le  nomma 
d’apres  la  grande  eglise  patriarcale  de  Kobe,  et  qui  y  demeura  jusqu’a 
son  martyre  sous  Sapor.  On  a  bien  dit  qu’il  y  avait  sept  eveques  en  reserve 
a  R^sa,  sur  le  sommet  de  la  meme  montagne  (2),  mais  combien  d’entre 
eux  s’appelaient-ils  done  Yohannan? 

Les  details  de  la  fondation  de  Kuhta,  d’apres  V Histoire  de  Bar  ‘Eta, 
semblent  copies  sur  ceux  de  la  fondation  de  Barazi.  Kuhta  et  Barazi  ne 
seraient-ils  qu’un  seul  et  meme  couvent?  Gela  semble  difficile,  car 
Barazi  prosp^rait  encore  sous  une  houlette  nestorienne  dans  la  premiere 
moitie  du  VIIIe  siecle,  alors  que  Kuhta,  comme  Mar  Matta,  avait  refuse 
le  nestorianisme  des  la  fin  du  Ve  siecle. 

Ici  aussi,  la  valeur  de  la  source,  Y Histoire  de  Bar  ‘Eta,  devra  etre 
un  jour  scrieusement  etudiee.  A  cote  de  simplifications  nettement 


(1)  Bk.  II,  p.  296. 

(2)  Bk.  IT,  p.  578. 


MONT  DES  MILLIERS 


773 


anachroniques,  notamment  sur  la  prise  de  Kuhta  et  de  Mar  Matta 
par  les  Jacobites  (1),  on  trouve  dans  le  texte  des  expressions  qui  pro- 
viennent  telles  quelles  du  texte  original  ancien  de  cette  Ilistoire.  Les 
adjectifs  employes  sont  rdvdlateurs:  Zakkai  (2)  le  propagandiste  jacobite, 
y  est  traite  de  fou,  et  Gabriel  le  medecin  d’infidele.  Mais  surtout,  qu’on 
ait  pu  encore  appeler  Chosroes  «le  vaillant»  (et  qu’on  ait  dprouvd  le 
besoin  de  le  faire),  semble  indiquer  que  la  redaction  primitive  du  texte 
de  V Histoire  de  Bar  ‘ Eta  f'ut  faite  avant  la  conquete  arabe,  done  avant 
637,  et  non  vers  680,  comme  le  voudrait  Budge. 

En  plus  de  la  date  de  la  prise  de  possession  par  les  «orthodoxes», 
un  autre  argument  semble  jouer  en  faveur  de  la  distinction  de  Barazi 
et  de  Kuhta:  e’est  le  silence  de  Thomas  de  Marga.  Celui-ci  parle  lon- 
guement  du  couvent  de  Barazi;  n'aurait-il  pas  mentionnd  son  change- 
ment  de  propridtaire,  si  tel  avait  dte  le  cas? 

Doit-on  par  ailleurs  identifier  Kuhta  avec  Mar  Matta,  comme  Bar 
Hebraeus  semble  l’avoir  fait  (3),  suivi  par  Assemani  (4)  et  par  Mgr 
Rahmani  (5)  ?  Ce  dernier  auteur  simplifie  au  maximum  la  question  en 


(1)  An-Nagm  situe  cette  appropriation  de  Kuhta  par  les  Jacobites  sous  le  regne 
du  patriarche  Sawrlso1 2 3 4 5  (596-604).  La  these  ici  est  que  Gabriel  fut  le  spoliateur. 

(2)  L’orthographe  chalddenne  connait  le  rcdoublement,  alors  qu’il  n’est  plus 
en  usage  chez  les  Syriens,  d’ou  Zakkai  ou  Zakai. 

(3)  Je  rdpugne  a  penser  que  B.H.  lui-meme,  qui  vivait  sur  place,  ait  pu  faire 
une  telle  confusion.  L’incise  identifiant  les  deux  couvents  peut  tres  bien  avoir  dtd  ajou- 
tee  par  un  copiste  pas  foredment  tres  postdrieur,  mais  gdographiquement  plus  dloignd 
des  lieux. 

(4)  B.O. ,  II,  p.  403-404. 

(5)  In  Documents  d'Orient ,  janv.-fdv.  1928.  —  Le  rassemblement  a  Mar  Matta 
des  reliques  de  tous  les  saints  du  Maqlub  a  qui  Ton  attribuait  la  fondation  des  couvents 
ddtruits,  peut  avoir  donnd  lieu  a  ce  bloquage.  On  le  voit  ddja  sc  prdparer  dans  un 
dvangdliaire  de  1220  (cod.  Vat.  Syr.  559)  copid  pour  «l’autel  du  saint  nom  de  Mar 
Matta,  Mar  Zaka  et  Mar  Abraham,  au  Mont  Alpap»  (cf.  Un  nouveau  Ms.  syriaque  illus- 
tre  de  la  Bibl.  Vat.,  par  le  P.  de  Jerphanion,  in  Or.  Christ.  Per.,  V/1939,  p.  207-222). 
De  l’«autel»  on  passera  rapidement  au  «couvent».  De  mdme  un  ms.  du  XIIIe  s. 
(B.M.,  cod.  DCCCXXXI,  Add.  17,  263,  cat.  Wright,  p.  1079-1080)  est  dit  avoir  dtd 


774 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


voyant  en  Dair  Kuhta,  Mar  Zaka'i  et  Mar  Abraham  differentes  appel¬ 
lations  du  meme  monastere,  a  savoir  celui  de  Mar  Matta,  suivant  les 
noms  des  successeurs  du  fondateur. 

En  fait,  la  distinction  entre  Kuhta  et  Mar  Matta  est  bien  nette. 
Elle  semble  avoir  etc  avancee  d’abord  par  Hoffmann  (1)  suivi  par  fab  be 
Nau  (2)  et  par  Mgr  Barsaume  (3). 

On  a  vu  comment  ce  fut  a  Kuhta  que  se  refugia  le  metropolite 
«orthodoxe»  d’Erbil  poursuivi  par  Barsame  (4)  et  on  a  deja  releve  une 
autre  de  ces  petites  phrases  du  texte  original  de  1  "Histone  de  Bar  ‘ Eta 
passde  dans  le  texte  recent,  celle  ou  YHistoire  dit  qu’a  une  certaine  epoque 
le  mdtropolite  d’Erbil  avait  son  siege  a  Kuhta. 

En  faveur  encore  de  la  distinction  entre  Kuhta  et  Mar  Matta  est 
le  fait  que  Kuhta  est  de  nouveau  mentionne  par  la  suite  dans  fhistoire 
jacobite:  un  superieur  du  premier  quart  du  VIIIe  siecle,  nomme  Atnus 
(Athanase)  est  cite  comme  linguiste  fameux  dans  une  lettre  de  David 
de  B.  Rabban  de  Knusia,  lettre  ecrite  vers  786  (5).  Egalement,  un 
dveque  rebelle,  du  nom  de  Jean  de  Kuhta,  est  anathematise  et  deposd 
en  809  (6). 

La  derniere  mention  du  monastere  apparait  dans  YHistoire  d’Ahou- 
demrneh ,  ecrite  en  936.  A  cette  epoque  le  couvent  est  «encore  soutenu 
par  les  aumones  des  fideles»  (7).  Mar  Matta  y  est  signale  independam- 
ment,  a  cote  de  Kuhta,  ce  qui  conhrme  une  fois  de  plus  la  distinction 
des  deux  monasteres. 

apport6,  a  un  couvent  non  specifie,  du  couvent  de  «Mar  Matta,  Zakai,  Behnam  et 
sa  soeur  Sarah»,  par  un  moine  nomme  Jean  de  Hudaida. 

(1)  Ausziige,  p.  176. 

(2)  Hist,  de  Mar  Ahoudemmeh,  p.  27,  n.  5. 

(3)  Aperfu,  p.  204,  n°  22. 

(4)  Cf.  Barsauma,  in  DHGE ,  VI/ 1932,  col.  950,  par  M.  le  Chan.  Van 
Lantschoot. 

(5)  Trad.  ms.  du  R.P.  Tonneau,  ch.  X,  §  III;  mention  dans  LiVlu\  2e  ed., 
p.  391  et  dans  Researches ,  p.  82. 

(6)  M.S.,  III,  p.  23-24. 

(7)  Ed.  Nau,  cit.  p.  27. 


MONT  DES  MILLIERS 


775 


Un  site  possible  pour  le  couvent  de  Kuhta  serait  le  lieu  dit  Tell  ad 
Dair,  qui  se  trouve  a  la  pointe  nord-ouest  du  Maqlub,  au  pied  de  la 
montagne,  a  dix  minutes  de  marche  au  sud  du  village  de  Taq  Rasso 
ou  Taq  Hama,  au  nord-est  du  village  de  Barazi  le  Grand.  Cette  position 
pourrait  expliquer  comment  Kuhta  et  Barazi  auraient  dtd  tous  les  deux 
fondes  par  le  meme  eveque  Yohannan,  le  premier  au  pied  de  la  mon¬ 
tagne,  et  le  second  plus  haut,  dans  la  gorge.  On  a  plusieurs  cas  similaires 
de  «couvent  du  haut»  et  «couvent  du  bas». 

La  zone  entiere  de  ruines  de  Tell  ad  Dair  a  750  metres  de  pourtour; 
au  sommet  se  trouve  un  batiment  carre  de  70  metres  de  cote,  ayant  son 
entree  au  sud-est.  Les  tessons  recoites  par  les  soins  de  la  Direction  Gene- 
rale  des  Antiquites  dTraq  (1),  tdmoignent  d'une  occupation  jusqu’au 
XIe  siecle;  les  textes  sur  Kuhta  nous  avaient  menes  jusqu'en  936. 

4.  —  Le  couvent  de  Resa 

Si  les  sources  syriennes  donnent  toujours  la  preeminence  au  couvent 
de  Mar  Matta,  les  sources  nestoriennes  insistent  plutot  sur  le  «couvent 
de  Resa»,  ou  «couvent  du  sommet»  (2).  J’ai  demande  jusqu’ici  au  lec- 
teur  bienveillant  de  me  faire  confiance  quand  je  pla^ais  ce  couvent  sur 
le  Maqlub,  il  faut  maintenant  prouver  ce  point;  et  comme  beaucoup  de 
questions  ulterieures  sont  liees  a  cette  localisation,  il  importe  de  nous  y 
appliquer  avec  toute  la  precision  possible.  Je  dedie  ce  paragraphe  au 
souvenir  de  feu  Mgr  Stephane  Katso,  eveque  chaldeen  de  Mossoul 
(1947-1953)  qui  repetait  souvent:  Qui  done  pourra  me  dire  ou  se  trou- 
vait  le  couvent  de  Resa? 

D’apres  Iso'dnah  (3)  le  couvent  de  Resa  est  situe  en  Ba  Nuhadra. 
D’apres  Thomas  de  Marga  (4),  il  est  en  Marga. 


(1)  Dossier  inedit  n°  632/35. 

(2)  Le  nom  de  Daira  d’Resa  est  presque  un  nom  commun,  ainsi  ne  doit-on  pas 
s’etonner  de  trouver  d’autres  sites  du  meme  nom.  On  en  signale  un  en  Barzan.  —  Il  y  a 
aussi  un  village  de  Resa  au  B.  Garmai  ( Bk .  II,  p.  119).  un  second  en  Sapespa,  etc. 

(3)  L.C.,  no  89,  91,  107. 

(4)  Bk.  II,  p.  43. 


776 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Malgre  cette  contradiction  apparente,  car  les  deux  auteurs  dcri- 
vent  a  peu  pres  en  meme  temps,  la  vdrite  est  facilement  explicable. 
Thomas  est  sur  place,  et  au  courant  des  derniers  remaniements  admi- 
nistratifs,  Is6‘dnah  est  a  Basrah,  et  ses  hches  ne  sont  plus  tout  a  fait  a 
jour.  En  fait  la  divergence  entre  les  deux  auteurs  est  utile,  car  elle 
montre  que  le  couvent  de  Resa  se  trouvait  clans  un  district  pouvant 
etre  rattache  administrativement  soit  au  Ba  Nuhadra,  soit  a  Marga, 
done  mitoyen  entre  les  deux  districts. 

Gomme  il  doit  se  trouver  sur  un  «sommet»,  il  n’y  a  guere  le  choix 
et  le  Cabal  Maqlub  s’impose  immediatement  a  l’esprit.  Peut-etre  meme 
le  nom  de  Resa  etait-il  le  nom  ancien  de  la  montagne  toute  entiere,  par 
ailleurs  surnommee  Alpap,  tant  par  les  Nestoriens  que  par  les  Syriens. 

Une  confirmation  de  la  localisation  avancee  est  fournie  par  un  pas¬ 
sage  de  la  Vie  de  R.  Tusif  Busnaya  (1).  On  y  voit  R.  Ydhannan  de 
Hlapta,  en  route  du  couvent  de  R.  Hormizd  vers  Marga,  passer  «au  pied 
de  la  montagne  sur  le  sommet  de  laquelle  etait  situ£  le  couvent  ou  lui- 
meme  avait  habite  auparavant,  et  ou  avait  habite,  jadis,  la  troupe  benie 
des  compagnons  de  R.  Ydzadaq  et  de  R.  Hormizd».  Si  la  partie  de  Marga 
ou  R.  Yohannan  allait  chercher  du  ble  est  la  riche  plaine  de  Navkur, 
le  chemin  direct  longeait  en  effet  le  versant  nord  du  Maqlub,  avant 
d'aller  rejoindre  le  gue  situe  en  aval  du  confluent  du  Hazir  et  du 
Gomel. 

Il  n’y  a  done  pas  lieu  de  retenir  la  localisation  qu’un  hatif  rappro¬ 
chement  de  noms  avait  suggere  a  certains,  avec  ce  qu’ils  appellent  le 
«Dair  ar  Rais»,  pres  de  Tena-Daoudia.  Ce  dernier  couvent  est  nomme 
en  realite  Rds  Daqqe,  habituellement  interpr^td  «de  la  tete  coupee» 
( daqta ‘  re'se) ;  d’ou  Bon  considere  commundment  que  son  titulaire  est 
S.  Jean  Baptiste.  Independamment  de  lYloignement  de  ce  couvent  par 
rapport  au  Ba  Nuhadra  et  a  Marga,  on  sait  que  le  couvent  de  Resa 
devait  se  trouver  sur  une  montagne  (e’est  le  couvent  du  sommet,  plutot 


(1)  P.  96  et  97. 


MONT  DES  MILLIERS 


777 


que  le  couvent  de  la  tete,  ou  du  superieur)  et  done  pas  dans  une  plaine 
comme  la  Sapna. 

Peut-on  encore  preciser  et  dire  dans  quelle  partie  du  sommet  du 
Mont  Maqlub  etait  situd  le  couvent?  Un  second  nom  plus  complet  va 
bientot  lui  etre  donne:  «le  couvent  de  Mar  Abraham  de  Rdsa»  (1).  Or 
il  y  a  bien  en  effet  des  mines  de  «Mor  Abrohom»  (nous  sommes  main- 
tenant  en  pays  syrien!)  situdes  a  environ  une  lieure  de  marche  de  Mar 
Matta,  sur  le  versant  nord-ouest  du  Maqlub,  dans  la  vallde  qui  porte 
le  meme  nom.  C'est  la  que  se  trouve  le  couvent  de  Resa. 

La  fondation  du  couvent  de  Rdsa  est  attribude  par  Thomas  de 
Marga  aux  dveques  et  anachoretes  rdfugids  au  Pays  des  Grecs  dans  la 
deuxieme  moitie  du  IVe  siecle.  «Au  ddbut,  selon  les  dires  des  historiens 
des  rois  et  des  temps,  y  vdcurent  sept  dveques,  et  encore  plus  par  la 
suite»  (2). 

On  retrouve  le  couvent  dans  la  Vie  de  Bar  'Eta.  Celui-ci,  venant  de 
Nisibe  par  la  Route  du  Roi,  arrive  au  B.  Rustaqa.  De  la,  ii  fait  un  crochet 
vers  le  sud,  environ  un  jour  de  marche,  pour  aller  se  faire  bdnir  par  le 
superieur  de  Rdsa,  le  Bx  Istipanos,  qui  lui  prddira  la  fondation  de  son 
couvent  (3).  Ceci  se  passait  peu  avant  562. 

Ce  Bx  Istipanos  semble  bien  etre  le  meme  dont  parle  Thomas  de 
Marga  (4),  qui  est  a  court  de  superlatifs  pour  le  ddcrire;  il  n’est  rien 
moins  que  «grand,  cdlebre  et  fameux  dans  tout  l’Orient». 

Un  des  disciples  d’lstipanos  est  Dadls5£,  qui  restera  a  Rdsa  pendant 
sept  ans  avant  d’aller  au  Mont  Izla  rejoindre  Abraham  le  Grand  auquel 


(1)  Tous  les  textes  cit6s  ne  parlent  que  du  «couvent  de  r£§a»,  sans  nommer 
son  titulaire.  Seules  la  notice  107  du  L.C.  et  la  vie  de  R.  Hormizd  ( Dk .  I,  p.  clx,  et  Hist., 
II, I,  p.  65)  lui  donnent  son  nom.  complet.  L’identitd  du  «couvent  de  rdsa»  et  du  cou¬ 
vent  de  «Mar  Abraham  de  r<$sa»,  ressort  des  histoires  de  R.  Hormizd  qui  cmploient 
les  deux  noms  indiffdremment. 

(2)  Bk.  II,  p.  574. 

(3)  Hist.  of...  Bar  Idta,  II, I,  p.  191. 

(4)  Bk.  II,  p.  43,  574,  633. 


778 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


il  succedera  comme  superieur  de  son  monastere,  a  la  fin  du  VIe  siecle- 
debut  du  VIIe  siecle. 

Le  couvent  de  Resa  connut-il  a  ce  moment  une  breve  eclipse?  II 
le  semble,  car  c’cst  dans  ses  alentours,  notamment  dans  la  vallee  qui  en 
descend,  et  non  au  couvent  lui-meme  (qui  n’est  pas  mentionne  dans  leur 
histoire)  que  viennent  s’installer,  dans  la  premiere  moitie  du  VIIe  siecle, 
une  pleiade  de  moines,  dont  quelques-uns  sont  des  fondateurs  celebres: 
R.  Hormizd,  qui  avait  passe  trente-neuf  ans  au  couvent  de  Bar  ‘Eta; 
son  disciple  Abraham,  plus  tard  appele  le  Mede,  qui  venait  de  B.  ‘Awe 
ou  il  etait  reste  treize  ans;  R.  Mar  Yozadaq;  Yohannan  le  Persan, 
Iso‘sawran,  Abba  Adona,  et  R.  Sim‘un,  serviteur  de  Yozadaq.  Tous 
vecurent  dans  des  grottes  ou  des  huttes  situees  autour  de  Resa  pendant 
six  ou  sept  ans.  Puis,  la  source  ayant  diminue,  chacun  s’en  alia  de  son 
cote,  ne  laissant  sur  place  que  Yohannan  et  Iso‘sawran,  aux  besoins 
desquels  subvenaient  les  croyants  de  Marga  (1). 

Nous  sommes  alors  au  plus  fort  de  la  lutte  contre  les  envahissants 
monophysites.  R.  Hormizd  va  continuer,  du  couvent  qunl  va  fonder,  ses 
escarmouches  avec  les  moines  de  Bezqin  et  les  gens  d’Arsam,  et  Resa 
nestorien  tiendra  toujours,  au  milieu  d’un  Maqlub  qui  passe  de  plus  en 
plus  aux  mains  des  monophysites. 

Mais  jusqu’ici  il  n’a  ete  question  que  du  «couvent  de  Resa»  (2) 
«situe  sur  une  haute  montagne,  dans  le  pays  de  Marga»,  ou  d’apres 
d’autres  au  Ba  Nuhadra.  Voici  que  maintenant  apparait  l’Abraham  qui 
va  donner  son  nom  au  couvent.  Ce  n’est  pas  un  fondateur,  et  Iso‘dnah 
ne  lui  consacre  pas  de  notice.  Il  est  mentionne  par  hasard  a  propos  d’un 
de  ses  disciples,  Abraham  de  Ma‘arre  (3),  que  Ton  peut  situer  vers  la 
fin  du  VIIe  siecle,  debut  du  VIIIe  (4),  et  dont  on  dit:  «I1  recpit  Phabit 


(1)  Hist.  of...  R.  Hormizd,  1 1,1,  p.  65-77;  Bk.  I,  p.  clx;  L.C. ,  n°  89  et  91. 

(2)  B.  Qoqa,  p.  260;  L.C.,  n°  89-91 ;  Bk.  II,  p.  43,  574,  633;  Bar  Idta,  II, I,  p.  191 ; 
R.T.  Busnaya ,  p.  96. 

(3)  L.C. ,  n°  107. 

(4)  Le  successeur  d’Abraham  de  Ma‘arre  au  couvent  de  Mar  Awgin,  Ruz- 


MONT  DES  MILLIERS 


779 


de  Mar  Abraham,  celui  qui  (re)batit  sur  le  sommet  de  la  montagne  du 
Ba  Nuhadra.»  Desormais,  on  pourra  parlcr  du  «couvent  de  Mar  Abra¬ 
ham  de  Resa». 

Le  couvent  de  Resa  sera  encore  debout,  et  nestorien,  a  la  fin  du 
VIIIe  siecle,  quand  Maran  ‘Emmeh,  superieur  de  B.  Qoqa,  s'y  retirera 
pendant  un  certain  temps  (1).  On  le  retrouve  enfin  au  Xe  siecle,  quand 
Mar  Yohannan  de  Hlapta  y  passa  de  longues  anndes  (2). 

Quand  les  Nestoriens  abandonnerent  le  couvent,  les  Jacobites  ne 
semblent  pas  P avoir  habitd.  I  Is  se  contenterent  de  syrianiser  son  nom  en 
pronon^ant  Mor  Abrohom,  et  de  faire  entrer  son  batisseur  dans  la  legende 
de  Mar  Matta.  II  y  devint  (3)  le  sous-prieur  de  Zakai  et  Fauxiliaire 
de  Sirin  pour  batir  le  martyrion  de  son  fils  Behnam,  puis,  toujours  avec 
la  reine,  le  constructeur  d’une  autre  dglise  dans  1a.  montagne.  Le  lieu  ou 
il  construisit  s’appelait,  d’apres  la  ldgende,  «Kuhioto»,  c’est-a-dire  «les 
huttes»,  et  se  trouvait  dans  une  belle  vallde  sur  la  face  nord  du  Mont 
Alpap.  Les  ruines  de  Feglise  et  du  couvent  se  voient  encore  de  nos  jours. 
Les  Kurdes  l’appellent  «Dair  Koh». 

Qu’etaient  ces  huttes  qui  donnercnt  leur  nom  au  couvent?  II  y  a 
bien  des  chances  que  c’ait  ete  celles  de  R.  Hormizd  et  de  ses  compagnons; 
il  serait  au  fond  assez  «gaulois»  que  la  ldgende  jacobite  ait  retenu,  sans 
le  savoir,  un  detail  de  l’histoire  nestorienne.  Pour  les  auteurs  jacobites 
modernes  (4)  le  nom  n’a  plus  de  sens  et  ils  passent  de  Kuhioto  a  Kuhta, 
identifiant  le  couvent  de  Mor  Abrohom  avec  celui  de  Kuhta.  Malhcu- 
reusement  Pidentification  n’est  guere  possible.  Si  en  effet  les  ddbuts  de 
Phistoire  de  Kuhta  et  de  Rdsa  peuvent  se  superposer,  on  voit  difficile- 
ment  comment  concilier  les  dvdnements  qui  se  passent  dans  les  deux 
couvents  respectivement  aux  VIIIe,  IXe  et  Xe  siecles. 

bihan  ( L.C. ,  n°  108)  recevra  l’habit  des  mains  du  neveu  du  patriarche  Slhva  Zha 
(714-728). 

(1)  B.  Qoqa,  p.  260. 

(2)  R.T.  Busnaya,  p.  96. 

(3)  Dqfaqdt,  p.  19-20. 

(4)  Apergu,  p.  204,  n°  22. 


780 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Bref,  il  semble  bien  que  Ton  doive  identifier  le  couvent  de  R£sa, 
plus  tard  de  Mar  Abraham  de  Resa,  avec  les  ruines  «jacobites»  de  Mor 
Abrohom.  Quant  aux  autres  couvents  du  Maqlub,  il  faut  les  distinguer 
les  uns  des  autres  (1).  Il  faudra  un  jour  explorer  a  loisir  la  montagne 
pour  les  etudier  de  pres. 

5.  —  Le  couvent  de  Yohannan  et  Iso‘sawran 

Nous  avons  laisse  Yohannan  le  Persan  et  Iso‘sawran,  compagnons 
de  R.  Hormizd,  aupres  de  leur  source  presque  tarie.  Ceci  semble  d’im- 
portance  minime,  et  cependant  les  discussions  en  perspective  obligent  a 
bien  preciser  ce  detail.  Soulignons-le,  tous  les  textes  s’accordent  pour 
dire  que  Yohannan  et  Isocsawran  resterent  sur  place.  La  vie  inedite  en 
prose  de  R.  Hormizd  ajoute  meme  que  la  source  dont  la  diminution 
avait  provoque  la  dispersion  des  moines  reprit  bientot  son  debit  ante- 
rieur,  et  que  Yohannan  et  Iso‘sawran  moururent  a  Resa. 

Qif  ils  aient  plus  tard  bati  un  couvent  en  ce  lieu,  une  onita  attribute 
a  Iso£yaw  bar  Mqaddam  l’affirme  (2). 

Ceci  eclaire  peut-etre  un  texte  obscur:  aux  alentours  de  630,  le 
futur  patriarche  Iso'yaw  III  etant  alors  eveque  de  Ninive,  les  moines  de 
Pun  de  ses  couvents  du  Maqlub  lui  causerent  bien  de  Panxiete  en  ac- 
cueillant  parmi  eux  «un  de  ces  diables  qui  se  sont  revoltds  dans  la  mon¬ 
tagne  d’Alpap»  (3).  L’eveque  ecrit  done  aux  moines  (4).  Apres  les  avoir 
incites  a  la  discipline  et  a  la  fermete  dans  la  foi,  ce  qui  devra  se  traduire 
par  fexpulsion  de  l’intrus,  le  prelat,  selon  un  de  ses  procedes  habituels, 
fait  appel  a  leur  sens  de  la  tradition  et  a  la  fidelite  a  leurs  ancetres. 

Une  petite  phrase  de  cette  lettre  fait  penser  que  le  couvent  des 


(1)  Comme  le  fait  Hoffmann  (sur  Mar  Abraham,  p.  19)  suivi  par  l’abbe  Nau 
{Hist,  de  Ahoudemmeh,  p.  27,  n.  5). 

(2)  ‘ Onita  sur  R.  Hormizd,  dans  le  War  da  de  Karamlaiss.  Le  texte  de  ce  pas¬ 
sage  sera  reproduit  et  analyst  plus  loin. 

(3)  La  phrase  se  trouve  dans  une  autre  lettre  du  meme:  n°  XLVIII,  trad. 
R.  Duval,  p.  71. 

(4)  Id.  Lettre  n°  XXVI,  p.  39. 


MONT  DES  MILLIERS 


781 


destinataires  dtait  de  fondation  recente.  Iso‘yaw  y  dit:  «Lisez  dans  le 
livre  de  vos  souvenirs:  qui  est-ce  qui,  le  premier,  a  fait  apparaitre  un 
couvent  dans  ce  lieu  qui  n’en  £tait  pas?  Vous  trouverez,  car  le  fait  n’est 
pas  ancien  et  vous  vous  le  rappelez  bien,  qu'il  dtait  de  notre  bergerie, 
et  qu’il  est  mort  dans  nos  rangs;  vous  tous  les  connaissiez  au  temps  de 
sa  mort.»  En  fait,  on  ne  trouve  pas  sur  le  Maqlub  de  couvent  de  fonda¬ 
tion  recente  en  dehors  de  celui  de  Yohannan  et  Iso‘sawran.  On  peut 
done  penser  que  c’est  lui  qui  vacilla  dans  sa  foi  au  ddbut  du  VIIe  siecle. 

II  ne  semble  pas  qudl  soit  passd  au  monophysisme  car,  lorsque  Bar 
Mqaddam,  qui  dtait  nestorien,  raconte  sa  fin,  il  en  parle  encore  comme 
de  «notre  couvent».  On  verra  d’apres  le  texte  que  le  couvent  devait 
encore  avoir  un  rabban  dont  «notre  ennemi»  se  fit  le  disciple  avant 
d’usurper  son  ‘ umra .  Au  XIIe  siecle,  les  partisans  de  Saih  ‘Adi,  alors  pas 
encore  yezidis  mais  soufis  musulmans  orthodoxes,  s’en  emparerent.  et 
le  Saih  y  eut  probablement  une  de  ses  takya. 

Le  batiment  est  aujourd'hui  encore  aux  mains  des  Yezidis  et  se 
trouve  au-dessus  du  village  de  Muhammad  Resan,  sur  la  pente  nord- 
est  du  Maqlub. 

Evidemment  il  a  etd  integre  dans  le  cycle  jacobite,  ou  on  fa  re¬ 
baptise  couvent  de  Mar  Zakai;  on  lui  a  donnd  dgalement  une  origine 
dans  la  ldgende  de  Mar  Matta  (1):  apres  avoir  habitd  la  cellule  qu’on 
lui  attribue,  pres  de  Mar  Matta,  donnant  sur  la  vallde  du  Naqut,  Zakai 
se  serait  bati  «une  chambre  ou  cellule  sur  la  bordure  du  Mont  Alpap, 
en  face  de  la  fin  de  la  vallee  connue  aujourd’hui  sous  le  nom  de  Vallde 
de  Mar  Ibrahim,  du  cot£  nord  de  cette  montagne.  Elle  est  encore  debout, 
mais  a  une  date  ignore  elle  est  devenue  possession  des  Ydzidis  qui  s’en 
sont  fait  un  mazdr.  Nous  concluons  de  la  visite  que  nous  lui  avons  faite, 
dit  Mgr  Ignace  Ya‘qub,  qu’elle  est  de  la  meme  date  que  la  construction 
de  la  chambre  du  martyrion  au  couvent  de  Mar  Matta,  c'est-a-dire  que 


(1)  Dafaqat ,  p.  18-19.  On  remarquera  que  les  Jacobites  sont  ainsi  d’accord 
(indirectement)  avec  les  Nestoriens  pour  reconnaitre  l’origine  monastique  du  sanc- 
tuaire  y^zidi. 


782 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


la  date  de  son  construction  rcrnonte  a  la  fin  du  IVe  siecle  (?).  On  a 
bati  a  cote  d'elle  un  village  appcld  Muhammad  Resan»  (1). 

Remarquons  en  passant  ce  dernier  nom.  II  ouvre  des  possibility 
infinies  a  la  speculation.  A-t-il  quelque  chose  a  voir  avec  Resa?  Ou 
serait-ce  une  survivance  de  Resdna ,  le  Superieur,  ce  Muhammad  ayant 
ete  d’abord  superieur  du  couvent?  La  tradition  semble  nous  encourager 
a  penser  ainsi,  quand  elle  le  fait  opportunement  partir  en  pelerinage  a 
Jerusalem.  Nous  aurions  ici  un  cas  semblable  a  celui  de  Westminster 
Abbey,  ou  Ton  voit  la  tombe  de  quelqu’un  qui  fut  «le  dernier  Abbe  et 
le  premier  Doyen».  Plus  prosaiquement,  peut-etre  faut-il  simplement 
chercher  une  explication  du  nom  par  le  kurde,  a  partir  de  res,  qui  veut 
dire  noir. 

Si  vous  interrogez  a  son  propos  ceux  des  Yezidis  qui  connaissent 
leur  religion  et  leurs  traditions,  par  exemple  les  Qawwal  de  Ba‘siqa  qui 
font  fonction  de  visiteurs  ecclesiastiques  de  ces  villages  du  Maqlub,  ils  vous 
diront  que  le  nom  reel  du  personnage  serait  Raswan,  par  rapport  a  la 
tribu  kurde  bien  connue  qui  habite  encore  les  environs  d’Erbil,  de  Koi 
Sangaq  et  de  Rawanduz.  D’apres  eux  Muhammad  Rasvvan  etait  un 
soufi  kurde  qui  vivait  en  505  de  PHegire  (  =  1111).  A  Parrivee  du  Saih 
‘Adi  ibn  Musafir,  fomeyade  syrien,  a  la  montagne  de  Hakar,  Muham¬ 
mad  Raswan  crut  a  sa  predication.  Pas  tout  de  suite  cependant,  car  a  la 
premiere  annonce  de  la  visite  du  Saih,  il  avait  refuse  de  le  recevoir,  et 
c’etait  la  mere  de  Muhammad  qui  etait  venue  pour  faccueillir.  D’ou  le 
nom  de  «la  bonne  mere»  ( Dake  Tsdk )  que  lui  donna  le  Saih.  Le  tom- 
beau  de  cette  femme,  le  mazdr  qui  nous  interesse,  porte  encore  ce  nom. 


(1)  Je  corrige  ici  le  texte  de  Dafaqat  qui  (probablement  par  suite  d’une  faute 
d’impression)  porte  «Rasad».  Le  nom  de  Rasan  est  attest^  par  l’unanimite  des  sources 
officielles  locales,  l'interpretation  en  Raswan  est  done  ^galement  purement  arbitraire. 
Les  Yezidis  a  qui  le  village  appartient  l’appellent  quelquefois  Muhammad  Bagas.  Sa 
population  est  musulmane  (15  maisons)  avec  une  seule  maison  y^zidie,  celle  de  l’in- 
tendant  des  proprietes.  —  Dans  quelques  notes  sur  les  Yezidis  contenues  dans  un  vo¬ 
lume  arabe  de  Jeremie  Sammir,  de  Mossoul  (dat^  de  1883,  cod.  133  de  Berlin,  cat. 
Saciiau,  I,  p.  436),  on  trouve  (fob  39  a)  le  nom  £crit  Mam  Rasan. 


MONT  DES  MILLIERS 


783 


La  tradition  ydzidie,  telle  que  la  racontent  nos  pdriodeutes,  fait  de 
Mar  Ibrahim  le  supdrieur  du  couvent  de  Saih  Mattan  quand  Saih  ‘Adi 
visita  la  contree.  II  dtait  tres  ami  de  Muhammad  Raswan  et  de  Saih  'Adi. 

On  voit  a  travers  ces  legendes  une  troisieme  fa^on  d’expliquer  la 
gdographie  et  l’histoire  de  la  sainte  montagne,  scion  foptique  des  nou- 
veaux  occupants,  et  encore,  selon  leur  optique  actuclle,  car  je  doute  de 
la  grande  amitie  du  couvent  et  du  Saih  du  vivant  de  ce  dernier. 

Notons  qu’il  y  a  pres  du  mazar  de  Dakd  Tsak  une  source  de  faible 
debit.  II  y  aurait  dgalement  tout  autour  du  mausolee  des  traces  de  bati- 
ments  disparus. 

Les  Jacobites  attribuent  le  couvent  a  Zakai,  dont  ils  font  un  disciple 
de  Mar  Matta.  Nous  avons  vu  que  le  personnage  historique  de  Zakai 
a  en  fait  existe,  mais  bien  plus  tard  que  le  IVe  siecle.  On  l’a  rencontrd 
a  la  tete  des  intrdpides  propagandistes  monophysites  qui  reussirent  a 
arracher  aux  Nestoriens  tout  ce  morceau  de  leur  pays,  a  la  fin  du  YIe 
siecle-debut  du  VIIe.  A  ma  connaissance,  sa  vie  n'a  pas  dtd  dcrite  (1), 
bien  qu  elle  le  meriterait.  De  toutes  fa^ons  on  ne  dit  nulle  part  qu’il  ait 
fondd  un  couvent,  pas  plus  qu’un  couvent  de  Zakai  n’apparait  dans  fliis- 
toire  avant  la  confection  des  legendes  «autorisdes».  Au  contraire,  le  cou¬ 
vent  de  Yohannan  et  Iso‘sawran  resta  nestorien  jusqu'a  la  fin.  Comme 
pour  celui  de  Mar  Abraham,  ce  n’est  qu’apres  sa  disparition,  et  sans  que 
les  Jacobites  y  aient  jamais  habits,  qu'il  a  etd  incorpord  dans  le  cycle  de 
Mar  Matta,  dans  le  guide  complet,  seule  ddition  oflicielle,  revue,  corrigee 
et  augmentde,  a  l’usage  des  pelerins  du  Mont  des  Milliers. 

S’il  fallait  rdsumer  l’histoire  de  la  Montagne  Bouleversde,  telle  que 
je  crois  pouvoir  la  reconstituer,  et  la  livrer  a  d’autres  comme  hypothese 
de  recherche,  je  dirais  ceci: 


(1)  Un  ms.  de  Mar  Behnam  contenait  un  chapitre  au  titre  prometteur:  Histoire 
de  Mar  £akai',  helas,  ce  n’est  que  la  vie  et  surtout  les  miracles  de  S.  Nicolas  de  Myre. 
L'histoire  du  diable  qui  devint  supdrieur  de  couvent  peut  etre  un  bon  apologue  a  propos 
de  la  crise  messalienne,  mais  nous  sommes  loin  de  notre  Zakai.  Je  signale  la  chose  ici 
pour  eviter  a  d’autres  la  meme  deception. 


784 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Quatre  couvents:  Mar  Matta,  R6sa,  Barazi  et  Kuhta  y  sont  fondes 
au  IVe  siecle  par  des  ascetes  «grecs».  Mar  Matta  et  Kuhta  refusent  le 
ncstorianisme,  subissent  la  correction  de  Barsaume,  mais  sont  dthiniti- 
vement  fixes  dans  «Forthodoxie»  au  milieu  du  VIe  siecle.  Ils  se  rallient 
a  Antioche  monophysite  en  629.  Kuhta  disparaitra  au  Xe-XIe  siecle 
(ruines  dites  de  Tell  ad  Dair),  Mar  Matta  existe  encore. 

Aux  deux  autres  couvents,  devenus  nestoriens,  s’ajoute  au  debut  du 
VIIe  siecle  un  troisieme:  celui  de  Yohannan  et  Iso‘sawran.  Aucun  des 
trois  ne  subsiste:  le  couvent  de  Barazi  disparait  apres  le  VIIIe  siecle; 
celui  de  Resa,  restaure  par  Mar  Abraham  a  la  fin  du  VI Ie  siecle,  est 
mentionne  pour  la  derniere  fois  au  Xe.  Quant  a  celui  de  Yohannan  et 
Iso£sawran,  il  est  pris  par  Saih  ‘Adi  au  XIIe  siecle,  et  est  encore  actuel- 
lement  sanctuaire  yezidi. 

Dans  la  geographie  jacobite  recente,  le  nom  des  ruines  de  Mar 
Abraham  a  the  syrianise  en  Mor  Abrohom,  et  le  mazar  yezidi  baptise 
couvent  de  Zakai.  Abraham,  moine  nestorien  du  VIIe  siecle,  et  Zakai, 
moine  jacobite  du  VIe-VIIe  siecle,  sont  tous  deux  transform^s  en  com- 
pagnon  de  Mar  Matta. 

Encore  une  fois,  ceci  est  la  reconstitution  telle  que  je  me  la  figure 
aujourd’hui.  Je  suis  pret  a  reviser  mon  opinion  si  des  arguments  sthieux 
sont  apportds  dans  un  autre  sens. 


XXII 


LE  BET  RUSTAQA 


Le  terme  rustdqa  est  un  nom  commun,  qui  veut  dire  simplement 
district.  Aussi  ne  doit-on  pas  s’etonner  de  le  trouver  appliqud  a  plusieurs 
regions.  On  a  ddja  rencontrd  celle  des  environs  cTUsnu,  en  Adherbaidjan, 
dont  £tait  probablement  originaire  Denha  d’Erbil  (1)  et  ou  il  se  rdfugia 
pendant  son  exil.  C’est  ce  dernier  Rustaqa  qui  fut  le  siege  d’un  dvechd, 
peut-etre  cred  par  Denha  pour  honorer  son  lieu  de  naissance  (2). 

Quant  au  B.  Rustaqa  dont  il  est  question  ici,  c’est  la  rdgion  situde 
a  l’ouest  de  la  plaine  de  Navkur,  sur  l’autre  rive  du  Gomel.  Son  centre 
est  a  peu  pres  la  petite  sous-prdfecture  moderne  de  ‘Ain  Sifni.  Ses  limites 
sont:  au  nord  et  a  Test,  le  Gomel;  au  sud,  le  Mont  Maqliib.  A  l'ouest, 
malgre  quelques  enclaves  jacobites  dans  le  Ba  Busna,  tout  pres  d’Alqos, 


(1)  ‘Amr,  ar.  p.  121.  —  Il  ne  semble  pas  qu’il  faille  retenir  la  suggestion  de  la 
note  de  Chabot  ( Eloge ,  cit.  p.  125,  n.  1)  sur  la  question. 

(2)  Le  ler  titulaire  connu,  Gabriel,  accompagna  Yahwalaha  III  a  Bagdad  en 

1283;  cf.  ‘Amr,  ar.,  p.  124.  On  retrouve  le  titre,  allid  a  celui  de  Sapat  portd  par  le 
metropolite  du  B.  Samesdin  du  XVle  au  XXe  s.  Ce  metropolite  joint  toujours 
le  nom  de  Hnanlso1 2 * 4  au  sien  propre.  Au  XVII Ie  s.  il  sidge  k  Mar  Iso‘,  a  Test  de  Siraro. 
En  1599  et  1607,  on  trouve  sous  ses  ordres  un  dveque  de  Rustaqa,  appeld  Yusif,  et  rdsi- 
dant  a  Urmi.  Depuis  la  guerre  de  1915-18  le  mdtropolite  de  Samesdin  a  quittd  sa  resi¬ 
dence,  il  habite  maintenant  a  Harlr,  au  N.-O.  d’Erbil,  cf.  Rituel,  du  Patr.  Chald.,  cat. 
Mgr  Bidawid,  n°  331,  de  1599,  et  liste  prdsentde  a  Paul  V  en  1607,  in  S.  Giamil, 
Gen  Rel.,  p.  514-515,  p.  520,  et  65,  n.  6;  Missel  pour  les  fundrailles  des  enfants,  cod. 
‘Aqra  XL,  de  1786,  et  cod.  CLXVIII  de  N.-D.  des  Moissons,  meme  annde  et  mcme 
copiste;  Warda  de  1744  et  Evangeliaire  de  1742  a  Karamlaiss;  Badger,  JVestorians,  II, 
p.  399;  etc. 


Rech.  23  —  50 


786 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


la  frontiere  entre  le  B.  Rustaqa  de  Marga  et  le  Ba  Busna  de  Ma‘alta  se 
trouve  entre  Ba  ‘Adre  et  Berestek. 

C'est  en  effet  l’expansion  jacobite  qui  imposa  ses  limites  a  ce  district 
de  B.  Rustaqa,  qu'il  coupa  de  son  centre,  Ninive.  En  consequence,  ce 
noyau  nestorien,  qui  se  trouve  geographiquement  en  Ba  Nuhadra,  sera 
rattache  a  la  province  eccltsiastique  de  Marga.  La  jacobitisation  s’ttait 
effectuee  au  debut  du  VIIe  siecle,  et  en  partie  deja  au  VIe,  le  remanie- 
ment  administratif  ne  sera  officiellement  sanctionne  qu’a  la  fin  du 
VIIIe  siecle. 

On  voit  le  transfert  en  train  de  s’effectuer  au  temps  du  patriarche 
Timothee  Ier  (780-823).  Dans  une  lettre  deja  citee,  le  patriarche  ac¬ 
quiesce,  bien  qu’un  peu  a  contre  coeur  car  c’est  pour  lui  un  aveu  de 
defaite,  au  passage  du  village  de  Marzban  de  l’obedience  du  diocese  de 
Nuhadra  a  celle  de  Marga.  Pour  leur  interet  spirituel,  en  fait  pour  une 
expedition  plus  rapide  de  leurs  affaires  par  le  rattachement  a  un  eveche 
devenu  plus  accessible,  le  prelat  permet  le  transfert,  non  sans  l’accom- 
pagner  de  reflexions  un  peu  melancoliques:  «Bien  sur,  dit-il,  les  limites 
ont  ete  institutes  par  les  Peres.  Gependant,  de  meme  que  nous  pouvons 
changer  les  frontieres  generates,  ainsi  pouvons-nous  le  faire  pour  les 
limites  sptciales  et  particulieres.  Et  si  cela  peut  se  faire  pour  des  raisons 
politiques,  combien  plus  pour  des  raisons  morales,  pour  des  causes  justes 
et  pas  a  la  ltgere.» 

Deux  exemples  font  saisir  ce  passage  sur  le  vif.  On  a  vu  plus  haut 
que  le  couvent  de  Mar  Abraham  de  Resa,  sur  le  Mont  Alpap,  est  situe 
geographiquement  en  Ba  Nuhadra,  ou  il  est  encore  classe  par  Is5‘dnah, 
dont  les  fiches  sont  un  peu  vieilles,  alors  que  Thomas  de  Marga,  sur  place 
et  au  courant  des  derniers  remaniements  administratifs,  le  situe  en 
Marga  (1). 

Iso‘dnah  fournit  un  second  exemple  de  son  retard  quand  il  place 


(1)  Ed.  Budge,  p.  67.  Il  est  exact  que,  des  la  fin  du  VI Ie  siecle,  Rtsa  est  dtja 
considtre  comme  ttant  en  Marga. 


BET  RUSTAQA 


787 


encore  en  Ba  Nuhadra  le  couvent  de  R.  Sllwa  (1),  qui  pourtant  etait 
passd  sous  la  juridiction  de  Marga  avec  tout  le  B.  Rustaqa.  Selon  fau- 
teur  du  Liber  Castitatis  il  n’y  a  que  trois  couvents  en  Marga:  Bar  ‘Eta, 
Mar  Guorguls,  et  B.  ‘Awd,  alors  qu’en  fait  la  reorganisation  de  Timothee 
y  avait  inclus  plusieurs  autres. 

Pour  les  auteurs  ultdrieurs,  le  B.  Rustaqa  sera  done  en  Marga.  Dans 
les  sources  civiles,  le  district  s’appelle  d'abord  le  Hakkar  puis,  quand  s’y 
multiplierent  les  tombeaux  vdnerds  de  Saihs  Yezidis,  on  l’appela  le 
Saihan. 

w 

Certains  modernes,  qui  avaient  bien  vu  que  les  Ydzidis  dtaient 
appeles  Dascni,  ou  Dasnayd,  parce  qu'ils  etaient  originaires  du  Dasen, 
semblent  poser  l’dquivalence:  Saihan  =  Dasen.  En  fait  le  pays  de  Da 
sen  (2)  se  trouve  plus  a  Test  et  plus  au  nord  que  le  Saihan  (3).  Le  Dasen 
comprenait  toute  la  region  a  l’est/sud-est  de  ‘Amadla,  et  couvrirait  assez 
bien  cette  partie  de  la  vallde  du  Grand  Zab  appelde  aujourd’hui  le 
Zibar  (4)  et  son  prolongement  plus  au  nord.  Du  point  de  vue  chre- 
tien,  le  diocese  de  Dasen,  auquel  on  trouve  quelquefois  adjoint  le  nom 
de  B.  Turd,  e’est-a-dire  «la  rdgion  des  montagnes»,  ddpendait  du  mdtro- 
polite  d’Adiabene  (5).  On  connait  des  dveques  de  ce  diocese  du  debut 
du  Ve  siecle  au  ddbut  du  XIVe. 


(1)  L.C.,  n°  102. 

(2)  Yaqut  {Mu' gam  IV,  p.  26)  en  dit:  «Nom  d’une  grande  montagne  au  nord 
de  Mossoul,  a  Test  du  Tigre.  Elle  a  une  population  nombreuse  appartenant  aux  com- 
munautes  kurdes  qu’on  appelle  Dasiniya.  »  —  En  arabc,  le  mot  est  quelquefois  vocalise: 

Dasan. 

(3)  Cf.  par  exemple  l’article  Beth  Dasen ,  in  DGHE,  t.  VIII,  col.  1230,  par  M.  le 
Chan.  Van  Lantschoot,  avec  les  r6f.,  et  aussi  ikid.,  t.  XIV,  col.  92,  le  doublet  Dasana 

du  P.  Janin. 

(4)  Certains  textes  chrdtiens  du  XVe  siecle  (publids  par  Nau,  et  traduits  en 
arabe  par  YA‘quB  Sarkis,  dans  son  article  sur  les  Yezidis,  Revue Logat al-  Arab,  VII/ 1929, 
t.  IV,  p.  307  s.  et  Mabahit,  'Iraqlya,  Bagdad  1948,  t.  I,  p.  218)  font  venir  les  Ydzidis  du 
Zozan,  qui  est  un  district  de  Dasen. 

(5)  L' Histoire  de  Bar  ‘ Eta  (t.  II, I,  p.  242)  ajoute,  pour  la  fin  du  VIe  s.  d<§but  du 
VIIe,  le  nom  de  l’dv£que  Mbarah  a  la  liste  du  DHGE,  mais  e’est  par  erreur  qu’elle 


788 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Quoi  qu’il  en  soit,  le  fait  que  le  Saihan  soit  bien  en  Marga,  selon 
la  terminologie  en  vigueur  depuis  le  VIIIe  siecle,  et  non  en  Dasen,  est 
encore  confirme  par  le  nom  jadis  donne  au  Saih  des  Ydzidis,  quand  il 
habitait  a  Esiyan  pres  de  ‘Ain  Sifni;  on  l’appelait  «le  vieillard  de 
Marga »  (1). 

1.  —  Les  villages 

Hinis 

w 

Le  village  de  Hinis  (le  Hanusa  des  anciens  Assyriens)  sur  la  rive 
ouest  du  G5mel,  a  dLx  kilometres  de  ‘Ain  Sifni,  est  resolument  placd  en 
Marga  par  Thomas,  qui  mentionne  son  dcole  parmi  celles  fondees  par 
Bawai  (2).  II  est  aussi  signale  dans  fitineraire  du  metropolite  Maran 
‘Emmeh  (3),  qui  de  la  remonte  dans  le  district  de  Birta. 

Le  futur  patriarche  Georges  II  (828/30-831),  ne  Sarzad  fils  de  Mih- 
ro'i,  serait  originaire  de  ce  village  (4). 

Pour  l’archdologue  et  le  voyageur  modernes,  Hinis  est  celebre  par 
les  impressionnants  bas-reliefs  de  Sennacherib,  marquant  fentree  de  son 
magnifique  canal  de  48  kilometres  allant  vers  Ninive  (5).  Les  photos 
de  ces  sculptures  ont  fait  aussi  connaitre  au  monde  les  trous  beants  qui 
les  defigurent,  et  qui  sont  souvent  le  seul  contact  des  touristes  avec  les 
anachoretes  anciens,  qu’ils  mauclissent  pour  leur  vandalisme. 

II  semble  que  nos  moines  pensaient  differemment:  ils  ne  voyaient 
dans  ces  oeuvres  d’art  que  ce  que  les  Assyriens  eux-memes  y  voyaient, 
des  idoles,  et  pour  eux  il  fallait  les  detruire.  Pour  eux  le  site  etait  pollue, 


fait  de  Yonadab,  qui  le  designa,  un  metropolite  de  Marga.  Marga  n’a  jamais  eu  de 
metropolite,  et  Yonadab  gouvernait  l’Adiabene. 

(1)  Monte  Sinjar ,  p.  34  et  egalement,  ibid.,  p.  58.  Les  Yezidis  ayant  quitte 
Esiyan,  le  Baba-Saih  reside  maintenant  a  ‘Ain  Sifni. 

(2)  Bk.  II,  p.  296-297. 

(3)  Bk.  II,  p.  323. 

(4)  Bk.  II  p.  232-235  et  note  2  de  Budge,  p.  332. 

(5)  Notices  sur  le  canal  et  l’aqueduc  dans  Researches ,  s.v.  Garwan,  p.  71  et 
Hinis ,  p.  75  avec  ref. 


BET  RUSTAQA 


789 


et  il  fallait  le  resacraliser.  C’est  done  dans  un  geste  d’expiation  qu’ils 
trouaient  de  leurs  cellules  les  plus  beaux  panneaux  assyriens,  que  ce  soit 
ici  ou  a  Ma‘alta  de  Dehok. 

Thomas  de  Marga,  qui  pourtant  sait  reconnaitre  la  beautd  quand  il  la 
rencontre  dans  un  temple  ou  dans  un  manuscrit,  nous  fait  connaitre  un  des 
habitants  de  Hinis,  sans  daigner  meme  mentionner  les  sculptures  qui  lui 
servaient  de  cadre.  Il  s’agit  de  fun  des  exiles  du  Pays  des  Grecs,  au  IVe 
siecle,  le  Bx  Hawlsa,  dont  le  nom  veut  justement  dire  «le  reclus»  (1). 
Ses  os  et  ceux  des  saints  hommes  ses  compagnons,  furent  retrouvds 
au  temps  de  Thomas  (vers  840)  qui  y  fit  un  pelerinage.  «Ils  sont,  dit-il, 
dans  une  grotte.  Des  croix  taillees  dans  le  roc  vierge  tdmoignent  de  leur 
sainted.  Les  tablettes  au-dessus  de  leurs  cercueils  sont  sculptdes  en  creux, 
et  de  petits  trous  ont  dtd  laissds  pour  la  bonne  odeur  de  leur  poussiere.» 

Faut-il  voir  dans  la  phrase  «le  roc  qui  n’avait  pas  connu  le  ciseau 
auparavant»  une  allusion  aux  sculptures  assyriennes?  Dans  ce  cas, 
Thomas  aurait  pris  soin  de  distinguer  la  grotte  fundraire  des  cellules 
peredes  au  milieu  des  bas-reliefs.  Le  roc  profane  par  le  ciseau  paien  devait 
etre  purifid  par  une  habitation  drdmetique,  mais  il  dtait  indigne  de  rece- 
voir  des  corps  si  saints.  C’est  de  cette  fagon-la  seulement  que  l’auteur 
pouvait  regarder  les  chefs-d’oeuvre  de  Sennacherib. 

L’emplacement  du  couvent  du  reclus  et  de  ses  compagnons,  qui 
servit  probablement  plus  tard  d’dglise  au  village,  est  encore  appeld  Dera 
par  les  Kurdes  qui  maintenant  habitent  la  localitd.  Il  est  situd  a  la  limite 
des  maisons,  au  sud,  dominant  la  vallde  du  Gomel.  La  se  trouve  une 
dtendue  de  ruines  dans  la  partie  sud  desquelles  on  peut  distinguer  une 
zone  plus  dlevde  et  orientde  ouest-est,  qui  peut  avoir  dtd  l’dglise.  Dans 
la  portion  est  de  cette  zone,  trois  denivellations  circulates  se  succedent 
en  direction  nord-sud,  qui  semblent  marquer  les  affaissements  de  trois 
voutes,  representant  peut-etre  le  B.  Slota,  la  cour  de  l’dglise  devant  se 


(1)  Bk.  II,  p.  575-576.  Le  style  des  fenetres  a  colonnes  des  deux  grottes  du 
haut  et  de  droite  est  bien  syrien.  Les  grottes  de  Ma‘alta  sont  plus  frustes. 


790 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


trouver  a  Fouest  de  ces  voutes.  Des  restes  de  canalisation  en  briques, 
partant  de  la  source  du  village,  semblent  prendre  la  direction  du  couvent. 

Dezze 

Dezze  est  un  autre  village  sur  la  rive  occidentale  du  Gomel,  a  en¬ 
viron  dix-huit  kilometres  au  nord-ouest  de  Hinis.  Son  eglise,  dediee  a 
S.  Ghristophe  martyr,  fut  dotee,  en  1720,  d’un  evangeliaire  ecrit  a  Bibo 
ze  (1).  En  1731,  un  office  pour  les  laics  defunts  fut  egalement  execute  a 
Alqos  pour  cette  dglise  (2).  La  donatrice,  probablement  originaire  du 
village,  s’appelle  Helene,  lille  de  Nlsan. 

C’est  un  autre  Nlsan,  un  pretre  celui-ci,  qui  fait  copier  a  Alqos  en 
1807  par  le  chammas  Marqos,  fils  du  pretre  cAwdIso‘,  neveu  du  pretre 
Yalda  fils  du  pretre  Guorguls,  un  livre  des  Epitres,  naguere  a  ‘Amadla. 

En  1850,  au  temoignage  de  Badger,  Dezze  n’avait  plus  ni  eglise  (?) 
ni  pretre,  et  comptait  vingt  families  nestoriennes  (3). 

Un  dernier  manuscrit  de  ‘Amadia  avait  ete  ecrit  a  «Dezze  et  Bedwil 
sur  le  Gomel»  pour  Feglise  de  ‘Essian,  oil  on  Fa  deja  mentionne.  Le 
copiste  £tait  un  pretre  d’Alqos  desservant  probablement  les  deux  villages. 

Bedwil 

A  deux  kilometres  de  Dezze,  en  suivant  la  rive  du  G6mel,  se  trouve 
le  petit  village  de  Bedwil  (carte  anglaise:  Baidul). 

En  1850,  Badger  y  recense  vingt  families  avec  une  eglise,  mais  sans 
pretre  (4).  L’annce  suivante  reside  a  Bedwil  le  pretre  SinYun  a  qui  Fon 
doit  un  kaskul  (5)  destine  a  Feglise  de  Ste  Smuni  a  Piyoz. 


(1)  Cod.  XXIV  de  N.-D.  des  Moissons,  cat.  Voste,  —  Biboze  est  a  7  km  de 
l’autre  cot6  du  Gdmcl. 

(2)  Ibid.,  cod.  CV. 

(3)  Badger,  cit.  II,  p.  174. 

(4)  Ibid.,  p.  174. 

(5)  Cod.  CXXIV  de  N.-D.  des  Moissons,  cat.  Voste. 


BET  RUSTAQA 


791 


‘AlN  SlFNI 

Le  centre  administratif  actuel  de  ce  qui  dtait  jadis  le  B.  Rustaqa 
est  la  petite  ville  de  cAin  Sifni  (1).  II  y  a  la-bas  aujourd’hui  une  cha- 
pelle  chaldeenne  et  180  fideles  (en  1961).  J.  B.  Chabot  (2)  y  reconnait 
Feveche  de  ‘Ain  Sappand,  dont  Fdveque  Bar  Sahdd  est  un  des  signataires 
du  synode  de  Mar  Ezdchiel,  en  576  (3).  Cette  identification  n’est  pas 
impossible,  mais  il  serait  prdmaturd  de  se  prononcer,  dtant  donnd  le 
defaut  total  d’informations  complementaires.  Une  ldgende  ydzidie  (4), 
interpretant  le  nom  comme  6tant  ‘Ain  as  saflna,  y  voit  Fendroit  oil  Noe 
commenga  a  construire  Farche,  deux  ans  avant  le  Ddluge. 

Berestek 

A  cinq  kilometres  a  Fouest  de  ‘Ain  Sifni,  en  direction  d’Alqos,  se 
trouve  le  petit  village  de  Berestek.  La  parent^  du  nom  avec  B.  Rustaqa 
est  frappante,  peut-etre  le  village  fut-il  pendant  un  temps  le  centre  du 
district.  La  aussi  se  trouvait  une  ecole  de  Bawai  (5),  que  Thomas  range 
parmi  les  dcoles  de  Marga. 

Bar  ‘Eta  et  ses  disciples,  allant  fonder  leur  couvent,  vers  562,  y  pas- 
serent  en  venant  de  Nisibe,  apres  avoir  traverse  le  Tigre  et  tout  le  Ba 
Nuhadra;  en  fait,  ils  suivaient  la  Route  du  Roi.  A  cette  epoque  il  y  avait 
a  B.  Rustaqa  une  «grande  dcole»  (6). 

Plus  tard,  probablement  a  la  fin  du  VIe  siecle,  le  moine  Bar  Sahde, 
chasse  par  les  monophysites  de  son  monastere  de  Mar  Adona,  pres  de 
Bartelli,  vint  s’y  refugier  (7).  On  voit  a  cette  occasion  que  le  village 
appartenait  au  canton  d’Ardod,  ce  qui  permet  de  le  rapprocher  d’un 
autre  village  du  meme  district,  Harbat  Nespa  d’Ardod,  dans  la  region 

(1)  Al-Tazidiya,  p.  168,  n.  1.  —  Voir  maintcnant  Researches ,  p.  89-90. 

(2)  Syn.  Or.,  table  p.  665 

(3)  Ibid.,  p.  368,  et  DHGE,  s.v.  Bar  Sahde,  VI/ 1932,  col.  944. 

(4)  Monte  Sinjar,  p.  20. 

(5)  Bk.  II,  p.  297. 

(6)  Hist.  of...  Bar  Idta,  II, I,  p.  191.  Egalement  cite  par  Pognon,  Inscr.  Sem.,  p.  29. 

(7)  Bar  Idta,  p.  245;  Bar  ‘Eta  guerit  encore  un  enfant  de  ce  village,  p.  270. 


792 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


du  B.  Rustaqa,  dont  les  habitants  «se  laisserent  tromper  par  l’erreur  de 
Zakai»,  c’est-a-dire  devinrent  jacobites  pendant  la  vie  de  Bar  ‘Eta,  done 
a  la  fin  du  VIe  siecle.  Bar  ‘Eta  essaya  de  les  ramener  a  la  foi  orthodoxe, 
c’est-a-dire  au  nestorianisme;  devant  leur  refus  «il  attira  sur  leurs  champs 
le  feu  du  ciel  et  la  secheresse»  (1). 

Un  peu  plus  tard,  un  eleve  celebre  de  l’dcole  de  B.  Rustaqa  sera 
R.  Sargis  (2)  qui  composera  un  ouvrage  qu’il  appellera  le  destructeur 
des  puissants.  Thomas  de  Marga  nous  met  l’eau  a  la  bouche  quand  il 
donne  un  rdsume  du  livre,  qui  decrivait  les  combats  spirituels  des  laics 
et  des  pretres  de  village  au  debut  du  VIIe  siecle.  Ge  cote  de  fhagiogra- 
phie  a  ete  trop  souvent  neglige,  et  pas  seulement  en  Orient;  malheureu- 
sement  fouvrage  a  disparu.  Son  auteur  lui-meme  re^ut  bientot  comme 
surnom  le  titre  qual  avait  donne  a  son  livre  et  fut  appele  «R.  Sargis, 
le  destructeur  des  puissants». 

Un  des  maitres  de  l’ecole  en  ce  temps  etait  R.  Qamls6‘  de  Resa 
au  B.  Garmai  (3).  II  partit  plus  tard  a  Seleucie-Ctesiphon,  oil  il  mourut. 

On  retrouve  Ba  Rustaq  dans  les  sources  arabes.  Le  Qalciid  al  Gawd- 
hir  (4),  au  VIe  siecle  de  l’Hegire  (XIIe  s.)  le  cite  comme  «un  grand 
village  habite  par  des  musulmans,  oil  le  Saih  ‘Adi  ibn  Musafir  (le  fa- 
meux  soufi)  avait  une  mosquee  et  une  zawiya».  On  sait  que  son  tombeau 
se  trouve  un  peu  plus  au  nord,  dans  ce  qui  est  maintenant  le  sanctuaire 
national  yezidi. 

En  1744,  Yasln  al-‘OmarI,  qui  orthographie  le  nom  Blrastek,  ne  le 
mentionne  plus  que  comme  un  « petit  village  a  l’ouest  de  Mossoul». 

Apres  avoir  ete  de  nouveau  habite  par  des  «Assyriens»  il  y  a  quel- 
ques  annees,  le  village  est  maintenant  mi-kurde  mi-yezidi. 


( 1 )  Ibid.,  p.  282.  On  voit  (p.  253)  la  premiere  compagnie  grecque  qui  traverse  Marga 
en  627  bivouaquer  a  Ardod,  ce  qui  confirme  que  les  troupes  suivaient  la  Route  du  Roi. 

(2)  Bk.  II,  p.  109. 

(3)  Budge  le  distingue  bien  de  QamIso‘,  4e  superieur  de  B.  ‘Awe,  et  cependant 
(n.  5,  p.  109)  ses  references  renvoient  a  ce  dernier. 

(4)  P.  87.  Cite  par  M.  Sa‘Id  ad-D£wahgI,  Muniat,  cit.,  p.  134,  n.  3. 


BET  RUSTAQA 


793 


2.  —  Les  couvents 

Dair  Salib 

Dans  la  liste  des  sites  arch^ologiques  de  flraq  (1)  figure  une  «kahf 
Dair  Salib»,  la  grotte  du  couvent  de  la  Croix.  Je  n’avais  jamais  rencon¬ 
tre  de  mention  d’un  Couvent  de  la  Croix  dans  le  nord  de  flraq,  aussi, 
quand  on  me  confirma  qu’en  effet  il  y  avait  bien  des  ruines  de  ce  nom 
pres  de  Berestek,  je  me  demandais  d’oii  le  nom  pouvait  venir;  n’aurait- 
on  pas  plutot  affaire  au  couvent  de  R.  Sliwa?  Avant  de  me  rendre  au 
lieu  indique,  je  relus  done  les  textes  du  Liber  Castitatis  concernant  ce 
fondateur  (2). 

On  y  voit  que  son  couvent  etait  situ<5  dans  la  montagne  de  Ba 
Nuhadra,  au  lieu  appeld  B.  Asia.  R.  Sliwa  «batit  la-bas  un  monastere 
superbe,  et  environ  cinquante  freres  se  rassemblerent  autour  de  lui». 
Plus  tard,  quand  R.  Sliwa,  alors  a g£  de  80  ans,  sentit  sa  fin  prochaine, 
il  designa  pour  lui  succeder  R.  Quriaqos,  qui  devait  devenir  (vers  760) 
eveque  de  Balad.  Sous  le  nouveau  superieur,  le  nombre  des  moines  attei- 
gnit  cent  trente,  ce  qui  necessita  probablement  de  nouvelles  construc¬ 
tions.  Le  successeur  de  Quriaqos  s'appelait  Atqen. 

En  fait,  le  soi-disant  Couvent  de  la  Croix,  s’il  est  situd  a  environ 
1  km.  5  a  fouest  de  Berestdk,  se  trouve  a  peu  pres  a  la  meme  distance, 
en  continuant  vers  fouest,  du  village  d’Esiyan,  oil  fon  reconnait  B.  Asia 
du  texte.  Le  dair  est  un  rectangle  de  ruines  d  environ  quarante  metres 
sur  trente,  ce  qui  correspond  au  nombre  de  cinquante  freres  fourni  par 
IsoMnah.  A  quelques  dizaines  de  metres  plus  au  nord,  vers  fentrde  d’une 
petite  vallee,  il  y  a  une  seconde  zone  de  ruines,  constituant  cette  fois  un 
rectangle  de  quelque  cent  metres  de  cote.  Dans  ce  dernier  ensemble,  la 
portion  nord-est  semble  avoir  6t 6  fdglise. 

L’identification  ne  fait  done  plus  de  doute;  on  se  trouve  bien  enface 
du  couvent  de  R.  Sliwa,  avec  le  petit  monastere  bati  par  le  fondateur, 


(1)  Cit.  n°  606,  p.  5. 

(2)  N«  102  et  103. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


et  le  plus  grand  par  son  successeur,  Quriaqos,  dont  la  ville  dpiscopale, 
Balad,  n’est  distante  que  de  53  kilometres  a  vol  d’oiseau,  vers  le  sud- 
ouest. 

Dans  la  petite  vallee  qui  monte  doucement  se  trouve  la  grotte  enre- 
gistree  par  les  Antiquites.  Elle  comporte  trois  banquettes  de  pierre  d’en- 
viron  deux  metres  de  long  chacune,  constituant  les  trois  cotes  d’un  carre, 
dont  le  quatrieme  est  occupe  par  l’ouverture.  Cette  ouverture  meme  ne 
descendant  pas  jusqu’au  sol  fait  penser  a  une  grotte  de  sepulture,  plutot 
qu’a  une  grotte  d’habitation. 

Un  trou  dans  le  sol  au  milieu  de  la  grotte  me  sembla  tout  a  fait 
bizarre.  Remarquant  que  le  travail  paraissait  de  fraiche  date,  je  me  tour- 
nais  resolument  vers  mon  guide  kurde  et  lui  dis  a  brule-pourpoint: 
«C’est  toi  qui  as  fait  cela!  —  Oui,  me  repondit-il  en  baissant  la  tete.  — 
Je  suis  sur  que  tu  pensais  y  trouver  un  tresor?  —  Oui.»  —  Mais  le  tresor 
de  R.  Sliwa  n’etait  pas  de  ce  genre. 

Ajouterai-je  que  mes  compagnons  dans  cette  expedition  n’etaient 
pas  satisfaits  de  mon  identification.  En  effet,  sur  la  paroi  de  la  grotte 
faisant  face  a  l’entree,  est  sculptee  une  croix  qui,  disaient-ils,  avait  du 
donner  son  nom  au  couvent.  Un  examen  plus  attentif  de  cette  croix 
prouva  qu’elle  avait  ete  entaillee  tout  recemment.  «Y  a-t-il  eu  des  chre- 
tiens  dans  les  parages  a  une  date  recente?»  demandai-je.  «Oui,  me  dit¬ 
on,  il  y  avait  des  Assyriens  qui  habitaient  Berestek  il  y  a  quelques  annees.» 
La  cause  etait  entendue,  ces  chretiens  trouvant  un  Dair  Salib  sans  croix 
en  avaient  taille  une  (d’ailleurs  tellement  differente  des  croix  anciennes) 
comme  les  habitants  de  Mar  Yaqo  avaient  taille  une  croix  dans  le  rocher 
de  Kepa  d’SlIwa,  parce  qu’ils  ne  savaient  plus  que  ce  n’etait  pas  la 
«pierre  de  la  Croix»,  mais  la  «pierre  du  signe  de  la  Croix».  Ici  le  nom 

de  Dair  Salib  est  une  deformation  de  Dair  Rabban  Sliwa. 

•  • 

Un  disciple  celebre  de  ce  monastere,  au  temps  de  Mar  Quriaqos, 
fut  l’ecrivain  Yusif  Hazzaya,  qui  y  «mena  la  vie  ascetique  et  devint 
excellent  dans  la  lecture  des  psaumes  et  des  Livres  Saints»  (1). 


(1)  L.C. ,  n°  126. 


BET  RUSTAQA 


795 


Est-ce  de  ce  couvent  que  le  patriarche  Timothee,  a  la  fin  du  VIIIe 
siecle-debut  du  IXe,  demande  a  R.  Sargis  de  s’occuper?  Le  texte  parle 
de  «SHwa  et  des  autres  hospices».  L’edition  Braun  (1)  restitue  «le  mo- 
nastere  de  Sllwa»,  et  traduit  «monasterii  Crucis». 

Si  c’est  ce  couvent  que  Yaqut  mentionne  sous  le  nom  de  Dair 
Saluba,  il  etait  deja  en  mines  en  1225,  puisque  le  Mu' gam  (2)  en  parle 
comme  d'un  village,  disant  simplement:  «des  villages  de  Mossoul,  Dieu 
en  sait  plus  long.» 

Quant  a  Yasln  al  ‘Omari,  le  laconisme  de  sa  citation  prouve  qu’il 
le  trouve  mentionne  dans  les  auteurs  plus  anciens,  et  ddsire  etre  complet, 
mais  qu’il  ne  sait  plus  lui-meme  oil  il  se  trouve.  II  se  contente  de  dire: 
«Dair  Saluba,  ancien»,  ce  qui  veut  dire:  en  mines  (3). 

Le  monastery  de  Mar  Atqen? 

Iso'dnah  dit  (4)  que  le  Bx  Mar  Atqen  fonda  un  monastere  dans 
la  montagne  de  Ba  Nuhadra,  qui  est  au  voisinage  du  couvent  d’Abba 
Sllwa.  Il  y  batit  un  temple  superbe  ou,  a  sa  mort,  il  fut  deposd. 

L’abbd  Nau  (5)  telescope  peut-etre  un  peu  les  phrases  du  texte 
quand  il  dit  que  Mar  Atqen  fonda  un  monastere  «pres  de  celui  d’Abba 
Sllwa».  En  fait,  on  l’a  remarque  plusieurs  fois,  Iso‘dnah  voit  les  choses 
de  loin,  et  sa  geographic  du  nord  de  l’lraq  n’est  pas  toujours  tres  precise. 
Venant  de  parler  du  monastere  de  R.  Sllwa,  situd  dans  la  montagne  du 
Ba  Nuhadra,  et  trouvant  maintenant  un  couvent  de  Mar  Atqen  dans  la 
meme  montagne,  il  fait  le  rapprochement,  moins  nettement  cependant 
que  ne  le  fait  l’Abbd  Nau. 

En  realitd,  Mar  Atqen  fonda  plutot  son  monastere  dans  les  environs 
du  couvent  d'Apnimaran  de  Za‘faran,  oil  il  v£cut  pendant  un  certain 


(1)  Lettres  de  Timothee ,  CSCO ,  cit.,  p.  80  et  n.  1;  id.,  Mgr  Bidawid,  p.  23. 

(2)  IV,  p.  151  {6d.  du  Caire). 

(3)  Cit.  p.  145. 

(4)  L.C.  n°  120.  L ’Abrege  intervertit  119  et  120. 

(5)  In  DHGE ,  V/1931,  col.  132,  s.v.  Atqen. 


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ASSYRIE  CHRETIENNE 


temps,  et  qui  est  situe  absolument  a  Pautre  extrtuniffi  de  la  montagne 
du  Ba  Nuhadra,  a  pres  de  cent  kilometres  de  R.  Sllwa,  a  vol  d’oiseau. 

Le  monastere  de  Mar  Atqen  est  encore  connu,  nous  en  dirons  un 
mot  parmi  les  couvents  de  P  extreme  nord. 

3.  —  Le  temple  yezidi  de  Saih  cAdi 

On  s’^tonnera  peut-etre  de  trouver  mention  d’un  sanctuaire  yezidi 
dans  une  etude  sur  PAssyrie  chretienne.  Si  je  le  fais  figurer  ici  c’est  parce 
que  d’autres  Font  introduit  su'brepticement  dans  le  sujet  et,  malgre  tous 
nos  efforts,  il  sera  difficile  de  Fen  eliminer  definitivement  (1).  C’est  qu’en 
effet  un  nombre  impressionnant  d’auteurs  (2)  tant  orientaux  qu’orien- 
talistes,  considerent  le  temple  comme  un  ancien  couvent.  Certains  se  con- 
tentent  de  trouver  une  «ressemblance  frappante»  entre  Faspect  exterieur 
du  temple  et  celui  d'une  eglise;  cFautres  vont  plus  loin  dans  la  meme 
ligne  et  s’evertuent  a  faire  coincider  meme  les  details  des  deux  plans; 
d’autres  encore  s’appuient  sur  des  textes,  d’Iso‘yaw  bar  Mqaddam  et  de 
RamIso‘,  pour  preciser  les  noms  des  pretendus  fondateurs  du  couvent  et 
raconter  a  son  propos  une  belle  histoire  d’intendant  usurpateur  et  assassin. 

Architecture 

Examinons  done  ces  arguments  en  detail,  et  d’abord  les  batiments 
de  ce  temple  qui  est  situe,  on  le  sait,  a  9  kilometres  au  nord-ouest  de 
cAin  Sifni. 


(1)  Je  refonds  ici  entierement  mon  article  Jean  de  Dailam,  in  POC  (Jeru¬ 
salem),  1960,  p.  195-211. 

(2)  Par  exemple  W.  Bachmann,  Kirchen  und  Aloscheen  in  Armenien  und  Kurdistan, 
Leipzig  1913,  p.  8-15  et  pi.  15,  qui  le  fait  entrer  sans  hesiter  dans  les  Eglises  Nestoriennes. 
Certains  essaient  d’interpreter  le  nom  de  ‘Adi  et  d’y  voir  une  deformation  du  nom  de 
Addai,  apotre  suppose  des  Chaldeens  (v.g.  Mgr  S.  Sayegh,  in  Machriq,  1933,  p.  831) 
ou  de  Thaddee  PApotre  (A  Visit  to  the  Tezidis  in  1843 ,  traduit  de  Particle  russe  de 
J.  Berezin,  Appendice  A,  p.  67-69,  in  The  Anthropology  of  Iraq,  part  II,  n°  1,  par  Henry 
Field,  Harvard  1951.  —  Parmi  les  plus  recents  defenseurs  de  la  these,  citons  le  R.  P. 
Bois,  dans  ses  remarquables  articles  sur  Les  Tezidis  ( Machriq ,  1961,  p.  109-242,  et 
n.  100)  et  La  religion  des  Kurdes  {POC,  1961,  p.  5),  et  Researches,  p.  88-89  et  95. 


BET  RUSTAQA 


797 


Son  plan  a  etd  vulgarise  par  plusieurs  auteurs  (1).  Or,  ni  la  medi¬ 
tation  de  ce  plan,  ni  plusieurs  visites  attentives  et  detaillees  au  sanctuaire 
lui-meme  ne  sont  arrivees  a  me  convaincre  de  la  vdrit 6  de  la  tradition 
«unanime»  qui  y  voit  une  ancienne  dglise,  du  moins  du  point  de  vue 
architectural.  Je  n’osais  pas  trop  exprimer  mon  opinion,  considerde  par 
certains  comme  iconoclaste,  jusqu’au  jour  oil  je  ddcouvrais  que  le  point 
de  vue  avait  ddja  etd  avance,  helas  sans  rdsultat,  par  le  grand  specialiste 
des  Nestoriens  et  de  leurs  rites,  le  Rev.  G.  P.  Badger  (2).  Celui-ci  dcri- 
vait  en  1852:  «Rien  dans  l'ordonnance  interieure  du  batiment  n'est  en 
faveur  de  cette  theorie»  (qui  y  voit  une  dglise). 

On  a  pu  reprocher  a  Badger  d'etre  «a  l’origine  de  maintes  erreurs 
sur  le  compte  des  Ydzidis»,  et  meme  de  se  tromper  quand,  dans  la  phrase 
qui  suit  celle  qui  vient  d’etre  citee,  il  met  la  pretendue  orientation  est- 
ouest  du  temple  au  compte  d’une  adoration  du  soleil;  il  n’en  reste  pas 
moins  que  Badger  s’y  connait  en  dglises  nestoriennes.  Il  en  a  vu,  etudie, 
et  ddcrit  assez  pour  savoir  en  reconnaitre  une,  meme  si  sa  destination 
a  dte  changee.  S’il  s’y  refuse,  son  opinion  a  du  poids. 

Mais  puisque  des  reactions  rdcentes  ont  prouvd  que  la  legende  a  la 
vie  dure,  je  suis  force  de  reprendre  cette  question  point  par  point. 

Le  batiment  principal  actuel  du  sanctuaire  se  prdsente  comme  une 
grande  salle  rectangulaire  de  30  metres  sur  12,  coupde  dans  le  sens  de 
la  longueur  par  une  colonnade  de  7  arcades.  Les  deux  parties  ainsi 
formees  sont  a  peu  pres  d’dgale  largeur. 

Helas,  l’aspect  exterieur  d’un  batiment  est  ce  qui  frappe  d'abord 
l’amateur.  Cela  produit  sur  lui  une  premiere  impression  dont  il  lui  est 
difficile  de  se  degager.  Or  ici  tous  les  visiteurs  chretiens  vous  disent:  cela 
ressemble  a  une  dglise  (3).  En  fait  je  ne  vois  pas  a  quoi  d’autre  cela 


(1)  Badger,  The  Nestorians ,  I,  p.  108,  et  R.H.W.  Empson,  The  cult  of  the  Peacock 
Angel ,  Londres,  Witherby,  1928,  p.  124.  —  Le  prolongcment  est  de  la  colonnade  n’est 
pas  not£  par  Empson. 

(2)  Git.,  t.  II,  p.  110. 

(3)  Ainsi  V.  Cuinet,  La  Turquie  d'Asie ,  t.  II,  p.  828,  qui  declare:  «Pres  de  la 


798 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pourrait  ressembler,  surtout  pour  ceux  qui  n’ont  jamais  vu  l’interieur 
dhine  vaste  mosquee,  ni  en  montagne,  ni  ailleurs.  Le  bedouin  qui 
voyait  sa  premiere  locomotive  trouvait  que  cela  ressemblait  a  un  buffle 
sans  tete ! 

N’oublions  pas,  a  la  dec.harge  de  nos  touristes,  que  les  rnagons  de 
jadis,  chretiens  pour  la  plupart  sinon  exclusivement,  n’avaient  ni  les 
moyens  ni  le  souci  de  varier  leurs  procedes  de  construction.  On  leur 
clemandait  de  faire  une  grande  salle  rectangulaire  pour  des  reunions  de 
culte,  rien  d’etonnant  qu’elle  dut  ressembler  a  une  autre  salle  rectan¬ 
gulaire  destinee  aux  reunions  d’un  autre  culte.  Ce  qui  y  fait  voir  speci- 
fiquement  «une  eglise»  est  le  prejuge  general  (et  helas  inderacinable)  de 
decider  que  toute  mosquee  ou  tout  lieu  cle  culte  est  une  ancienne  eglise. 
Les  arguments  les  plus  peremptoires  s’emousseront  sur  une  opinion  telle- 
ment  bien  ancree  qu’un  certain  auteur  ira  meme  jusqu’a  avoir  des  hal¬ 
lucinations  descriptions  chaldeennes  stranguelies,  evidemment  dispa- 
rues  depuis! 

La  meme  vallee  de  Saih  ‘Adi  offre  un  second  exemple  du  meme 
phenomene,  cette  fois  enregistre  par  l’entremise  du  dossier  674/35  de  la 
Direction  Generale  des  Antiquites  cle  Bagdad. 

A  gauche  de  la  route  conduisant  de  Lales  au  temple  yezidi,  un  kilo¬ 
metre  avant  d’arriver  a  ce  dernier,  se  trouve  en  effet  une  grande  salle 
divisee  au  milieu  (comme  le  temple  lui-meme)  par  une  rangee  de  co- 
lonnes,  et  flanquee  au  nord  par  une  «nef»  separee  de  la  grande  salle 
par  un  mur  perce  d’une  baie  de  communication.  Ce  batiment  etant 
oriente  ouest-est,  le  dossier  n’hesite  pas  a  le  classer  officiellement  comme 
couvent.  J’aurai  beau  repeter  que  c’est  un  khan,  et  rien  d'autre,  je  suis 


(‘Ain  Sifni)  s’eleve  une  colline  sur  laquelle  est  bati  un  ancien  couvent  dont  les 
constructions  entourent  trois  grandes  cours.  Son  nom  actuel  de  Cheikh  Adi  lui  a  et6 
donne  en  memoire  d'un  chef  religieux  des  Y^zidis;  mais  par  la  structure  de  son  eglise, 
de  ses  cellules,  et  par  sa  position  meme,  il  offre  tous  les  caracteres  d’un  edifice  chretien, 
et  tout  prouve  qu’il  a  autrefois  appartenu  a  ce  culte.  » 


BET  RUSTAQA 


799 


sur  qu’on  lui  trouvera  un  jour  un  nom  chrdtien,  et  qu’un  autre  Ramls6‘ 
inventera  un  autre  ‘Adi  pour  expliquer  son  histoire  (1). 

Revenons  a  la  pretendue  dglise  de  Saih  ‘Adi.  En  fait  son  plan  differe 
dans  tous  les  details  de  celui  d’une  veritable  eglise. 

«La  cour  avec  son  reservoir»  est  le  premier  point  de  soi-disant  simi¬ 
litude  avanc£  par  les  partisans  de  fidentification.  En  fait,  ladite  cour  est 
situee  a  l’ouest  de  feglise,  ce  qui  nest  jamais  le  cas  dans  une  eglise  syrienne 
orientale,  ou  la  cour  est  au  nord  ou  au  sud  de  feglise. 

Quant  a  finterieur,  fdgalitd  des  deux  «nefs»  serait  deja  un  fait  tres 
rare  (sinon  inexistant)  dans  les  plans  d’eglises  nestoriennes,  mais  la  deni- 
vellation  de  trois  marches  d  une  nef  entiere  par  rapport  a  fautre  ne  se 
trouve  certainement  nulle  part  ailleurs.  Invoquer  un  bema  pour  ex¬ 
pliquer  cette  denivellation  est  egalement  impensable;  oil  a-t-on  vu  un 
bema  qui  couvrirait  toute  la  longueur  d’une  nef? 

Par  ailleurs,  la  «nef»  sud  du  temple  est  parcourue  dans  toute  sa 
longueur  par  un  ruisseau.  J'ai  vu  la  meme  chose  dans  fancienne  syna¬ 
gogue  juive  de  ‘Aqra,  oil  un  ruisselet  traversait  une  salle  d’ablutions, 
mais  je  n’ai  jamais  rien  vu  de  tel  dans  une  eglise  nestorienne.  Les  grands 
batisseurs  qu'dtaient  nos  moines  auraient  eu  vite  fait  de  tracer  une  cana¬ 
lisation  bien  nette  a  f  extdrieur  du  mur  de  fdglise,  pour  liberer  le  terrain 
a  batir  de  cette  rigole  intempestive. 

Quant  aux  prdtendues  «chapelles  latdrales  a  gauche»,  elles  se  prd- 
sentent  de  la  meme  fa^on  que  n'importe  quel  mausolee,  musulman  ou 
autre,  attach^  a  une  salle  de  priere  ou  de  reunion.  Le  fait  qu’on  accede 
au  tombeau  du  Saih  a  travers  une  sorte  d'antichambre  latdrale  constitue 
encore  une  difference  avec  le  martyrion  nestorien,  s’ouvrant  directement 
sur  la  nef. 

Et  si  vraiment  le  magasin  qui  complete  f  enfilade  de  salles,  apres 
la  chambre  du  tombeau  en  continuant  toujours  vers  fouest,  dtait  un 


(1)  Dans  sa  notice  de  Researches  sur  Lal£s  (p.  95),  M.G.  ‘Awwad  ne  retient 
pas  ce  pseudo  couvent. 


800 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


«diaconicon  avec  sa  reserve  d’huile»,  comme  on  Fa  affirmd,  nous  aurions 
bien  ici  le  seul  exemple  de  diaconicon  situe  au  coin  sud-ouest  d’une 
eglise,  a  l’extremite  opposee  a  celle  ou  devrait  normalement  se  trouver 
Pautel. 


Je  souligne  enfin  que  la  porte  unique  du  temple  est  situee  dans  le 
coin  nord-ouest,  ce  qui  n’a  pas  son  equivalent  en  topographie  nestorienne. 

Toutes  ces  differences  devraient  suffire;  cependant  le  point  le  plus 
important  a  preciser  est  celui  de  Porientation  du  batiment.  On  pretend 
qu’il  est  oriente  vers  Test,  mais  de  quel  droit?  Prejuges  a  part,  comment 
determine-t-on  Fomentation  cFun  batiment?  Si  Ton  dit  qu’une  eglise  est 
orientee  vers  Test,  c’est  parce  que  les  fideles  se  tournent  vers  l’autel,  qui 
est  dans  cette  direction;  une  mosquee  est  orientee  vers  la  Mecque  parce 
que  les  croyants  se  rangent  pour  prier  face  au  mihrab  qui  leur  donne  la 
qibla.  Mais  dans  quelle  direction  est  orientee  une  salle  rectangulaire 
quelconque,  dont  les  murs  font  (a  peu  pres)  face  aux  quatre  points 
cardinaux  ? 


Pour  parler  d’une  orientation  du  temple  de  Saih  ‘Adi,  il  faudrait 
que  Pon  ait  prouve  qu’il  s’y  tient,  soit  habituellement  soit  seulement  a 
des  occasions  determinees,  telles  que  les  pelerinages,  des  reunions  de 
priere.  S’il  y  en  a,  les  fideles  yezidis  y  observent-ils  les  memes  rites  que 
pour  la  priere  individuelle,  se  tournant  vers  Pest  a  l’aube  et  vers  Pouest 
au  couchant?  Ou,  comme  le  faisaient  jadis  (1)  les  membres  de  la  con- 
frerie  de  Saih  cAdi,  se  tournent-ils  vers  son  tombeau  pour  faire  leurs 
prieres?  Quant  au  sud,  il  correspond  ici  avec  la  qibla  musulmane;  les 
Yezidis  auraient-ils  garde  de  leur  origine  soufie  cette  orientation  de 
priere?  Faute  de  pouvoir  repondre  a  ces  questions,  ce  serait  se  laisser 
impressionner  par  des  idees  precon^ues  que  de  preferer  un  point  cardinal 
a  un  autre  pour  parler  d’une  orientation  du  temple. 

Si  tous  les  details  du  plan  different,  et  que  Porientation  ne  peut 


(1)  E.I.,  nouvelle  ed.  frangaise,  t.  1/1955,  p.  201,  article  de  A.S.  Tritton  sur 

‘Adi  b.  Aiusafir. 


BET  RUSTAQA 


801 


etre  determinee,  que  reste-t-il  pour  dire  que  le  temple  de  Saih  ‘Adi  a 
«tout  a  fait  l’aspect  d’une  dglise  chretienne»? 

U  hymne  attribute  a  Isoyaw  bar  Mqaddam 

La  question  aurait  pu  etre  close  et  la  thdorie  abandonnde  si,  en 
1885,  Nicolas  Siouffi  n’avait  fait  paraitre  au  Journal  Asiatique  une  «Notice 
sur  le  Cheikh  Adi  et  la  secte  des  Ydzidis»  (1),  dans  laquelle  il  citait 
quelques  lignes  d’une  hymne  attribute  a  Iso‘yaw  bar  Mqaddam,  md- 
tropolite  d’Erbil  au  XVe  siecle,  hymne  qu’il  avait  ddcouverte  dans  un 
Warda  de  Karamlaiss. 

Grace  au  competent  cliammas  Matti  Anlsa,  j’ai  pu  consulter  ce 
manuscrit  et  meme  faire  photographier  le  poeme  oil  se  trouve  le  passage 
intdressant. 

Le  volume  est  date  de  1744.  Son  colophon  est  incomplet,  mais  suf- 
fisant  pour  qu’on  sache  qu’il  a  etd  ecrit  dans  le  district  de  Rustaqa  et 
Sapat,  dont  le  mdtropolite,  appeld  traditionnellement  Hnanls6‘,  residait 
alors  a  Mar  Is6‘,  a  Test  de  Siraro.  Le  document  dvoque  done  le  groupe 
de  poetes-calligraphes  du  B.  Samesdin  au  milieu  du  XYllIe  siecle,  a 
qui  appartient  le  pretre  VVarda  fils  de  Lazare  (2),  le  pretre  Safar  fils 
d’Iso1 2 3 4 5  (3),  lui-meme  copiste,  en  1742,  d’un  autre  manuscrit  de  Karam¬ 
laiss  (4),  et  le  pretre  Tsalabi  fils  de  Hoso  (5). 


(1)  Vllle  sdrie,  V/1885,  p.  82. 

(2)  Du  village  de  Darbend,  au  pays  de  Targavvar,  compose  en  1754  un  office 
(paraliturgique)  de  la  commdmoraison  de  Simon  bar  Sabba‘d,  et  meurt  en  1757, 
frappd  par  le  cholera  (N.-D.  des  Moissons,  cod.  A.S.  66,  Voste  168).  —  Un  psautier 
de  1732  (cod.  Aqra  XLII)  vient  du  mOme  village. 

(3)  Auteur  de  l’oraison  funebre  du  prdeddent  (meme  ms.). 

(4)  Un  evangdliaire,  copid  au  village  de  B.  Daiwd  en  Rustaqa  et  Sapat. 

(5)  Gopiste  en  1786  de  l’office  de  Simon  et  de  foraison  funebre  faite  par  Safar 
(auquel  il  ajoute  une  poesie  de  son  cru  sur  la  peste  de  1759)  et,  la  meme  annde,  du 
cod.  Herpa  (‘Aqra)  XL.  —  Le  ms.  de  N.-D.  des  Moissons  est  arrivd  en  ce  lieu  par 
l’intermediaire  du  pr.  Hanna  de  Gazarta,  qui  le  donna  au  P.  Samuel  Giamil.  Peut-etre 
les  deux  manuscrits  de  Karamlaiss  ont-ils  la  meme  origine? 


Rech.  23  —  57 


802 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Dans  le  manuscrit  de  Karamlaiss,  parmi  d’autres  hymnes,  figurent 
deux  poemes  attribues  a  Is6‘yaw  bar  Mqaddam,  l’un  sur  Mar  Guor- 
guls  (1)  et  l’autre,  qui  nous  interesse  ici,  sur  R.  Hormizd  (2). 

II  semble  que  cet  exemplaire  de  rhymne  soit  presque  unique.  Tout 
au  plus  en  signale-t-on  une  autre  copie  a  Berlin,  encore  cette  derniere 
est-elle  beaucoup  plus  recente  (3).  Mgr  S.  Sayegh  le  citait  egalement 
quelquefois.  D’apres  deux  lignes  qu’il  en  reproduit  a  propos  de  Tell 
Kaif  (4)  on  peut  s’assurer  que  c’est  bien  le  meme.  Cependant  il  disait 
1’ avoir  trouve  dans  un  volume  de  N.-D.  des  Moissons,  un  recueil  de 
Harms.  Or,  d’apres  le  catalogue  du  P.  Voste,  le  seul  volume  de  cette 
bibliotheque  contenant  a  la  fois  Harms  et  Bar  Mqaddam  est  le  codex 
146  (5).  Je  n’ai  trouve  dans  ce  manuscrit  qu’une  seule  hymne  de  ce 
dernier  auteur,  celle  sur  Mar  Guorguls.  Le  manuscrit  utilise  par  Mgr 
Sayegh  a  done  disparu  de  la  bibliotheque  avant  la  date  du  catalogue. 

On  pourrait  deja  contester  l’attribution  de  rhymne  a  Bar  Mqad¬ 
dam,  et  done  sa  datation  du  XVe  siecle.  En  effet  les  attributions  du  recueil 
semblent  quelquefois  discutables.  Par  exemple  rhymne  anonyme  sur  le 
chammas  d’Erbil  qui  se  fit  musulman  y  est  attribute  a  Warda,  alors 
qu’elle  ne  figure  pas  dans  les  Warda  «complets»,  tels  que  celui  de  N.-D. 
des  Moissons.  Ici,  on  pourrait  remarquer  le  ton  trop  personnel  de  hau¬ 
teur  («notre»  oppresseur,  «notre»  richesse,  «notre»  tourmentateur, 
«notre»  ‘umra,  etc.)  qui  convient  mal  a  un  eveque  de  la  lointaine  Erbil, 
et  aussi  la  date  «au  jour  qui  est  aujourd'hui»  que  l’on  voit  difficilement 
dans  la  bouche  d’un  auteur  du  XVe  siecle,  parlant  d’un  evdnement  du 
XIIe.  Ii  faudrait  etudier  la  piece  du  point  de  vue  poetique,  la  comparer 
aux  autres  productions  sures  de  l’eveque;  je  ne  serais  pas  etonne  qu’il 


(1)  Au  16e  cahier. 

(2)  De  la  fin  du  Xe  cahier  au  milieu  du  XIe,  en  tout  14  pages  de  2  colonnes 
chacune,  a  raison  de  30  lignes  a  la  page. 

(3)  Baumstark,  Syr.  Lit.,  p.  330,  n.  2. 

(4)  An-JVagm,  IX/1937,  p.  276.  —  Le  catalogue  Voste  est  de  1928. 

(5)  N°  2,  cat.  Voste,  p.  54,  A.S.  74. 


BET  RUSTAQA 


803 


faille  attribuer  le  morceau  a  un  moine  de  R.  Hormizd  et  le  reporter  a 
une  periode  anterieure  au  XVe,  peut-etre  meme  au  XIIe-XIIIe  siecle. 
Ceci  n’en  donnerait  que  plus  de  valeur  a  l’hymne,  du  moins  en  ce  qui 
nous  concerne  ici.  Provisoirement  je  continuerai  cependant  a  considerer 
Bar  Mqaddam  comme  son  auteur. 

Supprimant  de  rhymne  les  devcloppemcnts  pieux  ou  purement 
litteraires  voyons  le  passage  qui  nous  interesse.  L’hymne  toute  entiere 
est  divisee,  selon  les  sujets,  en  strophes  indgalcs.  Habituellement,  le  chan- 
gement  de  strophe  commande  un  changement  de  rime.  Ici  les  compa- 
gnons  de  R.  Hormizd,  Iso‘sawran  et  Yohannan  fournissent  le  rime  «an» 
qui  se  continue  pendant  34  vers  heptametres.  Yoici  une  traduction  de 
ce  passage  (1) : 

1  Et  Iso‘sawran  et  Yohannan 

2  sont  restes  a  leur  place  par  ordre  du  Seigneur. 

•  •  • 

7  Us  ont  bati  un  ‘ umra ,  de  construction  splendide, 

8  plein  de  merveilles  et  de  choses  admirables, 

•  •  • 

14  comme  racontent  les  histoires. 

15  Jusqu’au  jour  qui  est  aujourd’hui, 

16  oil  l’ennemi,  notre  oppresseur  est  venu, 

17  de  la  race  d’Hagar,  la  servante  de  notre  mere, 

18  celui-la  qui  nous  a  rendu  les  jours  penibles. 

19  II  avait  £t£  disciple  de  Rabban, 

20  son  nom  dtait  ‘Adi,  un  mahomdtan. 

21  II  a  crdd  des  occasions,  avec  mdchancetd, 

22  et  il  a  pilld  nos  richesses,  et  il  est  devenu  notre  tourmentateur, 


(1)  M.  l’abb^  Albert  Abouna,  professeur  de  syriaque  au  Sdminaire  Syro- 
Chald^en,  a  bien  voulu  me  fournir  cette  traduction  et  verifier  la  lecture  du  microfilm, 
effectuee  par  plusieurs  de  nos  plus  brillants  Aleves  chaldeens  de  th<^ologie.  Je  suis  6ga- 
lement  redevable  a  l’abb^  Abouna  de  multiples  verifications. 


804 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


23  et  il  a  pris  notre  ‘ umra , 

24  il  en  a  fait  le  contraire. 

25  Et  des  Ismaelites  sans  nombre 

26  ont  et e  pour  lui  obeissants  en  tous  devoirs. 

27  Son  nom  est  reste  en  tout  lieu  et  ville, 

28  Saih  ‘Adi,  jusqu’a  notre  jour. 


Que  dit  le  texte?  Les  vers  1  a  14  pretendent  ne  rien  apprendre  de 
nouveau,  l’auteur  s’en  tient  a  ce  que  «racontent  les  histoires»  (vers  14). 
Le  vers  2  est  tout  a  fait  explicite,  et  d’ailleurs  en  parfait  accord  avec 
tout  le  reste  de  la  tradition:  les  deux  moines  sont  restes  sur  place  «par 
ordre  du  Seigneur».  Cfest  la,  sur  place,  que  (vers  7  et  8)  ils  fondent 
un  monastere. 

Or,  oil  dtaient-ils?  Ils  etaient,  avec  R.  Hormizd  et  leurs  autres  com- 
pagnons,  sur  la  montagne  des  Milliers.  Quand  la  diminution  de  la  source 
causa  la  dispersion  des  moines,  seuls  les  deux  amis  resterent.  Plus  tard 
(toujours  selon  les  histoires)  la  source  reprit  un  debit  meilleur,  et  les 
deux  moines  purent  batir  un  monastere.  On  ne  dit  pas  qu’ils  aient  en- 
freint  «l’ordre  du  Seigneur »  et  quitte  leur  place  pour  batir  ce  monastere; 
celui-ci  est  done  situe  dans  la  montagne  des  Milliers. 

Les  vers  15  a  24  expliquent  l’annexion  de  ce  monastere.  «L’oppres- 
seur»  est  ici  un  nomme  ‘Adi,  mahometan.  Cette  derniere  qualite  Con¬ 
corde  avec  ce  qu'on  sait  par  ailleurs  de  celui  que  les  Yezidis  revendiquent 
comme  le  fondateur  de  leur  secte;  e’etait  un  saih  soufi  orthodoxe  du 
XI Ie  siecle.  L’hymne  ajoute  que,  bien  que  ‘Adi  ait  ete,  a  un  titre  ou  a 
un  autre,  «disciple  de  Rabban»  (vers  19)  e’est-a-dire  qu’il  ait  probable- 
ment  discute  parfois  philosophic  avec  le  superieur  du  couvent  (1),  il  fit 
subir  aux  moines  toutes  sortes  de  vexations  et  Unit  par  s’emparer  du 
couvent. 


(1)  Sur  cet  emploi  du  mot  Rabban,  tout  scul,  cp.  Bk.  TI,  p.  55. 


BET  RUSTAQA 


805 


Qu’en  fit-il?  «Le  contraire»  de  ce  qu’on  fait  habituellemcnt  dans 
un  monastere.  On  peut  supposer  que  le  Saih  y  mit  une  dc  ses  takya , 
car  on  sait  que  les  saihs  soufis  en  avaient  souvent  plusieurs,  et  ‘Adi 
lui-meme  en  avait  ddja  une  a  Berestek.  L’enseignement,  blasphdmatoire 
du  point  de  vue  des  moines,  que  cela  comportait,  ainsi  que  l1  abomination 
que  reprdsentait  fintroduction  de  femmes  dans  l’enceinte  du  couvent, 
est  resume  d'une  fa^on  saisissante  dans  V expression :  «il  en  fit  le  contraire.» 

Les  quatre  derniers  vers  citds  (de  25  a  28)  disent  comment  ce  per- 
sonnage  de  ‘Adi  (c’est-a-dire  fhomme,  car  il  n'est  pas  question  du  temple) 
eut  bientot  des  partisans  innombrables,  et  comment  ce  spoliateur  devint 
tristement  celebre. 

En  resume,  ce  que  le  Saih  ‘Adi  a  pris,  c’est  le  couvent  de  Yohannan 
et  Iso‘sawran  au  Mont  des  Milliers;  le  texte  de  rhymne  ne  peut  rien 
signifier  d’autre.  Lui  faire  dire  que  c’est  le  sanctuaire  actuellement  connu 
sous  le  nom  de  Saih  ‘Adi  qui  represente  fancien  couvent  dont  il  est 
question  ici,  est  ignorer  la  position  du  couvent  du  Mont  des  Milliers. 
En  fait  on  a  vu  que  c'est  le  mazar  ydzidi  de  Diikd  Tsak  qui  a  pris  la  place 
du  couvent  de  Mar  Ydhannan  et  que  ce  mazcir  se  trouve  sur  le  Maqlub. 
Quand  ils  devinrent  propridtaires  chrdtiens  exclusifs  du  Mont  et  rdorga- 
serent  leurs  ldgendes  en  consdquence,  vers  le  XIIe-XIIIe  siecle,  les  Jaco¬ 
bites  reconnurent  son  origine  monastique  et  se  contentcrent  de  l'intdgrer 
au  cycle  de  Mar  Matta  en  l’attribuant  a  «son  disciple»  Zakai. 

Contre  l’assertion  de  Bar  Mqaddam  que  Saih  ‘Adi  s’empara  du 
couvent  de  Mar  Yohannan  et  Iso‘sawran,  peut-on  faire  dtat  du  silence  de 
Bar  Hebraeus?  Celui-ci(l)  parle,  en  1296,  soit  deux  ans  apres  la  mort 
du  Han  Ahmad,  des  mdsaventures  des  «fils»  du  Saih  ‘Adi.  Il  mentionne 
leur  arriere  grand  oncle  comme  quelqu'un  «que  les  Kurdes  considerent 
comme  un  prophete»,  mais  ne  dit  rien  de  ses  exploits  supposds. 

Ce  mutisme  peut  s’cxpliquer  sufiisamment  par  la  prudence,  les  par¬ 
tisans  du  Saih  ‘Adi  ne  sont-ils  pas  dangercusement  proches  de  Mar 


(1)  Chronography ,  t.  I,  p.  453,  456,  464. 


806 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Matta,  demeure  du  maphrien,  et  de  ses  villages?  Et  d’ailleurs,  le  couvent 
spolie  etait  nestorien,  et  Pecrivain  jacobite;  si  ami  qu’il  soit  de  Denha 
d’Erbil,  il  ne  peut  s’empecher,  au  fond  de  son  coeur,  d’etre  satisfait  d’etre 
ddbarrasse  de  voisins  indesirables.  Tant  la  prudence  que  le  fait  que  cela 
ne  le  regardait  pas,  concouraient  a  faire  taire  Bar  Hebraeus. 

Jusqu’ici,  avec  Bar  Mqaddam,  disons  au  XVe  siecle,  nous  sommes 
encore  dans  les  documents  historiques,  assez  proches  des  evenements 
(vers  15)  pour  offrir  des  garanties  suflisantes  d’authenticite.  Avec  le 
texte  suivant  on  entre  dans  la  legende,  et  meme  dans  le  royaume  des 
faussaires. 

Un  maitre  brodeur :  le  pseudo  Ramiso‘ 

L’abb£  Nau  a  fait  connaitre,  en  1918,  un  second  texte,  dont  la  for¬ 
tune  est  encore  tres  grande,  meme  chez  les  Yezidis  modernes,  qui  en  ont 
cru  les  chretiens  sur  parole,  et  ne  sont  nullement  genes  que  leur  fondateur 
ait  pris  un  couvent  (1).  Selon  ce  texte  c’est  bel  et  bien  le  temple  de 
Saih  ‘Adi  lui-meme  qui  est  l’ancien  couvent  de  Yohannan,  et  on  ajoute 
des  details  sur  l’usurpateur,  un  intendant,  un  kurde  chef  de  bergers,  qui 
est  identifie  a  ‘Adi. 

II  n’y  a  pas  lieu  de  s’attarder  a  l’identification  de  Nau  (2),  qui 
veut  voir  en  nos  deux  moines  Jean  de  Dailam  et  son  compagnon,  la  paire 
bien  connue,  et  fait  meme  du  second  le  disciple  du  premier.  On  sait  en 
effet  qu’il  y  a  bien  peu  de  chances  pour  que  Jean  de  Dailam  et  son  ami 
soient  revenus  dans  les  parages,  leur  captivity  puis  leur  activite  aposto- 
lique  se  plagant  assez  loin  de  la,  au  sud  de  la  Caspienne  puis  dans  les 
alentours  du  Golfe  Persique.  S’il  y  avait  un  couvent  a  Saih  ‘Adi,  les 
titulaires  seraient  Iso‘sawran  et  Yohannan  de  Resa,  compagnons  de 
R.  Hormizd.  Mais  y  a-t-il  jamais  eu  un  couvent? 


(1)  Recueil  de  Textes  sur  les  Yezidis,  ROC,  XX/ 19 18. 

(2)  Git.  p.  57,  n.  3  —  L'identification  est  adoptee  par  Y.  Sarkis,  Mabahit, 
t.  I,  p.  221.  —  Voir  aussi,  abfc>6  J.  Leroy,  Moines  et  monasteres  du  Proche  Orient ,  Paris 
1958,  p.  253-269,  reproduit  dans  Ecclesia  ( Fayard ),  n°  153,  dec.  1961,  p.  112-123. 


BET  RUSTAQA 


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Avant  de  discuter  le  texte,  il  faut  le  presenter  et  en  donner  un  resu¬ 
me.  Cette  histoire  de  Saih  ‘Adi  se  dit  dater  de  1451.  Elle  se  donne  pour 
auteur  un  certain  Ramis6‘,  moine  de  B.  ‘Awd,  et  aurait  etd  dcrite  a  la 
demande  de  R.  Yusif,  moine  du  couvent  de  Mar  Miha’il  de  Tar‘il. 

Voici,  en  substance,  ce  qu'aflirme  RamlsoL 

En  1138,  le  couvent  de  Yohannan  et  Iso‘sawran  dtait  plein  de  moi- 
nes  et  possedait  de  nombreux  troupeaux.  Le  chef  des  bergers,  un  kurde 
nommd  Musafir  fils  d’ Ahmad,  avait  un  fils,  ‘Adi,  qui  fut  6\cv6  et  instruit 
au  couvent,  dont  il  devint  intendant.  Ses  fils  epouserent  des  femmes 
mongoles  et  se  rendirent  insupportables  aux  moines,  qui  leur  retirerent 
la  garde  des  troupeaux.  ‘Adi  rdsolut  de  se  venger  et,  en  1219,  quand  le 
superieur,  nommd  Mari,  etait  parti  pour  son  pelerinage  annuel  a  Jeru¬ 
salem,  au  debut  du  Careme,  le  berger  profita  de  son  absence  pour  mas- 
sacrer  tous  les  moines,  sauf  un  malade  nomine  Mathias,  et  s'emparer 
du  couvent.  Mari  alia  demander  justice  au  Han  mongol  Batu,  qui  fit 
mettre  ‘Adi  a  mort  aux  environs  de  1223.  Apres  ‘Adi,  son  fils  Saraf  ad 
Din  fut  egalement  tu 6.  Son  autre  fils,  Sams  ad  Din,  s’enfuit  en  Syrie  et 
y  pdrit.  Yingt  ans  plus  tard,  sous  le  regne  cf  Ahmad  Han  (1282-1284), 
les  petits-fils  de  ‘Adi  se  firent  donner  ofliciellement  le  couvent. » 

Intendant  assassin  et  pelerinage  a  Jerusalem  dveillent  ddja  un  peu 
notre  mefiance,  mais  les  dates  et  les  noms  propres  font  plus  sth'ieux.  Que 
vaut  cette  piece,  et  d’abord  quelles  sont  ses  lettres  de  cr^ance? 

Le  texte  se  presente  comme  ayant  composd  en  1451.  Une  «copie» 
en  aurait  dte  faite  en  1588  par  le  chammas  ‘Osana,  fils  de  Thomas,  du 
village  d’Arena  au  Zibar,  alors  qu’il  habitait  au  village  de  Ba  Seprd  en 
Mazuri.  Line  seconde  copie  en  fut  faite  a  Alqos  en  1880,  par  Staipho 
Reis;  elle  se  trouve  actuellemcnt  a  Alqos  cliez  Mattika  Hagi,  de  la 
famille  Haddad.  C’est  sur  ce  dernier  excmplaire  que  de  nombreuses 
copies  furent  faites,  notamment  celle  utilisde  par  Nau  (1). 

Le  recit  qui  nous  interesse  fait  partied’un  ensemble  tres  bien  analyse 


(1)  Et  celle  du  moine  Ablahad  Tomas,  de  Mallabarwan,  que  je  remercie  ici. 


808 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


par  le  R.P.  Bois  (1),  que  jc  ne  puis  mieux  faire  que  de  citer:  «Le  texte 
publie  par  Nau  comporte  plusieurs  parties: 

1°  le  recit  de  roccupation  du  couvent  nestorien  de  Mar  Yohanna 
et  Icho  Sabran  (p.  56-64) ; 

2°  une  histoire  de  Yezid,  de  qui  descendent  les  Yezidis  (p.  63-67); 

3°  les  croyances  des  Yezidis  (p.  70-73);  leur  nombre  (p.  73). » 

«De  tout  cela,  dit  encore  le  R.P.  Bois,  seule  la  premiere  partie  est 
authentique,  car  seule  elle  est  annoncee  dans  le  titre  de  la  lettre  (p.  64)... 
Les  parties  2  et  3  sont  peut-etre  du  copiste  Stdphane  lui-meme.» 

Cette  derniere  phrase  met  en  cause  la  probite  du  chammas  alqo- 
chien.  En  fait,  en  dehors  de  ses  travaux  de  calligraphic  (six  autres  ma- 
nuscrits  echelonnes  de  1883  a  1902,  a  la  bibliotheque  de  N.-D.  des  Mois- 
sons)  (2)  on  ne  lui  connait  pas  de  compositions  historiques.  Seul  un 
poeme  soureth  sur  Joseph,  fils  de  Jacob,  lui  est  attribue  (3). 

A  part  cela,  je  partage  entierement  1'avis  du  R.P.  Bois  sur  le  manque 
total  de  valeur  des  parties  2  et  3,  quel  que  soit  leur  auteur;  d’ailleurs, 
elles  ne  nous  interessent  pas  ici.  Mais  faut-il  etre  plus  tendre  pour  la 
premiere  partie?  Que  celle-ci  soit  «annonc£e  dans  le  titre»  n’ajoute 
guere  a  son  authenticity,  car  un  titre  peut  etre  ajoute  ou  change.  Rien 
que  dans  notre  domaine,  les  titres  donnes  aux  lettres  d’lsd^aw  III  ou 
de  Timothee  devraient  au  contraire  nous  mettre  en  garde  contre  un 
procede  employe  par  les  faussaires  de  tous  les  siecles  et  de  toutes  les 
latitudes. 

C’est  done  le  contenu  du  texte  lui-meme  qu’il  faut  examiner.  Pour 
commencer,  le  R.P.  Bois  prend  le  soi-disant  Ramicho  en  flagrant  delit 
de  mensonges:  «Une  note  (p.  64)  indique  que  ce  rdcit  a  dte  composy 
d’apres  les  Histoires  Ecclesiastiques  qui  sont  a  Maragha  dans  la  Cellule  du 


(1)  Dans  Les  Yezidis ,  Machriq ,  1961,  cit. 

(2)  Cat.  Voste,  cod.  204,  38,  20,  316,  235,  et  69.  Le  nom  est  bien  6tabli,  bien 
que  A.  Scher,  meme  catalogue  cod.  160,  mette  Etienne  Raid;  cod.  36,  ‘Isa,  diacre; 
et  rien  pour  114.  II  ne  signale  pas  les  trois  autres  mss. 

(3)  Cat.  Voste,  cod.  130. 


BET  RUSTAQA 


809 


patriarche.  Mais  a  1'cpoque  ou  ecrivait  Ramicho,  il  y  avait  bien  long- 
temps  que  le  patriarche  nestorien  avait  quitte  Maragha.» 

Au  cours  du  texte  lui-meme  «l’auteur  s’embrouille  dans  les  dates». 
Confusions  et  anachronismes  ont  etd  ddja  relevds  par  Nau;  Y.  Sarkis  (1) 
en  a  fait  une  liste  impressionnante.  Comme  le  dit  encore  excellemment 
le  R.P.  Bois:  «En  tous  cas,  ce  rdcit  n'est  lui-meme  qu’une  broderie  des 
textes  d’Ibn  al-Athir  (m.  en  1223)  sur  les  paiens  Tirahi  et  de  Bar  He- 
braeus  (m.  en  1286)  sur  les  fils  de  Chcikh  ‘Adi...» 

II  faut  en  effet  ddployer  des  prodiges  dhngdniositd  pour  essayer  d’ex- 
traire  quelque  chose  d’historique  de  ce  fatras.  Ya'qub  Sarkis  essaie  de 
s’en  tirer  en  vengeant  la  memoire  de  'Adi  ibn  Musafir  m.  1162),  saih 
souh  orthodoxe  et  respectable,  ni  kurde  ni  chef  de  bergers  de  couvent, 
et  en  rejetant  la  culpability  de  la  spoliation  du  couvent  en  1219  sur  un 
autre  ‘Adi,  celui  que  le  R.P.  Bois  appelle  ‘Adi  II. 

Cette  opinion  se  heurte  au  texte  de  l’ouvrage  contemporain  de  ‘Adi  I, 
le  Qalaid  al-Gawahir  (2)  qui  fait  deja  habiter  le  Saih  a  Lfilds  et  fen- 
terre  dans  sa  zawiya.  Pour  pouvoir  insdrer  le  soi-disant  tdmoignage  de 
Ramicho,  Y.  Sarkis  se  verra  obligd  (3)  de  supposer  une  premiere  occu¬ 
pation  du  «couvent»  par  ‘Adi  I,  une  restitution  postdrieure,  et  une 
reprise  au  temps  de  ‘Adi  II. 

Detail  par  ddtail,  on  en  vient  done  a  abandonner  tous  les  points  de 
Phistoire.  Le  titre  meme  de  la  lettre  est  invdrifiable,  car,  si  on  le  sait 
pour  B.  ‘Awe,  on  n’a  pas  de  preuves  que  le  couvent  de  Tar‘11  ait  existd 
jusqu'en  1451.  J'incline  de  plus  en  plus  a  attribuer  tout  Tcnsemble,  pre¬ 
miere  partie  aussi  bien  que  le  reste,  au  chammas  ‘Osana,  a  la  fin  du 
XVIe  siecle.  C'est  lui  le  faussaire  qui  n'hesite  pas  a  mettre  son  oeuvre 
sous  un  nom  d’emprunt  pour  lui  donner  plus  de  poids.  De  telles  falsifi¬ 
cations  sont  monnaie  courante  en  histoire. 


(1)  Cit.  p.  222,  225  et  n.  15,  226,  etc. 

(2)  P.  90,  citd  par  Y.  SarkIs,  p.  223. 

(3)  Cit.  p.  228. 


810 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


«On  pcut  croire,  clit  encore  le  R.P.  Bois,  et  e’est  tout  ce  qu’il  faut 
retenir  de  la  lettre  de  Rabban  Ramicho,  que  le  couvent  de  Mar  Yohan- 
nan  et  Icho  Sabran  est  bien  devenu  en  effet  le  sanctuaire  yezidi  de 
Cheikh  Adi;  mais  ce  dernier  (ou  Tun  de  ses  successeurs)  pour  s’y  installer 
n’a  pas  du  necessairement  faire  usage  de  la  violence.  II  a  pu  trouver  le 
monastere  plus  ou  moins  mine  et  abandonne.» 

Mais  justement  pourquoi  Fid  entity  du  couvent  avec  le  sanctuaire 
yezidi  serait-elle  «tout  ce  qu'il  faut  retenir»  du  factum?  Pourquoi  isoler 
ce  point  et  lui  accorder  notre  creance,  alors  que  nous  sommes  prets  a 
sacrifier  tous  les  autres?  Or  en  fait,  e’est  ici  surtout  que  ‘Osana  a  deforme 
la  verite  historique.  II  a  franchi  le  pas  qui  restait:  entendant  parler  par 
un  texte  perdu  qui  lui  fournit  la  date  de  1138,  du  couvent  de  Yoliannan 
et  Iso‘sawran  (de  Resa)  qui  avait  ete  pris  par  Saih  ‘Adi  (‘Adi  I)  et  ne 
sachant  plus  oil  etait  ce  couvent,  il  identifie  le  batiment  spolie  avec  le 
temple  meme  du  Saih,  et  il  le  localise  avec  une  impudeur  desarmante, 
et  convainquante  pour  beaucoup,  «pres  de  ‘Ain  Sifni  dans  la  montagne; 
a  Test  du  couvent  se  trouve  le  Gomel,  pres  du  village  de  Hinis,  qui  est 
a  trois  heures  de  marche  du  couvent». 

Desormais  le  mal  est  fait,  une  legende  est  nee  (1)  et  Ton  sait  com- 
bien  les  legendes  ont  la  vie  dure;  cette  legende  est  P oeuvre  d’un  faussaire 
malhabile  qui  n'a  fait  qu’accumuler  les  contresens  historiques. 

Avant  de  Fabandonner,  esperant  sans  trop  d'illusions  qu'il  retour- 
nera  a  Foubli  qu'il  merite,  pouvons-nous  essayer  de  dater  precisement 
ce  factum?  Le  seul  indice  qu'il  fournisse  est,  je  crois,  Femploi  du  mot 
«emir»  pour  designer  le  chef  cles  Yezidis.  Au  lieu  de  faire  des  tours  de 
force  pour  essayer  de  l'expliquer  (2)  on  pourrait  peut-etre  rechercher 
a  partir  de  quelle  date  le  terme  fut  employe  dans  cette  acception,  cela 
fournirait  un  terminus  a  quo  pour  la  date  extreme  de  la  legende,  et  nous 
rapprocherait  probablement  plus  de  1588,  date  de  la  premiere  «copie» 
connue,  que  de  1451. 


(1)  Le  Dr  Tritton  ( E.I .  cit)  l'appelle  deja  une  legende. 

(2)  Cf.  Y.  SarkIs,  cit.  p.  224,  n°  2. 


BET  RUSTAQA 


811 


Dans  la  premiere  partie,  inddite,  des  notes  du  pretre  Ishaq  de  Ba‘slqa 
sur  les  Yezidis,  figure  une  version  du  milieu  du  XIXe  siecle  de  la  lcgende 
du  couvent  (1).  Saih  ‘Adi,  annoncd  par  un  aveugle  «du  pays  de  Marga» 
et  un  petit  berger  de  Bhandawai  attache  a  ses  pas,  «arrive  au  couvent», 
qui  ici  n’est  pas  nommd.  Le  supdrieur,  qui  s’appelle  Yohannan,  lui  fait 
bon  accueil  et  lui  dit  que  la  place  lui  etait  rdservee  depuis  toujours.  La 
dessus  il  lui  laisse  le  couvent,  et  s’en  va  a  Jerusalem,  ou  il  reste  jusqu  a 
sa  mort. 

Le  brave  pretre  Ishaq  ne  dit  pas  qu’il  ait  recueilli  ce  recit  des  Ye¬ 
zidis  eux-memes,  il  a  du  moins  la  pudeur  de  cloturer  sa  section  par  une 
phrase  ou  il  ddgage  sa  responsabilite  quant  a  la  crddibilite  des  billevesdes 
qu’il  rapporte  au  sujet  de  son  hdros,  qu’il  appellera  familierement  plus 
loin  ‘Adlko. 

Faut-il  condamner  le  chammas  ‘Osana  sans  autre  forme  de  proces? 
Au  fond,  sa  reaction  n’est  que  le  produit  d’une  Equivoque,  basde  sur  un 
prejuge.  Lisant  dans  Bar  Mqaddam  ou  ailleurs  que  ‘Adi  avait  pris  un 
couvent,  il  ne  soup^onne  pas  une  minute  que  ce  couvent  puisse  etre  en 
un  autre  lieu  que  le  sanctuaire  actuel  de  la  secte  du  Saih  ‘Adi;  a  fin- 
verse  du  dicton  «il  prend  le  Piree  pour  un  homme»,  il  voit  tout  de  suite 
en  Saih  ‘Adi  un  temple,  alors  que  l’hymne  ne  parle  que  d’un  homme. 
Cette  Equivoque  range  ‘Osana  parmi  les  innombrables  victimes  du  pre- 
jugd  toujours  si  vivace,  que  les  historiens  auront  a  combattre  jusqu’au 
jugement  dernier,  de  voir  en  tout  lieu  de  culte  un  ancien  couvent. 

Combien  d’orientalistes  modernes,  par  ailleurs  fort  distingues,  n’ont- 
ils  pas  succombe  a  ce  raisonnemcnt.  Combien  n’ont-ils  pas  dcrit  des 
phrases  comme  celle-ci,  par  exemple:  «Au  Sindjar,  plusieurs  de  ces  an- 
ciens  couvents  servent  de  sanctuaires  aux  Ydzidis.»  Or,  j’ai  fait  deux 
sejours  au  Singar,  a  la  recherche  justement  des  anciens  couvents;  ce  que 
j’ai  pu  constater,  tout  au  plus,  c’est  que  les  mines  de  certains  anciens 
monasteres  etaient  hantees  par  quelques  miserables  Ydzidis  Tchdlka, 


(1)  Ms.  Mattika  Haddad,  fol.  39  r. 


812 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


emigres  de  Turquie.  Ce  qui  prouve  que  les  «traditions  locales  chretiennes 
unanimes»  peuvent  aussi  etre  fausses,  memc  si  elles  ont  dte  naguere  ap- 
puydes  par  quelques  «dignitaires  c,haldeens»,  heureusement  de  plus  en 
plus  rares  a  partager  des  opinions  peu  critiques. 

Un  convent  dans  la  vallee  de  Lades? 

Fonde  par  Yohannan  ou  un  autre,  pris  par  Saih  ‘Adi  ou  non, 
a-t-on  des  preuves  quhl  y  ait  eu  un  couvent  quelconque  dans  la  vallee 
de  Lales,  avant  le  temps  de  Saih  ‘Adi?  Les  tenants  de  Fopinion  tradi- 
tionnelle  recourent  a  un  raisonnement  simpliste  qui  peut  se  reduire  au 
syllogisme  suivant:  toutes  les  takya  situees  dans  des  vallees  sont  d’anciens 
couvents,  or  la  takya  du  Saih  ‘Adi  est  situee  dans  une  vallee,  done  la 
takya  de  Saih  ‘Adi  est  un  ancien  couvent. 

Je  ne  prdtends  pas  connaitre  toutes  les  vallees  du  nord  de  Flraq  et 
toutes  les  takya  qui  peuvent  s’y  trouver,  mais  la  majeure  [salva  reverentia ) 
du  syllogisme  me  semble  un  peu  rapide.  II  est  exact  que,  la  plupart  du 
temps  et  dans  tous  les  pays,  les  religions  se  sont  succedees  dans  Foccu- 
pation  des  memes  sites,  par  esprit  de  re-secration,  ou  simplement  parce 
que  les  meilleurs  emplacements  etaient  deja  pris.  Gependant  il  n’est  pas 
exclus  que  des  sanctuaires  recents  soient  venus  s’installer  dans  des  lieux 
qui  n’avaient  connu  aucune  occupation  religieuse  anterieure:  le  cas  du 
sanctuaire  du  Saih  ‘Abd  ul  ‘Aziz  al  Gailani,  pres  de  ‘Aqra,  en  est  un 
exemple. 

Et  de  plus,  meme  si  Fon  pouvait  prouver  Fexistence  dans  notre 
vallee  d’un  groupement  monastique  plus  ou  moins  nombreux,  cela 
voudrait-il  dire  forcement  quhl  y  avait  aussi  un  couvent  et  une  eglise? 
Les  exemples  des  moines  de  Bar  Qaiti,  au  Singar  (1),  et  des  ascetes  du 
Mont  Zlnai,  rencontres  precedemment,  semblent  prouver  le  contraire, 
et  le  synode  de  Gregoire  I,  en  605,  mentionne  expressement,  en  plus  des 
couvents,  les  «congregations»  (Knusla)  isolees  de  moines  (2). 

(1)  On  n’a  pas  jusqu’ici  retronve  de  traces  de  l’eglise  qui  aurait  desservi  les 
moines  de  la  colonie  dite  actuellement  de  Dair  ‘Asl,  au  Singar. 

(2)  Syn.  Or.,  p.  477  (1.  6  et  7)  chald.  p.  212. 


BET  RUSTAQA 


813 


Dans  i’etat  actuel  de  nos  connaissances,  c’est  au  maximum  une  oc¬ 
cupation  monastique  de  ce  genre,  individuelle  et  dispersde,  que  Ton  peut 
prouver  dans  la  vallee  de  Lales.  Dcs  noms  en  temoigncnt  peut-etre  en¬ 
core:  ici  c’est  une  tombe,  situee  pres  du  temple,  qui  serait  celle  de 
«Hanna»,  ou  meme  de  «Mar  Hanna»  (1).  Ailleurs  c’est  Andrlsi,  Pir 
Husaba,  Mar  Guorguls,  Isibia,  etc.  (2).  Et  encore,  ces  gens  dtaient-ils 
des  moines,  plus  tard  intdgrds  dans  les  legendes  ydzidies,  ou  n’dtaient-ils 
pas  vraiment,  comme  les  Yezidis  le  disent  eux-memes,  des  chrdtiens  qui 
travaillaient  comme  «secretaires»  aupres  du  Saih?  Ainsi,  d’apres  eux, 
Mar  Hanan  l’Alqochien  dtait  un  des  familiers  de  Saih  ‘Adi;  ce  fut  son 
neveu,  Hanna,  qui,  en  tant  que  secretaire  du  Saih,  dcrivit  le  livre  sacre 
ydzidi  appeld  Galwa. 

Meme  s’il  etait  prouvd  que  les  noms  de  lieux-dits  entourant  le  temple 
(compte  non  tenu  du  mythique  Hidr  Elias)  tdmoignent  d’une  occupation 
chrdtienne  prd-ydzidie,  il  n’y  aurait  pas  lieu  de  s’dtonner.  Lalds  dtait  un 
village  chretien,  or  combien  de  villages  chretiens  sont-ils  ainsi  entoures 
de  petits  temples  dedies  a  toutes  sortes  de  saints  personnages?  II  ne  serait 
meme  pas  impossible  qu’on  y  trouve,  un  jour  ou  Y autre,  un  fragment 
d’inscription  chaldeenne,  mais  il  faudrait  voir  le  texte  avant  de  crier 
au  couvent. 

Un  passage  de  Thomas  de  Marga  (3)  prouve  encore  qu’il  n’y  avait 
pas  de  couvent,  mais  permet  par  contre  d’ajouter  un  nom  a  la  liste  des 
habitants  chretiens  de  la  vallde.  C’est  le  Bx  Mar  Italaha,  qui  passa 
«toute  sa  vie  dans  la  perfection  de  Part  et  des  actes  ascdtiques,  dans  un 
petit  trou  dans  le  roc,  au-dessus  du  village  de  Lalds».  On  peut  verifier 
sur  place  la  precision  habituelle  de  Thomas,  car  il  n’y  a  en  fait  aucune 


(1)  Monte  Sinjar,  cit.  p.  36.  —  Si  ce  Hanna  £tait  le  prdtcndu  fondateur  Yo- 
hannan,  il  ne  serait  pas  enterr6  en  dehors  de  son  couvent. 

(2)  J’emprunte  ces  noms  a  Isma‘Il  Beg  Ghol  ( al-Yazidiya  qadiman  wa  haditan , 
Beirut,  American  Press,  1934,  p.  107-108)  par  l’intrermddiaire  du  R.P.  Bois,  cit6, 
p.  230,  n.  100. 

(3)  Bk.  II,  p.  575. 


814 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


grotte  cligne  de  ce  nom  dans  la  pente  montagneuse  qui  domine  le  village. 
Mais  ce  qui  est  important,  est  que  P auteur  campe  son  personnage  par 
rapport  a  un  tout  petit  village  inconnu;  ne  Paurait-il  pas  situe  en  relation 
avec  le  couvent,  s’il  y  avait  eu  un  si  fameux  couvent  a  cote,  car  Lalds 
(qui  vient  d’etre  rebati  apres  avoir  ete  longtemps  en  ruines)  est  situe  a 
moins  de  deux  kilometres  du  temple  de  Saih  ‘Adi. 

II  n’y  a  done  pour  le  moment  aucune  preuve,  ni  ecrite,  ni  archeo- 
logique  qu’il  y  ait  eu  la-bas  un  couvent  dont  l’eglise  aurait  pu  devenir 
temple  yezidi. 

Et  si  ce  n  est  pas  line  eglise  ? 

Puisqu’il  ne  semble  pas  que  c’ait  ete  une  eglise,  qu’etait  done  le 
batiment  de  la  vallee  de  Lalds  avant  de  devenir  temple  yezidi? 

J’ai  pose  la  question  a  mon  ami,  M.  Sa‘id  ad-Dewahgi,  directeur 
du  Musee  de  Mossoul,  dont  les  travaux  d’histoire  musulmane  locale  sont 
bien  connus;  d’autant  plus  que  cet  erudit  etudie  depuis  longtemps  les 
Yezidis,  sur  lesquels  il  prepare  un  ouvrage,  et  qu’il  est  tres  vers 6  en 
soufisme. 

Pour  ce  qui  est  du  temple  de  Saih  ‘Adi,  le  savant  islamisant  est 
categorique:  le  batiment  est  une  ancienne  mosqude,  bade  comme  telle 
des  Porigine.  La  construction  longitudinale  avec  porte  a  l’extrdmite  est 
typique  des  mosquees  de  la  montagne  kurde,  telles  que  celle  de  Bamarne, 
alors  que  les  mosquees  de  la  plaine  ont  plutot  leurs  portes  dans  le  mur 
oppose  a  la  qibla.  Cette  derniere  est  correctement  donnee  ici  par  le  mur 
sud  (1),  dans  lequel  on  voit  encore  trois  mihrab.  Les  fideles  qui  font  face 
a  ces  mihrab  tournent  le  dos  au  tombeau,  ce  qui  satisfait  le  precepte  qu’au- 
cun  tombeau  ne  doit  etre  interpose  entre  celui  qui  prie  et  la  qibla.  Le 
ruisseau  et  les  bassins  s’expliquent  egalement  par  les  ablutions  rituelles  mu- 
sulmanes,  on  en  trouve  de  semblables  a  Bamarne.  Quant  au  tombeau,  les 
textes  prouvent  qudl  marque  le  lieu  meme  de  Pancienne  zawiya  du  Saih  (2) . 


(1)  A  Mossoul  la  qibla  est  exactement  12°30  sud-ouest. 

(2)  Quand,  de  1892  a  1904,  le  temple  fut  reconverti  en  une  ecole  de  religion 


BET  RUSTAQA 


815 


Ainsi  done,  tout  sc  trouve  expliqud,  sans  qu'on  ait  besoin  de  recourir 
a  la  supposition  d'une  ancienne  eglise. 

Et  d’ailleurs,  quand  on  y  reflechit,  n’est-ce  pas  dans  la  ligne  de  la 
these  principale  du  R.P.  Bois  sur  les  Yezidis  qu  il  en  soit  ainsi?  L'auteur 
aurait  du  etre  aussi  radical  ici  que  dans  le  reste  de  son  article.  Son  rejet 
pour  la  secte  des  «origines  soi-disant  chrdtiennes»  devait  s’appliquer 
aussi  a  leur  temple  et  il  n’aurait  pas  du  se  laisser  impressionner  par  de 
pretendues  traditions  chretiennes,  si  unanimes  qikelles  paraissent.  II  avait 
prouve  abondamment  le  manque  total  de  valeur  du  texte  dit  de  Ramicho, 
il  ne  fallait  meme  pas  penser  qudl  recouvrit  une  vdritd  de  base,  du  moins 
pour  ici.  L’dminent  kurdologue  dtait  done  encore  plus  dans  le  vrai  qu’il 
ne  le  pensait  lui-meme  quand  il  parlait  des  «batisses  reconnues  comme 
mosquees  ou  tdkies  musulmanes  des  l,origine». 


musulmane,  on  n’eut  rien  besoin  de  changer  dans  la  disposition  de  la  salle  de  priere. 
Cf.  Daoud  al-Tsalabi,  Manuscrits  de  Mossoul,  Bagdad,  1927,  p.  252. 


XXIII 


LES  COUVENTS  DE  L’EXTREME  NORD 


Une  etude  complete  du  Ba  Nuhadra  voudrait  que  Ton  ajoute  encore 
deux  chapitres.  L'un  serait  consacre  a  la  region  montagneuse  situee  au 
nord-nord-est  de  Dehok  en  direction  de  Halmun.  La  se  trouvait  la  fron- 
tiere  entre  le  Ba  Nuhadra  et  la  province  de  Dasen  et  B.  Ture,  la  region  des 
montagnes.  L1  autre  devrait  envisager  la  plaine  au  milieu  de  laquelle  coule 
le  Habur,  plaine  situee  derriere  le  Mont  Behair,  limitee  a  Test  par  le 
massif  du  Han  Tur,  et  se  perdant  au  nord,  dans  des  montagnes  de  plus 
en  plus  hautes,  au-dela  de  la  frontiere  entre  l’lraq  et  la  Turquie.  Helas, 
ces  deux  regions  sont  interdites  aux  etrangers,  et  je  n’ai  pu  y  faire  que 
de  rares  et  breves  visites. 

La  vallee  du  Habur,  notamment,  divisee  dans  sa  partie  iraquienne 
en  Gulli  a  Test  et  Sindi  a  l’ouest,  comprend  la  petite  ville  de  Zah5  et 
ses  environs,  centre  d’un  diocese,  ou  il  y  a  encore  de  nombreux  Chre¬ 
tiens,  et  ou  la  plupart  des  villages  kurdes  conservent  des  vestiges  ou  des 
souvenirs  de  choses  chretiennes. 

Laissant  a  mes  confreres  du  clergd  chaldeen  qui  habitent  ces  districts 
le  soin  de  nous  les  faire  mieux  connaitre,  je  me  contente  ici  de  breves 
notices  sur  deux  couvents  de  fextreme  nord  de  Tlraq  que  le  Liber  Cas - 
titatis  met  encore  au  Ba  Nuhadra:  le  couvent  de  Mar  Atqen,  et  le  couvent 
de  Mar  SawrIso‘,  dit  de  ‘Awa  Saplra,  c’est-a-dire  du  Bois  Joli. 

1.  —  Mar  Atqen 

J’ai  deja  releve  a  propos  du  couvent  de  R.  Sliwa  comment  la  notice 
d’Isohinah  sur  Mar  Atqen  (1)  pouvait  induire  en  erreur.  II  y  est  dit: 


(1)  L.C.,  n°  120. 


COUVENTS  DE  l/EXTREME  NORD 


817 


«I1  alia  a  la  Montagne  du  Ba  Nuhadra,  qui  est  au  voisinage  du  monas- 
tere  d’Abba  Sliwa,  et  demeura  la.  II  batit  un  temple  superbe  et  il  reunit 
des  freres  autour  de  lui.»  D’ou  il  dtait  tout  naturel  de  conclure  (1): 
«I1  fonda  un  monastere  pres  de  celui  d’Abba  Sliwa. » 

En  rdalite,  Iso‘dnah  voit  les  choses  de  Basrah,  et  pour  lui  tout  ce 
qui  est  dans  «la  montagne  du  Ba  Nuhadra»  se  touche.  En  fait,  il  y  a 
pres  de  cent  kilometres  a  vol  d’oiseau  entre  les  deux  couvents,  puisque 
le  couvent  de  R.  Sliwa,  l’actuel  Dair  Sallb,  est  pres  de  ‘Ain  Sifni,  alors 
que  Mar  Atqen  est  dans  le  Sindi. 

Sa  position  exacte  est  donnee  par  une  note  manuscrite  du  P.  Rhetord 
disant:  «Le  monastere  de  Mar  Atqen  subsiste  encore,  dans  le  pays  de 
Sindi,  au-dessus  de  Zaho.  A  cotd  se  trouve  un  petit  village  chaldeen  ap- 
peld  ‘Umra  (le  monastere).  Ce  lieu  se  trouve  dans  le  voisinage  de  Yarda, 
et  plus  loin  se  trouve  le  village  chrdtien  d’Esnah  (en  arabe:  Sanat).  En 
1877,  voyageant  dans  ces  parages,  j’ai  visitd  le  vieux  monastere  de  Mar 
Atqen,  qui  dtait  alors  assez  bien  conserve. »  En  fait  le  village  de  ‘Umra 
est  quelquefois  aussi  appele  Dair  Sis. 

Faut-il  identifier  le  fondateur  avec  le  Mar  Atqen  «qui  se  tirait  les 
poils  de  la  barbe»,  qui  dcrivit  des  Histoires  Ecclesiastiques  (2),  des  Merits 
asedtiques,  des  lettres,  etc.  ?  Baumstark  (3)  pense  quhl  doit  y  avoir  deux 
ecrivains  du  meme  nom,  ce  qui  n’est  pas  impossible. 

Atqen  serait  un  des  nombreux  chrdtiens  months  du  B.  Garmai  vers 
le  nord  au  ddbut  du  YIIIe  siecle. 

Apres  s’etre  initid  a  la  vie  monastique  au  Grand  Monastere  d’Abra- 
ham,  au  Mont  Izla,  il  revint  au  Ba  Nuhadra  et  habita  au  couvent  de 
R.  Sliwa,  dont  il  devint  le  troisieme  supdrieur.  En  effet,  R.  Qiiriaqos 
ayant  ete  nommd  dveque  de  Balad,  Atqen  lui  succeda  (4).  C’est  a  cette 


(1)  F.  Nau,  in  DHGE,  V/1931,  col.  132,  s.v.  Atqen. 

(2)  Bk.  II,  p.  186,  207-234;  cf.  B.O.  Ill,  I,  p.  217. 

(3)  Syr.  Lit.,  p.  206. 

(4)  L.C.,  n«  103. 


Rech.  23  —  52 


818 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


periode  a  R.  Sllwa  que  remonte  l’amitie  d’Atqen  avec  Yusif  Hazzaya, 
comme  lui  disciple  de  Quriaqos. 

Combien  de  temps  resta-t-il  superieur,  et  pourquoi  quitta-t-il  sa 
charge?  L’histoire  ne  le  dit  pas,  mais  nous  le  retrouvons  bientot  en  mou- 
vement.  Est-ce  a  ce  moment-la  qudl  passa  un  certain  temps  au  monas- 
tere  d’Apnimaran,  ou  le  sejour  qual  fit  la-bas  (1)  date-t-il  de  son  retour 
de  Nisibe;  dans  les  deux  cas  le  couvent  du  safran  etait  sur  sa  route  ou 
n’en  etait  pas  loin.  Mais  cette  fois  Atqen  s’enfonqa  dans  la  montagne  du 
nord.  CTest  la  qu’il  fonda  son  propre  couvent,  «et  il  trepassa,  et  il  fut 
depose  dans  son  monastere». 

Peut-etre  avant  sa  mort,  le  vieux  Yusif  Hazzaya,  degoute  des  con- 
troverses  et  des  incomprehensions,  avait  quitte  la  superiority  de  son  cou¬ 
vent  de  Margana,  en  Adiabene,  pour  monter  dans  Fisolement  des  mon- 
tagnes  se  reposer  aupres  de  son  ancien  ami  des  premieres  annees.  On  ne 
sait  quand  Mar  Yusif  vint  au  couvent  de  Mar  Atqen,  mais  c’est  la  qu’il 
mourut  (2). 

Il  semble  que  le  couvent  ait  ete  deserte  avant  le  XVIIe  siecle,  car 
la  liste  de  1607  ne  contient  aucun  nom  qui,  de  pres  ou  de  loin,  ressemble 
au  sien. 

Le  couvent  de  Mar  Atqen  est  encore  fobjet  d’un  pelerinage  annuel, 
le  jour  de  la  fete  du  saint,  le  premier  dimanche  de  janvier  (3).  Des  gue- 
risons  de  fous  et  de  femmes  steriles  lui  sont  attribuees. 

2.  —  Le  couvent  du  bois  joli 

Nous  avons  deja  rencontre  le  texte  du  lectionnaire  de  1075,  au  cin- 
quieme  vendredi  de  Moise  (4),  «Commemoraison  de  Mar  Sawriso1 2 3 4, 
Iso‘yaw,  Ya‘qub,  Adona,  Sllwa,  Apnimaran  et  leurs  compagnons,  fon- 
dateurs  de  couvents  dans  la  region  du  B.  Nuhadra». 


(1)  Bk.  II,  p.  234. 

(2)  L.C.,  n°  126. 

(3)  Calendrier  d’Urmi  1894,  ou  il  est  appeie  Mar  Atqen  de  §Is. 

(4)  Au  B.M.,  cat.  Wright,  Add.  17,923,  fol.  159  a. 


COUVENTS  DE  L’EXTREME  NORD 


819 


Tous  ces  fondateurs,  Fun  apres  F  autre,  sont  passes  dcvant  nous; 
nous  avons  essayd  de  les  replacer  dans  le  lieu  et  le  temps,  et,  quand 
c’dtait  possible,  de  leur  donner  quelques  traits  vivants.  Le  premier  de  la 
liste  est  celui  dont  Fdtude  vient  en  dernier,  car  il  est  alld  percher  son 
couvent  a  Fextreme  nord  clu  Bii  Nuhadra,  en  fait  un  peu  au-dela  de  la 
frontiere  moderne,  done  en  territoire  turc. 

Le  village  voisin  s  appelle  Mar  SawrIso‘;  bien  que  beaucoup  de  ses 
habitants  aient  emigrd  en  Iraq,  et  se  trouvent  notamment  a  Mossoul, 
il  y  reste  encore  des  chrdtiens. 

Ne  au  pays  de  Ninive  (1),  et  eleve  a  Fdcole  d’Erbil,  Sawrls5‘  fut 
attire  au  Mont  Izla  par  la  renommde  d’Abraham  le  Grand.  Il  demeura 
longtemps  aupres  de  son  maitre  (2),  et  fut  Tun  des  membres  de  la  glo- 
rieuse  cohorte  de  ce  temps,  parmi  lesquels  on  comptait  le  futur  martyr 
Guorguls  (3). 

«Alors,  la  grace  Fappela  a  aller  batir  un  monastere. »  Nous  avons 
souvent  rencontre  de  ces  formules  ddulcordes  d’Isd'dnah,  virtuose  de  ce 
que  les  Anglais  appellent  les  understatements.  La  vdritd  est  bien  connue 
sur  les  causes  de  la  dispersion  des  Freres  du  Grand  Monastere  (4). 
Sawnso‘  fut  un  de  ceux  qui  partirent.  Il  vint  habiter  au  «Bois  joli»  et 
bientot  la  cristallisation  habituelle  groupa  autour  de  lui  des  Freres,  qui 
s’organiserent  en  monastere. 

Parmi  les  premiers  freres,  Fun  a  vu  son  nom  mutild  dans  les  textes; 
la  seule  chose  sure  est  que  la  premiere  syllabe  en  est  «su».  Les  diffdrents 
dditeurs  du  Liber  Castitatis  ont  compldtd  le  nom  en  Suhalmaran,  avec 
reference  au  personnage  de  ce  nom  rencontrd  dans  le  meme'  ouvrage  (5). 


(1)  L.C.,  n°  26. 

(2)  L.C. ,  n°  14. 

(3)  Cette  phrase  du  L.C.  26  a  bien  l’air  d’etre  une  glose,  ou  une  ligne  oublide 
plus  haut  que  le  copiste  r^introduit  ici. 

(4)  Bk.  II,  p.  67;  citd  par  B.O.,  III, I,  p.  255  et  469,  puis  Budge,  Hist .  of...  Bar 
Idta,  II, I,  p.  233,  n. 

(5)  L.C.,  n°  64. 


820 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Cette  identification  ne  me  semble  pas  convaincante,  car  le  Suhalmaran 
qu’on  trouve  la-bas  est  le  successeur  de  Mar  Yohannan  (1)  au  monas¬ 
tere  d’un  autre  Sawrlso1 2 3 4,  connu  sous  le  nom  de  B.  Qoqa,  que  nous  avons 
etudie  en  Adiabene.  Les  suppositions  restent  done  ouvertes  quant  a  l’iden- 
titd  du  «su»  qui  fut  un  des  premiers  disciples  du  Bois  Joli,  et  «fit  voir 
ses  beautes  dans  la  maison  de  Mar  Sawrlso4 ». 

Pendant  que  nous  en  sommes  aux  erreurs  engendrees  par  l’homo- 
nymie  des  couvents  des  deux  Sawrlso4,  je  renvoie  au  passage  sur  Maran 
‘Emmeh  de  Zlnai,  dans  le  chapitre  sur  B.  Qoqa,  pour  la  correction  de 
l’erreur  de  Mingana  (2)  qui  fait  venir  Maran  ‘Emmeh  au  couvent  de 
Mar  Sawrlso4  de  Ba  Nuhadra,  e’est-a-dire  a  4Awa  Sapira,  alors  qu’en 
fait  il  vint  au  couvent  de  Mar  Sawrlso4  d'Adiabene,  e’est-a-dire  a  B. 
Qoqa. 

Un  autre  membre  du  premier  groupe,  qui  «feconda  le  monastere 
de  toutes  les  vertus»,  est  Apnimaran,  fondateur  de  Za'faran. 

Peu  de  temps  apres  la  fondation,  un  novice  d’Adiabene  (encore  un 
cas  de  montee  vers  le  nord)  vint  au  monastere.  En  son  temps  «on  le 
for^a  et  on  le  fit  superieur  du  monastere  de  Mar  Iso4yaw».  On  aura 
reconnu  Abba  Slemun,  successeur  de  Ya4qub  Hazzaya  a  Mar  Ya'qub  (3). 

De  la  deuxieme  generation  est  Mar  Zahe,  qui  vint  de  Qardu,  du 
monastere  de  R.  Basslma,  au  monastere  de  4Awa  Sapira,  oil  il  fut  le 
disciple  d’Apnimaran  le  Grand  (4).  Zahe  deviendra  eveque  de  Hadita 
du  Tigre  au  milieu  du  VIIIe  siecle. 

Les  textes  ne  couvrent  done  qifune  centaine  d’annees  de  l’existence 
du  couvent.  Il  fut  certainement  restaure  dans  la  suite,  mais  on  ignore  a 
partir  de  quelle  epoque  il  fut  vide  de  moines.  On  ne  le  retrouve  ni  dans 
les  constitutions  d’exemption,  ni  dans  les  listes  de  1607. 


(1)  L.C.,  n°  63. 

(2)  B.  Ooqa ,  p.  261,  n.  2. 

(3)  L.C.,  n(J  98. 

(4)  L.C.,  n°  109. 


CONCLUSION 


LE  MONACHISME  ASSYRIEN 


Dans  son  grand  ouvrage  pas  encore  remplacd,  intitule  Oriens  Chris - 
tianus ,  le  P.  Le  Quien  donne  (1)  la  reproduction  d’une  carte  du  Patriar- 
cat  d’Antioche.  Cette  carte  est  datde  de  1732  et  a  pour  auteur  fillustre 
d’Anville,  geographe  royal.  A  cotd  de  localisations  dtonamment  exactes, 
telles  que  celles  de  Gaugamela  et  de  «Ninus»,  on  y  trouve  des  details 
candidement  audacieux.  Par  exemple,  Ur  est  placde  rdsolument  au  milieu 
de  la  Mdsopotamie,  a  mi-distance  entre  Ninus  et  Singara.  Et  la  ou  Ton 
peut  difficilement  rdprimer  un  sourire,  c'est  quand,  se  trouvant  malgrd 
tout  en  face  de  mysteres  irrdductibles,  le  pauvre  gdographe  royal  reserve 
un  coin  de  sa  carte  a  une  liste  de  quelques  ignoti  situs. 

Mais  ne  nous  hatons  pas  de  nous  gausser  et  de  nous  croire  supe- 
rieurs.  Plus  de  deux  siecles  apres  les  gdants  qu'dtaient  Le  Quien  et  surtout 
Joseph  Simon  Assdmani,  nos  connaissances  ont  a  peine  avancd.  Nous 
avons  beau  etre  armds  de  cartes  ddtailldes  et  exactes,  d  dditions  critiques 
et  de  traductions  accessibles  de  la  plupart  des  textes  anciens,  la  gdogra- 
phie  et  Thistoire  du  monachisme  et  du  christianisme  assyriens  restent 
encore  pleines  d'inconnues.  L’ambition  de  ce  travail  dtait  d’apporter  sa 
modeste  contribution,  en  essayant  de  fixer  quelques  points  et  de  dissiper 
quelques  confusions.  Espdrons  qu'il  n’a  pas  trop  ajoutd  de  nouvelles 
erreurs ! 

Avant  de  fermer  ce  volume,  vais-je  me  laisser  tenter,  et  risquer  moi 
aussi  un  de  ces  rdsumds  dangereux  contre  lesquels  je  me  ddfendais  en 


(1)  Face  aux  col.  669-670. 


822 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


commen^ant?  Ge  sera  un  mocleste  tableau  synoptique  que,  je  crois,  on 
peut  esquisser,  de  l’histoire  monastique  locale. 

Maintenant  qu’a  ete  reconstitue  ce  qui  peut  Tetre  de  la  mosaique 
des  convents  du  Ba  Nuhadra,  de  Marga  et  d’Adiabene,  il  est  possible 
de  tenter  une  organisation  des  renseignements  epars  sur  les  moines  assy- 
riens,  afin  de  preparer  le  travail  a  qui  voudrait  essayer  une  synthese  de 
l’histoire  du  monachisme  oriental. 

Les  donnees  concernant  les  debuts  semblent  trop  fragmentaires  pour 
etayer  une  reconstitution  serieuse.  On  peut  s’appuyer  sur  deux  passages 
de  S.  Jerome,  ecrivant  a  la  fin  du  IVe  siecle,  pour  confirmer  ce  que 
disent  nos  sources,  a  savoir  Inexistence  du  monachisme  en  «Perse»  (1)  a 
cette  epoque.  De  meme  les  martyrologes  ou  les  Actes  des  martyrs  men- 
tionnent  souvent  la  qualite  de  «fils»  ou  «fille  du  pacte»  de  tel  ou  tel 
d’entre  eux.  Rien  que  le  martyrologe  de  Kerkouk  (2)  donne,  pour  la 
persecution  de  Sapor  II,  les  noins  d’un  fils  du  pacte  et  de  neuf  filles  du 
pacte.  Mais  rien  ne  permet  de  rattacher  ces  «voues»  a  des  couvents 
etablis. 

Notre  etude  nous  a  permis  de  preciser  les  points  suivants: 

IVe-Ve  SIEGLES 

Aucune  trace  ne  subsiste  de  fondation  anterieure  a  la  seconde  moitie 
du  IVe  siecle  (3).  Les  plus  anciens  phylums  de  couvents  dates  peuvent 
etre  repartis  en  quatre  groupes: 

1°  Les  couvents  fondes  sur  le  Mont  Maqlub  par  les  metropolites 


(1)  Lettre  LX  a  Helioclore  (P.L.  XXII,  col.  592)  «l’Indien,  le  Perse,  le  Goth 
et  l’Ethiopien  philosophent»,  et  lettre  CVII  a  Laeta  (P.L.  XXII,  col.  870) :  «de  l’lnde, 
de  la  Perse,  de  l’Egypte  nous  vient  chaque  jour  a  Bethleem  une  foule  de  moines. »  — 
Pour  Equivalence  entre  «philosophie»  et  «vie  monastique»,  cf.  A.J.  Festugiere, 
Antioche,  cit.  p.  296,  n.  1. 

(2)  AMS ,  II,  p.  286-289;  dans  sa  traduction  de  ce  document  ( B.O. ,  I,  p.  188-189) 
Assemani  traduit  par  «clericus»  et  «virgo». 

(3)  Assemani  ( B.O. ,  III, II,  p.  885)  releve  l’apparition  des  vocables  de  «monas- 
tere»  et  de  «superieur  de  monastere»  a  la  fin  du  IVe  s. -debut  Ve. 


CONCLUSION 


823 


et  ascetes  «grecs»  exiles  sous  Valens  (364-378),  et  sur  lesquels  on  possede 
le  temoignage  de  Thomas  de  Marga  (1)  «selon  ce  que  les  dcrivains  an- 
ciens  (helas  perdus!)  disent  a  leur  propos».  On  ne  peut  savoir  si  ces 
Grecs  fonderent  des  couvents  en  dehors  de  Marga  et  de  la  bande  fron- 
tiere  du  Nuhadra,  car  il  est  possible  que  Thomas  s’en  soit  tenu  a  leurs 
fondations  dans  la  region  qu’il  dtudiait.  Ce  premier  groupe  montre  done 
une  influence  de  la  Syrie  romaine,  sans  que  Ton  puisse  prdciser  la  rdgion 
d’origine  des  exiles.  Ils  formeront  un  noyau  solide  de  resistance  a  la 
nestorianisation. 

2°  Les  couvents  fondes  par  des  disciples  de  Mar  Awgin  ou  appa- 
rentes,  certains  attestes  par  Iso‘dnah  ou  son  remanieur,  d'autres  par  des 
sources  encore  plus  tardives.  Parmi  les  derniers,  les  noms  fournis  par  la 
tradition  jacobite  sont  les  plus  contestables,  puisqu’on  a  affaire  a  un 
«replatrage»  qui  veut  masquer  les  terribles  ruptures  que  Ton  a  vues. 
Quant  aux  legendes  nestoriennes,  a  cote  d’un  fatras  sans  aucune  valeur 
historique,  on  y  trouve  des  petits  details  qui  auraient  pu  difhcilement 
etre  inventes  plus  tard.  Avec  beaucoup  de  prudence  dans  l’adoption  des 
details,  je  penche  pour  la  veracite  et  Pauthenticite  du  fond. 

Ce  deuxieme  groupe  se  presente  comme  issu  d’Egypte  (2).  Si,  comme 
je  le  crois,  cette  filiation  n’est  qu’un  placage  tardif,  elle  peut  recouvrir 
une  souche  autochtone  de  monachisme,  produit  normal  d’une  conjonc- 
ture  chretienne  tres  semblable  a  celle  qui  avait  fait  edore  la  Thcbaidc. 
La  «nouvelle  Thebaide»  aura  pour  centre  la  montagne  de  Nisibe  (cou- 
vent  d’Eugene?),  elle  n’est  done  pas  non  plus  originaire  du  nord  de 
l’lraq,  au  sens  propre  du  mot. 

Quant  a  sa  ligne  de  propagation,  alors  que  les  Grecs  avaient  suivi 
la  Route  du  Roi,  les  Eugeniens  se  deplaceront  plus  au  nord,  en  Qardu 
et  B.  Zabdai,  descendant  plus  tard  vers  le  Nuhadra,  qu’ils  ne  semblent 


(1)  Bk.  II,  p.  574,  578. 

(2)  Cf.  mon  article  sur  Awgin,  in  Anal.  Bolland .,  LXXX/1962,  p.  52-81.  — 
M.  Voobus  pense  que  ce  maquignonnage  pouvait  cacher  une  influence  manich^enne 
sur  leur  origine. 


824 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


pas  avoir  depasse.  De  toutes  fa^ons,  comme  etape  routiere  ou  centre  de 
cristallisation,  Nisibe  joue  le  role  de  lieu  d’origine  du  monachisme  du 
nord  de  l’lraq. 

3°  On  peut  a  la  rigueur  appeler  couvents  les  sanctuaires,  martyria, 
tombes,  «m£moires»,  dont  Photellerie  £tait  confiee  a  la  direction  des 
moines  (1).  Si  Ton  n’en  trouve  pas  en  Marga,  on  en  rencontre  en  Ba 
Nuhadra  (Mar  Italaha  et  Mar  Behnam)  et  surtout  en  Adiabene,  ou 
par  ailleurs  on  n’a  pas  de  trace  de  couvent  antique  proprement  dit. 
Encore  une  fois,  nos  moyens  dhnformation  sont  trop  limites  pour  que 
Ton  puisse  conclure  de  la  que  le  monachisme  adiabenien  est  posterieur 
a  celui  de  Marga  et  du  Ba  Nuhadra.  Cependant,  la  situation  geographique 
de  P  Adiabene  a  Test  des  autres  territoires,  la  met  egalement  en  deuxieme 
position  pour  ce  qui  est  de  1’expansion  d’un  monachisme  venant  de 
l’ouest. 

4°  Enfin,  il  reste  un  certain  nombre  de  couvents  «tres  anciens», 
tels  que  ceux  de  Nard5s,  de  Zarag,  «du  pont»,  ou  de  Hadwahduht,  dont 
Taffiliation  n’est  pas  precise.  Une  generation  spontanee  locale  n’est  pas 
exclue  pour  certains  couvents  hors  serie. 

Parmi  tous  ces  couvents  du  nord,  le  privilege  de  l’exemption  sanc- 
tionne  la  place  a  part  occupee  par  deux  d’entre  eux:  Mar  Miha’il,  pres 
de  Mossoul,  exempte  ex  antiquo  or  dine,  et  le  Daira  d’Awun,  exempte  au 
milieu  du  VIe  siecle,  probablement  parce  qu’il  etait  cense  abriter  la 
tombe  de  Noe. 

VIe  ET  VIIe  SIEGLES 

Au  VIe  siecle  se  produisent  deux  phenomenes  contraires.  D'une 
part  un  relachement,  prenant  la  forme  surtout  des  abus  qui  se  couvrent 
du  nom  de  Messalianisme.  Une  de  ses  repercussions  sera  la  predomi¬ 
nance  de  plus  en  plus  forte  du  monophysisme,  avec  les  dechirements  que 


(1)  Cf.  Voobus,  History  of  Asceticism ,  CSCO,  Subsidia ,  t.  14,  1/1958,  p.  298-302, 


CONCLUSION 


825 


cela  entrainera.  Le  synode  d’Iso‘yaw  I,  en  585,  le  constatait  amere- 
ment  (1),  ce  premier  ensemble  de  facteurs  faisait  reculer  s^rieusement 
le  monachisme. 

Mais  d’autre  part  la  reforme  d’Abraham  le  Grand,  le  «pere  des 
moines  d’Assyrie»,  partie  dgalement  du  Mont  Izla,  pres  de  Nisibe,  com- 
men^ait  deja  a  faire  sentir  son  influence  bienfaisante.  Le  choryphde  local 
en  fut  R.  Bar  ‘Eta,  «raind  des  disciples»,  dont  la  fondation  date  de  561/ 
562.  Sa  chaine  de  couvents,  s’dtalant  sur  nos  trois  districts,  sera  un  des 
facteurs  efflcaces  de  la  lutte,  quelquefois  violente,  contre  Ther^sie. 

Au  VIe  siecle  encore,  des  ascetes  nestoriens  isoles  preparent  sans  le 
savoir  de  futures  fondations.  Ainsi  GawsIso‘  et  Nlha,  sur  les  cellules  des 
quels  seront  fondes  respectivement  Za‘faran  et  Margana. 

Une  deuxieme  sdrie  de  fondations  eut  son  origine  dans  les  luttes 
intestines  au  sein  du  Grand  Monastere  d’lzla.  Les  essaimages  limitds, 
par  exemple  celui  d'ElIya  et  de  ses  compagnons  entre  582  et  590,  furent 
bientot  suivis  de  l’exode  massif  des  disciples  d’Abraham  le  Grand,  en 
disaccord  avec  son  successeur  Bawai  le  Grand.  Le  plus  cdlebre  d’entre 
eux  sera  Ya‘qub,  qui  fondera  B.  ‘Aw£  en  595.  La  reaction  en  chaine  va 
se  continuer  au  cours  des  trois  premieres  ddcades  du  VI Ie  siecle,  pendant 
lesquelles  les  fondations  sont  trop  nombreuses  pour  pouvoir  etre  rappeldes 
ici.  On  ne  peut  suflisamment  souligner  le  role  preponderant  joue  par  ces 
couvents  de  la  fin  du  VIe  et  du  debut  du  VI Ie  siecle  dans  la  preserva¬ 
tion  du  nestorianisme  en  Assyrie. 

Les  moines  jouerent  egalement  un  role  decisif  dans  la  propagation 
du  monophysisme;  Zakai  et  son  disciple  Nana  sont  les  plus  ceiebres. 
Ils  purent  s’etablir  definitivement  dans  plusieurs  couvents,  ceux  surtout 
ou  sYtait  fait  sentir,  des  la  fin  du  Ve  siecle,  la  resistance  a  la  nestoriani- 
sation  et  que  n’avait  pu  forcer  a  fheresie  la  repression  de  Barsaume. 

Un  appoint  exterieur  important  sera  fourni  au  monophysisme  par 
l’arrivee,  au  moins  jusqu’au  B.  ‘Arabaye  et  peut-ctre  meme  plus  loin, 


(1)  Syn.  Or.,  p.  408,  can.  I. 


826 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


cbascetes  d’Amed  fuyant  la  persecution  de  521-565,  puis  par  le  retour  au 
pays  du  soldat-stvlite  Ninivite  Miha’il,  disciple  de  Mar  Ahha  de  Nisibe, 
qui  fonda  son  couvent  en  598. 

627,  637,  ET  APRES 

Les  effets  de  la  conquete  romaine,  en  627,  ne  se  font  guere  sentir, 
d’abord  parce  que  l’aide  qu’elle  aurait  pu  apporter  au  parti  monophysite 
lui  avait  ete  deja  fournie  par  Gabriel  de  Singar,  et  ensuite  parce  que 
Inoccupation  romaine  ne  dura  que  dix  ans.  Tout  au  plus  aidera-t-elle  a 
fixer  le  centre  de  la  nouvelle  hierarchie  Jacobite  de  629  a  Takrit,  residence 
du  gouverneur  romain  du  nord. 

La  conquete  musulmane  de  637  devait  avoir  des  resultats  plus  pro- 
fonds  et  plus  durables,  bien  qu’ils  ne  se  soient  pas  manifestos  immediate- 
ment.  A  part  un  reflux  vers  le  nord  de  moines  refugies  des  couvents  du  sud 
et  du  B.  Garmai,  tel  que  toute  armee  en  marche  en  pousse  devant  soi,  le 
changement  de  maitres  n’aflecta  pas  tout  de  suite  la  plupart  des  couvents. 

Gependant  peu  a  peu,  la  montee  des  tribus  arabes  du  sud  et  le  gri- 
gnotement  des  terres  des  couvents  et  des  villages  pour  leur  etablissement, 
Tislamisation  progressive  produite  par  le  durcissement  de  la  position  of- 
ficielle,  mettra  le  sceau  au  developpement  du  monachisme.  II  y  a  bien 
encore  des  fondations  isolees  (R.  Sliwa  BohtIso‘  et  ‘Anan  Iso‘  au  VIIIe  s.), 
mais  la  plupart  des  nouveaux  couvents  ne  sont  que  des  positions  de  repli, 
telles  qu’on  en  trouve  tout  au  long  de  l’histoire,  de  Dair  Abl  Yusif  en 
720  a  Notre-Dame  des  Moissons  en  1858,  en  passant  par  tous  les  cou¬ 
vents  dedoubles. 

En  meme  temps,  Tun  apres  fautre,  les  vieux  couvents  disparaissent, 
brutalement  comme  ceux  qui  succomberent  au  raid  sanglant  de  Ya‘le 
ibn  Himran,  vers  800,  ou  par  etiolement  et  asphyxie  lente,  comme  le 
B.  Qata  que  Timothee  faisait  demenager  a  la  fin  du  VIIIe  siecle.  II  y 
eut  des  repits,  il  y  eut  des  eclaircies,  mais  des  le  XIe  siecle  Elie  de  Nisibe 
le  soulignait  deja  (1),  «les  monasteres  et  les  coenobia  sont  tres  diminues». 


(1)  Opus  Chronol. ,  CSCO,  93*,  p.  36. 


CONCLUSION 


827 


Le  role  des  Mongols  dans  ces  destructions,  du  moins  avant  1261,  semble 
avoir  etd  minime. 

Apres  une  longue  pdriode  ou  les  couvents  disparaissent  en  silence 
fun  apres  Tautre,  la  liste  de  1607  ne  comprend  plus  que  35  noms  en  tout 
pour  les  Syriens  Orientaux,  encore  tous  ces  couvents  ne  sont-ils  pas  ha- 
bites.  Neuf  au  maximum  subsistaient  alors  dans  les  districts  dtudids  ici. 
Vers  la  meme  epoque  les  Chaldeens  de  Rome,  dans  la  relation  de  ‘Abdul 
Masih,  procureur  du  patriarche  Elie  (1),  ddnombraient  dgalement  «au 
moins  trente  couvents»;  mais  peut-etre  faisaient-ils  preuve  d’un  petit  peu 
trop  d’optimisme  quand,  dans  chacun  de  ces  couvents,  ils  mettaient  15 
ou  20  moines. 

Le  rapport  d’Elie  VIII  a  Paul  V  (2)  est  encore  plus  clair.  En  1610, 
sur  trente  couvents  en  tout,  il  n’en  enumere  que  huit  qui  soient  dans  les 
limites  de  ce  travail:  quatre  sont  dans  la  region  d’Ator-Ninive  (Mar 
Eliya,  Mar  Miha  il,  Mar  Awraha,  R.  Hormizd),  trois  sont  dans  le  Hak- 
kari  (Mar  ‘AwdIso‘,  Iasdit(P),  B.  ‘Awd)  et  un  sur  le  territoire  d'Erbil 
(Mar  Sawris6‘). 

Quant  aux  couvents  de  Soeurs,  les  pelerins  chaldeens  venus  de  Lhassa 
avaient  affirme  a  Rome  leur  existence  (3),  «avec  les  memes  exercices  de 
choeur  que  ceux  de  nos  moniales»  avait  notd  le  secretaire  italien.  Les 
listes  contemporaines  ne  font  pas  mention  de  tcls  couvents  de  femmes. 

II  reste  actuellement  dans  le  nord  de  l’lraq  trois  couvents  chalddens 
et  un  couvent  jacobite  qui  ont  encore  des  moines.  Les  batiments  vides 
de  deux  couvents  chalddens  et  d'un  couvent  syrien  sont  entretenus.  Tous 
sont  dans  les  environs  de  Mossoul.  Faut-il  y  voir  le  dernier  refuge  du 
monachisme  assyrien,  ou  sa  pdpiniere  pour  une  restauration  qui  comple- 
tera  le  renouveau  du  christianisme  iraquien?  Cfest  ce  que  favenir  dira. 


(1)  In  Thomas  de  Jesus  (f  1609)  De  unione  schismaticorum...  procuranda,  Migne, 
Cursus  Theol.,  col.  542. 

(2)  Gen.  Rel.  p.  108,  115. 

(3)  Gen.  Rel.  p.  105.  On  a  rencontr^  plus  haut  des  «benoites»  isol^es;  on 
trouve  une  «Marie,  religieuse  d’Erbil»  en  1542  (cod.  n°  17  de  N.D.  Sem.,  catal. 
A.  Scher). 


INDEX  DES  PERSONNES 


—  A  — 

Aba  (Awa) : 

—  I,  pat.  (540-552)  48,  54,  59,  650, 

748,  749,  767. 

—  II,  pat.  (741-751)  66,  145,  163, 

399,  749. 

Aba'i  de  Qullet  205. 

Abaka,  han  mongol,  84. 

‘Abd  Allah: 

—  b.  ‘Abda,  de  Bartelli,  ntedecin  (1345) 
425. 

—  s.  M.  Ellya,  659. 

—  6mir,  v.  Potros  Asmar. 

—  b.  Hoso,  chef  Bartelli  (1260)  423. 
‘Abd  al-Ahad  MPmarbasi,  chor^v.  ar- 

chitecte  de  Mossoul  (1912)  367,  533. 
‘Abd  al-‘Az!z,  6v.  jac.  Mossoul  (1811) 
446. 

‘Abd  al-Malik  b.  Marwan  104,  146, 
499,  649. 

‘Abd  al-MasIh: 

—  b.  Hanna,  de  Karamlaiss  (f  1726) 
411.* 

—  procureur  chakteen  a  Rome  (1610) 
827. 

—  ev.  Sin  et  Bawazlg  (ca.  1080)  120- 

121. 

‘Abd  al-Nur,  s.  p.  syrien  (1580)  586. 

‘Abd  al-Qadir  al-Gailanl  (Saih)  465. 
‘Abd  al-Rahman  Pacha  Baban  185. 

‘Abdo: 

—  p.  sup.  M.  Avvraha  (1719)  532. 

—  b.  Pacha,  intendant  M.  Behnam 

(1731)  587,  689. 

Abel  (Leonard),  6v.  Sidon,  (ca.  1585) 
359,  586,  587,  670. 


Ablahad: 

—  p.  Ba‘siqa  (1893)  467. 

—  p.  Dehok  (1887)  466. 

Abraham  (Avvraha,  Ibrahim) : 

—  (A.T.)  375,  630,  751. 

—  II,  de  Marga,  pat.  (837-850)  111- 

112,  231,  232. 

—  Ill,  Abraza,  pat.  (905-936)  72,233. 

—  m.  disciple  d’Abraham  le  Gd.  Vient 
en  Dasen  308. 

—  Athanase,  maph.  92. 

—  m.,  sup.  M.  Awgin  (VIIIe  s.)  663, 

711. 

—  m.,  sup.  Ba  ‘Arbln  (YIIe  s.)  636. 

—  conf.  (d£but  VII®  s.)  62. 

—  b.  Dasandad  175,  257,  259,  501, 
640. 

—  de  Gaplta  (=  Abraham  Saba,  du 
DHGE),  m.  128,  142-143,  305. 

—  £v.  Erbil,  ma.  (345)  44,  47,  49,  219. 

—  £v.  Erbil  (fin  VI®  s.)  54. 

—  ^v.  Erbil  87,91. 

—  de  Gunduk,  6v.  M.  ‘Awdlso  (XIXes.) 
234. 

—  de  B.  Hal£,  m.  102. 

—  b.  Iso‘,  gouv.  Takrit  433. 

—  le  Grand,  de  Kaskar,  m.,  fond.  Mt, 

Izla  16,  25,  159,  160,  161,  193,  271, 
308,  642,  646,  648,  711,  715,  769, 

777,  819,  825. 

—  de  Kaskar,  m.,  disciple  Ya‘qub  de 
B.  ‘Aw£,  fond.  Dasen  712. 

—  de  Ma‘arrd  778. 

—  ev.  B.  Mada>te  (486)  531. 

—  de  B.  Madayd  (Avvraha),  m.  377, 
384,  531-533,  534,  537,  538,  645, 

778. 


830 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


—  b.  Malka,  m.  Hadita,  (apres  540) 
104. 

—  m.  sous  prieur  de  M.  Matta  (  ?)  567, 
574,  601,  616. 

—  s.  Miskleg  221. 

—  ev.  Mossoul  (ca.  740)  347. 

—  ev.  Mossoul  (XIVe  s.)  349. 

—  de  Natpar,  m.,  fond.  Adianene  16, 
158-159,  160,  161. 

—  de  B.  Rabban  (509-569)  59,  308. 

—  m.,  sup.  B.  Rabban  (VIIe  s.)  308. 

—  m.,  eponyme  de  Resa  (fin  VIIe- 

deb.  VIIIe  s.)  778-779. 

—  b.  Yohannan  b.  Yalda,  de  Salmat 
(1272)*  261. 

—  Zabaya,  p.,  6crivain  270. 

—  ev.  Zabe  219. 

—  m.,  sous  prieur  de  Zakai  (?)  779, 

783,  784. 

Abu  ‘All  b.  Tahir,  ev.  Sin  et  Bawazlg 
(ca.  1090)’  121. 

Abu  Darah  (v.  Yahwalaha,  ev.  Assyrie). 

Abu  Fadl  s.  M.  Behnam  (1164)  591, 
598.  ’ 

Abu  ’l-Fadl: 

—  donateur  ( ?)  605. 

—  sculpteur  605. 

Abu  ’l-Farag  ‘Abd  Allah  b.  al-Tayyib 
(v.  Elie  de  Nisibe). 

Abu  ’1-Fath  b.  Abl  ’1-Barakat,  ou  Ibn 
Toma  605. 

Abu  Firas  632. 

Abu  Halim  (v.  Elie  III). 

Abu  ’l-Hassan  b.  Malik  651. 

Abu  Hussain  Muhammad  b.  Ma’mun 
153. 

Abu  ’l-Tzz  al-Hadirl  (R.  Yaqlra)  667, 

668. 

Abu  Mansur  Gawali  603. 

Abu  Nasr: 

—  Habbo  Ganni,  de  Bartelli,  m.  de 
M.  Matta  423,426,591,598,599, 
770. 

—  b.  Halaf  (ca.  1250)  =  Habbo  Ganni? 
592,  599. 

Abu  Nuh  al-Anbarl  257. 

Abu  Sa‘Id,  v.  ‘Awdiso  b.  Bahriz. 

Abu  Salem,  m.,  sculpteur  (ca.  1250) 


591,  592,  593,  596,  597,  598,  600, 
601. 

Abu  Taglib  b.  Naser  al-Dawla  503, 
543,  665,  694. 

‘Abusta,  6v.  Erbil  53-54,  58,  222. 
Acace,  pat.  (485-495/6)  18,  52,  328, 

329,  475. 

Adam  : 

—  (A.T.)  408,  751. 

—  laic  (1551)  94. 

—  de  ‘Aqra,  ecrivain  (XVIe  s.)  205. 

Adarmahan,  marzban  622. 

Addai  : 

—  disciple  41,  323,  414,  796. 

—  ascete  grec,  fond.  Billa  (IVe  s.)  290. 

‘AdI  : 

—  b.  Musafir  (Saih)  247,  407,  465, 
472,  580,  781,  782,  783,  784,  792, 
796-815. 

—  II  (?)  (tue  ca.  1223)  807,  809. 

Adona  : 

—  ev.  Elam,  ma.,  493. 

—  ev.  Erbil  51. 

—  m.  compagnon  de  R.  Hormizd  a 
Resa  537,  778. 

—  m.  fond.  Ba  Nuhadra  16,  493,  818. 
Adonis  576. 

Adorhormizd  ma.  540. 

Adorsawor  ma.  47. 

V 

‘Adud  al-Dawla  abu  Suga‘  Fanna 
Hosraw  543. 

Agga'i,  disciple  41,  324. 

Aharon  de  Segestan,  ev.  jac.  105. 

Ah  ha  : 

—  disciple  323. 

—  ma.  47. 

—  m.  grec  222. 

—  m.  egyptien  621,  729. 

—  de  Nisibe,  m.  (VIe-VIIe  s.)  621- 

624,  826. 

—  d’Awah,  £v.  Erbil  (ca.  741-751) 
66-67,  68,  108,  212,  260,  314. 

Aiimad  : 

—  gouv.  Erbil  (1310)  88. 

—  b.  ‘Arab  Sah,  de  Damas  509,  510. 


INDEX  DES  PERSONNES 


831 


—  Han  (1282-1284)  805,  807. 

—  Mslhaye,  de  Sos  258. 

Ahrun  : 

—  m.  fond.  Bois  de  la  Croix  714-715, 
716. 

—  m.  B.  Qoqa,  6v.  Razeq  152. 
Ahudemmeh  : 

—  6v.  Ninive  (554)  324,  345,  499. 

—  £v.  Takrlt  (559)  329,  330. 

‘Ala’  al-DIn  : 

—  frere  de  Malik  Salih  Isma‘Il  423. 

—  ‘Ata  Malik  GwainI,  gouv.  Bagdad 
(1271)  82. 

‘Ala’  al-Mulk  b.  Malik  Salih  Isma‘Il 
(1260)  423. 

Albu  Hamad  438. 

Alexandre  40,  181,  416,  615,  685. 

‘AlI  : 

—  656. 

—  «gouv.  »  (VIIe  s.)  538. 

—  b.  Abl  Taleb  538. 

—  pacha  de  Bagdad  185. 

—  Diz  (1863)  469. 

Alqon,  d£port6  juif  (?)  387,  398. 

Altyn,  dame  turque  184. 

Amittal,  pere  de  Jonas  760. 
Ammonius,  m.  128. 

‘Amruna,  mere  Y.  Busnaya  541. 
Amschaspands  566. 

Anania  (v.  Hnania). 

‘Ananlso,  6crivain,  m.  B.  ‘Aw£  (ca.  710) 

66. 

Anasmus,  fille  p.  ‘Awdlso*  de  Ba‘wlra 
(XVIe  s.)  525. 

Anastase,  le  P.,  o.c.d.  505. 

* Anazdye  (les  'Anaza )  146,  147. 

Antoine  l’Egyptien,  m.  497,  602. 
Antun,  b.  p.  David  de  Barzan£  171, 
294. 

Anuqet,  d^esse  ^gyptienne  496. 
d’Anville  82 1 . 

Aon£s,  m.  497,  515. 

Aphrahat  (le  Sage  persan)  755. 

Apnimaran  : 

—  de  B.  ‘Aw£,  maitre  d’Apnimaran 
le  Gd.  31,  384,  744. 


—  le  Grand,  du  B.  Garmai,  m.  (VI Ie  s.) 
fond.  Za‘faran  16,  31,  108,  144, 
384,  700,  713,  743-746,  818,  820. 

—  m.  fond.  Tell  Esqof  (=  de  Gidron, 
X*  s.?)  254,  384,  385,  543. 

Apotres  245. 

Aram  (Aprem,  Afram,  Ephrem) : 

—  m.  fond.  Marga  16,  271,  288,  300. 

‘Aqwalaha,  6v.  Ramonln  (410)  208 

‘Aqewsma  (Acepsimas) : 

—  ma.  (378),  £v.  Hnita  (?)  45,  210, 

211,  220,  704. 

—  m.  Syrie  211. 

Araddye  (=  Aratlyn?)  146,  147. 

ArdasIr  : 

—  I,  b.  Babak  (224-241)  166. 

—  II,  b.  Sapor  (379-383)  46,  566. 

—  conf.  (ddbut  VI Ie  s.)  62. 

Ar^tas  (Aristus)  roi  de  Damas  57. 
Aristote  615. 

Argun,  han  mongol  85,  433,  504. 
Amieniens  86,  89,  410,  524,  607. 
Artfaye  222. 

As‘ad  Aga  de  Ra’s  al-‘A'in  251. 

‘Askar  b.  Kujkuj,  p.  Erbil  (1677)  95. 

Assarhaddon  496,  497. 

Assurbanipal  496. 

Assur  Uballit  9. 

‘Ataba  (‘Utba)  b.  Farqad  al-Salmi, 
gouv.  Mossoul  (637)  214,  538. 

Athanase  : 

—  I,  le  chamelier,  pat.  Antioche  (595- 
631)  230,  333. 

—  VIII,  b.  Qutreh,  pat.  Antioche 
(1138-1166)  339. 

—  Ibrahim  II,  maph.  (1365)  409- 

410,  411,  425. 

—  b.  Summan,  £v.  jac.  Ba  Nuhadra 

(1265-1279)  353,  424. 

Atnus  de  Kuhta,  m.  774. 

Atqen  : 

—  m.  sup.  B<5rest£k  793. 

—  «  qui  s’^pilait  »  746,  747,  817. 

—  de  Sis,  fond.  Ba  Nuhadra  746,  795- 
796,  816-818. 


832 


ASSYRIE  CIIRETIENNE 


Avva  : 

—  m.  de  Dair  Abun  700. 

—  ev.  Ninive  (585)  325,  345. 

—  m.  fond.  B.  Sati  295. 

‘Avvda  : 

—  l’ancien,  m.  fond  Ma‘arre  192. 

—  le  jeune,  b.  Hanif,  m.  192. 

—  m.  a  Dehok  '  192,  254,  384,  701. 

‘Awdiso4  : 

—  I,  pat.  (963-986)  120,  525,  651. 

—  II,  b.  al-‘Arid,  pat.  (1075-1090) 
114,  120,  121,  200,  650,  671,  690, 
747,  748. 

—  Ill,  b.  Muqli,  pat.  (1139-1148) 
114,  201. 

—  IV,  Marun,  pat.  (1555-1571)  94, 

168,  187,  201,  359,  390,  406,  699. 

—  V.  Hayyat,  pat.  (1895-1899)  317. 

—  Abu  Sa‘id,  sup.  M.  Ellya  (1028) 
652. 

—  m.  fond.  Adiabene  16,  223. 

—  p.  Alqos  655. 

—  b.  ‘Aqre,  ev.  Ba  Nuhadra  (961) 
214,  326,  343. 

—  b.  Bahrlz,  ev.  Assyrie  (ca.  1030)  73, 
652. 

—  m.  compagnon  de  Bawai  de  Nisibe 
186 

—  de  Dasen,  m.  (Xe  s.),  19,  728. 

—  ev.  Erbil  51. 

—  ev.  Erbil  (IXe  s.)  71. 

—  Gawun,  docteur  du  Couvent  Supe- 

rieur  (Xe  s.)  542. 

—  p.  B.  Gurbaq  (VIe  s.)  478. 

—  ev.  Hadita  (ca.  900)  113. 

—  ev.  Hadita  (1092)  114. 

—  m.  de  Hira  253-254. 

—  <$v.  Hnlta  (1310)  88,  212-213. 

—  m.  fond.  Izla  16. 

—  de  Kartaw,  reclus  de  B.  Qoqa 

(VIIIe  s.)  152,  217. 

—  ev.  Ma‘alta  du  Zab  (1265)  343. 

—  £v.  Marga  (790)  231. 

—  ev.  Marga  (1218)  233,  318. 

—  b.  Mas‘ud,  ev.  Tell  et  Berberi  (ca. 

1296)  234,  289,  406-407. 

—  £v.  Mossoul  (1257)  349. 

—  m.  a  Naseriya  254,  384. 


—  m.  fond,  (ou  restaur.)  Nerem  253- 
254. 

ev.  Ba  Nuhadra  (ca.  640)  342,  389. 

—  m.  convertit  Qardag  672. 

—  b.  Sa‘ara,  ecrivain  669. 

—  m.  frere  de  Yusif,  Hazzaya  (VIIIe  s.) 
124. 

Awgin,  m.  11,  15,  23,  25,  387,  388, 
552,  559,  601,  645,  661,  673,  720, 
737,  749,  750,  760,  764,  823. 

Awraha  (Abraham)  : 

—  de  Gunduk,  6v.  Zibar  et  Mazuri 

(ca.  1850)  254. 

Aytaylaha  (v.  Italaha). 

Ayyas  al-Saibarii  181,  280,  281-283, 
561. 

Azad,  s.  ma.  (371)  220. 

‘Aziz,  m.  Bartelli  (1180)  419. 

—  B  — 

Babowa'i,  pat.  (457-484)  110. 

Bacchus,  ev.  intrus  de  M.  Matta  (avt. 
750)  351. 

Bahiya,  femme  de  Muqaddar  (ca.  1250) 
591,  592,  596,  597. 

Bahnam  566. 

Bahram  : 

—  V,  roi  persan  (420-438)  46. 

—  pacha  Bahdinan,  de  ‘Amadia  (1740) 
392. 

Baidu,  han  mongol  86,  584,  585,  592, 
598,  608. 

Bakos  : 

—  m.  B.  ‘Awe  241. 

—  sup.  M.  Behnam  (1589)  453. 

Bakr  Bek  (1833)  173. 

Balai  d’Alep  755. 

Balas,  roi  persan  (484-488)  475. 

Ballyet  (Mgr)  (1767)  362,  390,  684. 

Baniqaye  38,  186,  223. 
banu  Azd  104,  146. 
banu  Hldl  672. 

banu  Pustadar  ( Balbusnaye )  365. 

banu  Saibdn  463. 
banu  Paiman  337. 
banu  ‘Urfiwa  617. 


INDEX  DES  PERSONNES 


833 


Bar  Aba,  archidiacre  d’Erbil  (585)  54. 
Bar  Bahlul  559. 

Bar  Butela  (v.  Bar  Kutela)  . 

Bar  Daira  : 

—  m.  Bar  ‘Eta  (VIe  s.)  281. 

—  m.  ZaTaran  746,  747. 

Bar  ‘Eta  : 

—  m.  fond.  Marga  (562)  16,  26,  54, 

167,  182,  207,  230,  270-283,  293, 
331,  332,  412,  413,  471,  478,  492, 
645,  646,  758,  768,  777,  791,  792, 
825. 

—  m.  de  R.  Sllwa  sur  le  Tigre  (ca.  690) 
271,  417.’ 

Bar  Habblwa,  m.  p.  d’Adiabene  44. 

Bar  Hadbsabba  : 

—  s.  ma.  (355)  44. 

—  6v.  Erbil  51. 

—  6v.  jac.  Gomel  (818)  231. 

—  m.  fond.  Marga  16,  255-256,  271. 
Bar  Hebraeus  (v.  Gregoire  Abu’l-Farag). 
Bar  Kutela,  6v.  M.  Matta  (1142)  352, 

418,  419,  439. 

Bar  Nasiha,  6v.  intrus  M.  Matta  (ca. 
890)  351. 

Bar  Qinaya  (v.  Dioscore). 

Bar  Sabta  : 

—  £v.  Ma‘alta  (du  Zab?)  (ca.  580) 
214,  216.  ' 

—  6v.  Sahrqard  216. 

—  6v.  §us  216. 

—  £v.  B.  Zabdai  (273-291  ?)  216. 

—  m.  fond.  Ma‘alta  186,  211,  215, 
216. 

Bar  Sahda  (ou  Sahde,  Sohdo),  6v.  Ni- 
nive  (?)  (485)  327,  344,  350,  601, 

759,  765. 

Bar  Sahde  : 

—  m.  de  M.  Adona  (d£but  VI Ie  s.) 
417,  791. 

—  6v.  ‘Ain  Sappan6  (576)  791. 

—  dv.  Erbil  (554)  54. 

Bar  Wahlb  618. 

Bar  Yak  (Murad  b.  Ya"qub)  359,  382, 
391,  544. 


Bar  Yunis  de  Ba‘slqa  (Sams  al-Din 
Muhammad)  (1260)  423,  465. 

Barad^e  (Jacques)  49,  106. 

Barbara  (Ste  Barbe)  412. 

Barsaba,  p.  m.  d’Adiabene  44. 

Bar§aume  : 

—  I,  pat.  (1134-1136)  201. 

—  6v.  Hewton  (1134?)  201. 

dv.  Nisibe  52,  53,  327,  328,  330, 
344,  350,  431,  468,  475-476,  627, 
628,  631,  765,  774,  784,  825. 

Safi,  maph.  (1288-1303)  340. 
Barzai,  g£ant  734,  770. 

Darzani  (Kurdes)  253,  258. 

Basile  : 

—  St.  569. 

—  ‘Abd  al-MasIh,  maph.  Tur  ‘Abdin 

(1655-1662)  460. 

—  Asmar,  6v.  Diarb^kir  (1828-1842) 
375. 

—  ‘Aziz,  maph.  (1471-1487)  447, 

585-586. 

—  ^v.  jac.  Bagdad  (1189)  667. 

—  Barsaume,  maph.  (1422-1455)  585. 

—  Bisara,  maph.  (ca.  1900)  341. 

—  Ellya  Karmo,  maph.  (1825-1837) 
588. 

—  Habib,  maph.  (de  Mossoul?)  (1658) 
460. 

—  Habib  II,  maph.  Tur  ‘Abdin  (1665- 
1674)  460. 

—  Ibrahim,  maph.  (1496-1508)  447- 

448,  586. 

—  Ibrahim,  £v.  B.  Taksur  et  B.  Say- 
yad£  (1277)  80,  352-353. 

—  pat.  Mardin  (1361)  409. 

—  Matta  b.  Iso‘,  dv.  jac.  Bagdad  (1 189) 
484. 

—  Pilate,  maph.  (1576-1591)  453,586, 

587. 

<§v.  Tabriz  (f  1271/2)  352. 

—  Yalda,  maph.  (ca.  1678)  461. 

Bassima,  m.  128. 

Bastam  b.  Dugar  391. 

Bastohmag  164,  182,  183. 

Batta,  6v.  Erbil  52. 

Batii,  han  mongol  807. 

Ba‘ut,  compagnon  de  M.  Matta  763. 


Rech.  23  —  S3 


834 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Bawai  : 

—  pat.  (497-502/3)  53,  475. 

—  ev.  Erbil  (debut  VIe  s.)  54. 

—  de  Gwilta,  le  musicien  (fond.  £coles) 
67,  143,  "l  75,  251,  257,  260,  265,  267, 
281,  285,  288,  292,  293,  295,  297, 
299,  300,  301,  772,  788,  791. 

—  le  Grand,  m.  sup.  Izla  16,  175,  216, 
642,  643,  644,  825. 

—  le  Petit,  de  Nisibe,  m.  107,  162,  163, 
175,  186,  192-194,  709. 

—  le  Scribe,  des  grottes,  m.  23,  175. 

Bay  at  146. 

Bayazid;  £mir  de  Karamlaiss  (1365) 
410. 

Beaudoin  d’Edesse  603. 

Bechir,  emir  du  Liban  372,  374,  375. 

Behnam  : 

—  St.  ma.  205,  206,  466,  538,  565- 
578,  599,  600,  603,  604,  608,  617, 
760,  761,  762,  779. 

—  ma.  (v.  Vahunam). 

—  ev.  Ba  Nuhadra  (1265)  484. 

—  Habbo  Ganni  de  Bartelli,  s.  mede- 
cin  426,  591,  598,  599. 

—  al-Hadli,  maph.  (1404-1412)  426. 

—  Yalda,  maph.  (1678)  609. 

Benjamin  de  Tudele  397,  398. 

Benoit  XV  533. 

Benson  (Dr.)  Archev.  Canterbury  364 

Besson  (le  P.,  o.p.)  727. 

Bina  Hatun  —  Marie  Paleologue,  mere 
d’Argun  433. 

Bisara  Ahtal  (Gvrille  Behnam),  ev.  M. 
Behnam  (1790)  341,  588. 

Bohtiso4  : 

—  m.  47. 

—  m.  fond.  Margana  (ca.  720)  123, 

128,  184,  186,  571 . 

—  b.  Gibra’Il,  medecin  (850)  113. 

Bohtiyar,  emir  Buyide  543. 

Bohtizad,  conf.  (debut  VIIe  s.)  62. 

Boka,  6mir  mongol,  85. 

Bbran,  reine  56. 

Bouya  Soura,  ma.  de  ‘Ainkawa  (1833) 
173. 

Brihiso4  : 

—  6v.  Bawazig  (1265)  121. 


—  Busnaya,  m.  R.  Hormizd  (Xe  s.)  541. 

—  ev.  Ba  Nuhadra  (IXe  s.)  343. 

—  b.  Skap£,  m.  B.  Qoqa  155. 

Burzlso,  6v.  Ninive  ( ?)  (ca.  600)  344. 

Busbeck  (Auger)  398. 


—  C  — 

Campanile  (le  P.,  o.p.)  (ca.  1810)  722. 
Campion  (Jeremiah)  373. 

Candu  (Kandu)  famille  de  T.  Kaif  357 
Caraculus  40. 

Chosroes  : 

—  I,  Anosirwan  (531)  160,  330,  622, 

—  II,  Parwez  (590-628)  46-47,  55, 

56,  60,  107,  138,  144,  148,  271,  331, 
573,  630,  659, *768,  773. 

Christophore  : 

—  £v.  armtmien  (540)  329,  330,  765. 

—  ev.  M.  Matta  (628/9)  351. 

—  II,  Serge,  ev.  M.  Matta  (914)  351. 
Church  Missionary  Society  374. 

Clement  d’Alexandrie  766. 
Codeleoncini  (le  P.  Domenico,  o.p.) 

(  t  1753)  528,529. 

Copistes,  v.  apres  la  lettre  C. 

Coupperie,  Mgr  404,  497,  515,  516. 
Cvprien,  m.  fond.  Birta  (VIIe  s.)  26, 

289,  296-300. 

Cyriaque  : 

—  pat.  Antioche  (793-817)  231. 

—  6v.  M.  Matta  (834)  351. 

Cyrille  Georges  Dallal,  ev.  Mossoul 
(f  1951)  427,  446,  579,  589. 

CO  PISTES 

‘Abdallah  b.  Barsaume  de  Bartelli 
(f  1345)  434. 

‘Abd  al-MasIh  de  Mossoul  (Xe  s.)  665. 
Ablahad  Thomas  de  Mallabarwan, 
m.  N.-D.  Moissons  (XXe  s.)  807. 

Abraham  : 

—  b.  Bad‘a,  s.  T.  Esqof  (1583)  386. 

—  b.  chef  Mansur,  b.  Joseph,  s.  B.  Bore 
(1224)  471. 


INDEX  DES  PERSONNES 


835 


—  b.  Marb^na,  p.  T.  Esqof  (1793/1796) 
386. 

—  b.  Marisan,  p.  T.  Esqof  (1688)  386. 

Abu  Farag  d’Amed  (XII*  s.)  598. 

Abu  ’1-Farag  de  Ba  Sabrina  (XIIIe  s.) 

598. 

Abu  ’l-Hassan  : 

—  de  Mardin  (XIIIe  s.)  598. 

—  du  Segestan  (XIIIe  s.)  598. 

Abu  Nasr  b.  Salman  b.  Salem  de  Ba 
Busna  (1306)  398,  506. 

Abu  Zakariya  de  Mossoul  (Xc  s.)  665. 

‘Ataya  b.  p.  Farag  A laqdassi,  b.  s.  Mar- 
qos  d’AIqos,  p.  de  Gazarta  (1568/ 
1590)  365,  392,  690. 

‘AwdIs6‘  : 

—  b.  Duso,  p.  m.  de  Telia  (Birta)  (1843) 
288. 

—  b.  Ellsa‘,  b.  ‘AwdIso‘,  &.  M.  Yaqo 

(1879/1898)  394,  680,  690,  693. 

—  b.  Hadaya  de  Batnaya  (1702)  386. 

—  b.  p.  Hormizd,  b.  p.  Isra’Il,  p.  Alqos 

(1664)  359. 

—  b.  Mas‘ud,  6v.  Marga  (1295)  406- 
407. 

Awraha  : 

—  s.  M.  Awraha  (1680)  532. 

—  b.  Sim‘un,  b.  Awraha,  B.  Daniel, 

de  la  famille  du  p.  Isra’Il,  qui  est  la 
maison  du  chef  Hanna  ou  Sekwana, 
p.  Alqos  (ca.  1882)  315. 

Bahrln,  p.  Ba  Mismis  (1741)  305. 

Bakos  b.  Matta  b.  Moi'se  b.  Isaie,  m. 
de  Qaraqos,  a  Edesse  puis  Th^balde 
(1229-1250/1)  444,  461. 

Behnam  b.  p.  ‘  Issa,  m.  de  Mossoul  ( 1 565) 
437. 

DadIso‘  Naggar  de  T.  Kaif,  p.  m.  (XXe 
s.)  22/ 

Daniel  p.  m.  R.  Hormizd  (1208/1211) 
544. 

Daniel  b.  Yusif  b.  Sarkis,  p.  Ba  Sahra 
(ca.  1220)  481. 

David  de  Barzand  169-171,  172,  251, 
252,  294,  302,  303. 


Denha  : 

—  b.  p.  Marbehnam,  s.  Bartelli  (1677) 
687. 

—  b.  p.  Ellya,  b.  p.  Yalda  (1753/1755) 
313,  317. 

Elie  b.  Gum‘a,  b.  §a‘ya,  b.  p.  Homo, 
b.  p.  Hanna,  b.  p.  Homo,  b.  p.  Daniel, 
d’AIqos  (agd  de  13  ans  en  1869)  394. 

ElIya  : 

—  dit  ‘Ala’  al-Dln,  b.  Fahr  al-Dln, 
surnomm^  Bar  Sephaya,  p.  Mossoul 
(1499)  386. 

—  b.  §.  Guorguls  d’AIqos  (1716)  302. 

—  b.  p.  Yalda,  b.  p.  Daniel,  b.  p.  Ellya, 
b.  p.  Daniel  d’AIqos,  s.  (1713/1716), 
p.  (1722)  293,  301,  312,  691. 

Emmanuel  p.  Borb  (1526)  76. 

Gabriel  : 

—  b.  p.  Husaba,  p.  Alqo§  (1509)  392. 

—  b.  p.  Husaba,  b.  s.  Yusif,  d’AIqos 
(1820/1821)  680,  688. 

—  b.  Nolal  b.  Haidar,  p.  T.  Kaif  ( 1 725) 
690. 

GuorguIs  : 

—  s.  Alqos  (1695)  302. 

—  b.  p.  Daniel,  b.  p.  Ellya,  b.  p.  Daniel; 
s.  Alqos  (1705)  720. 

—  b.  6um‘a,  b.  ‘Abd  al-MasIh,  §. 
syrien  Scmmd,  m.  M.  Behnam 
(1730/1731)  587,  687,  688. 

—  de  Hudaida  (XVe  s.)  668,  669. 

—  b.  Hu§aba,  m.  Qaraqos  (1578)  457. 

—  b.  p.  Isra’Il,  b.  p.  Flormizd,  b.  p.  Is¬ 
ra’Il,  p.  Alqos  (1681/1723),  365, 
677,  679,  315. 

Habas  b.  Gum‘a,  b.  Haba§,  b.  p.  Ellya, 
§.  QaraqoS  (ca.  1740)  445,  448, 

613,  688. 

Hadbsabba  b.  p.  Isra’Il,  b.  p.  Hormizd, 
b.  p.  Isra’Il,  p.  Alqo§  (1661)  690. 

Hanna  : 

—  b.  Ellya  b.  Hassan  Sakaklnl,  p.  94. 

—  b.  p.  Homo,  b.  p.  Daniel,  p.  Alqos 

(1731/1755)  287,  306,  311,  366, 

412,  691. 


836 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Hindi  b.  Ablahad  Maqdassi ,  b.  Tomane 
de  Gazarta  (1590)  474. 

Hnania  b.  Potros,  in.  Adeh  (1883)  303. 

Homo  : 

—  I,  b.  p.  Daniel,  b.  p.  Eliya,  d’Alqos. 
5.  (1680/1688),  p.  (1700/1701)  311, 
316,  555,  690. 

—  II,  b.  p.  Hanna,  b.  p.  Homo,  b.  p. 

Daniel,  d’Alqos  (1773)  365. 

Hormizd  : 

—  b.  4Abd  Allah  de  Karamlaiss  (1567) 
406. 

—  b.  p.  Isra’il,  p.  Alqos  (1670)  407. 
Ibrahim  : 

—  p.  m.  Biboze  318. 

—  b.  Mas'ud,  b.  Barsaume,  b.  Ishaq, 
p.  Qaluq  (1636)  441. 

Isa‘ya,  m.  M.  Malta  (1171)  443. 

Ishaq  : 

—  Gaddo,  p.  Alqo§  (1899)  154,  371, 

393,  402. 

—  b.  Hanna  Halmoga,  p.  Alqos  (1852) 
312’ 

—  Razqallah  (1791)  438. 

Isra’il,  b.  p.  Sim'un,  b.  p.  Isra’il;  s. 
Alqo§  (1766)  305. 

‘Issa  : 

—  s.  (d’Adeh ?)  (1871)  302. 

—  b.  Isa‘ya,  b.  Quriaqos,  d’Eqror, 

ecolier  en  1822  (1888)  315,  684. 

—  b.  Ishaq,  p.  Hakkari,  a  Batnaya 

(1474)  379. 

Iso4,  b.  Brahlm  d’Artun  (1755)  306. 

Joseph,  b.  p.  Sim4un,  b.  s.  Sa4ya,  b.  p. 

Hormizd,  p.  (1873)  265. 

Kasrun  d’Edesse,  miniaturiste  (f  1139) 
583,  598. 

Mahbub,  p.  Basblta  (1220)  479. 

Marbena  b.  Joseph,  b.  Malkis,  b.  Tho¬ 
mas  de  Ba  Sahra  ( 1 1 77)  481. 

Marqos,  b.  p.  ‘Awdlso4,  neveu  p.  Yalda, 
b.  p.  Guorguls,  s.  Alqos  ( 1807)  790. 

Matt  a  : 

—  b.  Hadaya  de  Qaraqos  (ca.  1811) 
446. 


—  de  B.  Hudaida  ;  en  Egypte  (1585) 
444. 

Matti  b.  Maqdassi  Yusif,  s.  Mossoul 
(1759)  437. 

Mattlka  Haddad,  s.  Alqos  (1958)  393, 
466. 

Mubarak  b.  Daoud  b.  Sallba,  b.  Ya‘qub, 
miniaturiste  de  M.  Matta  (1220) 
427. 

Nicolas  deT.  Kaif,  m.  R.  Hormizd  (1888) 
319. 

‘Osana  b.  Thomas,  s.  Ar^na  (1588) 

807,  809,  810,  811. 

Paulos  Qasa,  s.  Alqos  (XXe  s.)  301, 

394,  552. 

Potros  b.  Yohannan,  p.  B.  Sayyade 
'(1267)  173. 

Praharosaya  b.  Kabbata  (1188)  668. 

Raffo  b.  s.  Ya'qub  Saka  de  Bartelli 
(1914)  431. 

Razqallah,  ev.  syrien  Mossoul  (1736) 

688. 

Romanos,  b.  s.  Miha’Il,  b.  p.  Husaba 
d’Alqos,  s.  M.  Isa'ya  Mossoul 
(1822/1859)  684. 

Safar  b.  Iso4,  p.  B.  Dai'we  (1742)  407, 
801. 

Sawr  (Iso4),  m.  B.  Qoqa  (768)  152. 

Sim'un  : 

—  p.  Bedwil  (1851)  790. 

—  b.  Isra’il,  s.  Alqos  (1731)  311. 

—  b.  Potros  Asmar,  s.  T.  Kaif  (1824) 
679. 

—  b.  Smuni,  p.  Mossoul  (1549)  525. 

—  de  Takrit,  p.  Bartelli  (1246/1280). 
473. 

Slivva  Zha,  m.  Dair  Yusif  (894)  562. 
Staipho  Reis,  s.  Alqos  (1880/1902)  807, 

808. 

Stephane  Marrogue,  m.  Baqofa  (1888) 
380. 

Sulaiman  p.  T.  Esqof  (1558)  386. 

Thomas  b.  Nlsan,  m.  T.  Esqof  (1819) 
386. 

Tsalabi  b.  Hoso,  p.  (1786)  801. 

Warda  b.  Lazare,  p.  Darband  (f  1757) 
801. 

Yahwalaha,  m.  B  . ‘Awe  (1218)  233, 

247. 


INDEX  DES  PERSONNES 


837 


Yalda  : 

—  b.  p.  Daniel,  b.  p.  £lie,  b.  p.  Daniel, 
d’Alqos,  s.  (1656),  p.  (1695/1723) 
289,  291,  293,  300,  302,  366,  679. 

—  pere  d’ElIya,  p.  Alqos  (1713)  293. 
Yaq5  b.  Sawmo  de  Piyoz  (1878/1888) 

312,  314,  315. 

Ya‘qub  : 

—  Habas,  p.  Qaraqos  (1888)  443. 

—  b.  p.  Iso‘,  b.  Maqdassi  ‘Abd  al-Nur 
(1705)  642. 

—  Sako,  p.  Bartelli  (1903)  479. 
Yoanls,  b.  s.  Potros,  b.  KamunaKattula, 

m.  R.  Hormizd  (1722)  547. 

Yusif  : 

—  b.  Guorguis,  b.  p.  Isra’Il,  d’Alqos,  s. 

(1698),  p.  (1727/1731)  411,  678, 

679. 

—  b.  Harms  de  Singar,  p.  Bartelli  (1269) 
435. 

Zei‘a  b.  Hormizd,  d’Artun  Sanaya 
(1885)  306. 


—  D  — 

Dada  762. 

DadI§o‘  pat.  (421-456)  52. 

DadIso‘  m.  sup.  Izla  16,  642,  644,  777. 
Dahqdn  (les)  150. 

Dall6,  mere  de  Safar  de  Ma‘alta  679. 
Dalqandi  (Hag)  d’Erbil  (1310)  "  88,  89, 
90. 

Damianos  p.  poete,  R.  Hormizd  392. 
Daniel  : 

—  m.  fond  cvt  Bousiers  19,  601,  616. 

—  I,  6v.  Erbil  51. 

—  II,  6v.  Erbil  52 

—  Ill,,  £v.  Erbil  52 

—  Dr.  Erbil  (ca.  625)  60. 

—  m.  23. 

—  ma.  (ca.  424)  552. 

—  b.  p.  Marha’Il,  enfant  de  M.  Yaqo 

(1710)  728. 

—  ev.  M.  Matta  (817)  351. 

—  le  mddecin,  m.  324,  552-554. 

—  dv.  jac.  Ba  Nuhadra  (629)  334,  353. 

—  le  penitent  769. 


Daoud  (David,  Dawld). 

—  b.  Hamdan  650. 

—  Kora  474. 

—  al-Surl  (pat.?)  (1615)  95,  526. 

Darius  III  40,  181. 

David  : 

—  (A.T.)  375,  734. 

—  b.  Barsaha,  ev.  Hrbat  Glal  (ca.l  140) 
114. 

—  de  Barzand,  p.  169-171,  172,  249, 
251,  252,  294,  306. 

—  Eskolaya,  de  Kafar  ‘Uzail  176. 

—  £v.  (?)  Hadita  (1075)  113-114. 

—  (  ?)  6v.  Hadita/B.  Garmal  (ca.  1140) 
114. 

—  ev.  Hewton  et  Hnita  (790)  199- 

200,  212. 

—  £v.  B.  Kartwayd  (VIIIe  s.)  153, 

217,  258,  30(». 

—  b.  Paulos  de  B.  Rabban  308,  463, 
499,  774. 

—  reclus  (1310)  88,  89. 

Dawld,  p.  Herpa  (1868)  249. 

Denha  : 

—  I,  pat.  (1265-1281)  77-83,  87,  121, 
154,  155,  166,  173,  174,  176,  343. 

—  II,  pat.  (1332-1364)  51,  89,  92, 

406,  409,  410,  785. 

—  Subha,  pat.  (?)  (1380)  526. 

—  «  prince  »  de  B.  Daniel  (VIe  s.)  483. 

—  chef  de  Herpa  (XXe  s.)  239. 

—  b.  Semraita,  prince  d’Adiabene  160. 

—  sup.  Tar‘il  (1310)  88,  179. 

Denys  : 

—  de  T.  Mahr£,  pat.  Antioche  (818- 

845)  231. 

—  de  la  Couronne  d Ypines  (le  P.,  o.c.d.) 

(1654)  359-360. 

—  Joseph,  6/.  Tabriz  (1277-1290)  352. 

—  Moise,  maph.  (1112-1142)  418, 

480. 

Saliba  II,  maph.  (1222-1231)  421. 
Desgranges  Ain6  375. 

Dindowai,  6v.  Hnita  et  Ma‘alta  (ca.720) 
211-212,  214. 

Diocl^tien  577,  761. 

Diogene  615. 


838 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Dioscore  : 

—  Belinam  II,  maph.  (1415-1417) 
443,  585. 

—  b.  Qinaya,  maph.  intrus  (1360) 
409,  425,  435. 

Dirta  m.  disciple  de  Sim‘un  de  Sin  272. 
Dirta  sup.  Za‘faran  745-746. 

Dix  AliLle  (v.  Xenophon). 

Dnah  Maran,  ev.  Hewton  (ca.  800) 
141,  200. 

Dokuz  Hatun  79,  81. 

Donateurs,  v.  apres  ia  let  ire  D. 
Dorothee  (Pseudo)  495. 

Diibais,  de  Ba  Sahra  (1289)  482. 

Ducloux  (M^  372,  376. 


DONATEURS  ET  DONAT  RICES 
( surtout  de  livres) 

‘Abd  Allah  b.  Doso  de  T.  Hes  (1688) 
555. 

‘Abd  Allah  p.  Karamlaiss  (1295)  406. 

Ablahad  p.  in.  Adeh  (1871)  302. 

‘Abd  al-Ahad  b.  s.  Ganima,  de  Mossoul 
(XVII®  s.)  655 

‘Abd  al-Ahad,  p.  Dehok  (1822)  684. 

‘Abd  al-Galll  b.  ‘Abd  al-Ahad  al- 
Wazzan,  maqdassi  de  Mossoul  (XVIIe 
s.)  655. 

‘Abd  al-Hai,  b.  s.  Sams  al-Dawla,  de 
Mossoul  (XVIIe  s.)  655 

‘Abd  al-Karim  b.  Marzena  de  Mossoul 
(1681/1682)  655. 

Abraham  p.  Dehok  (XVIIe  s.)  682. 

Aramia  (J6remie),  p.  Ma‘alta  (1824) 
680. 

‘Askar  b.  ‘Abdes,  p.  T.  Esqof  (1702) 
386. 

‘Askar  s.  Kaniafalhan  (1713)  293. 

‘Avvd!s6‘  p.  jac.  Karamlaiss  411. 

‘Awdiso‘  de  Sanaya  (1696)  306. 

‘AwdIso‘  b.  Sultan  $ah,  b.  Garib  Sah, 
b.  chef  Zain  al-Dawla,  p.  BaSvira 
(1549)  525. 

‘Awdiso‘  b.  Yonan,  chef  Ba  Sapr^ 
(fin  XVIIe  s.)  291. 

Awraha  b.  Gavvo,  chef.^ios  (1722)  691. 

Awraha  b.  Murgan,  p.  Alokan  (1687) 
675. 


Awraham  p.  Sios  (1661)  690. 

Awro  p.  ‘Essan  (1715)  312. 

Ayyar  b.  ‘Abdal  p.  T.  Kaif  (1719/1743) 
362,  365,  366. 

Ayyar  b.  p.  Nlsan,  b.  Denha,  b.  Husabo, 
p.  Tallanlta  (1731/1745)  311. 

‘Azlze,  fille  Ishaq,  M.  Yaqo  (1705)  720. 

Bado  b.  Patto,  chef  Biboz£  (1720)  318. 

Bagdad  femme  d’Ishaq,  M.  Yaqo  (1705) 
720. 

Baza  de  Kaniafalhan  (1713)  293. 

Brahlm  b.  Hormizd,  p.  Argen  (1753) 
313. 

Daniel  b.  Issa,  maqadassi  d’Alqos  (1594) 
654. 

Dawda  b.  Iskander,  chef  Hard6s  (1715) 
251. 

Dawld  b.  AwdIso‘,  apolropa  d’Adeh 
(1371)  302. 

'w 

Dawld  Awraha,  rabban  de  Sios  (1722) 
691. 

Dawld  b.  Kanun  de ‘Atus  (1745)  311. 

Denha  b.  Husabo  de  Tallanlta  (ca. 
1700)  311. 

Duso  b.  Gawriel,  p.  Adeh  (ca.  1695) 
302. 

Elfcyi,  fille  p.  Hormizd  d’Alqos  (ca. 
1700)  678. 

Elfeyi,  fille  Yagmur  de  T.  Kaif  (1773) 
365. 

Eliya,  neveu  p.  Hormizd  de  Salmat  262. 

Francis  s.  Ma‘alta  679. 

Gabriel  b.  s.  Yalda,  p.  T.  Kaif  (XVIIIe 
s.)  365,  690. 

Gamal  al-Din,  p.  T.  Hes  (1688)  555. 

Gawriel  Kandu  Gawo  s.  Sios  (1680) 
690. 

Gawriel  maqdassi  b.  Denha,  s.  Harmas6 
300. 

Gawriel  (ou  Gawro)  qankdya  Hardes 
(1715)  251. 

Gawrlya  b.  Slemun  de  Dehok  (X\TIIe 
s.?)  682. 

Gawro  b.  Hawsab,  p.  Nerem  253. 

Georges,  rachete  livre  de  pillards  (1604) 
698. 

Gibo,  chef  de  Sios  (1661)  690. 

Gulwo  b.  Paulos  b.  Nlsan,  chef  M£z£ 
(1882/1888)  314,  315. 

6um‘a  de  Karamlaiss  (1726)  411. 


INDEX  DES  PERSONNES 


839 


Guorguis  p.  Sios  (1731)  691. 

Guorguis  b.  Zahia,  b.  chef  Thomas, 
chef  Salmat  (1787)  262. 

Han£,  fille  cle  Maqsud  de  Karamlaiss 
(1726)  411. 

Hanko  de  Dehok  (1859)  684. 

Hanna  b.  ‘Abd  Allah  de  Karamlaiss 
(1726)  411. 

Hanna  de  Dehok  (1859)  684. 

Hanna,  chef  de  Qasr  i-Yazdin  (1587) 

690. 

Hanna,  s.  chef  Semmel  (1710)  687, 

689. 

Hann6,  croyante  de  Salmat  (1723)  261. 
Hatun,  fille  de  Settd,  fille  p.  Ellya  (de 
T.  Kaif?)  (1710)  527. 

Helene,  fille  de  Nlsan  (de  Dezz£  ?)  (1731) 
790. 

Helene,  fille  de  Yonan  de  Ma‘alta(  1820) 
680. 

Hom6  b.  S£fo  de  Ma‘alta  (1894/1896) 
680. 

Hormizd  b.  p.  ‘Awdlso*,  b.  p.  Marrogu6, 
p.  Sios  (1731)  691. 

Hormizd  Husabo  de  Sios  (1680)  690. 

Hormizd  de  Karamlaiss  (1726)  411. 

Hormizd  Kassa  de  Dehok  (1741)  684. 

Hormizd,  b.  Marqos  de  Telia,  de  Ba 
Sapr£  (fin  XVIIe  s.)  291. 
Hormizd,  p.  Salmat  (1678)  261. 
Hormizd,  maqdassi  de  Saqlawa  (1731) 
679. 

Hormizd,  b.  p.  Thomas,  p.  Salmat  262. 
Hosa’,  p.  Qasr  i-Yazdin  (1587)  690. 

Husaba  b.  Hanna,  p.  Bartelli  (1578) 
457. 

Ishaq,  b.  Guorguis,  M.  Yaqo  (1705) 

’  720. 

Iso‘,  p.  Birta  (1743)  287. 

Iso‘,  b.  Ibrahim  (Ganlma?)  (1670)  407. 
Is6‘,  b.  p.  Melchisedech,  p.  Sios  (1722) 

691. 

‘Issa,  b.  chefHassan,  p.  T.  Esqof  (1499) 
386. 

‘Issa  de  Karamlaiss  (1726)  411. 

Iss6vo  b.  s.  Gabriel,  b.  chef  Sdpho 
(1708/1711)  687,  689. 

Jean,  reclus  de  M.  Matta  (1209)  419. 
Kammo,  croyante  de  Salmat  (1723) 
261. 


KandG  fille  p.  Yalda  (d’Alqos?)  (1756) 
527. 

Kanun  de  Karamlaiss  (1726)  411. 

Kanun  b.  p.  Matta,  p.  Bhandawa'i  ( 1  722) 
551. 

Mansur  b.  Sawa,  de  Dehok  (1859)  684. 
Marhay6,  b.  p.  Sim‘un,  p.  ‘Essan  (1852) 
312. 

Mariam,  fille  p.  Daoud  de  T.  Kaif(1751) 

365. 

Mariam  de  Salmat  (1723)  262. 

Marqos  b.  Hormizd  de  Billa  (1656)  289. 
Mattai  de  Dehok  (1859)  684. 
Melchisedech,  b.  p.  Husaba,  b.  p.  Gaw- 
riel,  p.  Sios  (1680)  690. 

Merot,  fille  Hormizd  de  Salmat  (1740) 
262. 

Mlho,  de  la  famille  Zelfe  de  Dehok 
~( 1859)  684. 

Mu§6  de  Kaniafalhan  (1713)  293. 
Naz^,  croyante  de  Gaplta  (?)  (1766) 
305. 

Nlsan,  p.  Dezz£  (1807)  790. 

Nlsan,  b.  Marhay^,  p.  Hatar£  (1716) 
301. 

Potros  b.  p.  Guorguis,  §.  Adeh  (1871) 
’302. 

Potros  b.  Hormizd,  d’Alqo§,  s.  a  Dehc5k 
‘(1859)  684. 

Quriaqos  b.  ‘Awdlso1,  p.  T.  Kaif  (1743) 

366. 

Quriaqos  m.  R.  Hormizd  (1868)  319. 

Rabban  b.  Sabo  d’Adeh  (ca.  1695)  302. 
Sabo  de  Si5s  (1722)’  691. 

Sabo,  p.  T.  Hes  (1688)  555. 

Sahzo,  fille  de  Gum‘a  de  T.  Kaif  (1738) 
366. 

Samro,  croyante  de  Semmd  (1710) 
687. 

Sayida,  rcligieuse  de  Qaraqos  (1575) 
612. 

Sara,  croyante  de  Salmat  (1723)  262. 

Sawa,  b.  p.  Hormizd,  p.  Salmat  (1678) 

261. 

Sim‘un,  b.  p.  Gum‘a,  s.  chef  T.  Kaif 
(1743)  366. 

Sim‘un  b.  Hosabo,  wakll ,  chef  Ma‘alta 
(1894/1896)  680. 

Sim‘un  b.  Hudada,  chef  N^rem  253. 


840 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Simkun  b.  chef  Isra’il,  p.  Semmel(1744) 
689. 

Sim‘un  b.  s.  Sultan  5ah,  de  Mossoul 
(1594)  654. 

§16mun  b.  Hanna  de  Qasr  i-Yazdln 
(1587)  690. 

Sllwa  de  ‘Essan  (1715)  312. 

Slivva  b.  Hudada,  p.  Ba  Sapre  (1685) 
291. 

Smuni,  fille  s.  Gawriel,  chef  Semmel 
(1718)  679,  689. 

Smuni,  fille  Nazar  de  Telia  (Birta) 
(1701)  287. 

Yalda,  chef  ‘Atus  (ca.  1850)  312. 

Yalda  b.  Guorguls,  s.  Adeh  (1871)  302. 

Yalda,  p.  T.  Hes  (1688)  555. 

Yalda,  s.  T.  Kaif  (XVIIR  s.)  365. 

Yaqo  b.  Marqos  de  Telia,  p.  Ba  Sapr£ 
(1685)  291. 

Ya‘qub,  chef  Dehok  (1859)  684. 

Yohannan  b.  Slivva,  p.  Ba  Sapre  (1685) 
291. 

Yosipo  b.  s.  Safar,  b.  chef  Savva,  b.  chef 
Isra’il,  b.  chef  Sepho,  chef  Semmel 
(1823)  689. 

Yusif  b.  Gawriel,  p.  Hordepne  (1755) 
317. 

Yusif  Hindi,  hwagah  de  Mossoul  (XVIIe 
s.)  655.  ' 

Yusif  b.  s.  Hormizd,  p.  Hordepn^ 
(1682/1716)  316. 

Yusif,  p.  m.  Ma‘alta  (1896)  680. 

Yusif  b.  Matta,  de  Hardes  (1698)  251. 

Yusif,  m.  Qaraqos  (1575)  612. 

Yzdlya,  fille  de  Safar  d’Alqos  (1728) 
527. 


—  E  — 

Eleazar  (A.T.)  451. 

Elie  (Elias,  Ellya) : 

—  (A.T.)  al-Hidr  576,  578. 

—  I,  de  Karh  Gedan,  pat.  (1028-1049) 
120,  200,  652. 

—  II,  b.  Muqli,  pat.  (1111-1 132)  667. 

—  Ill,  Abu  Halim,  pat.  (1176-1190) 
74,  75,  1 05*  121,  154. 

—  Os‘ana,  pat.  (?)  (1480)  526. 


—  VI,  pat.  (1558-1576)  390,  698. 

—  VIII,  pat.  (1591-1617)  9,  95,  156, 
157,  247,  254,  283,  391,  527,  532, 
827. 

—  IX  Simon,  pat.  (1617-1660)  360, 

545. 

—  X  Marawgin,  pat.  (1660-1700)  465. 

—  XI  Marawgin,  pat.  (1700-1722)  545. 

—  XII  Denha,  pat.  (1722-1778)  365, 

390. 

—  IV  ‘Abbolyonan,  pat.  (1879-1894) 
414,  533. 

—  ev.  Assyrie  (1020/1029)  73. 

—  m.  R.  Hormizd  (1012)  544. 

—  ev.  Mticjan,  (ca.  790)  70,  231,  281 

—  m.  p.  Saqlawa  (1860-1943)  171, 

754,  755. 

—  b.  Sinaya,  €v.  Ba  Nuhadra/Nisibe 
343,  667,  826. 

—  6v.  jac.  Singar  (et  Mossoul?)  (758) 
351. 

Elisa4,  sup.  m.  chald.  547,  549. 

Elisee  : 

—  de  B.  ‘Awe,  6v.  Bawazlg  (ca.  750?) 
120-121. 

—  de  Quzbu  227. 

ElIya  : 

—  ‘Abdoka,  ma.  (1831)  172. 

—  d’Anbar  755. 

—  de  Hlra,  m.  fond.  Mossoul  16,639- 
649*  825. 

—  maph.  (1583/1589)  586. 

- —  £v.  Mossoul  (ca.  1350)  349. 

—  £v.  Narsibad  (834)  452. 

—  Safar,  £v.  ‘Aqra  (f  1854)  249. 

—  b.  p.  Thomas,  de  T.  Kaif  (1719)  362. 

Emmanuel  : 

—  I,  pat.  (937-960)  72,  562,  650. 

—  II  Thomas,  pat.  (1900-1947)  367. 

—  Asmar,  ev.  Zaho  (1859-1875)  341, 

727. 

—  p.  Ba  Sos  (d£but  IXe  s.)  261. 

—  Dr.  Couvent  Sup^rieur  755. 

Enos  I,  pat.  (877-884)  72. 

Ephrem  (Aprem,  Afram) : 

—  le  Syrien  39,  435,  685,  733,  750. 

—  6v.  Mossoul  (ca.  720)  347,  471. 


INDEX  DES  PERSONNES 


841 


Epiphane  (pseudo)  495. 

Esau  (A.T.)  735. 

Etienne  : 

—  St.  368. 

—  de  Ba  Sabrina,  ev.  M.  Matta  (1495) 
353. 

—  6v.  Sin  et  Bawazlg  (ca.  1070)  120. 

Eudoxios  pat.  436. 

Eugene  (v.  Awgin) 

Eusebe  de  C6sar£e  755. 

Euthyque  (St)  730. 

Eveque  chamelier  108,  126,  128. 

Ezechiel  : 

—  pat.  (567-581)  54,  106,  211,  345, 

498,  791. 

—  £v.  a  P^sabur  (VIe  s.)  697. 


—  F  — 

Fadlallah,  p.  m.  M.  Behnam  (ca.  1250) 
591,  598. 

Fathallah  al-Qadri  364. 

Feruhan,  roi  persan  46. 


—  G  — 

Gabba  Iso‘,  m.  Zawyia  (VIe  s.)  278. 

Gabriel  : 

—  6v.  Assyrie  (1012)  73. 

—  de  Babuza,  m.  R.  Hormizd  (Xe  s.) 
472,  542. 

—  Busnaya,  m.  R.  Hormizd  (Xe  s.) 
541. 

—  sup.  cvt  Cyprien  (VIIIes.)  26,221, 
222,  228,  264,  288,  297-298,  299, 
771. 

—  Dambo  393,  394,  396,  546,  548, 
549. 

—  Dg^bara,  p.  Damas  375. 

—  m.  Bar  ‘Eta  (ca.  1000)  277. 

—  6v.  Gondisapor  (905)  233. 

—  €v.  Hewton  (1257)  201. 

—  sup.  R.  Hormizd  (1722)  546. 

—  b.  Kanun  Kandu,  s.  T.  Kaif  361. 

—  de  Kaskar,  m.  fond.  23. 


—  m.  fond.  Mossoul  16,  501,  755. 

—  (de  B.  Qala?)  6v.  Salah  (ca.  800) 
151. 

—  Qamsa,  6v.  Mossoul  85,  154. 

—  b.  Rakwa,  £v.  Assyrie  (1064)  73. 

—  ev.  B.  Rustaqa  (1283)  785. 

—  S^pho,  s.  chef  Semmel  (ca.  1717) 
689. 

—  Seprona  245. 

—  de  Singar  331,332,417,483,488, 
646,  768,  773,  826. 

Gabrona,  m.  17. 

Ga‘far  b.  al-Mu‘tasim  (v.  al-Muta- 
wakkil). 

Ga’In,  fond,  lai'c  17. 

Galal  al-Dln  Ibrahim  al-Hatanl  508, 
513. 

Gamal  al-DIn  : 

—  p.  m^decin  d’Erbil  (1359)  93. 

—  gouv.  Mossoul  (1162)  603. 

—  =  Nlsan,  £mir  (de  Bartelli  ?)  (1285) 
434. 

Gamila,  fille  de  Na§er  al-Dawla  503, 
505. 

Ganlma  (famille)  407. 

Garlba,  religieuse  756-757. 

Garma'i,  ev.  M.  Matta  329,  330,  350, 
499. 

Gawriel  : 

—  ev.  Gazarta  (1590)  474. 

—  £v.  Mossoul  (fin  XIIIe  s.)  349. 

Gawsi,  m.  Nardos  629. 

GawsIso‘  : 

—  £v.  Ba  Nuhadra  (585)  325,  342. 

—  m.  Za‘faran  745,  825. 

—  m.  Zina i  (fin  VIIe  s.)  144. 

G&ase  (495)  568. 

Genois  a  Erbil  (1290)  85. 

Georges  (Guorguls). 

—  St.  388-389,  436,  449,  472,  514, 
568,  575,  577,  601,  604,  608,  691, 
802. 

—  I,  de  Kafra,  pat.  (661 -680/1)  63-64, 
119,  143,  198,  345-346,  712,  715, 
744. 


842 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


—  II,  (Sarzad  b.  Mihro'i)  pat.  (828/ 

30-831)  788. 

—  de  B.  ‘Awe,  ev.  Bawazig  (ca.  800) 
120. 

—  ev.  Basrah  (ca.  1080)  121. 

— •  b.  Goga,  ev.  Zaho  (1875)  363. 

—  Joseph  Kiat  375. 

-  ev.  Ma‘alta  (1283)  215. 

—  ev.  M.  Matta  (1495)  353. 

—  de  Menyanls  207. 

—  de  Nesra  (Bar  Sayyade),  sup.  B. 
‘Awe  245. 

—  b.  Tobi  (Georges  d’Erbil)  (fin  Xe  s.) 
72. 

Gibra’Il  (Gabriel)  : 

—  s.  M.  Behnam  (1164)  591,  598. 

—  b.  Sabroi  463. 

—  b.  p.  Yohannan,  architecte  (f  1300) 
433. 

Goddes  Liancourt  373. 

V 

GorgIs  : 

—  maph.  Mossoul  (ca.  1670)  460. 

—  b.  Saba  Yusif,  sculpteur  380. 

Gregoire  : 

—  XIII  586. 

—  XVI  372. 

—  I,  pat.  (605-609)  13,  55,  331,  708, 

812. 

—  m.  (IVe  s.)  fond.  Billa  290. 

—  sup.  B.  ‘Awe,  ma.  (XVIe  s.)  248, 

252. 

—  Barsaume  al-Safi  b.  Hebraeus,  maph. 

(1288-1308)  424.  429,  618. 

—  ascete  grec  a  Billa  290,  314. 

—  Dr  Erbil  (ca.  600)  60. 

—  abu  4-Farag  b.  Hebraeus,  maph. 

(1204-1286)  20-27,  78,  423-424, 

433,  434,  457,  484,  583,  598,  759, 
767. 

—  Jean,  ev.  M.  Matta  (ca.  1250)  352. 

—  Matta  Hanno  de  Bartelli,  maph. 
(1317-1 345)  1 74,  409,  424-425,  429, 
482. 

—  ev.  B.  Rimman  (629)  123. 

—  Ya‘qub  II,  maph.  (1189-1215)  178, 
420,  429,  568,  667. 


—  Yohannan,  6v.  M.  Matta  (1241- 

1269)  423. 

Gregorios  (les  fils  de),  ma.  Karamlaiss 
415. 

Grey,  baronet  Sir  George  374. 
Gufrasnasp  ma.  205. 

Guhisthazad  ma.  (341)  44,  45. 

Guiorgue,  de  Qur,  m.  197,  272. 

Guorguis  (Guiwarguls)  : 

—  m.  M.  Behnam  (1660)  609. 

—  m.  contemporain  Bar  ‘Eta,  fond. 
Adiab.  et  Birta  207-208,  230,  287, 
413. 

—  m.  disciple  Bar  ‘Eta,  fond.  Karam¬ 
laiss  207,  274,  412-413. 

—  p.  poete  Alqos  (XVIR  s.)  394. 

—  m.  ma.  (VIIe  s.) 

—  famille  de  Ma‘alta  (1844)  680. 

—  ev.  Mossoul  (fin  XIIIe  s.)  349. 

Gurla  de  Kafar  ‘Uzail  176. 


—  H  — 

Habas,  famille  Takrlt/Qaraqos  443. 
al-Habbaz  101. 

Habblwa,  ev.  Erbil  52. 

Habib  : 

—  m.  Amed  (521/565)  762. 

—  Dr  Hadita  (ca.  800)  105. 

—  l’hydropique,  m.  B.  Qoqa  152. 

—  d’al-Sin,  m.  B.  Qoqa  153. 

—  ascete  Zinai  128. 

Habbo  Ganni,  famille  Bartelli  426,  481. 
Haddad,  famille  Alqos  807. 

Hagar  (A.T.)  803. 

Haitam,  roi  armenien  86. 

Hakkari  ( Kurdes )  543. 

Hamdun  le  Hamdanide  743. 

Harms  b.  Qardali^  78,  755. 

Elana  Iso‘,  soeur  Bar  ‘Eta  275,  278, 
492. 

Hanan  d’Alqos  813. 

Hanna  (Jean,  Yohannan): 

—  fond,  cvt  (?)  813. 

—  d'Alqds  813. 

—  p.  Gazarta  801. 


INDEX  DES  PERSONNES 


843 


—  sup.  R.  Hormizcl  (1824)  547-548. 

—  Qorio,  dv.  ‘Amadla  414. 

—  s.  T.  Kaif  (1719)  362. 

Hapsai  ma.  44. 

Harun  al-RasId  501. 

Hassan  : 

—  frere,  M.  Behnam  (1164)  591,  598. 

—  frere  de  Matta,  dmir  Karamlaiss 
(1358/1361)  51,  409,  425. 

— *  Pacha  (1723)  184. 

—  b.  Sawrlso4  166. 

Hassassins  {habitants  de  Hassasa)  420. 
Hatem  b.  Saleh  147,  176. 

Hatun  Bahodi,  religieuse  757. 

Hawll,  dv.  Adiabene  (183-190)  (?) 
188,  219-220. 

Hawisa,  reclus  de  Hinis  (IVe  s.)  789. 

Hazqidl  (Ezechiel)  m.  fond.  23. 
Heder  (ou  Hidr),  p.  Mossoul  (1719) 
361,  362,  532,  660. 

Helene,  religieuse  (VI Ic  s.)  273. 

Heliodore  822. 

Henna  (ou  Hand)  al-Nabiya,  de  T. 

Kaif  371-372. 

Henri  VIII  331. 

Heraclius  56,  332. 

Hermes,  dieu  grec  496. 

Hes,  roi  552-554. 

al-Hidr  al-Ahdar,  358,  472,538,  575- 
578,  583,  585,  586,  608. 

Hidra,  d’Ascalon  576 
Hilmi  Pacha  de  Mossoul  496. 

Hind  17,  664. 

Hiob  (=  Job),  m.  fond.  Adiabene  16. 
Hiram,  dv.  Adiabene  (225-258)  ( ?) 
210. 

Hnana  : 

—  d’Adiabene  54. 

—  dv.  Erbil  (ca.  511)  (?)  219. 

—  I,  dv.  Erbil  (544)  54,  59. 

—  II,  dv.  Erbil  (562-576)  54. 

—  m.  47. 

Hnania  : 

—  des  bouquetins,  m.  B.  ‘Awd  706- 
707. 

—  sup.  cvt.  pont  (ca.  562)  182. 

—  ma.  Erbil  (345)  44,  707. 


Hnaniso4  : 

—  I,  le  boiteux,  pat.  (685/6-699/700) 
64,  65,  66,  346,  499-500,  506-507, 
508,  511,  514,  515,  713,  715,  716. 

—  II,  pat.  (773-780)  68. 

—  d'Adiabene,  m.  fond,  cvt  Pisd 
(VII®  s.)  (=  ‘Ananiso4?)  100,  272. 

—  dv.  tud  a  Alqos  (1832)  393. 

—  (‘Amr  b.  4Amr),  neveu  M.  Ellya 
644,  645,  647,  648. 

—  dv.  Mossoul  (ca.  800)  347. 

—  dv.  Mossoul  (fin  XIIIe,  ddbut 

XIV®  s.)  349. 

—  sup.  B.  Qoqa  (663-675)  143,  182. 

—  nom  commun  des  metropolites  de 
Sapat  et  B.  Samesdin  785. 

Homo  (Hormizd),  famille  d’Alqos,  v. 
Copistes  317,  393-394. 

Honai'n  le  mortifid,  m.  B.  Qoqa  152. 

Hormizd  : 

—  IV,  roi  persan  (579-590)  644. 

—  pat.  (?)  (1570)  526. 

—  p.  ‘Ainkawa  (925)  168. 

—  l’aramden,  m.  (ca.  620)  138,  139. 

—  dv.  Assyrie  (1085)  (=  pat.  Mak- 
kiha  I  ?). 

—  b.  Cannum  al-Banna’,  p.  M.  Ellya 
641,  653-655.  658,  659. 

—  b.  p.  Hairallah,  s.  sculpteur  605. 

—  m.  (1607)  706. 

—  b.  Miha’Il  525. 

—  b.  Nur  al-Dln,  p.  Batnaya,  sup. 

M.  Awraha  (ca.  1650)  532. 

—  (Rabban),  le  Persan  26,  31,  239, 
240,  265,  270,  272,  273,  358,  407, 
476,  531,  533-540,  580,  648,  704, 
720,  758,  768,  776,  778,  780,  802, 
803,  804. 

—  p.  Salmat  (1723)  261. 

—  b.  p.  Sawrlso,  b.  p.  Asad,  p.  T.  Kaif 
(1680)  532. 

—  m.  Zlnai  128. 

H0§o,  b.  s.  Mhanna,  de  Karamlaiss  407. 

Hubert,  St.  572. 

HudahwI  : 

—  de  Baqofa  380. 

—  dv.  Hadlta  (VIII®  s.)  108. 

—  m.  23. 


844 


ASSYRIE  GHRETIENNE 


—  m.  Zlnai  128. 

Hugair,  laic  242. 

Hulagu,  han  mongol  83,  180. 

Humaidi ,  Kurdes  258. 

Husaba  d’Alqos  (1753)  528. 

Husaba,  p.  T.  Kaif  (ca.  1585)  359. 

Husalaha,  ev.  348. 

Hussain  : 

—  b.  ‘Abd  Allah  b.  Hamdan  (932)  501 . 

—  b.  Hussain  (XIVe  s.)  509. 

—  al-Gallli  (1743)  445,  514. 

Hu  war  a  b.  Theodoros  624. 

Huznahlr  de  Sos  (ca.  800)  258. 

Hzairan,  p.  Barzane  169. 


—  I  — 

Ibn  Halliqan  74. 

Ibn  Naslha  525. 

Ibn  Salama  m.  (Xe  s.)  651. 

Ibrahim  : 

—  b.  al-kAdl,  6v.  Hira  (ca.  990)  498. 

—  al-Astar  277. 

—  al-Garrahi  504. 

—  m^decin  (VIIIe  s.)  110. 

—  m.  sculpteur  (ca.  1250)  591,  592, 

593. 

—  b.  Nuh  d’Anbar,  medecin  (850)  1 13. 

—  b.  Slemun,  ev.  Adiabene  (ca.  1 50- 

165)  (?)  485. 

—  b.  Yahia,  gouv.  Hadlta  109. 

Ignace  : 

—  Antoine  Samheri,  pat.  Antioche 
(1852-1864)  467. 

—  David  §ah,  pat.  Antioche  (1576- 

1591)  586. 

—  Ephrem  II  Rahmani,  pat.  Antioche 

(1898-1929)  589. 

—  Jean  Sillah,  pat.  Antioche  (1484- 

1494)  426. 

—  Matta  Ta‘lab,  pat.  Antioche  (1782- 

1812/19")  588. 

—  Michel  III  Garwe,  pat.  Antioche 
(1782-1800)  588. 

—  Na‘mat  Allah,  pat.  Antioche  (1557- 

1576)  586. 


—  Simon  Hindi  Zora,  pat.  Antioche 
(1814-1818)  588. 

—  de  Bartelli,  6v.  M.  Matta  et  Adher- 

baidjan  (1269)  352. 

Ill  Daoud,  maph.  (1215-1222)  420, 
421,  455. 

—  Lazare,  maph.  (1143-1164)  338, 

419,  429,  440,  450,  483,  603. 

—  Sallba  III,  maph.  (1253-1258)  422. 

—  ev.  Urmi  (ca.  1190)  340. 

T lisa.4  (Elysde)  maitre  de  Job  le  Persan 
160-161. 

‘Imad  al-DIn  : 

—  Sah  in  Sah,  atabek  Singar  486. 

—  Zengui,  atabek  Mossoul  486,  681, 
694. 

Ingik  494. 

Innocent  : 

—  IV  422. 

—  X  234. 

Isaac  (Ishaq): 

—  pat.  (399-410)  48,  52,  119,  208, 

211,  324,  765. 

—  de  Ninive  346. 

—  ev.  Ba  Nuhadra  (410)  324,  342. 

—  ev.  Ba  Nuhadra  (fin  VIIe  s.)  342, 

710,  714,  717. 

—  le  Persan,  marchand  (IVe  s.)  580, 

590,  607. 

—  ^colier  a  P^sabur  (VIe  s)  697. 

Isai'e,  faux  6v.  766. 

Isa‘ya  (Isaie): 

—  m.  maitre  de  Job  le  Persan  160,  161 

—  m.  Mqurtaya  (1718-1743)  612. 

Ishaq,  (Isaac) : 

—  ev.  Erbil  (IV  s.)  71. 

—  Gaddo,  p.  Alqos  393. 

—  m.  R.  Is6‘  746. 

—  al-Qalali  (l’Egyptien)  613. 

—  p.  Ba  Sahra  (1364)  480. 

—  m.  a  Telia  (Birta)  287,  288. 

—  b.  Yusif,  p.  Ba‘slqa  (ca.  1857)  465 

466,811. 

Isidore  de  Seville  462. 


INDEX  DES  PERSONNES 


845 


Isma‘Il  : 

—  p.  Piyoz  (1738)  474. 

—  Bek,  de  ‘Amadia  (1842)  393,  547, 
548. 


—  m.  disciple  d’Apni  Maran,  sup. 
Za‘faran  272,  745-746. 

—  d'Awana  (VIIIe  s.)  562. 

—  de  Koumateh  (Xe  s.)  542,  747. 

—  b.  Nun,  pat.  (823-829)  71,  257, 

347,  485,  649,  650. 

—  b.  Nun,  pseudo  gouv.  Mossoul  132, 
137. 

—  b.  Nun,  m.  R.  Hormid  (Xe  s.)  542. 

—  Zakko,  p.  Qaraqos  (1731)  587,689. 

Iso‘dad  : 

—  m.  B.  ‘Aw6  31,  239,  240. 

—  de  Merw,  6v.  Hadita  (837)  112, 

113,  755. 

Iso‘  emmeh,  m.  cvt  Pise  101,  148. 

Iso‘sawran  : 

—  m.  ma.  Erbil  43,  46-47,  55,  67, 
132,  137,  139,  189,  196-197,  332, 
414,  415,  442. 

—  compagnon  de  Jean  de  Dailam  272. 

—  b.  Mamai,  ev.  Ninive  (VIIIC  s.)  275, 
283,  347. 

—  sup.  M.  Matta  (?)  768. 

—  6v.  (de  Mossoul?)  88,  89,  92. 

—  de  Resa,  co.  de  R.  Hormizd  (VIIe  s.) 
272,  407,  537,  778,  780,  803-805, 
806. 

Iso‘yaw  : 

—  I,  d’Arzun,  pat.  (582-595)  18,  54, 

106,  107,  211,  217,  295,  325,  328, 
377,  413,  644,  825. 

—  II,  de  Gidal,  pat.  (628-644/6)  56, 
60,  61,  107,  139,  377,  531,  534,  646, 
719,  744. 

—  Ill,  d’Adibene,  pat.  (647/50-657/8) 

16,  46,  55,  56,  60-63,  68,  118,  139, 
140,  157,  164,  166,  182,  197,  243, 

245,  296,  326,  331,  335,  344,  345, 

346,  636,  668,  712,  716,  719,  744, 

758,  780,  781,  808. 

—  V,  pat.  (1149-1175)  408. 


—  m.  B.  ‘Aw£  (ca.  710)  66. 

—  b.  p.  Awraha,  b.  p.  Husaba,  fr.  pat. 

Ellya,  6v.  (1751)  365. 

—  de  Barzan£,  m.  (VIe  s.)  276. 

—  d’Erbil,  ev.  Assyrie  (Xe  s.)  73,  1 13. 

—  le  long,  m.  B.  ‘Aw£  241. 

—  b.  Mama,  £v.  Erbil  (v.  Simon  VII). 

—  de  Marga,  6v.  Erbil  (ca.  780)  68- 

70,  115,  186,  199,  212,  222,  243, 
244,  245,  257,  287-288,  347. 

—  b.  Mqaddam,  £v.  Erbil  (XVe  s.)  93, 
358,  407,  796,  801,  802,  803,  805, 
811. 

—  6v.  Ba  Nuhadra  (1257)  343. 

—  « qui  quitta  sa  place »,  fond.  Ba 
Nuhadra  16,  705,  708-711,  714, 
715,  716,  725,  818. 

—  b.  Qusr<£,  fond.  Mossoul  (570)  16, 

161,  325,  330,  474,  711,  769. 

—  sup.  M.  Miha’il  (ca.  720)  662,  663. 

—  £v.  Telia  et*Bar  Billa  (1318)  234. 

I§o‘zha  : 

—  l’ennuque,  fond.  Adiabene  16,  192, 
194-196,  206,  709. 

—  co.  d’Iso‘savvran  46. 

—  <§v.  M.  Matta  (VP  s.)  351. 

—  m.  B.  Qoqa  (768)  152. 

Isra’Il  : 

—  l’ain£,  p.  Alqo§  390,  394,  545. 

—  le  jeune,  p.  Alqos  392,  394,  474. 

—  p.  Alqo§  (1672)  655. 

—  6v.  Assyrie  (ca.  940)  72. 

—  b.  ‘AwdI§o‘,  b.  Karr6,  s.  Ma‘alta 
(1698)  678. 

—  £v.  Erbil  (1600)  (?)  95. 

—  p.  R.  Hormizd  (1666)  545. 

—  Sepho,  chef  Semmd  689. 

—  m.  M.  Yaqo  727. 

‘Issa  : 

—  p.m.  M.  Bchnam  (ca.  1250)  591, 

598. 

—  graveur  380. 

—  al-Humaidi  258. 

—  m.  M.  Miha’il  (1583/1585)  670. 

—  al-Nattafa,  sculpteur  606. 

—  b.  Sahlupa,  m^decin  (VIIIe  s.)  109, 
110. 


846 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Istipanos  : 

—  6v.  Dasen  (VIIIe  s.)  304. 

—  ev.  Erbil  (ca.  700)  64. 

—  m.  (VP  s.)  186,  196,  777. 

—  m.  disciple  Ya‘qub  Hazzaya  713. 

Italaha  : 

—  ma.  de  Dastagard  44,  45,  682,  703- 
704. 

—  ev.  Gomel  (629)  230. 

—  de  Lal^s  813. 

—  ev.  Ninive  ( ?)  (660)  346. 

Itamar,  p.  ma.  Adiabene  44. 

IwanIs  : 

—  Iso‘,  ev.  M.  Behnam  et  Qaraqos 

(1566-1576)  341. 

—  Kar6s  Yagmur,  ev.  M.  Behnam  et 
Qaraqos  445,  447,  448,  453,  458, 
459,  587,  612,  613,  689. 

—  ev.  M.  Matta  (1290)  353. 

—  ev.  M.  Matta  (ca.  1300)  340. 

—  6v.  Ba  Rimman  (1166)  123. 

Ivyu  (Job,  6v.  Erbil  53. 

‘Izz  al-Dln  Mas‘ud,  b.  Mawdud,  b. 
Zengui,  b.  Aq  Sonqor  484. 


—  j  — 

Jacob  (A.T.)  735. 

Jacques  (Ya‘qub,  Yaqo) : 

—  II,  pat.  (754-773)  67,  109,  150,  175. 

—  b.  ;Abdi,  de  Mardin  (1729)  362. 

—  Baradee  328,  329. 

—  d’Edesse  286,  451,  755. 

—  roi  de  Medie  (b.  Uzun  Hassan)  557. 

—  de  Nisibe  750. 

—  p.  ma  (347)  44,  45,  218,  229. 

—  p.  ma.  (371)  (?)  220. 

—  le  ZHote  p.  ma.  (344)  220. 

Jean  (Yohannan,  IwanIs): 

—  XVI,  pat.  Antioche  (1215-1220)  455. 

—  Ill,  b.  Narsai,  pat.  (893-899)  72. 

—  IV,  b.  Abgar,  pat.  (900-905)  113. 

—  VI,  b.  Nazuk,  pat.  (1012-1016)  73, 
113,  544,  650,  718,  719,  747. 


—  b.  Aphtonius  645. 

—  ev.  Athel,  ma.  (1572)  156. 

—  Baptiste  (St)  368,  776. 

—  de  Dailam  105,  305,  306,  313,  441, 
442,  458,  580,  609-611,  806. 

—  de  Dara  437,  767. 

—  de  Dasen,  pat.  intrus  64,  499-500. 

—  b.  Denha,  p.  B.  Daniel  (ca.  1350) 
484. 

—  b.  Denha,  p.  Karamlaiss  (1360)  409. 

—  ev.  Erbil,  ma.  (ca.  343)  44,  47,  49. 

—  archidiacre  Erbil  (ca.  630)  61. 

—  PEvangeliste  (St)  57. 

—  de  Gazarta,  ev.  ma.  (ca.  1570)  156. 

—  Hormizd,  6v.  chaldeen  (1838)  254, 
273,  395. 

—  de  Hudaida,  m.  (XIIIe  s.)  461,774. 

—  Job,  ev.  jac.  Ba  Nuhadra  (1284)  353. 

—  b.  Kaldun  26,  543,  660,  663,  664, 
665. 

—  de  Kuhta,  ev.  774. 

—  b.  Ma‘aani,  maph.  ( 1232-1253)  422. 

—  deux  eveques  de  M.  Matta  (752) 
334. 

—  II,  ev.  M.  Matta  (752)  351. 

—  ev.  Mardin  (1125-1165)  567,  579, 

761. 

—  b.  Mariam,  ma.  (344)  220. 

—  de  Mossoul,  m.  ecrivain  386,  661, 
668,  669. 

—  le  Mossouliote,  ev.  Hammadan 

(XIIe  s.)  74. 

—  de  Nahla  306. 

—  ev.  Ba  Nuhadra  (605)  342. 

—  ev.  jac.  Ba  Nuhadra  (1166)  353. 

—  de  Penek  755. 

—  le  Persan,  m.  co.  P^.  Hormizd  537. 

—  de  B.  Rabban  308. 

—  IV,  de  Sarug,  maph.  (1165-1188) 
419,  443,  448. 

—  Savva  de  Daliata  645,  685,  694. 

—  ev.  Tai'man  (ca.  823)  336. 

—  le  vieillard,  ev.  M.  Matta  (685)  351. 

—  £v.  Zabe  219. 

—  b.  Zu‘bi,  m.  B.  Qoqa  (XIIe  s.)  154, 
349,  755. 

Jeremie  : 

—  m.  fond  Mt.  Izla  16. 

—  Samir,  traducteur  de  Sachau  393. 


INDEX  DES  PERSONNES 


847 


—  Timoth£e  Maqdassi,  6v.  Zaho  (1892- 
1929)  465,  466. 

Jerome  (St)  397,  495,  822. 

Job  le  Persan,  m.  160-161. 

Jonas  (Yonan)  : 

—  (A.T.)  29,  32,  494-524. 

—  £v.  jac.  Ba  Nuhadra  (773)  353. 

Joseph  (Yusif,  Yawsip): 

—  (A.T.)  808. 

—  pat.  (551-566/7)  18,  54,  328. 

—  II,  Ma‘ruf,  pat.  (1695-1712)  360- 

361,  365,  412,  679,  683,  755. 

—  Ill,  pat.  (1713-1757)  362. 

—  VI  Audo,  pat.  (1848-1878)  170, 

236,  362-363,  370,  376,  413,  529, 
549. 

—  de  ‘Ainkawa,  p.  ^crivain  (1795/1807) 
169. 

—  p.  poete  d’Alqos  394. 

—  6v.  d’Ator  et  Mossoul  (1188)  75, 

349. 

—  p.  m.  M.  Behnam  (1164)  591. 

—  de  Cupertino  (St)  760. 

—  6v.  Erbil  (497)  53-54,  704. 

—  ev.  Erbil  51. 

—  ma.  Erbil  (1202)  75. 

—  6v.  Gazarta  (1572)  698. 

—  ma.  45. 

—  <§v.  a  M.  Matta  (752)  334. 

—  6v.  Mossoul/Erbil  (v.  Timoth^e  II). 

—  de  Mossoul,  tdmoin  (1851)  375. 

—  p.  maronite  375. 

—  d’al-Sin,  m.  B.  Qoqa  153. 

Josselin  de  Courtenay  603. 

Jovinien  622. 

Juifs,  199,  257,  259. 

Julien  l’aspostat  436,  569,  761,  768. 
Justin  II  622. 

Justinien  622. 

—  K  — 

Kanun,  p.  T.  Kaif  (1717/8)  361. 

Kar£s,  £v.  Singar  ( ?)  329. 

Karim  b.  Masih,  maph.  intrus  (1189) 
178,  420. 

Katso  (St^phane),  6v.  chald.  Mossoul 
(1947-1953)  378,  510,  775. 


Kattula,  famille  de  T.  Kaif  363,  546. 
Khawar  Nahid  (v.  Huznahir). 

Kl!lis6‘  : 

—  6v.  B.  Kartway^  (585)  217. 

£v.  Ma‘alta  (du  Zab  ?)  (605)  214. 

—  ev.  Ninive  (VI  Ie  s.)  346. 

Krim  abu  Halhal  b.  Imam  Mussa  ( ?) 
34. 

Kutlu  Bek  77,  482. 


—  L  — 

Laeta  822. 

Lanza  (le  P.,  o.p.)  405,  587. 

Layoloh  261. 

Lazare,  m.  ma.  628.  631. 

Lazare  IV,  maph.  (1730)  683,  687. 
Leontius,  «  abbesse  »,  m.  128. 

Lion  (Mgr)  (1883)  548. 

Luc,  6v.  Assyrie  (ca.  935)  72. 

Lu’lu’,  Badr  al-Dln  76,  77,  420.  421, 
422,  428,  481,  486,  591,  596,  604, 
669. 


—  M  — 

Ma:ad  147. 

Ma‘anyo  (ou  Man‘yo),  la  « sainte  fille 
de »  58. 

Macaire  (St)  602. 

Maged  Isma‘Il,  pat.  Antioche  (1333- 
1366)  409. 

Mahanus  (v.  Iso‘sawran,  ma.). 
Mahbub,  a  M.  Behnam  (ca.  1250)  591, 
598. 

al-Mahdi,  calife  104. 

Mahmud  I,  sultan  ottoman  (1743) 
445. 

MakkIha  : 

—  I,  pat.  (1092-1110)  73,  114,  200. 

—  II,  pat.  (1257-1265)  78,  79,  80,  81, 
83,  114,  121,  201. 

—  Suhaya,  pat.  (?)  (1610)  526. 

—  (§v.  Erbil  (630-637)  56. 

Malama,  £v.  Ma‘alta  (de  Dehok  ?) 

(1062)  215. 


848 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Malbad,  laic  16,  299. 

Malik  Salih  Isma'Il  77,  423,  465,  481, 
596. 

Malke,  m.  673. 

Malkisdeiq  (v.  Malklso4,  m.). 

Malkiso4  : 

—  m.  fond  cvt  Neuf,  en  Elam  103. 

—  m.  R.  Hormizd  (Xe  s.)  542. 

—  ev.  Ma'alta  et  Bahadra  (1265)  336, 
343. 

—  de  Ma‘alta  (1844)  680. 

Malqi,  ev.  M.  Matta  (1635)  683. 

Mam,  d£mon  610,  709. 

Mansur  : 

—  m.  fond.  (ca.  590)  295. 

—  calife  102,  109,  110,  735. 

—  donateur  (  ?)  605. 

Maran  ‘Emmeh  : 

—  d’Awah,  ev.  Erbil  (VIIIe  s.)  67-68, 

100,  101,  111,  147,  150,  175,  176, 

188,  197,  260,  267,  268,  285,  286, 

288,  301,  304,  308,  314,  318,  347, 

487,  788. 

—  de  ZInai,  sup.  B.  Qoqa  (VIIIe  s.) 

101,  124,  126,  128,  130,  142,  148- 
150,  173,  179,  188,  562,  779,  820. 

Maran  Zha  : 

—  ev.  Marga  (IXe  s.  ?)  232. 

—  m.  R.  Hormizd  (Xe  s.)  541. 

—  6v.  Mossoul  (ca.  800)  347. 

—  (v.  Zahe). 

Marc,  ev.  Hewton/Damas  (1075)  200. 

Marcianus  62 1 . 

Mar'emmeh  d’Arzun,  pat.  (644/7-647/ 
50)  56,  61,  62,  103,  140,  296,  346. 
Mardan  Sah  (1369)  410. 

Marha’Il,  p.  M.  Yaqo  (1710)  728. 

Mari  : 

—  disciple  17,  41,  42,  323. 

—  II,  pat.  (987-999)  73,  113,  120, 

200,  498,  544,  651. 

—  de  Hadita  (XIe  s.)  105. 

—  auteur  liturgique  412. 

—  (ou  Mara)  ev.  Ninive  (ca.  625)  61, 
345. 


—  (v.  Tubana). 

—  sup.  cvt  Yohannan  et  Iso'sawran 

(1219)  807.  ’ 

Mariam,  f.  chorev.  Yalda,  de  Qaraqos 
(1843)  459. 

Marie  : 

—  rel.  Erbil  (1542)  827. 

—  rel.  ma.  (347)  44,  45,  218,  229. 

—  Thdrese  Asmar  de  Kaif  372-376. 
Marignolli  (Giovanni  de)  (o.f.m.) 

507-508. 

Marcos  : 

—  b.  ‘Awdlso4,  b.  Karre,  chef  Ma‘alta 

(1698)  678. 

—  b.  Hormizd,  p.  Telia  (Birta)  (1720) 
287. 

—  m.  (v.  Yahwalaha  III). 

Maro'i,  solitaire  209. 

Marrogue  (Mar  Awgin)  312. 

Marsan,  p.  ma.  Adiabene  44. 

Maruta  de  Takrit  131,  230,  331,  333, 

339,  433,  488,  625,  628,  629,  630, 
631,  754. 

Marwan,  calife  104. 

Marzban  (ca.  800)  786. 

Masius  (Andre)  398. 

Mas‘ud  : 

—  b.  Adam  al-Din  Ya'qub,  de  Bar 

Qawta  (1275/1289)  84,  85,  188, 

482. 

—  Bek,  b.  ‘Amr,  £mir  de  Karamlaiss 
(1317)  408,  409. 

—  prince  de  B.  Daniel  (ca.  1350)  484. 

—  b.  Ya'qub,  b.  Mubarak,  b.  Nazik 
de  Bartelli  (1300)  607. 

—  b.  Yusif,  carrier  (1300)  607. 

Mathias,  m.  cvt  Yohannan  et  Iso'saw- 

ran  (1219)  807.  ‘ 

Matios,  de  Ninive  515. 

Matta  : 

—  m.  Bar  ‘Eta  (VIe  s.)  281. 

—  b.  s.  Gabriel  Kandu,  de  T.  Kaif  361. 

—  emir  Karamlaiss  (1358?)  tu6  408, 
(409  ?). 

—  emir  Karamlaiss  (1358  ?)  mort  na- 
turellement  409. 


INDEX  DES  PERSONNES 


849 


—  (Mar)  m.  fond.  514,  567,  572,  574, 
575,  581,  599,  601,  602,  605,  607, 
616,  617,  728,  737,  756,  758,  759- 
764,  779,  781,  783,  805. 

—  pat.  (?)  (1600)_  95. 

Matthieu,  m.  B.  ‘Awe  (IXe  s.)  232. 

Mazina  (v.  Mar  Zena). 

Mbarah,  ev.  Dasen  (VIe-VIIe  s.)  787. 

Me  Garthy  (D.)  375. 

Mehemet  Pacha  (1834)  515. 

Meho,  p.  T.  Kaif  (1719)  362. 
Melchisedech,  m.  sup.  B.  Qpqa  (768) 
152. 

Menez^s  22,  24,  25. 

Mesawha  (v.  Bar  Sahd6,  6v.  Erbil). 
Mesk^na,  m.  Nardos  629. 

Mezzofondi,  card.  373. 

Michel  : 

—  Archange  660. 

—  le  Grand,  pat.  Antioche  (1166- 

1199)  178,  420,  667. 

Miha  de  Nuhadra,  m.  Alqos  (IVe  s.  ?) 
387-388. 

Miha’Il  : 

—  Agostin  Ofi,  p.  chald.  a  Rome(1837) 
373.  ’ 

—  (Mar)  l’Angdlique  (de  Dara  ?) 
16,  336,  553,  554,  645,  660-662. 

—  Muhlis,  6v.  Ba  Rimman  (1272)  123. 

—  sculpteur  606. 

—  le  soldat-stylite,  m.  fond.  285,  332, 
621-625,  826. 

—  m.  fond.  Tar‘Il,  141-142,  179. 
Mihran,  famille  perse  752. 

Mihrkust  442 

Miles  : 

—  de  Suse,  ma.  (ca.  424)  552. 

—  de  T.  Hes,  ler  6v.  Ba  Nuhadra? 
324,  552-554. 

Mir  Kor  =  Muhammad  pacha  de  Ra- 
wanduz  (1832)  172-173,  185,  392, 

546. 

Moise  (Muse,  Mussa) : 

—  (A.T.)  678. 

—  p.  R.  Hormizd  (1842)  547. 

—  b.  Kipha,  6v.  Ba  Rimman  123,  351. 


—  6v.  M.  Matta  (ca.  650)  351. 

—  ev.  Ninive  (650)  346,  347. 

—  6v.  Ba  Nuhadra  (1111)  343. 

—  6v.  Ta'imana  (790)  336. 

Msiha  Rahmeh,  m.  (Ve  s.  ?)  222. 

Msiha  Zha  195. 

Mufiih  127. 

Mugahid  al-Din  Qaimaz  664. 
Muhammad  : 

b.  Ahmad  al-flussaini  (Syd)  405. 

—  al-‘Asi  178. 

saih  de  Dehok  (1914)  681. 

—  gouv.  Erbil  (1310)  88. 

—  b.  Hassan  (1789)  428. 

—  b.  Marwan,  b.  al-Hakam  104. 

—  R6san  782. 

Mu’nis  b.  Mussa  650. 

Murad  : 

—  IV,  sultan  ottoman  184. 

—  b.  Ya‘qub  (v.  Bar  Yak) 

Mus£  (Moise)  : 

—  6v.  Erbil  (1283)  85. 

—  (ou  M£so)  p.  Herpa  (1868)  249. 

—  £v.  Ninive  (ca.  560)  345. 

—  p.  chald.  (1846)  170. 

—  m.  B.  Sayyard  153,  385,  710. 

Mussa  : 

—  l’Arabe,  m.  M.  Z£na  638. 

—  Hadi,  calife  104. 
al-Mustansir,  calife  76. 
al-Mustarsid,  calife  258. 
al-Mu‘tadid  billah,  calife  501,  503, 

743. 

al-Mutawakkil,  calife  113,  194,  196, 
501. 

Muwaffaq  al-Din,  b.  abi  ’l-Hadid 
al-Mada’ini  666. 

Muzaflar  al-Din  Kukburi,  prince  Erbil 
(1190-1232)  74,  76,  420,  481. 


—  N  — 

Nabun  622. 

Nadir  Sah  (1743)  364,  366,  378,  382, 
392,  403,  428,  444-445,  448,  514, 
533,  546,  613,  642,  670,  719. 


Rech.  23  —  54 


850 


ASSYRIE  CHRET1ENNE 


Nagm  al-Din,  emir  Karamlaiss  409. 
Naggara,  sahrig  de  Hetra  264. 

Nahum  (A.T.)  387,  396-400. 

Nakkiha  de  T.  Niaha  219. 

Na‘man,  de  Hira  195,  644. 

Nana,  m.  281,  332,  488,  825. 

Narsai  : 

—  £crivain  308,  643,  685. 

—  ev.  Bawazlg  (ca.  1225)  121. 

—  ev.  ill^gitime  (ca.  635)  56. 

—  6v.  Mossoul  (VIIIe  s.)  347. 

—  ev.  d’al-Sin  (ca.  800)  1 19,  161,  238, 
240,  735. 

Naser  : 

—  b.  Ahrun,  seer,  de  Karamlaiss  409. 

—  fr.  de  Dalqandi  (1310)  88,  90,  91, 
96. 

—  al-Dawla  104,  503,  543,  651,  694. 

—  al-Dln,  £mir  de  Karamlaiss  (1358) 
409. 

—  al-Dln  Mahmud,  atabek  421,  486. 

—  al-Dln,  ‘Obaidullah  abu’l-Mahmud 

(1388)  510. 

Nathanael  (Natniel) : 

—  Apotre  439. 

—  m.  sup.  B.  ‘Awe  245. 

—  ev.  ma.  (?),  24,  47,  148. 

—  m.  sup.  B.  Qoqa  (?)  24,  147-148. 

Nawruz,  6mir  mongol  (1296)  86,  234. 

Nemrod  (Nimrud)  b.  Koush,  b.  Cham 

39. 

Nestorus  (Nestorius): 

—  pat.  Const.  286,  529. 

—  6v.  Erbil  (ca.  790)  70,  151,  200, 

231,  501. 

—  de  Dasen,  m.  fond.  Adiabene  (ca. 

600)  162-163,  209. 

—  £v.  Ba  Nuhadra  (790)  343. 

—  Sahseh,  6v.  Na'manlya  (XIe  s.)  105. 

—  neveu  de  Yohannan  de  Hazza  162. 

—  p.  du  evt  de  Yozadaq  (790)  200, 

231. 

Nic£phore  Phocas  16. 

Nicolas  : 

—  de  Myre  (St)  783. 


—  Zei‘a,  pat.  (1840-1847)  529. 

Niha,  m.  123,  825. 

Nimrud,  g^ant  734. 

Ninus,  fils  de  Bel  39,  515. 

Nisan,  m.  M.  Miha’U  485. 

NIsanaya  : 

—  conf.  (VI^  s.)  62. 

—  m.  disciple  Bar  ‘Eta  (VIe  s.)  207. 

Noe  (A.T.)  749,  750,  751,  752,  753, 

824. 

Nur  al-Din  : 

—  Arslan  Sah  639. 

—  emir  de  Qaraqos  (1364)  444. 

—  Zengui  258. 


—  O  — 

‘Obaid  Aga  al-Gallli  405. 
‘Obaidullah  b.  Ziad  277. 

Odescalchi,  card.  373,  393. 

‘Omar  : 

—  II,  b.  ‘Abd  al-‘Aziz  571. 

—  b.  al-Hattab  571. 

‘Osana,  m.  (1607)  706. 

Osiris  576. 

‘Otman  : 

—  Aga,  de  ‘Amadla  (1712/1713)  683, 
688. 

—  Aga  (1863)  252. 

—  Pacha  (1890/1891)  680-681,  686. 

Othoniel  495. 


—  P  — 

Pacome  (St)  602. 

Palmerston,  Vicomte  G.  374. 

Papa  : 

—  p.  ma.  Adiabene  44. 

—  pat.  (310-317)  47. 

Paqida,  ev.  Adiabene  (?)  41. 

Parmentier  437. 

Paul  : 

—  (St)  641. 


INDEX  DES  PERSONNES 


851 


—  V.  156,  248,  254,  526,  527,  532, 
555,  705,  785,  827. 

—  6v.  Adiabene  (630)  56. 

—  m.  sup.  R.  Cyprien  (VIII0  s.)  275, 
297-298,  299,  771. 

—  p.  ren^gat,  de  Kasaz  220  . 

—  Dr  Nisibe  et  Erbil  (?)  59. 

—  anachorete  syrien  710. 

Paulos  : 

—  ‘Ammu,  de  Ma‘alta  (1844)  680. 

—  p.  Hargawa  (1947)  239. 

—  de  T.  Esqof,  chordv.  ‘Aqra  (1918) 
250. 

Pejion  : 

—  pat.  (731-740)  107,  119. 

—  m.  disciple  Apni  Maran  272. 

—  de  Basom,  m.  successeur  Apni  Ma¬ 
ran  745,  746. 

—  m.  R.  Cyprien  (VIII*  s.)  222. 

—  Dr  Sos/cvt  Sup^rieur  (ca.  780) 
258,  298. 

Phaloth  (Beth)  famille  de  T.  Kaif  357. 
Pharaon  678. 

Philoxene  de  Mabbug  52. 

Pie  : 

—  IV  168,  201,  359. 

—  IX  363. 

Pierre  : 

—  St  530,  691. 

—  m.  B.  Qoqa  153. 

Pinhas  (Phin£6s) : 

—  le  Z&6  (A.T.)  739. 

—  m.  ma.  737-739. 

—  m.  M.  Adona  (VIIe  s.)  417. 

Plr  Mama,  £mir  Singar  410. 

Piroz  628. 

Place  (Victor)  496. 

Planchet  (Mgr)  (1853)  529,  549. 

Platon  615. 

Pol,  g£n£ral  d’Ar^tas  57. 

Potros  : 

—  Asmar,  p.  T.  Kaif  372,  373,  374, 
375. 

—  Garmo,  s.  poete,  T.  Kaif  (1943)  362. 


—  Kattula,  chor^v.  T.  Kaif  (ca.  1858) 
363. 

Pranc6,  m.  sup.  B.  Qoqa  (729-748/51) 
130,  134,  145-146,  157,  161,  163, 
166,  188. 

Prawa  754. 


—  Q.  — 

Qa’id  al-Buzi  (Saih)  472. 

QamIso‘  : 

—  m.  fond.  Marga  16,  271. 

—  de  Qub,  m.  sup.  B.  ‘Aw£,  fond. 
Hewton  144,  198,  206-207,  245, 
293,  711,  712,  716,  744,  792. 

—  de  R6sa,  Dr  de  B.  Rustaqa  792. 
Qamsa  (v.  Gabriel). 

Qaqra,  fond,  laic  17. 

Qardao  : 

—  6v.  Gllan  et  Dailam  250,  767. 

—  m.  parent  de  Bawa'i  le  Grand  211, 
216. 

—  ma.  45,  69,  205-206,  223,  553,  568, 
762. 

—  maudit  (VIIIe  s.)  109. 

Qasim  al-Dawla  Aq  Sonqor  486. 
Qassisa  (ou  Qasa),  6v.  Erbil  (VIe  s.) 

54. 

Qaynaya  (l’orfevre),  famille  de  Ba‘wlra 
188. 

Qazan,  han  mongol  83,  86,  87,  99. 
Qennesrin,  m.  (  ?)  645. 

Qnobaya,  m.  sup.  B.  Qoqa  (750)  147, 

282. 

Qoqa,  6ponyme  de  cvt  17,  131,  136, 
140,  141. 

Quarante  : 

—  Compagnons  de  Mar  Behnam  573, 
579,  761. 

—  Martyrs  persans  434. 

—  Martyrs  de  S^baste  579,  601. 
Qufra  b.  Sawriso*  de  N£ram,  m.  R. 

Cyprien  (VIIIe  s.)  299. 

Quni,  croyante  17. 

Quprianos,  6v.  Nisibe  (767)  716. 


852 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Quriaqos  : 

—  m.  sup.  B.  ‘Awe  740. 

—  de  Dura  ‘Arbaya,  6v.  Balad  (VIIIe 
s.)  Ill,  571,  793-794,  817,  818. 

—  de  Gwilta,  ev.  Balad  (ca.  800)  176, 

238,  240,  561,  716. 

—  Hanna  al-Hakim,  de  T.  Kaif,  p. 

(ca.  1850)  362. 

—  £v.  Ma‘alta  (1092)  215. 

Qurillos  : 

—  Denha,  £v.  M.  Matta  (1869)  430, 
756.  * 

—  Elias  Qiidso,  ev.  M.  Matta  (1872- 
1921)  ^293,  429,  467. 

Yusif  III,  maph.  (1458-1470)  425. 
Qutb  al-DTn  Mawdud  743. 

Qutbuga,  gouv.  Erbil  82. 


—  R  — 

Radi  al-DTn  Papa,  gouv.  Mossoul  84. 
Rahlma,  ev.  Erbil  (?)  52. 

Rama  : 

—  147. 

—  p.  Salmat  (IXe  s.)  260. 

Ramiso‘  : 

—  m.  B.  SW  (1452)  (?)  247,  796, 

799,  806-812. 

—  b.  Sabroi  463. 

Ramoi,  fond,  laic  17. 

Rassam  : 

—  Hormizd  496,  513. 

—  Nimrud  50,  540. 

Rephaim  734. 

Rhetor^  (le  P.  Jacques,  o.p.)  (Ya‘qub 
Nuhraya)  474,  680. 
Rochefoucauld,  Due  de  la  374. 

Royal  Asiatic  Society  375. 

Rufa’U,  p.  m.  Herpa  (1868)  249. 

Rustam,  £v.  Hnlta  69,  102,  111,  212 
Ruzbihan,  ev.  Nisibe  (VIIIe  s.)  663, 

711,  779. 


—  S  — 

Saba  Ishaq  Hannuna  Sabti  Gallo,  §. 

Bartelli  (ca.  1914)  452. 

Sabroi  (ca.  630)  463,  499. 

Sabti  Gallo,  famille  de  Bartelli  452, 
613. 

Sabur,  m.  fond,  sud  Iraq  715. 

Safar  : 

—  de  Ma‘alta  (ca.  1710)  679,  689. 

—  s.  Semmd  689. 

Sahab  al-Din  de  Bar  Qawta  482. 
Sahdona,  6v.  Mahoze  d’Ar^wan  63, 
117-118,  206,  271,  273,  323,  705. 
Sahln  ma.  47. 

Sahlupa,  ev.  Adiabene  (258-273)  (?) 
219. 

Sahrigdn  (les)  147,  149,  150,  176,  199, 
222. 

Sahroi  m.  fond.  Qardu  649. 

Saibln  (ou  Saiban)  b.  ‘Ataba  b.  Farqad 
358. 

Sa‘!d  : 

—  b.  ‘Abd  al-Malik  647,  648,  649. 

—  donateur  ?  605. 

—  b.  Hamdan  647. 

—  m.  (?)  645. 

Saif  al-Dawla  635. 

Saka,  famille  de  Bartelli  431. 
Sakaklnl,  famille  d’Erbil  94. 

Salah  al-Din  (Saladin)  74,  652. 

Saliba  : 

—  ev.  M.  Matta  et  Adherbaidjan(  1 1 89- 

1212)  352,  484. 

—  p.  Qaraqos  (1731)  587. 

SallIta  : 

—  m.  559. 

—  m.  fond.  Zabdicene  559-560,  610. 
Salman  de  Zarn,  geant  734. 
Salmanasar  497. 

Salomon  : 

—  de  Basrah  755. 

—  (ou  Samuel),  6v.  Ba  Nuhadra  (497) 
342. 


INDEX  DES  PERSONNES 


853 


Sama  : 

—  de  Nesra,  m.  sup.  B.  ‘Aw£  245. 

—  « la  sceur  de  »  58. 

Samli,  m.  155. 

Sammin,  ma.  47. 

Sams  al-Dln  b.  ‘Adi  807. 

Samta  b.  Yazdln  46. 

Samuel  : 

—  mdtrop.  de  l’Orient  (614-624)  453, 
614. 

—  b.  Cyriaque,  m.  nest,  relieur-stylite 

(ca.  1089)  285. 

—  Giamil,  m.  T.  Kaif  22,  370,  466, 
541,  549,  801. 

—  le  montagnard  627,  628. 

—  de  B.  Murdani  627. 

Sanatruq,  roi  de  Hatra  39. 

Sandagu,  £mir  mongol  465. 

Sapor  II  43,  44,  157,  228,  569,  622, 
682,  772,  822. 

Saraf  al-D!n  : 

—  b.  ‘Adi  807. 

—  deYezd  509,510. 

Sarah  : 

—  f.  d’Abraham  (A.T.)  572. 

—  soeur  M.  Behnam  565-578,  599, 
601,  605,  760,  761,  762. 

—  sceur  Nahum  396,  399,  572. 

—  sceur  Yohannan,  b.  Nagard  432- 
433,  435,  572. 

—  sceur  M.  Z£na  20,  451-453,  572, 
613-615,  762. 

—  rel.  Th^bai'de  572. 

Sarbel  : 

—  d^esse  703. 

—  6v.  Narsibad  (ca.  780)  452. 

Sar6Is  (Sargis,  Serge) : 

—  conf.  (VIIe  s.)  62. 

—  6v.  Erbil  (VIIe  s.)  64. 

—  £v.  Hnita  et  Ma‘alta  (ca.  750)  212, 
214.’ 

—  de  Hnita,  m.  fond.  Adiabene  16. 

—  b.  Malka,  m.  Hadlta  (ca.  540)  104. 

—  b.  Matta,  m.  Qaraqos  a  Edesse  (ca. 
1230)  444. 


—  co.  M.  Matta,  fond.  Mt  Aride  763. 

—  auteur  d’almanach  755. 

—  « le  destructeur  des  puissants »,  m. 
B.  Rustaqa  792. 

Sawa  : 

—  Gusniazdad,  m.  288-289,  741. 

—  de  Karamlaiss  415. 

—  6v.  Mahoz6  d’Ar^wan  (650)  118. 

—  Pirgusnasp  ma.  289,  633. 

—  S6pho,  chef  Semmdl  689. 

Sawma,  m.  (XIII®-XIV®  s.)  85,  180. 

Sawor  : 

—  m.  210. 

chef  B.  ‘Edr£  (Vllie  s.)  261. 
Saworan,  sahrig  de  Qub  (IX®  s.)  293. 

Sawriso‘  : 

—  I,  pat.  (596-604)  106,  186,  193, 

195,  216,  230,  271,  331,  708,  773. 

—  Ill  Zambur,  pat.  (1064-1072)  105, 

120. 

—  IV,  b.  Qayyuma,  pat.  (1222-1224) 
75. 

—  V,  b.  al-Maslhi,  pat.  (1226-1256) 
544. 

—  de  ‘Aw6  Saplra,  m.  fond.  Ba  Nu- 
hadra  16,  59,  131,  716,  818-819. 

—  d’Awana,  m.  fond.  Adiabene  (B. 
Qoqa)  16,  17,  26.  130,  131,  137- 
140,  141,  142,  143,  144,  145,  148, 

150,  152,  153,  155,  156,  157,  179, 
229,  559,  820. 

—  £v.  Bawazig  (ca.  990)  120. 

—  6v.  B.  Bga§  (ca.  1100)  667. 

—  m.  sup.  Bar  ‘£ta  (VII®  s.)  272. 

—  pere  de  Hassan,  gouv.  Adiabene  et 
Ator  165. 

—  £v.  Hewton  (1092)  200. 

—  b.  Isra’Il,  m.  sup.  B.  Qoqa  (ca.  800) 

151. 

—  Kafifa  (VIIIe  s.)  152. 

—  £v.  Kerkouk  (ca.  644)  140,  498. 

—  b.  Nahwar,  m£c£ne  Tar‘Il  17,  177, 
179. 

—  £v.  Ninive  (VIIe  s.)  346. 

—  ^v.  Ba  Nuhadra  (avt  1222)  343. 

—  b.  Paulos  (XII®  s.)  667. 

—  Rustam,  m.  B.  Qoqa  145,  152,  195. 


854 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


—  gendre  Sabroi  463. 

—  b.  p.  Zaki  abu’l-Mahasin,  b.  Yah- 
walaha,  p.  Mossoul  652. 

Sawta,  6v.  Erbil  (VIe  s.)  54. 

Sawur  de  Qaraqos  (ca.  615)  441-442. 
Sa‘ya,  disciple  de  R.  Cyprien  298. 

Sembaiteh  : 

—  6v.  Erbil  52. 

—  ev.  Ninive  (VIIe  s.)  346. 

Semiramis  372. 

Sem  Iso‘,  ev.  ilRgitime  (ca.  635)  56. 

Sennacherib  : 

—  roi  d’Assyrie  496,  788. 

—  roi  de  Nimrud  (IVe  s.  A.D.)  (?) 
568,  573,  574,  607,  761. 

Sepho,  famille  de  Semmel  686,  688, 
689. 

Serge  : 

—  ma.  459. 

—  Dr  Erbil  59. 

—  d’Ardamust,  m.  694. 

—  ev.  Elam  (VIIIe  s.)  471,  500-501, 

556,  795. 

—  Dr  cvt  Sup£rieur  (Xe  s.)  542. 

Severe  : 

—  d’Antioche  442,  766. 

—  Iso‘  (Tlta),  ev.  M.  Matta  et  Adher¬ 
baidjan  352. 

—  Josu£,  £v.  Adherbaidjan  (1266)  352. 

—  6v.  M.  Matta  et  Adherbaidjan  (1271- 

1277)  352. 

—  Saboht  (667)  346.  _ 

—  Ya‘qub  Sabo  (  ou  Sakko)  de  Bar- 

telli,  £v.  M.  Matta  et  Adherb.(  1232- 
1241)  339,  352,  422,  687. 

Shakespeare  (John)  375. 

Shamo  (Beth),  famille  de  T.  Kaif  357. 
Sidani,  m.  R.  Hormizd  (987)  544. 

Sidi  al-Rais  (1553)  513. 

Sidoura,  notaire  (497)  53-54. 

Simeon  (Simon,  Sim‘un). 

—  de  B.  Arsam  (V<*  s.)  328,  390,  475. 

—  de  Saqlawa  154,  755. 

Simon  : 

—  II,  pat.  (1364)  51. 


—  VII,  b.  Mama,  pat.  (1538-1551)  94. 

—  VIII,  Denha,  pat.  (1551-1558)  526. 

—  VIII,  Sulaqa,  pat.  (1551-1555)  94, 
156,  390,  391,  398,  526,  545. 

X,  pat.  (1600-1625/38)  95,  391. 

—  XI,  pat.  (1638-1656)  234. 

—  XIII,  Denha  (1662-1700)  526. 

—  XVII,  Abraham  (1820-1861)  254. 

—  le  Chananeen  766,  768. 

Sim‘un  : 

—  chef  Bartelli  76,  421,  427. 

—  6v.  Bawazlg  (1257)  121. 

—  6v.  B.  Bgas  260. 

—  ev.  Erbil  (VIe  s.)  54. 

—  6v.  Mossoul/Erbil  (714)  65,  346. 

—  ev.  Erbil  (1607)  (?)  95. 

—  p.  m.  B.  Gurbaq  478. 

—  m.  disciple  Iso‘sawran  (VIIe  s.)  273. 

—  b.  ‘Issa,  p.  Gazna  (1796)  187. 

—  £v.  M.  Matta  (VIIe  s.)  351. 

—  ev.  Ma‘alta  (554)  215. 

—  de  Ma‘alta  (1844)  680. 

—  le  montagnard  (ca.  515)  14,  34. 

—  ev.  Mossoul  (1265/6)  349. 

—  p.  (1846)  170. 

—  b.  Sabba‘e,  pat.  ma.  (339)  228,  801. 

—  m.  sup.  B.  Sakuh  (VIIe  s.)  189. 

m.  fond  al-Sin  ilO,  144,  272,  744. 

—  Tektek  Singari  (Hieronymos),  ev. 
Sena  370,  380,  530. 

—  6v.  Tell  et  Berberi  (1265)  233. 

—  m.  serviteur  de  Yozadaq  537,  778. 

Siouffi  (Nicolas)  (1879)  414. 

Sirin  : 

—  f.  Chosro<5s  II  17,  573. 

—  f.  Sennacherib  (?)  573,  581,  607, 

761,  779. 

Siroi,  roi  persan  46,  56,  107,  709. 
Sleiman,  p.  Qub  (1889)  293. 

Slemun  (Salomon,  Sleiman). 

—  succede  Ya‘qub  Hazzaya  716-717, 
820. 

—  le  pleureur,  6v.  Hadita  69,  102, 
103,  108-111,  747.’ 

—  de  Prat.  Maisan  121. 

—  m.  R.  Hormizd  (Xe  s.)  542. 
Slevanis  (les)  ou  Sleb  Kurdes  694. 


INDEX  DES  PERSONNES 


855 


Sllha  le  thaumaturge,  m.  B.  Qoqa  153. 
Sllmut  (ou  Salimot),  6v.  Erbil  51. 

SlIwa  : 

—  m.  sup.  B.  ‘Aw£  245. 

—  m.  fond.  Ba  Nuhadra  16,  793,  818. 

—  p.  Qaraqos  (1731)  689. 

SlIwa  Zha,  pat.  (714-728)  64-65,  66, 

108,  123,  145,  163,  175,  282,  561, 
662,  779. 

Smona,  fond,  cvt  17. 

Smuel  (Samuel)  : 

—  6v.  Erbil  (ca.  700)  64. 

—  m.  M.  Miha’Il  660,  662. 

SmunI  : 

—  (A.T.)  Mere  des  Macchab6es  430- 
431,  450,  451  (v.  Eglises  de). 

—  rel.  au  Maqlub  (?)  756. 

Societe  Asiatique  373. 

Sohdo,  6v.  M.  Matta  (ca.  600)  351. 

Soldini  (le  P.  Leopoldo,  o.p.)  522. 

St^phane  le  chimiste,  m.  M.  Ellya 
(Xe  s.  ?)  665. 

Suhalalaha,  ev.  Ninive  (VIIe  s.)  346. 

5uhalIso‘  : 

—  m.  47. 

—  « oc£an  de  direction »  542,  563, 

711,  717-718. 

SuHALMARAN  ; 

—  d’Awah  260,  314. 

—  Busnaya,  m.  R.  Hormizd  (Xe  s.) 
541. 

—  m.  sup.  B.  Qoqa  (693-729)  144- 

145,  153,  163,  681,  820. 

SULAIMAN  : 

—  b.  Naser  al-Dawla  b.  Marwan  (1049) 
677. 

—  6v.  Ba  Nuhadra  (?)  (424)  330,  353. 

SULAQA  : 

—  pat.  (v.  Simon  VIII). 

—  m.  B.  Qoqa  (1281)  155. 

Sultan  Sah  de  Karamlaiss  (1358)  409, 
411. 


Surin,  pat.  (754)  67. 

Suti,  £mir  mongol  88,  89. 

Suzanne,  soeur  Yohannan,  b.  Nagar£ 
(v.  Sarah). 


—  T  — 

Ta'aleb  147. 

Tag  al-DJn  Muhtas,  ^mir  Erbil  (1261/ 
1289)  79,  80,  85. 

Taharqa,  pharaon  497. 

I'aimur  : 

—  Leng  (Tamerlan)  508-511,  544. 

—  orfevre  (1300)  607. 

Takin  le  Siradite  104. 

Tammo,  de  Mossoul  532,  533. 
Tammouz  576. 

Tani  d’Erbil  (ca.  630)  61. 

Tarpashi,  capitaine  mongol  (1274)  670. 
Tavernier  512,  513. 

Thadd^e,  Apotre  796. 

Th^cla  de  Kasaz  ma.  220. 

Thecle  et  co.,  rel.  ma.  (347)  44,  45. 

Theodore  : 

—  (St)  435-437,  455. 

—  d’Ardamust  m.  694. 

Th^odose  I,  pat.  (852-858)  48,  113, 

232. 

Thomas  : 

—  Apotre  323,  678,  691. 

—  Audo,  £v.  Urmi  (1855-1915)  395. 

—  a  M.  Behnam  (ca.  1250)  591,  598. 

—  6v.  Erbil  (XVe  s.)  93. 

—  b.  s.  Gabriel  Kandu,  T.  Kaif  361. 

—  Hanna,  p.  m.  poete  Karamlaiss 

(1930)  403. 

—  de  J6sus  (o.c.d.)  545. 

—  de  Marga  (ca.  850)  232. 

—  Marqos  Maqdassi,  s.  Alqos  (1837) 
373,  394-395. 

—  Tektek  Singari  de  B.  Qasa,  poete 
T.  Kaif  371,  393. 

Timothee  : 

—  I,  pat.  (780/9-823)  68,  69,  70,  102, 
105,  109,  111,  115,  153,  167,  212 


856 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


217,  225,  231,  257,  298,  323,  347, 

471,  500,  526,  556,  571,  631,  639, 

640,  650,  668,  767,  768,  786,  787, 

795,  808,  826. 

—  II,  pat.  (1318-1332)  87,  91-92, 

122,  174,  180,  213,  234. 

—  6v.  Adherba'idjan  (1166)  339,  352. 

—  Sogdi,  6v.  M.  Matta  (1075-1120) 
352,  417,  480. 

Tirahi  809. 

TIttos  : 

—  6v.  Assyrie  (ca.  1180)  74,  75,  154, 

349. 

—  6v.  Hadita  (595)  106-107. 

Tomarsa,  pat.  (IVe  s.)  110,  534. 

Tsadertsi,  tisserand  (XVIIe  s.)  655. 

Tsalabi,  Dr  Daoud  al-  510,  665. 
Tsoban,  grand  emir  mongol  (1310)  90. 
Tsolo  Bek  b.  Badag  Bek,  emir  y£zidi 

(1789)  428. 

Tsona  : 

—  de  Herpa  (1868)  249. 

—  s.  T.  Esqof,  poete  (1913)  387. 

Tubana  (ou  Mari),  ev.  M.  Matta  350. 
Turcs  ( Grand  Roi  des)  156. 


—  U  — 

Ukama,  m.  fond.  23. 

Ulgaitu,  han  mongol  88,  89. 

‘Umran  b.  Muhammad  al-Azdi  250, 
258,  263,  264,  283,  294,  299,  318. 
‘Uqba  b.  Muhammad  al-Haza‘i,  gouv. 
Mossoul  (886)  538. 


—  V  — 

Valens  (364-378)  222,  313,  763,  823. 

Wly,  ambassadeur  turc  376. 
Verarane  II  (?)  539. 

Victoria,  reine  373. 

—  W  — 

al-Walld,  calife  295. 


Warda  (Georges)  72,  78,  221. 
Wilfrid  (St)  578. 


—  X  — 

Xenophon  99,  357,  685. 


—  Y  — 

Yahia,  gouv.  Erbil  (1369)  92. 

Yahwalaha  : 

—  II,  pat.  (1190-1222)  75. 

—  Ill,  pat.  (1283-1317)  83,  85-91, 

155,  174,  179-180,  233,  234,  785. 

—  pat.  (?)  (1408)  525. 

—  V,  pat.  (1578-1581)  396. 

—  ev.  Assyrie  (1064-1085)  73. 

—  ev.  Dailam  et  Gllan  250,  767. 

—  ev.  Ma‘alta  et  Bahadra  (ca.  990) 
214,  326,  343. 

—  ev.  Ma‘alta  (1062)  215,  343. 

—  ev.  Ba  Nuhadra  (avt.  1190)  343. 

Ya'i,  demon  610,  709. 

Yalda  : 

—  p.  poete  Alqos  394. 

—  m.  M.  Behnam  (1660)  609. 

—  chef  Salmat  (1723)  261. 

—  b.  Sargis,  chef  Ba  Sapr6  (XVIIe  s.) 
291. 

Ya‘16  b.  Himran  115,  124,  151,  161, 
162,  826. 

Yaqlra  (v.  Abu’l-‘Izz). 

YAqo  : 

—  b.  Sawmo,  p.  Piy5z  473-474,  475. 

—  p.  Telia  d’Arios  624.  ^ 

Ya‘qub  : 

—  pat.  (?)  (1400)  526. 

—  de  B.  ‘Awe  16,  143,  164,  182,  183, 

245,  255,  256,  257,  271,  642,  744, 
825.  m  i 

—  sup.  M.  Behnam  (1295)  578,  583, 

584-585,  592. 

—  Benjamin  361. 

—  b.  Daoud  Maqdassi  Ilo  (1910)  572. 


INDEX  DES  PERSONNES 


857 


—  6v.  Hadlta  (VIIe  s.)  107. 

—  Hazzaya  (Yaqo)  16,  111,  144,  711- 
716,  717,  720,  724,  736,  737,  818, 
820. 

—  de  Kafar  Zamr£  (VI Ie  s.)  272. 

—  Manna,  ev.  Van  (1867-1924)  381. 

—  &v.  Marga  (ca.  800)  231. 

—  medecin  (VIIIe  s.)  110. 

—  p.  ecrivain  660. 

—  A‘lam  al-Dln  de  Bar  Qawta  188. 

—  Severios  b.  Sabo  154. 

Yaret  686,  729. 

Yaw  m.  (ca.  575)  769. 

Yazd  Han  (ou  Yazdanna)  (VI Ie  s.)  60. 
Yazdanduht,  f.  ma.  Erbil  45. 

Yazdegerd  : 

—  I,  (399-420)  46. 

—  II,  (438-457)  46. 

Yazdepnah  (ou  Yazdpanah): 

—  ev.  Ma‘alta  (554/576)  215,  326, 

342,  345. 

—  6v.  Ninive  (576)  345. 

Yazdln  de  Kerkouk  46,  60,  103,  107. 
Yazlzhost  ma.  47. 

Y^zld  808. 

Yezidis  229-230. 

Yohana,  ma.  Karamlaiss  415. 

Yohannan  (Jean,  Hanna) : 

—  Aderma  308. 

—  6v.  (?)  a  ‘A'inkawa  172. 

—  6v.  Bawazlg  (ca.  1318)  122. 

—  b.  Bohtiso,  €v.  Assyrie  (900)  72, 

113,  233. 

—  Ie  boiteux,  m.  M.  Miha’Il  (Xe  s.) 

666. 

—  Busnaya,  m.  455-458. 

—  Ie  chimiste,  6v.  Bawazlg  (ca.  735) 
119. 

—  m.  Ecrivain  (XIII6  s.)  78,  81. 

—  Denha,  b.  Hamza,  6v.  Adherbai'd- 

jan  (1265)  173,  352. 

—  b.  Ellya,  m.  Mqurtaya  (ca.  1740) 
613. 

—  ev.  Erbil  (ca.  720)  65-66,  145,  163, 
211,  347,  471. 

—  (?)  (v.  dveque  chamelier). 


—  de  Galmu  (=  Jean,  6v.  ma.  Erbil?) 
44. 

—  p.  m.  B.  Ourbaq  478. 

—  b.  al-Haddad,  6v.  Assyrie  (1134/ 
1139)  *74. 

—  6v.  Hadlta  (ca.  800)  111. 

—  £v.  Hadlta  (VII Ie  s.)  107. 

—  de  Hadlta,  6v.  Egypte  (XIe  s.)  105. 

—  al-Hagari  663,  664. 

—  de  Hazza,  sup.  B.  Qoqa  (675-692/3) 
128,*  136,  144,  162,  167,  713,  820. 

—  de  Hlra  (?)  100. 

—  de  Hlapta  263,472,541,542,717, 
776,  779. 

—  m.  fond.  Mt.  Izla  16. 

—  6v.  grec,  fond.  Kuhta  (IVe  s.)  772, 
775. 

—  ev.  Ma‘alta  (ca.  1080)  215. 

—  6v.  Ma‘alta  (du  Zab?)  (497)  214. 

—  Ie  medecin,  £v.  Bawazlg  (ca.  670) 
119. 

—  b.  Nagar£,  ma.  Bartelli  20,  430, 
431-435. 

—  Nlsan  (Mgr)  ^v.  Zaho  700. 

—  ^v.  Nisibe  (ca.  820)  71. 

—  Ie  Pcrsan,  fond.  R6sa  (VIe-VIIe  s.) 
270,  273,  407,  778,  780,  803-805, 
806. 

—  m.  Qaraqos  (1521)  447. 

—  dv.  grec,  fond.  Barazi  (IV®  s.)  292, 
293,  770-772,  775. 

—  de  Samrah,  m.  (VIIe  s.)  272. 

—  Sawa,  co.  M.  Ellya  645. 

—  sup.  cvt  (?)  (XIe  s.)  811. 

b.  Yak,  £v.  Erbil  (XV®  s.)  93. 

—  Zawdiqaya,  sup.  B.  Qoqa  (VIII®  s.) 

150-151. 

Yonadab,  ^v.  Erbil  (VII®  s.)  55-56, 
77,  107,  230,  331,  332,  769,  788. 

Yonan  (Jonas)  : 

—  ‘Awda,  m.  fond.  Adiabene  32, 
192-194. 

—  £v.  Erbil  (VII®  s.)  64. 

—  m.  R.  Hormizd  (X®  s.)  542. 

—  de  Karamlaiss,  disciple  Bar  ‘Eta 
274,  411. 

Yozadaq  : 

—  m.  fond.  Qardu  (VI Ie  s.)  16,  272, 

487,  537,  710,  776,  778. 


858 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


—  m.  B.  Qoqa,  ecrivain  153. 

Yunis  Aga  (1727)  546. 

Yusif  (Joseph,  Yawsip) : 

—  ‘Abaya,  p.  Alqos,  poete  393. 

—  ‘All  Kutsuk  (1184)  484. 

—  Busnaya,  m.  (Xe  s.)  26,  31,  263, 

385,  455,  472,  476,  541-542,  563, 
660,  663,  665,  717,  747. 

—  de  Dahya  196,  238,  240. 

—  de  Dasen  714. 

—  b.  Gamal  al-Dln  (Gemdani)  p.  T. 

Kaif  (1654)  360. 

—  de  Gaplta,  m.  128,  142-143,  305. 

—  Hazzaya,  m.  ecrivain  (VIIIes.)  123, 
124,  128,  167,  570,  571,  755,  794, 
818. 

—  m.  fond.  Inisk  19,  31. 

—  Marrogue,  p.  Ba‘slqa  (1926)  466. 

—  m.  fond.  Ba  Nuhadra  16. 

—  Rais,  s.  poete  Alqos  (1949)  362. 

—  £v.  Rustaqa  (1599/1607)  785. 

—  de  Sahrzor,  m.  fond.  Wana  (VIIIe  s.) 
281-283,  561.  ^ 

—  m.  maitre  de  Samli  155. 

—  m.  Tar‘il  en  1452  (?)  180,  807. 

—  p.  «  Dr  »  T.  Kaif  (1664)  359. 

—  p.  qankaya  T.  Kaif  (1664)  359. 

—  fr.  M.  Yohana,  a  Karamlaiss  415. 

—  m.  Zawyia  (VIe  s.)  278. 


—  Z  — 

Zabed  Aga  de  Zaho  (1712/3)  683,  688. 
Zacharie  : 

—  m.  M.  Elfya  (1120)  672. 

—  fr.  M.  Matta  756. 

—  ev.  M.  Matta  (752)  334. 


Zachee  (Zaka'i,  Zakkai,  Zakka)  6v. 

intrus  M.  Matta  (ca.  1112)  352. 

Zaddlqa  (ou  Zaroqa?)  312. 

Zahe  (ou  Zha)  (  =  Maran  Zha?)  6v. 
Hadlta  (VIIIe  s.)  108-126,  128, 

272,  746,  820. 

Zain  al-Din  : 

—  ‘All  Kutsuk  Baktakln  (1167)  74. 

—  Yusif  (1190)  74. 

Zakai  (ou  Zakkai) : 

—  ev.  Ba  Nuhadra  (593-605  ?)  330- 

331,  332,  353,  488,  629,  631,  768- 
769,  773,  783,  792,  825. 

—  successur  de  M.  Matta  ( ?)  567, 

574,  601,  759,  781,  783,  784,  805. 

Zaki,  gouv.  Erbil  (1264)  84. 

Zakkai,  m.  Bar  ‘Eta  (VIe  s.)  167. 

Za‘ura,  m.  762,  763. 

Zawdai,  proprietaire  288. 

Zedqoi  de  Prat  281. 

Zelfe,  famille  de  Dehok  (1859)  684. 

Zena  (Mar)  20,  123,  210,  451-453, 
570,  613-615,  637,  638,  737,  762. 
Zenon  de  Gazarta  755. 

Zey‘a  (ou  Z6i‘a,  soureth:  Zeia) : 

—  m.  210,  259. 

—  p.  Herpa  (1868)  249. 

—  ler  ev.  Ma‘alta  de  Dehok  324. 

—  chef  Ma‘alta  (1844)  680. 

—  ev.  Ninive  (?)  345,  498. 

Zha  Iso*  : 

—  m.  fond.  B.  Rabban  195,  308. 

—  ev.  Hnita  (183)  (?)  210. 

Zibari  ( Kurdes )  249,  294. 

Zlnai,  m.  fond.  (VIe-VIIe  s.)  186,  196, 
216. 

Zwanarse,  m.  B.  Qoqa  152. 


INDEX  DES  LIEUX 


—  A  — 

Abgarsat  761. 

al-Abiad  (Gabal)  (mt.  Hwara)  322 
325,  738. 

Abu  Maria  674. 

Abu  Sita  99. 

Abzaq  615. 

Achtamar  607. 

Adeh  171,  301,  302-303. 

Adherbaidjan  (province  et  diocese)  56, 
82,  92,  133,  159,  173,  180,  191,  339, 
340,  352-353,  422,  423,  566, 583, 785. 

Adiabene  (syr. :  Hdeyaw,  ar. :  Hadiab) 
passim,  surtout  37-224. 

Adrama  308. 

Afhane  700. 

al-Ahwaz  355. 

‘Ain  Baqr£  (ou  Baqra)  281. 

‘Ain  Barq£  281. 

‘Ain  Dibis  110. 

‘Ain  Dulb6  (Deleb,  Edleb)  155,  684- 
686,  690. 

‘Ain  Kibrit  638,  659. 

Ain  al-Mugamma‘a  32. 

‘Ain  al-Qar  (‘Ain  Qira)  637. 

‘Ain  al-Safra  (Mt)  (Mt.  de  Mar  Daniel) 
80,  322,  477,  479,  483,  616. 

‘Ain  Sappane  (=  ‘Ain  Sifni  ?)  791. 

‘Ain  Sifni  (locality,  district  et  Mt)  254, 

280,  291,  296,  312,  317,  322,  332, 

381,  455,  473,  475,  476,  550,  627, 

785.  788,  791,  797,  798,  810,  817. 

‘Ain  Zalah  126,  272. 

‘Aina  d’Kuza  245. 

‘Aina  Srita  (Dara,  Dera  Besbermag) 
(=  T.Dara?)  135,  137,  141,  147, 
218,  229. 

‘A'inkawa  69,  90,  91,  94,  95,  96,  133, 


146,  165,  166,  167-172,  173,  183, 
187,  188,  207,  294,  401,  558,  728. 

‘Ainqawa  168. 

Albaq  729. 

Alep  422,  486,  507,  524,  702. 

Alexandrette  516. 

Aloka  556,  675. 

Alqos,  passim,  surtout  387-400,  533- 
551. 

Altyn  Kiiprii  116,  164,  183-185,  186. 

‘Amada  307. 

‘Amadla  31,  45,  153,  170,  171,  194, 
199,  206,  235,  249,  288,  289,  293, 

300,  301,  302,  305,  306,  311,  312, 

313,  314,  315,  316,  317,  323,  325, 

362,  363,  392,  393,  474,  477,  546, 

547,  548,  627,  675,  677,  683,  688, 

787,  790. 

‘Amara  355. 

Amasea  436,  676. 

Amed  (Diarlx  kn  89,  156,  180,  317, 
360,  373,  375,  391,  463,  560,  598, 
611,  616,  760,  762,  826. 

‘Amk  Abad,  ‘Amkawa,  ‘Amko  (v.  ‘Ain- 
kawa). 

‘Ammiq6  300. 

‘Ana  37. 

Anbar  (Piroz  Sabur)  64,  498,  696,  755. 

Ancawa,  ‘Ankawa  (v.  ‘Ainkawa). 

Angamal6  539. 

Antioche  245,  328,  581,  622,  758,  767, 
821. 

Antiochene  755. 

Apam£e  623. 

‘Aqra  (=  ‘Eqra  ?)  10,  66,  199,  206, 

225,  227,  235,  237,  238,  239,  240, 
244,  246,  247,  248,  249,  253,  254, 
258,  262,  264-267,  269,  284,  304, 
306,  403,  474,  770,  799,  812. 


860 


ASSYRIE  GHRETIENNE 


Araa  d’Qas6  240. 

Araden  688. 

‘Arayr  34,  333,  625. 

Arbailu  (v.  Erbil). 

Arbira  (v.  Erbil). 

Arbun  277. 

Ardabll  340. 

Ardamust  675,  694,  743. 

Ardisai  660. 

Ardod  417,  791-792. 

Arena  807. 

Arewan  1 64. 

Arewan  de  ‘Abra  164. 

Argan  (Arhan,  Arradjan)  du  Fars  313, 
610,  611. 

Argen  de  Talana  311,  313. 

Armani  e  751. 

Armuslya  486. 

Armuta  567. 

Arsam  389,  390,  778. 

Artun  306. 

Arzun  73. 

‘Asi  675,  693,  694,  695. 

Athos  770. 

Ator  =  Assyrie,  ou  Mossoul  (570,  638), 
ou  (tardif)  Nimrud  (584). 
al-‘Asa’ir  al-Sab‘a  279,  280. 

Asgar  193. 

Aslta  (‘Aslta)  314,  323,  556. 
Aspargalta  220. 

Assyrie,  syr. :  Ator,  ar. :  Atur  passim. 
Athel  156. 

Athenes  738. 

Atrus  300-317. 

Atti  (ou  Bati)  193. 

‘Atus  311-312,  313,  314,  317. 

Avzeruk  700. 

Awah  (  =  Avok£)  67,  260,  314. 

Awana  (=  Wana)  de  Balad  559,  562, 
630. 

Awana  de  Tirhan  116,  131,  137,  559, 
562,  746. 

Awena  137,  559. 

Aw6na  Dag  (v.  Han,  Mt  du). 

Awrabt*  258. 

Azeh  (ou  Aziah)  426,  738. 


—  B  — 

Ba‘adar  (ou  Ba‘adra  ‘Arab)  477. 

Ba  ‘Adr^  (B.  ‘Ed~r£,  B.  ‘Edrai)  335, 
342,  455,  472,  475-477,  531,  550, 
627,  703,  786. 

Ba  Agre  (B.  Akr6,  differentes  graphics) 
20,  433. 

Baalbek  751. 

Bab  al-Tillism  449. 

Babnlt  490. 

Ba  Busna  455,  476-477,  785,  786. 

Babuza  (Biboz,  Bozan)  471-472,  542. 

Babylone  98,  391,  641. 

Babvlonie  9. 

al-Badia  489. 

Ba  Fahari  490. 

Bagdad,  passim. 

Baghtchi  Bogaz  1 9 1 

Bagluga  695. 

Bahadra  (Bahudra),  ar. :  nord  du  Ba 
Nuhadra  335,  336,  343,  354,  470, 
477,  675-755. 

Bahdinan  688. 

Ba  Hetma  555-556,  558. 

Bahirka  165. 

Bahrain  122. 

Bahzani  80,  276,  468-469. 

Baibuh  490. 

Bai  Hassan  163. 

Bainata  (B.  ‘Ainata)  de  Sos  259-260. 

Bairqot  (v.  Bar  Qawta). 

Baisan  490. 

Ba  Kalba  490. 

Bakerman  (v.  B.  Hurnlya). 

Balaban  165. 

Balad  (Eski  Mossoul)  14,  111,  137, 
148,  149,  151,  176,  238,  283,  337, 
488,  492,  502,  516,  523,  558-564, 
610,  617,  625,  630,  634,  646,  674, 
717,  718,  746,  747,  817. 

Balquz  695. 

Ba  Mismis  305-306. 

Baniqdye  (pays  des)  38,  69,  186. 

Ba  Nuhadra  (B.  Nuhadran,  B.  Nuhadre) 
passim,  surtout  321-820. 
listes  episcopales:  342-343. 

Ba  Nuhadra  (Ma‘alta)  £vech£  jacobite 
330,  332,  334-336,  353,  424,  484, 
488,  677. 


INDEX  DES  LIEUX 


861 


Banure  249. 

Baqaq  (v.  B.  Qpqi). 

Baqirta  165. 

Baqofa  336,  370,  379-381. 

Bar  Qawta  84,  188,  482. 

Barata  277. 

Barblta  (v.  B.  ‘Arbata). 

Barda  Hester  207. 

Bardaras  181,  280. 

Bardbur  165. 

Barhis  49. 

Barlma  490. 

Ba  Rimma  (Ba  Rimman)  116,  121, 
122,  123,  127,  451,  453,  634,  637. 
Ba  Riqna  (Ba  Reqqa)  17,  68,  100. 
Barlswa  277. 

Barqa‘id  117. 

Barrak6  269. 

Barramank6  3 1 4. 
al-Barrlya  489,  617. 

Barrosk^  706. 

Bartalla  (Batalli,  Batalli)  (v.  Bartelli). 
Bartelli  20,  76,  99,  293,  330,  332,  339, 
352,  401,  403,  404,  416-439,  440, 
443,  446,  450,  452,  457,  461,  462, 

465,  466,  473,  479,  481,  482,  483, 

486,  488,  492,  493,  599,  607,  609, 

613,  620,  687,  688,  757,  770,  791. 

Barzah^  181,  278. 

Barzan  775. 

Barzand  (=  Sahar  Sa‘ar)  276,  468. 
Barzan^  (du  Zibar)  169,  170. 

Ba  Sabrina  578. 

Ba  Sahra  (Ba  Sahray6,  Ba  Sahra)  77, 
416,  431,  479-482,  618. 

Basalim  490. 

Ba  Sapr£  (Basafr6)  286,  291,  482,  548, 
807. 

Basatlla  490. 

Basblta  404,  416,  435,  479,  486. 
Ba‘siqa  279,  292,  293,  322,  423,  461- 
468,  469,  478,  520,  52  b  782. 

Basom  745. 

Basorin  (Burz  Mihran)  749,  752. 

Ba  Sos  (Sos)  16,  236,  242,  248,  253, 
257-260,  298,  501,  640. 

Bas  Qal  267. 

Basrah  85,  104,  121,  146,  355,  391, 
501,  588,  715,  776,  817. 

Ba  Sumnaya  487. 


Batas  96,  190. 

Batnaya  (B.  Maday6)  146,  336,  369, 
*376-379,  382,"  383,  384,  530,  531, 
538,  667,  739. 

Batnaya  (Sarug)  377. 

Bawarde  (Ba  Warda)  696,  700. 
Bawazlg  al-Malik  (B.  YVazIq)  38,  100, 
115-123,  452. 

Bawazlg  de  Babylone  117. 

Ba‘vvlra  (Ba‘wlr£)  188,  524-531. 
Ba‘wlza  490. 

Bawta  278,  280. 

Baz  253. 

Ba  Zgertan  619. 

Bazgira  490. 

Bdigar  220. 

Bedwil  312,  474,  790. 

Begil  (v.  B.  Thunai). 

Behair  (Cabal)  322,  696,  742,  748, 
'816. 

Beit  al-Dln  372. 

B£lkev  (B.  Kalw^)  317. 

Benebil  736. 

B£n6  Slawa  (=  B.  Sayyadd  ?)  173. 

Beq‘a  (du  Liban)  295. 

Be  Rberri  (en  Gawar)  290. 

Berduk  729. 

Bdrestek  (dilf^rentes  graphies)  335, 
417,  786,  791-792,  793,  805. 

Bdria  617. 

Bcrvvari  J^r  310,  311. 

Bespln  750. 

Bestora  191. 

B£t  : 

—  ‘Ainata  (du  B.  Zabda'i)  259. 

—  Apray6  216. 

—  ‘Arabay£  9,  149,  227,  315,  322, 

323,  333,  492,  558,  630,  634,  635, 
695,  698,  762,  825. 

—  Aramay6  138,  308,  475. 

—  ‘Arbata  (ou  B.  ‘Arbavd)  (=  Barblta) 
277,  280. 

—  ‘Aro‘£  69,  222-223. 

—  Arsam  538. 

—  Bani  (Baiban)  330,  332,  389,  472, 
488,  489. 

—  Bar  Sira  277. 

—  Bar  Telli  (ou  B.  Tarlai)  (v.  Bartelli). 


862 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


—  Bgas  48,  66,  69,  92,  150,  192,  206, 
207,  208,  213,  217,  260,  297,  501, 
734. 

—  Bihqart  (v.  B.  Mahqart). 

—  Bo‘ai  146. 

—  Bore  (Babira)  332,  347,  471. 

—  Bdzai  (=  Biboze)  314,  315,  317, 
318-319,  790. 

—  B6zi  233,  247,  264. 

—  Daiiwe  407,  801. 

—  Daniel  (Badana)  332,  419,  483- 
484,  493. 

—  Daniel  (de  Marga)  483. 

—  Daraya  105. 

—  Damn  48-49. 

—  ‘Edrai  (v.  Ba  ‘Adre). 

—  ‘Edre  260-261. 

—  Gabbare  484-486. 

—  Gammala  193. 

—  Garmai  9,  52,  64,  67,  100,  106, 

110,  114,  115,  116,  118,  120,  137, 

138,  181,  186,  191,  206,  218,  232, 

271,  278,  289,  297,  452,  498,  559, 

711,  743,  745,  746,  769,  775,  817, 

826. 

—  Gasai  146. 

—  Gurba  488. 

—  Gurbaq  (Ba  Garbu‘a,  Abu  Garbu‘) 
332,  478. 

—  Habba  (Habba)  241. 

—  Hale  (de  Hira)  23. 

—  Handawaye  (v.  Bhandawai). 

—  Hnlq  (=  Sama  Dibis  ?)  134,  136, 

139,  140. 

—  Horlna  (v.  B.  Hurnlya). 

—  Hsih6  771. 

—  Hurnlya  (—  Bakerman  ?)  276,277, 
279. 

—  Huzay^  537,  553. 

—  Kalita  (ou  B.  Taklita)  419,  433. 

—  Kartway^  (v.  Kartaw). 

—  Kola  (Kale)  474. 

—  Ksaye  281. 

—  Kusta  281. 

—  Lapat  475,  553,  554. 

—  Laspar  289. 

—  Maday6  (Ba  Mazai,  Ba  Mada)  (v. 
Batnaya). 

—  Maday6  (d’Adiabene  ?)  146. 

—  Madaye  (la  M6die)  377. 


—  Mahqart  (=  Marga  ?)  48-49,  229, 
Malud  (=  Faida  ?)  334,  335,  470, 
492,  551,  629,  630,  631,  675. 

—  Mariam  (a  Karamlaiss)  414. 

—  Mariam  (pres  Alqos)  550. 

— -  Marut  181,  182,  278. 

—  Mguse  (en  Birta)  296. 

—  Mguse  (=  Mangu^s)  296,  688. 

—  Murdani  (pres  ‘Ain  Sifni)  627. 

—  Murdani  (=  Bamarn£)  627,  814. 

—  Musay6  280-281. 

—  Naggare  220. 

—  Narqos  (de  Marga)  281. 

—  Narqos  (du  B.  Aramaye)  281. 

—  Natpar  (ou  Naptar)  (=  Guwair  ?) 
98, '99,  128,  157-158,  160. 

—  Qaddise  261. 

—  Qadsaye  261. 

—  Qaita  553. 

—  Qardag  (Qardagia)  285-287. 

—  Qasre  146. 

—  Qpqi  (—  Baqaq)  131,  264,  330, 
332,  470-471,  472,  488,  491. 

—  Qwaz  221. 

—  Rustaqa  (v.  Berestek). 

—  Rustaqa  (district  pres  ‘Ain  Sifni) 
227,  231,  323,  335,  336,  342,  477, 
777,  785-815. ^ 

—  Rustaqa  (B.  Samesdin)  407,  785, 
801. 

—  Rwai  146,  150,  188. 

—  Safvvan  771. 

—  Sahaq  (v.  Ba‘siqa). 

—  Sahare  (=  Besare)  290,  291. 

—  Samesdin  407,  785,  801. 

—  Samina  487. 

—  Sati  (ou  B.  Z^ata)  (=  B6sate)  295. 

—  Sayida  (v.  B.  Sayyade). 

—  Sayyade  79,  80,  86,  89,  90,  91, 
150,  165,  173-174,  175,  353,  488. 

—  Sayyar£  (v.  B.  Sayyade). 

—  §iunay£  487. 

—  Slota  187. 

—  Tabaha  220. 

—  Taksbar  (v.  B.  Taksur). 

—  Taksur  80,  173,  353,  487-488. 

—  Tannura  305. 

—  Tartar  487. 

—  Thuna'i  (=  Begil  ?)  267. 

—  Timai  771. 


INDEX  DES  LIEUX 


863 


—  Turd  675,  787,  816. 

—  Warda  67. 

—  Warda  (moulin)  242. 

—  Zabdai  (Zabdicene)  149,  216,  289, 
406,  526,  559,  560,  744,  753,  823. 

—  Zaitd  (ou  Zaitun)  208,  287. 

—  Zakka'i  146. 

—  Zawayd  (=  Bazawaya)  332,  478- 
479. 

—  Zlwa  (=  Basawa)  183,  242,  269. 

—  Zmar d  699-700. 

Bethleem  822. 

Beyrouth  516. 

Bhandawai  391,  550-551,  553,  811. 
Bidaro  170,  633. 

Bidarun  (v.  B.  Darun). 

Billa  (ou  Bar  Billa,  Berbli)  (=  Billan) 
229,  233,  234,  287,  288-290,  291, 
292,  300,  313. 

Bl’r  Benno  356. 

Bird  (v.  Birta). 

Birdgik  524. 

Birta  (=  Marga  ouest)  208,  227,  229, 
233,  252,  256,  264,  284-303,  310, 
318,  788. 

Birta  (  =  Bir6)  208,  227,  230,  264, 
284-285,  286,  287,  291,  292. 

Birta  (en  Marga  est)  268. 

Blaspar  67. 

Bohtan  560. 

Borb  76. 

Borsippa  (v.  Nimrud,  Birs). 

Bozan  550. 

Bud  Ardasir  (v.  Hazza). 

Busta  Nini  515. 

Butman  (Cabal)  194,  333,  489,  618. 


—  C  — 


Cassin  (Mt)  495. 

Chafton  (v.  Hewton). 

Chalcddoine  327,  758. 

Chemin  du  sultan  98. 

Cheptian  (=  T.  Kaif)  201-204,  359. 
Chiraz  537. 

Cilicie  516. 

Citadelle  d’Alep  702. 

Constantinople  362,  623. 


COUVENTS 

Abraham  de  Rdsa  (Mor  Abrohom,  B. 
Kuhiata,  Dair  Koh)  149,  298,  537, 
574^  616,  757,  761,  769,  771,  772, 
773,  774,  775-780,  783,  784,  786. 

Abraham  le  Grand  (Mt.  Izla)  160, 
207,  255,  307,  308,  642,  643,  650, 
817,  819,  825. 

Abraham  de  Natpar  et  Job  le  Persan 
145,  157-162." 

Abraham  le  Penitent  (v.  B.  Sayyard). 

Abraham  de  Samrah  272. 

Abu  Halid  (a  Bagdad)  740. 

Adiabene  (v.  (Jas$). 

Adona  (en  Ninive)  332,  417,  493,  791. 

Ahha  (pres  Nisibe)  624. 

Ahrun  (=  Bois  Adorable  de  la  Croix) 
k  Balad )  111,  151,  747. 

‘Anan  Iso‘  (a  Daira  Hatra)  301. 

Apni  Maran  (a  T.  Esqof )  384-385, 

492. 

Apni  Maran  de  Kurkma  (v.  Za‘faran). 

Apram  (a  Harmas6)  300. 

Arche  (B.  K^wulla,  Dair  al-Gudi,  Dair 
al-Saflna)  750,  753. 

‘Asl  (au  Singar)  35,  812. 

Astun  (v.  Colonne). 

Atqen  742,  795-796,  816-818. 

Awa  (a  Besatd  ?)  295. 

Awa  (=  Band  Ddrd,  a  Dair  Abun)  700, 
748-754. 

‘Awda  (pres  Dehok)  192,  679,  701- 
703,  740. 

‘Awda  (pres  Gazna)  187,  192. 

‘Awda  l’Ancien  (a  Ma‘arrd)  192. 

‘Awdiso‘  (en  Adiabene)  223. 

‘AwdIso‘  (a  D6r6)  206. 

‘AwdIso‘  (au  Hakkari?)  234,  827. 

*AwdI56‘  i  a  Gunduk)  (=  M.  lkujbsab- 
ba?)  234,  253-256,  550. 

‘Awdiso‘  (a  Tal)  578. 

Awgin  (v.  Eugene). 

Awraha  le  medecin  (a  Adeh)  302. 

Awraha  d’Bdt  Madayd  (a  Batnaya) 
13,  146,  527,  531-533,  739,  827. 

Awun  (Dair  Abun,  Dair  Mihran)  650, 
748-754,  824. 

Ba  ‘Arba  (=  Ba  ‘Arbln?)  634,  635- 
637. 


864 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Bahma  (deux)  268. 

al-Banat  (a  Bahzani)  469. 

Baquqa  (v.  B.  Qoqa). 

Bar  ‘Eta  182,  269-283,  401,  417,  468, 
527,  531,  537,  561,  778,  787. 

Bar  ‘Eta  (pseudo)  492-493. 

Bar  Hadbsabba  (=  M.  ‘Awdiso‘  de 
Gunduk?)  255-256. 

Bar  Qaiti  650,  812. 

Bar  Sabta  215-216. 

Bar  d  ura  35. 

Barazi  (M.  Yohannan)  221,  292,  299, 
770-772,  773,  775,  784. 

Barqana  (ou  Ba  Reqqa,  Barqa,  Ba 
Raiqana)  (v.  Pise). 

Bassima  820. 

Ba‘ut  695. 

Bazka  Dere  295. 

Behnam  (couvent  de  la  fosse)  13, 
298,  332,  340-341,  410,  425,  426, 
441,  443,  444,  445,  446,  447,  448, 
456,  458,  459,  461,  488,  490,  565- 
609,  612,  617,  638,  689,  705,  761, 
774,  824. 

Beraalti  (v.  Bar  ‘Eta). 

B.  ‘Awe,  passim,  surtout  236-248. 

B.  ‘Ebre  (Soeurs,  a  Takrit)  433. 

B.  Hale  (Hira)  102,  138. 

B.  Hale  (Dair  al-Tin)  (v.  Pise). 

B.  Qaita  (Daniel  le  medecin)  501,  527, 
551-558,  631,  632,  826. 

B.  Qoqa  17,  26,  74,  78,  83,  101,  124, 
125,  126,  128,  130-157,  161,  163, 
167,  173,  177,  179,  180,  182,  183, 
217,  218,  282,  305,  382,  562,  693, 
713,  755,  820,  827. 

B.  Rabban  (v.  Grand  Monastere). 

B.  Sakuh  (ou  B.  Shuh)  189. 

B.  Sayyixe  153,  477,  542,  543,  663, 
710. 

B.  Thunai  (Soeurs)  267. 

Betkanania  (v.  Hnania). 

Bezqin  389,  538,  704,  778. 

al-Bint  (v.  Sarah). 

Bi  Qlma  (Soeurs)  550. 

Bizanlta  (a  Bahzani  ?)  468,  765. 

Bn£  El  (pres  Nisibe)  624. 

Bois  Joli  (‘Awa  Sapira)  (v.  Sawriso‘). 

Bousiers  (des)  (=  Daniel)  19,  480,  481, 
502,  615-620. 


Brihlso4  (?)  527. 

Colonne  285,  322,  620-625. 

Golonnes  (a  Raqqa)  620. 

Cratos  (  ?)  526,  720. 

Groix  (Bois  de  la)  715. 

Cyprien  (Hirbat  al-Dair  ?)  222,  228, 

233,  275,  278,  296,-300,  771. 

Daira  Hatra  (v.  ‘Anan  Iso‘). 

Daira  Hedata  551. 

Daliata  694. 

Daniel  (v.  Bousiers). 

Daniel  le  medecin  (v.  Bar  Qaita). 
Daniel  (sous  Mardin)  617. 

Daniel  Inferieur  (Soeurs)  (v.  Gabbola). 
Diables  (Dair  al-sayyatin)  562,  632, 
674. 

Dirrlne  296. 

Eliya  (Dair  Sa‘Id,  pres  Mossoul)  13, 
73,  361,  408,  527,  634,  637,  639- 
659,  674,  729,  736,  827. 

Eugene  526,  553,  663,  778,  823. 
Ezechiel  9,  131,  145. 

Febronia  (v.  Pambronrya). 

Freres  de  la  Sapespa  206-207. 
Gabbola  (Soeurs)  619-620. 

Gabriel,  cvt  jac.  a  Mossoul  (?)  674. 

Gabriel  de  Qartamln  134-135. 
Gabrona  (v.  Srnona). 

Ga’in  17. 

Gass  (ou  Gassa,  de  M.  Iso‘  Zha)  194- 
196,  206,' 238,  709. 

Giorgi  (deux)  (?)  526,  527. 

Goudron  (Dair  al-Gayyara)  634,  635, 
637-639,  762. 

Grand  Monastere  d’lzla  (v.  Abraham 
le  Grand). 

Grand  Monastere  (de  B.  Rabban,  de 
Zha  Iso‘)  195,  304,  307-309,  746. 
Gregoire  289,  290. 

Gugnik  (Dera)  (Soeurs)  272. 

Gundi  (v.  Nardos). 

Guorguls  (pres  Mossoul)  13,  371,  524- 
531,  658,  739. 

Guorguls  (Mt.  Adiab.)  207-208. 
Guorguls  (B.  Zait£)  208,  287,  787. 
Guorguls  (Karamlaiss)  274,  413,  492. 
Habib  128. 

Hadita  (v.  Pis6). 

Hadwahdiiht  (Soeurs)  824. 


INDEX  DES  LIEUX 


865 


Handaq  419. 

Hatra  264. 
al-Hawat  741. 

Hind  17. 

Hirbat  al-Dair  (Balquz)  695. 

Hirbet  al-Dair  (v.  Gyprien). 

Hnania  (pres  Dehok)  527,  706-707. 
Hnania  (sud  Gudi)  526. 

Hnaniso*  (v.  ‘Umr  Hannum). 

Hormizd,  passim,  surtout  533-548. 
Hugair  Abad  16,  242. 

Iasdit  (?)  827. 

I  so*  746. 

Iso‘sawran  196-198. 

Iso‘yaw  de  §£zi  (v.  Yaqo). 

Iso‘yaw  bar  Qusr£  326,  634. 

Iso*  Zha  (v.  Cj ass). 

Italahi  703-706,  709,  824. 

Jacques  le  Reclus  51,  526,  664,  764. 
Jean  de  Dailam  (sur  le  Zab?  v.  Ayyas). 
Jean  de  Dailam  (Qaraqos)  (v.  Mqurta- 

ya). 

Jean  l’Egyptien  526. 

Jean  l’Evang^liste  (v.  Pis£). 

Jean  de  Kamul  526. 

Job  (v.  Abraham  de  Natpar). 

Jonas  (a  Ninive)  29,  32,  192,  380,  493- 
524,  751. 

Kalidair  (v.  Qala‘at  al-Dair). 

Kharg  727,  731. 

Knusia  (Dair  al-Magma‘)  32,  774. 
Kuhta  (=  T.  al-Dair)  53,  327,  631, 
765,  772-775,  779,  784. 

Malbad  299. 

Malki  Sawa  634,  673-674. 

Mansur  (en  Birta)  295. 

Mansur  (en  Ninive)  644. 

Maraga  180. 

Margana  123-124,  128,  149,  151,  162, 
184,  227,  571,  818,  825,  826. 

Mari  17. 

Marie  Deipara  (£desse)  444. 

Marie  Deipara  (figypte)  419,  444. 
Matta  (Saih  Matti)  passim,  surtout  759- 
770,  listes  episcopales  349-353. 
Matta  (pseudo  cvt  en  Adherbaidjan) 
339. 

Michel  (cvt  jac.  a  Mossoul  ?)  674. 

Miha’il  le  Stylite  (v.  Colonne). 


Mlha’Il  l’Angtdique  (pres  Mossoul)  14, 
31,  126,  178,  298,  527,  634,  650, 
660-671,  673,  739,  740,  824,  827. 
Miha’il  de  Tar‘Il  (=  Kilissa?)  17,  31, 
83,  88,  89,  91,  141,  155,  165,  175, 
176-180,  492,  807,  809. 

Miha’il  de  T.  ‘Ada  179. 

Mil  6s  551-558. 

Mqurtaya  (Jean  de  Dailam)  14,  404, 
459,  460,  609-613. 

al-Mu‘allaq  (v.  Serge  sur  Mt  Aride). 
Nardos  (deux)  (=  Dair  Gundi)  332, 
470,  551-558,  628-632,  765,  824. 
Nestorus  145,  162-163. 

Neuf  (cvt  en  Elam)  103. 

Notre-Dame  des  Moissons  13,  303,  318, 
358,  361,  370,  380,  386,  406,  547, 
548-549,  556,  667,  696,  826. 

‘Omar  (v.  Gabriel  de  Qartamin). 
‘Omar  Hamman  (v.  ‘Umr  Hennun). 
Pacome  553. 

Pambronia  (F6bronia)  (=  Dirrin  Bot?) 

278-279,  280,  492. 

Paulos  269. 

P6tion  35,  561-562. 

Pinhas  737  (jac.) 

Pinhas  (Soeurs)  738. 

Pinhas  (a  §ios)  737-742. 

Pis6  (Barqana,  etc.)  69,  100-103,  110, 
111,  126,  148,  149,  150,  188,  826. 
Pont  182,  824. 
al-Qadesiya  740. 

Qala‘at  al-Dair  269. 

Qaqra  17. 

Qardag  189,  205-206. 

Qartamin  426. 

Qata  (=  B.  Qaita  ?)  556-557. 

Qennesrin  645. 

Quarante  Martyrs  425,  428,  435,  492. 
Quni  17. 

Qurai  267. 

Quriaqos  (a  Galat^)  268. 

Quriaqos  (a  Qaraqos)  460,  492,  611. 
Quriaqos  (a  Zargel)  526. 

Rage  (Dair  al-Kalab)  (v.  ‘Awda  de 
Dehok). 

Rama  290. 

Ramo'i  17. 

R£s  Daqq^  776. 

R6sa  (v.  Abraham). 


Rech.  23  —  55 


866 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Resa  (en  Barzan)  775. 

Romanlya  526. 

Saba  632-633. 

Sabuht  35. 

Sahroi  (cvt  de  Sa‘Id,  ou  Sa‘Ir)  649. 
Sa‘Id  (v.  Ellya). 

Sallb  (v.  R.  Sliwa). 

Sallba  17. 

Sallita  (a  Wana)  34,  559-561. 

Salllta  (a  Mawlll)  560. 

Saluba  795. 

Samalu  740. 

Samuel  le  Montagnard  333,  488,  625- 
627,  630,  631. 

Sarah  (Soeur  de  Zena)  (deux)  20,  613- 
615,  637,  762. 

Sawrlso4  (4Awa  Saplra,  Bois  Joli)  130, 
131,  716,  742,  744,  816,  818-820. 
Sawrlso4  (v.  B.  Qoqa). 

Sawrlso4  (a  Lasom)  131. 

Serge,  anachorete  (al-Dair  al-Mu‘allaq) 
31,  194,  333,  488,  618,  625,  630,  763. 
Serge,  megalomartyr  (Qasr  Sereg)  31. 
Simeon  le  Stylite  741. 

Simeon  le  Montagnard  34. 

Sim‘un  (a  al-Sin)  110,  144,  272,  744. 
Sim‘un  al-Zaituni  35. 

Sim‘un  bar  Sabba‘e  194. 

Sirin  17,  630. 

Sliwa  (pres  Berestek)  35,  793-796,  816, 
817,  818,  826. 

Sliwa  (sur  Serser)  110,  271. 

Smona  17,  149. 

Smuni  740. 

Sceurs  (au  Maqlub)  756-757. 

Soeurs  (a  Qaraqos)  460,  611. 
Superieur  (al-Dair  al-A‘la,  Gabriel  et 
Abraham)  16,  233,  257,  258,  293, 
314,  398,  400,  471,  500-501,  506, 
525,  542,  556,  634,  640,  644,  650, 
667,  755. 
al-Ta‘alib  740. 

Tahmazgard  527. 

Tar4Il  (v.  Miha’Il). 
al-Tln  (figypte)  102. 

Tsinar6  (des  platanes)  186. 

‘Umarka  315. 

‘Umr  Atra’Il  (v.  Miha’Il  de  Tar‘il). 
‘Umr  Hennun  (Hnanlso4)  135,  644. 
Wadi  Hlaila  (Soeurs)  634,  671-673. 


Wuz^na  19,  33,  35,  734. 

Yaqo  (ou  Ya4qub)  14,  19,  170,  171, 
372,  526,  542,  563,  618,  650,  691, 
705,  707-737,  820. 

Ya‘qub  le  reclus  (v.  Jacques). 

Yaret  696. 

Yohannan  bar  Nagare  20,  423,  428, 
431-435,  457,  458,  492. 

Yohannan  Busnaya  545-548,  492. 

Yohannan,  6v.  grec  770-772. 

Yohannan  et  Iso‘sawran  (=  M.  Zaka'i, 
=  Dake  Tsak,  Saih  4Adi)  757,  769, 
774,  780-784,  803-805. 

Yohannan  (a  Hlahlah)  744. 

Yohannan  Nahlaya  526. 

Yonan  (v.  Jonas). 

Yonan  ‘Awda  32,  192-194. 

Yozadaq  200,  694. 

Yunis  (a  Anbar)  498. 

Yunis  (a  Damas)  498. 

Yusif  (face  Balad)  148,  283,  561-564, 
650,  717,  718,  746,  826. 

Yusif  (a  Inisk)  19,  728. 

Yusif  (Soeurs)  563. 

Za4faran  (pres  Mardln)  31,  588,  742. 

Za‘faran  (Apni  Maran)  31,  108,  111, 
384,  542,  561,  562,  650,  694,  742- 
747,  820,  825. 

Zakai  (v.  Yohannan  et  Iso4sawran). 

Zarag  178,  824. 

Zarnuqa  744. 

Zawlya  278. 

Z6gk£  35. 

Zinal  (Abba)  186. 


—  D  — 

Dabarinos  (=  B.  Dariin  ?)  48. 

Dadar  751. 

Dahkan  (Mt)  475. 

Dahya  196,  240. 

Dailam  70,  212. 

Dair  Abun  (village)  699,  700,  748-754. 
Dair  Gundi  (village)  551,  554-558. 
Dair  Sis  (v.  ‘Urnra). 

Daira  Hatra  (ou  Htara,  ou  Hatare) 
(=  Hetr£)  301.* 

Daira  Hedata  (village)  551. 


INDEX  DES  LIEUX 


867 


Dairamtuta  (Gu^ramtuta)  560-561. 
Dalpata  (Mt)  685. 

Damas  32,  40,  57,  200,  375,  409. 
Damir  Dag  125,  134,  135. 

Damlamaga  (v.  Source  de  Jonas). 
Daoudlya  209,  688,  677. 

Daquqa  (Daquq)  (=  Tauq)  131,  145. 
Dar  al-Rum  105,  121,  754. 

Dar  al-Sultan  639. 

Dara  (v.  ‘Aina  Srita). 

Dara  107,  285,  76_3. 

Darabad  644. 
al-Darb  al-Sultani  404. 

Darbend  154,  801. 

Darhayl  491. 

Darsap  162,  209. 

Darsiv  (v.  Nahla  d’Malka). 

Dasen  16,  48,  92,  162,  213,  227,  255, 
256,  271,  304,  308,  310,  311,  318, 
543,  675,  712,  787,  816. 

Dast  Kandinawa  (v.  Valine  d’Entre- 
Deux). 

Dastagard  682. 

Dawlat  al-Gamar  625. 

Dehok  (Dyok,  Ettuk)  144,  155,  170, 

192,  325,  384,  466,  527,  553,  554, 

556,  630,  631,  676,  677,  679,  681- 

684,  688,  695,  705,  725,  738,  789, 

816. 

Deleb  (v.  ‘Ain  Dulb£). 

D^ra  (en  Qardu)  729. 

D£ra  Besbermag  (v.  ‘Aina  Srita). 
Derb6  696. 

D£r6  45,  206. 

Dergudni  688. 

Derka  187. 

Derk£  Arian  163,  185. 

Derk£  Gird  163. 

Derkd  Kitk^  163,  185. 

D£sara  615. 

Desta  S£lep£  526. 

Detroit  355. 

T)6zz6  312,  318,  790. 

Diamper  22,  25,  50,  539-540. 
Diarb^kir  (v.  Amed). 

Diarka  (Ddrik  Barav)  696. 

Dinarta  268. 

Dodi  inf<6rieur  307. 

Dodi  le  grand  306. 

Dola  692,  721. 


Dola‘Iya  337,  404. 

Dornah  751. 

Dost^ka  682. 

al-Douair  (=  D£r6,  ou  al-Dair)  560, 
561. 

Dra  218. 

Dubardan  627. 

Du  Gird  Han  129,  165. 

Du  P^r^  307. 

Durd  (=  Devriyd)  305,  306. 

Dur<5  (de  B.  Tannura)  305. 

—  E  — 

fidesse  39,74,323,328,444,571,583. 
Edr^  d’Balas  242. 

Egypte  419,  444,  461,  553,  579,  584, 
596,  822,  823. 

Elam  500,  501. 

Elcesi  (=  Alqo§  ?)  397. 

Elqadan  176,  207. 

Emese  766. 

Ephese  758. 

Eqror  315,  684. 

Erbil,  passim,  surtout  39-97. 

bataille:  v.  Gaugameles. 

Esiyan  (B.  Asia)  788,  793. 

Eski  Kelek,  99,  133,  134,  183,  188, 
189-190. 

Eski  Mossoul  (v.  Balad). 

‘Essan  (ou  ‘Ession)  (=  Syan)  311, 
312-313,  790. 

Estreniya  115. 

Estwan  (=  Mandawa  ?)  183,  740. 

£thiopie  579. 

Euchaita  436. 

EG  LIS  ES 

(Le  nom  dn  titulaire  est  suivi  du  nom  des 
lieux  ou  se  trouvent  des  eglises  de  ce  nom.) 

AddaI  : 

—  Kafar  ‘Ozail  175. 

—  Karamlaiss  414. 

Ah  ha  : 

—  Kaniafalhan  172,  293. 

—  D£ra  729. 


868 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Ahha  (d’Awah) : 

—  Salmat  67,  260-263,  298. 

Ahudemmeh  : 

—  Bartelli  428,  429-430,  435. 

—  Mossoul  (M.  Hudeni)  597,  687. 

Andre  : 

—  Qaraqos  454. 

Apre  : 

—  pres  Ba  Mi§mis  306. 

‘Awda  : 

—  B.  Kola  474. 

‘AwdIs6‘  : 

—  Kalwaka  291. 

—  Naseriya  550. 

Awraha  : 

—  Pesabur  698. 

Bar  ‘Eta  : 

—  B.  Gurbaq  478. 

Barbara  : 

—  Batnaya  (nef)  378. 

—  Karamlaiss  405,  411-412. 

Behnam  : 

—  Erbil  80,  92,  93. 

Christophe  (ma.): 

—  Dezz£  318,  790. 

—  Delep  685-686. 

Guorguis  (ma.  ?) 

—  Erbil  (?)  96. 

—  ‘Ainkawa  168,  171,  172. 

—  ‘Aqra  265-266. 

—  Qub  293. 

—  Adeh  302. 

—  Artun  306. 

—  Sanaya  306. 

—  ‘Xtus  312. 

—  Argen  313. 

—  Barramank6  314. 

—  Baqofa  380. 


—  T.  Esqof  383,  386. 

—  Alqos  388,  395,  728. 

—  Qaraqos  403,  435,  445,  451,  458. 

—  Bartelli  (deux)  428,  429,  430,  435, 
437.' 

—  Ba‘slqa  467. 

—  Bahzani  469. 

—  Baiban  (?)  472. 

—  Bhandawai  551. 

—  Alokan  675. 

—  Dehok  682. 

—  §ezi  690-691. 

—  Pesabur  699. 

Guorguis  (co.  Bar  ‘Eta) : 

—  Zaitun  208,  287. 

GuorguIs  (disciple  Bar  ‘Eta) : 

—  Karamlaiss  405,411,412-413,414. 

Hnania  : 

—  Erbil  (?)  57,  707. 

Hadbsabba  : 

—  Ba  Sahra  481. 

Isaac  : 

—  Erbil  57,  951  (ev.). 

—  Telia  287,  288. 

Isa‘ya  (Iso‘yaw  bar  Qusre) : 

—  Mossoul  348,  392,  530,  671,  688. 

Iso‘SAWRAN  : 

—  Erbil  47,  56-57,  89,  95. 

Jacques  l’intercis  : 

—  T.  Esqof  382,  383. 

—  Qaraqos  445,  454,  459. 

—  Magara  469. 

Joseph  : 

—  Hargawa  269. 

—  T .  Kaif  368,  739. 

—  Mossoul  677. 

Juliette  (v.  Quriaqos) : 

Ma'anyo 

—  Erbil  58,  89. 


INDEX  DES  LIEUX 


869 


Marche  du  Mardi  (Bagdad)  83. 

Marie,  la  Ste  Vierge  (surtout  al-Td- 
hira). 

—  pres  ‘Ainkawa  172. 

—  Erbil  89,  93,  96. 

—  Sirawa  187. 

—  Herpa  250. 

—  Hardys  251-252. 

—  ‘Aqra  265. 

—  Hargawa  269. 

—  Barrake  269. 

—  Telia  287. 

—  Guppa  305. 

—  Ba  Mismis  305. 

—  Hordepn£  315-318. 

—  T .  Kaif  367,  368. 

—  Batnaya  379. 

—  Alqo§  396. 

—  Karamlaiss  407,  411,  413-414. 

—  Bartelli  (Sepna  Sed£)  428,  429. 

—  Mossoul  430,  514,  529,  739. 

—  Qaraqos  (deux)  427,  434,  435, 
443,  446-449,  473,  586,  688. 

—  Ba‘slqa  (deux)  465,  466,  467. 

—  Dehok  677,  682-684. 

—  Semmel  686-689. 

—  P^sabur  (N.-D.  des  Moissons)  699. 

Meskinta  : 

—  Mossoul  348,  668. 

Michel  et  Gabriel  (Archanges) : 

—  R.  Hormizd  548. 

Miha  : 

—  Alqo§  396,  399,  546. 

Miles  : 

—  T.  H6s  555. 

NIha  : 

—  Saqlawa  123. 

Nuh  (6v.)  : 

—  Erbil  57. 

Pierre  et  Paul  : 

—  T.  Kaif  368,  376. 


PlNHAS  : 

—  Hawsara  738. 

Qardag  : 

—  DM  206. 

—  AlqoS  206,  396. 

Quarante  Martyrs  : 

—  Karamlaiss  410-411. 

—  Bdza!  472. 

Quatre  Evangelistes  : 

—  R.  Hormizd  548. 

Quriaqos  : 

—  Gazna  187. 

—  Tallanlta  311. 

—  ‘Essan  312. 

—  T.  Kaif  362,  365,  367-368. 

—  Batnaya  378-379. 

—  P^sabur  699. 

—  M.  Yaqo  726. 

Sacre  Cceur  : 

—  T.  Kaif  (v.  Quriaqos). 

—  Dair  Abun  699. 

^ADAD  (OU  Sadda) : 

—  Guppa  305. 

Sainte  Famille  : 

—  Batnaya  379. 

SallIta  : 

—  Erbil  (?)  96. 

—  Tawsip  292. 

SarkIs  et  Bakos  : 

—  Qaraqo§  458-460. 

Sawa  : 

—  Salmat  (?)  259,  262. 

—  Billa  (moine)  288. 

—  Dodi  le  grand  306. 

—  Gue?sa  306. 

—  Karamlaiss  415. 

—  Bidaro  (martyr)  633. 

—  Taqya’  (martyr)  633. 

—  P^sabur  698. 

—  Tiyari  (moine)  741. 


870 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


5im‘un  al-Safa’  : 

—  Mossoul  532. 

Smuni  : 

—  pres  ‘Ainkawa  172. 

—  Hardes  251. 

—  Birta  295. 

—  Hatare  301. 

—  Dure  306. 

—  314. 

—  Biboze  318-319. 

—  T.  Kaif  368-369. 

—  Bartelli  428,  430-431,  435,  689. 

—  QaraqoS  (deux)  449-451,  450,  610. 

—  Ba‘slqa  466,  467. 

—  Piyoz  473,  474,  790. 

—  Qasr  i-Yazdln  690. 

—  M.  Yaqo  (nef)  724. 

SnIqa  (=  Saddlqa  ?) 

—  Derka  187. 

Tahmasgard  : 

—  Kerkouk  9,  527. 

Theodoros  : 

—  pr£s  Bartelli  (Fidaros)  435-437, 
455,  479. 

—  Mossoul  437. 

Trinite  : 

—  R.  Hormizd  547-548. 

Yaret  : 

—  Derb£  696. 

Yohannan  : 

—  Karamlaiss  (Yohana)  411,414-415. 

—  Herpa  (chapelle  sur  grotte)  250. 

—  Ba  Sapre  291. 

—  Kani  Maz£  314. 

—  T.  Kaif  369. 

—  T.  Esq  of  (nef)  383. 

—  D£ra  (l’Egyptien)  729. 

Yonan  (moine) : 

—  Karamlaiss  411. 

Zakai  : 

—  Merg6  469. 


Zei‘a  : 

—  Bagdad  312. 

—  Ma‘alta  324,  677-680. 

Zena  : 

—  Mossoul  421,  427,  452. 

—  Qaraqos  451-453,  459,  637. 


—  F  — 


Faida  (v.  B.  Malud  ?). 

Fars  160,  537,  610,  611. 

Fatha  110,  134. 

Florence  507. 

Forieresse  (=  sommet)  pres  B.  ‘Awe. 

—  Grande  239. 

—  Petite  239,  240,  244. 


—  G  — 

Gabilta  (v.  Gwilta). 

Gaif  491. 

Gaini  (v.  Qainai). 

Galate  267-268. 

Galisin  757. 

Galli  (M.  Yaqo)  721,  726. 

Galli  Daira  300. 

Galli  Guermav  295. 

Galli  Pir  Havan  292. 

Galli  Zardek  757. 

Galli  Zurur  772. 

Gama‘a  750. 

Gamlawlohe  100. 

Ganzak  (v.  Tabriz). 

Gaplta  (=  Guppa)  128,  142,  246,  305. 
Gar  Kani  (v.  Ger  Kahne). 

Gara  (Mt)  235,  259,  310,  311,  314, 
315. 

Garicha  ( ?)  489. 

Gassa  (au  Butman)  194. 

Gassa  (Guessa)  en  Nahla  194,  306. 
Gassa  (en  Thuma)  194. 

Gaugameles  (et  Bataille  d'Erbil )  40,  99, 
180-183,  401,  821. 

Gawar  289,  290,  494. 

Gayyara  108,  227. 


INDEX  DES  LIEUX 


871 


Gazarta  (v.  Gazlra  ibn  ‘Omar). 

Gazlra  (province  arabe)  71,  146,  588. 
Gazlra  ibn  ‘Omar  94,  95,  122,  149, 

156,  172,  181,  365,  392,  406,  433, 

474,  526,  560,  588,  664,  677,  682, 

690,  696,  699,  703,  729,  738,  743, 

749,  752,  753,  755,  801. 

Gazna  183,  187. 

Gazlani  674. 

Gazzak  566,  788. 

Gayyara  637. 

Geb6  (=  Gube  ?)  292. 

Gelisin  261. 

Gemboli  738. 

Ger  Kahnd  (=  Se  Gerkan6?)  240, 
241,  244,  245,  707. 

Gerbis  142,  307. 

Gerwan  356,  788. 

Gerzangel  294. 

Geth  Hepher  494. 

Gidron  (Mt)  (=  Kind  ?)  385,  543. 

Gila  486. 

Gilu  194,  253,  310. 

Gird  ‘Abd  al-‘Az!z  166. 

Gird  Gom£  163. 

Gird  Mamik  (v.  Pont  du  Roi). 

Gird  Mumin  136. 

Girfil  675. 

Gog  et  Magog  (pays  de)  41,  324. 
Gogemal  (v.  Qantarat  al-Gomel). 
Gomel  (district)  288. 

Gona  267. 

Gondisapor  61. 

Gon^slya  32,  404. 

Gr£  Gome  240. 

Gre  Siso  681. 

Gub  al-Kalab  702. 

Giib£  (v.  G£b6). 

Gudi  (Mt)  526,  709,  743,  750,  751,  753. 
Guermave  693. 

Guhaina  227,  337. 

Gu’  Kummet  450. 

Gulamerk  391. 

Gulli  816. 

Gunduk  (v.  Nerem). 

Guppa  (v.  Capita). 

Gurdi  Sarawa  (v.  B.  Slota). 

Guske  307. 

Guwair  (v.  B.  Natpar). 

Gwilta  175. 


—  H  — 

Habbusta  259. 

Hadet  (Cilicie)  105. 

Hadet  (Liban)  104. 

Hadlta  de  l’Euphrate  104. 

Hadlta  de  Mossoul  17,  38,  67,  73,  92, 
100,  102,  103-114,  115,  123,  125, 
126,  127,  146,  149,  150,  183,  188, 
193,  229,  230,  231,  243,  272,  327, 
331,  337,  746,  747,  820. 

Hadl  426. 

Hadqabad  452. 

Haistana  750. 

Haj  Yusif  Agatcheh  191. 

Hakkari  (Hakkar,  Hakar)  234,  254, 
311,  391,  782,  787,  827. 

Halhul  506. 

Halmun  118,  323,  705,  816. 

Halwan  (ou  Hulwan)  67,  71. 
Hamadan  90. 

Hammam  al-‘Alil  103,  635,  637,  638, 
’  639,  659. 

Hamra  615. 

Hamrln  (Mt)  110,  127,  134. 

Han  Tur  (pres  Zaho)  129,  130,  149, 
816. 

Han  Tura  (Aw6na  Dag)  38,  125,  129- 
130,  145,  150,  151,  157,  177. 
Hanaga  267. 

Hancawa  (v.  Ainkawa). 

Hanigar  (=  Tuz  Hurmatu)  72. 
Haniqin  67. 

Harabat  Kilissa  165. 

Harabat  Sultan  98. 

Harbat  Glal  711. 

Harbat  Nespa  792. 

Harbat  Sapl^  145. 

Harbat  Snonita  276. 

Harda’  489. 

Hardys  170,  237,  248,  251-252,  263, 
546. 

Hargawa  199,  238,  268,  269. 

Harlr  96,  199,  785. 

Harmas6  (ou  Naharmasd)  264,  288, 
300,  301. 

Harran  39,  74,  285,  622,  687. 

Harwa  389. 

Hassan  Kaif  315. 

Hassan  §ami  273,  274,  492. 


872 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Hassan6  (Hassan,  Elchessen)  699,  753. 

Hassasa  (ou  al-Hassa)  49. 

Hassuniya  630. 

Hatra  (al-Hadr)  39,  752. 

Hatre  (en  Tirhan)  301. 

Hauran  732. 

Hawi’l-Kanisa  673. 

Hawsara  (ou  Awsar)  738. 

Haygala  (ou  Hagla  Omed)  110.  145, 
452. 

Hazna  469. 

Hazza  (ville  et  district)  38,  55,  60,  65, 
70,  75,  78,  92,  107,  144,  165,  166- 
167,  174,  229,  234,  336,  553. 

Hdod  255,  256. 

Hellanlya  245. 

Heracl^e  436. 

Herat  557. 

Herpa  170,  198,  236,  237,  238,  239, 
240,  241,  242,  243,  244,  245,  246, 
247,  248,  249-250. 

Herpa  (pres  ‘Amadia)  249. 

Hesna  ‘Ebraya  553,  643,  644. 

Herza  (?)  166. 

Hest^ka  307. 

Hetra  (Htara)  264. 

Hewton  (ou  Hefton,  Hibtun)  38,  67, 
69,  78,  92,'  141,  186,  192,  198-201, 
206,  207,  208,  212,  213,  243,  246, 
297. 

Hibtun  (v.  Hewton). 

Hilla  95. 

Hinis  33,  285,  288,  301,  676,  788-790, 
810. 

HIra  (Hirta)  23,  102,  106,  138,  192, 
195,  254,  498,  582,  642,  715,  718, 
727,  731. 

Hirbat  Garnus  630,  631. 

Hirbat  Munayra  636. 

Hirbat  Saleh  488. 

Hirdiz  (v.  Hardys). 

Hisah  647. 

Hit  138. 

Hlahlah  744. 

Hlapta  (ou  Hilibta,  B.  Hlape)  (=  H£- 
laft)  246,  248,  250,  263-264,  276, 
279,  294. 

Hnita  (ou  Hnaita,  al-Hanaya)  16,  38, 
49,  92,  i 62,  163,  192,  199,  208-213, 
215,  216,  326,  704. 


Hodon  (v.  Hewton). 

Homs  425. 

Horazan  550. 

Hordepn^  315-318. 

Horesk  693,  695. 

Horsabad  452. 

Hota  (deux  puits  a  T.  Kaif)  356. 

Hrdn  (=  T.  al-Hiam?)  130,  145,  152, 
157,  158,  163. 

Htara  (deux  villages)  264,  301,  392. 
Huftyian  i-Surhab  201. 

Hunya  Sabur  (v.  Bawazl§). 

Hurtiyan  201. 

Hwaira  188. 

Hwais  637. 

_  i  _ 

Ibbian  505. 

IWrie  603. 

Ijerk^  693,  736. 

Ikoniya  (v.  Bawazig). 

Inde  '  615,  822. 

Irbil  (v.  Erbil). 

Isma‘imya  116. 

Ispahan  93. 

Isla  (Mt)  16,  271,  307,  526,  642,  643, 
650,  709,  711,  715,  738,  746,  762, 
777,  817,  819,  825. 


-  j  - 

Jerusalem  147,  361,  678,  691. 

Jordanie  732. 

—  K  — 

Kabak  (ou  Kerra)  516. 

Kafar  Kenna  494-495. 

Kafar  Nahum  397. 

Kafar  Tuta  128. 

Kafar  ‘Ozail  (ou  K.  ‘Azza,  K.  ‘Azzi) 
(=  Sorbash  ‘Aziz)  17,  59,  67,  69, 
141,  149,  165,  166,  174-176,  177, 
229,  493. 

Kafar  Zamr£  272. 

Kafar  Zummar  126,  149,  272,  752. 
Kafra  (=  Kifri)  63. 

Kafrasor  292,  299. 

Kaleh  (v.  Nimrud). 


INDEX  DES  LIEUX 


873 


Kalwaka  291. 

Kamed  295. 

Kania  291. 

Kaniafalhan  (Kanifalla)  171,  172,249, 
293-294,  295,  302. 


Kanisa 

671, 

673. 

Karak 

751. 

Karamlaiss  50,  51 

,58, 

89,  92,  98, 

154, 

178, 

181, 

204, 

221, 

234, 

273, 

274, 

275, 

277, 

279, 

283, 

332, 

335, 

359, 

382, 

390, 

400- 

415, 

434, 

435, 

446, 

462, 

492, 

493, 

540, 

607, 

619, 

648, 

652, 

764, 

801,  802. 

Karh  6ddan  652. 

Karka  d’Bdt  Sloh  (v.  Kerkouk). 
Karkdmis  37. 

Karma  34,  49. 

Kartaw  (ou  B.  Kartway^)  152,  153, 
195,  216-217,  258,  309. 

Kasaz  220. 

Kaskar  157,  219,  308. 

Kaskawa  307. 

Kawasi  (v.  Ardamust). 

Kawkab  149. 

Kawraban  133. 

Kelagom  729. 

Kelek  (Kelek  Yasin  Aga,  Kelek  al- 
Dawasina)  (v.  Eski  Kelek). 

Kelek  Misk  (?)  (v.  MiSkl^g). 

Kerkouk  46,  76,  118,  125,  128,  140, 
145,  169,  171,  179,  181,  183,  288, 
377,  438,  446,  527,  566,  704,  822. 
Kezyon  389. 

Khan  al-Samra  731. 

Khosrowa  729. 

Khuzistan  (v.  B.  Huzay£). 

Kilissa  (v.  cvt  Miha’il  de  Tar‘il). 
Kirruru  (v.  Qur). 

Kiza  Parka  163. 

Koh6  (figlise  de,  a  Mada'in)  412,  754, 
772.  ' 

Koi  Sangaq  38,  96,  141,  191,  401,  560, 
567,  782. 

K616  747. 

Koumateh  (Mt)  747. 

Kufa  506. 

Kuragun  255. 

Kurtka  307. 

Kusaf  99,  100. 

Kut  355. 


—  L  — 

Lal£s  798,  799,  809,  812,  813,  814. 
Lasom  131. 

Laurent  (cvt  a  Rome)  372. 

Lhassa  545,  827. 

Liban  372,  521,  579. 

Livourne  373. 

Londres  374,  375. 

Louvain  513. 

LIEUX  S ACRES 

( Oratoires ,  grottes ,  sources ,  synagogues , 
mosquees,  temples  yezidis.) 

‘Abd  Allah  b.  al-Hassan  b.  al-Mutni 
(Ibn  al-Haddad)  tombe  467. 

‘Abd  al-‘Aziz  al-Gailani,  a  ‘Aqra  812. 
‘Abdias,  syn.  Mossoul  397,  523. 

‘Ain  al-Saflna  (source  de  l’Arche)  791. 
‘Ain  Sarah  573,  600,  638,  737. 

‘Ain  al-Zi’baq  (‘Ain  al-Dair)  (M.  Ellya) 
637,  659. 

Ambusk  (grotte)  255. 

Andrisi  813. 

Ange  (Galerie  de  1’)  757. 

‘Arbini  (Les  XL)  369. 

Ard  al-Minara  463. 

‘Awn  al-Din  ( maqam  a  Mossoul)  594, 
595,  497. 

Awraha  (rocher  a  Argen)  313. 

Ayyas  ( Mazar ,  Sayyid)  282. 
al-Bahir  ( marqad  a  Mossoul)  595. 
Bana  D6*a  (cvt  au  Singar)  35. 

Bar£  Harrata  286-287. 

Bar£  Q.a§a  285. 

Bilal  al-Haba§i  {mazar)  491. 

Buh  Sada  (S.  Etienne)  369,  739. 

Daira  d’Neqsa  (grotte)  276. 

Dak6  T§ak  {mazar  y^zidi)  (v.  cvt  Yo- 
hannan  et  I§o‘sawran). 

Daniel  (a  T.  Kaif)  369,  739. 

Daniel  (a  §6s)  259. 

David  (Kahf  Daoud)  294. 

Dawid  (grotte)  315. 

Daws  ‘Ali  (Karamlaiss)  411. 

Doigt  de  Mar  Ya‘qub  (source)  737 
Elias  (syn.  Mossoul)  523,  576. 

Galli  Rabana  468. 


874 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Gamrat  al-‘Aqaba  709. 

Geppa  d’Koriake  240. 

Gorgis  (mosquee  Nabi,  a  Mossoul)  355 
509,  577. 

Gregoire  (grotte)  313. 

Guorguis  (a  S.  ‘Adi)  813. 

Hallal  (tombeau,  Mossoul)  42 1 . 
Hanna  (Mar,  a  S.  ‘Adi)  813. 

Havse  d’Eta  698. 

Hi  dr  Elias  (a  S.  ‘Adi)  813. 
Ibnal-Hassan  (mazar)  (v.  ‘Awnal-Din). 
Ibn  al-‘Ibri  (grotte)  756. 

Ibrahim  (vallee  de  Mar)  781. 

Ishaq  (grotte)  756. 

Ishtar  (temple  Erbil)  40,  75. 

Isibia  (a  S.  ‘Adi)  813. 

Iskaft  (deux  grottes)  695. 

Jonas  (tombeau,  v.  cvt). 

Jonas  (syn.  Mossoul)  (?)  397. 

Joseph  (a  Batnaya)  379. 

Kani  Bare  287. 

Kani  Mare  757. 

Kani  Maze  314. 

Kani  Qasa  252. 

Kani  Zarke  307. 

Kasroke  700. 

K6pa  d’Satana  709. 

Kepa  d’Siiwa  710,  794. 

Layl  Fattah  (tombe)  479. 
al-Mansuriya  695. 

Mar  ‘Agla  (ou  ‘Agl)  370. 

Matta  (grotte)  756. 

Mawqa‘  Saliba  259. 

Melik  Mairan  521. 

Mosquee  Rouge  (al-ahmar)  a  Mossoul 
576,  664. 

al-Musalla  (Bartelli)  427. 

Nahum  (a  Alqos)  396-400,  523. 
Na‘maniya  (mosquee,  a  Mossoul)  519. 
Pangah  ‘Ali  595. 

Pios  (oratoire,  Hargawa)  269. 

Plr  Halan  (v.  Kani  Maze) 

Pir  Husaba  (a  S.  ‘Adi)  813. 

Poldo  (tombe  du  P.  Soldini)  522. 
Puits  des  Solitaires  (T.  Esqof)  384. 
Sagarat  al-Yaqtin  520. 

Saih  ‘Adi  (mosquee,  puis  temple  yezidi) 
301,  536,  728,  796-815. 

Saih  Muhammad  (a  Gazna)  187. 

Saih  Muhammad  al-Radani  463. 


Saih  Piramus  577. 

Sahdona  (oratoires)  T.  Esqof  383,  Al¬ 
qos  396. 

Sahld  (Sos)  259. 

Sahswar  (=  Hidr)  472. 

Sayyid  Ahmad  (Wadi  Hlaila)  672. 
Sim‘un  (oratoire  Alqos)  396. 

Sit  (mosquee  de  Nabi,  a  Mossoul)  681. 
Skaft£  Mazun  252. 

Smuni  (tombes,  M.  Yaqo)  727  (ora¬ 
toires)  T.  Kaif  369,  739,  Batnaya 
379,  Baqofa  381,  T.  Esqof  383, 
Alq5s  396,  (cellule)  756. 

Source  d’Afka  52 1 . 

Source  de  Mar  Daniel  558. 

Souce  de  Jonas  (a  Ninive)  506,  516- 
523,  (a  Balad)  523. 

Source  de  la  Vierge  (v.  Kani  Zarke). 
Source  de  Rabban  (Ya‘qub)  241. 
Source  de  M.  Z£na  639. 

Sultan  ‘Abd  Allah  (v.  Pise,  cvt)  et  103. 
Synagogue  de  ‘Aqra  799. 

Tailleur  (grotte  du  fils  du)  756. 
Tastafsiya  709,  734. 

Teinturier  (grotte  du  fils  du)  756. 
Vigne  de  Noe  751. 

Welada  606. 

Yahia  abu’l-Qasim  ( marqad ,  Mossoul) 
594,  606. 

Yawsip  (arbre  a  Ba  Mismis)  305. 
Yazdanduht  (chapelle  a  Erbil)  97. 
Yohannan  (grotte  a  Gunduk)  255 
(grotte  a  Salmat)  262. 

Yohannan  (oratoire,  Alqos)  396. 
Yunis  (mosquee  de  Nabi,  a  Mossoul) 
(v.  Jonas,  cvt). 

Yolin£  (Julienne)  (tombe  a  Karamlaiss) 
412. 

Yusif  (oratoire,  Alqos)  396. 

Zaddiqa  (oratoire,  Alqos)  396;  (lieu- 
dit,  ‘Essan)  312. 

Zahra  Hatun  491. 

Zakal  (grotte)  756. 

Zei‘a  (source,  Sos)  259. 

Ziyarat  Kaskan^  700. 

—  M  — 

Ma‘alla  (v.  Ma‘alta). 

Ma‘alta  (Ma‘altaya,  Ma‘altai)  de  De- 


INDEX  DES  LIEUX 


875 


hok  (localite  et  EvechE)  58,  131, 
144,  213,  214,  215,  325-326,  335, 

341,  345,  477,  553,  675-681,  682, 
684,  685,  686,  689,  701,  703,  786, 
789;  (listes  episcopales)  342-343. 

Ma‘alta,  EvechE  jac.  (=  Ba  Nuhadra). 
Ma‘alta,  du  Grand  Zab  38,  192,  208, 
209,  211,  212,  213-215,  216,  326, 

342,  343. 

Ma‘alta  (non  spEcifiE)  73,  144,  214, 
215. 

Ma‘arrE  (de  Hlra)  23,  192. 

Mabbug  351. 

Mada’in  (ou  MahozE,  SEleucie-CtEsi- 
phon)  67,  116,  219,  321-324,  328, 
412,  476,  581,  582,  767,  792. 
Madinat  al-Halll  (Hebron)  751. 
Magara  469. 

Magas  418. 

Mahmur  (v.  Zina'i). 

Mahmur  al-Qadima  127. 

MahozE  d’ArEwam  (=  Mahuz)  116, 
i  17,  118,  163,  164,  705,  731. 
Makhul  (Mt)  110,  134,  634. 

Malabar  22,  25,  50,  461,  539-540. 
Malatia  (MElitene)  429,  755. 
Malkosan  (=  Malklso*?)  292,  299, 
301. 

Mallabarwan  261,  293,  807. 

Malqi  (v.  Qardag,  cvt). 

Mam  (Mt)  610. 

Mandawa  (v.  Estwan). 

ManguEs  736. 

Manquba  (v.  Ma‘ruba). 

Maqlub  (Mt)  (v.  Milliers). 

Maqqawa  (ou  Maqqawta)  297. 

Mar  Iso‘  785,  801. 

Mar  Sawrlso4  819. 

Mar  Yaqo  (Qasafer)  680,  681,  687, 
690,  691-693,  707,  794. 

Maraga  82,  91,  227,  340,  583,  808,  809. 
MardE  100. 

Mardin  32,  128,  159,  179,  362,  426, 
524,  525,  567,  579,  588,  598,  617, 
742. 

Mareiba  292,  293. 

Marg6  227. 

Marqos  (Palais  du  roi)  295. 

Ma‘ruba  280. 

Marg  Guhaina  227. 


Marg  al-Mawsil  (ou  Abl  ‘Ubaida)  (v. 
Marga). 

Marga,  passim,  surtout  225-318. 
Marga,  district  kurde  227. 

Marga,  district  du  B.  ‘Arabay6  227. 
Marga,  village  pres  Zaho  227. 

Marga  Sawra  227. 

Mawaran  Qasra  146. 

Mawill  (ou  Ba  Mawll^)  560. 

Maynis  (ou  Manis)  207. 

Mayya  Qarlr£  288. 

Mazringan  307. 

Mazuri  227,  235,  254,  300,  807. 
Mecque  (la)  503,  709,  800. 

Mell6  Suka  (v.  Suq  al-Ahad). 
Membarr6  307. 

Menyani§  207. 

Mer  morte  600. 

Merg£  227,  293,  469. 

Mersida  294,  295,  301. 

Meshed  494. 

Mespulai  (=  Ninive)  357. 

Messara  (Mesciara)  699. 

M6z6  314-315. 

Milliers  (  Mt  des,  Tura  d'Alpap  ) 
(=  R^sa)  (=  Maqlub)  15,  24,  53, 
161,  230,  261,  298,  322,  323,  327, 
329,  330,  331,  332,  488,  531,  537, 
582,  616,  617,  627,  756-784,  786, 
803-805,  822-823. 

Mina  709. 

MiskMg  (graphics  diverses)  220-221. 
Mitkd  299. 

Mossoul,  passim.  Listes  Episcopales  nes- 
toriennes:  343-349;  jacobites:  349- 
353. 

Mughita  (v.  Ma‘alta  du  Zab). 
al-Mugilla  (v.  Ma‘alta  du  Zab). 
Muhammad  RE§an  (ou  Bagas)  757, 
781,  782. 

Mulla  ‘Omar  134,  135,  136. 

Muqan  70,  231,  281. 

MuSahada  137. 

MusEka  (v.  B.  MusayE). 

MusEkan  (v.  B.  MusayE). 

Musmussa  (Mt)  727. 

Mutran  615. 

Muzaffarla  96. 


876 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


—  N  — 

Nagaflya  615. 

Nagir  Ekalli  198. 

Nahar  Bahlul  135,  183. 

Nahla  du  Hazir  277. 

Nahla  d’Malka  142,  171,  194,  227,  268, 
304-309,  310. 

Nahla  d’Nahra  300,  304. 

Nahrawan  406. 

Nahsirwan  143. 

Nakhitchevan  751. 

Na‘na‘a  100. 

Naples  495. 

Naqut  781. 

Narsibad  452. 

Naserlya  254,  384,  550. 

Natpar  (=  Guwair)  16,  126,  188,  229, 
337,  559,  615. 

Navkur  181,  279,  776,  785. 

Naw  Ardaslr  325. 

Naw  Gird  (v.  Hadita). 

Negeb  398. 

N£rem  (  =  Gunduk)  235,  248,  252- 
253,  256,  258,  550. 

Nerwa  268. 

Nic6e  42,  44,  119,  765,  767,  772. 
Nicomedie  577. 

NifFar  105. 

Nil  (£vech£)  105. 

Nimrud  (Kaleh)  39,  101,  497,  568, 
569,  570,  574,  584. 

Nimrud  (Birs)  167,  571. 

Nimrud  Dag  571. 

Ninive,  passim,  surtout  325-354;  listes 
^piscopales  nestoriennes :  343-349, 
jacobites:  349-353. 

Ninus  821. 

Niphates  (Mt)  238. 

Niram  (v.  N£rem). 

Niram  d’Ra‘awata  252,  297,  298-299. 
Nisibe  (Soba)  39,  54,  59,  60,  65,  71, 
111,  149,  181,  206,  256,  285,  308, 

327,  476,  499,  524,  559,  563,  622, 

624,  627,  634,  642,  663,  667,  705, 

754,  763,  777,  823,  824,  825,  826. 

Nocera  495. 

Nor  Sirakan  (v.  Adiabene). 

Nuhawa  269. 
al-Nuhail  506. 

Nu‘maniya  (£veche)  105. 


—  O  — 

‘Obaid  130. 

‘Okbara  137,  544,  741. 
‘Omar  Mindan  248,  280. 
Oroh  (Mt)  769. 


—  P  — 

Paredon  (Mt)  (=  Qara  Tsoh  de  Syrie) 
149. 

Paris  373,  374,  375,  376. 

Paroh  Abad  (Farug)  193. 

Penek  729,  738,  755. 

P^sabur  (Fais  Habur)  696-699,  742, 
748. 

Plr  Mamme  307. 

Piramus  Zawlta  153,  477,  577. 
Pirawiy6  299. 

Pirmum  (Mt)  38. 

Piroz  Sabur  (v.  Pesabur). 

Piroz  Sabur  (v.  Anbar). 

Pis  729. 

Piyoz  (ou  Piyos)  403,  473-475,  790. 
Plasa  66. 

Pont  du  Roi  98-99,  143,  180-183,  278. 
Prat  281. 

Prat  Maisan  121. 


-Q- 

al-Qa’im  (Qaima)  369-370,  490. 
Qainai  (Gaini)  143,  188. 

Qala‘at  al-Bint  110. 

Qala‘at  Sawris  165,  177. 

Qalunta  (Qal‘unta)  (=  Birta  de  Marga 
est). 

Qaluq  441. 

Qamah  735. 

Qandll  (Mt)  138. 

Qantarat  al-Gomel,  pont  (v.  Pont  du 
Roi);  village:  230-231. 

Qantarat  al-Zab  (v.  Altyn  Kiiprii). 
Qaplan  (v.  Quplana). 

Qara  Quyunli  Sufli  338. 

Qara  Sarai  604. 

Qara  Tsoh  Dag  (v.  Zinai,  mt.)  (Syrie, 
v.  Paredon). 


INDEX  DES  LIEUX 


877 


Qaraqos  (B.  Hudaida)  98,  293,  322, 
340-341,  367,  401,  403,  404,  419, 
420,  427,  428,  434,  435,  439-461, 

473,  481,  482,  483,  492,  583,  585, 

586,  587,  588,  603,  609,  610,  611, 

612,  613,  637,  669,  688,  689,  725, 

762. 

Qardag  (Bet  Mar.)  69,  96,  189,  205. 

Qardu  487,  526,  694,  708,  710,  749, 
752,  753,  771,  820,  823. 

Qasr  Burqu  732. 

Qasr  al-Gass  543. 

Qasr  Rast  467. 

Qasr  Ruyyan  467. 

Qasr  Sirin  67. 

Qasr  i-Yazdin  690. 

Qasrok£  146. 

Qatar  64. 

Qatarbel  754. 

Qessiyeh  397. 

Qiz  Fahri  490. 

Qopan  279,  292. 

Qora  Marge  293. 

Qos  T£p6  165. 

Qtarta  d’Zawa  (v.  Altyn  Kiiprii). 

Qub  228,  279,  288,  292-293,  416,  770, 
772. 

al-Qubba  120. 

Qudsanes  95. 

Quplana  59,  60,  63,  164. 

Quq  (=  B.  Qoqa  ?)  147. 

QQr  189,  197. 


—  R  — 

Ra‘ban  105. 

Rabarin  Hesn  (v.  Dabarinos). 

Rabbd  Blya  (=  Bawai  ?)  558. 

Radani  210. 

Rahta  (=  Rahtawa)  188. 

Rai  105,  152. 

Ramonln  (=  Rassonin  ?  =  Rumini?) 

48,  208. 

Raqqa  620. 

Ramstasir  463. 

Ra‘ola  d’Demma  313. 
Ra’sal-‘AindeSapespa  (v.  R£sad‘Ai'na). 
Ra’s  al-‘Ain  de  Syrie  39,  524,  622,  754. 
Rassonin  (v.  Ramonln). 


Rawanduz  151,  172,  197,  310,  392, 
546,  782. 

Razeq  (Raghes)  152. 

Rehobot  39. 

Rehobot-Ir  (=  Erbil?)  39,  169,  423. 

R6sa  (v.  Milliers,  Mt). 

Resa,  de  B.  Garma'i  71  1,  775,  792. 

R£sa  d‘Aina  241,  242,  246,  248,  250- 
251,  775. 

Resen  39,  440. 

Ripon  578. 

Risa  (en  Adiab.?)  222. 

Riwarda§Ir  160. 

Robarka  311. 

Rome  94,  372,  373,  393,  394,  398, 
526,  545,  586,  587,  827. 

Ronceveaux  736. 

Route  du  Roi  67,  98,  99,  117,  ISO- 
183,  187,  188,  278,  280,  282,  324, 
325,  476,  550,  554,  630,  631,  675, 
682,  685,  777,  791.  823. 

Rumini  48,  207-208. 

Rusafa  271. 


—  S  — 

Safin  (Mt)  38. 

Sahrqard  185,  216. 

Sahrzur  561. 

Saihan  227,  428,  475,  787-788. 

Salah  37,  49,  67,  96,  151,  191,  198, 
212,  644. 

Salah  al-Din  38,  197,  220. 

Salmas  234. 

Salmat  (Sarmen)  16,  67,  236,  242, 
248,  254,  255,  259,  260-263,  285, 
288,  310,  311,  314. 

Sama  Dibis  (v.  B.  Hniq). 

Sam‘an  (Cabal)  521. 

Samargan  (Mt)  500. 

Samarra’  64, 1 10,  1 37,  543, 598, 662,  714. 
Samon  685. 

Samosate  74. 

Samrah  272,  675. 

Sanaya  171,  306. 

Sapat  204,  407,  785,  801. 

Sapespa  (ou  Sapsapa)  170,  206,  227, 
248-264,  267,  279,  301,  310,  311, 
318,  550. 


878 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Saphi  (=  Sfaiya  ?)  222. 

Sapna  209,  253,  577,  675,  688,  777. 
Saqlawa  ( —  Dar  Abaci)  96,  123,  135, 
146,  191,  520,  644,  679,  754,  755. 
Saqlawiya  696. 

Sarafan  292. 

Sarawa  (v.  Sirawa). 

Sardariya  269. 

Saredpido  692. 

Sargawe  66. 

Sarmala  (v.  Salmat). 

Sarmen  (v.  Salmat). 
al-Sawr  441. 

Sawra  de  Birta  16,  297,  299. 

Sawra  du  Robarka  313. 

S^baste  579. 

Sedara  312. 

Seert  (Se‘erd)  51,  76,  390,  526,  560, 
698. 

Seffarieh  494. 

Segestan  598. 

Seida  375. 

Seif  al-Dln  370. 

Sedan  259. 

Seleucie-Ctesiphon  (v.  Mada’in). 
Sellamiya  103,  441,  464. 

Semkan  208,  264,  292. 

Semmel  416,  587,  675,  679,  683,  686- 
690,  691. 

Sena  363,  370,  530. 

Senaar  499. 

Serai  729. 

Strata  307 
Serkafe  294. 

Serkandel  307. 

Sernah  751. 

Sero  Malakta  551. 

Serser  17,  110. 

Sfaiya  99,  222. 

Sibanipa  (v.  T.  Billa). 

Sikon  (Tsinekko)  242,  250. 

Simurrun  (v.  Altyn  Kiiprii). 
al-Sin  100,  110,  115,  116,  117,  120, 
121,  153,  161,  162,  634,  735. 

Sindi  315,  323,  354,  816,  817. 

Singar  (Mt  et  ville)  99,  127,  149,  323, 
329,  333,  351,  410,  420,  435,  450, 
465,  486,  521,  571,  606,  698,  734, 
811,  812,  821. 

Sios  (S6zi,  Sezaz,  S^zez,  Sez6)  676,  686, 


687,  688,  690-692,  693,  707,  708, 
719,  720,  721,  736,  737,  738,  739. 
Siraro  785,  801. 

Sirawa  94,  187. 

Sirwan  49. 

Sisoh  144,  681. 

Sitteih  99. 

Siwar^s  183,  207. 

Skafdal6  695,  696,  700. 

Slevani  694. 

Sllhan  490. 

Sm^tcha  137. 

So  (ou  Saba,  Mt)  560. 

Sopet  Sultana  404. 

Sophene  763. 

Sos  (v.  Ba  Sos). 

Sose  314. 

Sqer^  (v.  Th^baide). 

Srlda  506. 

Sulemaniya  227. 

Sulimanava  (=  Suliman  Abad)  167. 
Sultan  ‘Obaid  (v.  ‘Obaid). 

Suq  al-Ahad  229,  290-291,  298. 

Surtsi  190,  269. 

Surzaq  488-489. 

Sus  (Suse  et  Susiane)  216,  553,  554. 
Syrie  423,  424,  579,  638,  685,  696, 
698,  823. 


—  T  — 

Tabriz  82,  180.  340,  425,  557,  566. 

Tahl  (ou  Tahalj  49,  52. 

Taimana  92,  336-338,  662. 

Taira  (Gabal)  489,  559. 

Takrit  (Tagrit)  34,  49,  64,  110,  131, 
137,  175,  178,  230,  329,  330,  333, 

337,  338,  339,  352,  416,  418,  420, 

421,  429,  433,  438,  439,  443,  452, 

453,  473,  484,  488,  559,  598,  614, 

630,  662,  667,  762,  770,  826. 

Tal  254,  578. 

Talana  de  Gllu  310. 

Talana  de  Marga  227,  260,  304,  310- 
319. 

Talana,  pres  Rawanduz  310. 

Tallanita  (ou  Tannlta)  (=  Dewik)  311. 

Tamanun  708,  749,  750,  752,  753. 

Tanaos  738. 


INDEX  DES  LIEUX 


879 


Tangut  155. 

Taq  Rasso  (ou  Taq  Hama)  488,  775. 
Taqya’  633. 

Targilla  178,  273,  274,  275,  402,  483, 
492,  493. 

Tauq  (v.  Daquqa). 

Tawsip  292. 

Tchorum  (v.  Euchaita). 

Tehran  152. 

Tell  et  Berberi  (v.  Telia  et  Billa). 

Tell  al-‘Abidat  672. 

Tell  ‘Adds  264. 

Tell  A‘far  404,  686,  688. 

Tell  ‘All  116. 

Tell  Aswad  615. 

Tell  Badi‘  650. 

Tell  Billa  462. 

Tell  al-Dahab  379. 

Tell  al-Dair  775. 

Tell  Dara  (=  ‘Aina  Srita?)  218,  229. 
Tell  Esqof  336,  381-387,  394,  492,  530, 
743. 

Tell  al-Uanem  401. 

Tell  Gomel  (v.  Gaugameles). 

Tell  Hes  (ou  Has)  (=  T.  Hisaf)  324, 
365,  553-555,  682. 

Tell  al-Tqab  126,  673,  674. 

Tell  Kaif  169,  201-204,  291,  319,  336, 
355-376,  378,  382,  385,  387,  390, 
394,  406,  440,  490,  527,  529,  530, 
532,  545,  546,  555,  677,  679,  690, 
725,  802. 

Tell  Kilissa  165. 

Tell  al-Midan  559. 

Tell  Ngdga  559. 

Tell  Niaha  219. 

Tell  Nimrud  (pres  Bagdad)  571. 

Tell  Parslr  278. 

Tell  Passnd  698. 

Tell  Qubben  698. 

Tell  Quyungik  462,  494. 

Tell  al-Sabt  638,  639. 

Tell  al-Sa‘Ir  103. 

Tell  Salila  44,  218. 

Tell  Salma  489. 

Tell  Slna  165. 

Tell  al-Sultan  452,  614. 

Tell  al-Tawba  (v.  Jonas,  cvt). 

Tell  Yalda  188. 

Tell  Yamta  369. 


Telia,  du  B.  ‘Arabayd  149. 

Telia,  de  Birta  (Tillan)  227,  229,  233, 
234,  284,  287-288,  300,  771. 

Telia,  sur  Serser  17,  110,  288. 

Telia  d’Arios  '  624. 

Telia  d’Zald  242. 

Telia  Torqlya  624. 

Tdna  153,  477,  776. 

Tdpd  Gawra  462. 

Terbaspi  620. 

Tergawer  154,  801. 

Thdbaide  11,  434,  444,  461,  572,  730, 
823. 

Thuma  38,  94,  194,  254,  692. 

Tirhan  49,  64,  73,  116,  137,  301,  553 
562,  662,  714,  746. 

Tiyari  38,  207,  692,  741. 

Tripoli  516,  579. 

Tsall  310. 

T§amdsdnd  307. 

TSdmankd  314. 

TSiya  (Gabal  al-Hair)  284,  295, 
310. 

Tsopank  (Mt)  292. 

Tunisie  522. 

Tur  ‘Abdin  323,  422,  426,  621,  736, 
768. 

Turquie  579,  633,  696,  698,  699,  816, 
Tuwagna  (ou  Tuwagna)  337. 

Tuz  Hurmatu  (v.  Hanigar). 

—  U  — 

Ukhaidir  723. 

‘Umra  817. 

‘Umraniya  294. 

Ur  821. 

Urfa  524. 

Urmi  (ou  Urmia)  82,  136,  340,  365, 
395,  560,  720,  785. 

Usnu  (=  Ushnuiyeh)  82,  785. 

Usqof  490,  620. 


—  V  — 

Vallee  d’Entre-Deux  38,  125-164. 
Van  (lac  de)  340,  607. 

Venise  495,  557,  596. 


880 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


—  w  — 

Wadi  Gahannam  (pres  Targilla)  274. 
Wadi  Gahannam  (au  Maqlub)  757. 
Wadi  Hlaila  672. 

Wadi’l-‘Iqab  674. 

Wadi  Nardos  292,  296. 

Wadi  al-Sayyatin  674. 

Wana  137,  283. 

Warda  (au  Tur  ‘Abdin)  736. 

Warda  (B.  Garma'i)  67. 
al-Wasit  (Kaskar)  120,  715. 

Wastavv  (=  Wasta)  698. 

Westminster  Abbey  782. 


—  Y  — 

Yararnga  486,  514. 
Yarda  817. 

Y£men  337. 


—  Z  — 

Zabe  (al-Zawabi)  219. 

Za‘faran  (Qala‘at  al-)  743,  747. 


Zaho  (ou  B.  Zaho)  129,  131,  170,  181, 
227,  235,  261,  264,  315,  323,  332, 

335,  341,  354,  363,  406,  465,  522, 

524,  526,  551,  556,  558,  620,  633, 

677,  683,  685,  686,  688,  694,  696, 

699,  700,  738,  742,  816,  817. 

Zahra  Hatun  404,  615. 

Zaira  (=  Ziarta  ?)  219-220. 

Zamar  (Wadi)  126. 

Zamir  (Mt,  v.  Zinai). 

Zangana  416. 

Zanta  267,  269,  304. 

Zargel  526. 

Zarn  734. 

Zawa  404. 

Zibar  169,  170,  171,  235,  254,  787,  807. 

Zinai,  village  (=  Mahmur  ?)  123, 

124,  128,  148,  149,  150. 

Zinai  (ou  Zina)  (Mt,  =  Qara  Tsoh) 
38,  123,  125-128,  143,  144,  149, 
151,  162,  305,  812. 

Zozan  787. 

Zummara  126. 


NOTES  DE  LITTERATURE  SYRIAQUE 

Remarques  ou  jugemcnts  de  valeurs  sur  certaines  sources 


Abrcge  du  Livre  de  la  Chastete  103,  148,  207,  764. 

Alqos  (Peste  de  1828)  poeme  d’lsRA’lL  le  Jeune  392. 

Alqos  (Attaque  de  1832)  poeme  de  Damianos  392-393. 

Alqos  (Attaque  de  1832)  poeme  de  Yusif  ‘Abaya  393. 

Alqos  (Famine  de  1842)  poeme  d’IsHAQ  Gaddo  393. 

Bar-Idta  ( Histories  of...)  53,  270,  758,  772-773,  774. 

Chastete  ( Livre  de  la)  22,  24.  142,  148,  276,  282,  345,  661,  705,  775-776,  786,  787,  817. 
Chronique  d’Erbil  41,  47. 

Couvents  ( Liste  de  1607)  526. 

David  de  Barzane,  Complaintes  171. 

Denha  ( Eloge  de)  83. 

Denys  de  T.  Mahre  (Pseudo),  Chronique  147. 

Diptyques  de  Karamlaiss  50-51,  142,  147,  348,  407-408. 

Ecclesiastique ,  Poeme  d’EuE  de  Saqlayva  (1926)  754-755. 

Ellya  ( Qissat  Mar)  640-659. 

Henna  al-NabIya,  poemes  de  371-372. 

Hormizd,  Biographies  de  R.  535-537. 

Hormizd,  Poeme  d’Iso‘YA\v  Bar  Mqaddam  (?)  sur  R...  et  ses  disciples  407,  648, 
661,  801-806. 

Isra’il  l’Aine,  Poemes  394. 

Ivrognes  (contre  les),  poeme  de  Tsona  de  T.  Esqof  387. 

Iso‘sawrdn  ( Histoire  du  martyr)  46,  442. 

Iso‘yaw  III,  Lettres  60,  118,  758. 

Joseph  fils  de  Jacob,  poeme  de  Staipho  Rais  808. 

Julien  l’apostat,  lettre  a  S.  Basile  568-569. 

Letlre  n°  12,  de  l’Ad.  10.967  du  British  Museum  445-446. 

Liber  Tunis  27. 

Miha’Il  ( Legende  de  Mar.)  660-669. 

Miha’il.  poeme  sur  Mar.  par  ‘Awdiso‘  b.  Sa‘ara  669. 

Mille  cinq  cent  quarante-sept  (En  Pan),  poeme  (de  Warda  ?)  76,  154,  382,  402. 

Mille  cinq  cent  quarante-sept  (En  Pan),  complainte  someth  de  Thomas  Hanna 
(1930)  403. 

Mille  huit  cent  soixante-huit  (Ev^nements  de  Pan),  complainte  anonyme,  250. 
Miskleg,  poeme  sue  le  sammas  de  220-221,  802. 

Monasteres  ( Livres  des)  21. 

Nuovo  Testo  ( Un )  764. 

Qoqa  ( Histoire  du  cvt  de  B.)  132. 

al-Rahawi  al-Maghul  568-569. 


Rech.  23  —  56 


882 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Ramicho  180,  806-810. 

Sabusti  703. 

Samli  ( Vie  de  Mar),  poeme  de  Bar  Skape  155. 

Sawrls6‘,  poeme  de  Qamsa  sur  Mar.  132-133. 

Seert  ( Chronique  de)  27,  118,  537. 

Statistique  Inedite  525-526. 

Superieurs  ( Livre  des)  de  Thomas  de  Marga  25-26,  232,  296,  705. 
Tell  Kaif  (La  noyade  de,  1949),  Complaintes  362. 

Thomas  Tektek,  poemes  371,  393. 

Tahwaiaha,  ( Histoire  de)  83. 

Yezidis  ( Histoire  des)  465-466. 


SUjETS  DIVERS 


Alchimie  119. 

Arbres  sacres  et  chiffons  520-523. 

Ba'uta  (Jeune  de  Ninive)  345,  498-499,  754. 

Berceaux  ex-votos  724-725. 

Betes  feroces  646,  730. 

Bousiers  615-616. 

Burgul  436. 

Castration  119. 

Clous  518-519,  577. 

Couronne  du  martyre  600-601. 

Couvents,  identification  34-35. 

Croises  a  Mossoul  603-604. 

Croix,  style  de  Hira  727. 

Croix  de  tombeau  731-732. 

Croix  (Sainte)  623. 

Croix  (lavage  de)  257. 

Cures  315,  521,  558,  571,  577,  578,  702,  736. 

Dragons  209-210,  637. 

Eglises  d^crites  262-263,  265-266,  721-726. 

Eglises  (Maisons  baties  sur)  251,  314,  315,  695,  700. 

Enluminures  678-679,  691. 

Envie  disperse  moines  500,  713,  718,  744-745. 

Etapes  de  la  vie  monastique  712-713. 

Etymologies  381-382,  400,  417,  462. 

Exemptions  de  couvents  649-650,  719. 

Fetes  de  saints  (sera)  739-742. 

Grants  733-736. 

Grottes  de  sepulture  794. 

Hasisi  (Brouet  de  M.  Behnam)  573. 

Hnana  (galette)  160,  281. 

Idoles  242,  292,  433,  610,  709. 

Jerusalem  (pelerinage  a)  83,  159,  297,  443,  537,  580,  782,  807,  811. 
Lions  274,  618,  629,  646,  659,  729-731,  736,  771. 

Liturgie  d’Alqos  720. 

Liturgie  de  Mar  Ellya  668. 

Livre  de  Vie,  embleme  du  martyr  600-601. 

Manuscrits  (prix  des)  314. 

Masos  (nuit  de)  741. 

Mercenaires  chr^tiens  83,  91. 

Monuments  funeraires  298. 

Nls  669. 


884 


ASSYRIE  CHRETIEN NE 


Noms  feminins  =  villes  720. 

Norcl  (montee  des  moines  vers  le)  715,  745,  746,  820,  828. 

Orphelins  197-198. 

Plantes  medicinales  464. 

Ponies  424. 

Pretres  (nombre  des)  314,  359-360,  392,  393. 

Prieres  exauc^es  268,  577-578. 

Quatorzieme  siecle  585. 

Recoltes  424,  463-464. 

Religieuses  13,  44,  96,  385,  433,  460,  469,  550,  563,  611,  612,  613-615,  619,  672, 
738,  741,  756-757,  824,  827. 

Sacre  d’eveques  765-768. 

Sahrigan  69. 

Satan  (tentations)  15,  697. 

Sceaux  370,  673-674. 

Sculptures  antiques  255,  300,  551,  676,  788-789. 

Sculptures  tombales  728-729. 

Simandre  721. 

Stucs  ciseles  604-606. 

Stylites  285-287,  621,  624. 

Tableaux  368,  383. 

Tunnels,  souterrains  et  kahrlz  574,  619,  656. 


VOCABULAIRE 


‘ Arab  763. 

...  awa  167. 

Berna  529. 

Bet  3 1 . 

Couvent,  monastere  11,  822. 

Dasnaye  787. 

Hazzaya  167. 

Maqdassi  300,  365,  394,  437,  465,  474,  572,  642,  654,  655,  679. 
Moine,  solitaire,  etc.  11-13. 
iOmar=iUmr  134-135,  280. 

Qa’im  (tour)  639. 

Rabban  31,  308,  804. 

Rustdqa  785. 

Saba  632. 

Sahda  (=  t^moin,  martyr  ou  confesseur)  539,  696. 

Sam  ( Bildd  al-,  Ahl  al- )  40. 


TABLE  DES  MATIERES 

DU  VOLUME  II 


Troisieme  Partie 

BA  NUHADRA 

XII.  Le  demembrement  du  Ba  Nuhadra 

1  —  Lcs  avatars  des  dioceses  de  la  plaine  de  Ninive  .  321 

2  —  Listes  episcopates  .  342 

XIII.  Les  villages  ciialdeens  de  Ninive  .  354 

1  —  Tell  Kaif  .  355 

2  —  Batnaya  .  376 

3  —  Baqofa  .  379 

4  —  Tell  Esqof  .  381 

5  —  Alqos  .  387 

6  —  Karamlaiss  .  400 

XIV.  Villages  syriens  et  jacobites  de  Ninive 

1  —  Bartelli  .  416 

2  —  Qaraqos  .  439 

3  —  Ba‘siqa  .  461 

4  —  Bahzani  .  468 

5  —  Magara  et  Mergd  .  469 


XV.  Villages  a.nciennement  chretiens  de  Ninive 
1  —  Villages  localises  . 


470 


888 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


2  —  Villages  non  localises  .  486 

3  —  Villages  a  noms  chretiens  .  489 

XVI.  CoUVENTS  NESTORIENS  ET  CHALDEENS  DE  NlNIVE 

1  —  Le  pseudo  Bar  ‘Eta .  492 

2  —  Le  couvent  de  Jonas  .  493 

3  —  Mar  Guorguls  .  524 

4  —  Mar  Awraha  de  B.  Madaye  .  531 

5  —  Rabban  Hormizd  le  Persan  .  533 

6  —  Notre-Dame  des  Moissons .  548 

7  —  Environs  d’Alqos  . •  • .  550 

8  —  Les  trois  couvents  de  Daniel  le  Meclecin,  et  le  couvent 

de  Mar  Miles  .  551 

9  —  En  face  de  Balad .  558 

XVII.  Les  couvents  syriens  de  Ninive 

1  —  Mar  Behnam  .  565 

2  —  Mqurtaya .  609 

3  —  Les  deux  Dair  Sarah  .  613 

4  —  Le  couvent  des  bousiers  .  615 

5  —  Le  couvent  de  la  colonne  .  620 

6  —  Mar  Samuel  le  Montagnard  .  625 

7  —  Dair  Nardos .  628 

8  —  Dair  Saba  .  632 

XVIII.  Les  couvents  de  la  rive  droite  .  634 

1  —  Dair  Ba  ‘Arba  .  635 

2  —  Le  couvent  du  goudron  .  637 

3  —  Mar  Ellya  .  639 

4  —  L’angelique  Mar  Miha  il  .  660 

5  —  Le  couvent  des  Soeurs  du  Wadi  Hlaila  .  671 

6  —  Dair  Malki  Sawa  .  673 


TABLE  DES  MATIERES 


889 


XIX.  Les  villages  du  Bahadra 

1  —  Ma‘alta  .  675 

2  —  Dehok  .  681 

3  _  Deleb  .  684 

4  —  Semmel,  et  Qasr  i-Yazdln .  686 

5  —  Sios,  Mar  Y  aqo  et  environs  .  690 

6  —  Le  carre  vide  .  693 

7  —  Pdsabur  .  696 

XX.  Les  gouvents  du  Bahadra 

1  —  Le  couvent  de  la  rage  .  701 

2  —  Mar  Italaha  de  Dastagard  .  703 

3  —  Mar  Hanania  .  706 

4  —  Mar  Iso‘yaw  qui  quitta  sa  place  .  707 

5  —  Mar  Pinhas  ....** .  737 

6  —  Le  couvent  du  safran .  742 

7  —  Dair  Abun  ou  Dair  Mar  Awa  .  748 

XXL  Le  Mont  des  Milliers  .  756 

1  —  Mar  Matta  .  759 

2  —  Le  couvent  de  Mar  Yohannan,  le  metropolite  grec  .  .  770 

3  —  Le  couvent  de  Kuhta .  772 

w 

4  —  Le  couvent  de  Rdsa .  775 

5  —  Le  couvent  de  Yohannan  et  Iso‘sawran  .  780 

XXII.  Le  Bet  Rustaqa  .  785 

1  —  Les  villages  .  788 

2  —  Les  couvents  .  793 

3  —  Le  temple  y^zidi  de  Saih  ‘Adi  .  796 

XXIII.  Les  couvents  de  l’extreme  nord  .  816 

1  —  Mar  Atqen  .  816 

2  —  Le  couvent  du  Bois  Joli .  818 


890 


ASSYRIE  CHRETIENNE 


Conclusion 

Le  monachisme  assvrien  .  821 

j 

Index  des  personnes  .  829 

Index  des  lieux  .  859 

Notes  de  litterature  syriaque  .  881 

SujETS  DIVERS  .  883 

VOCABULAIRE  .  885 


achev£  d’imprimer 

SUR  LES  PRESSES 
DE  l’imprimerie  CATHOLIQUE 
A  BEYROUTH 
LE  VINGT  OCTOBRE 
MIL  NEUF  CENT  SODCANTE-CINQ 


LIBRAIRIE  ORIENTALE 

Place  dfi  l’£toile,  Beyrouth